BATAILLE DIVRY. — 14 MARS
Steubsn.
Le dernier des Valois venait de tomber sous le conteau de Jacques Clément, et la couronne de France était passée à Taîné de la maison de Bourbon. Mais Henri IV, délaissé ^e presque tous les seigneurs catholiques, était serré de près par le duc de Mayenne. Ce chef de la ligue, moins populaire, mais non moins har bile que son frère, s'était vanté d'amener aux Parisiens le Béarnais pieds et poings liés. Déjà même on louait des fenêtres pour le voir passer. Henri, dans ses retranchements d'Arqués, où avec une poignée de soldats il soutint TefFort de trente mUie ligueurs, prouva à Mayenne qu'il n'était point si facile à prendre, et l'année suivante il lui donna près d'Ivry, sur l'Eure, une leçon plus forte encore.
Mayenne, à la tête de vingt-quatre mille combattants, dont un grand nombre Flamands, Espagnols, Suisses, Allemands, s'avançait pour faire lever au roi le siège de Dreux. On conseillait à Henri, qui avait à peine onze miUe hommes, de se retirer encore une fois siir la Normandie. H ne voulut pas montrer un roi de France reculant toujours devant des rebelles, et résolut d'attendre l'ennemi de pied ferme, et dans une position qui lui laisserait tous ses avantages. On connaît les belles
paroles qtie, le matin de la bataille, en mettant son casque, il adressa à ses compagnons d'armes : ((Mes compagnons. Dieu est pour nous; voici ses ennençiis et les nôtres; voici votre roi; donnons à eux. Si vos cornettes vous manquent, ralliez-vous à mon panache blanc : vous Ip trouverez au chemin de l'honneur et de la victoire^. » L'armée répondit à ce noble langage par le cri de vive le roi! et la bataille* commença.
L'artillerie du roi, grâce à l'avantage de sa position, portait en plein dans les' rangs ennemis, tandis que celle des ligueurs tirait toujours sans atteindre. L'impatience prit au jeuiie comte d'Egmont, et, sans attendre la troiâème décharge, il se lança avec sa cavalerie flamande contre les batteries de l'armée royale. Là, par une folle bravade, il tourne contre la bouche même des canons la croupe dé son cheval, et donne à ses gendarmes l'exemple de cette bizarre insulte à une arme qu'il appelle celle (( des hérétiques et des lâches. » Biron, le maréchal d'Aumont et le grand prieur eurent bon miarché d'une cavalerie ainsi désordonnée , et l'imprudent Egmont resta sur le champ de bataille. Un autre accident mettait en même temps le désordre dans les reîtrés de l'armée de la ligue. On laissait d'ordinaire à ees escadrons irréguliers un espace ménagé entre les rangs de l'infanterie pour se reformer après chacune de leurs charges. Cet espace leur manque par la faute du vicomte de Tavannes, et ils donnent de toute la vitesse de leurs chevaux contre les lanciers du duc de Mayenne. Vainement
"^ D'Aubigné, liv. III, ch. v, p. a3i.