‹ Galeries historiques du Palais de Versailles (volume 5)Chapitre 136 sur 155 · FONDATION DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

FONDATION DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE

Alaux et Hipp. Lecomtb. — iSSy.

Depuis Tannée lôag plusieurs beaux esprits se réunissaient toutes les semaines chez Valentin Gonrart pour s'y entretenir de littérature. Ils se lisaient leurs ouvrages et se donnaient mutuellement des conseils. Godeau, depuis évêque de Grasse, Gombault, Chapelain, Serisy, Desmaretz etBoisrobert, étaient les principaux membres de cette petite société, destinée plus tard à une si haute illustration.

Le cardinal de Richelieu, passionné pour les lettres, mais voulant les gouverner comme tout le reste en souverain maître, apprit par Boisrobert Texistence de cette réunion de beaux esprits, et tout aussitôt il s avisa du parti qu'il pouvait en tirer. 11 leur fit offrir de se former en une compagnie régulière et placée sous sa protection. On hésita tpielques instant^ si Ton échangerait contre ce glorieux patronage la douce liberté d'une obscure association ; mais Chapelain fit comprendre que les désirs du cardinal étaient des ordres, et sa protection fut acceptée. Richelieu les engagea alors à agrandir leur compagnie, et à lui donner les statuts qu'ils ci*oiraient les plus convenables. Ainsi naquit l'Académie j&ançaise. Ses députés allèrent présenter solenndlement au cardinal-ministre les règlements d'après lesquels elle devait

segouverwer, et celui-ci, après les avoir revus et corrigés en quelques parties , les approuva , puis expédia les lettres patentés qui la constituaient (i 635). Le parlement sembla d^abord ne pas comprendre la haute pensée de Richelieu, et ce ne fîit qu'après deux ans et avec restriction qu'il enregistra les lettres patentes. L'Académie s'éleva alors, comme un témoignage de ce que les plus petites choses peuvent devenir sous la main d'un grand homme.

BATAILLE FAVEIN. — 20 MAI 1635.

Tableau du temps , commaiidé par le cardinal de V Richelieu pour son château de Richelieu.

Gustave- Adolphe était mort victorieux à Lutzen, et dès ce moment la fortune du parti protestant avait commencé à décroître en Allemagne. La bataille de Nordlingen (i 63 4) , gagnée sur les Suédois par le comte de Gallas, venait surtout de rendre à la maison d'Autriche un ascendant menaçant pour la France. Richelieu n'hésita pas à faire descendre alors dans la lice les armées françaises , et ici s'ouvre cette longue guerre contre l'Espagne, où se formèrent les premiers capitaines du siècle de Louis XIV, et qui ne devait se terminer qu'après vingt-cinq ans, à la paix des Pyrénées.

Les Elspagnols avaient pris Trêves et son électeur, prince aUié de la France. Louis XIII envoya réclamer contre cette infraction des traités , et n'obtint qu'un refus.

Ce reâis fournit à Richdieu le prétexte qu'il cherchait. «Un héraut fut envoyé, dit le marquis de Montât, pour déclarer la guerre au cardinal-infant, au nom du roi d'Espagne. Ce héraut ne put avoir audience, de sorte qu'il fiit obligé d'afficher sur la grande place de Bruxelles et sur la frontière cette déclaration. »

Quatre armées sont mises à la fois sur pied ; les deux premières vont attaquer les Espagnols au pied des Alpes , dans la Valteline et le Milanais ; la troisième , sous le cardinal de la Valette, marche en AUemagne; la dernière, commandée par les maréchaux de Ghastillon et de Brezé, se rassemble à la frontière dfes Pays-Bas. Celle-ci doit combiner ses mouvements avec les Hollandais , engagés contre l'Espagne dans la longue guerre de leur indépendance.

Elle entre avant toutes les autres en campagne , et son premier effoil est de se porter sur la Meuse pour se joindre, si elle le peut, au prince d'Orange, qui s avance à la tête de l'armée des Provinces-Unies ; mais le prince Thomas de. Savoie, général des troupes espagnoles, manœuvre de son côté pour empêcher cette réunion, et, n'ayant que des forces inférieures pour fermer aux Français le passage, il prend près le village d'Avein, au pays de Liège, une forte position, et y attend la bataille.

«Le combat, selon le récit de Sirot, vieux capitaine qui plus tard commanda la cavalerie à la bataille de Rocroy, frit rude et opiniâtre. Les ennemis à l'abord mirent notre aile droite en désordre ; mais l'aile gauche l'ayant soutenue, les Français qui ployaient prirent tant de

force et de vigueur qu^ik enfoncèrent tout ce qui se présenta devant eux, et il ny eut plus qu à poursuivre et à tuer. Il demeura des ennemis morts sur le champ de bataille et sur le chemin de leur &ite au moins quatre miUe honunes, et f on fit plusieurs prisonnieirs de considération ; mais le prince Thomas s étant sauvé de bonne heure, le comte de Bucquoy soutint tout Teffort et se retira enfin i Namur, lui quatorzième. La plaine où se donna le combat s'appdle Avein, et il dura depuis midi jusqu'à cinq heures du soir. »

ce.

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