‹ Galeries historiques du Palais de Versailles (volume 5)Chapitre 145 sur 155 · PIERRE LE6RAND S'EMPARE DUN GALION ESPAGNOL · texte numérisé non relu

PIERRE LE6RAND S'EMPARE DUN GALION ESPAGNOL

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Richelieu venait de mourir (4 décembre i6&a}, et la protection qu'A accordait aux colonies ne lui avait pas survécu. Ces milliers de Français transportés au bout des mers se virent alors abandonnés, en butte à la jalousie et à la cupidité des autres nations, des Espagnols smtout, qui regardaient le moindre établissement sur un monde découvert par eux comme une usurpation de leurs droits. La manière barbare dont avaient été écrasées par ces avides dominateurs plusieurs colonies naissantes avertissait les Français que le droit du premier occupant avait besoin d'être soutenu par le droit du plus fort ; ils quittèrent donc la charrue , abandon* nèrent leurs habitations, impuissantes à lés protéger contre les ravages de la guerre, et vinrent se réfugier dans la partie septentrionale de Tîle de Saint-Domingue , se cachant dans les forêts qui la couvrent, et faisant

pour se nourrir la chasse aux bœufs sauvages, ce qui leur fit donner le nom de boucaniers. Bientôt, leur nombre croissant chaque jour et la chasse ne suffisant plus à leurs besoins, la plupart se résolurent à revenir à leur première profession , et se lancèrent sur l'Océan. Ils s'établirent d*abord en confiserie, sous le nom de frères de la côte, mettant leurs biens en commun , et ne reconnaissant d'autre supériorité entre eux que celle de la force et de l'adresse. Subdivisés en petites sociétés de cinquante ou cent hommes au plus, ils se mirent à voguer nuit et jour dan* de grandes barques découvertes, comme des sauvages, Tœil toujours fixé sur l'horizon, et firent plus d'une fois expier aux Espagnols leurs cruautés envers leurs devanciers, et la vie précaire et aventureuse à laquelle ils les réduisaient. Bientôt de nouveaux aventuriers se joignirent à eux, et abandonnèrent la mère patrie pour aller aux Antilles partager les périls et les prises de ces hardis marins ; Dieppe en fournit un grand nombre, qui s'illustrèrent par des traits de bravoure héroïques et presque fabu»* leux.

Parmi les flibustiers dieppois, Pierre Legrand est un des plus célèbres. Voici comment il débuta dans la carrière. Il croisait depuis quinze jours au débouquement de Bahama , lorsqu'il vit venir à lui Un grand galion espagnol avec un pavillon de vice-amiral. Legrand montait un bateau de quatre canons, et n'avait avec lui que vingt -huit hommes, mais tous braves et décidés comme lui. Forçant aussitôt de voiles et de rames , il

court au-devant du galion, le joint, s élance sur s(m bord et en même temps coule à fond son propre navire. Cette audace désespérée étourdit le capitaine espagnol; son équipage stupéfait ne songe pas même à se défendre. L^rand, maître du gdion, dépose ime partie de ses prisonniers sur le rivage, et n emmenant avec lui que le capitaine et ses officiers, s* en retourne fièrement à Dieppe, sa patrie, faire admirer sa prise, et en recueillir les immenses profit^.

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