‹ Galeries historiques du Palais de Versailles (volume 5)Chapitre 29 sur 155 · DÉPART DE GUILLAUME LE CONQUÉRANT · texte numérisé non relu

DÉPART DE GUILLAUME LE CONQUÉRANT

GuDiN. — iSSg.

Pendant que les fils de Tancrède de Hauteville promenaient ainsi jusqu'au fond de lltalie l'esprit aventureux de la race normande, leurs compatriotes, établis depuis cent cinquante ans sur le sol de la France, cherchaient encore autour d'eux de nouveaux sujets de guerre et de conquêtes. Mêlés à toutes les querelles dans Tespoir d'en profiter, ces turbulents voisins inquiétaient la Bretagne et le Maine, lorsqu'une occasion s'offrit à leur duc Guillaume le Bâtard de prétendre à la couronne d'Angleterre. Edouard le Confesseur, roi de cette île,. étant mort sans postérité, Guillaume prétendit avoir été désigné par ce prince pour lui succéder, et, appuyant ses prétentions d'une bulle du pape Alexandre II et d'une armée de soixante mille hommes , dont quatre cent deux chevaliers, il se prépara à envahir l'Angleterre, où Harald avait été élu par l'assemblée nationale des Anglo-Saxons.

«Le rendez-vous des navires et des gens de guerre était à l'embouchure de la Dive, rivière qui se jette dans l'Océan entre la Seine et l'Orne. Durant un mois les vents furent contraires et retinrent la flotte normande au port. Ensuite une brise du sud la poussa jusqu'à l'embouchure de la Somme au mouillage de Saint-VaJery ; là les mauvais temps recommencèrent, et il fallut attendre

plusieurs joiu^s. La flotte mit à Tancre, et les troupes campèrent sur le rivage, fort incommodées par la pluie qui ne cessait de tomber à flots. »

Le mauvais temps et le retard jetèrent le découragement dans Tannée de Guillaume, qui, pour relever le courage de ses soldats , et obtenir du ciel un vent favorable, fit promener processionnellement dans son camp la châsse de Saiiit-Valery ; « la nuit suivante , comme si le ciel eût fait un miracle, les vents changèrent, et le temps redevint calme et serein au point du joiu* : c était le 2 7 septembre. Le soleil , jusque-là obscurci de nuages , parut dans tout son éclat. Aussitôt le camp fut levé et les apprêts de rembarquement s exécutèrent avec beaucoup d'ardeur et non moins de promptitude , et quelques heures avant le coucher du soleil la flotte entière appareflla. Quatre cents navires à grande voilure et plus d un millier de bateaux de transport se mirent en mouvement pour g^ner le large au bruit des trompettes et d un immense cri de joie poussé par soixante mille bouches.

« Le vaisseau qui portait le duc Guillaume marchait en tête portant au haut de son mât la bannière envoyée par le pape et une croix sur son pavillon. Les voiles étaient de diverses couleurs , et Ion y voyait peints en plusieurs endroits les trois lions , enseigne de Normandie ; à la proue était sculptée une figure d'enfant portant un arc tendu, avec la flèche prête à partir, j^fin de grands fanaux élevés sur les hunes , précaution nécessaire pour une traversée de nuit , devaient servir de pliare à toute la flotte et lui indiquer le point de ralliement. Ce bâti-

ment, meilleur voilier que les autres, les précéda tant que dura le jour, et la nuit il les laissa loin derrière ^. » Le lendemain toute la flotte débarqua heureusement à Pevensey, et Ton sait comment, un mois après, la bataille d'Hastings délivra Guillamne de son compétiteur, et livra pour jamais l'An^eterre à la domination normande.

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