LEVÉE DU SIÈGE DE SALERNE
EuG. Roger. — 1839.
Les NoBmands, établis pacifiquement dans la Neustrie et convertis au christianisme, n*en avaient pas moins gardé leur passion pour la guerre et les aventures. IHus d un siècle avant les croisades les pèlerinages de la terre sainte leur étaient devenus fiimiliérs; ils. allaient en foule chercher les émotions du danger, en même temps que celles de la piété , dans ces lieux où le tombeau du Christ était sous la garde du cimeterre musulman.
C'est en revenattit d'un de ces pèlerinages, sur des vaisseaux de la ri^ublique marchande d'Âmalfi, que quarante de ces beHiqueux pèlerins débarquèrent à Saleme, au commencement du xi* siècle. Presque au même temps une petite flotte de Sarrasins vint assaSlncette vflle, et les habitants, cachés derrière leurs mus^, attendaient dans un inmiobile ef&oi le pillage et la mort. Les quarante chevaliers normands demandent au prince Guaimar III des chevaui et des armes, se font ouvrir les portes, et malgré leur petit nombre chargent intrépidement les Sarrasins qu'ils mettent en fuite. Leur héroïsme rend le courage aux Salemitains, qui accourent sous leurs pas et achèvent la défaite de l'ennemi. Le prince de Salerne combla de présents ces braves aven-
turiers, et s'efforça, mais en vain, de ie& retenir à sa cour. Bs lui promirent seidement de lui envoyer ceux de leurs compatriotes que tenteraient les richesses et la fertilité de Tltalie méridionale.
BATAILLE DE aVITELLA. — 18 JUIN ^055.
Lafate. — 1839.
On raconte qu'en effet les beaux fruits de la Gampanie étalés devant les Normands eurent pour eux un charme irrésistible; et tout aussitôt une centaine d'aventuriers, sous les ordres de Drengot, s'achemina vers le mont Gargano, but apparent d'un pieux pèlerinage (ioi6)< Là les Normands se mêlèrent à toutes les querelles de l'Italie méridionale, et, après diverses fortunes, tour à tour engagés au service de chacun des petits souverains du pays, ils finirent par garder le comté d'Averse comme prix de leur bravoure ( 1 02 1 ). De ce comté naquit une monarchie.
Les fils de Tancrède de HauteviUe, gentilhomme du pays de Caux, en furent les fondateurs. Guillaume Fierà-Bras, Drogon et Umfroy, suivis peu ap^ès de leurs plus jeunes frères, Robert Guiscard. et Roger, entreprirent la conquête du duché de Fouille, et le succès accompagna partout leurs armes. Mais, en même temps que leurs prouesses chevaleresques excitaient l'admiration, leurs sacrilèges brigandages inspiraient une horreur
universelle. Le pape Léon IX, inquiet pour le saintsiége et pour Tltalie entière, arma contre eux par ses pieuses e^ortations les deux empires d'Orient et d'Occident. Des Grecs, des Allemands et des milliers d'Italiens, dociles à la voix de leur pontife, se rassemblèrent autour de lui; il n'avait pas moins de cinquante mille honunes, et^ pour animer leur courage, il marcha luimême à leur tête. Mais l'intrépidité des Normands était accoutumée à braver le nombre, et ayant rencontré (18 juin io53) à Givitella, dans la Gapitanate, l'armée pontificale, ils la mirent en pleine déroute. Léon IX resta prisonnier entre leurs mains. Umfroy et Robert Guiscard lui témoignèrent im respect qui dlait jusqu'à l'adoration; mais, à genoux devant lui, ils lui dictèrent leurs conditions. Le pape leur accorda l'investiture de tout ce qu'ils avaient conquis et pourraient conquérir encore dans la PouiUe, dans la Galabre et dans la Sicile, à condition qu'ils tiendraient ces provinces en fief du saint -siège. A ce prix il recouvra sa liberté. Robert Guiscard, fort des droits que venait de lui concéder le pontife, eut bientôt soumis à sa domination tout le midi de l'Italie, pendant que son fi:ère, le grand comte Roger, à travers mille hasards .et mille traits de bravoure héroïque, rangeait la Sicile sous ses lois (1080).
COMBAT DE CÉRAMO. — 1061.
Lafatb. — iSSg.
Un intérêt romanesque s*attache aux événements de la longue guerre qui donna la SicUe au grand comte Roger. Ce fut avec cent cinquante chevaliers seulement qu'il entreprit sur les Sarrasins cette importante conquête. La fortune lui fut tour à toiu* favorable ou contraire : plusieurs fois il se vit contraint de fuir Tîle qu'il venait soumettre, et ce ne fut qu'après une lutte où Q endura avec sa jeune épouse toutes les extrémités de la misère, qu'il s'empara enfin de la ville de Traina, dont il fit sa place d'armes; û marcha dès lors de succès en succès, mais toujours opposant des centaines d'hommes à des milliers, toujours vainqueur par d'incroyables prouesses de chevalerie. Le plus prodigieux de ces faits d'armes est le combat de Céramo, où, suivant la chronique de Gaufred Malaterra, il mit en fuite avec cent trente-six hommes trente-cinq mille Sarrasins. Ce ne fiit toutefois qu'au bout de trente années d'efforts qu'il accomplit sa conquête.