SAINT LOUIS RENDANT LA JUSTICE SOUS LE CHÊNE DE VINCENNES
Rouget. — 1827.
Saint Louis, de retour de la croisade ( 1 2 54) , ne cessa pas de se regarder comme soldat de Jésus-Christ, et, en attendant le joui* où il pourrait reprendre la croix, il mit tous ses soins à établir le règne de Dieu ps^rmi ses peuples par une bonne administration. L'esprit général de ses réformes législatives consiste à substituer les maximes de justice et de paix de l'Évangile à la barbarie des lois féodales. C'est encore aux anciennes royautés de l'Écriture sainte qu'il emprunta le touchant exemple de se faire le premier juge de ses peuplés , et de letu' rendre , assis au pied d'un arbre , une sorte de justice patriarcale. D faut citer les naïves paroles dans lesquelles le
sire de Joinviiie nous représente le pieux roi siégeant à Tombre du chêne de Vincennes :
« Maintes fois avint que en été il alloit seoir au bois de Vincennes, après sa messe, et se accôtoioit à un chêne, et nous fesoit seoir autour de lui; et tous ceux qiii avoient à faire venoient parler à lui, sans destourbier de huissier, ni dautre. Et dors il leur demai^oit de sa bouche : «Y a-t-il aucun qui ait partie?» Et eux se levoient qui partie avoient , et il leur disoit : « Taisez-vous « tous , et on vous délivrera lun après l'autre. » Et alors il àppeloit monseigneur Pierre de Fontaines et monseigneur Geoffroy de Villettes , et disoit à l'un d'eux : « Dé- « livrez-moi cette partie. » Et quand H voyoit aucune chose à amender en la parole de ceux qui païioient pour autrui , lui-même lamendoit de sa bouche. »
SAINT LOUIS MÉDIATEUR ENTRE LE ROI D'ANGLETERRE ET SES BARONS.— 25 JANVIER 1264.
ROOGET. 1822.
Henri III, trop fidèle au malheureux exemple du roi Jean, son père, avait soulevé contre lui les barons anglais par le mépris qu'il faisait de leurs prérogatives et les iniques préférences qu'il accordait à des favoris étrangers. Par un singulier hasard, le chef des barons, l'ennemi le plus implacable de ces favoris, était un étranger lui-même : c'était Simon de Montfort, comte de Leices-
ter, fils du guerrier célèbre qui avait commandé la croisade contre les Albigeois. C'était lui qui, en ia58, avait imposé à Henri lU les provisions JtOxford, sorte de traité dicté par les barons à la royauté, et qui la mettait dans leur dépendance. Henri, quoique enchaîné par la foi du serment , mit tous ses efforts à s'af&anchir de cette tutelle où était tenue son autorité, et une lutte s engagea entre lui et les barons, lutte acharnée et sans terme, qui Ëitiguait égsdement les deux partis. C'est alors que , d'un commun accord, ils invoquèrent la médiation du roi de France , glorieux hommage rendu à la sagesse et à l'équité de saint Louis ( 1 263).
Saint Louis ajourna les deux partis à son tribunal dans la ville d'Amiens, pour le commencement de l'année suivante. Henri III s'y rendit avec la reine Eléonore de Provence, l'archevêque de Cantorbéry et la foide de ses courtisans, pendant que Pierre de Montfort, fils du comte de Leicester, venait plaider la cause des barons anglais. Saint Louis, entoiu:é de sa cour, et siégeant dans toute la majesté de la justice, entendit avec l'attention et l'intégrité la plus scrupuleuse les griefe réciproques de la couronne et de l'aristocratie. Mais il était roi , et les droits de la royauté étaient à ses yeux inviolables et sacrés, n prononça donc en faveur de Henri III, et annida les provisions d'Oxford. Sa sentence , malgré le caractère d'équité dont elle paraissait revêtue, ne fut point acceptée par les barons, qui reprirent aussitôt les armes, et réduisirent Henri III à de nouvelles et plus périlleuses extrémités.