DÉBARQUEMENT DE SAINT LOUIS EN EGYPTE. — 4 JUIN
RODGET. — 1839. .
Au mois de juin 12^9 ia flotte qui portait les croisés parut' à l'embouchure du Nil, devant Damîette. Une armée de Sarrasins bordait le rivage. Saint Louis donne l'exemple à ses guerriers; malgré le légat, qui veut le retehii% il se jette à la mer, couvert de son armure, et ayant de l'eau jusqu'aux épaules.. Le sire de JoinvUle, Baudouin de Reims, le comte de JafTa, rivalisent d'ardeur avec leur roi; iïs ont des premiers mis le pied sur le sable, et, avec une poignée de vaillants chevaliers qui les ont suivis, ils s'y forment en bataille
pour soutenir le choc de la cavalerie ennemie qui vient les charger. Les Sarrasins , malgré leur nombre , reçulent devant le rempart de fer qui leur est opposé : c'est alors que Ton voit Toriflamme déployé sur le rivage , et le roi qui, oubliant le péril, se jette à genoux pour remercier Dieu de l'assistance qu'il vient de prêter à ses armes. Bientôt toute Tannée chrétienne est débarquée, et la mêlée s'engage sur toute l'étendue de la plage, pendant qu'à l'embouchure du fleuve les deux flottes se livrent un combat acharné. La reine Marguerite et sa sœur, la comtesse d'Anjou, assistaient de loin, sur leur navire, à cette double scène de carnage, et, entourées des prélats de la croisade , elles invoquaient les secours du ciel sur les armes chrétiennes. Elles virent presque en même temps la flotte des Sarrasins dispersée remonter le Nil en fuyant; et les troupes de l'émir Fakreddin abandonner leur camp et la rive occidentale du Nil aux croisés victorieux.
SAINT LOUIS REÇOIT A PTOLÉMAÎS LES ENVOYÉS DU VIEUX DE LA MONTAGNE. — 1251.
Rouget. — iSSg.
Saint Louis, sorti de la prison des infidèles, ne se crut pas libre encore de retourner en Eiu^ope ; il voulut accomplir, autant qu'il le pouvait , son vœu , en consolant par sa présence et ses secours les malheureux chrétiens de la Palestine. C'est au milieu de cette pieuse tâche
que, selon le sire de Joinville, il reçut à Sâint-Jeand*Acre les ambassadeurs du Vieux de la Montagne.
On appelait de ce nom le chef de quelques bourgades du Liban , chef redoutable par le fanatique dévouement de ses sujets, qui, au moindre signe de sa volonté, allaient poignarder la victime désignée à leurs coups. On citait les noms de plusieurs croisés illustres dont la mort avait été ordonnée par le prince des assassins, et telle était la terreur inspirée par ce mystérieux ennemi, que l'empereur d'Allemagne Frédéric II, André, roi de Hongrie, et le sultan du Caire lui avaient envoyé des présents pour rechercher son amitié. Il eut la prétention d'imposer le même tribut à saint Louis. Mais les deux grands maîtres du Temple et de THôpital , accoutumés à le braver, menacèrent ses envoyés de lesjeterdans la mer si leur chef ne faisait lui-même*au roi de France les soumissions qu'A osait réclamer. Le Vieux de la Montagne obéit à cette impérieuse sommation : « Ses messa- (( giers , dit Joinville , revindrent devers le roi et lui dirent : « Sire , nous sommes revenus à vous de par nostre sire , «et vous mande que, tout ainsi que la chemise est Thà- « billement le plus près du corps de la personne , ainsi « vous envoie-il la chemise que veez-cy, dont il vous fait (( présent en signifiance que vous estes celui roy lequel il «ayme plus avoir en amour et entretenir. Et poiu: plus « grande assurance de ce , veez-cy son annel que il vous « envoie , qui est de fm or pur, et auquel est son nom «escript. Etd'iceiuy annel vous espouse nostre sire, et « entend que désormais soiez tout à ung , comme les
tt doigts de la main. » A ces dons symboliques , le Vieux de la Montagne ajoutait un jeu d'échecs et un éléphant en cristal, a et des figures de hommes de diverses façons «de cristal, le tout fait à belles fleuretes d ambre, liées (c sur le cristal à belles vignetes de fin or. » Saint Louis, à son tour, envoya au prince barbare des présents plus magnifiqiys que ceux qu'il en avait reçus, et le firère Yves le Breton," porteur des largesses royales, rapporta de son ambassade quelques détails sur les mœurs et la religion de ce peuple , enveloppé jusque-là d'un si redoutable mystère.