BATAILLE DE BRATELEN OU DE SAINT-JACQUES. — 20 AOUT
Al?. Johahnot. — 1837.
Une trêve venait d*être conclue entre la France et i* Angleterre. Mais Charies Vil ne tarda pas à reconnaître que les bienfaits en seraient perdus pour son royaume, si les campagnes continuaient d'être en proie à la licence impunie des compagnies d'aventure. En même temps donc qu'il travaillait par ses ordonnances à régler pour l'avenir le service militaire, il résolut de porter remède aux maux du présent, en rejetant hors de France ces bandes d'égorgeurs et de pillards qui perpétuaient au sein de la paix toutes les horreurs de la guerre. Les dissensions survenues parmi les ligues suisses lui en fournirent l'occasion.
Depuis quelque temps le peuple de Zurich était entré en querelle avec les autres cantons, et, menacé des forces réunies de toute la confédération, il avait recouru à la protection de la maison d'Autriche, cette vieille et implacable ennemie de l'indépendance helvétique. Les Suisses, accoutumés depuis cent cinquante ans à la braver et à la vaincre, n'en poussèrent pas moins vivement la guerre contre Zurich, qui était près de tomber entre leurs mains. C'est alors qu'un cri de détresse fut poussé par l'empereur et la noblesse de l'empire, invoquant l'assistance de tout ce qu'il y avait de chevalerie en Eu-
rope contre ces redautables paysans. Charles VII y répondit en leur envoyant ses compagnies d'aventure, rassemblées toutes sous les ordres du dauphin, qui fiit depuis Louis XI.
La bataille se livra sous les murs de Baie, le 26 août 1 444. Les Suisses comptaient dans leur armée moins de centaines de combattants que leurs ennemis n en avaient de milliers. Leur attaqué n en fut que plus furieuse » et leurs premiers coups mirent en déroute plusieurs de ces compagnies si renommées dans les combats. Mais le dauphin, sagement conseillé, ne songeait qu'à séparer les divers corps dont se composait leur petite armée pour les accabler un à un. Il y parvint , et tout Théroîsme des Suisses ne put alors les sauver d'une entière défaite. Écrasés par le nombre, ils n'en continuèrent pas moins de se défendre, les uns adossés à la petite rivière de 3irse, les autres retranchés dans la maladrerie de Saint- Jacques , qui a donné son nom à cette sanglante journée. Le dauphin et ses capitaines, émus de pitié sur le sort de ces braves gens, voiraient leur laisser la vie ; mais telle était la haine que leur portaient les chevaliers allemands, qu'un d'entre eux, Pierre deMorpsberg, se jeta, sur le champ de bataille même, aux pieds du sire de Ghabannes, pour, le prier de n'en paJs épargner un seul. On les acheva en effet, car le dauphin s'était lié par cette horrible promesse , mais ce ne fut qu'au bout de dix heures de combat, et après qu'iïs eurent couché par terre huit mille de leurs ennemis. Le dauphin tira une utile leçon de cette victoire : U accorda bien vite la paix
aux Suisses, et cette paix fut le commencement de la longue amitié qui a uni depuis lors la France avec cette brave nation.