ENTRÉE DE CHARLES VII A ROUEN. — 10 NOVEMRRE
Degaishb. — 1837.
Charles VA avait mis à profit les six années de la trêve. L'ordre était rentré dans le gouvernement : l'établissement de rimpôt appelé taille des gendarmes et les ordonnances sur le fait de la guerre avaient donné au royaume une milice régulière et permanente. Avec des compagnies disciplinées, toutes commandées par de bons chefs, dévouées au service du roi, et ne s'occupant plus de meurtres et de brigandages, la victoire était assurée à Charles VII le jour où il reparaîtrait sur les champs de bataUle. L'imprudence d'un capitaine an^ais rouvrit les hostilités. Charles répondit à ce signal en envahissant la Normandie.
Toutes les villes y avaient le cœur français, et la renommée du bon gouvernement de Charles Vil accroissait leur ardent désir de rentrer sous l'autorité de leur légitime seigneur. Aussi la plupart ouvrirent-elles leurs portes à la seule vue des lances fi:ançaises. Rouen n'opposa qu'une faible défense : entre la, puissante armée du roi et toute une population qui se soulevait contre eux, les Anglais ne purent longtemps tenir. L'entrée de i, 10
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Gharies dans cette grande cité fut plus magnifique en* core que ne l'avait été son entrée à Paris.
« ... H y avait, dit M. de Barante, beaucoup plus de grands seigneurs et de fameux capitaines. Parmi eux on remarquait le chancelier de France, qui chevauchait dans son royal costume ; et devant lui on conduisait une haquenée blanche, chargée de coffi*es où étaient les sceaux du royaume. Au milieu de tous ces capitaines se montrait aussi un homme à qui le roi devait plus qu*à eux, disait-on, la conquête de la Normandie, c était Jacques Cœur, qui lui avait prêté Targent nécessaire pour assembler cette belle armée. Sans son secours il n'eût pas été possible de commencer la noble entreprise de délivrer le royaume.
<( Le comte de Dunois avait été nommé capitaine de la ville de Rouen, et le sire Guillaume Cousinot bailli. Tous les deux vinrent au-devant du roi avec les magistrats et les bom^eois vêtus de robes bleues, avec des chaperons rouges, ou blancs et rouges... Puis le roi traversa les rues dans son pompeux appareil. Partout étaient des écha&uds où Ton représentait des mystères, des fontaines -qui répandaient du vin, des figures d'animaux, comme tigres, licornes, cerfs-volants, qui s'agenouillaient au passage du roi ; partout on avait disposé de petits en£ints pour crier noël; eaùn rien n'avait été oublié pour orner ce grand triomphe. Les maison! étaient tendues de tapis et de belles draperies. On voyait aux faiêtres les dames et les riches bourgeois revêtus de leurs plus beaux atours. On Remarquait sur un bal-
con, auprès de la comtesse de Dunois, le lord Talbot, témoin de cette gloire du royaume de France, et ce n'était pas un des moindres ornements de la fête, n était vêtu d'un chaperon violet et d une robe de velours fourrée de martre, que le roi lui avait donnée lorsqu'il était venu lui présenter ses respects... Le roi se rendit à la cathédrale pour remercier Dieu et baiser les saintes rdiques^... »