‹ Galeries historiques du Palais de Versailles (volume 5)Chapitre 93 sur 155 · LEVÉE DU SIÈGE DE RHODES. — 19 AOUT · texte numérisé non relu

LEVÉE DU SIÈGE DE RHODES. — 19 AOUT

Ed. Odibb. — iSSg.

Mahomet II avait juré, sur les ruines de Négrepont ( 1 /liyo ) , d-anéantir Tordre des chevaliers de Rhodes , et de tuer lui-même, de sa main, le grand maître. Ce 09 fiit toutefois qu'au bout de dix années qu'il put songer à accomplir ce redoutable serment.

L'an 1 480, vers la fin du mois de mai, le grand visir Misach Paléologue , renégat de Tanciennne famille des empereurs grecs, parut devant Rhodes avec une flotte qui, au rapport des contemporains , ne portait pas moins de cent mille hommes. La viUe fut attaquée à la fois par terre et par mer : pendant trois mois la formidable artillerie de Mahomet II ne cessa pas de foudroyer ses murailles. Deux fois repoussés dans leurs assauts contre le fort Saint-Nicolas , les Turcs dirigèrent contre la basse vUle et le quartier des Juifs une attaque plus forte et mieux concertée. Dès l'abord elle réussit. Le rempart est escaladé en silence , la garde endormie est forgée , et le drapeau des infidèles arboré en signe de triomphe.

(( C'en était fait de Rhodes , dit Vertot , sans un prompt secours; mais le grand maître, Pierre d'Aubusson, averti du pérfl que courait la place , fit déployer sur-lechamp le grand étendard de la religion, et, se tournant vers des chevaliers qu'il avait retenus auprès de lui pour

marcher aux endroits qui seraient les plus pressés : « Âlion3^ mes firères, leur dit-il avec une noble audace, combattre pour la foi et pour la défense de Rhodes , ou nous ensevelir sous ses ruines. )) Il s'avance aussitôt à grands pas à la tête de ses chevdiers, et voit avec surprise deux mille cinq centjs Turcs maîtres de la brèche, 4u rempart , de tout le terre-plein qui le bordait. Gomme les maisons et les rues étaient bien plus basses , on ne pouvait aller à eux et monter sur le haut du rempart que par deux escaliers qu'on y avait pratiqués autrefois, mais qui étaient alors couverts dés débris de la muraille. Le grand maître prend une échelle , l'appuie luimême contre ce tas de pierres, et, sans s'étonner de celles que les ennemis jetaient sur lui, monte le premier, une demi-pique à la main; les chevaliers, à son exemple , les ims avec des échelles et d'autres en gravissant parmi ces décombres, tâchent de le suivre et de gagner le haut du rempart. »

La lutte fut terrible : le sang des chevaliers y coula à grands flots, et le grand maître lui-même fut deux fois renversé. Mais ni cette double chute , ni les sept blessures qu'il a reçues ne ralentissent son ardeur. La vue du sang qui ruisselle sur son armure ne fait qu'enflammer ses frères d'armes de la soif de la vengeance , et, après une mêlée épouvantable , les Turcs , subjugués par l'énergie surnaturelle de leurs ennemis, prennent la fuite. Cet assaut fut le dernier. Paléologue découragé se retira dans son camp, puis sur ses vaisseaux, et pendant que, couvert de confusion, il faisait voile vers le

Bosphore, Pierre d*Aubiisson allait dans Téglise de Saint-Jean rendre grâce à Dieu de la victoire qu'il venait de remporter.

Page 1