‹ Galeries historiques du Palais de Versailles (volume 5)Chapitre 97 sur 155 · ENTRÉE DE CHARLES VIII A NAPLES. — 12 MAI · texte numérisé non relu

ENTRÉE DE CHARLES VIII A NAPLES. — 12 MAI

FiKOH. — i836.

Après plus d'un mois perdu à Rome dans de trompeuses négociations, Charles VIII met enfin son armée en mouvement vers Naples. Au seid bruit de son approche , une révolution tenait de s'y accomplir : le roi Alphonse II, accablé sous le poids de l'exécration publique, avait renoncé à défendre son royaume, et s'était réfugié dans un couvent de la Sicile. Le jeUne et héroïque Ferdinand , son fils , ne lui succéda que pour se voir lâchement abandonné à San-Germano, où il attendait l'ennemi : à peine, au milieu des trahisons qui l'entouraient, put-il, en toute hâte, se sauver dans l'île d'Ischia.

Charles ^III ne marche plus dès lors comme un guerrier dans le menaçant appareil de la conquête; cest im roi longtemps attendu par ses peuples et rendu enfin à leur amour. Naples 1 appelle, et s'est pour ainsi dire précipitée tout entière à sa rencontre. Il y entre avec l'éclatant cortège de son armée, au milieu des acclamations d'une foule enivrée par la nouveauté des événements et par la magnificence du spectacle. Les se^ gneurs du parti angevin, jetés dans les cachots par Tomhrageuse tyrannie d'Alphonse, en sont tirés, et viennent avec l'enthousiasme de la joie et de la reconnaissance baiser les mains et les pieds du jeune monarque. C'est ensuite le clergé qui, à la porte de la cathédrale , lui oflFre la couronne du royaume portée par deux enfents ailés, figurant deux anges. Charles, en la recevant , jure de défendre la religion envers et contre tous ; puis il se rend au palais, où les grands du royaume lui remettent le sceptre, et prêtent entre ses mains leur serment de foi et hommage.

Charles Vin et sa jeune noblesse ne surent pas recueillir les firuits de cette belle journée : ils jouirent de leur conquête avec une folle insouciance au lieu de s'y affermir, et Naples fiit perdue presque aussi vite qu'elle avait été gagnée.

GXXXIIL BATAILLE DE SÉMINARÂ. — 24 JUIN 1495.

FéRon. — 1837.

Pendant que Charies VIII s endormait à Naples.an milieu des fêtes, un orage menaçant se formait derrière lui. Le pape» le roi d'Espagne et le roi des Romains, le duc de Mflan et la république de Vemse se liguaient pour chasser les Français de Tltalie. Longtemps Charles accueillit avec incrédulité les avertissements répétés du sage Comines; il fallut se r^idre enfin à Tévidence, et abandonner le séjour enchanté de Naples, en même temps que les beaux rêves de la conquête de TOrient. Une moitié de Tarmée française, sous les ordres du duc de Montpensier, reste à Naples pour garder le royaume ; 1 autre, commandée par le roi, reprend le chemin delà France. Mais à peine Charies VIII avait-il -tourné le dos è sa conquête, que déjà le jeune roi détrôné, Ferdinand II, s apprêtait à rentrer dans ses états les armes à la main. Débarqué à Reggio avec GAizalve de Cordoue, il pénétra sans coup férir au cœur de la Calabre, et savança vers Séminara, où îl surprit et fit prisonnier un petit corps de troupes firançaises. Mais le sire d'Âubigny , qui commandait dans cette province , marcha rapidement k la rencontre de Tennemi pour arrêter ses progrés, et lui présenta la bataille. Le prudent Gonzalve ne voulait point laccepter, mais Ferdinand fut contraint de céder

à lardeur impétueuse de ses barons, qui comptaient sur le nombre comme sur une garantie assurée de la victoire. Leur illusion fut courte : dès le commencement de l'action, la cavalerie espagnole, chargée par les gendarmes français, fit une évolution en arrière pour revenir ensuite à la charge, selon Tusage des Maures, avec qui elle était accoutumée h combattre. L'infanterie napolitaine prit cette mesure pour le signal de la fuite, et se débanda. Ferdinand essaya en vain de la rallier : il faillit tomber aux mains de Tennemi , et ne dut son salut qu'à l'héroïque dévouement de Jean d'^tavilla, l'un de ses gentilshommes. Cette victoire laissa pour quelques mois de plus le royaume de Naples aux. mains des Français.

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