‹ Galeries historiques du Palais de VersaillesChapitre 101 sur 299 · MONTAIGNE (MICHEL DE · texte numérisé non relu

MONTAIGNE (MICHEL DE

écarta» moraliste.

(M* '2172.) Mauïaisse, d'après un portrait de l'ancienne

collection de la Sorbonne.

Michel de Montaigne reçut de son père une de ces savantes éducations assez communes au xvie siècle, qui lui apprit à parler le latin avant sa langue maternelle, et le fit sortir à treize ans des bancs du collège. Avec cette forte préparation , l'étude de la jurisprudence fut pour

lui un jeu, et à vingt et un ans il remplissait la charge de conseiller au parlement de Bordeaux ( 1 554). D trouva à côte de lui, exerçant les mêmes fonctions, Etienne la Boëtie avec lequel il se lia tout d'abord , et qui fut trop tôt enlevé à sa tendre affection. Quelques pages de Montaigne, dans ses Essais, sont un monument immortel élevé à leur amitié. Mais l'esprit indépendant du philosophe ne pouvait longtemps s'assujettir aux étroits engagements d'un office judiciaire , et Montaigne , dont la curiosité étudiait l'homme tantôt dans le monde , tantôt dans les livres, se mit à partager sa vie entre les voyages et les loisirs d'une retraite studieuse. La cour fut pour lui un pays à visiter : Henri II l'y accueillit avec distinction, et lui donna le collier de son ordre; plus tard, Charles IX le nomma gentilhomme de sa chambre , et Marguerite de France l'admit dans son intimité. Ses voyages embrassèrent, pour le temps où il vivait, un cercle fort étendu : il parcourut la France, la Suisse, l'Allemagne et l'Italie. Le pape Grégoire XIII lui donna le titre de citoyen romain (i58i). A son retour il fut obligé, malgré le peu de goût qu'il avait pour les fonctions publiques , d'accepter celles de maire de Bordeaux, bien difficiles à remplir au milieu du déchaînement des haines religieuses. Il s'en acquitta avec un esprit de conciliation qui lui fit honneur. Retiré ensuite dans son château de Montaigne, il n'y put trouver le repos qu'il y cherchait; la guerre civile désolait tout autour de lui , et les deux partis , au lieu de respecter le sage qui ne partageait point leurs passions , le persécutaient également : selon son expres-

si on , m au gibelin il était guelfe, et au guelfe, gibelin. » Il se rendit à Paris, et, pour épargner à la France les désastres dont il la voyait menacée , il s'efforça de réconcilier le roi de Navarre et le duc de Guise. Montaigne était à Blois lors de la sanglante tragédie qui termina les états généraux tenus dans cette ville (i588).Ce fiit à cette époque , lorsqu'il soutirait en même temps et des maux publics et des douleurs d'une cruelle maladie , qu'il connut mademoiselle de Gournay, sa fille d'alliance, que l'admiration avait attirée auprès de lui , et dont l'amitié fit le charme de ses dernières années. Il mourut en 1 5oa, à l'âge de cinquante-neuf ans. Les Essais de Montaigne sont le monument le plus remarquable de la langue française au xvi* siècle : il y a dans ce livre de bonne foi, comme il l'appelle lui-même, une originalité et une grâce de langage impérissables. Montaigne, en prenant pour devise le mot si connu «Que sais-je?» parmi la mobilité et la contradiction infinie des opinions humaines, mettait sa sagesse et son bonheur dans le doute; mais son scepticisme s'arrêtait devant les vérités religieuses : il les respecta dans sa vie, et sa mort fut celle d'un chrétien.

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