CONSEILLER D'ÉTAT. GOUVERNEUR DE SAUMUR
PILS PUÎNÉ DE JACQUES DE MORNAY, SEIGNEUR DE BUHY, ET DE FRANÇOISE DU BEC , DAME DU PLESSIS-MARLY.
(N* W71.) Henrv S< hepfer , d'après un portrait
de famille.
Né à Buhy, dans le Vexin français, le 5 novembre i54q. — Marié» le 3 janvier 1676, à Charlotte Arbaleste, veuve de Nicolas du Pas-Feuquières, seigneur de Martinsart. — Mort le 9 novembre 161$.
Du Plessis-Mornay fut pendant près de cinquante ans le véritable chef de la réforme en France : il la servit sur les champs de bataille, dans les négociations et jusque dans l'arène savante de la controverse. On l'appelait le pape des huguenots. Ce fût sa mère qui l'instruisit en secret dans les nouvelles doctrines et le rangea, tout jeune encore , sous la bannière déployée par le prince de Condé et l'amiral de Coligny. Mornay, à la forte éducation qu'il avait reçue sous les maîtres les plus célèbres, voulut joindre les connaissances que donnent les voyages, et il alla étudier les hommes et les choses en Suisse, en Allemagne , en Italie et aux Pays-Bas. Il avait vingt-sept ans et était déjà pourvu d'une grande expérience lorsque, en 1576, il fut appelé au service du roi de Navarre, qui venait de se mettre à la tête des huguenots dans le midi
de la France. Henri lui confia l'administration de ses finances et l'employa dans les plus importantes négociations. Plus d'une fois Mornay fut chargé de demander des secours à Élisabeth pour la réforme en péril , et le mémoire dans lequel il trace à cette princesse le rôle que la Providence lui destinait alors en Europe est resté un des monuments les plus remarquables de la diplomatie de cette époque (1 585). Du Plessis n'était point dans les rangs des huguenots à Coutras. Pendant que Henri tenait la campagne contre l'armée du duc de Joyeuse» c'était lui qui , sous le titre de surintendant général de la couronne de Navarre, gouvernait et défendait ce petit royaume. Après l'assassinat du duc de Guise, voyant Henri III engagé dans une guerre à mort avec la Ligue , il donna à son maître le sage conseil de s'offrir avec son armée au roi dont il était l'héritier. La cession de Saumur fut le gage de cette alliance , et ce gage fut mis aux mains de Mornay ( 1 589). Bientôt le roi de Navarre devient Henri IV, et son fidèle serviteur semble aussi dès lors changer de personnage : on le voit bien moins occupé de faire triompher la cause royale que la cause protestante. L'esprit de secte, avec ses étroits préjugés, offusque sa raison , et il fait tous ses efforts pour retenir la royauté dans les rangs d'une minorité impuissante à lui donner la victoire. Plus tard , quand l'abjuration du Roi est consommée , il ne sait que faire retentir à ses oreilles les griefs des huguenots et le récit des périls qui les menacent. L'édit de Nantes fit taire ses doléances, et il n'eut plus à se plaindre alors que de l'entraînement qui
poussait grand nombre de ses coreligionnaires au sein de l'Église romaine. Son Traité de l'institution de l'eucharistie , remède sans force contre le mal qu'il voulait combattre , attaquait trop directement un des dogmes fondamentaux de la foi catholique pour ne pas soulever, en France comme à Rome, les plus vives réclamations. Henri IV crut que c'était assez faire pour le triomphe de la vérité que de la convier au grand jour de la discussion. Dans la célèbre conférence de Fontainebleau (1600), Mornay fut appelé à une controverse publique avec Duperron , et l'avantage ne lui resta pas. Cette défaite fut pour lui le signal d'une sorte de disgrâce , et pendant les dix dernières années de la vie du Roi , il ne quitta qu'une seule fois Saumur pour venir à la cour. Marie de Médicis, devenue régente, traita avec les ménagements d'une apparente bienveillance un homme que tant de respect entourait dans sa retraite, et de qui pouvait dépendre la tranquillité des huguenots au milieu des factions qui troublaient le royaume. Du Plessis, en effet, employa toute son autorité pour maintenir en paix les églises protestantes, et, dans leur émeute de 16.2 I/O résista aussi longtemps qu'il le put au fol entraînement qui les poussait à la guerre. Ce fut alors que Louis XIII, reçu par lui dans le château de Saumur, refusa de rendre cette forteresse aux mains fidèles qui la gardaient depuis trentetrois ans. Vainement Luynes offrit-il à Mornay, pour dédommagement, 3oo,ooo écusetle bâton dehiaréchal: l'austère vieillard ne voulut point (aire marché d'une des places de sûreté données à sa religion. îl se retira dans
son château de la Forêt-sur-Sèvre , en bas Poitou, et y mourut deux ans après, dans la soixante et quinzième année de son âge.