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CONSEILLER D'ÉTAT , HISTORIEN DU ROI

TROISIÈME FILS DE CHRISTOPHE DE THOU, SEIGNEUR DE BONNEUIL, DE CELY . ETC. PRESIDENT AU PARLEMENT I>E PARIS, ET DE JACQUELINE DE TULLEU, DAME DE CELT.

Né à Paris, le 8 octobre i553. — Marié: i°en i58y, à Marie dê Barbançon, dame de Cany, fille de François-Michel de Barbançon , seigneur de Cany et de Varennes, et de Péronne de Pisseleu; a" en 1602, à Gasparde de la Châtre, troisième fille de Gaspard de la Châtre, seigneur de Nançay, capitaine des gardes du corps du Roi , et de Gabrielle de Batarnay. — Mort le 1 7 mai 1617.

Jacques-Auguste de Thou était fils du vertueux premier président qui trouva des accents si énergiques pour flétrir les horreurs de la Saint-Barthélemy. Il reçut cette forte éducation, assez commune alors, que l'on pourrait appeler Y éducation parlementaire. Cependant, comme il avait deux frères aînés, il était destiné à l'Eglise, et ce fut sous l'habit ecclésiastique qu'il accompagna Paul de F oix dans sa mission auprès du saint-siége (1 5y3). On voit dès lors le futur historien du xvi* siècle

ramasser sur sa route les premiers matériaux du grand édifice qu'il doit élever. A son retour en France, de Thou fut fait conseiller clerc au parlement de Paris (1576), et cinq ans après, il était un des commissaires que Henri III envoya à Bordeaux pour y remplacer la chambre mi-partie. Ce fut dans ce voyage qu'il vit le roi de Navarre , et devina en lui les qualités qui devaient en faire un grand roi : ce fut alors aussi qu'il se lia avec Montaigne. La mort de ses deux frères l'enleva bientôt à l'Église : il se maria , fut nommé maître des requêtes , et obtint la survivance de son oncle , président à mortier au parlement de Paris ( 1 587). L'année suivante, il alla à Rouen pour préparer cette ville à recevoir dans ses murs le Roi, chassé de Paris après la journée des Barricades, et les services qu'il rendit alors furent récompensés par le brevet de conseiller d'état. Henri III , dans la crise où se trouvaient ses affaires, eut le mérite d'apprécier un serviteur aussi éclairé et aussi fidèle. Il l'envoya de Blois à Paris auprès du premier président, Achille de Harlay, et, peu de mois après, le chargea de négocier son alliance avec le roi de Navarre. De Thou était à Venise, demandant à l'Italie et à l'Allemagne des secours pour la cause royale, lorsqu'il apprit que la France avait pour roi Henri IV (1089). Il accourut auprès de ce monarque, et, pendant plus de quatre ans, le suivit dans les camps, prêt à remplir toutes les missions confiées à son zèle et à ses lumières. Il fut un des catholiques que le Roi converti employait le plus volontiers à calmer les défiances des huguenots, et la part ix. 17

qu'il prit à la rédaction de l'édit de Nantes n'est pas un de ses moindres titres d'honneur (1 598). Henri IV avait récompensé le savoir de de Thou en lui donnant, à la mort de Jacques Amyot, la charge de grand maître de la bibliothèque du Roi; il ne rendit pas un moindre hommage à ses lumières en le faisant un des juges de la controverse théologique de Fontainebleau entre Mornay et Duperron (1 600). De Thou, dans sa sincère orthodoxie, donna la victoire à levêque d'Evreux; mais en même temps, fidèle à l'esprit du Parlement et à ses traditions de famille, il maintenait hardiment contre le saint-siége les libertés de l'Eglise gallicane, ne négligeait aucune occasion de combattre les jésuites, et plus qu'un autre s'opposait à ce que les canons disciplinaires du concile de Trente fussent reçus en France. Aussi Rome le traitat-elle en ennemi : il y vit sa foi mise en doute et ses dernières années en furent remplies d'amertume. La mort de Henri IV aggrava cruellement ses chagrins; la régence de Marie de Médicis y mit le comble. Le siège de son beau-frère Achille de Harlay , premier président au Parlement, lui avait été promis et lui fut refusé (1611). Vainement le fit-on un des trois directeurs des finances qui remplacèrent Sully : ce n'était pas là le juste objet de son ambition et comme son légitime héritage; on ne faisait que lui imposer une tâche ingrate et contre ses goûts. De Thou essaya de se consoler en reprenant ses travaux interrompus et achevant le grand ouvrage qui a recommandé son nom à la postérité. Cet ouvrage (Historia met lemporis) est le monument le plus complet *»t

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Je plus remarquable de la science historique en France au xvi* siècle. Les recherches consciencieuses de lerudit, • la sagacité du critique, les jugements profonds de l'homme d'état et quelques-unes des qualités du grand écrivain se réunissent chez de Thou aux inspirations d'un patriotisme éclairé, à un sincère amour de l'humanité et de la justice, et font de son histoire un livre auquel il n'a manqué que d'être écrit dans la langue nationale pour jouir d'une véritable immortalité. De Thou n'avait en core donné au public que la première moitié de ce vaste travail lorsqu'il mourut, en 1 6 i 7, dans la soixantequatrième année de son âge.

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