JEAN MIN (PIERRE
PREMIER PRÉSIDENT AU PARLEMENT DE BOURGOGNE. (S' 2273.) Tableau de l'école de Porbiu.
Né à Autun, en i5£o. — Mort le 3 1 octobre 16a a.
Jeannin, né à Autun dans les rangs obscurs de la bourgeoisie, fut, comme il le disait lui-même, le fils de ses propres vertus. Ayant étudié le droit sous Cujas, il plaida avec succès au barreau de Dijon , et, simple avocat encore, il eut l'honneur, par l'ascendant de ses sages conseils, d'épargner à cette ville et à la Bourgogne entière les horreurs de la Saint-Barthélémy. Le tiers état de Dijon l'envoya, comme député, aux premiers états généraux de Blois, en 1 576. Jeannin s'y montra serviteur fidèle de la royauté; ce ne fut que plus tard que son
zèle fervent pour la foi catholique imposa à sa conscience le serment de la sainte Union. Il fut pendant six ans un des conseillers du duc de Mayenne; mais, au plus fort des fureurs de la Ligue , l'esprit de parti n égara jamais en lui le patriotisme, et son cœur français combattit toujours les prétentions de 1 étranger. Aussi, dès qu'il vit Henri IV converti et absous par Rome, il pressa Mayenne de se soumettre à son roi, et eut le bonheur d'accomplir cette œuvre de réconciliation si utile à la France (1596). Le Roi, qui dans cette négociation avait apprécié les rares qualités de Jeannin, ne voulut point perdre un serviteur si honnête et si habile. Il lui donna la charge de premier président au parlement de Bourgogne, mais à condition de la vendre et de rester à la cour pour siéger dans ses conseils. Depuis lors, en efTet, Jeannin ne quitta plus Henri IV, et après Sully, aucun des hommes qu'il employa n'eut une plus grande part à sa confiance. ïl aimait à l'appeler le bon homme, voulant par là rendre à ses vertus un hommage qu'il croyait superflu de rendre à ses lumières. De toutes les négociations dans lesquelles l'habile diplomate servit son maître, aucune ne lui fit plus d'honneur que celle qu'il conduisit de 1 607 à 1 609, avec les Provinces-Unies. La trêve de douze ans que l'Espagne leur accorda, sous la médiation de la France, entraînait la reconnaissance implicite de leur indépendance, et Jeannin fut comblé de remercîments et d'honneurs par la Hollande, qu'il avait fait entrer parmi les nations européennes. A la mort de Henri IV, Marie de Médicis laissa Jeannin dans le poste
élevé qu'il occupait; mais les conseillers que le grand roi avait animés de son génie ne furent plus les mêmes hommes dès qu'il eut disparu. Du moins Jeannin , successeur de Sully dans l'administration des finances du royaume , sembla-t-il , aux états généraux de 1 6 1 k , bien au-dessous de sa haute renommée. L'âge avait affaibli la forte trempe de son caractère , et son honnêteté était réduite à cacher maladroitement les dissipations d'une cour livrée à l'intrigue et au désordre. Il conserva cependant la place de surintendant jusqu'en 1622 , où il mourut à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Ses Négociations sont un ouvrage qui garde aujourd'hui encore l'estime des diplomates.