DUMOULIN (CHARLES
FILS DE JEAN DUMOULIN , AVOCAT AU PARLEMENT, ET DE PERRETTE C1IAUSSIDON.
Né à Paris, en 1 5oo. — Marié : i° en 1 538, à Louise de Beldon, fille de Jean de Beldon, secrétaire du Roi; 2° le 3o juin 1 558 , à Jeanne du Vivier. — Mort le a 7 décembre i566.
Dumoulin, l'un des jurisconsultes français les plus célèbres du xvi* siècle, étudia le droit à Poitiers et à Orléans. Il fut reçu avocat au Parlement en i 5a 2 , mais plaida peu , partageant son temps entre de savantes consultations et des livres composés avec toute la patience d'une érudition infatigahle. Le traité qu'il écrivit, en i55a, sur les prérogatives temporelles du saint-siége fut une arme puissante entre les mains de Henri II contre
le pape Jules 111 , mais suscita à son auteur de violentes persécutions. Dumoulin fut forcé de chercher un asile en Allemagne, et y professa avec éclat dans l'université de Tubingue; il donna aussi des leçons à Baie, à Genève, à Strasbourg, à Dole et à Besançon, avant de pouvoir rentrer en France. Il ne revit sa patrie que pour la trouver en proie aux guerres de religion et y être ballotté par de nouvelles vicissitudes. Comme il avait embrassé le luthéranisme, il eut l'étrange destinée d'être persécuté à la fois par les calvinistes et les catholiques. Ayant donné à l'Université une consultation contre l'établissement des jésuites à Paris, il vit aussitôt les partisans de cette puissante compagnie devenir ses ennemis. Mais ce fut le Conseil sur le fait du concile de Trente, écrit dans lequel Dumoulin attaqua audacieusement les décisions disciplinaires de cette grande assemblée, qui déchaîna contre lui le plus violent orage ( i 566) ; ceux même dont il était l'organe en cette circonstance l'abandonnèrent. Il fut arrêté, et ne recouvra sa liberté qu'à condition de ne plus rien faire imprimer sans l'expresse autorisation du Roi. Dumoulin , cependant, avait vu les calvinistes s'unir aux ultramontains pour l'accabler dans cette lutte, et dès lors il se retourna contre eux avec toute l'énergie guerroyante de son caractère. Dans une requête adressée au Parlement, il dénonça leurs ministres comme des agents de trouble et de sédition; mais il ne lui fut pas donné de voir la fin de ce dernier combat. Il mourut, le 27 décembre 1 566 , après être rentré, selon le témoignage de l'historien de Thou, son ami, dans le sein de l'Lglise
catholique. Bien des esprits que la réforme avait d'abord attirés à elle par le prestige de la liberté, la quittèrent alors, comme Dumoulin, par dégoût de la licence.