RAMUS (PIERRE LA RAMÉE
(V 2045.) Tableau du temps '.
Né à Cuthe, ancien village du Vermandois , vers 1 5 1 5. — Mort le a 5 août 1 5-72.
Ramus , novateur intelligent et hardi , introduisit d'utiles réformes dans l'enseignement public en France. Né d'une famille pauvre, il fit son éducation presque sans maître dans le collège de Navarre, où il servait comme domestique, et, tout jeune encore, dans les épreuves qu'il subit pour être reçu maître ès arts, il jeta son premier défi à l'autorité jusques alors incontestée d'Aristote. Tous ses travaux, tous les efforts de son esprit, tendirent dès lors à abattre l'idole qu'il avait commencé d'ébranler, et, en 1 5^3 , il publia, avec ses Instructions dialectiques, ses Remarques sur la dialectique du philosophe grec. Une immense rumeur s'éleva aussitôt dans l'école : le réformateur de la science philosophique fut traité de séditieux et d'impie, comme s'il eût attaqué l'Évangile, et la bienveillance de François Iw ne put le
• On lit autour du tableau l'inscription suivante :
P. Rama*. Viromind. cloquen. et philokophir. profrmor repu» . reginram ftn- IM tl giwD. TrilUno. »Ut. 56.
défendre d'un arrêt qui Jui interdisait à l'avenir d'écrire ou d'enseigner contre Aristote. Cependant, deux ans après , la protection du cardinal de Lorraine fit annuler cette absurde sentence. Ramus fut nommé principal du collège de Presles, et Henri II, en 1 55 1 ,~ lui donna, au collège Royal , la chaire de philosophie et d'éloquence. Il y siégea pendant dix années avec éclat , et ce fut alors que se développèrent successivement les diverses parties du vaste plan qu'il avait conçu pour la réforme des études : ce fut alors qu'il publia ses traités de Rhétorique, de Grammaire grecque , latine et française , dans lesquels il heurtait les préjugés régnants avec une intrépide assurance. Son nom grandissait, mais le nombre de ses ennemis s'augmentait en même temps , et il avait grand'peine à se défendre des coups de l'autorité judiciaire , investie alors du droit étrange de décider souverainement dans les matières scientifiques. Le malheur de Ramus fut de se laisser entraîner par son goût de la nouveauté dans les opinions de la réforme ; la persécution n'en devint contre lui que plus vive et plus achar. née. Trois fois, de 1 562 à 1 569, la guerre éclata entre la cour et les huguenots ; trois fois il fut forcé de quitter sa chaire, et finit par aller demander un asile à l'Allemagne. Il y donna quelques leçons de mathématiques dans l'université de Heidelberg; mais toutes ses pensées étaient tournées vers la France , et le moment arriva où il crut pouvoir revenir en sûreté à Paris. C'était en 1 5*7 1 , à l'époque où les chefs huguenots se pressaient à la cour, 011 les appelait la trompeuse bienveillance de Charles IX.
Ramus eut le même sort que la plupart d'entre eux dans la nuit fatale de la Saint-Bartlïélemy. Une bande d'assassins vint le surprendre au collège de Presles et le jeta, tout percé de coups, dans la rue. Il était âgé de soixante et dix ans.