DU VERGER DE HAURANNE (JEAN
ABkk I>E • *I»T-CTIUS.
( N* 2415.) Philippe de Cha-pach*.
Né à Bayonne, en 1 58 1 . — Mort le 1 1 octobre 1 643.
Jean Du Verger de Hauranne, né d'une ancienne famille de Bayonne, fut destiné dès son enfance à l'état ec-
1 On lit dans la partie supérieure du tableau l'inscription suivante
Philippe HvflHrU e^ïe d« Chartrca aaga de 19 au».
clésiastique. Comme il annonçait les plus heureuses dispositions , son évêque l'envoya faire ses études théologiques dans l'université de Louvain , qui était alors fort renommée. Ce fut là qu'il connut Jansenius et se lia d'amitié avec lui. Quelques années après, en 1 608 , les deux amis se retrouvèrent à Paris; puis ils se rendirent ensemble à Bayonne , où Du Verger venait d'obtenir un canonicat, et Jansenius la direction d'un collège nouvellement fondé par l'évêque ( 1 (h 1 ). On les voit en 1617 quitter presque en même temps cette ville : pendant que Jansenius retourne à Louvain pour y enseigner la théologie, Du Verger, appelé par La Roche-Posay, évêque de Poitiers, est fait vicaire général de ce diocèse et obtient ensuite l'abbaye de Saint-Cyran (1620). Mais, avant de se séparer, les deux théologiens, à qui une longue communauté d'études avait donné sur quelques points du dogme et sur les formes générales de la discipline des idées d'une nouveauté assez hardie pour les inquiéter eux-mêmes, s'étaient entendus sur les moyens de les faire prévaloir dans l'Église et sur la part qui devait revenir à chacun d'eux dans ce travail. Celle de Jansenius était toute dogmatique : il devait révéler le secret, jusqu'alors inconnu, de la doctrine de saint Augustin sur la grande question de la grâce. A l'abbé de Saint-Cyran devait appartenir l'action : sa tâche était de répandre la nouvelle doctrine par tous les moyens d'influence que pouvaient lui donner sa vie austère, son grand savoir et son talent extraordinaire pour le gouvernement des âmes. Cependant, pour que leurs efforts concourussent plus sûrement au même but, une se-
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crête correspondance était établie entre eux, dans laquelle, sous des noms supposés, ils se rendaient compte l'un à l'autre du progrès journalier de leur œuvre. Dès l'année 1620, Saint-Cyran avait connu deux hommes haut placés dans le monde , quoique bien différents , et il avait essayé sur eux son empire. L'un, l'évêque de Luçon, conçut pour lui de l'estime , mais avait d'autres pensées que celle de mettre au service d'une secte sa vaste intelligence. L'autre , Arnauld d'Andilly, avec une âme droite et aspirant à la perfection chrétienne , subit sans résistance le joug de cette impérieuse amitié. On croit que l'abbé de Saint-Cyran s'efforça, mais sans succès, d'entraîner dans sa sphère, où rien ne lui résistait, Bérulle, le pieux fondateur de l'Oratoire, et Vincent de Paul, l'apôtre immortel de la charité. Il fut plus heureux avec une femme égale aux grands hommes de ce temps par l'élévation de l'esprit et la force du caractère , et dispo sée par la trempe rigide de son âme à accepter avec enthousiasme une direction qui lui rendrait la piété plus laborieuse et la porte du salut plus étroite : c'était la mère Angélique Arnauld. Dès longtemps mise en relation avec Saint-Cyran par son frère d'Andilly, elle finit par lui confier le gouvernement spirituel du monastère de Port-Royal, dont elle était abbesse, et lui mit ainsi entre les mains un puissant levier pour agir à la fois dans l'Eglise et dans le monde. Bientôt, à la voix de l'impérieux directeur, on vit se jeter dans la retraite Lemaislre. Singiin, Lancelot, Desmares, les premiers de cette liste glorieuse des solitaires de Port-Royal sur laquelle devait
figurer tant de génie et tant de vertu ( 1 63 7 ). A l'entraînement religieux vint se joindre l'attrait de la persécution. Le cardinal de Richelieu, mécontent de la fière humilité avec laquelle Saint- Cyran repoussait comme des chaînes les dignités de l'Église, et se méfiant d'ailleurs de ce que cachait cet austère et profond génie, le fit arrêter et emprisonner au donjon de Vincennes ( 1 k mars 1 638 ). On remua tout pour obtenir qu'il fût rendu à la liberté, et Richelieu, avec sa clairvoyance d'homme d'état , qui le rassurait un peu trop aisément sur la légitimité de ses procédés arbitraires , ne cessa de répondre que, « si l'on avait enfermé Luther et Calvin quand ils commencèrent à dogmatiser, on aurait épargné aux états bien des troubles. » Parlant encore de son redoutable prisonnier, il ajoutait : « Vous ne le connaissez pas : il est plus à craindre que six armées. » Mais Saint- Cyran avait déjà trop répandu son esprit et sa doctrine pour qu'il fût possible d'en arrêter le cours, et sa captivité ne le rendit que plus puissant au dehors. Ce fut du fond de sa prison qu'il fit pour Port- Royal la plus importante des conquêtes qu'il eût faites jusqu'alors, celle d'Antoine Arnauld. Son influence se répandit jusque sur ses geôliers, sur ses gardes et sur le gouverneur même de Vincennes , Chavigny, Ja créature de Richelieu. Tous attendaient plus impatiemment que lui l'heure de sa délivrance, lorsque le k décembre 16 à 2 il apprit que son grand ennemi venait de mourir. «Il est mort le jour de Saint-Cyran ! » s ecria-t-il dans un premier transport qu'il ne put contenir; et, se repentant aussitôt de ce niouve
ment surpris à la nature , il s'agenouilla et récita l'office des morts. Louis XIII ne maintint que deux mois, comme pour la forme, les rigueurs de son ministre, et le 6 février i643, l'abbé de Saint-Cyran sortit de Vincennes au milieu d'un véritable triomphe. H alla visiter Port- Roy al-des-Champs, où le désert avait commencé à refleurir, et reprit la direction du parti qu'il gouvernait par la double puissance de l'action et de la parole; mais il ne la conserva pas longtemps. Le 1 1 octobre de cette même année, il fut frappé de mort subite, à l'âge de soixante-deux ans. L'abbé de Saint-Cyran a laissé de nombreux écrits , pleins de savoir et de profondeur théologique, mais auxquels manque entièrement l'art du langage.