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FILS DE GUILLAUME DE PAUL ET DE BERTRANDE DE MORAS. (N* 2U

Né à Ranquines, dans le diocèse de Dax, le 2 k avril 1576. — Mort à Paris, le 27 septembre 1660.

Nous voici en face d'une des gloires les plus pures, d'un des noms les plus popularisés par l'admiration et le respect qu'il y ait dans l'histoire du monde. Depuis que le christianisme est venu luire sur la terre, la charité a eu bien des héros; elle en a eu presque autant qu'il y a de saints inscrits au Martyrologe; mais ce qui est propre

à Vincent de Paul, ce qui lui donne une physionomie à • part dans cette galerie de figures vénérables, c'est qu'avec l'héroïsme de la charité , il en eut le génie.

C'était le fils d'un pauvre cultivateur des landes de Guyenne. Il n'apprit de son père qu'à aimer Dieu et à le servir, mais il l'apprit si bien que la renommée de sa pieuse enfance ne tarda pas à se répandre aux alentours, et que l'Eglise réclama pour elle ce modèle naissant des vertus évangéliques. Elevé chez les cordeliers de la petite ville de Dax, il passa de là à Toulouse, pour y faire son cours de théologie. En i5q8 il fut ordonné sousdiacre, et prêtre en 1600. Cependant l'idée qu'il avait du sacerdoce était si haute que plus de quatre ans après qu'il en avait été revêtu , il poursuivait encore ses études afin de s'en rendre moins indigne. C'est vers cette époque que , pour recueillir un héritage laissé à ses mains charitables, il eut à faire le voyage de Marseille, et, s'étant embarqué à Narbonne, fut pris par les Barbaresques. On a le récit de cette aventure tracé par lui-même; on y voit comment il sut faire tourner sa captivité à la gloire de Dieu en lui rendant une âme qui l'avait renié , et comment il dut à cette bonne œuvre sa liberté (1607). Le vice-légat d'Avignon, qui le vit alors revenant de Tunis , reconnut en lui les traits d'un apôtre et voulut qu'il l'accompagnât à Rome. Vincent de Paul y trouva le cardinal d'Ossat, de qui il reçut une mission de confiance auprès de Henri IV. Voilà le saint prêtre à Paris , le voilà, obscur et ignoré, sur ce théâtre futur de ses bienfaits et de sa gloire (1609). Livré tout d'abord aux

• pieux travaux de la charité, et allant chaque jour s'asseoir dans les hôpitaux au chevet des malades, il en vint à connaître Pierre de Bérullc, le fondateur de l'Oratoire en France. Au commencement de l'année 1611, s étant mis en retraite sous la conduite de cet habile directeur des âmes, il vit dans sa solitude le curé de Clichy, Bourgoing, qui pour entrer à l'Oratoire résignait le gouvernement de sa paroisse. Vincent de Paul le remplaça , et en moins de deux ans multiplia à l'infini dans ce pauvre village les bienfaits de son administration. Cependant il se laissa arracher à des fonctions qui étaient si fort selon son cœur pour diriger l'éducation des trois fils de Philippe-Emmanuel de Gondy, comte de Joigny, général des galères : le plus jeune des trois devait être le trop célèbre cardinal de Retz. « On me donna une belle chambre, raconte-t-il , et j'y vécus comme dans une cellule, nïoccupant de mes devoirs et de l'éducation de messieurs de Gondy. » Ce ne fut pas assez pour lui d'introduire une sainte réforme dans le brillant hôtel qu'il habitait ; secondé par la vertueuse comtesse de Joigny, il essaya avec elle, dans ses terres et sur un petit modèle, les grandes œuvres de charité dont il devait plus tard doter l'Eglise (1616-1618). Vers ce temps aussi commença à s'émouvoir sa pieuse sollicitude pour les galériens, «pour ces criminels doublement misérables, plus chargés du poids impitoyable de leurs fautes que de la pesanteur de leurs chaînes, accablés de tant de misères qu'elles leur ôtaient le soin et la pensée de leur salut. » Vincent de Paul, en accompagnant à Marseille M. de

Gondy , lieutenant général des galères , avait vu de près ces malheureux dont il décrit si énergiquement les souffrances, et s'était mis aussitôt à l'œuvre pour les soulager. Ses efforts pour le bien de leurs âmes et de leurs corps produisirent parmi eux une prompte et étonnante révolution , et Marseille n'en fut pas le seul théâtre : toutes les villes où des forçats étaient à la chaîne virent le pieux missionnaire accourir dans leur sein et porter à ces infortunés le pain de la charité avec les consolations de l'Evangile. On a dit rrfeme, et le fait, quoique contesté, paraît véritable , que Vincent de Paul prit les fers de l'un d'entre eux pour le rendre à sa famille désolée. Ce qui est certain, c'est que Louis XIII, en 1619, crut devoir pour récompense à ses travaux de le nommer aumônier général des galères.

Mais tout le bien qu'il avait fait jusqu'alors avait pour limites nécessaires les forces d'un homme et la courte durée de sa vie, et il voulut confier à un institut permanent le soin de l'étendre et de le perpétuer. Le collège des Bons-Enfants à Paris fut le premier asiJe ouvert à la congrégation des prêtres de la Mission ( 16a A), et la maison du prieuré de Saint-Lazare, qui leur fut cédée ensuite ( iG3a), leur donna le nom qu'ils portent aujourd'hui. Ce nom suffit à leur louange. A la fondation des Lazaristes, l'infatigable apôtre en ajouta bientôt une autre plus utile> s'il se peut, et plus populaire encore. Déjà il avait établi dans plusieurs villes de France et dans plusieurs paroisses de la capitale des confréries de charité destinées à visiter les pauvres et les malades, et c'était sur-

tout dans cette œuvre que l'avait assisté madame Legras, la vertueuse nièce du maréchal de Marillac. Pour donner à ce bienfait le caractère d une durée immortelle, autant que peuvent 1 être les ouvrages des hommes , il institua , sous le nom de Filles de la charité, ces religieuses aujourd'hui répandues et vénérées par toute la terre, qui , disait-il , « n'ont ordinairement pour monastère que les maisons des malades, pour cellule qu'une chambre de louage , pour chapelle que l'église de leur paroisse , pour cloître que les rues de la ville ou les salles des hôpitaux, pour clôture que l'obéissance , pour grilles que la crainte de Dieu, et pour voile qu'une sainte et exacte modestie. » Leur établissement , commencé en 1 636 , reçut en 1657 sa dernière et solennelle confirmation. H avait ébauché de même, dès les premiers temps de son séjour à Paris , l'œuvre des Enfants trouvés , mais d'une façon toute provisoire. On le voyait, au milieu des plus rudes nuits de l'hiver, aller rechercher dans les quartiers éloignés de la capitale ces victimes délaissées de la dépravation et de la misère, et les porter dans quelque maison où de bonnes âmes étaient prêtes à les recueillir. Mais le bien commencé allait périr, et l'on sait par quelles paroles admirables il convia de pieuses dames à empêcher ce malheur (1668). Aucune plaie ne faisait saigner plus cruellement la sainte âme de Vincent de Paul que l'état d'ignorance du clergé et les vices qu'il engendrait. Dieu lui inspira, pour y remédier, l'institution des célèbres conférences des mardis, auxquelles tout ce que Paris renfermait de prêtres , des docteurs et

des évêques même , se pressèrent bientôt pour recevoir un solide et sûr enseignement. Vincent présidait souvent ces conférences , et Bossuet a rendu hommage à sa manière de parler usi sage, si relevée, que Dieu môme semblait s'expliquer par sa bouche. »> ,11 faut renoncer à suivre cet homme de Dieu dans le détail sans fin des œuvres admirables qui remplirent sa longue vie. Un jour vint où l'immensité de ses bienfaits lui donna malgré lui la gloire, et où une sorte d'intendance suprême de la charité lui fut attribuée dans tout le royaume , de l'aveu de Louis XIII et de Richelieu lui-même. C'est ainsi qu'en 1 636 une mission qu'il envoya à l'armée de Picardie y fit cesser les désordres dont les soldats affligeaient cette province. C'est ainsi qu'en 1639 la Lorraine, ravagée par tous les fléaux de la guerre et succombant aux horreurs de la famine, trouva son sauveur dans Vincent de Paul, et ne lui dut pas moins de seize cent mille livres ' d'aumônes. Le cardinal de Richelieu lui permit de venir, à genoux, implorer la paix, au nom de la France épuisée et souffrante, et lui assura qu'il serait exaucé. Louis XIII enfin, dans sa dernière maladie, ne put mourir en paix qu'en étant assisté par le plus vertueux prêtre de son royaume ( 1 663) . Anne d'Autriche fit plus : elle lui donna la présidence du conseil de conscience , et si l'austère intégrité de Vincent de Paul n'eût été contrariée quelquefois par la politique de Mazarin , pas un évêché ou un bénéfice n'eût été alors donné qu'au plus digne. L'église de France n'en eut pas moins à bénir pendant plusieurs années l'influence du saint conseiller de la réix. 26

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gente. Durant les troubles de la Fronde, il demanda la paix aussi courageusement à Mazarin qu'il lavait demandée à Richelieu (janvier 1669), et ce qu'il avait fait pour la Lorraine , il le renouvela pour les provinces ravagées par la guerre. Vincent de Paul vieillissait ainsi entouré de respect et déjà béatifié par l'admiration universelle; il voyait son institut des prêtres de la mission florissant et heureusement établi à Rome, à Gênes, chez les Barbaresques et à Madagascar. Il voyait par son influence l'hospice du Nom-de-Jésus fondé à Paris (1 653), et un asile ouvert à cinq mille pauvres dans l'enclos et la maison de la Salpétrière. Mais son corps, usé par l'âge et les fatigues de l'apostolat, ne secondait plus le zèle toujours enflammé de son âme pour la gloire de Dieu. Il ne sortait plus de Saint-Lazare et dirigeait du fond de sa cellule les communautés dont il était le supérieur, lorsque le 27 septembre 1660 il rendit son âme a Dieu, regretté à la cour, à Paris, dans les provinces , et pleuré surtout par les pauvres , qui perdaient en lui un père. Sa canonisation fut prononcée par Clément XII , le 1 6 juin 1737.

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