‹ Galeries historiques du Palais de VersaillesChapitre 256 sur 299 · FILS AÎNÉ DE JEAN DE ROTROU ET D'ELISABETH LE PACHBU. (V · texte numérisé non relu

FILS AÎNÉ DE JEAN DE ROTROU ET D'ELISABETH LE PACHBU. (V

Né à Dreux, en 1 609. — Mort le 27 juin i65o.

Jean de Rotrou a uni son nom par une fraternité honorable à celui du grand Corneille : il fut son ami et eut part avec lui au glorieux enfantement de l'art dramatique en France. Comme l'auteur du Cid, il débuta par de faibles imitations du théâtre espagnol; mais ces essais d'une jeunesse inexpérimentée eurent pourtant assez d'éclat pour se faire remarquer du cardinal de Richelieu. Le ministre, ambitieux d'être applaudi au théâtre, fit de Rotrou un de ces versificateurs à sa solde qu'il destinait à mettre une poésie d'emprunt sur le canevas assez mal tissu de ses drames. Ce fut dans ces communes fonctions que Corneille et Rotrou se rencontrèrent, et, chose bien rare entre rivaux courant la même carrière, ils ne se connurent que pour s'estimer et pour s'aimer. Corneille était le plus âgé des deux ; mais devancé au théâtre par son ami, il l'appelait humblement son père. Cependant il ne tarda pas, en retour des conseils qu'il avait reçus de Rotrou, à lui donner des exemples, et le Cid, Horace et Cinna furent les devanciers de Venceslas, de Cosroës et de Saint-Genest. Rotrou se plaisait à le proclamer lui-même , et en toute occasion s'humiliait devant la gloire du grand Corneille. Celle qui lui restait n'en était que plus pure et les sévères jugements de la postérité ne la lui ont pas ravie. Il remplissait dans sa ville natale les fonctions de lieutenant civil et criminel, et, obligé à y résider, ne put s'olTrir au choix de l'Académie française. Mais ce modeste emploi , en lui interdisant le premier des honneurs littéraires, lui en offrit un noble dédommagement : il lui procura l'occasion d'une mort héroïque. Rotrou apprit à Paris que

Dreux était livré aux horreurs d'une maladie contagieuse, et croyant que manquer au péril serait manquer au devoir, il se rendit aussitôt parmi ses concitoyens pour leur porter des consolations et des secours. Il attendait la mort, elle ne le trompa pas : trois jours après son arrivée, il expira à l'âge de quarante et un ans (27 juin 1 65o).

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