‹ Galeries historiques du Palais de VersaillesChapitre 255 sur 299 · DESCARTES (RENÉ · texte numérisé non relu

DESCARTES (RENÉ

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FILS DE JOACHIM DESCARTES, CONSEILLER AU PARLEMENT DE BHETAGNE, ET DE JEANNE BROCHARD.

(N* 2424., Rossicsoa , d'après Hais.

Né à La Haye en Touraine , le 3i mars i5o6. — Mort à Stockholm, le 1 1 février 1 65o.

Le nom de Descartes est un de ces grands noms qui font époque dans l'histoire de l'esprit humain; il rappelle la liberté rendue à la pensée dans le domaine de la spéculation philosophique , et l'homme , que le moyen âge ne savait étudier que dans Aristote, étudié dans l'homme même ; il rappelle les plus belles découvertes faites dans la science de l'abstraction , au même temps où la science de l'observation se révélait au génie créateur de Galilée. Avoir donné le jour à Descartes est pour la France une gloire impérissable.

C'était le fils d'un gentilhomme tourangeau qui avait acheté une charge de conseiller au parlement de Rennes. Il fut envoyé de bonne heure au collège de la Flèche chez les jésuites, et se livra à l'étude avec une ardeur que ne retint pas sa complexion faible et maladive. Ses

classes étaient à peine achevées , qu'il reconnut le vide et le néant de ce qu'il avait appris , et se promit de n'avoir désormais d'autre livre que le grand livre du monde. La méditation fécondée par les voyages fut le moyen qu'il adopta pour se défaire , selon ses propres parojes , ' de « cette fausse éducation qui altère la raison naturelle. » En 1617, il alla servir comme volontaire dans l'armée de Maurice de Nassau, passa deux ans après en Allemagne, et s'étant enrôlé dans l'armée de Maximilien , duc de Bavière , combattit sous ses ordres à la bataille de Prague (8 novembre 1620). Mais, quoique la vie des camps n'eût pas interrompu le travail de son intelligence, il s'en dégoûta, et, de soldat devenu voyageur, visita la Hollande, l'Allemagne et l'Italie, vint à Paris et y noua de savantes relations ; puis , après quelques hésitations sur le choix d'un état , il se décida à suivre librement sa vocation philosophique. C'était à la fin de 1 6 a 8. Descartes avait accompli sa trente-deuxième année; il n'avait plus rien à apprendre dans la société des hommes ou la contemplation de la nature ; il n'avait plus qu'à se recueillir en lui-même et à se servir de la méthode simple et puissante qu'il s'était faite pour marcher à la conquête de la vérité. Il commença par se retirer de Paris à la campagne, puis, ne se trouvant pas en France assez seul et assez tranquille , il vendit une partie de son bien et se retira en Hollande, terre de travail et de liberté, où il se proposait de vivre comme au désert. Le premier fruit de ses méditations fut son Traité du monde , dans lequel il admettait, comme Galilée, le mouvement de la terre,

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mais qu'il supprima en apprenant la condamnation du philosophe italien ( 1 633 ). En i63y, parut son Discours sur la méthode , et en 1 64 1 ses Méditations sur la philosophie première, dédiées à la Sorbonne. C'est dans ce dernier ouvrage que Descartes , après avoir rejeté toutes les opinions acquises, soit par le témoignage des sens, soit par les opérations du raisonnement, et fait, en quelque sorte, le vide dans son intelligence, sortit du doute universel où il s'était plongé avec cette grande affirmation , « Je pense, donc je suis, » premier principe de la philosophie qu'il cherchait et qu'il avait trouvée. Le livre des Principes, publié en 1 644, compléta sa doctrine qui, à peine mise au monde, fut enseignée dans plusieurs universités. Mais le génie de Descartes jetait trop d'éclat pour ne pas rencontrer des envieux et des détracteurs. Il avait blessé plus d'un rival dans ces tournois mathématiques où les problèmes les plus difficiles à résoudre étaient comme un gant qui lui était jeté et qu'il ramassait toujours victorieusement. En même temps, les allures libres et fières de sa philosophie effarouchaient les esprits asservis aux vieilles routines, et leur inimitié ne pouvait lui manquer. On alla plus loin , et, malgré le soin religieux avec lequel il avait placé les vérités révélées dans une sphère inaccessible à la spéculation philosophique, on ne lui épargna pas l'accusation si redoutable alors d'impiété et d'athéisme. Rome alarmée se contenta d'interdire la lecture de ses livres. Le théologien calviniste Gisbert Voêt fut près d'obtenir à Utrecht qu'ils fussent brûlés par la main du bourreau (i643). La France eut au moins

l'honneur de ne pas méconnaître l'homme qui venait de faire dans la science une si prodigieuse révolution. Richelieu fit ce qu'il put pour arracher Descartes à sa retraite en lui offrant avec une pension un siège au Parlement ou au conseil du Roi, et Mazarin, en 16/17, un envoya le brevet d'une somme annuelle de 3, 000 livres, « en considération de l'utilité que sa philosophie procurait au genre humain. » Cependant les tracasseries qu'il avait rencontrées en Hollande faisaient repentir Descartes de sa gloire ; la sérénité de son âme , qui lui était chère plus que toutes choses, lui échappait sans cesse au milieu des combats qu'il avait à soutenir, et il n'aspirait qu'au repos. Il crut le trouver à Stockholm , où l'appelaient les sollicitations pressantes de la reine Christine. Mais arrivé dans cette ville vers la fin de 1 649, il ne tarda pas à y tomber malade. Sa poitrine, toujours délicatn, ne put supporter le rigoureux hiver de la Suède , et il mourut le 1 1 février 1 65o, âgé de près de cinquante-quatre ans. Descartes , philosophe et géomètre immortel, a mêlé les erreurs aux vérités dans ses travaux sur l'astronomie, la physique et l'anatomie.

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