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ROI D'ANGLETERRE, DÉCOSSE ET D'IRLANDE

TROISIÈME FILS DE JACQUES i", ROI D'ANGLETERRE, ET D'ANNE DE DANEMARCK.

(V 2482.) Ancien tableau.

Né à Dunfermline, le 19 novembre 1600. — Marié à Cantorbéry, le 22 juin 1625, à Henriette-Marie de France , fille de Henri IV, roi de France et de Navarre, et de Marie de Médicis. — Mort le 9 février 1 6kg .

Charles Ier, s'il eût vécu en d'autres temps, eût régné sur le peuple anglais avec calme et même avec honneur. Il était naturellement doux et équitable, avait une grande honnêteté de mœurs, aimait les arts et les encourageait avec magnificence. Bien des rois, à moins de frais, ont gagné l'amour de leurs sujets. Mais ce monarque eut à traverser les redoutables épreuves d'une révolution , et dans l'emportement d'une lutte acharnée et violente, les faiblesses de son âme et les torts de sa conduite apparurent au grand jour. On le vit avec sa dignité hautaine qu'il prenait pour de la grandeur, sa confiante

légèreté qu'il prenait pour de la force , ses vertus domestiques qui rassuraient trop aisément sa conscience de roi , et son mépris de ses peuples tel qu'il ne daignait pas descendre avec eux à la loyauté. Pour la postérité qui le juge après deux siècles, l'histoire de ses infortunes est écrite dans chacun de ces traits de son caractère.

Jacques Ier fit, en mourant, à son fils le funeste legs de son favori Buckingham , et le jeune prince eut le malheur de l'accepter. Buckingham en effet fut le mauvais génie qui inaugura le nouveau règne sous de sinistres auspices. Ce fut lui qui inspira au premier parlement assemblé par Charles I'r une défiance hostile contre la royauté ( 1 6a 5) ; lui qui , cité devant la chambre des lords, répondit à la poursuite dont il était l'objet en faisant casser par le roi un autre parlement (i6q6); lui qui retint aussi longtemps qu'il le put la main royale forcée de donner sa sanction au fameux bill de la pétition des droits ( î 6a8). Inconsolable de la perte de ce dangereux conseiller, qui venait de tomber sous le poignard de Felton, Charles n'en poursuivit que plus ardemment la lutte dans laquelle sa prérogative était engagée avec celle des lords et des communes , et pour la troisième fois il se donna la victoire par un acte de dissolution. Alors commença la période de son règne pendant laquelle , décidé à gouverner seul et sans contrôle, il en fit au peuple anglais la solennelle déclaration. Son despotisme, moins dur que celui des Tudors, n'en violait pas moins les libertés de l'Angleterre , et pendant qu'il se complaisait dans l'étalage de sa toute -puissance, l'imprudent monarque

ne sentait point le sol qui commençait à trembler sous ses pas; il ne voyait pas qu'en s'exerçant aux discussions théologiques , les esprits s'échauffaient d'un ardent amour de l'indépendance, et que dans les dernières classes de la société fermentait un mélange confus de passions politiques et religieuses animées chaque jour davantage par le spectacle ou les récits de la persécution. Le jour vint cependant où les fragiles appuis de son pouvoir absolu commencèrent à chanceler, et où il fut forcé de redemander aux libres institutions du pays les moyens d'action qui manquaient à son gouvernement. L'archevêque Laud, prélat austère et inflexible dans ses convictions t avait persuadé au roi d'imposer à l'église d'Ecosse le joug de lepiscopat et de la liturgie anglicane. Les presbytériens écossais s'étaient révoltés contre cette tentative tyrannique, et, par leur célèbre covenant, s'étaient engagés à défendre leur religion jusqu'à la mort (i638). Il fallut lever contre eux des troupes, et, après avoir épuisé toutes les ressources de l'omnipotence royale, convoquer un parlement (i6do). Les députés des communes apportèrent à Westminster les griefs de la nation anglaise amassés pendant onze ans , et leur premier acte fut d'accuser de haute trahison le comte de Strafîord, déserteur illustre de la cause nationale, qui avait mis son génie au service du despotisme. Charles I" laissa tomber la tête de ce serviteur aussi habile que fidèle, et, encourageant par ses alternatives de violence et de faiblesse l'audace de l'assemblée qui s'était rendue souveraine, il fut réduit, pour défendre les droits de sa cou-

ronne, à la ressource extrême de la guerre civile. Déployant son étendard royal à Nottingham (avril i64a), il appela autour de lui tous ceux de ses loyaux sujets qui voulaient donner leurs biens et leur sang à la royauté. La fortune des armes fut incertaine tant que l'armée parlementaire obéit aux influences du parti presbytérien : inflexible dans ses étroites observances de religion , mais vacillant et timide dans sa politique , ce parti faisait la guerre sans la vouloir, et ne cherchait qu'à imposer au roi une paix qui le mit dans sa dépendance. Mais une autre faction se montra bientôt qui , avec des vues de gouvernement toutes neuves et hardies , affichait la tolérance religieuse la plus illimitée : c'était celle des indépendants. Elle comptait dans ses rangs et elle eut bientôt à sa tête Olivier Cromwell, profond politique et guerrier habile , qui en deux batailles , à Marston-Moor ( 1 6 h lx ) et à Naseby (1 645) , anéantit l'armée royale. Charles, réduit à choisir entre ses ennemis, alla se remettre aux mains des Écossais, dont il espérait réveiller l'antique dévouement à sa famille ( 1 646). Il fut cruellement détrompé : après quelques mois de honteuses négociations , le parlement d'Écosse le vendit au parlement d'Angleterre (3o janvier 16^7). Dès lors l'infortuné monarque n'est plus qu'un jouet entre les mains des presbytériens et des indépendants, qui se disputent la possession de sa personne et veulent s'en servir pour assurer leur triomphe. En se mettant hardiment à la tête d'un des deux partis, Charles Ier avait quelques chances de racheter sa vie avec de faibles débris de sa couronne; mais il plaça sa dignité

dans la lenteur et laissa aux indépendants le temps de vaincre sans lui. Le mot de république commença alors à retentir aux portes de Hampton-Court, résidence du roi, comme à celles de Westminster. Épouvanté des passions furieuses de l'armée , Charles crut gagner quelque chose à se sauver dans File de Wight; mais il ne fit que s'y remettre aux mains dune créature de Cromwell. On l'arrêta dans cette île et on le transféra d'abord au château de Hurst (3o novembre i6£8 ), puis à celui de Windsor. Pendant que le roi détrôné allait ainsi de prison en prison, Londres et tous les comtés qui l'environnent, les pays de Galles et de Cornouailles , les comtés du Nord , l'Ecosse enfin , s'étaient levés pour protester contre la faction audacieuse qui proclamait tout haut sa résolution d'abolir la royauté. Mais Cromwell avec son infatigable génie eut promptement dispersé les insurrections royalistes et presbytériennes, poursuivi jusqu'à Edimbourg les Écossais en déroute et ramené ses troupes vers Londres. Alors s'engagea la dernière et la plus terrible lutte entre le pouvoir civil aux abois et une armée toutepuissante de son enthousiasme et de ses victoires. Le cri de l'armée était : Justice contre le roi! Le cri du parlement : Paix avec le roi! Près de succomber, les sénateurs de Westminster ennoblirent leurs derniers instants par une intrépide résistance. Ni clameurs, ni menaces ne purent empêcher le vote de la paix : il fallut que le colonel Pride avec son régiment allât saisir à la porte ou arracher de leurs sièges cent soixante membres, et qu'il fît du parlement mutilé un reste honteux de lui-même,

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pour que la victoire restât aux indépendants. Peu de jours se passèrent, et une haute cour de justice fut instituée, devant laquelle Charles I" comparut le a o janvier 16/19. M conserva une tranquille dignité en face de ses juges, se contentant de récuser leur juridiction et sachant à l'îivance le sort qui l'attendait. Son arrêt de mort fut prononcé le 6 février 1669, et il le subit trois jours après, en face de son palais de White-Hall.

HENRIETTE-MARIE DE FRANCE

REINE D'ANGLETERRE

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