CALVIN (JEAN), OU CAUVIN
FILS DE GERARD CACVIN , TONNELIER, ET DE JEANNE LE FRANC. (N* 2005.) Tableau du temps.
Né à Noyon, le 10 juillet 1009. — Marié à Strasbourg, en 1039, à Idelette de Burié, veuve de Jean Storder. — Mort à Genève, le 27 mai 1 56^.
Calvin dut à l'église catholique la science qu'il tourna contre elle. Il avait été élevé pour le sacerdoce, et, à vingt ans, possédait déjà une cure et un bénéfice. Ce fut à Paris qu'il fut initié aux nouveautés introduites par Luther dans la religion , et il s'en pénétra davantage encore dans les écoles d'Orléans et de Bourges, où il alla étudier la jurisprudence. Il se démit alors de ses honneurs et de ses revenus ecclésiastiques (i53î), et commença à propager secrètement les doctrines de la réforme. Forcé de quitter Paris, il courut pendant trois ans de retraite en retraite : on le vit successivement à la cour de Marguerite, reine de Navarre, et à celle de
la duchesse de Ferrare, Renée de France; mais son plus long séjour fut à Bàle, où il publia son célèbre traité de l'Institution chrétienne. Calvin , dans ce livre, suppose un mandat qu'il n'a point reçu des réformés de France, et se fait leur organe auprès du roi François I". Ses dogmes se séparent bien plus profondément que ceux de Luther de renseignement catholique. H supprime entièrement la présence réelle de l'eucharistie, pousse la doctrine de la grâce jusqu'au fatalisme, et ne laisse plus debout dans l'Église aucune hiérarchie. La publication de cet ouvrage lui avait donné un grand renom parmi les protestants, mais n'avait pas mis un terme aux incertitudes de sa vie errante, lorsque enfin Genève, où il avait professé déjà la théologie et qui l'avait repoussé de son sein, le rappela et consentit à subir sa
réforme tyrannique. En effet, il exerça dans cette ville une sorte de dictature spirituelle, et mérita qu'on l'appelât le pape de Genève. En même temps qu'il imposait sa doctrine à toutes les consciences, il instituait un tribunal assez semblable à la censure romaine, qui assujettissait la vie de chaque citoyen a sa surveillance. Les peines les plus sévères, la mort même, atteignaient le dissentiment religieux sous le nom d'impiété. Un docteur était chassé de sa chaire et de la ville pour ne pas vouloir damner les enfants dans le sein de leurs mères; Jacques Gruet payait de sa tête des vers licencieux, et Michel Servet, étranger, proscrit, se fiant, pour son malheur, à l'hospitalité génevoise, expiait dans les flammes un livre imprimé en France contre le dogme de la
sainte Trinité (1 553). Il fallut à Calvin les eilorts du travail le plus persévérant et le plus actif pour convertir ainsi Genève à son plan de rénovation religieuse et sociale, et la façonner, pour ainsi dire, à son image. Mais ce n'était pas assez pour lui de prêcher, d'enseigner, de réglementer, en un mot de tout décider et de tout faire en cette ville. On peut dire que c'était lui qui gouvernait la réforme en France, donnant des ministres aux églises, répandant ses écrits et ses lettres dans toutes les provinces avec profusion, opposant aux docteurs catholiques une vive et infatigable controverse, enchaînant enfin à la lettre de son étroit et dur dogmatisme le parti huguenot, jusque-là mal fixé dans ses croyances. On sait qu'au célèbre colloque de Poissy ce fut lui qui parla constamment, par la bouche de Théodore de Bèze (i5(ii). La frêle organisation de Calvin ne pouvait suffire longtemps à d'aussi vastes travaux. Il n'était âgé que de cinquante cinq ans lorsqu'il mourut à Genève, en i567j. La réforme avait reçu de Luther le mouvement impétueux d'une révolution; Calvin lui donna la fixité d'un gouvernement.