MICHEL DE L'HÔPITAL
CHANCELIER DE FRANCE
FILS DE JIAN DE L'HOPITAL , SEIGNEUR DE LA TOUR DE LA BUSSIÈRE, EN AUVERGNE.
(N* 2089.) M"* db LéonéniL, d'après un tableau de
Clouet de la galerie du Musée royal.
Né à Aigueperse, en i5o5. — Marié, en 1537, à Marie Morin. — Mort le i3 mars 1573.
Michel de l'Hôpital est le plus éminent peut-être de ces personnages du xvic siècle qui , nourris à l'école de la Grèce et de Rome , se firent une gloire de reproduire dans leur vie l'idéal de la sagesse antique. Ses vertus ne sauraient mieux se comparer qu'à celles des stoïciens du temps des Césars. Le trait qui y domine est le sentiment exalté de la dignité humaine et le respect de soi-même porté jusqu'à l'orgueil. Cette trempe philosophique du génie de l'Hôpital n'allait guère aux passions de son siècle,
et le scepticisme effronté de Catherine de Médicis s'en accommoda plus volontiers que les convictions ardentes des catholiques. Plusieurs fois l'illustre chancelier fut accusé d'hérésie, parce qu'il refusait de livrer aux entraînements du zèle religieux l'impassible sérénité de sa raison.
L'Hôpital étudiait le droit à Toulouse , lorsque son père fut enveloppé dans la disgrâce du connétable de Bourbon , dont il était le médecin , et l'emmena avec lui en Italie. Il fréquenta les écoles de Milan et de Padoue, et joignit à l'étude de la jurisprudence le culte des lettres grecques et latines. Ce ne fut qu'en i 534 qu'il rentra en France , et , après avoir suivi quelque temps , à Paris , le barreau , il obtint une charge de conseiller au parlement (i537). L'Hôpital , dans ces graves fonctions, donna l'exemple d'une assiduité laborieuse assez rare alors; mais, quoiqu'il eût peu d'ambition , l'étroite carrière d'un juge ne pouvait longtemps suffire à un génie comme le sien. Le chancelier Olivier, qui avait apprécié ses vertus et ses lumières, le tira, après dix ans, de l'obscure enceinte du Palais pour l'envoyer, comme ambassadeur de France, au concile de Trente (1 $(17). A son retour de cette inutile mission, l'Hôpital fixa les regards de Marguerite, duchesse de Berry, à qui François I,r, son père, avait laissé le soin de continuer aux lettres et aux arts sa protection éclairée. Cette princesse nomma l'Hôpital son chancelier, et, peu après , le désigna à Henri II pour remplir le poste difficile de chef et surintendant des Gnances du Roi en la chambre des comptes. L'Hôpital
justifia la confiance du monarque par son administration intègre et vigilante, et par la sévérité inflexible avec laquelle il arrêta les désordres, réprima les abus, punit les malversations. Il était à Nice , auprès de la princesse Marguerite, devenue duchesse de Savoie, lorsque Catherine de Médicis le donna pour successeur à Olivier dans la dignité de chancelier de France (3o juin 1 56o). C'est dans ces fonctions, qu'il garda huit ans, que l'Hôpital s'est acquis une immortelle renommée. Tout ce que peut faire la force de l'esprit et du caractère, il le fit pour arrêter le déchaînement des guerres religieuses. On le vit avec une généreuse inflexibilité refuser aux Guises la tête du prince de Condé, dont l'arrêt de mort était prononcé (1 56o). On le vit, en janvier 1 56s , publier le premier édit qui accorda aux protestants la liberté de conscience; puis, dans le conseil du Roi, lutter énergiquement contre l'ascendant du connétable de Montmorency, qui demandait à grands cris la guerre; on le vit enfin , après l'assassinat du duc de Guise , intervenir comme arbitre entre les deux partis armés, pour régler les conditions de la paix ( i 563 ). Mais, afin de rendre cette paix durable, le chancelier s'efforça vainement de créer un parti d'hommes sages, dont le fanatisme n'égarât pas la conscience , et qui , par leur autorité , tinssent en équilibre les chefs rivaux toujours prêts à courir aux armes. Vainement, pour remettre l'ordre et la tranquillité • dans le royaume, il consacra ses veilles à rédiger cette grande ordonnance de Moulins, qui introduisait de si salutaires réformes dans les lois et l'administration (î 566).
Il ne put empêcher une seconde guerre d'éclater (i 5 6 y), et, coupable de vouloir toujours la conciliation et la paix dans une cour où les sinistres conseils de la violence commençaient à régner sans partage, il n'attendit pas longtemps sa disgrâce. Catherine de Médicis lui fit redemander les sceaux (vk mai i 568), et le noble vieillard alla chercher dans sa terre de Vignay, près d'Étampes, une retraite partagée entre de pieux et savants loisirs. Il y écrivit quelques-unes de ses plus belles poésies latines, en même temps que le Testament, dans lequel il a laissé des détails pleins d'intérêt sur sa vie. Les fureurs de la Saint-Barthélemy faillirent atteindre l'Hôpital dans sa solitude; mais, si elles s'arrêtèrent au seuil de sa demeure, son cœur en fut brisé, et la douleur termina les jours de ce grand citoyen. Il mourut le i3 mars î 5*73 , à l'âge de soixante-huit ans.