PASQUIER (ÉTIENNE
(N* 2165.) Lf.huan* , d'après François Porbus.
Etienne Pasquier doit surtout sa célébrité au rôle
qu'il joua dans le procès de l'Université contre les jésuites. Il lut bon jurisconsulte, mais pas assez pour être admiré dans un siècle où brillaient les Cujas, les Loisel et les Pithou. Ses Recherches sur la France sont un ouvrage d'une érudition estimable pour l'époque, mais sans méthode et sans critique; enfin ses poésies, goûtées des contemporains, sont tombées dans un juste oubli. Mais son plaidoyer contre les jésuites commença la longue suite d'attaques que cette célèbre compagnie était appelée à subir, et eut, à l'époque où il fut prononcé, toute l'importance d'un événement politique.
Pasquicr, dont la vie est racontée dans un recueil fort curieux de lettres qu'il a laissées, fut reçu avocat au parlement, en 156g; mais, à peine eut-il le temps de s'y faire connaître. Une maladie grave l'écarta du barreau pendant deux ans, et, lorsqu'il y reparut, il fut longtemps avant de pouvoir appeler sur lui l'attention. Heureusement le goût des lettres l'avait lié avec deux savants docteurs de l'Université de Paris, et, lorsquen i564 ce corps illustre fut appelé à rendre compte devant le parlement de son refus d'admettre les jésuites dans son sein , on fut étonné de voir sa cause remise aux mains d'un avocat assez jeune d'âge et de renommée, que rien ne désignait à une pareille distinction. Étienne Pasquier répondit à la confiance de ses clients par la violence des coups qu'il porta à l'institut rival de l'Université, et sa plaidoirie eut un succès extraordinaire : elle fut répandue par toute la France, et traduite même dans plusieurs langues étrangères. La place d'Étienne Pasquier était
marquée dès lors dans les premiers rangs du barreau, et il continua d'y figurer avec honneur jusqu'en 1 585 , où Henri III le fit avocat général à la chambre des comptes. Il siégea, trois ans après, aux états de Blois, et assista à la sanglante tragédie qui les termina. Il n'en resta pas moins fidèle à Henri III, le suivit à Tours, et, lorsque Henri IV fut monté sur le trône , se rangea parmi les magistrats qui formèrent le parlement du roi huguenot. Pasquier ne prétendit pas tirer avantage de ce loyal dévouement, et, après que Paris eut ouvert ses portes au monarque converti , trouva tout simple de n'être que ce qu'il était auparavant (i5()4). Deux ans après, l'Université crut le moment venu d'obtenir un arrêt dans son procès contre les jésuites, appointé depuis plus de trente ans : la criminelle tentative de Jean Châtel lui donna gain de cause; mais le plaidoyer d'Étienne Pasquier fut réimprimé à cette occasion , et il en résulta pour lui une guerre de plume avec les défenseurs de la compagnie, dans laquelle on alla de part et d'autre aux dernières limites de la violence. Après plus de cinquante années passées au barreau et dans la magistrature, Pasquier se démit, en i6o3, de sa charge en faveur de l'aîné de ses fils, et donna le reste de sa vie à la culture des lettres, qu'il avait toujours aimées. Il mourut à l'âge de quatre-vingt-six ans.