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Galien considéré comme philosophe

I. — A l’exemple d’Hippocrate, qui avait constitué comme science et comme art la médecine de son temps, en lui donnant une existence indépendante, Galien rassembla, coordonna toutes les connaissances médicales acquises avant lui, les enrichit de ses propres observations et créa ce fameux système médical qui subsista tout entier pendant plusieurs siècles, et dont plusieurs parties sont encore debout de nos jours comme expression d’une immuable vérité. Ce n’est point ici le lieu de juger l’origine, les sources, la valeur, les divers éléments, l’ensemble régulier, les détails quelquefois disparates de ce système, qui atteste un vaste génie; nous trouverons ailleurs l’occasion d’en faire une étude approfondie, d’en suivre la fortune et d’en montrer l’influence jusqu’au XVII e siècle, nous poumons presque dire jusqu’au milieu du XVIII e . Nous ne parlerons pas non plus dans ce travail de la vaste érudition philologique de Galien, et de l’utilité qu’il y aurait à étudier ses œuvres pour la connaissance plus complète de la langue grecque classique et médicale ; nous nous bornerons à Considérer aujourd'hui Galien comme philosophe. A ce titre, il tient un rang distingué. Cependant les historiens de la philosophie se sont à peine occupés du médecin de Pergame ; lorsqu’ils ne l’oublient pas entièrement, ils ne

lui consacrent guère qu’un souvenir rapide cl superficiel. Loin de lui assigner la place spéciale qu’il mérite, ils ne nous apprennent rien de certain sur ses doctrines et sur son influence. Cependant sans avoir exercé l’empire d’un auteur original, ii n’en a pas moins exercé une autorité assez étendue et qu’il importe d’apprécier (1).

Philosophe par un goût très-prononcé, par une sorte de vocation primitive, et non comme un amateur, pour nous servir du langage actuel, forcé d’interrompre ses études de prédilection pour embrasser la médecine, Galien n’a jamais séparé l’étude de cette science de celle de la philosophie ; il poussa même si loin l’amour de cette alliance, qu’il composa des traités philosophiques à l’usage particulier des étudiants en médecine. On sait aussi qu’il a écrit sur le Médecin philosophe de très-belles pages, qui semblent un commentaire du mot fameux d’Hippocrate, Qu'une certaine philosophie est unie à la médecine, et que le médecin philosophe est égal aux dieux (2).

Critique et historien plutôt encore que dogmatique, n’ayant pas toujours une doctrine bien arrêtée, trop souvent incertain et en contradiction avec lui-même, éclectique en philosophie plus encore peut-être qu’en médecine, dialecticien comme Aristote, auquel il doit la disposition méthodique de ses ouvrages, phsychologue comme Platon, qui lui a fourni ses plus belles inspirations sur la nature et sur la vie, Galien occupé une certaine place dans l’histoire de la philosophie, aussi bien en Occident que chez les Arabes.

On a comparé Galien à Aristote : cette comparaison est juste si on tient seulement compte de leurs connaissances encyclopédiques, de leur esprit d’observation et de leur influence au moyen âge; elle est fausse si l’on considère la direction générale de leur intelligence, leur tendance respective, leur valeur intrinsèque. Aristote fut, il est vrai, naturaliste et philosophe comme Galien fut philosophe et médecin ; mais Aristote embrassant, au point de vue ' dogmatique,le cercle delà philosophie dans toute son étendue, créa un système complet et solide de logique et de métaphysique, système que les modernes ont en grande partie Accepté et consacré, tandis que Galien s’attacha surtout à étudier et à juger les doctrines de ses devanciers ou de ses contemporains, mais n’en proposa point de nouvelles. D’ailleurs il rallia plus encore la philosophie à la médecine que la médecine à la philosophie. En un mot, dans la conception générale de ses ouvrages, la philosophie est un instrument, une réminiscence puissante des.études de sa jeunesse , mais la médecine fut toujours son but principal. De plus ses livres purement philosophiques sont presque tous con-

(1) Le seul travail un peu intéressant, mais très-incomplet, que nous ayons sur la philosophie de Galien a été inséré par Sprengel dans ses Beiïraege zur Gesch. der Medium, t. I, p. 117 et suiv..

(2) Voy. le Traité de la rienséance.

sacrés à des questions de détails ou de critique. Nous ajouterons enfin qu’à l’époque où lïorissrUt Galien, époque bien difit rente de celle d’Aristote, la philosophie, arrivée à une ère de transition, allait subir une sorte de transiormatiou pour éviter un naufrage complet, et n’avait presque plus d’unité et de caractère positif; les écoles étaient divisées et les sectes multipliées plus qu’en aucun autre temps ; c’est ce qui nous donne encore l’explication du peu de précision et de fermeté que nous trouvons dans les jugements et dans les appréciations du médecin de Pergame.

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