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II. — De la vie et des ouvrages de galien

Avant d’aborder notre sujet, disons quelques mots de la vie et des ouvrages de Galien.

Galien (Claude) naquit l’an 131 de notre ère à Pergame, en Asie, souslerègne de l’empereur Adrien. Son père, nommé Nicon, architecte très-distingué, possédait des connaissances étendues en mathématiques, en astronomie, en philosophie, et jouissait en outre d’une fortune assez considérable (1). Premier précepteur de son fils, il ne contribua pas peu à lui inculquer de bonne heure l’amour de toutes les sciences qu’il cultivait lui-même, surtout le goût des mathématiques; ce goût qu’on est un peu étonné de rencontrer chez un médecin, attira même quelquefois à Galien, ainsi qu’il nous l’apprend, les railleries de ' ses confrères (2).: : ; .

' Dès l’âge de 14 ans, Galien, envoyé aux écoles de philosophie, passa successivement dans celle des stoïciens, des académiciens, des épicuriens et des péripatéticiens ; il y écouta les leçons des meilleurs maîtres de l’époque : entre autres d’un disciple de Cajus le platonicien, d’un disciple de Philopator le stoïcien, d’un disciple d’Aspasius le péripatéticien, d’un autre platonicien du nom d’Albinus; enfin plus tard, à Smyrne, d’un certain épicurien qui venait d’Athènes et dont le nom est inconnu. Nicon accompagnait partout son fils et lui servait de répétiteur (3).

Ce fut à l’âge de 17 ans que, d’après un songe de son père, Galien se décida à embrasser la médecine et se consacra dès lors tout entier à l’étude de cette

(1) Gai., De bon. pravisqijb suecis., cap. 1,1. VI, p. 419 ; —De dign. et curât. ANIM. AFFECT., cap. 8, t. V, p. 40, 45.

(2) De CS. PART., x, 12,13,14 m fine ; — Vov. aussi ma dissertation, intitulée: Expos, des connaissances de Galien sur l’anat., la physiol. et la pathol. du SYSTÈME NERVEUX, p. 49.

(3) De dign; et corat. anim. affect., p. 41, 42; — De lib. prop., cap. x, t. XIX, p. 16.

science (J), Il avait un goût prononcé pour les voyages, mais il n’en fit aucun sans un but vraiment scientifique. En l’an 164 il vint à Rome où il passa la plus grande partie de sa vie, exerçant son art avec un succès presque inouï, rédigeant ses nombreux et immortels ouvrages. Souvent en butte à l’envie de ses confrères, et cependant honoré par eux et par ses contemporains comme un des plus savants médecins de son siècle, il reçut ainsi la récompense due à son génie, récompense qu’on accorde rarement aux hommes de leur vivant. On ne connaît ni le lieu ni la date précise de la mort de Galien ; on sait seulement qu’il parvint à un âge très-avancé et qu’il mourut au commencement du troisième siècle de notre ère (2).

Nous n’avons point à parler ici de sa philosophie médicale ; seulement, dans le cours de cet article, nous retrouverons quelques-uns des principes qui la dominent et la dirigent ; car dans la philosophie d’une science on rencontre incessamment deux éléments : la méthode appartenant à la philosophie proprement dite, et les principes généraux puisés dans l’étude de la science elle-même. Pour les anciens, ces principes faisaient partie intégrante de la philosophie; car ils entendaient par ce mot non-seulement la science spéciale à laquelle nous avons conservé ce nom, mais encore toute étude spéculative, par opposition aux études qui avaient un but pratique. Disons encore que pour les anciens la considération de la vie en général et de la nature, mais d’une nature imaginaire et, pour ainsi dire, inventée, ou, si l’on veut, construite à priori, était regardée comme partie constituante de la philosophie proprement dite.

Le nombre des écrits philosophiques de Galien était considérable; presque tous ont péri, du vivant même de l’auteur, dans l’incendie du temple de la Paix (3); de ceux qui ont échappé à ce désastre, ou qui ont été rédigés depuis, un très-petit nombre est arrivé jusqu’à nous; cela se conçoit aisément par la grande importance qu’on accordait à ceux d’Aristote; d’ailleurs le grand nom de Galien comme médecin semblait effacer pour lui toute autre renommée. Ses livres philosophiques se rapportaient la plupart à la logique et à la dialectique (4), quelques-uns à la mo-

(1) Meth. med., IX, 4, t. X, p. 609; — De prænot. ad posthumum, cap. 2, t. XIV, p. 608.

(2) Pour de plus amples renseignements sur la vie de Galien, voy. Ackermann, Hist. liter., dans l’éd. de Knehn, t. I, p. xxvii à xlu.

(3) De LiBRiSPROP., cap. 2, t. XIX, p. 19.

(4) Deux seulement sont arrivés jusqu’à nous : De captionibus penes dictionem; — iNTRODDcrio logica ; ouvrage récemment découvert au mont Athos, et publié par M. Mynas. Paris, 1844, in-8°, ehezDidot. — On trouve encore parmi les oeuvres de Galien un autre traité intitulé que les qualités sont incorporelles. Sprengel ( loc. sup. cit., p. 149) regarde cet opuscule comme un ouvrage authentique de Galien ; mais lui-même fournît la preuve du contraire en démon-

raie (1), les autres, presque entièrement historiques, renfermaient l'exposition critique des quatre principaux systèmes suivis alors; c’est dans cette dernière classe que se rangent le traité Que les facultés de l’ame swfSp le tempérament du corps, un fragment su; le Timée , dont je viens de publier le texte (avec traduction, notes et introduction), enfin le remarquable ouvrage DësbogMes d’Hippocrate et de Platon, en neuf livrés; malheureusement le commencement du premier livre est perdu.

Galien a en outre composé plusieurs écrits sur les mathématiques dans leur application à la philosophie, entre autres un livre intitulé : Que la démonstration GÉOMÉTRIQUE EST PRÉFÉRABLE A CELLE DES STOÏCIENS (2), NOUS trouvons dans cette ardeur pour les mathématiques l’explication toute naturelle de la régularité du système médical de Galien, et peut-être aussi de cet esprit tranchant qui en fit un confrère assez peu charitable, un adversaire souvent acerbe et parfois injuste (3).

Mais si nous ne nous trompons, cette prédilection exerça une influence peu avantageuse sur les études philosophiques de Galien ; il ne suffit pas en effet de tirer les conséquences d’un principe, il faut encore remonter jusqu’au principe luimême et en déterminer la nature, la valeur et l’essence ; or ce n’est pas ce que fait Galien : il prend d’ordinaire pour base de ses raisonnements des idées qu’il a recueillies dans divers systèmes de philosophie et qui lui offrent un certain degré de probabilité, sans chercher à se rendre toujours compte ni de la valeur absolue de ces idées, ni des relations qui existent entre elles ; nous en acquerrons la preuve dans le cours de ;cet article.

trant que cet écrit est spécialement dirigé contre les stoïciens, lesquels soutenaient que les qualités sont des corps. Il semble qu’une opinion aussi arrêtée (cf. surtout p., cap. 2, p. 466, t. XIX) est incompatible, d’une part, avec les hésitations primitives de Galien quand il s’agit de déterminer si quelque substance, l’âme par exemple, est ou n’est pas corporelle ; d’une autre part avec la doctrine qu’il finit par soutenir sur la matérialité des forces et de l’âme. — Voy. dans Ackermann (Hist. lit. Gal., ed. de Kuehn, p.cxçvi—cciv) la liste des ouvrages et opuscules philosophiques perdus ; on en compte plus de cent.

(1) Des ouvrages écrits sur la morale, il ne nous reste que trois opuscules Sur

LÀ CONNAISSANCE ET LÀ (UT.IUSON DES AFFECTIONS — DES ABERRATIONS DE L’AME;

Que le caractère suit le tempérament du corps-

(2) De lib. prop., cap. 16, t. XIX, p. 47. — Galien avait encore écrit un livre intitulé ; nept èviauœtou xp*ou , c’est-à-dire Sur le calendrier (Com. in Progn., III, 4, t. XVIII b , p. 240.)

(3) Il avait puisé, pour la géométrie en particulier, un goût très-prononcé dans les leçons de son père, qui lui exprimait souvent le désir de voir ses maîtres se servir de démonstrations géométriques, prétendant que c’était le seul moyen pour eux d’être d’accord. (Lib, svp. du, cap. 8, p. 42.)

Privés, comme nous l’avons dit, de la plupart des livres de Galien, nous allons essayer de faire connaître, à l’aide de ceux qui nous restent, ses opinions touchant les points les plus importants de la science philosophique, telle que les anciens la comprenaient : nous parlerons d’abord de ses travaux sur la logique ; nous exposerons ensuite ses théories sur la nature, sur l’âme, puis les principes fondamentaux de sa morale nous indiquerons les avantages qu’on peut retirer de la lecture de ses œuvres pour l’histoire de la philosophie; enfin, nous présenterons quelques considérations sur les doctrines mystiques.

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