‹ Galilée les droits de la science et la méthode des sciences physiquesChapitre 12 sur 52 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Vie et travaux de Galilée, depuis i’avénement d’Urbain VIII jusqu’à son second procès. — Ses relations avec Urbain VIII. — Publication de son Dialogue sur les systèmes du monde. — (1625 à 1652.)

En 1623, Galilée fut rassuré par l'avénement du pape Urbain VIII, c’est-à-dire de ce cardinal florentin Maffeo Barberini, qui lui avait témoigné, en 1615 et 1616, une grande bienveillance, tout en repoussant son système du monde. Ce cardinal avait même composé, et avait envoyé à Galilée,

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le 28 août 1620 , avec une très-aimable lettre, une pièce de vers latins en l’honneur de ses découvertes astronomiques. Lié avec le prince Cesi et avec divers membres de l’académie des Lincei, le nouveau pape s’annonçait comme le protecteur des lettres et des sciences.

Alors Galilée osa écrire son chef-d’œuvre de polémique, /’ Essayeur (il Saggiatore), en réponse à la Balance du P. Grassi. Ses amis de l’académie des Lincei obtinrent une permission d’imprimer et une approbation très-flatteuse du P. Riccardi, examinateur *, et publièrent l’ouvrage. Galilée y défend victorieusement les services qu’il a rendus à la science; il prend, contre certaines attaques maladroites, la défense de Copernic et de Kepler. Il dit que, si leur système est condamné par la foi, cela ne dispense pas les savants qui le rejettent de lui opposer de bonnes raisons scientifiques, et de justifier ainsi la condamnation. Il montre que ce système est en parfait accord avec les observations télescopiques, qui réfutent les hypothèses des adversaires. Mais, comme il serait dangereux d’avoir trop raison, il conclut que, ce système étant condamné par l’autorité ecclésiastique, il faut en chercher un autre, qui ne soit ni l’hypothèse désormais insoutenable de Ptolémée et des péripatéticiens, ni le système , trop incomplet suivant lui , de Tycho Brahe. Ensuite, il arrive aux comètes. Embarrassé de soutenir son opinion, d’après laquelle elles seraient produites par des exhalaisons terrestres, il glisse adroitement sur ce point faible, et prend l’offensive en se rejetant sur les défauts des preuves de son adversaire. Si ce dernier avait

* IX, 22 et 25-26.

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prouvé que les comètes fussent des corps, il aurait le droit d’essayer de leur appliquer le calcul des parallaxes pour obtenir leurs distances ; mais il n’en est pas de même, si les comètes peuvent être de simples phénomènes optiques, produits, comme les halos et les parhèlies, dans un milieu réfringent. Or, cette hypothèse, dit-il, n’a pas été réfutée. De plus, il met habilement en relief d’autres défauts des calculs de parallaxes, tels qu’ils ont été appliqués jusqu’alors aux comètes par divers auteurs, et les résultats énormément différents auxquels ces auteurs sont arrivés pour une même comète ; il montre que, d’après le calcul des chances d'erreur, il n’v a aucune moyenne à prendre entre ces résultats, ni aucune conclusion certaine ou seulement probable à en tirer. Cependant il admet volontiers que les comètes sont plus éloignées de nous que la lune, mais il ne veut pas qu’on les compare aux planètes : il les en distingue par leur disque mal terminé et nébuleux, par la très-petite densité de leur substance, qui de près, dit-il, serait peut-être invisible, et par l’absence d’orbites à peu près circulaires. Il va jusqu’à soutenir, avec Képler, que leur marche apparente, vue de la surface de la terre, peut s’expliquer par un mouvement réel des comètes en ligne droite. Enfin, il combat l’opinion du P. Grassi, qui, tout en plaçant, malgré Aristote, les comètes dans la région des étoiles, veut, comme Aristote, qu’elles soient composées de matières qui brûlent lentement. Mais surtout il relève une à une toutes les fausses citations, les fausses interprétations , les erreurs de logique , de géométrie, de perspective, d’optique, de physique et d’astronomie, que le pseudonyme Sarsi avait commises, soit dans ses discussions sur les comètes, soit dans ses attaques

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épisodiques contre diverses doctrines de Galilée. Ce dernier trouve ainsi l’occasion d’éclaircir un grand nombre de questions de science et de méthode. Par exemple, il montre que, lorsque des distances très-différentes pour un même corps ont été trouvées par le calcul des parallaxes, il ne faut pas prendre une moyenne entre les distances calculées, mais entre les parallaxes observées, et qu’une différence minime entre les plus faibles des parallaxes trouvées, produit entre les distances calculées une différence énorme *. Citons encore un exemple: les vues erronées du P. Grassi sur les effets du télescope, par rapport aux objets très-éloignés, fournissent à Galilée une occasion, qu’il saisit, d’expliquer comment, cet instrument, tout en augmentant le diamètre apparent de tous les corps sans exception, produit des effets si différents, et qui semblent si contraires, suivant qu’on l’applique à l’observation des étoiles fixes, qu’il fait paraître comme des points brillants sans étendue, parce qu’il supprime l’irradiation sans leur donner un diamètre appréciable, ou bien à l’observation du soleil, de la lune et des planètes, dont il ampli lie le disque, mais dont il diminue d’autant l’éclat pour chaque unité de surface apparente *.

Urbain VIII, à qui Galilée avait dédié l'Essayeur, se faisait lire à table cet ouvrage plein d’esprit et de savoir, et y prenait grand plaisir 5 . Pourtant /’ Essayeur fut dénoncé à l'inquisition romaine comme contenant une approbation dissimulée du système de Copernic, et nous venons de voir qu’en effet telle était la tendance bien réelle d’un passage du livre. Un

' IV, 264-265. Comparez I, "11-517. — * IV, 192-204. 216-217, 349- 555. — 5 IX. 45-44.

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cardinal, chargé de faire un rapport sur l’affaire, prit pour consulteur le P. Guevarra, général des théatins, qui lui fit un grand éloge de l’ouvrage, et lui remit une note pour établir que, lors même que la doctrine du mouvement de la terre y serait soutenue, il n’y aurait pas lieu de poursuivre 1 . Le 18 décembre 1623, Guiducci, maintenant fixé à Rome, écrit à Galilée que le nouveau pape et le nouveau cardinal neveu Francesco Barberini désirent sa présence. Tous ses amis l’appellent à Rome. Vers Pâques de l’année 1624, Galilée, muni d’une lettre de recommandation de la grandeduchesse Christine de Lorraine pour son fils le cardinal de Médicis, partit pour Rome, afin de rendre ses hommages à Urbain VIII, et de profiter des circonstances pour obtenir de ce pape, si bien disposé en sa faveur, la tolérance qu'il désirait pour son système du monde*. Nous verrons qu’il n’atteignit pas ce second et principal but de son voyage.

Cependant le séjour de Galilée à Rome, en 1624, ne fut pas inutile pour la science. Galilée vil à Rome, pour la première fois, un microscope à deux lentilles convexes, inventé par le hollandais Drebbel, et envoyé de Provence à Aleandro par Peiresc, mais dont personne à Rome ne savait se servir 5 . M. Rezzi a démontré qu’en 1610 Galilée avait inventé, non pas le microscope avant Rrebbel, comme l’avait dit Viviani* mal informé, mais que, comme il résulte du témoignage de Wodderborn, disciple de Galilée à Padoue, Galilée, en 1610, avait trouvé seulement la manière d’employer le télescope au grossissement des objets petits et rapprochés, comme il

1 IX, 79. — * VI, 289-291 ; IX, 42-43, 48-50, 51-53, 55-56. — * Voyez M. Rezzi, p. 8-1U, et les lettres de Peiresc citées par lui, p, 30-40. — *JXV, 349.

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l'indique lui-même dans un passage de l’Essayeur 1 . En 1624, Galilée vit tout de suite l’usage de l’instrument de Drebbel, le perfectionna, et fabriqua des microscopes, qu’il envoya de tous côtés à ses amis, comme il avait fait pour son télescope. Il ne s’attribua jamais l’invention première du microscope *.

Urbain VIH accueillit Galilée à Rome avec la plus grande bienveillance, mais ne se montra pas disposé à laisser enseigner le système de Copernic comme vrai. U disait* au cardinal Ilohenzoller, qui le répétait à Galilée, que la sainte Eglise n’avait pas condamné et ne se proposait pas de condamner l’hypothèse du mouvement de la terre comme hérétique , et qu’elle l’avait condamnée seulement comme téméraire. Ce langage était plus qu’inexact. L’hypothèse du mouvement de la terre n’avait été condamnée par l'Eglise ni comme hérétique, ni comme téméraire, puisqu’elle n’avait pas été condamnée du tout par l’Église: en 1616, cette hypothèse avait été condamnée, non pas seulement comme téméraire , mais comme fausse et tout à fait contraire à l'Écriture sainte, par la congrégation de l’index, sans ratification du pape. Urbain VIII, dont la mémoire était si peu fidèle sur ces faits accomplis sotis ses yeux huit ans auparavant, ne se trompait pas moins dans ses prévisions sur l’avenir de cette hypothèse astronomique, lorsqu’il ajoutait que jamais les astronomes ne prouveraient qu’elle fût vraie. Dans une discussion familière, Urbain VIII voulut même prouver à Galilée que cette hypothèse était fausse*. Galilée ne se laissa pas convaincre.

* IV, 213 et 215-216. — * VI, 297-298; IX, 64-65. — * VI, 296. — * IX, 421, 437.

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Après avoir reçu du pape un tableau, quelques menus dons et la promesse d’une pension pour son fils, il alla reprendre à Florence ses travaux. Bientôt après, le 8 juillet 1624, Urbain VIII écrivit au grand-duc une lettre dans laquelle, après avoir exalté les découvertes astronomiques de Galilée, le mérite littéraire de ses œuvres et le haut intérêt de ses doctes dissertations, il louait ses bonnes qualités, sa vertu, sa piété et son amour de la religion. Il ajoutait :

« Nous tenons à vous déclarer que nous vous saurons gré de tout le bien que vous pourrez lui faire en imitant ou même en surpassant les effets de notre libéralité paternelle. » En un mot, Urbain VIII aimait et estimait Galilée, mais aurait voulu qu'il renonçât à son système du monde, ou du moins qu’il ne manifestât plus cette opinion, qu’Urbain VIII ne voulait pas déclarer hérétique, mais qu’il déclarait téméraire et qu’il croyait fausse. Galilée comprit que, même sous Urbain VIII, le décret de la congrégation de l’index contre le système de Copernic resterait en vigueur : il espéra seulement qu’on en laisserait éluder un peu l’application, comme on l’avait fait déjà pour la publication de son Essayeur.

Pendantle séjour de Galilée à Rome en 1616, Ingoli, alors avocat à Ravenne et plus tard secrétaire de la Propagande à Rome, partisan de l’ancien système du monde, mais admirateur de Galilée, lui avait adressé, sous forme de lettre, une série d’objections contre le nouveau système, et en avait répandu en Italie beaucoup de copies. Galilée avait jugé prudent de ne pas lui répondre. Le 3 novembre 1616, Campanella, qui avait eu en main une de ces copies, avait écrit à Galilée qu’il se chargerait volontiers de réfuter cet opuscule. En 1618, Kepler, dans son Abrégé de l’astrono-

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mie de Copernic, avait combattu les objections d’Ingoli, qui avait répliqué dans une lettre adressée à un cainérier du pape Paul V. En 1624, pendant son séjour à Rome sous Urbain VIII, Galilée ne craignitplus d’envoyer à Iugoli une remarquable réponse 1 , qui est comme une préparation du Dialogue sur les systèmes du monde. Se souvenant du décret de 1616, il dit que son but n’est pas de présenter comme vrai un système condamné, mais qu’il a deux choses à défendre, savoir : son honneur et celui des catholiques. Il défend son honneur, en prouvant qu’avant d’être condamné le système adopté et soutenu autrefois par lui n’était ni invraisemblable, ni absurde. Il défend l’honneur des catholiques d’Italie devant les protestants d’Allemagne, tous copernieiens, en montrant que la doctrine de Copernic est bien connue et bien comprise en Italie, et que ce n’est pas par ignorance des vraisemblances philosophiques qu’on peut faire valoir en faveur de ce système, mais en vertu des raisons théologiques supérieures, qu’on a condamné à Rome ce système en 1616. Après cet exorde insinuant, Galilée refuie une à une, avec beaucoup de politesse, toutes les objections d’Ingoli, et termine en lui annonçant qu’il travaille à un traité du flux et du reflux de la mer, conçu dans l’hypothèse du mouvement de la terre, et dans lequel il aura l’occasion de revenir sur toutes ces questions. Malgré les précautions prises pour ne pas se mettre en contradiction ouverte avec le décret public du 5 mars 1616, Galilée eut la prudence de ue pas faire imprimer sa réponse à Ingoli. Mais, le 26 décembre 1625, Mgr Ciampoli écrivait à Galilée que le pape avait pris con-

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