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naissance de quelques parties de cette réponse manuscrite, et qu’il les avait goûtées. D’après cet essai, Galilée put croire que le pape ne serait pas trop sévère dans l’exécution du décret de 1616. Pour le projet que Galilée méditait, c’était encourageant.
En 1624, Urbain VIII avait promis une pension pour Vincenzo, fils de Galilée; cette pension de soixante écus lut accordée en 1627; mais le jeune homme ne voulut pas l’accepter, à cause des pratiques religieuses qui en étaient la condition. Elle fut transférée sur la tète de Vincenzo, neveu de Galilée, qui devait venir prochainement à Rome. Mais il s’en montra fort indigne, et, rappelé de Rome à Florence par son oncle, il quitta bientôt l’Italie, comme nous l’avons vu, pour se fixer en Pologne. En 1631, cette pension fut portée à cent écus et transférée à Galilée lui-même, à condition qu’il se ferait tonsurer, parce qu’elle était déléguée sur les revenus de deux bénéfices ecclésiastiques à Pise et à Brescia. Le payement en fut très-inexact, et souffrit beaucoup de difficultés de la part des bénéficiers qui devaient la servir ; mais Galilée continua pourtant de la toucher, même après sa condamnation 1 .
Le traitement que Galilée recevait comme professeur sans fonctions à l’université de Pise se trouva, d’après certains arrangements avec la cour de Rome, être pris sur des fonds ecclésiastiques destinés à rétribuer des fondions réelles dans l’enseignement. En 1630, les ennemis de Galilée profitèrent de cette circonstance pour essayer de lui faire perdre son
* VI, ‘295; Suppl., 101-102, 178-179, 180-187; IX, 70, 97-98, 114; Suppl., 195-190, 197, 220-227 ; IX, 200, 204-205, 221-222, 238-239, 280
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traitement ; mais on para le coup en lui procurant une place équivalente dans la magistrature de la même université *.
Les sentiments affectueux qu’avant et depuis son avènement Urbain VIII avait manifestés pour Galilée, avaient produit sur les ennemis du savant florentin deux effets différents suivant leurs caractères. Le P. Caccini, ce calomniateur furibond en 1615 et réduit à faire des excuses à Galilée en 1616, allait répétant partout en 1625 que Galilée aurait passé devant l’inquisition, si la faveur de certains princes ne lui avait pas servi de bouclier : du moins, voilà ce que le P. Castelli avait entendu dire et ce qu’il écrivait de Pise à Galilée le 5 décembre 1623, quelques mois après l’avénement d’Urbain VIII. Mais le P. Grassi, ce violent agresseur de Galilée en 1619, montrait en 1623 des dispositions toutes différentes : encore tout meurtri des rudes coups que Galilée, usant du droit de légitime défense, venait de lui porter dans V Essayeur, il exprimait cependant à Guiducci son désir de voir bientôt Galilée à Rome, pour lier amitié avec lui, et, le 18 décembre 1623, Guiducci, aussi honnête et aussi crédule que le P. Castelli l’avait été en 1615 devant l’astucieux archevêque de Pise, transmettait à Galilée l’expression de ce vif désir du bon père. Le 6 septembre 1624, Guiducci, séduit par l'amabilité du P. Grassi, rendait compte à Galilée d’un entretien dans lequel ce père lui avait dit que la théorie de Galilée sur le mouvement de la terre considéré comme cause probable des marées était très-ingénieuse, que Galilée avait raison de ne la soutenir provisoirement que comme une hypothèse, mais que, si le mouvement de la terre venait à
» IX, 163-166, 192; Suppl,, 234.
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être démontré, les théologiens devraient changer leur interprétation des textes sacrés sur la stabilité de la terre et le mouvement du soleil. Voilà bien la répétition de la comédie jouée avec le P. Castelli par l’archevêque de Pise, agent secret de l’inquisition, et qui, en 1615, par une conversion soudaine, feignait d’approuver la lettre de Galilée et celle du P. Foscarini en faveur du système de Copernic. Les 13 et 28 septembre 1624, Guiducci écrit à Galilée que des invitations lui arrivent d’aller entendre des lectures au collège romain des jésuites, que le P. Grassi le comble de prévenances et lui témoigne le désir de s’instruire à fond du nouveau système du monde. Guiducci dit qu’il ne désespère pas de convertir entièrement ce père jésuite à la doctrine du mouvement de la terre. Cependant, dès le 8 décembre 1624, le même Guiducci écrit à Galilée que le mardi précédent on a prononcé au collège romain une violente invective contre les partisans des opinions nouvelles et contraires au péripatétisme l . Bientôt il envoie à Galilée le texte imprimé de ce discours du P. Spinola. Le P. Grassi lui-même, jetant un masque inutile, publie en 1626 à Paris, et en 1627 à Naples, contre V Essayeur de Galilée, une réplique haineuse, intitulée en mauvais latin : De ratione ponderum librœ et simbellœ; par exemple, il s’efforce de montrer que la physique de Galilée conduit à la négation de la présence réelle dans l’eucharistie®, et il insinue que Galilée, pensant comme Épicure, Telesio etCardano sur quelques questions de physique, doit être complice de leurs impiétés®. Ces injustes accusations
* IX, 52, 66-69 ; Suppl . , 162-164, 169-170, 175-177. — MV, 486-487, — * IV, 390, 475, 494.
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d'un jésuite du collège romain contre un livre approuvé à Rome allèrent chercher loin de Rome des imprimeurs. Sur ce libelle plein d’insinuations méchantes et calomnieuses et d’erreurs de physique, nous avons des notes de Galilée, d’autant plus vives qu elles n’étaient pas destinées à l'impression. La première de ces notes consiste en deux vers italiens que Galilée applique à la douceur feinte du P. Grassi ; en voici la traduction : « Le visage simule la paix ; mais c’est vengeance que crie le cœur au dedans, et il ne se propose pas autre chose. » De son côté, en 1650, le P. Scheiner, dans son ouvrage astronomique si bizarrement intitulé Rosaursina, attaque injustement Galilée à propos d’une question de priorité pour la découverte des taches solaires, et Galilée repousse énergiquement cette attaque en 1632 dans le Dialogue pour lequel il fut condamné par l’inquisition. Ce fut à l'influence conquise peu à peu par quelques jésuites sur l’esprit du pape, que Galilée attribua ses malheurs.
Galilée avait abandonné le projet de développer l’opuscule sur les marées présenté par lui en 1616 au cardinal Orsini, et de ne combattre les objections contre le système de Copernic qu’à propos du flux et du reflux de la mer expliqués à l’aide de ce système. 11 avait conçu et il exécuta un projet plus vaste. Désabusé de son espérance de pouvoir sous Urbain VIII soutenir ouvertement le double mouvement de la terre, il se décida à exposer fidèlement les raisons scientifiques apportées pour et contre les systèmes de Ptoléinée et de Copernic par les partisans et les adversaires de ces deux systèmes, et, parmi les raisons en faveur du dernier, toutes celles que lui-même avait trouvées. Voilà ce qu’il fit dans un dialogue, où il ne se mit pas lui-même au nombre
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des interlocuteurs ; mais ses doctrines y sont exposées par son ami et disciple défunt, Salviati de Florence : sans y être nommé, Galilée y est souvent cité et clairement désigné par son titre de membre de l’académie des Lincei. Le sénateur vénitien Sagredo, autre ami défunt de Galilée, y joue le rôle d’un homme judicieux, impartial et désireux de s’éclairer. Simplicio, personnage pseudonyme, y représente le péripatétisme; il en expose les doctrines, telles qu’on les trouve dans les écrits des péripatéticiens de l’époque, adversaires de Galilée; si à côté des doctrines de ce dernier elles font triste figure, c’est la faute des péripatéticiens, et Simplicio a sur la plupart d’entre eux l’avantage de discuter avec loyauté et modération. Par prudence, Galilée, représenté par Salviali, s'abstient de toute conclusion l . Ce Dialogue sur les deux principaux systèmes du monde, ceux de Ptoléme'e et de Copernic, se divise en quatre jour nées, dont la dernière, où Salviati explique les marées par le double mouvement de la terre, se termine par l’expression d’un doute et par l’annonced’nne cinquième journée, dans laquelle les interlocuteurs devront tâcher de conclure. Galilée avait-il l’intention de faire plus fard ce complément de son œuvre? C’est très-probable; car il pouvait encore alors penser que peut-être de son vivant l’autorité ecclésiastique reviendrait à la tolérance à l’égard du nouveau système, surtout si quelque nouvelle découverte, par exemple celle d’une petite parallaxe annuelle pour des étoiles fixes, apportait en faveur de ce système une démonstration positive. Alors enfin il aurait été permis à Galilée de dire franchement toute sa pensée.
* Voyez surtout I, 387.
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Les circonstances semblaient favorables pour la publication des quatre journées du Dialogue. Mgr Ciampoli était convaincu qu’un voyage de Galilée à Rome lèverait toutes les difficultés *. Telle était aussi l’opinion du P. Castelli*. Ce savant, disciple et ami dévoué de Galilée, avait été appelé en 1826 de Pise à Rome, et il avait été introduit dans l’intimité de la famille florentine des Barberini, qui, outre le pape, se composait surtout du cardinal Antonio Barberini, frère du pape, du neveu Francesco Barberini, nommé cardinal par son oncle dès 1623 et très-influent près de lui, d’un second neveu, Antonio Barberini, élevé au cardinalat en 1G29, mais moins influent que les deux précédents, et du jeune Taddeo Barberini, auquel en 1626 le P. Castelli enseignait les mathématiques, et qui plus tard devint général de l’armée de l’Église s . Galilée pouvait trouver dans le P. Castelli un puissant protecteur près des Barberini, qui d’avance semblaient bien disposés. Le cardinal Antonio ne voyait pas grand inconvénient au mouvement de la terre, du moins à titre de simple hypothèse, pourvu que Galilée prouvât que malgré ce mouvement la terre n’était pas un astre; et le P. Castelli, dans une lettre du 6 février 1650, recommandait à Galilée de donner cette preuve dans son Dialogue, pour calmer les scrupules. Le cardinal voulait dire sans doute que les astres n’étaient pas des terres habitables, et qu’ainsi la terre ne leur ressemblait pas ; car, en tout autre sens, la question de savoir si la terre, supposée mobile autour du soleil, était un astre, se serait réduite à une pure question
* IX, 174 et 193. — * IX, 177. — * IX, 101 , 103 ; Suppl . , 186-187. Comparez VII, 7; IX, 36, et l’art. Barberini dans la Biogr. univ.
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de mois. La même lettre du P. Castelli annonçait que le P. Riccardi, qui en sa qualité de maître du sacré palais était chargé de l’examen des livres à imprimer, et qui avait déjà approuvé, en 1623, Y Essayeur de Galilée, montrait les intentions les plus bienveillantes : le P. Castelli lui ayant dit que Galilée serait heureux de soumettre ses ouvrages à l’approbation d’un savant comme lui, il s’était déclaré tout dévoué au savant florentin. Il est vrai que sa bienveillance pour Galilée lui attirait quelques querelles de la part de ses confrères, mais il en prenait son parti Galilée espérait qu’une autorisation ecclésiastique pour la publication des quatre journées du Dialogue couvrirait sa responsabilité d’auteur. L’ambassadeur de Toscane Niccolini, dans une lettre adressée à Galilée le 19 juillet 1631, exprimait cette môme confiance.
En 1626, le P. Campanella avait été sauvé par Urbain VIII des prisons de Naples et des mains du gouvernement espagnol, sous le prétexte d’une accusation d’hérésie ; retenu pour la forme au palais du saint office pendant trois ans, il était libre à Rome depuis 1629. En 1630, il disait à son bienfaiteur Urbain VIII qu’ayant essayé de convertir au catholicisme quelques protestants d’Allemagne, il les avait trouvés scandalisés du décret porté en 1616 contre Copernic. Urbain VIII répondit qift ce décret lui paraissait regrettable, et que, si cela avait dépendu de lui, il n’aurait pas été rendu. Dans une lettre du 16 mars 1630, le P. Castelli raconte à Galilée cette conversation encourageante pour ses projets.
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En mai 1650, Galilée porta lui-même à Rome le manuscrit du Dialogue sur les deux principaux systèmes du monde, et fut parfaitement accueilli par Urbain VIII. L’auteur ou le colporteur d’une odieuse et absurde calomnie contre Galilée fut honteusement éconduit par le cardinal Barberini, qui lui dit que la fausseté de son accusation était bien connue, et que Galilée n’avait pas de meilleur ami que le pape *.
Le I*. Riccardi approuva le Dialogue après un mûr examen, auquel le P.Raffaele Visconti fut associé 2 . Vers la fin de juin, Galilée revint à Florence avec son manuscrit revu et corrigé par les deux examinateurs et revêtu d’une permission d'imprimer signée par le P. Riccardi 3 . L’auteur devait ajouter une épître dédicatoire au grand-duc, une table et d’autres accessoires, puis rapporter le manuscrit au prince Gesi, qui se chargerait de surveiller l’impression à Rome, et le P. Riccardi devait revoir les épreuves *. Mais le prince Gesi mourut le 1 er août. Le P. Castelli apprit sans doute que des menées se préparaient à Rome pour empêcher l’impres-
1 IX, 19t. — 3 VI, 574, 585; Suppl,, 255, 255. Voyez surtout, p. 95-95 de M. de l’Epinois, le Mémoire remis au pape par la commission préparatoire, au commencement des poursuites contre Galilée. — r ' Je ne sais par quelle distraction M. Albèri (Suppl., 238, note 2) a pu méconnaître ce fait, constaté par Mgr Marini (p. 110-111), et sur lequel M. Albèri luimème a publié non-seulement les témoignages de Galilée (VI, 374-37(5 cl de l’ambassadeur Niccolini (IX ,120), mais ceux du P. lïiccardi luimême (IX, 243) et du P. Visconti (Suppl., 235), et celui du pape (IX, 421), qui constate et blâme les deux approbations données par Riccardi, l’une pour l’impression à Rome, l’autre, plus tard, pour l’impression â Florence. Il est vrai que cette seconde approbation a été donnée sans une nouvelle lecture de l’ouvrage entier (IX, 420); mais le reproche fait par le pape (IX, 420-421) de lui avoir recommandé l’ouvrage sans l’avoir lu, s’adresse à Ciampoli seul, et non à Riccardi, qui l’avait lu et corrigé en entier avant la première approbation (IX. 423). — * IX, 423-424; Mgr Marini, p. 13 et 110-111, et M. de l’Epinois, p. 94.
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sion autorisée ; car, le 24 août, il écrivit à Galilée que, nonseulement à cause de la mort du prince Cesi, mais pour beaucoup de considérations importantes tpi' il ne voulait pas confier au papier pour le moment, il pensait que ce qu’il y avait à faire, c’était de faire imprimer le plus tôt possible le Dialogue à Florence. Il ajoutait que le P. Visconti, examinateur adjoint au P. Riccardi, n’y voyait aucune difficulté et désirait vivement l’impression. Galilée obtint, le H septembre, la permission d’imprimer de l'inquisiteur général de Florence, de son vicaire général et de l’autorité civile 1 ; mais, en outre, il demanda l’agrément du P. Riccardi pour le changement du lieu d’impression. Alors les difficultés commencèrent. Le P. Riccardi, qu’on avait sans doute inquiété, redemanda le manuscrit pour le revoir encore. Mais, é cause de la peste qui s’était déclarée en Toscane, les lettres passaient à peine, et un gros manuscrit aurait été arrêté à la frontière*. Le 19 octobre 1650, une lettre de l’ambassadrice annonça à Galilée que le P. Riccardi se contenterait de l’envoi du préambule et de la fin du Dialogue, et que le surplus serait examiné de nouveau par un théologien de Florence accepté de part et d'autre. Ce fut le P. Jacinto Stéfani qui revit et approuva le manuscrit. Mais, à Rome, l’affaire tira en longueur : le P. Riccardi gardait le préambule et la fin du Dialogue, au lieu de les renvoyer.
Pendant ce temps d’attente, Galilée adressa, le 16 janvier 1651 , à Staccoli, auditeur du tribunal des eaux de Toscane, un long rapport, sous forme de lettre, sur le projet de cana-
1 Voyez ces permissions imprimées en tête de ta 1” édition du Dialogue et reproduites en tête de la trad. lat. (Strasbourg, 1«>35, in-4°). — * IX, 205, 209.
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lisation du Bisenzio. Le 22 juillet de la même année, il adressa au grand-duc Ferdinand II un rapport motivé sur un projet de canalisation de l’Arno. Dans ces deux rapports, Galilée se montre le digne maître du P. Castelli, qui avait publié à Rome, en 1628, un remarquable traité De la mesure des eaux courantes.
Le 7 mars 1631, Galilée écrivit au ministre Ci oli une lettre, par laquelle il sollicitait une intervention de la cour de Toscane à Rome, pour hâter la permission d’imprimer son Dialogue : dans cette lettre, il se dit prêt à accepter toutes les corrections, atténuations et déclarations que l'autorité ecclésiastique exigera, à donner lui-même aux pensées développées dans son livrele nom de chimères, de songes, de paralogismes, de vaines fantaisies, à soumettre le tout à la sagesse absolue et à la doctrine certaine des sciences supérieures, etc. , pourvu que son Dialogue , fruit de ses longs travaux, paraisse de son vivant. La pensée intime de cette lettre est bien claire : Galilée était convaincu d’avance que les vrais savants, en vue desquels il écrivait, trouveraient bonnes ses raisons, lors même que, pour complaire à l’autorité ecclésiastique, il les déclarerait insuffisantes. Le P. Riccardi céda aux instances faites près de lui par l’ambassadeur Miccolini au nom du grand-duc. Le prélat Ciampoli, llorentin, devenu secrétaire du pape, obtint l’assentiment d’Urbain VIII; il fut décidé que Galilée pourrait faire imprimer son livre en Toscane, à la condition d’obtenir la permission de l’inquisiteur général de Florence *. Dans deux lettres du 24 mai et du 19 juillet 1631, Riccardi fit connaître
‘IX, 209, 225-226, 242-247 -, Suppl., 235, 238; Marini, p. 113.
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à cet inquisiteur les intentions du pape : ces intentions étaient favorables à la publication, mais à certaines conditions concernant le titre, le préambule et la fin de l’ouvrage et destinées à en marquer l’esprit et l’intention conciliables avec le décret du 5 mars 1616. La dernière de ces deux lettres contenait une préface toute rédigée, qu’on imposait à Galilée, en lui permettant seulement d’en modifier le style sans en changer la substance, et le P. Riccardi déclarait vaguement que la fin de l’ouvrage devait être dans le même sens 1 . La déclaration par laquelle se termine le Dialogue, et qui conclut au doute provisoire sur le système du monde, n’est pas en désaccord avec la préface, et l’inquisiteur se contenta de celte conclusion. Quant à la préface, outre une adhésion complète au décret de 1616, elle exprime, comme but de l’ouvrage, l’intention démontrer que d’une part, sans être vrai, le système de Copernic satisfait aux phénomènes et a pour lui quelques apparences de vérité ; que d'autre part les raisons pour et contre les deux systèmes du inonde sont connues à Rome aussi bien qu’ailleurs, et qu’en 1616 la congrégation de l’index, en condamnant le système de Copernic, a jugé en connaissance de cause. Reaucoup de de critiques de toute nuance, tels que le jésuite Tiraboschi et le protestant sir Brewster, considérant Galilée comme auteur de cette préface, l’accusent de mauvaise foi. Nous venons de voir que la préface est du P. Riccardi, qui l’a imposée à Galilée comme condition de l’impression de son livre : Galilée semble donc n’y avoir mis que sa signature. Mais on reconnaît dans cette préface les pensées principales d’un
1 IX, 244-245, 247 ; Marini, p. 113 et 114.
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passage de la réponse adressée par lui en 1624 h Ingoli. Voici quelle me parait être, sur ce point, la vérité tout entière. Galilée avait le choix entre deux partis : supprimer son Dialogue, ou bien en dissimuler la portée à l’autorité ecclésiastique, à laquelle il était forcé de le soumettre. 11 prit le second parti ; mais, au lieu de rédiger lui-même cette préface peu sincère, il eut l’habileté de l’inspirer d’abord au P. Riccardi, et de se la laisser imposer ensuite par ce P. Prodige (il padre Mostro), ainsi surnommé par admiration pour son éloquence, mais qui n’était pas un prodige de perspicacité comme examinateur.
L’ouvrage fut imprimé à Florence, d’après le manuscrit tel qu’il avait été approuvé à Rome et à Florence; mais, dans son impatience, Galilée avait fait commencer l’impression avant l’arrivée des lettres du P. Riccardi, et dix feuilles étaient tirées avant le 20 mars 1631 *. Ainsi, quand la préface vint, il fallut l’imprimer à part ; mais elle fut publiée telle que l’autorité ecclésiastique l’avait voulue. Si les examinateurs, avant de permettre la publication, n’avaient pas assez lu le manuscrit pour le comprendre, s’ils ne s’étaient pas aperçus que ce qui était contraire à la pensée du décret de 1616, ce n’était pas tel ou tel détail, mais l’ensemble et l’effet général de l’ouvrage, et qu’aucune préface n’y pouvait rien changer, ils ne pouvaient s’en prendre qu’à leur peu de discernement, et non à Galilée, qui leur avait tout montré et qui avait obéi à tous leurs avis. L’inquisition élit, comme nous le verrons, le droit de lui reprocher son silence sur un fait antérieur ; mais, sur la présentation de son
manuscrit et sur l’impression, elle ne trouva à lui reprocher que d'avoir fait imprimer la préface en caractères différents de ceux de l’ouvrage et sur une feuille qui ne contenait rien de plus 1 ; nous venons d’en voir la cause. Mais l’inquisition ne put pas articuler contre lui le reproche d’avoir profité de cette disposition typographique pour mettre en circulation des exemplaires sans la préface.
Le dialogue, dont l’impression fut terminée vers le 15 janvier 1652*, parut enfin, à la grande satisfaction de tous les amis et disciples de Galilée, excepté un seul : le chanoine mathématicien Paolo Aproino de Trévise, ignorant encore que l’ouvrage fût imprimé, écrivait à Galilée, le 1 3 mars 1 632 , qu’il avait lu une copie du dialogue chez Fra Micanzio, et que, par crainte de quelque extravagance qui pourrait advenir, il lui conseillait de ne pas le faire imprimer, mais d’en mettre seulement trois ou quatre copies dans des bibliothèques publiques et libres, savoir : une à Venise, une en France, une en Allemagne ou en Flandre, avec quelque lettre annexée, qui eu fixât la date, et d’en laisser prendre copie à qui voudrait. Il ajoutait que Fra Micanzio s’était rangé à cet avis. Ce conseil arrivait trop tard, et, quand môme il serait arrivé à temps, il est bien probable qu’il n’aurait pas été suivi.
En résumé, l’ouvrage n’avait paru qu’après avoir été dûment examiné en entier et approuvé à Rome et à Florence : Galilée avait tout montré; il avait accepté et exécuté tout ce qu’on lui avait imposé. Mais le préambule de la sentence rendue contre lui en 1633 contient un reproche que dans les
1 Marini, p. 110-117. Comparez Suppl., â‘24-5'25, — * VI. 3#9
interrogatoires il n’a pas contredit 1 ; il n’avait pas parlé d’un fait grave, qui, si les examinateurs l’avaient connu, les aurait sans doute empêchés d’accorder l’autorisation demandée. Pourtant il avait une excuse : rappelons-nous que, dans l’attestation délivrée en 1616 par le cardinal Bellarmino, le décret public rendu le 5 mars 1616 par la congrégation de l’index était mentionné à tort comme étant celui qui avait été notifié personnellement à Galilée : les termes de ce décret, cités dans cette attestation écrite, avaient peut-être fait oublier à Galilée, comme il l’a dit dans son procès, les termes plus précis et plus sévères de l’interdiction personnelle qui, le 26 février 1616, lui avait été faite par ce même cardinal, au nom du pape et de l’inquisition, de soutenir, enseigner ou défendre ce système d'une manière quelconque, par parole ou par écrit : interdiction secrèle et verbale, à laquelle Galilée avait promis d’obéir, mais que, depuis seize ans, il croyait peut-être oubliée; il ignorait que la formule écrite en était restée à Rome au saint office. Quoi qu’il en soit, il n’avait pas parlé de ce fait aux examinateurs de son livre. De plus, il ne leur avait pas dit que la préface imposée par l’autorité ecclésiastique n’était d'accord ni avec ses sentiments intimes ni avec ses espérances. Il s’était bien gardé de leur prédire, ce qu’il devait prévoir parfaitement, qu'au jugement des hommes compétents l’exposé fidèle et lumineux des raisons apportées de part et d’autre donnerait gain de cause au système de Copernic, et couvrirait de ridicule les défenseurs obstinés du système de Ptolémée et de la mauvaise physique des pèripatèticiens. Pour défendre un système condamné à
I IX, m, 468, 469,
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tort, Galilée n’avait pas eu le choix des moyens: il avait dû publier ainsi son ouvrage ou ne pas le faire imprimer. En prenant le premier parti, il s’était compromis; il avait désobéi à l’inquisition, qui l’en a puni ; mais la science doit lui savoir gré de son utile imprudence.