‹ Galilée les droits de la science et la méthode des sciences physiquesChapitre 15 sur 52 · de M . de · texte numérisé non relu

de M . de

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procurateur de la cause de Galilée par le grand-duc, n’avait pas réussi à pénétrer les secrets du saint office ; il ne connaissait nullement la situation, comme on le voit par ses lettres des 2 et 16 octobre. Dans la lettre du 2, il raconte à Galilée que, prenant sa défense et celle de la science devant le P. Riccardi, maître du sacré palais, et devant ses assistants, il a osé leur dire qu’ils devraient ménager les savants respectueux pour la religion, comme l’était Galilée, et qu’il n’était pas en leur pouvoir d’empêcher la terre de tourner. Il avait repris la question devant le P. Macolani de Firenzuola, commissaire de l’inquisition : il s’était déclaré copernicien ; il s'était appuyé de l’autorité de saint Augustin, pour soutenir que sur les questions de ce genre les opinions devaient être libres. Le P. commissaire était tombé d’accord avec lui que cette question était mathématique et physique, et non théologique. Le P. Castelli se chargeait de la cause de Galilée avec empressement ; mais il prévoyait et annonçait que l’entrée des congrégations lui serait interdite, et qu’il ne pourrait agir qu’au dehors. On ne lui en laissa pas longtemps la liberté. Au mois d’avril 1633, c’est-à-dire au moment où la cause était appelée, on éloigna ce défenseur de l’accusé. En effet, à quoi bon un avocat devant un tribunal qui dans ses arrêts obéissait, comme nous le verrons, à des ordres? Le P. Castelli ne put revenir à Rome qu’après que Galilée condamné eût été envoyé à Sienne, et il ne rentra en grâce près d’Urbain VIII qu’en juin 1635. Le P. Riccardi, maître du sacré palais, et surtout Mgr Ciampoli, secrétaire du pape, tombèrent en disgrâce, comme coupables de l’avoir trompé .pour obtenir de lui l’autorisation de l’impression d’un livre dangereux pour la foi; Mgr Ciampoli, contre qui Urbain VIII avait

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d’autres motifs de mécontentement, fut éloigné de Rome sous le prétexte d’une fonction qui était un exil'.

Le départ de Galilée pour Rome fut retardé par des raisons de santé, qu’il fit valoir, avec l’appui de l’ambassadeur, près du cardinal Antonio Barberini le jeune, neveu du pape *. Mais les ordres pressants de l’inquisition et du pape se succédèrent malgré les attestations des médecins*. Le 50 décembre 1632 (1653 de la Nativité), le pape manda à l’inquisiteur de Florence qu’un commissaire de l’inquisition et un médecin allaient être envoyés de Rome aux frais de l’accusé, pour le faire incarcérer et transporter à Rome lié et avec des fers, soit tout de suite, s’il était en état de partir, soit aussitôt que ce serait possible sans danger pour sa vie*. Pour éviter cette extrémité, le grand-duc Ferdinand 11 fit notifier à Galilée par le ministre Cioli, le 11 janvier 1635, un ordre de partir sans délai.

Venturi 5 déclare qu’en livrant Galilée à l’inquisition romaine, le grand-duc ne donna pas une preuve de faiblesse de caractère, et qu’il ne fit que souffrir ce qu’il ne pouvait pas empêcher. En effet, le 4 septembre 1632, dans sa conférence déjà mentionnée avec l’ambassadeur de Toscane, après avoir parlé du jugement que Galilée allait avoir à subir devant l’inquisition, Urbain VIII avait ajouté que le grand-duc, comme prince chrétien, devait concourir à punir les entreprises contre la religion, et que Son Altesse ferait bien de ne pas intervenir dans cette affaire, comme elle 1 avait fait dans

« IX, 30G, 314, 420-421, 422, 429-430, 431, 435, 430-437, 441, 446; Suppl-, 246-247. — 4 VII, 7; IX, 429; XV, Aggiunte e correzioni, p. 3. — s P. 96 et 59-60 de M. de l'Épinois. — 4 P. 60 du même. —

5 Part. 2, p. 196

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celle d’Alidosi, parce qu'elle n’en sortirait pas à son honneur. Ferdinand II et son ministre Cioli, à qui Niccolini avait rendu compte de cet entretien dans sa dépêche du 5 septembre, se l’étaient tenu pour dit. Alidosi, dont Urbain VIII avait rappelé le souvenir, était un gentilhomme florentin, qu’on avait accusé d’hérésie devant l’inquisition romaine, et le grandduc s’était permis d’intervenir pour empêcher la confiscation des biens d’un de ses sujets. A cette époque, un gouvernement suspect de tendance à l’hérésie, le gouvernement dont Fra Paolo Sarpi avait été le théologien, la république de Venise était le seul gouvernemen italien qui fût assez maître chez lui pour protéger contre les rigueurs temporelles de l’inquisition romaine un de ses sujets, quand il le croyait innocent. Nul autre gouvernement italien n’aurait osé répondre aux cardinaux inquisiteurs ce qu’au XIII e siècle saint Louis répondait si énergiquement aux évêques de France, qui se plaignaient à lui de ce qu’il ne voulait pas faire exécuter sans examen la saisie des biens de personnes qui ne se soumettaient pas à leurs excommunications trop souvent motivées par des intérêts temporels

Galilée, septuagénaire et malade, partit en litière pour Rome le 15 janvier. Retenu au lazaret à la frontière pendant vingt jours, il ne put arriver à Rome que Je 13 février. Il fut autorisé d’abord à rester dans le palais de l’ambassade. Il fut encouragé par la visite qu’il y reçut de son ami depuis de longues années, Mgr Serristori, consulteur du saint office*, l’uue des sept personnes ù qui l’année précédente

•Voyez Joinville, Hist. de S. Louis, ch. 13, p. 42-11 (éd. de M. de Wailly, Paris, 1807, gr. in-8*).— * VII, 23; IX, 133-131. Dans la fausse

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Magalotti avait distribué de sa part des exemplaires du dialogue 1 . Le gouvernement toscan avait alloué à Galilée ses frais de séjour pour un mois, durée présumée de son affaire à Rome. Au bout d’un mois, le ministre Cioli écrivit à l’ambassadeur que désormais la dépense devait être à la charge de Galilée. Niccolini, indigné, réponditqu’à défaut du gouvernement toscan il prendrait la dépense à sa charge*. Le 12 avril, Galilée fut interné dans un bel appartement au palais du saint office, où il recevait sa nourriture de l’ambassade de Toscane. 11 fut renvoyé le 50 avril chez l’ambassadeur, à cause du mauvais état de sa santé, par la commisération du P. commissaire Firenzuola, mais à condition qu’il ne verrait aucune personne étrangère à l’ambassade. Cependant, pour raison de santé, il lui fut permis de sortir du palais en voiture à demi fermée *. Dès son arrivée, il avait reçu de son protecteur- et ami Niccolini le conseil d’abandonner ses convictions, et de se soumettre à tout ce qu’on lui demanderait: « Tel est, lui avait dit Niccolini, le seul moyen d’amortir l’ardeur de celui qui, dans l'excès de sa passion, a fait de cette persécution son affaire personnelle. » Galilée avait promis de céder en tout, suivant le désir du gouvernement toscan, auquel Niccolini en envoyait l’assurance 4 . L’ambassadeur ajoutait, dans sa dépêche du 9 avril: ® Galilée a été extrêmement troublé de cette communication, et, depuis hier jusqu’aujourd’hui, je l’ai vu si profondément

Relation attribuée à Buonamici et dans les récits de M. Libri et de M. l'hilarète Chasles, Mgr Serristori est remplacé ici par le P. Firenzuola, transformé lui-même en persécuteur ardent de Galilée. Il faut en croire plutôt Galilée lui-même et Niccolini.

* Suppl . . 319. — * IX, *42. — * IX, 430-440, 443, 461. — * IX, 433, 434, 435, 439.

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abattu, que je crains pour sa vie. » Le malheureux savant tint parole. Il subit deux interrogatoires les 12 et 50 avril, et dans une troisième séance du 10 mai il présenta sa défense écrite. Dans ces deux interrogatoires, dans la courte séance du 10 mai et dans sa défense 1 , il désavoue le système de Copernic. Pour s’excuser d’avoir exposé dans son livre les raisons pour et contre ce système, malgré l’injonction de ne plus le défendre d’une manière quelconque , injonction qui, après une admonestation du cardinal Bellarmino, lui avait été faite, en présence d’un notaire et de deux témoins, par un commissaire de l’inquisition le 26 février 1616, il dit qu’il n’a qu’un vague souvenir de la présence des autres personnages, dont il avait ignoré les qualités, et qu’il ne se rappelle que les paroles du défunt cardinal Bellarmino, qui lui a dit que l’opinion de Copernic, contraire à l’Écriture sainte, ne pouvait pas être proposée comme vraie, mais qu’elle pouvait seulement être présentée comme une pure supposition. A l’appui de ce souvenir, il présente l’attestation du cardinal Bellarmino, datée du 26 mai 1616, dans laquelle les termes de l’injonction personnelle étaient réduits à ceux du décret public de l’index. Du reste, il prétend n’avoir pas proposé le nouveau système comme vrai, depuis que la défense lui en a été faite. Il s’accuse seulement d'avoir eu la faiblesse d’exposer dans le dialogue avec plus d’habileté et de complaisance les arguments des partisans de ce système que ceux de ses adversaires. Dans l’interrogatoire du 50 avril, Galilée offre môme de réparer sa faute en ajoutant à son

* Voyez le texte de ces pièces importantes, publiées pour la première fois d’une manière complète par M. de l'Épinois, p. 90-104.

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dialogue une ou deux journées, dans lesquelles il combattra l’hypothèse du mouvement delà terre le mieux qu’il pourra 1 . Mais, comme nous le verrons tout à l’heure, ce qu’on voulait, c’était sa condamnation et son silence. Sa défense écrite, qui résume ses excuses et ses aveux, se termine par une invocation touchante de ce vieillard malade à la clémence et à la commisération de ses juges.

Niccolini avaitfait bien des instances pour presser l’affaire et pour tâcher d’obtenir la moins dure des solutions possibles. D’autres sollicitations avaient été mises enjeu. Dès le mois de janvier, le cardinal de Médicis avait adressé une lettre de recommandation au P. général des capucins, qui devait avoir de l’influence sur le cardinal Antonio Barberini, capucin, frère du pape et l’un des juges de Galilée. Le P. Castelli, BocchinerL, beau-père du fils de Galilée, et son frère Geri BocGhineri, secrétaire de la cour de Florence, expriment dans leurs lettres de janvier, février et mars 1633, comme l'ambassadeur Niccolini dans ses lettres de la même époque, les espérances qu’ils fondent sur les bienveillantes intentions et sur la haute influence de ce cardinal. Des lettres de recommandation avaient été envoyées de même avant la fin de mars par la cour de Toscane aux neuf autres cardinaux juges du procès de Galilée. Mais tout cela était inutile.

Par un décret du 16 juin 16“5*, celui qui, suivant les

1 P. 102 de M. del’Epinois. — * M. de l’Epinois (p. 06-67) a publié le premier cette pièce, dont Mgr Marini, sans en faire connaître l’auteur et l'objet, avait cité seulement quelques mots détachés, pour en tirer sciemment une conclusion fausse. Trompé par les phrases ambiguës et les citations tronquées de Mgr Marini, M. l’abbé Bouix (p. 10) a ru de bonne foi que cette pièce était un décret de la congrégation de l'index.

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expressions déjà citées de Niccolini, avait fait de celte persécution son affaire personnelle, le papeUrbain VIII décida qu’il « fallait interroger Galilée sur l’intention en le menaçant de la torture ( tortura ) , et que, s’il ne cédait pas devant cette menace, il fallait lui faire prononcer, en pleine congrégation du saint office, une abjuration pour suspicion véhémente d’hérésie 1 , le condamner à un emprisonnement suivant le bon plaisir de la sainte congrégation, en lui enjoignant de ne plus aucunement à l’avenir, par écrits ou par. paroles, traiter soit du mouvement de la terre et de la stabilité du soleil, soit de l'opinion contraire, sous la peine des relaps; que le livre écrit par lui et intitulé Dialogo di Galileo Galilei Linceo devait être prohibé; qu’il fallait, de plus, que des exemplaires de la sentence à rédiger dans les formes énoncées ci-dessus fussent transmis à tous les nonces apostoliques et à tous les inquisiteurs de la perversité hérétique, et surtout à l’inquisiteur de Florence, et que ceux-ci devaient l’intimer en pleine congrégation et la lire publiquement en présence de la plupart des professeurs de mathématiques, mandés à cet effet. » Remarquons qu’Urbain VIII voulait qu’il fut défendu à Galilée de parler ou d’écrire soit pour le mouvement de la terre, soit pour l’opinion contraire *. Celte

1 Tel est le sens de l’expression elliptique abjuratio de vehementi (suspicione liæresis . Comparez les mots vehementer suspectes de hxresi dans l’acte d’abjuration. — * Injuncto ei ne de cetero scripto vel verbo tractet amplius quovis modo de mobititate terræ ncc de stabilitate sotis et e contra su b pœna relapsus. Mgr Marini (p. 54) avait cité ces mots, mais pour leur donner un audacieux démenti : sous le faux prétexte qu’il était impossible qu'on défendit à Galilée de parler ou d’écrire en faveur de Yopinion contraire au système de Copernic, il prétend que, sans coniamner en elle-même l’hypothèse copernicienne. I on avait voulu interdire seulement à Galilée d’abuser de textes de l’Écriture

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double interdiction était prudente ; car Galilée avait assez d’habileté pour écrire et parler contre le mouvement de la terre, de manière à faire comprendre que la vérité était pour Le tribunal de l’inquisition obéit au décret qui lui dictait son jugement; mais, comme nous le verrons, trois des dix juges nommés en tête de la sentence commandée, et parmi eux le neveu favori du pape, s’abstinrent de la signer, et il fut écrit dans la sentence même que Galilée était condamné parles signataires. Cependant, dès le 18 juin, ne doutant pas de l’obéissance du tribunal , Urbain VIII fit connaître d’avance à l’ambassadeur Niccolini les points sur lesquels, disait-il, les juges étaient unanimes, c’est-à-dire la prohibition du livre et de la doctrine, et un emprisonnement, qu’il promettait d’abréger de concert avec le grand-duc. 11 ajoutait qu’il faudrait bien exiger de Galilée une démonstration personnelle, mais de manière à l’affliger le moins possible. D’après ces paroles du pape, rapportées dans la dépêche du 18 juin, Niccolini devait croire qu’on demanderait seulement à Galilée l’expression du regret d’avoir désobéi, et une promesse d’entière obéissance, c’est-à-dire de silence, pour l’avenir. Il y a contradiction entre le langage tenu par Urbain VIII à l’ambassadeur, et l’ordre secret par lequel, deux jours auparavant, Urbain VIII avait prescrit l’abjuration. Certes, en elle-même et par sa rédaction, cette abjuration n’était pas, comme nous le verrons, de nature à affliger le

sainte en faveur de l’un ou de l’autre système. Mgr Marini, approuvé pourtant par M. Madden (p. 210), n’avait pas l’excuse de la bonne foi, quand il faisait dire ainsi à un texte le contraire de ce qui s’y trouve dit d’une manière claire et précise. Ajoutons que dans l’ouvrage condamné il n’y avait pas une citation de l’Écriture sainte.

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moins possible Galilée. En un mot, Urbain VIII laissait à l’inquisition toute la responsabilité apparente de l’arrêt qu'il avait dicté, et il se réservait l’apparence de l’indulgence.

Le 21 juin, Galilée subit un quatrième et dernier interrogatoire 1 , dans lequel, en exécution du décret du pape, mais sans aucune mention de cette pièce secrète, il fut interrogé sur l’intention que dans son Dialogue il avait eue de soutenir et de propager le système de Copernic. Tout ce qu’il consentit à avouer, ce fut que, gardant un penchant secret pour cette hypothèse et une complaisance orgueilleuse pour les arguments trouvés par lui avant 1016 pour la soutenir, il avait donné à ses arguments dans son Dialogue plus de force qu’aux arguments contraires. -Four les accusés qui semblaient coupables et qui n’avouaient pas, la torture préparatoire, comme moyen d’arracher l’aveu, était inscrite dans la procédure de tous les tribunaux criminels en Europe au dix septième siècle et au dix-huitième ; en France elle n’a été abolie que par Louis XVI, le 24 août 1780. Elle entrait aussi dans les règlements de l’inquisition romaine, et elle était bien réellement appliquée quelquefois à cette époque par ce tribunal*, quoique sa procédure fût moins rigoureuse que celle de l’inquisition dans d’autres pays. Sur son refus obstiné d’avouer l’intention incriminée, Galilée, conformément à l’ordre secret du pape, fut menacé des moyens de droit et de fait opportuns , c’est-à-dire de la torture. 11 répondit : « Je n’ai pas tenu cette opinion de Copernic, depuis qu’on m’a signifié de l’abandonner. Au surplus, je me trouve

1 P. 105-106 de M. de l’Épinois. — * Nous en citerons toul à l’heure un exemple.

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ici dans vos mains ; faites de moi ce que vous voudrez. » Les juges ne pouvaient pas exécuter la menace ; car le pape, dont ils ne faisaient que suivre les ordres, leur avait prescrit de procéder à la condamnation après la simple menace. et après le refus de l’accusé, refus expressément prévu dans le décret. Tout soupçon d’une torture physique infligée à Galilée est donc devenu impossible par la publication de ce décret du 16 juin, qui d’un autre côté jette un jour si étrange tant sur le caractère impérieux d’Urbain VIH que sur la dépendance servile du tribunal de l’inquisition, et dont, pour celte raison sans doute, Mgr Marini avait dissimulé l’auteur et les points essentiels. Comprenant mieux ses devoirs d’éditeur, M. de l’Épinois a donné le texte complet du décret.

Du reste, dès avant cette publication, il était bien certain que Galilée n’avait pas été torturé. Par les pièces dès lors connues, il était évident qu’il ne l’avait pas été avant 1 interrogatoire du 21 juin. 11 est bien vrai qu’après celte interrogatoire, quoi qu’en ait dit Mgr Marini, Galilée fut retenu au palais du saint office, et qu’il y resta jusqu’au 24 juin, surlendemain de sa condamnation l . Mais sur une torture que Galilée aurait subie le soir du 21 juin ou le matin du 22 avant la sentence, les assertions tranchantes de MM. Libri* et Quinet* et les insinuations de sir Brewster 4 ét de M. Par-

* La pièce authentique dit qu’à la fin de la séance il fut renvoyé ad suum locum, c’est-à-dire à la place qui lui avait été assignée dans le palais du saint office, et non, comme Mgr Marini (p. 61-02) le prétend, au palais du ministre de Toscane, où il n’était que par tolérance. En effet, le ministre de Toscane Niccolini (IX, 444-415) dit que Galilée fut retenu au saint office le soir du 21 juin après la séance. — 1 llist. d. science s math, en Italie, t. IV; Journal des savants, sept, et oct. 1810 et avril 1841 ; Revue des deux mondes, juin 1841. — * L'ultramontanisme, 4* leçon, p. 104. — * Ufe of Newton, t. I, p. 210-280.

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chappe 1 étaient déjà insoutenables. En effet, le procès-verbal de celte séance imaginaire n’existe pas, et il n’a jamais existé; car le catalogue complet des pièces, donné par M. de l’Epinois, et ses explications très-nettes sur les trois paginations anciennes des feuillets, excluent tout soupçon d’une lacune. D’ailleurs, M. Biot avait parfaitement établi, par la correspondance de Niccolini*, que Galilée, qui, le 24 juin, délivré de sa détention de trois jours au saint office, était conduit le soir même par l’ambassadeur Niccolini à la villa Médicis, et qui, le 6 juillet, était en très-bonne santé et faisait quatre milles à pied malgré son grand âge, n’avait pas été torturé le 21 ou le 22 juin. M. Trouessart* avait même bien montré qu’il ne s’était pas même cru sérieusement menacé de la torture. D'ailleurs, trois jours auparavant, le 18 septembre, le pape avait fait confidence à l’ambassadeur du dispositif du jugement arrêté d’avance. Il était donc bien clair que la menace de torture, venant ensuite, ne pouvait être que pour la forme. J’ajoute que Galilée le savait bien. En effet, le 26 juin, lorsque Galilée élait depuis deux jours à la villa Médicis, Niccolini écrivait à Florence : « Galilée me parait fort affligé de la punition personnelle qu’on lui a imposée, laquelle lui a été très-imprévue. » Ainsi, jusqu’au dernier moment, à cause de sa soumission et de sa renonciation expresse à son système, Galilée ne s’était attendu qu’à la prohibition de son livre, sans aucune punition personnelle. Renier le système et nier l’intention, tel avait été son plan de défense, par lequel il n’av.iil pas espéré sauver son ouvrage, mais par lequel il avait cru se mettre à l’abri de tout

1 P. 235-230, 245-200. — * IX, 444-445. — * P. 114-HG.

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châtiment. Voilà pourquoi Urbain VIII, par son décret du 1 6, avait dicté d'avance l’arrêt, dans la prévision certaine de la persistance de Galilée à refuser l’aveu de l’intention sans se laisser effrayer par une vaine menace de torture.

Les auteurs que nous avons cités se trompent, quand ils prétendent qu’un aveu de l’intention, obtenu par un rigoureux examende la personne de Galilée *, c’est-à-dire, suivant eux, par la torture, est mentionné dans la sentence. Les mots rigoureux examen ne signifient pas nécessairement la torture. L 'examen rigoureux est l’interrogatoire du 21 juin avec menace de torture, menace que le pape avait ordonnée, mais, comme nous l’avons vu, en défendant de l’exécuter. Dans ce décret du 16 juin, le pape avait nommé la torture par son nom*. C’était, de même, par son nom que l’inquisition nommait la torture. Si elle avait dissimulé ses rigueurs par des artifices de langage, elle l’aurait fait surtout pour la torture subie par un accusé qu’ensuite elle avait absous comme innocent. On a publié *, d’après des registres soustraits à l’inquisition romaine, les expressions latines d’une sentence d’absolution prononcée par elle à une époque peu éloignée de celle du procès de Galilée : on y lit que l’accusé, qui était un moine, avait soutenu la négative dans la torture (in tortura) pendant l'espace d’une heure. Si Galilée avait été torturé, les pièces du procès l’auraient dit nettement.

D’autres mots du texte de la sentence, infidèlement traduits parM. Parchappe, ne signifient pas davantage que Galilée ait avoué l’intention. Si cet aveu avait été fait, l’in-

1 Btgorosum examen tui. — * Comminata ei tortura. — * Voyez M. Henri Gaidoz, p. 10 du tirage à part des deux articles cités à la fin du n° LIV de notre Notice bibliogr.

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quisition n’aurait pas manqué de le constater de la manière la plus précise dans sa sentence, comme elle l’a fait pour les aveux réels de l’accusé, en employant les mots : confesstis es. Au contraire, sur cet aveu prétendu, voici la la traduction fidèle du passage du texte latin de la sentence 1 : « Mais, comme il nous paraissait que tu n’avais pas dit toute la vérité touchant ton intention, nous avons jugé nécessaire d’en venir à un rigoureux examen de toi, dans lequel (sans préjudice aucun des choses que tu as confessées et de celles qui ont été déduites plus haut contre loi touchant ladite intention) tu as répondu catholiquement. # La parenthèse signifie clairement que la réponse catholique de Galilée est acceptée sans préjudice de ses aveux antérieurs sur les faits, et sans préjudice des déductions antérieures de ses juges sur l’intention obstinément niée par lui. Si, à ces déductions tirées de l’ouvrage même, s’était joint un aveu de l’auteur, les juges auraient dit : confessus es intentionem. If n’auraient pas dit seulement : respoiulisti catholice. En effet, puisque l’inquisition prétendait que la doctrine du double mouvement de la terre était une hérésie, en déclarant, comme il l’avait fait dans la séance du 21 juin en réponse ù la menace de torture, qu'il ne tenait pas l'opinion de Copernic, et qu’il ne l'avait pas tenue depuis qu'on lui avait prescrit de l'abandonner , Galilée avait fait une réponse que l’inquisition devait appeler catholique. D’ailleurs, les aveux réellement faits par Galilée se retrouvent dans l’acte

1 Voyez le texte dans Riccioli. M. l’archappe (p. 242) se permet de fermer la parenthèse avant les mots circa tuam diclam intentionem , tandis que le texte la ferme après ces mots, et de faire croire ainsi que l’intention a été avouée par la réponse catholique.

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d’abjuration : l’aveu de l’intention ne s’v trouve pas, paree que cet aveu n’avait pas été fait.

En résumé, Galilée n’a pas été torturé avant le 21 juin; il n’y a pas eu de séance entre celle du 21 et celle du 22, où Galilée fut condamné et abjura ; il n’y a pas de lacune dans les pièces; non-seulement ni le procès-verbal de la séance du 21 , ni le texte de la sentence rendue le 22 et de l’acte d’abjuration, ne prouvent que Galilée ait été torturé et qu’il se soit laissé arracher l’aveu de l’intention, mais ces pièces prouvent le contraire. De plus, une pièce publiée en 1867, le décret d’Urbain VIII, qui. prescrit la menace, mais qui ne permet pas de l’exécuter, et qui dicte d’avance le dispositifde l’arrêt, cette pièce, dis-je, aurait tranché la question, lors même qu’elle n’aurait pas été résolue d’avance : Galilée n’a pas été torturé, et l’aveu d’intention, demandé avecmenace, n’a pas été obtenu.

Cependant, outre le fait de sa désobéissance à l’intimation personnelle que l’inquisition lui avait faite en 1610, Galilée avait été obligé d’avouer la témérité irréfléchie avec laquelle, sans intention, disait-il, il s’était rendu véhémentement suspect d’hérésie, en présentant avec plus de force que les arguments contraires les arguments favorables à une doctrine condamnée par une décision, qu’à tort, comme nous le verrons, les inquisiteurs attribuaient au chef de l’Église. Par la sentence du 22 juin, outre cet aveu incomplet, ils lui imposèrent l’abjuration de ses erreurs et hérésies sur le mouvement delà terre et /’ immobilité du soleil, et, qui pis est, une promesse de dénonciation contre les hérétiques et les hommes suspects d’hérésie. Ils prohibèrent son ouvrage. Faisant grâce à l’auteur, et ne voulant pas cependant, dit la

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sentence, que cette grave et pernicieuse erreur et transgression île sa part restât tout à fait impunie , ils lui prescrivirent des prières à réciter pendant trois années, et le condamnèrent à une réclusion illimitée, qu’ils se réservaient le droit d’abréger. Cette réclusion fut convertie, comme nous le verrons, au bout de deux jours, en une séquestration, avec surveillance, dans une résidence imposée.

Comme MM. Trouessarl et Bertrand l’ont montré, ce que le pape et les inquisiteurs voulaient, et ce qu’ils croyaient pouvoir, c’était d’étouffer dans les pays catholiques, pour le présent et pour l’avenir, le système de Copernic, en intimidant ses partisans par cet exemple , en abaissant Galilée par cette abjuration, mais en ménageant le plus qu’ils pourraient sa personne. Ces ménagements mêmes, toujours précaires et révocables, concouraient à leur garantir son silence. En effet, nous verrons qu’un jour, pour faire cesser ses demandes de grâce, ils le menacèrent de le remettre en prison à Rome. Ils obtinrent son silence sur le nouveau système du monde ; mais, pour tout le reste, ils manquèrent entièrement leur but ; car la séquestration à laquelle ils soumirent jusqu’à la fin de sa vie ce savant habitué aux douceurs de la conversation et des doctes entretiens, lui fut très-pénible, malgré les adoucissements et les nombreuses exceptions qu’on toléra, et toutes ces mesures furent inutiles et impuissantes contre sa doctrine, qui se propagea sans nouvelle intervention patente et punissable de sa part.

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