‹ Galilée les droits de la science et la méthode des sciences physiquesChapitre 18 sur 52 · IV · texte numérisé non relu

IV

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mais il aurait menti, s’il avait accordé que ce système ne pourrait jamais l'être.

Urbain VIII n’avait donc nul droit de se croire personnellement blessé, et nous avons vu qu’il le reconnut expressément plus tard. Mais Magalotti 1 * se faisait illusion, quand il espérait que le pape, détrompé, allait permettre la circulalion du livre à Rome. Naturellement irascible, Urbain VIII avait écouté d'abord les clameurs et les insinuations perfides des ennemis de Galilée et s’était cru gravement offensé par lui. Il s’était cru joué aussi par les amis de Galilée, surtout par Mgr Ciampoli, qui depuis longtemps avait cessé de lui plaire et qui était partisan du nouveau système du monde. On lui faisait croire que l ’ imprimatur avait été surpris au P. Riccardi. Lui-même s’irritait d’avoir pu consentir à l’impression du livre, et d’avoir été trompé dans cette affaire, où, disait-il, l’Écriture sainte et la foi étaient en jeu. Ces préventions du pape subsistaient dans toute leur force le 15 mars 1633*, quoiqu’il répétât ce qu’il avait déjà dit le 18 septembre 1632, que Galilée avait été et était encore son ami 5 . Pourtant, depuis la fin de mars 1633, sous l’influence du cardinal Barberini et du P. commissaire Firenzuola, il s’était radouci beaucoup*. Il avait peut-être trouvé le temps de parcourir le fameux dialogue, et d’y chercher en vain les allusions moqueuses contre ses arguments et les interprétations téméraires de l’Écriture sainte dont on lui avait parlé. Mais il restait persuadé que Galilée avait eu grand tort de ne pas céder à ses raisonnements et au conseil qu’il lui avait

1 Suppl., 321-322, 328, 330. — * IX, 436-458. — 5 IX, 427 et 437,

« IX, 440 et 443-444.

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donné de renoncer à son système 1 . Mais surtout, et c’est là le point capital, on lui avait fait croire, et il crut toujours, depuis ce moment, que le livre était dangereux pour la religion, et il pensait que Galilée, qui l’avait écrit et publié malgré une défense personnelle de l’inquisition et après avoir promis d’obéir, devait être puni pour l’exemple. Telle est la vérité, plus favorable au pape Urbain VIII que les mensonges de certains défenseurs officieux des juges de Galilée.

Le protestant genevois Mallet du Pan s’est donné les apparences de ce rôle d’apologiste de l’autorité ecclésiastique romaine ; mais il a trouvé le secret de calomnier du même coup Galilée, Urbain VIII et l’inquisition même, et cela aux applaudissements des catholiques pris pour dupes. Suivant lui, Galilée s’était vanté d’être meilleur poète qu’Urbain VIII, qui faisait des vers ; de plus , Galilée dans son Üialoyuc avait raillé Urbain VIII sous le nom de Simplicio ; blessé dans son amour-propre de docteur et de poète, ce pape, très-favorable d’ailleurs, suivant Mallet du Pan, à la liberté de la philosophie et de la science, a exercé, sous prétexte de religion, une vengeance personnelle, dont les inquisiteurs ont bien voulu se faire les instruments; mais pourtant, après la condamnation, Urbain VIII a daigné pardonner, et Galilée, malgré ses torts, a bientôt obtenu de la clémence du pape sa grâce complète. Ce qu’il y a de plus étonnant encore que l'audace avec laquelle Mallet du Pan a développé ce thème faux d’un bout à l’autre, c’est la légèreté avec laquelle cette triple calomnie, contre Galilée, contre le pape et contre les inquisiteurs, a été adoptée par des catholiques ardents, qui

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se sont appuyés et s’appuient encore sur le témoignagne de ce protestant prétendu impartial, et qui ont cru, bien à tort, que noircir Galilée c’était nécessairement blanchir le pape et l'inquisition. Ils n’ont pas vu que c’était accuser injustement le pape et l’inquisition d'une iniquité odieuse, à laquelle la religion aurait servi de masque.

Tel est le thème que M. Philarèle Chasles a pris des mains de ces catholiques peu avisés, et qu’il a développé avec des invectives qui seraient justes, si le fait était vrai. Seulement, potir rendre la chose plus criante, M. Chasles a ajouté une assertion certainement fausse, d’après laquelle « le pape Urbain VIII pensait exactement comme Galilée » sur le système du monde pour lequel il le faisait condamner comme hérétique. M. Parchappe a fait justice de la calomnie d’après laquelle Galilée aurait outragé à plaisir le pape son bienfaiteur ; mais il a accepté trop facilement la calomnie contre le pape, qui, suivant lui, se serait vengé implacablement d’une injure imaginaire.

Voilà ce que certains catholiques trop nombreux ont gagné à croire sur parole un protestant qui flattait leurs passions contre un savant condamné par l’inquisition! Ils auraient bien dû se dire à eux-mêmes : Timeo Danaos, et dona ferentes. Ils auraient dû chercher la vérité historique, au lieu de copier aveuglément le mensonge et de prêter ainsi des armes à leurs adversaires.

De ces calomnies insinuées par Mallet du Pan sous la forme perfide d’une apologie du pape et de l’inquisition contre Galilée, un écho atténué est arrivé par Mgr Marini et par le P. Olivieri à M. Biot, qui l’a répété de bonne foi, en disant de l’animosité personnelle du pape offensé, que « c’était là,

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humainement parlant , la clef de l'affaire. » M. Trouessart dit avec plus de raison que c’en était le très-petit côté.

La vraie clef de l’affaire, c'était l’ascendant conquis vers 1 632 et conservé depuis sur l’esprit d’Urbain VIII par certains théologiens, qui réussirent à lui faire croire et dire, comme Galilée l’écrivait en 1657 au roi de Pologne, que le nouveau système du monde était une hérésie pire (pie celles de Luther et de Calvin. Suivant Galilée lui-même, c’étaient surtout des jésuites, des collègues des PP. Grassi et Scheiner, sinon ces pères eux-mêmes, qui avaient remporté ce triste triomphe. Galilée parait avoir eu de bonnes raisons de le croire. En 1615 et 1616, c’étaient surtout des moines dominicains qui l’avaient attaqué et accusé, malgré le P. Maraffi, leur général. Mais, en 1652, Galilée avait contre lui l’inimitié de beaucoup de jésuites. Dès le 12 juillet 1619, Mgr Ciampoli, dans une lettre à Galilée *, tout en louant beaucoup le discours de Guiducci contre le mémoire du P. Grassi sur les comètes, s’affligeait de voir que par celte, discussion Galilée se brouillait avec le collège romain des jésuites et perdait leur précieuse bienveillance. Il est vrai qu’en 1624 le P. Grassi et le collège des jésuites, voyant Galilée en grande faveur près d’Urbain VIII, lui faisaient des avances par l’intermédiaire de Guiducci; mais, comme nous l’avons vu, en 1626 et en 1627 ce même P. Grassi accusait faussement Galilée de tendance à l’hérésie. Le P. Castelli nous a dit la colère toute personnelle du P. Scheiner contre un passage qui le concernait dans le Dialogue sur les systèmes du monde. Dans une lettre du 1 1 septembre 1652, Torricelli, galiléiste très-prononcé pour

* Suppl., 1ôO.

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le nouveau système, mais ancien élève des jésuites et très* aimé du P. Griemberger, raconte comment il a exprimé devant ce père et devant le P. Scheiner son admiration poulie Dialogue ; comment le premier a adhéré à cet éloge en faisant ses réserves sur la fausseté de la doctrine habilement défendue, et comment le second a dit, en secouant la tête, que Galilée a mal agi envers lui et qu’il ne veut pas en parler. Moins discret dans une lettre à Gassendi, du 23 février 1 653 1 , le P. Scheiner exhale sa colère contre Galilée qui a osé lui contester ses découvertes et porter la main sur sa Rosa ursina! Magalotti* nous a transmis l’opinion du P. Riccardi sur l’hostilité des jésuites dans le procès de Galilée. Le 25 juillet 1634, Galilée écrivait à Diodati que deux mois auparavant un de ses amis, parlant de son affaire avec le P. Griemberger, jésuite du college romain, avait entendu de la bouche de ce père la déclaration suivante : « Si Galilée avait su maintenir l’affection des pères de ce collège, il vivrait glorieux dans le monde , il ne lui serait arrivé aucune de ses disgrâces, et il aurait pu écrire à sa fantaisie sur toutes les matières, même sur le mouvement de la terre. » Galilée, qui n’avait jamais eu l’intention d’offenser Urbain VIII, n’a, jamais attribué la conduite de ce pape envers lui à un sentiment de vengeance personnelle, mais à une erreur d'appréciation, et dans cette erreur d’Urbain VIII Galilée a toujours vu l’effet de l’influence de ses ennemis. Seulement Galilée savait combien Urbain VIII était opiniâtre. Dans sa belle lettre à Peirescdu21 février 1 656 5 , sans nommer Urbain VIII, Galilée parait croire que ce sont l’obstination et l’orgueil

* IX, 275. — 2 Suppl., 521. — * Suppl., 561-363.

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