‹ Galilée les droits de la science et la méthode des sciences physiquesChapitre 25 sur 52 · VII · texte numérisé non relu

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travaux , # et de celte vie de ténèbres dans laquelle, dit-il, « cet univers, dont il a reculé les limites cent et mille fois au delà de ce qu'avait fixé la science des siècles passés, se réduit désormais pour lui à l'espace occupé par sa personne. » Peut-être préférerait-on plus de modestie. Cependant il était bien permis à Galilée, dans l’épanchement d’une lettre à un ami intime, de se rendre une justice que tant d’hommes lui refusaient de son temps, et que certains hommes, parmi lesquels on regrette de trouver M. Arago, lui ont encore refusée de nos jours 1 . En effet, ces expressions d’une douleur éloquente sont loin d'être aussi exagérées que l’ont prétendu, au dix-neuvième siècle, certains détracteurs. Oui, ils sont vraiment glorieux, les travaux de l’auteur de tant de découvertes astronomiques et autres, du créateur de la mécanique moderne, du principal auteur et promoteur de la vraie méthode des sciences physiques. Quant à l’autre expression qu’on attaque, il faut se rappeler ce qu’était la sphère céleste suivant la physique péripatéticienne, encore régnante à l’époque de Galilée; ce qu’était pour ces péripatéticiens la sphère des fixes, peu supérieure, suivant eux, à celle de Saturne. Une de leurs grandes objections contre la révolution annuelle de la terre consistait à dire que, pour que cette révolution ne produisît pas de parallaxes très-notables pour toutes les étoiles fixes, il faudrait supposer ces étoiles placées à des distances qu’ils déclaraient impossibles *. Galilée leur répondait avec raison que ces distances, cent et mille fois plus grandes que celles qu’ils consentaient

* Voyez notre Notice bibliogr., n« XXIX, XLVI, LXI, LXIV, LXVI, etc. — * Voyez Tycho Brahe, le P. Scheiner, et le P. Riccioli, qui les cite, Almag. nov., t. I, part. Il, p. 457-459, 477, 478.

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à admettre, étaient réelles, et, avec son télescope, dont les lunettes hollandaises antérieures n’avaient été qu’une ébauche impuissante, il leur montrait des nébuleuses composées d’étoiles bien plus éloignées encore.

Dans ce malheur si vivement senti, Galilée ne se borne pas à des lamentations éloquentes, mais stériles; nous allons voir qu’il sait montrer du courage, et nous verrons que bientôt le P. Castelli eut à le féliciter de ses sentiments de pieuse résignation. Dans ses lettres du 5 novembre 1637 à Fra Micanzio, et du 23 janvier 1638 à Diodati 1 , Galilée s’entretient des ouvrages que, malgré la perte de la vue et malgré ses souffrances, il prépare pour être publiés. Ce sont : l°son catalogue d’opérations astronomiques, imprimé dans le tome V des œuvres complètes ; 2° des problèmes divers, dont deux petits recueils à l’état d’ébauche se trouvent, avec d’autres opuscules scientifiques, dans le tome XIV ; et 3° des notes sur divers ouvrages de ses adversaires et d’autres auteurs, notes dont quelques recueils, sur des œuvres deRocco, de Ludovico delle Colombe, de Lagalla, deGrassi et d’Àrioslo, se trouvent dans les tomes II, III, IV et XV. Quant aux notes que Galilée mentionne, sur les Problèmes mécaniques d’Aristote et sur son traité de la Marche des animaux, elles ne se sont pas retrouvées. Viviani* nous apprend que Galilée avait eu l’intention de les faire entrer dans une cinquième journée de ses Dialogues sur les sciences nouvelles ; mais il n’y en a pas de traces dans les deux journées ajoutées par Galilée avec l’aide de Torricelü.

Dans la villa d’Arcetri, il fut permis à Galilée d’avoir près

i VII, 193-194, 208. — *XV, 360.

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de lui le jeune Viviani pendant les trente derniers mois de sa vie depuis le mois de juillet 1639, et Torricelli pendant les trois derniers mois depuis le milieu d’octobre 1 641 : il s’entretint, avec ces deux disciples dignes de lui, sur les problèmes de physique qu’il aurait voulu pouvoir résoudre luimême, et sur des questions géométriques, par exemple sur les propriétés de la cycloïde 1 .

En 1640, il dictait sa longue et remarquable lettre au prince Léopold de Toscane, dans laquelle, confirmant une conjecture de Léonard de Vinci, il soutenait, contre Fortunio Liceli, que la lumière pâle de la partie de la lune non éclairée directement par le soleil est une lumière reçue du soleil par la terre et renvoyée par elle à notre satellite, qui la renvoie à son tour. Puis, de juin 1640 à janvier 1641, ce vieillard aveugle, âgé de soixante-dix-sept ans, soutenait avec Liceti une correspondance pleine de haute raison, d’excellente philosophie, de verve spirituelle, d’urbanité et de piquante ironie, sur cette même question, sur les arguments et les prétentions de son adversaire, sur la méthode d’Aristote et sur celle de ses prétendus disciples modernes. Cette correspondance aboutit, de la part de Galilée, à l’envoi d’une nouvelle rédaction de sa lettre au prince Léopold, que Liceti publia en 1642 avec sa réponse*.

Sur une autre question, cause de ses malheurs, sur le système du monde, la conviction de Galilée a-t-elle faibli dans les derniers temps de sa vie, malgré celte force et cette lucidité que son esprit avait conservées? On l’a dit, mais on s’est

1 Suppl., 3G4-368. Comparez Montucla, Hist. des malh.. 2* édit., t. II, p. 52-00. — * XV, 358; VII, 261-310, 329-333, 336-350, 352-358.

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trompé. Il est vrai que Galilée en vint à reconnaître dans son Dialogue astronomique quelques défauts, qu'il signala luimême à Fra Micanzio dans une lettre malheureusement perdue. Il y reconnaissait peut-être son tort d’avoir voulu prouver le double mouvement de la terre par une théorie trop contestable sur la cause des marées. Mais rien n’indique, de la part de Galilée, le plus léger doute soit sur la valeur d’autres preuves meilleures, données par lui en faveur du nouveau système du monde, soit sur ce système même. Seulement, comme on le voit par sa lettre du 15 juillet 1636 à Bernegger, il préférait de beaucoup ses Dialogues sur les sciences nouvelles à son Dialogue antérieur sur les systèmes du monde, tandis que Fra Micanzio préférait le Dialogue astronomique et défendait cette préférence dans ses lettres à Galilée du 23 juillet 1659 et du 14 janvier 1640.

Cependant M. Cesare Cantù déclare avoir lu, dans les archives de la famille Binuccini à Florence, une lettre écrite par Galilée dans les derniers temps de sa vie, et où, quel qu’en soit le motif, dit le savant historien, Galilée se prononce contre le système de Copernic. Cette lettre, insérée par M. Albèri dans son édition, avait risqué d’en être exclue par un respect malentendu de l’éditeur pour l’auteur. M. Albèri, comme il en fait l'aveu 1 , avait cru y voir, au premier coup d’œil, l’abandon réel et sérieux du nouveau système du monde, et la preuve d’une défaillance sénile de l’illustre vieillard. Mais, avec plus d’attention, M. Albèri a reconnu dans cette lettre la protestation habilement ironique d’une

‘ XV, 360; VII, 361, note 2.

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pensée contrainte à se cacher. M. Cantù l acru voir que Galilée y expose des raisons physiques contre le mouvement de la terre : il aurait dû voir qu’après avoir exposé ces raisons, Galilée les réfute. Examinons la lettre de Galilée, et d’abord celle à laquelle il répond.

Le 23 mars 1641 , moins de dix mois avant la mort de Galilée, Francesco Rinuccini, son ancien élève, résident de Toscane à Venise, lui écrit que Pieroni a trouvé pour certaines étoiles fixes une petite parallaxe annuelle de quelques secondes, preuve du mouvement annuel de la terre; mais, d’un autre côté, il dit qu’un livre nouveau, qu’il a lu, lui parait établir que la terre est immobile au centre du monde, puisque l’horizon divise toujours la sphère des fixes en deux parties exactement égales. Rinuccini prie Galilée de faire cesser le trouble de son esprit sur la vérité du système de Copernic*. Rinuccini oublie donc qu’en 1655 l’inquisition a forcé Galilée d’abjurer ce système, pour lequel elle l’a condamné, et que la sentence n’a été adoucie qu’en faveur de sa promesse de renoncer pour toujours à cette hérésie, et même de dénoncer les hérétiques et les suspects ? Que fera Galilée, qui continue de croire au système de Copernic? Avec un disciple si facile à troubler dans ses convictions, et en même temps si indiscret dans ses questions, Galilée doit être plus prudent encore qu’avec d’autres correspondants. Répondra-t-il que, depuis sa condamnation, il ne peut plus aborder ce sujet ? Non ; il ose réfuter l’objection qui embarrasse son disciple peu clairvoyant ; mais, pour la forme, il maintient l’abjuration qu’on lui a imposée. C’est peu sincère ;

* Hist. des Italiens, trad. fr., t, IX, p. 447, note I. — * VII, 300.

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mais Galilée pouvait-il être sincère sur ce point, et à quel prix ? Des rigueurs abusives rendent excusable la dissimulation. Dans sa réponse 1 du 29 mars 1641, Galilée commence par ces mots ironiques : « La fausseté du système de Copernic ne doit en aucune façon être mise en doute, surtout par nous catholiques, puisque nous avons l'autorilé irréfragable des saintes Écritures, interprétées par les plus grands maîtres de la théologie, dont le consentement unanime nous rend certains de la stabilité de la terre, placée au cenflre, et de la mobilité du soleil autour d’elle. » Galilée ne dit pas, et a bien raison de ne pas dire, que la question ait été jugée par l’Église ou par le pape. Quant aux enseignements prétendus de l’Écriture sainte en matière d’astronomie, et aux commentaires astronomiques des théologiens sur ces textes, Galilée lui-même nous a dit ce qu’un savant sincèrement catholique peut et doit en penser : il l’a montré dans sa lettre à la grande-duchesse Christine, lettre écrite par lui en 1615, publiée à Strasbourg avec son assentiment en 1656, et dont il désirait vivement que des exemplaires fussent introduits en Italie pour la confusion de ses ennemis, suivant les termes de sa lettre du 28 juin 1656 à Fra Micanzio. Le 9 mai 1657, il écrivait à Guerrini qu’il espérait en avoir bientôt des exemplaires. Est-ce que, du 9 mai 1657 au 29 mars 1641 , époque où il venait de faire preuve de tant de force d’esprit par sa correspondance avec Liceti, Galilée a passé à l’opinion de ses ennemis? Non ; mais il craint de ne pas trouver dans Ilinuccini la môme discrétion que dans Fra Micanzio : il écrit à Ilinuccini une lettre qui pouvait être

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