III
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suspecte et dangereuse du scepticisme, qui, en contestant à la raison toute autorité absolue, même dans une sphère restreinte, rend toute science impossible, et l’orgueilleuse faiblesse du rationalisme outré, qui croit tout savoir, tout comprendre, et qui se met ainsi à la place de Dieu par une illusion féconde en déplorables erreurs. A ce propos, Galilée exprime avec justesse la différence infinie entre l’intelligence divine et la nôtre, quant à l’étendue et au mode de la connaissance : il nous montre l’homme acquérant péniblement, et par des efforts successifs d’observation et de raisonnement, quelques notions parfaitement certaines, mais trèsrestreintes, et d’autres notions plus ou moins probables, qui, jointes aux premières, n’embrassent qu’une bien petite partie de la vérité universelle, tandis que Dieu sait tout avec une entière certitude par une seule intuition éternelle sans succession de pensées. Dans la troisième journée *, sur la grandeur des œuvres de Dieu, et sur notre impuissance à les comprendre, Galilée trouve et prête à un de ses disciples des expressions éloquentes et vraies, que Pascal ou Bossuet n’auraient pas désavouées. Nous avons déjà indiqué un passage de la quatrième journée *, dans lequel il constate qu’au delà de toutes les causes secondes, il faut nécessairement reconnaître la cause première, dont une action toute-puissante, infiniment sage, et qu’il déclare essentiellement miraculeuse, l’action créatrice, peut seule expliquer l’origine de toutes choses.
Nous avons dit que Galilée tient beaucoup à la considération des causes finales : dans ce même dialogue, on voit
4 I, 509-400. Comparez I, 288. — * I, 450-458.
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qu’il en possède bien la théorie, et qu’il en comprend la portée sans l’exagérer. Surtout il ne veut pas 1 que l’utilité pour l’homme sur la terre soit considérée comme la fin unique de toutes choses en ce monde, ni qu’une cause finale, quelque réelle qu’elle soit, puisse être considérée comme l’unique fin de la puissance naturelle à laquelle elle se rapporte; car, suivant Galilée *, la divine Providence, générale et spéciale à la fois, s’applique tout entière à l’ensemble, et tout entière aussi à chaque détail, de même que, dit-il, le soleil, qui répand dans tout notre système planétaire la lumière et la chaleur, mûrit un grain de raisin aussi efficacement que si le terme de son action était exclusivement la maturation de ce grain.
Gomme on le voit, en dehors de la mécanique, de la physique et de l’astronomie, en philosophie pure, Galilée savait trouver sans effort les grandes pensées et les exprimer en un langage vrai et simple comme elles. L’étendue et l’élévation de son esprit étaient dignes de l’exactitude de sa méthode et de la rectitude puissante avec laquelle il l’appliquait. Philosophe religieux, en même temps que mathématicien et physicien, il était de la grande famille des Pascal, des Newton, des Ampère et des Cauchy.
Nous avons vu que Galilée a eu la principale part dans la création de cette excellente méthode, qu’il a pratiquée pendant toute sa vie avec autant de succès que de constance, et qui, perfectionnée et développée après lui, restera celle des sciences physiques. Nous avons vu que l'éminent astronome Kepler a dû ses plus belles découvertes en astronomie et en
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optique à l’emploi de cette méthode, mais qu’il ne l’a suivie qu'après son contemporain Galilée, et qu’il s’en est trop habituellement écarté dans des spéculations intempérantes. Nous avons vu que Descartes, autre contemporain, a complètement méconnu les procédés et les résultats de cette méthode, et qu’en physique il s’est fourvoyé pour n’avoir pas voulu la suivre. Quant au chancelier Bacon, nous avons vu qu’avant la publication de son Novum organum scientiarum, il connaissait les œuvres dans lesquelles* Galilée, avant celte époque, avait professé et mis en pratique la méthode expérimentale. Ce n’est pas sans raison que Bacon s’est appelé lui-même le trompette ( buccinator ) de celte méthode. Mais, en la proclamant, il l’altéra, la mutila, et heureusement les vrais savants n’ont pas suivi les traces de ce héraut infidèle. Depuis Galilée, tous les grands physiciens pratiquent sa méthode, dont la première opération est, non-seulement d’observer et d’expérimenter, mais aussi et surtout de mesurer et décompter, après avoir, au besoin, par des transformations mathématiques, ramené les problèmes de physique à la recherche de quantités mesurables. Ensuite, aidé des principes de la raison et des procédés mathématiques, cette méthode conduit à la connaissance des lois mathématiquement précises qui régissent les phénomènes, et permet de s'élever, quand c’est possible, de la mesure des effets à la connaissance des causes et de leurs lois premières. C’est là le grand secret des vrais physiciens, secret dont Bacon, trop étranger aux mathématiques, n’a compris, et même bien imparfaitement, qu’une moitié, et dont les positivistes, plus mathématiciens, voudraient supprimer seulement le point dernier et capital.
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Les Anglais, par orgueil national, auraient été excusables de présenter Bacon comme le rénovateur des sciences physiques; mais non : ce sont surtout nos encyclopédistes français qui ont voulu assurer cet honneur à celui qu’ils considéraient comme le père de leur philosophie sensualiste. l)e là, surtout en France, cette vogue usurpée de Bacon comme physicien philosophe. Mais, dès le dix-huitième siècle, l’Anglais Hume 1 avait constaté de bonne foi la supériorité des droits de Galilée au titre rénovateur de ces sciences. Sans doute, il y a de l’exagération et de l’injustice dans le réquisitoire en deux volumes de Joseph de Maistre contre la philosophie de Bacon; mais il y a aussi beaucoup de vrai, surtout en ce qui concerne la mauvaise physique et l’astronomie absurde du lord chancelier. M. Charles de Rèmusat* incline à accorder la principale part à Galilée dans l’invention de la pratique de la vraie méthode des sciences physiques, et à Bacon dans l’invention de la théorie de cette méthode. Mais M. Cournot 3 apprécie à sa juste valeur « cette prolixe énumération d’instances et de formes d'induction, à laquelle Bacon attache autant et plus d’importance que les scolastiques n’en attachaient aux formes du syllogisme, et dont on n’a jamais fait après lui , dit M. Cournot, aucun usage. » De même, tout en disant que « les maximes générales de Bacon sont sagaces et propres à exciter les esprits, » le savant anglais M . Whewell * reconnaît que « ses prècep-
1 The history of Great Britain, t. VI, p. 215 (London, 1770, in-4°). — 8 Bacon, sa vie, son temps et sa philosophie, IV, 1, p. 307 (Paris, 1857, in-8°). — 3 Essai sur les fondements de nos connaissances, t. II, p. 545-346 (Paris, 1851, in-8°) . — * Novum organum renovatum, préf., p. III-IV (London, 1858, in— 12) ,
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tes particuliers ont failli entre ses mains et sont maintenant sans usage dans la pratique. » En disant « maintenant, » M. Whewell dit trop peu. Le grand chimiste allemand, M. Liebig, déclare, comme M. Cournot, que jamais les sciences physiques n’ont procédé d’après les règles du Novum organum scientiarum. L’éminent critique anglais Macaulay 1 , et après lui M. Apelt*, ont bien montré que les inductions les plus fausses peuvent satisfaire à ces règles si compliquées et si insuffisantes de l’induction baconienne, et que quelques exemples d’une induction légitime et bien conduite valent mieux que toute cette scolastique nouvelle. Or, Galilée et Kepler avaient donné d’excellents exemples pratiques de l’induction, et Bacon n’a su ni les imiter ni les comprendre : il n’a su que les mépriser. Contrairement à l’opinion de Macaulay et d’accord avec les savants que j’ai cités, je pense que l’ impuissance pratique de la méthode de Bacon ne fait que trahir le vice théorique de cette méthode, qui se recommande par quelques maximes excellentes et par quelques vues ingénieuses et vraies, mais qui est défectueuse dans son ensemble, et qui méconnaît ce qu’il était le plus nécessaire de prescrire, c’est-à-dire, d’une part l’exactitude mathématique et l’emploi des instruments de précision dans les observations, d’autre part les procédés mathématiques dans les inductions qu’on en tire pour arriver aux lois précises et aux causes. Dès 1816, le savant physicien français M. Biot* se prononçait énergiquement sur l’inutilité constatée de la méthode de Bacon et sur l'utilité
1 Lord Bacon, dans le t. II des Essaye, p. 406-413. — * Théorie der Induction, p. 42-44 et 149-153. — 5 Art. Galilée dans la Biogr. unir. de Michaud.
perpétuelle de celle de Galilée. L'illustre physicien anglais sir David Brewster 1 nous dit : « Si Bacon n’avait jamais vécu, celui qui étudie la nature aurait trouvé dans les écrits et les travaux de Galilée, non-seulement les principes si vantés de la philosophie inductive, mais aussi leur application pratique aux efforts les plus élevés de l’invention et de la découverte. » Tels sont, sur Galilée et Bacon, les jugements des physiciens les plus compétents, qui ont examiné la question en dehors de toute prévention d’école philosophique et d’orgueil national. L’un d’eux, M. Trouessart®, après avoir montré que la méthode de Galilée n’est pas celle de Bacon, résume son jugement en ces mots : « Dans la science, nous sommes tous disciples de Galilée. »
Quant aux philosophes spiritualistes , ils n’ont qu’à profiter dans l’étude de cette méthode, à laquelle ils ont donné trop peu d’attention jusqu’à ce jour; car elle s’accorde parfaitement avec leurs principes, quoiqu’elle ne soit pas faite pour leur science, à laquelle Galilée n’a jamais prétendu l’appliquer. Il savait que les choses physiques se mesurent, mais que les choses morales ne se mesurent pas. Au contraire, en préconisant d'une manière trop exclusive la méthode d’observation, en faisant trop petite la part de la raison intuitive, de la métaphysique, des mathématiques et du raisonnement déductif, Bacon, bien que spiritualiste et même un peu métaphysicien pour son propre compte, a préparé l’application, trop exclusive aussi, qui fut faite de la méthode expérimentale à la philosophie, d’abord par le sensualisme timide et modéré de Locke, ensuite par toute l’école
' The Martyrs of science, p. 03. — * Galilée, etc., p. 15.
sensualiste et matérialiste du dix-huitième siècle et par les continuateurs de cette école au dix-neuvième. Cette école a fait tout ce qui était en son pouvoir pour fausser, avilir et presque anéantir la philosophie, lorsque, sous le prétexte de ne tenir compte que des phénomènes observables par les sens, elle n’a plus voulu reconnaître dans l’homme, au lieu d’un être pensant, libre, responsable, immortel, qu’une somme variable de phénomènes physiques et de sensations plus ou moins transformées, sans unité, sans substance actuelle, sans identité persistante, sans relation de causalité entre les phénomènes présents, passés et futurs. D’un autre côté, en rétrécissant le champ légitime de l’esprit humain, en ébranlant les notions de cause et de substance , en obscurcissant la notion de force active et de finalité dans la nature, celte même école, si funeste à la philosophie, aurait fait presque autant de mal aux sciences physiques, si elle n’avait pas été heureusement inconséquente. En effet , ses théories, sensualistes et idéalistes en même temps, auraient dû la conduire à douter de la réalité objective des corps, et par suite à répudier la méthode de Galilée, pour se borner à enregistrer et à classer des sensations. Cependant la plupart des physiciens de cette école, en dépit de leur mauvaise philosophie, ont gardé à peu près intacte dans la pratique de leur science la méthode de Galilée, cette méthode qui suppose ce qu’ils nient, et qui recommande en fait ce qu’en théorie ils prétendent proscrire. Grâce à celle méthode, qu’ils ont conservée ainsi par tradition malgré leurs doctrines, ils ont continué de croire pratiquement aux causes finales, en les répudiant ; ils ont continué de s’appuyer sur le principe de causalité efficiente et d’avancer dans la con-
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naissance des forces par la mesure de leurs effets, dans la connaissance des êtres par l’observation des manifestations des forces qui agissent en eux; ils ont continué de procéder ainsi, tout en protestant qu’il faut s’abstenir de toute recherche des causes et des effets, et ne s’occuper que des phénomènes, de leur classification et de leur ordre de succession.
Ainsi la méthode de Galilée, de même que sa doctrine sur le système du monde, a triomphé de toutes les oppositions soulevées contre elle. Ouverte à tous les progrès, elle reste maîtresse du champ de la science pour le présent et pour l’avenir, qui continuera d’y ajouter de nouveaux perfectionnements, mais qui n’en retranchera rien. L’emploi de cette méthode physico-mathématique avait commencé dès l’antiquité pour quelques parties de la mécanique des solides, de l’hydrostatique, de l’acoustique, de l’optique et de l’astronomie. Malgré les idées étranges auxquelles nous avons fait allusion, Kepler a fait une application excellente de cette méthode pour la détermination exacte des mouvements de Mars, et par suite pour la détermination des révolutions elliptiques de toutes les planètes, et des lois géométriques de ces révolutions. Puis, par la même méthode, Newton a remonté jusqu’au principe mécanique de ces lois ; il a trouvé ainsi ce que le positivisme lui aurait défendu de chercher, c’est-à-dire la cause des mouvements planétaires ; au lieu de chercher, comme Descartes le lui aurait prescrit, l 'essence de cette cause, il a trouvé la loi mathématique de l’action de cette force jusqu’alors inconnue, et, parce qu’il a connu cette force et son mode d’action, sans avoir besoin de décider si elle est irréductible ou bien si elle n’est elle-même
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qu’une manifestation d’une force plus générale, il a pu dépasser les lois de Kepler en les confirmant; il a pu rectifier la troisième loi, qui n’est exactement vraie qu’autant que la masse delà planète est une quantité négligeable par rapport à la masse du soleil ; il a pu, de plus, poser les bases de la théorie des perturbations causées par les attractions mutuelles des divers corps du système : déviations désormais calculables, qu’heureusement l’imperfection des instruments avait empêché Kepler de remarquer; car elles l’auraient peut-être fait douter de ses lois, comme Newton douta de la sienne en 1666 , mais, au contraire, à cause de l’inexactitude des données sur lesquelles il opérait. C’est ainsi que, par la méthode de Galilée suivie jusqu’au bout, c'est-à dire en s’élevant des lois secondaires, premier résultat de l’induction expérimentale aidée de la mesure et du calcul , jusqu’aux lois premières des forces motrices, Newton est arrivé à la mécanique céleste, œuvre immense, qui s’est continuée après lui et qui se continuera toujours.
C’est Galilée qui le premier a établi solidement cette méthode, qui l'a étendue, qui en a généralisé et régularisé l’emploi, et qui a montré le premier la nécessité de l’appliquer à toutes les sciences physiques. Il l’a appliquée lui-même avec succès à l’astronomie, par exemple dans l’élude des taches solaires, des montagnes de la lune, des phases de Vénus, des variations des diamètres apparents de Vénus et de Mars, dans ses longs et patients efforts pour la détermination, trop difficile alors, des mouvements des satellites de Jupiter découverts par lui, et dans ses discussions sur le système du monde ; il a appliqué cette méthode avec succès à l’ensemble de la mécanique des corps solides et à
des pal lies de l’hydrostatique, de la dioptrique, du magnétisme, de l’acoustique, etc. Sans doute, il a commis quelques erreurs, faciles à découvrir même dans ses meilleurs ouvrages, par exemple en ce qui concerne la cause des marées, l’origine des comètes et la résistance prétendue du vide ; mais ces erreurs, facilement rectifiées par l'emploi de sa méthode, sont bien moins nombreuses et bien moins graves que celles qui lui ont été imputées par M. Arago , en vertu de fausses citations et d’interprétations fausses, justement relevées par M. Albèri.
Depuis, on a appliqué cette méthode d’une manière complète à la mécanique céleste, à la mécanique non-seulement des solides, mais des liquides, des gaz et des vapeurs; on l’a appliquée aux ondulations sonores des corps pondérables, aux ondulations lumineuses , caloriques et chimiques du fluide impondérable, à la mécanique des molécules et des atomes, à l’électricité , au magnétisme, à la cristallographie, à la chimie, à la météorologie, à la géographie mathématique et physique, et, dans la mesure du possible, à la géologie, à toutes les branches de l’histoire naturelle et de la physiologie, aux sciences biologiques et économiques. Chacune de ces applications a créé une science nouvelle, comme les sciences nouvelles que Galilée proclamait et enseignait en t6o8 dans ses Dialogues. Par exemple, la cristallographie est devenue une science par la mesure des angles des cristaux et par la mesure des réfractions de la lumière qui les traverse. La chimie, qui n’était qu’un art, est devenue une science par les pesées, qui ont conduit à la théorie des équivalents chimiques : dans les préliminaires de cette grande et féconde découverte , l’indivisibilité physique des atonies
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chimiques des corps réputés simples n’avait été qu'une hypothèse provisoire, bientôt justement abandonnée; car certainement ces atomes prétendus se composent de parties distantes les unes des autres; mais, comme Galilée l’avait hien vu, la continuité, essentielle à l’étendue, doit exister dans les éléments les plus simples de la matière telle qu’elle est, éléments dont la petitesse et le nombre dans un espace imperceptible sont des infinis mathématiques , qui défient tous nos calculs, sans pouvoir être absolument infinis. Faut-il croire, avec le P. Secchi, que ces éléments, isolés les uns des autres, constituent le fluide impondérable, et que ces mêmes éléments, tous semblables entre eux, mais groupés de diverses manières, forment les différents corps pondérables? Il me paraîtrait téméraire, soit de le nier, soit de l’affirmer, dans l’état présent de nos connaissances. Cependant, par les considérations géométriques de la cristallogra phie, par l’étude des groupements atomiques et des substitutions dans les combinaisons chimiques, par la théorie des modifications que les ondes lumineuses, caloriques et chimiques du fluide impondérable éprouvent dans leur passage à travers différentes substances, et par les considérations de dynamique moléculaire auxquelles conduit la théorie mécanique de la chaleur, on pénètre de plus en plus dans la connaissance scientifique de la constitution intime des corps, et il est impossible de prévoir jusqu’où l’on ira dans cette voie par l’union étroite de l’expérimentation physique et du calcul mathématique.
Il faut bien se garder de confondre les tendances des grands inventeurs avec celles des grands organisateurs. Trop souvent ces derniers, s’exagérant l’utilité ineontes-
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table de leur tâche, sont tentés de poser au bout une borne, un nec plus ultra. Au contraire, comme tous les grands inventeurs, Galilée a ouvert une voie, dans laquelle il a fait hardiment et sûrement les premiers pas, et dans laquelle il a entraîné et lancé ses successeurs, en les invitant à le dépasser déplus en plus dans la même direction. Il est mort en indiquant à Viviani et à Torricelli des problèmes à résoudre, et, comme la méthode était sûre, le succès a répondu et répondra aux efforts des disciples et des successeurs, comme il avait répondu à ceux du maître.
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