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momie *, et surtout la première journée des Dialogues sur les sciences nouvelles*, malgré quelque obscurité d’expression, et malgré le caractère peu didactique que la forme du dialogue comporte, on voit que Galilée a bien compris la vraie notion de l’ infini mathématique, qui est, non pas une quantité absolument infinie en grandeur ou en petitesse, c’est-à-dire l’impossible ou le néant, non pas une quantité plus grande ou plus petite que toute autre quantité possible, c’est-à-dire ce qu’aucune quantité ne peut être, mais bien une quantité plus grande ou plus petite que toute autre quantité assignable. En montrant ironiquement 5 que, s’il y avait un nombre qui pût être infini, ce nombre ne pourrait être que l’unité, Galilée a montré que Y infini absolu ne peut pas être réalisé en nombres, et qu’il n’est pas une quantité, puisque toute quantité est essentiellement divisible et mesurable à l’aide d’une unité, au moins par la pensée. Aussi, pour distinguer l’infini véritable de l'infini mathématique, Galilée* dit que la sagesse divine, par exemple, n’est pas seulement infinie dans le sens mathématique du mot, mais qu’elle est infiniment infinie. La pensée est juste, mais l’expression est insuffisante, comme on s’en est aperçu depuis qu’il a fallu l’appliquer à l 'infini mathématique élevé à la seconde puissance . Galilée aurait dû dire que la sagesse divine est absolument infinie. Lui-même, dans un passage de V Essayeur*, avait très bien posé la distinction de Yinfini absolu , qui exclut toute limite, et de Yinfini relatif, qui n'est appelé infini que par comparaison avec d’autres quantités dont le
1 I. 1 14—1 tî» et 137-138. — * Mil, 28-29, 34-43, 47-55. — 5 XIII, 43. — *1, 115.— 5 IV, 192-103.
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rapport avec lui dépasse en grandeur ou en petitesse, non pas tout ce qui est possible en soi, mais tout ce que nous pouvons concevoir.
Outre la méthode d’invention, il faut considérer chez Galilée la méthode d’exposition. Dans tous ses ouvrages, son style est habituellement clair, simple, naturel, quelquefois vif et piquant, quelquefois grave et élevé, mais souvent un peu verbeux. Dans ses deux ouvrages principaux, il a employé la forme du dialogue. Nécessairement un peu prolixe, cette forme est utile pour faire envisager les questions sous toutes leurs faces, et elle est favorable à la polémique, dont Galilée avait besoin pour faire prévaloir ses idées contre l’opposition des préjugés obstinés et des rivalités haineuses. Dans ses Dialogues sur les sciences nouvelles, le ton est plus calme, et la forme plus didactique : elle l’est même entièrement dans de longues démonstrations mathématiques introduites sous forme de citation. Mais c’est surtout dans son Dialogue astronomique , œuvre moins parfaite quant au fond, que Galilée a déployé toutes les ressources de ce genre d’écrits: il y a pratiqué avec succès, et, comme il le dit luimême, à l’imitation de Platon, ce que Socrate appelait la méthode d'accouchement des esprits, c’est-à-dire une méthode qui consiste à amener, par une série de questions adroitement présentées et de réponses facilement obtenues, l’adversaire à avouer qu'il savait ce qu’il croyait ignorer ou même ce dont il soutenait le contraire, ou bien à avouer, en retirant ses concessions, qu’il n’a pas su ce qu’il disait et qu’il ne se comprend pas lui-même. De plus, la forme du dialogue servait ici à Galilée pour faire dire par autrui ce qu’une intolérance malavisée ne lui aurait pas permis de
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dire en son propre nom. Non-seulement dans ses deux grands ouvrages en dialogue, mais aussi dans sa Défense contre Capra, dans son Essayeur, dans ses opuscules, ses notes et ses lettres de polémique, Galilée a montré un remarquable talent de dialectique, avec beaucoup de verve et d’ironie. Surtout dans son Dialogue sur les systèmes du monde, il a donné, en vrai philosophe, aux pèripatéticiens de justes et sévères leçons de logique appliquée aux sciences physiques. Dans ses deux lettres apologétiques au P. Castelli et à la grande duchesse Christine, il a repoussé, avec la même supériorité de raison et de savoir et avec la môme habileté de langage, les attaques théologiques dirigées contre le nouveau système du monde au nom de la Bible et d’Aristote.
Cependant, en critiquant la mauvaise physique des péripatéticiens, il rend au mérite des ouvrages d’Aristote sur la logique et à l’utilité des raisonnements déductifs une justice que Bacon leur a refusée ; mais Galilée remarque qu’on peut être très-fort en théorie sur la logique, et faible dans quelques applications, où la logique donnerait tort à la méthode et aux opinions de l’auteur : il en cite comme exemples certains raisonnements d’Aristote en physique.
Galilée repousse avec autant d’énergie que de raison la prétention de ceux qui veulent résoudre les questions de physique par le principe d’autorité. En 1612, le péripatéticien Lagalla ayant opposé à la doctrine du double mouvement de la terre le consentement universel des hommes, Galilée, dans sa note VIII, lui répond par l’adage : « Stultorum infinilusest numerus; » et voici son commentaire sur
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cet adage 1 . « La philosophie tout entière n’est connue que d'un seul être, qui est Dieu ; quant à ceux qui en ont su quelque chose, le nombre en est d’autant moindre qu’ils en ont su davantage ; mais le nombre le plus grand et pour ainsi dire infini est resté aux ignorants. » Le P. Grassi, dans sa Balance astronomique, pamphlet violent contre Galilée, employa le même argument que Lagalla. Galilée, dans V Essayeur*, lui appliqua, avec quelques changements, la même réponse. Le P. Grassi avait cité de nombreux textes de poètes et de prosateurs anciens, pour prouver qu’une balle de plomb lancée par une fronde s’échauffe au point de se fondre en l’air, et que les Babyloniens faisaient cuire les œufs en les faisant tourner dans leurs frondes ; puis il avait allégué l’autorité de plusieurs philosophes anciens pour montrer que tel devait être le résultat de la rapidité du mouvement. Galilée, dans V Essayeur 3 , rejette les faits énoncés, en remarquant qu’une fausseté répétée cent fois ne devient pas une vérité, et qu’aucune autorité ne vaut pour une asserlion qu’on peut réfuter chaque jour par l’expérience. Voilà pour les faits. Quant à la théorie, Galilée dit que l’autorité d’un seul homme compétent, et qui donne de bonnes raisons, vaut mieux que le consentement unanime de ceux qui n’y comprennent rien. En effet, dit-il, « si l’action de discourir sur un problème difficile était comme la tâche de porter des fardeaux, tâche dans laquelle beaucoup de chevaux porteraient, par exemple, plus de sacs de grain qu’un cheval seul, je vous accorderais que l’opinion de plusieurs discoureurs ferait plus que celle d’un seul ; mais l’ac-
‘ lit, 364. — s IV, 178 et 193. — 5 IV, 314-324.
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lion de discourir est comparable à celle de courir et non à celle de porter, et un cheval barbe tout seul courra plus vite que cent chevaux frisons. » Galilée sait aussi que l’autorité d’un homme, même d’un grand esprit, ne vaut rien contre des preuves certaines. Il faut voir avec quelle verve railleuse et éloquente, au commencement de la deuxième journée de son Dialogue astronomique l , il combat ces pèripatéticiens servilement obstinés, qui, par exemple, en faveur de leur dogme de l’immutabilité des cieux et des astres, ne craignent pas d'opposer des textes d’Aristote à des observations incontestables, auxquelles, comme le dit Galilée, Aristote se serait rendu, s’il les avait connues : « Ce sont ses partisans, dit-il, qui lui ont donné l’autorité, et non lui qui l’a prise et usurpée; et, parce qu’il est plus facile de se couvrir sous le bouclier d’autrui que de se présenter à face découverte, ils ont peur et n’osent s’éloigner d’un seul pas, et, plutôt que de mettre quelque altération dans le ciel d’Aristote, ils veulent impertinemment nier celles qu’ils voient dans le ciel de la nature. »
Mais, malgré cette indépendance d’esprit, Galilée est trèsloin d’avoir professé, comme Descartes et Malebranche, un souverain mépris pour l’étude des doctrines des grands philosophes d’autrefois. Au contraire, il avait beaucoup pratiqué cette étude, et il déclarait y avoir profité, parce qu’il avait su y garder sa liberté de jugement. Ce qu’il blâmait, c’était l’abus qui consiste à n’interroger que les livres, au lieu d’observer et de raisonner par soi-même. 11 s’est maintenu dans la juste mesure entre l’isolement orgueilleux et
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l'assujettissement servile à la pensée d’autrui. C’était le dernier de ces deux excès qui dominait autour de lui ; c’est cet excès qu’il a combattu dans toutes ses discussions contre les péripatèticiens, par exemple dans sa note I sur le Discours (le Lagalla 1 : « Entre philosopher et étudier la philosophie, il y a, dit-il, la même différence qu’entre dessiner d’après nature et copier les dessins d’autrui. » Ensuite il déclare que l’étude des œuvres philosophiques est très-utile pour exciter et diriger les esprits. Mais il remarque qu’un dessinateur qui se bornerait toujours à copier, sans s’exercer jamais à dessiner d’après nature, ne deviendrait jamais ni bon peintre, ni bon juge en matière de peinture. « De môme, dit-il, en s’occupant toujours des écrits des autres, et en y consumant ses efforts, sans jamais lever les yeux sur les oeuvres de la nature pour chercher à y reconnaître les vérités déjà trouvées et pour suivre la trace de quelques-unes de ces vérités infiniment nombreuses qui restent à découvrir, on ne sera jamais un philosophe, mais un amateur versé dans la connaissance des écrits des autres sur la philosophie. »
Toutes ces vues de Galilée sont antérieures à la publication du Discours de Descartes sur la méthode.
Dans la philosophie, Galilée fait entrer les sciences physiques, objet principal de ses études. Mais la philosophie proprement dite est familière à son esprit. Il en offre la preuve surtout dans son Dialogue sur les systèmes du monde. On y trouve, par exemple, dans la première journée *, une excellente discussion sur le milieu à tenir entre l’humilité