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QUATRIÈME JOURNÉE

Dans la quatrième journée est immédiatement abordée la question de l’influence exercée par le mouvement de la terre sur le mouvement des eaux de la mer; presque toute l’ét'endue du dialogue est consacrée à la discussion des effets de cette influence considérée comme la cause essentielle du flux et du reflux.

Salviali expose comment on a été conduit, par la considération de l’insuffisance des causas assignées au flux et au reflux de la mer, à concevoir que l'immense étendue d’eau qui

constitue la mer, qui n’est pas enchaînée à la terre comme ses autres parties solides, et qui, à raison-de sa fluidité, demeure jusqu’à un certain point indépendante et libre, devait subir l’influence des mouvements de la terre de manière à fournir quelque preuve de la réalité de ce mouvement, et que cette influence se traduisait précisément par le mouvement de flux et de reflux.

De cette conception est née une théorie du flux et du reflux, appuyée sur des considérations spécieuses et ingénieuses, que Salviati développe avec une grande habileté, et qui prouve que, même dans la voie de l’erreur où Galilée s’était trouvé engagé, il a su, tout eu maintenant son but principal, rencontrer la solution de plusieurs questions importantes de physique et d’astronomie.

Ce sont surtout ces solutions qui méritent encore aujourd’hui d’être mises en évidence dans une analyse qui, pour la théorie elle-même, dont l’erreur a été démontrée par les progrès de la science, peut être avec avantage restreinte aux données les plus essentielles.

Salviati commence par déterminer la nature des faits qui caractérisent le flux et le reflux de la mer, et les rapporte à trois périodes distinctes : la période diurne, dans laquelle se produit le mouvement successif d’élévation et d’abaissement des eaux; la période mensuelle, qui fait varier l’intensité de ce mouvement sous l’influence de la lune, suivant qu’elle est pleine ou dans l’une ou l’autre de ses phases; et la période annuelle, qui manifeste une différence dépendante de l’action du soleil dans la grandeur des marées, au moment des solstices et des équinoxes.

Pour le mouvement diurne, que Salviati s’attache d’abord

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à expliquer à raison de ce qu’il est le principal phénomène auquel les deux autres sont subordonnés, Simplicius énumère les principales explications qui en ont été données.

Un grand péripatéticien, se fondant sur un texte jusqu’à lui mal interprété, admet que la véritable cause des mouvements de la mer est dans l’inégalité de sa profondeur, qui a pour conséquence le refoulement des eaux dans les parties les plus basses, avec tendance au retour vers les parties plus profondes. Le nombre des auteurs qui rapportent les phénomènes à une action de la lune, considérée comme exerçant un empire spécial sur les eaux, est considérable. Parmi eux, un prélat a publié un petit traité dans lequel il expose que la lune, en parcourant le ciel, attire et soulève vers elle une masse d'eau qui la suit continuellement, de telle sorte que la mer est toujours haute dans la partie qui est au-dessous de la lune, et, pour expliquer comment l’élévation se reproduit, môme lorsque la lune est au-dessous de l’horizon, il ne peut, en vue de sauver la persistance de l’effet, dire autre chose, sinon que la lune n’a pas seulement en elle-même et naturellement celte faculté, mais qu’elle a le pouvoir de la communiquer au degré du zodiaque qui lui est opposé. D’autres attribuent l’action de la lune à une influence de raréfaction qu’elle exerce sur les eaux de manière à les soulever, etc.

Salviati réfute brièvement ces diverses opinions, et eu ce qui se rapporte à l’action d’attraction attribuée à la lune, il se contente de cette objection : vous pourriez dire à ce prélat que la lune se meut chaque jour au-dessus de toute la Méditerranée, et que pourtant les eaux ne s’y soulèvent que vers son extrémité orientale, par exemple, à Venise

Simplicius, au milieu de la confusion des explications données par les auteurs, ne peut pourtant se résoudre à considérer comme moins fabuleuse que les autres l’influence attribuée au mouvement de la terre. Jusqu’à ce qu’on lui ait fourni des raisons plus conformes à la nature des choses, il n’aurait aucune répugnance à considérer ces mouvements de la mer comme des effets surnaturels, miraculeux et par conséquent incompréhensibles pour des intelligences humaines, aussi bien que tant d’autres phénomènes qui sont immédiatement l’œuvre des mains toutes-puissantes de Dieu.

A propos de ce recours au miracle, Salviati remarque que le moyen est conforme à la doctrine d’Aristote, qui n’hésite pas, au début de scs questions mécaniques, à rapporter an miracle les causes occultes; mais afin d’obtenir un point de départ pour la discussion, il demande à Simplicius de transporter au mouvement de la terre, dont il conteste la possibilité, l’intervention miraculeuse, ce qui serait beaucoup plus simple que d’admettre tous les miracles que supposerait la multiplicité des phénomènes des marées ; et sur l’observation faite par Sagredo qu’il ne faut recourir au miracle qu’après avoir épuisé toutes les ressources de la science dans les limites naturelles, bien que pour exprimer entièrement sa pensée, il y ait à ses yeux quelque chose de miraculeux dans toutes les œuvres de la nature et de Dieu, Salviati dit qu’il est du même avis, et qu’assigner le mouvement de la terre pour cause au flux et au reflux de la mer, ce n’est en aucune sorte contester le caractère miraculeux de l’œuvre; puis il aborde l’exposition développée de la théorie qu’il propose.

Il la fonde essentiellement sur ce qu’il est impossible que

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les eaux de la mer, renfermées entre leurs rives solides comme entre les ltords d’un vase, ne soient pas mises en mouvement par suite du mouvement imprimé à ces rives par la rotation de la terre.

Il se livre à de longues et laborieuses discussions pour mettre en rapport, avec la multiplicité variable des phénomènes offerts par les marées, l’influence de cette cause, dont il assimile l’action à celle des mouvements d’un vase solide sur les mouvements du liquide contenu.

C’est au moment où il croit y ôtre parvenu qu’une objection de Simplicius lui donne occasion d’invoquer, comme confirmation de ses vues, l’explication vraie de l’influence réellement exercée par le mouvement de la terre sur les mouvements de l’air dans les régions intertropicales.

Simplicius. — Au moyen de l’hypothèse des deux mouvements terrestres, vous rendez compte du flux et du reflux, et du flux et du reflux vous tirez un indice et la confirmation de ces mêmes mouvements. Puis vous dites que l’eau, en tant que corps fluide non intimement adhérent à la terre, n’est pas forcée à obéir rigoureusement à chacun de ses mouvements, et de là encore, vous concluez au flux et au reflux.

En suivant pas à pas vos deux manières de raisonner, j’argumente contre vous et je dis : l’air est beaucoup plus ténu et fluide que l’eau, et moins enchaîné à la surface terrestre, à laquelle l’eau adhère plus étroitement par la pression de sa pesanteur, beaucoup plus grande que celle de l’air. L’air devrait donc être beaucoup moins assujetti à suivre les mouvements de la terre. Et si la terre se mouvait en effet, comme vous le prétendez, nous qui l’habitons et qui sommes em-

portés avec elle de toute sa vitesse, nous devrions nous sentir constamment fx’appés par un vent d’orient d’une intolérable violence. .. Or, nous n’éprouvons rien de tel.

Salviati. — A cet argument fort plausible, je réponds que l’air est en effet plus ténu, plus léger et moins adhérent à la terre que l’eau, mais qu’il n’est pas exact de conclure de ces conditions que l’air dût être, plus que l’eau, exempt de la nécessité d'obéir aux mouvements terrestres...

... Dans la réalité, il y obéit, et notre participation à ces mouvements est ce qui rend pour nous leurs effets insensibles...

... Que dans certaines circonstances, l’air puisse en partie échapper ’a cette nécessité, comme la théorie proposée du flux et du reflux l’admet pour l’eau de la mer, c’est ce que prouvent les faits observés, là où l’influence peut se produire avec sa plus grande énergie sur une grande masse d’air pur en contact avec une grande surface parfaitement lisse.

Dans les grandes mers, à une grande distance des terres, sous la zone torride, entre les tropiques, règne constamment un vent d’orient qui favorise le trajet des navires vers les Indes occidentales. Il produit le même effet pour ceux qui, partant des rivages du Mexique, se dirigent à travers l’Océan Pacifique vers les Indes orientales, lesquelles sont, relativement à ce point de départ, occidentales...

... Sagredo remarque, à ce sujet, que ce vent intertropical souffle si constamment que quand les marins, qui lui donnent un autre nom, l’ont rencontré, ils fixent les cordages des voiles sans avoir besoin d’y toucher, et pourraient naviguer avec sécurité, même en dormant.

Simplicius, tout en admettant la réalité de ces faits, n’y

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trouve pas la preuve qu'ils soient dus nécessairement à l’influence d’un mouvement de la terre, car ils pourraient tout aussi bien s’expliquer par l’influence du mouvement du ciel lui-même, aussi bien pour l’air que pour l’eau.

Salviati, en réponse à cet argument, cherche h établir une distinction entre ce qui devrait arriver pour l’eau et pour l’air; puis, considérant comme suffisante la démonstration du premier point de la théorie, l’explication de la période diurne des marées par le mouvement diurne de la terre, il aborde l’examen des causes qui déterminent, pour les deux autres périodes, l’augmentation ou la diminution de la grandeur dans l’effet essentiellement produit par la même cause.

A des effets constantsdl pense qu’il faut chercher des causes constantes; et ces effets, dans leurs variations, n’exprimant que des différences dans la grandeur d’un même phénomène, il estime qu’ils doivent avoir pour causes des différences dans la grandeur de la force identique qui les produit. Ces différences de force, il croit les trouver dans l’influence des variations de la distance de la terre par rapport à la lune et au soleil, sur l’accélération ou le ralentissement du mouvement de la terre.

Pour démontrer la réalité de ces différences dans la vitesse du mouvement de la terre, Salviati entre dans des considérations astronomiques, auxquelles il donne pourpoint d’appui principal des observations sur les mouvements du pendule; et à une objection de Sagredo, tirée de ce que de telles variations dans la vitesse du mouvement de la terre n’ont pas été constatées par les astronomes, il répond :

Salviati. — Votre objection est fort plausible ; voici ce

que j’ai à répondre: bien que l’astronomie, durant le cours d’un grand nombre de siècles, ait fait d’immenses progrès dans la découverte de l’ordonnance et des mouvements des corps célestes, elle n’est pourtant pas encore arrivée à une perfection telle que beaucoup de questions ne soient demeurées indécises, et qu’un plus grand nombre de faits ne soient restés ignorés. Il y a lieu de penser que les. premiers observateurs n’ont connu qu’un mouvement commun h toutes les étoiles, le mouvement diurne. J’admettrais facilement qu’ils ont dû promptement reconnaître que la lune ne tenait pas constamment compagnie aux autres étoiles. Mais bien des années ont dû s’écouler avant qu’ils aient distingué toutes les planètes. Saturne, à raison de la lenteur de sa révolution, et Mercure, à raison de la rareté de ses apparitions, ont dû être placés les derniers au nombre des étoiles errantes. Ce n’est qu’après bien des années qu’on dut observer les faits de stationnement et de rétrogradation dans les trois planètes supérieures, aussi bien que leur éloignement et leur rapprochement par rapport à la terre, et que fut motivée l’introduction des excentriques et des épicycles, inconnus jusqu’au temps d’Aristote, qui n’en fait pas mention. Pendant combien de temps les merveilleuses apparitions de Vénus et de Mercure n’ont-elles pas tenu les astronomes en suspens, même sur la simple détermination de leur situation ! Des doutes sur l’ordre des corps célestes et sur l’ensemble de la structure de l’univers ont subsisté jusqu’au temps de Copernic, qui nous a enfin dévoilé l’ordre véritable et le véritable système de la coordination de ses parties; tellement que nous sommes certains que Mercure, Vénus et les autres planètes tournent autour du soleil, et la lune autour de la

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terre. El pourtant nous ne sommes pas eucorecn possession, pour chacune des planètes, d’une connaissance incontestable de tout ce qui se rapporte à sa révolution particulière, à la structure de son orbe, à ce qu’on appelle sa théorie. C’est ce qu’atteste Mars, qui impose tant de laborieux efforts aux astronomes modernes. N’a-t-on pas assigué à la lune des théories fort diverses, même depuis les changements notables apportés par Copernic à la théorie de Ptolémée ?

Pour en venir à notre sujet, c’est-à-dire au mouvement apparent du soleil et de la lune, on a observé une assez grande inégalité, qui consiste en ce que le soleil parcourt dans des temps très-différents les deux moitiés de l’écliptique séparées par les points équinoxiaux, employant dans son parcours pour l’une de ces moitiés de cercle neuf jours de plus que pour l’autre ; différence, comme vous le voyez, fort considérable. Mais si en parcourant de petits arcs de cercle, par exemple les douze signes, il se maintient dans un mouvement parfaitement régulier, ou s’il s’avance à pas tantôt plus rapides, tantôt plus lents, ainsi qu’il serait nécessaire dans le cas où le mouvement annuel ne serait qu'une apparence pour le soleil et serait une réalité pour la terre accompagnée par la lune, c’est ce qui n'a été jusqu’alors ni observé ni peut-être recherché. Quant à la lune, dont les déterminations ont été cherchées surtout en vue des éclipses, pour lesquelles suffit la connaissance exacte de son mouvement autour de la terre, on ne s’est pas non plus appliqué à curieusement vérifier comment elle progresse dans les arcs particuliers du zodiaque. Il n’y a donc pas lieu de douter, sous prétexte que de telles différences n’ont pas été .observées, que la terre et la lune, en parcourant le zodiaque, c’est-à-dire

la circonférence du grand orbe, ne s’accélèrent quelque peu durant la nouvelle lune et se retardent durant la pleine lune. Il y » de ce fait deux causes : on n’a pas cherché à vérifier ces différences, et elles sont en réalité peu considérables.

Ces différences, néanmoins, au jugement de Salviati, suffisent aux besoins de la théorie du flux et du reflux pour l’explication des variations dans la grandeur des marées, qui se reproduisent périodiquement tous les mois et tous les ans.

Après quelques nouveaux éclaircissements, Salviati termine son exposition en exprimant son étonnement de ce qu’on a été demander à l’influence de la lune ce que le mouvement de la terre pouvait suffisamment expliquer. Il s’étonne surtout que, parmi tous ces grands hommes qui se sont préoccupés de ce merveilleux effet naturel du flux et du reflux de la mer, Kepler, qui à l’indépendance et à la pénétration du génie joignait la connaissance parfaite des mouvements attribués à la terre, ait prêté l’oreille avec complaisance à cette souveraineté de la lune sur l’eau, à des propriétés occultes, à de véritables puérilités.

Sagredo. — Je pense qu’il est arrivé à ces savants ce qui dans ce moment m’arrive encore à moi-même, de ne pas bien saisir l’entrelacement des trois périodes annuelles, mensuelles et diurnes, et comment leurs causes, qui se montrent dépendantes du soleil et de la lune, réalisent pourtant leurs effets sans que le soleil et la lune aient en aucune sorte à agir sur l’eau. C’est là un problème dont la pleine intelligence exige une application d’esprit soutenue eu vue de faire disparaître toute obscurité et toute incertitude. Je ne

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désespère pas pour mon compte de parvenir à m'en mettre en possession en y réfléchissant plus lard à loisir.

De la discussion qui a rempli nos quatre journées résultent en définitive d'importants témoignages en faveur du système de Copernic, parmi lesquels il en est trois qu'on peut considérer comme très-concluants : d'abord celui des stations et des rétrogradations des planètes et des changements dans leur distance par rapport à la terre ; puis celui de la révolution du soleil sur lui-même et des phénomènes de mouvement offerts par ses taches ; enfin celui du flux et du reflux de la mer.

Salvtati, — On pourrait peut-être à ces témoignages en ajouter deux autres ; et tout d’abord les changements dans les étoiles fixes, qui, bien que jugés insensibles par Copernic, pourraient devenir manifestes au moyen d’observations d'une extrême exactitude. Comme cinquième témoignage en faveur de la mobilité du globe terrestre, on pourrait admettre le fait nouveau d'un changement constant, bien que très-lent, dans la ligne méridienne, qui a été signalé par le seigneur César, de l’illustre famille des Marsilii de Bologne, dans un savant écrit qu’il m’a communiqué, et dont j'espère qu'il fera bientôt jouir tous ceux qui se dévouent à l'étude des merveilles de la nature.

Il me reste, maintenant que nous sommes arrivés au terme de nos discussions, à vous adresser une prière. Si, en reprenant plus posément les sujets que j’ai traités, vous venez à rencontrer des doutes et des insuffisances de solution, veuillez accepter comme excuses la nouveauté des questions, la faiblesse de mon génie, la grandeur du problème, et enfin mon intention formelle de ne pas prétendre imposer à autrui

la croyance que je refuserais moi-même à ce qui me paraîtrait une chimère ou un paradoxe. Quant à vous, seigneur Sagredo, bien que vous ayez fréquemment témoigné par vos paroles de votre pleine adhésion à quelques-unes de mes opinions, je crois que votre assentiment a été déterminé pour une bonne part plutôt par leur originalité que par leur certitude, et qu’il a eu sa principale source dans votre courtoisie et dans le désir de me donner la satisfaction qu’éprouvent si naturellement ceux dont on approuve les vues. Je n’ai pas été moins sensiblement touché de la sincérité de Simplicius. Sa constance à soutenir si énergiquement et si intrépidement la doctrine de son maître m’a inspiré une affectueuse estime. Et si j’ai h vous remercier, Sagredo, de votre courtoise déférence, j’ai aussi à m’excuser auprès de Simplicius de la vivacité qu’ont pu avoir quelquefois mes paroles résolues et hardies, et de lui donner l’assurance que je n’ai jamais eu l’intention de le blesser, mais bien au contraire de l’amener à nous communiquer les hautes pensées qui pouvaient contribuer à m’instruire.

Simplicius, — De telles excuses sont tout à fait superflues, surtout pour moi, habitué que je suis à me trouver mêlé à des discussions publiques dans lesquelles j’ai vu bien souvent les adversaires, non - seulement s’échauffer et se blesser, mais encore se laisser entraîner jusqu’aux injures et presque jusqu’aux voies de fait.

Quant aux explications que vous avez données, principalement en ce qui touche à cette dernière question du flux et du reflux de la mer, j’avouerai, bien que je ne les aie pas complètement comprises, que ce que j’en ai pu saisir m’a paru plus ingénieux que tout ce qui était jusqu’alors venu à

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ma connaissance : néanmoins je ne les juge ni vraies ni concluantes. Replaçant sans cesse sous le regard de ma pensée une doctrine très-solide que je tiens d’un personnage trèssavant et très-éminent, et à laquelle on ne peut se dispenser d’acquiescer, je sais ce que vous répondriez tous deux à celte question : Dieu a-t-il pu dans sa puissance et sa sagesse infinies donner à l'élément de l’eau le mouvement alternatif qui s’y manifeste, autrement que par un mouvement du vase contenant ? je sais, dis-je, que vous répondriez qu’il a pu et su le faire de mille manières, et même par des moyens incompréhensibles. Je conclus de là immédiatement qu’il y aurait une excessive hardiesse à prétendre renfermer la puissance et la sagesse divines dans les limites d’une conception particulière.

Salvioti. — C’est là une doctrine admirable et vraiment angélique, et parfaitement en accord avec celle qui, venant de Dieu même, nous concède le droit de disputer sur la constitution du monde, sans doute en vue d’empêcher, au moyen de l’exercice, la diminution et l’anéantissement de nos facultés intellectuelles, tout en nous refusant le pouvoir de connaître l’oeuvre sortie de ses maius. Que l’exercice qui nous est permis et ordonné par Dieu nous serve donc à reconnaître et à admirer sa grandeur d’autant plus que nous serons moins aptes à pénétrer les profonds abîmes de sa sagesse infinie.

Sagredo. — Telle peut être la dernière conclusion des discussions de nos quatre journées. Et maintenant, si Salviati réclame quelques jours de repos, notre curiosité lui fera la concession d'un délai, mais à la condition qu’au moment de • sa convenance, il nous donnera satisfaction, surtout à moi,

SUR LES SYSTÈMES DU MONDE. âOI

relativement aux problèmes réservés pour d’autres séances, ainsi qu’il a été convenu. Je suis par-dessus tout extrêmement avide d’enteudre l’exposition des éléments de la nouvelle science des mouvements locaux, naturels et violents, œuvre de notre académicien.

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