TROISIÈME JOURNÉE
Sagrcdo et Salviati, en attendant Simplicius, échangent quelques réflexions sur les préventions apportées dans les discussions scientifiques par certains esprits qui, accueillant aveuglément à l’appui d’opinions préconçues les raisons les plus faibles et les moins sensées, repoussent avec dégoût, dédain et colère les arguments les plus solides qu’on leur oppose, et se laisseraient même facilement entraîner, comme il y en a des exemples, à des machinations quelconques pour supprimer et faire taire leurs adversaires.
Simplicius, retardé par suite d’un engravement de sa gondole, communique à scs amis la remarque qu’il a faite de l’absence d’un intervalle de repos entre les deux mouvements de flux eide reflux de la mer, fait qui serait en contradiction avec la doctrine d’Aristote sur la nécessité d’un repos au point qui sépare deux mouvements contraires. Sagredo dit qu’il est facile de s’assurer qu’un temps de repos n’existe pas dans les mouvements de la mer, en les observant là où elle baigne un mur perpendiculaire, et ajoute qu’à l’époque où il étudiait la philosophie il avait été conduit à juger insuffisante la démonstration d’Aristote, à laquelle il était dès lors en mesure d’opposer beaucoup d’expériences contradictoires.
Mais laissant de côté toute digression, on s’accorde à aborder les questions réservées pour cette journée, celles du lieu où se meuvent les étoiles nouvelles, et du mouvement annuel.
Salviati a de la peine à comprendre comment un savant distingué, dont leur ami l’académicien a eu l’occasion de citer
le nom avec éloge, a pu se résoudre à compromettre sa réputation en publiant une œuvre telle que le livre sur les étoiles nouvelles, qui ne pouvait de la part des hommes intelligents lui apporter que du blâme.
Sagredo remarque à ce sujet que, pour quatre ou six personnes par province en état d’apprécier la faiblesse d’une telle œuvre, il s'en trouvera des milliers qui la loueront d’ain tant plus qu’ils seront moins capables de comprendre; et il ajoute que le petit nombre des hommes compétents s’abstiendra de répondre à des écrits de si faible valeur, et si peu concluants ; et cela avec d’autant plus de raison que de telles réponses, dont les capables n’ont pas besoin, seraient peine perdue vis-à-vis des incapables.
Salviati reconnaît que le châtiment vraiment mérité en pareil cas serait le silence ; mais il y a des raisons d’agir autrement. L’abstension nous exposerait, nous autres Italiens, à l’imputation d’ignorance et aux railleries de la part des ultramontains, surtout de ceux qui ont fait schisme avec notre religion ; il en est et des plus fameux qui n’ont pas manqué de tourner en dérision le silence gardé par notre académicien et les autres mathématiciens de notre pays, en face des folles attaques d’un Lorcnzini contre les astronomes.
C’est là, dit Sagredo, un exemple frappant de l’outrecuidance de tels hommes, et du malheur qu’il y a pour un Copernic d’ôtre exposé aux attaques de qui n’est pas capable de comprendre même le premier mot de la question.
Vous ne serez pas moins étonné, réplique Salviati, de la manière dont a essayé de réfuter les astronomes qui affirment que les étoiles nouvelles sont situées dans une région supé-
Heure à l’orbe des planètes, et même dans le firmament.
La discussion à laquelle Salviati soumet l'opinion soutenue en faveur de la doctrine péripatéticienne de l’incorruptibilité du ciel, par l'auteur du livre sur les étoiles nouvelles, relativement à la situation sublunaire de ces étoiles, n’occupe pas moins du tiers de la troisième journée et comprend un grand nombre de considérations et de calculs astronomiques qui 11 e se prêtent pas à l’analyse, et qui, par leur nature, 11 e pourraient offrir qu’à des savauis de profession un intérêt que les progrès de l’astronomie leur ont d’ailleurs fait perdre d’une manière absolue.
Il suffira de résumer à grands traits la marche de cette discussion et d’en indiquer les principaux éléments.
Salviati ne croit pas devoir entreprendre la réfutation complète de tout ce qui est contenu dans le gros livre dont il s’agit. U se bornera à apprécier la valeur des preuves par lesquelles son auteur se propose tout d’abord de démontrer que ces étoiles sont inférieures à la lune, se servant, comme il le dit, pour transpercer ses adversaires, de leurs propres armes c’est-à-dire d’observations astronomiques faites par eux-mêmes.
Salviati fait d’abord remarquer que l’étoile qui a paru eu 1572, dans la constellation de Cassiopée, n'ayant pu dans le même temps occuper des lieux différents, les observations citées sont sans véritable portée pour la détermination de son lieu vrai, puisqu’elles n’offrent entre elles aucun accord. L’auteur s’appuie sur les résultats d’observations faites par treize astrouomes pour diverses élévations de l’étoile au-dessus du pôle, et appliquant le calcul à un petit nombre de faits arbitrairement choisis parmi ces résultats, il
en conclut que la hauteur de l’étoile nouvelle est constamment demeurée au-dessous de la lune. Mais il n’atteint ce résultat, dit Salviati, qu’en se promettant une si profonde ignorance chez tous ceux aux mains de qui pourrait parvenir sou livre, que vraiment j en ai éprouvé une sorte de dégoût ; et que je me suis demandé s'il ne fallait pas expliquer par le mépris le silence des autres astronomes et plus particulièrement celui de Kepler, contre qui s’acharne principalement l’auteur, et qui n’a pas pourtant l’habitude de laisser mourir sa langue dans sa bouche.
Salviati reconnaît la justesse d’une remarque de Sagredo, sur la probabilité de l’existence d'observations astronomiques favorables à la doctrine contestée, et insiste à ce sujet sur ce qu’il y a eu d’outrecuidance astucieuse de la part de l’auteur à laisser de côté, en grand nombre, les observations qui auraient été de nature à contredire les douze qu’il s’est borné à invoquer, et à n’admettre la possibilité de l’erreur que pour celles de ces observations qui contrariaient scs prétentions. Il démontre par le raisonnement et le calcul que les erreurs qu’on peut reprocher aux observations astronomiques sont loin d’avoir la même portée pour les déterminations de courte distance comme pour la région sublunaire, que pour les déterminations de grande distance comme dans la région des étoiles; que ces observations, qui sont susceptibles de corrections, ne sont pas dans leur ensemble concluantes en faveur de l’opinion de l’auteur; et qu’il en est jusqu’à cinq qui s’accordent à démontrer la vérité de l’opinion contraire.
Mais à défaut de ces preuves, dont la certitude peut être infirmée par les erreurs que comportent l’emploi des instru-
ments et les calculs, il y a pour justifier l’assurance avec laquelle les astronomes se sont prononcés sur la situation extrêmement éloignée de la nouvelle étoile deux sortes d’observations très-simples, très-faciles et très-sûres. lin effet la situation de l’étoile dans le firmament ou au moins à une très-grande distance au-dessus delà lune, est démontrée d’abord par l’égalité ou la très-légère inégalité de sa distance au pôle, pendant qu’elle se trouvait ou dans la partie inférieure ou dans la partie supérieure du méridien ; et de plus par la conservation permanente d’une même distance relativement aux étoiles fixes voisines, et notamment relativement à la onzième de Cassiopée dont elle n’est séparée que par un degré et demi : de ces deux conditions il y a lieu de conclure sans le moindre doute l’absence absolue de parallaxe, ou au moins une petitesse impliquant un très-grand éloignement de la terre.
Après avoir mis en évidence l’inanité des subterfuges à l’aide desquels l’auteur essaye d’atténuer la puissance de ces deux preuves et d’échapper, sans pouvoir y réussir, à la honte d’une défaite, Salviati pense que le moment est venu d’aborder la question principale du mouvement annuel transporté du soleil à la terre par Aristarquc de Samos et Copernic.
C’est par l’examen des arguments d’Aristote que commence cette discussion.
La première objection proposée par Simplicius consiste dans l’impossibilité pour la terre de se trouver en môme temps au centre et loin du centre. Le globe terrestre ayant à se mouvoir en un an sur la circonférence du cercle zodiacal, il serait impossible qu’elle demeurât au centre du zodiaque,
ANALYSE DU DIALOGUE
ce qui est pourtant démontré de mille manières par Aristote, Plolcmée et tant d’autres.
Salviati reconnaît une telle impossibilité pour le cas où la terre occuperait en effet le centre du monde, mais il conteste qu’on ait jamais pu s’assurer si le monde est fini et figuré plutôt qu’infini et sans limites ; et il ajoute qu’en faisant la concession d’un univers fini et de forme sphérique, ce dont Aristote ne fournit d’autre preuve que le mouvement qu’il lui attribue et qui peut être nié, il y aurait encore à voir jusqu’à quel point il est croyable que son centre soit occupé par la terre plutôt que par tout autre corps.
Les observations qui attestent, avec la plus entière évidence que les orbes planétaires se meuvent autour du soleil et non autour de la terre, dont ils s’éloignent pour des distances très-variables suivant qu’ils sont en opposition ou en conjonction avec le soleil, tendent à établir que le centre de l’univers devrait être placé plutôt dans le soleil que dans la terre. Relativement à la conclusion que le soleil est le centre des révolutions célestes, pour les cinq planètes Saturne, Jupiter, Mars, Vénus et Mercure, et le serait également pour la terre, si elle était rangée au nombre des corps célestes, Salviali tient à ce que Simplicius fournisse lui-même la preuve qu’il comprend parfaitement qu’il en doit être ainsi, bien qu’il ne s’en soit pas rendu compte ; et pour cela il l’engage à prendre une feuille de papier sur laquelle, répondant à ses questions, il indiquera l’ordre des parties constituantes du monde, conformément à ce que le raisonnement lui aura prescrit.
Salviati. — Et d’abord, tenant pour assuré, sans aulre enseignement de ma part, que la terre occupe un lieu dans
SUK LES SÏSTÈMKS DU MONDE. 361
cet univers, notez à votre gré le point où vous entendez la placer.
Simplicius. — Soit ce lieu au poiut marqué A. (labl. III, fuj. IV).
Sulviati. — Bien. Certainement vous n’ignorez pas que la terre n’est pas en dedans du corps solaire, ni même à son contact, mais qu’elle en est séparée par un certain espace ; fixez pour le soleil un emplacement à la distance de la terre qui vous paraîtra convenable.
Simplicius. — C’est fait. Je marque l’emplacement du soleil au point O.
Salviati. — Ces deux points étant fixés, je désire que nous songions à disposer le corps de Vénus de manière à satisfaire, pour sa situation et son mouvement, à ce que nous montrent les apparences sensibles. Rappelez-vous donc ce que, d’après ce que nous avons dit ou ce que vous avez vous-même observé, vous savez de ce qui arrive à celte étoile, et assignez lui d’après cela une situation convenable.
Simplicius. — A supposer que soient vraies les apparences que vous avez indiquées et qui sont mentionnées dans le livre des conclusions, savoir : que Vénus ne s’éloigne jamais du soleil de plus de quarante et quelques degrés, de telle sorte qu’elle n’arrive jamais à être par rapport au soleil dans la situation d’opposition, ni de quadrature ou même de septant ; de plus qu’elle se montre, quand elle rétrograde vers la conjonction du soir avec le soleil, quarante fuis plus grande que quand elle tend par un mouvement direct avec la conjonction du matin; enfin que, dans sa plus grande dimension apparente, elle se montre écbaucrée tandis que dans la plus petite elle paraît parfaitement ronde ; toutes
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ces apparences étant tenues pour vraies, je ne vois pas comment on pourrait éviter d’affirmer que cette étoile décrit patson mouvement un cercle autour du soleil. Un tel cercle ne peut en aucune sorte embrasser et contenir la terre, ni être inférieur ou supérieur au soleil relativement à la terre. Ce cercle ne peut embrasser la terre, parce que Vénus se verrait alors quelquefois en opposition avec le soleil ; il ne peut être inférieur, parce que Vénus paraîtrait échancrée dans l’une et l’autre conjonction avec le soleil; il ne peut être supérieur, parce qu’elle se montrerait toujours ronde et jamais échancrée. Je lui assignerai donc autour du soleil le cercle CH, qui n’embrasse pas la terre,
Salviali. — Laplacede Vénus étant fixée, vous avez à |>ourvoir Mercure, qui, comme vousle savez, se maintient constamment autour du soleil à une distance beaucoup moins grande que Vénus. Voyez quel lieu il vous convient de lui assigner.
Simplicius . — Il n’est pas douteux que, ce corps se mouvant à la manière de Vénus, la place la plus convenable à lui assigner serait unccrcle plus petit autour du soleil, au dcdansde celui de Vénus, son rapprochement plus grand du soleil étant évidemment attesté par son éclat plus grand que celui de Vénus et des autres planètes; nous pourrions donc lui attribuer le cercle BG.
Salviati. — Et où mettrons-nous Mars?
Simplicius. — Mars se mettant en opposition avec le soleil, son orbe doit nécessairement embrasser la terre ; mais il doit aussi embrasser le soleil ; car arrivant à la conjonction avec le soleil, s’il ne passait pas au-dessus de lui mais audessous, le disque paraîtrait écbancré, comme il arrive pour Vénus et pour la lune ; or il se montre constamment arrondi;
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ii faut donc que son cercle renferme le soleil aussi bien que la terre.’Et comme vous m’avez dit que, quand il est en opposition avec le soleil, ii paraît soixante fois plus grand qu’au moment de la conjonction, il me semble que s’ajusterait convenablement à ces apparences un cercle tracé autour du soleil de manière à embrasser la terre ; et je le désigne sous les lettres DI, dont le point D indiquant l’opposition au soleil est très-voisin de ’a terre, et le point I correspondant à la conjonction avec le soleil est au contraire très-éloigné de la terre.
Les mêmes apparences s’observant pour Jupiter et Saturne, bien qu’avec des différences moins grandes entre Jupiter et Mars, et plus faibles encore entre Jupiter et Saturne, je crois que nous ajusterions très-bien les choses en attribuant à ces deux planètes deux cercles autour du soleil, l’un EL pour Jupiter, et un autre supérieur FM pour Saturne.
Salviati. — Tout cela est pour le mieux... Il vous reste à assigner un emplacement pour la lune.
Simplicius. — En suivant la même méthode, qui me parait on ne peut plus concluante, nous devons nécessairement admettre que le cercle de la lune, qui se met en opposition et en conjonction avec le soleil, doit embrasser la terre; mais qu’il n’einbrasse pas le soleil, puisque la lune au moment de la conjonction ne se montrerait pas à l’état de croissant, mais constamment ronde et pleinement lumineuse. De plus, elle ne |K>urrait pas, comme il arrive souvent, éclipser le soleil en s’interposant entre lui et nous. Il est donc indispensable de lui assigner un cercle décrit autour de la terre, tel que le cercle NP, de manière qu’au point P elle nous apparaisse, de la terre A, à l’état de conjonction avec le soleil,
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impliquant la possibilité d’une éclipse de soleil , et que située au point D en opposition au soleil, elle puisse se trouver dans l’ombre projetée par la terre et elle-même s’éclipser.
Salvinti. — Et maintenant, seigneur Simplicius, que ferons-nous des étoiles fixes? Les disséminerons-nous dans l’immensité des abîmes de l’univers à diverses distances, sans ’ leur assigner un lieu déterminé, ou les fixerons-nous à la surface d’une sphère, à égale distance du centre de cette sphère ?
Simplicius. — Je pencherais plutôt pour un moyen terme, en leur assignant un orbe décrit autour d’un centre déterminé, et compris entre deux surfaces sphériques, l'une très-élevée et concave, l’autre inférieure et convexe. C’est dans cet orbe que je placerais, à diverses hauteurs, l’innombrable multitude des étoiles. Ce serait la sphère de l’univers, au dedans de laquelle se trouveraient les orbes des planètes.
Salviati. — Voilà, seigneur Sinfplicius, que nous avons jusqu’ici ordonné les corps du monde juste selon la distribution de Copernic, et c’est l’œuvre de votre propre main. Et de plus vous avez assigné à tous ces cçrps des mouvements propres, à l’exception du soleil, de la terre et de la sphère stellaire. .
A Vénus et à Mercure vous avez attribué autour du soleil un mouvement circulaire qui n’embrasse pas la terre; autour de ce môme soleil, vous faites mouvoir les trois planètes supérieures, Mars, Jupiter et Saturne, en comprenant la terre dans leurs orbes. La lune ne peut se mouvoir autrement qu’autour de la terre, sans embrasser le soleil ; et pour
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tons ces mouvements vous êtes en parfait accord avec Copernic.
Restent à trancher, pour le soleil, la terre et la sphère stellaire, trois questions : celle du repos qui semble appartenir à la terre; celle du mouvement annuel au-dessous du zodiaque, qui semble appartenir au soleil ; et le mouvement diurne qui semble appartenir à la sphère stellaire et lui être commun avec l’univers entier, moins la terre.
S’il est vrai que tous ces orbes des planètes, de Mercure, de Vénus, de Mars, de Jupiter et de Saturne, se décrivent autour du soleil comme autour de leur centre, ne semble-t-il pas raisonnable d’attribuer le repos plutôt au soleil qu’à la terre, en se fondant sur ce qu’il est plus raisonnable d'admettre la fixité dans le centre de sphères mobiles plutôt que que dans tout autre point éloigné de ce centre? Et d’après cela rien de plus convenable que d’assigner à la terre, située au milieu départies mobiles, c’est-à-dire entre Vénus et Mars, qui accomplissent leur révolution l’une en neuf mois, l’autre en deux ans, ce mouvement d’une année, qui laisserait le soleil à l’état de repos. De là résulterait la conséquence que le mouvement diurne appartient aussi à la terre ; puisque si, le soleil demeurant fixe, la terre ne tournait pas sur ellemême et n’avait que son mouvement annuel autour du soleil, notre aunée ne se composerait que d’un jour et d’une nuit, six mois de jour et six mois de nuit.
Voyez avec quelle aisance se trouve soulagé l’univers de ce mouvement si énormément précipité de vingt-quatre heures, et comment les étoiles fixes, qui sont autant de soleils, sont rendues, comme notre soleil lui-même, à la jouissance d’un repos perpétuel. Et voyez en outre comme dans ce pre-
ANALYSE DU DIALOGUE
mier arrangement se trouvent toutes facilités de rendre compte de tous ces grands phénomènes offerts par les corps célestes.
A propos de celte simplicité même du système, qui lui donne tant de vraisemblance, Sagredo remarque qu’il doit y avoir de graves raisons pour que, durant plusieurs milliers d’années, il n’ait pu se concilier qu’un si petit nombre de partisans, et pour que, depuis l'école pythagoricienne jusqu’après Copernic, il n’ait guère rencontré que des contradicteurs.
Salviati pense qu’il n’y aurait pas lieu de s'étonner d’un tel fait, lors môme qu’on ne tiendrait compte que de ce qu’il y a dans les cervelles humaines de facile acquiescement aux raisons les plus futiles et d’opiniâtre résistance aux démonstrations les plus claires. Mais ce qui, h son avis, motiverait plutôt un légitime étonnement, c’est qu’il ait pu môme se rencontrer un petit nombre d’esprits capables, pour accueillir un tel système, de l'effort de génie que suppose la préférence donnée aux conclusions du raisonnement sur le témoignage des sens. Et il ne peut trouver de termes pour exprimer l’admiration que lui inspire, chez Aristarque et Copernic, cette victoire de la raison faisant violence aux sens pour se fixer dans une conviction contraire à leur témoignage.
En effet, ces observateurs n’ont pu manquer de constater plusieurs faits sensibles, dont la portée contradictoire à leur opinion n’a pu leur échapper et qui n’ont pas ébranlé leur conviction, bien qu’ils n’aient pu en trouver l’explication, seulement obtenue depuis l’invention du télescope. Ces faits sont les suivants : Mars, dans son plus grand rapprochement de la terre, ne se montre que A ou 5 fois plus volumineux que
SUR LES SYSTÈMES Dll MONDE.
dans son plus grand éloignement, tandis que son disque devrait se montrer 60 fois plus étendu;
La différence de volume pour les deux situations opposées de Vénus, qui devrait atteindre le chiffre de 40, est è peine perceptible ; et cet astre devrait offrir, de même que la lune, un croissant en se rapprochant du soleil ;
Enfin admettre que toutes les planètes et la terre avec elles se meuvent autour du soleil, leur centre commun, et que la lune seule s’écarte de cet ordre par un mouvement propre autour de la terre, bien que néanmoins elle-même aussi bien que la terre et toute la sphère élémentaire se meuve annuellement autour du soleil, ne gerait-ce pas introduire dans l’ordre supposé un contraste propre à le rendre invraisemblable?
Salviali expose comment Copernic n’a pu rectifier ces faits, en reconnaissant, conformément à son système, la réalité d’une inégalité de grandeur dans le disque de Vénus aussi bien que dans celui de Mars, suivant les proportions voulues, et de la forme en croissant offerte sous le soleil par Vénus, changeant d’aspects exactement à la manière de la lune. C’est le télescope qui a rendu possibles ces résultats en donnant h l’œil humain un pouvoir que la nature lui avait refusé, celui de supprimer les effets du rayonnement dans les corps resplendissants et d’en percevoir, à l’aide d’une amplification considérable, les différences de volume et de formes.
Quant à l’objection tirée du rôle exceptionnel attribué à la lune se mouvant solitairement autour de la terre, elle a disparu devant la découverte qui a montré Jupiter comme une autre terre, circulant autour du soleil en douze années et entraînant avec lui, non pas seulement une lune.
ANALYSE DU DIALOGUE
mais quatre lunes et tout ce qui se trouve compris dans les orbes de ces quatre satellites.
Simplicius n’admet pas que des phénomènes aussi considérables aient pu échapper à Ptolémée et à ses sectateurs, et qu’ils n’aient pas dû être expliqués d’une manière satisfaisante, la doctrine s’étant maintenue si longtemps et si généralement acceptée.
A ce sujet, Salviati remarque que les astronomes se sont généralement appliqués à rendre compte des apparences offertes par les astres et à se contenter de justifier par leurs calculs l’explication de chaque cas particulier, sans se préoccuper des difficultés d’ensemble.
Copernic lui-même avait dans l’origine tenté de restaurer la science astronomique sur les données du système de Ptolémée, et réussi à trouver un accord plus parfait entre les phénomènes et les résultats du calcul, au moins en ce qui se rapporte à chacune des planètes considérées séparément
Mais quand il essaya de faire un tout de ces données partielles, il reconnut qu’il n’en pouvait résulter qu’un monstre, une chimère composée de membres disproportionnés et incompatibles; de telle sorte que ce qui avait pu suffire à satisfaire le calculateur ne pouvait laisser en repos l’esprit du philosophe. Convaincu que s’il était possible de sauver les apparences célestes en s’appuyant sur des données fausses, le résultat serait plus parfaitement obtenu au moyen de données vraies, il se mit à rechercher si parmi les anciens astronomes ne se rencontrait pas sur la structure du monde quelque conception autre que celle qui était communément admise depuis Ptolémée, et ayant trouvé que quelques pythagoriciens avaient attribué à la terre les uns le mouvement
diurne et d’autres en outre le mouvement annuel, il entreprit aussitôt de vérifier le rapport qui pouvait exister entre ees deux hypothèses et tout ce qui se rattache aux apparences et aux particularités des mouvements planétaires dont la connaissance était dans ses mains. La vérification d’un merveilleux accord entre le tout et les parties le conduisit à embrasser ce nouveau système, qui permit le repos à son esprit satisfait
Continuant son exposition des avantages offerts, pour une explication satisfaisante des phénomènes, par le système de Copernic, Salviati signale l’importance de celui qui a consisté à faire disparaître de l’ordonnance du monde toutes les insuffisances de l’hypothèse de Ptolémée, et à rendre par suite inutiles tous les expédients auxquels on avait dû recourir pour sauver les apparences: simultanéité pour les corps célestes de mouvements, irréguliers sur le.ur propre centre et réguliers autour d’un autre point; coexistence, chez ces corps, de directions contraires pour leurs mouvements, du levant au couchant dans les mouvements partiels, de l’occident à l’orient dans les mouvements d’ensemble; alternatives d’accélération et de ralentissement et temps d’arrêt dans les mouvements des planètes, motivant la supposition d’épicycles pour chacune d’elles.
Dans l’ordonnance copernicienne, tous les mouvements se font également autour de leur centre propre; toutes les révolutions célestes se dirigent dans un même sens, d’occident en orient, et un simple mouvement de la terre suffit à rendre raison de toutes les difficultés.
El c’est à Copernic que sont dus tous ces admirables résultats. Mais un autre résultat non moins merveilleux a eu
ANALYSE DU DIALOGUE
pour effet d’attacher, par un nœud peut-être encore plus solide, l’esprit humain b la conviction que le mouvement annuel doit être attribué b notre globe terrestre ; c’est le témoignage que, par suite de conjonctures nouvelles et inattendues, le soleil semble avoir voulu lui-même apporter b l’appui de la vérité de cette conclusion.
Voici cette haute et nouvelle merveille.
I.a découverte, et l’observation des taches solaires, aussi bien que de toutes les autres nouveautés célestes, sont dues b notre académicien du Lynx.
L’est en l’année 1610, alors qu’il était encore professeur de mathématiques b Pise, qu’il découvrit ces taches, et Ib, aussi bien qu’h Venise, il s’en entretint avec diverses personnes dont quelques-unes vivent encore.
Une année plus lard, il les fit voir b Rome b quantité de personnages, ainsi qu’il l’affirme dans sa première lettre b Marc Velser. Il fut le premier qui, contrairement aux opinions soutenues par des partisans trop timides et trop jaloux de l'inaltérabilité du ciel; affirma que ces taches étaient constituées par des matières se produisant et se dissolvant b de courts intervalles de temps ; que ces taches sont contiguës au corps du soleil et qu’elles se meuvent autour de lui, ou que plutôt elles sont emportées avec lui, dans un mouvement de révolution que le globe solaire accomplit sur lui-même dans le cours de près d’un mois. II jugea dès l’origine que ce mouvement du soleil se fait autour d’un axe perpendiculaire au plan de l’écliptique, se fondant sur ce que les arcs décrits par ces taches sur le disque du soleil se produisent aux yeux sous l’apparence de lignes droites parallèles au plan de l’écliptique. Il ne se laissa pas détourner de ce jugement par
Diqiti
les altérations variables et irrégulières offertes dans leurs mouvements par ces taches, accidents qui lui parurent assimilables à ceux qui se produisent dans les nuages...
Il arriva qu’il fut mis en demeure par Marc Velser de donner, en réponse à des lettres publiées sous le faux nom d- Appelle, son opinion sur la nature des taches solaires; ayant introduit dans ses réponses tout ce qui, suivant lui et de l’avis d’autres personnes versées dans les sciences naturelles, pouvait être démontré à ce sujet par le raisonnement, notre académicien cessa de se livrer à des observations sur ce sujet et n'en faisait plus que de temps à autre pour complaire à quelque ami.
Quelques années plus tard, nous trouvant à ma campagne des Bois, nous eûmes l’occasion, en examinant les taches du soleil, d’en rencontrer une qui était fort grande, fort dense et très-bien isolée. Sur ma demande, le trajet entier de cette tache fut soumis à une série d’observations que favorisait une sérénité exceptionnelle du ciel, et dont les résultats furent rédigés jour par jour; la constatation du trajet de cette tache nous permit de reconnaître qu’elle ne suivait réellement pas une ligne droite, mais qu’elle décrivait une courbe; ce qui nous détermina à continuer les observations à de courts intervalles, surtout en vue de vérifier une conception qui s’offrit soudainement à l’esprit de mon hôte et qu’il me développa en ces termes :
Philippe, le fait que nous avons constaté nous met sur la voie d’importantes conséquences. Si l’axe autour duquel tourne le soleil n’est pas perpendiculaire, mais incliné sur le plan de l’écliptique, comme le trajet curviligne de la tache l’indique, il serait possible d’arriver à des conjectures sur les
ANALYSE DU DIALOGUE
états du soleil et de la terre, plus solides et plus concluantes qu’aucune de celles qui ont été jusqu’alors rencontrées. En effet, à supposer le mouvement annuel de la terre sant suivant le cercle de l’écliptique autour du soit occupe le centre de ce cercle, si la révolution du soleil sur lui-même se faisait, non pas autour de l’axe de l’écliptique, qui serait l’axe du mouvement annuel de la terre, mais sur un axe incliné, les mouvements apparents des taches solaires devraient nous offrir des changements extraordinaires, lors même qu'on admettrait dans l’axe du soleil une perpétuelle immuabilité pour son inclinaison et pour sa direction. Durant la route parcourue par le globe terrestre dans son mouvement annuel autour du soleil, il arrivera que de la terre qui nous emporte avec elle les trajets des taches devront nous apparaître quelquefois en droite ligne, mais cela deux fois seulemeni dans le cours d’une année, ces trajets devant se montrer sensiblement curvilignes à toutes les autres époques. De plus, la courbure de ces arcs se manifestera eu sens contraire pour chacune des deux moitiés de l’année ; la convexité des arcs correspondant durant six mois à la partie supérieure du disque solaire, et durant les six autres mois à sa partie inférieure. Enfin, dans le trajet des taches du point de leur première apparition, de leur naissance pour notre œil sur le bord gauche du disque du soleil, jusqu’à la partie droite du disque où elles disparaissent, les extrémités orientales, c’est-à-dire les points de première apparition, durant six mois devront se montrer plus bas que les points opposés d’occultation ; et durant six autres mois, au contraire, les taches naissant de points plus élevés s’abaisseront pour descendre jusqu’aux points d’occultation à un niveau plus bas.
L’égalité de niveau entre les points de lever et de coucher des taches se manifesterait seulement durant deux jours de l’année; après quoi l’inclinaison du trajet des taches, augmentant de jour en jour, atteindrait eu trois mois son maximum d’obliquité, pour delà, par un mouvement décroissant, rejoindre eu une durée égale le niveau d’origine. Il arriverait de plus qu’au jour de la plus grande obliquité correspondrait la direction rectiligne du trajet, et au jour de l’égalité de niveau, la plus grande courbure de l’arc décrit par le trajet. Et pour les autres temps, à mesure que diminuerait l’inégalité de niveau, tendrait à augmenter la courbure des arcs.
Salviati affirme que des observations continuées pendant un graud nombre de mois ont vérifié avec la plus grande exactitude la réalité de tous ces faits prédits, et s’attache à démontrer que, inexplicables dans l’hypothèse de Ptolémée, ces changements dans les apparences offertes par les taches solaires sont de puissants arguments en faveur du système de Copernic.
Sur ce que Sagredo considère ces preuves comme tout à fait concluantes, Salviati déclare qu’il ne se prononce pas à ce sujet, que son but a été d’exposer les raisons physiques et astronomiques à invoquer à l’appui de l’un ou de l’autre système, en laissant à d’autres la décision; mais qu’il ne (fourra alors subsister aucun doute sur la valeur des preuves, un des deux systèmes devant nécessairement être vrai et l’autre faux, et les raisons par lesquelles la vérité se démontre ne pouvant pas ne pas avoir, dans les limites de la science humaine, les caractères de preuves concluantes qui manquent non moins nécessairement aux arguments contraires.
Cette partie de la discussion étant épuisée, on entreprend,
ANALYSE DU DIALOGUE
sur la demande de Sagredo, l’examen des objections contenues dans le livre des conclusions, et Simplicius expose celles que l’auteur a commencé par diriger ironiquement et en dérision de Copernic et de ses sectateurs.
Suivant lui,, cette fantastique ordonnance du monde conduirait à proclamer comme des vérités les plus évidentes absurdités : que le soleil, Vénus et Mars sont sous la terre; que les corps pesants se dirigent naturellement en haut, et les légers en bas; que le Christ Notre-Seigneur et rédempteur est monté aux enfers et descendu dans le ciel; que quand .Tosué commanda au soleil de s’arrêter, c’est la terre <pii s’arrêta ou le soleil qui se mut en sens contraire de la terre; que quand le soleil est dans le Cancer, la terre parcourt le Capricorne; que les signes de l’hiver font l’été, et ceux de l’été l’hiver; que ce ne sont pas les étoiles qui se lèvent et se couchent pour la terre, mais la terre pour les étoiles; que l’orient commence à l’occident et l’occident à l’orient ; en un mot que tout le cours de l'univers est bouleversé.
A ce su jet, Salviati proteste contre ce qu’il y a d’inconvenant à associer à des citations de l’Écriture sainte, qu’on doit n’aborder qu’avec une déférente vénération, de bouffonnes puérilités, et h se faire une arme des choses saintes contre des philosophes qui, dans une discussion grave, s'abstiennent d’aflirmer ou de nier absolument, et se contentent d’examiner des hypothèses.
Simplicius reconnaît qu’il n’y a lieu de s’occuper que des objections plus sérieuses auxquelles l’auteur du livre, sans se préoccuper de ce qu’une telle prétention a de scandalenx, attribue une plus puissante portée. Il invoque tout d’abord
ce qu’il y aurait d’incroyable et d’incompréhensible dans l’énormité d’éloignement et de volume h attribuer aux étoiles fixes, d’après les calculs de l'auteur, pour admettre avec Copernic que l’orbe parcouru par la terre est comme insensible par rapport à l’immensité de la sphère céleste.
Salviati répond que cette objection, dont on retrouve l’analogue dans Tycho, repose sur l’abus qui a été fait de quelques paroles de Copernic dont la portée a été exagérée outre mesure.
Ce que Copernic a dit, c’est que les mutations apparentes, que détermine pour les autres planètes le mouvement annuel de la terre, demeurent insensibles pour les étoiles fixes à raison de leur immense distance comparativement à celle de Jupiter et de Saturne.
Ce sont les contradicteurs qui, à l’aide de calculs contestables et de suppositions non fondées, ont prétendu erronément que, dans le système de Copernic, il faudrait admettre pour les étoiles fixes un volume plus grand que celui de l’orbe solaire.
La vérité est que, pour une étoile de sixième grandeur qui ne serait pas plus grande que le soleil, la grandeur de la distance suffirait pour rendre insensible l'influence de mutations apparentes que le mouvement de laterre exerce si sensiblement sur les planètes.
Salviati s’attache à démontrer cette thèse dans une discussion développée, qui lui donne occasion de redresser les erreurs qui ont été commises par les astronomes relativement au volume et à la distance des étoiles fixes, soit parce qu’ils n’ont pas tenu compte des illusions causées par le rayonnement, soit parce qu’ils n’ont pas eu le secours du télescope.
ANALYSE DU DIALOGUE
Quant à l’argument tiré de l’invraisemblance de la disproportion de volume à admettre entre les planètes et les étoiles fixes, voici la réponse de Salviati.
Salviati. — Je voudrais, seigneur Simplicius, que laissant un instant de côté votre prédilection pour les partisans de votre opinion, vous me disiez sincèrement si vous croyez qu’ils ont une idée juste des dimensions qu’ils considèrent comme incompatibles avec l’univers. Pour mon compte, je ne le crois pas. Il me semble que comme, pour les nombres, dès qu’on commence b dépasser les milliers des millions, l’imagination se trouble et ne peut plus atteindre à une conception nette, de même pour les grandeurs et les distances, quand elles deviennent immenses, l’intelligence éprouve ce qui arrive au sens de la vue qui, dans une nuit sereine, apprécie la distance des étoiles fixes comme si elle n’était pas plus grande que quelques milles, et comme si cés étoiles n’étaient pas plus éloignées que Jupiter, Saturne, ou même la lune. Rappelez à votre mémoire les controverses soutenues entre les astronomes et les philosophes péripatéticiens relativement à la distance des étoiles nouvelles de Cassiopée et du Sagittaire, placées par les uns dans la région des étoiles fixes et par les autres au-dessous de la lune. Tant il y a pour nos sens d’impuissance b distinguer les grandes distances des très-grandes, même lors qu’il s’agit de différences énormes ! Et pour en finir, je te le demande, homme au faible esprit : Saisis- tu avec ton imagination cette grandeur de l’univers, que tu juges être trop vaste ? Si tu la saisis, prétendrais-tu que ton appréhension dépasse la puissance divine? Prétendrais-tu pouvoir imaginer des choses plus grandes que celles que Dieu pourrait faire? Et si tu ne la
saisis pas, pourquoi veux-tu juger ce que tu ne peux comprendre ?
Simplicius . — Tout cela est h merveille, et l’on ne nie pas que le ciel ne puisse surpasser en grandeur notre imagination, ni que Dieu n’ait pu le créer mille fois plus grand; mais ce qu’il est impossible d’admettre, c’est qu’une chose ait été créée en vain et demeure sans usage dans l’univers. Or, tandis que nous voyons cette belle ordonnance des planètes qui les distribue autour de la terre à des distances proportionnées aux effets qu’elles sont destinées à produire à notre profit, dans quel but interposer entre l’orbe de Saturne et la sphère stellaire, dans une étendue si considérable, un espace vide d’étoiles, inutile, superflu? Dans quel but? A l’avantage et au profit de qui ?
Salviati. — C’est à mon avis, Simplicius, nous montrer bien arrogants, que de vouloir que la préoccupation unique de notre avantage soit la mesure et la limite des œuvres de la sagesse et de la puissance divines. Je tiendrais à ce que nous ne raccourcissions pas ainsi sa main, et qu’il nous suffît de la certitude que Dieu et la nature s’emploient au gouvernement des choses humaines, de telle sorte qu’il ne serait pas mieux assuré, lors même que le genre humain serait leur unique souci. Nous en avons, ce semble, un bel et frappant exemple dans l’action de la lumière du soleil. Quand le soleil attire ces vapeurs et réchauffe cette plante, il les attire et les réchauffe comme s’il n’avait rien autre à faire. Quand il mûrit cette grappe de raisin, ou même un seul de ses grains, il s’y applique aussi efficacement que si le terme de son action était exclusivement la maturation de ce grain. Si ce grain reçoit du soleil tout ce qu’il en peut recevoir, et si les mille et mille
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ANALYSE DU DIALOGUE
autres effets de l’action du soleil dans le môme temps ne lui enlèvent rien de ce qui lui est nécessaire, n’y aurait-il pas lieu d’inculper d’envie ou de sottise ce grain de raisin, s’il s’imaginait ou s’il demandait que l’action des rayons solaires dût être employée uniquement à son profit. J’ai la certitude que la divine Providence ne néglige rien de ce que réclame le gouvernement des choses humaines ; mais qu’il ne puisse y avoir dans l’univers autre chose h attribuer à sa sagesse infinie, c’est ce que ma raison par elle-même se refuse à admettre; ce qui ne veut pas dire qu’elle résisterait aux preuves (pie pourrait lui en donner une plus haute intelligence. Et on attendant, quand on me dit que l’existence d’un immense espace dépourvu d’étoiles entre les orbes des planètes et de la sphère stellaire serait une inutilité, une superfluité, et qu’il en serait de même de celte immensité d’espace, dépassait notre compréhension, qui serait nécessaire pour placer les étoiles fixes, je soutiens qu’il y a témérité à faire de notresi débile raison le juge des œuvres de Dieu, et à taxer de vain et de superflu tout ce qui dans l’univers n’est pas h notre usage.
Sagredo. — Dites plutôt, et ce sera à mon avis plus exact, que nous ne savons pas réellement ce qui est à notre usage. Je regarderais comme donnant la preuve d’arrogance et de folie la plus grande qu’il soit possible d’imaginer celui qui dirait : je ne sais pas à quoi me servent Jupiter ou Saturne, donc ces astres sont superflus, et même n’existent pas. Mais, est-ce que je sais, ô le plus insensé des hommes, à quoi me servent les artères, les cartilages, la rate ou le foie ; et saurais-je que j’ai un foie, une rate, ou des nerfs, si l’anatomie ne me les avait fait voir dans un grand nombre de cadavres ; et n’eslce pas après qu’on m’aurait enlevé la rate, que je pourrais
seulement savoir comment la rate agit en moi? Pour connaître l’action qu’exerce sur moi tel ou tel corps céleste, puisque vous tenez à ce que toute action de leur part soit dirigée sur moi, il faudrait supprimer pour quelque temps ce corps, et alors de l’effet qui viendrait à manquer en moi on pourrait dire qu’il dépendrait de cette étoile.
Au reste, qui a le droit de dire que cet espace intermédiaire à Saturne et aux étoiles fixes, qualifié de trop vaste et d’inutile, soit réellement privé de tout corps ? Serait-ce parce que nous n’en voyons pas? Les quatre planètes médicéennes et les satellites de Saturne n’auraient-ils donc pris placé dans le ciel qu’à partir du jour où nous les avons aperçus, et non auparavant? Et pour une multitude innombrable d’étoiles fixes, l’existence dans le ciel n’aurait pas précédé le jour où elles sont devenues visibles pour les hommes ! Les nébuleuses n’étaient que de petites places blanches dans le ciel; nous les avons à l’aide du télescope transformées en bataillons d’étoi- — 'les resplendissantes. Combien présomptueuse et téméraire est l’ignorance humaine!
Après de nouveaux développements sur cette question de la grandeur des étoiles dans son rapport avec la distance, Salviati revient à son point de départ: l’absence de mutations appréciables dans leurs mouvements qu’on puisse attribuer à l’existence du mouvement annuel de la terre. Après avoir remarqué que Copernic n’a pas nié la réalité effective de telles mutations, mais en a seulement constaté le défaut de manifestation, sans pouvoir en donner la raison, il s’étonne qu’aucun astronome n’ait cherché à déterminer en quoi devraient consister ces mutations.
Il réfute à ce sujet ce quia été dit par un anticopernicicn, *
380 ANALYSE DU DIALOGUE
de la nécessité d’une continuelle alternative d’élévation et d’a-
baissement du pôle, de six mois en six mois, comme conséquence du mouvement attribué à la terre par le système de Copernic. Salviati s’attache à indiquer quelles devraient être ces mutations réelles, dans un exposé que Sagredo résume en ces termes :
Sagredo. — J’ai compris, d’après vos explications, que les apparences diverses observables pour nous dans les étoiles fixes, par suite du mouvement annuel de la terre, sont de deux sortes; consistant, Tune dans la différence de grandeur apparente suivant que le mouvement de la terre nous en rapproche ou nous en éloigne ; l’autre dans leur élévation plus ou moins grande sur le même méridien, différence qui dépend aussi de l’éloignement ou du rapprochement.
Vous nous dites, en outre, ce que je comprends parfaitement, que l’une et l’autre de ces mutations ne peut se manifester égale dans toutes les étoiles, mais au contraire suivant les diverses étoiles, plus grande, plus petite ou nulle. Le rapprochement et l’éloignement, qui devrait nous faire paraître la même étoile tantôt plus grande, tantôt plus petite, est insensible et presque nul dans les étoiles voisines du pôle de l’écliptique, très-grand dans les étoiles situées sur l'écliptique, médiocre pour les étoiles intermédiaires. Le contraire a lieu pour l’autre différence, car l’élévation ou l’abaissement est nul dans les étoiles situées sur l’écliptique, très-grand dans celles qui avoisinent le pôle, médiocre dans les intermédiaires. Et de plus les deux mutations plus sensibles pour les étoiles les plus éloignées de nous, moins sensibles pour les étoiles plus rapprochées, s’évanouiraient dans les étoiles dont • la distance est extrêmement considérable,
llesle à expliquer pour Simplicius la difficulté d’admettre que de telles différences puissent demeurer inappréciables.
Quant à la différence dans les apparences de grandeur, Simplicius se montre promptement satisfait des exemples cités par Salviali, qui prouvent qu’il est impossible de juger à distance si une torche allumée se rapproche ou s’éloigne, et que, par un rapprochement ou un éloignement égal au double de la distance qui nous sépare du soleil, une différence de volume est presque absolument inappréciable dans Saturne et à peine observable dans Jupiter. Salviati attribue à l’insuffisance de nos instruments et aux difficultés que présente leur emploi, l’impossibilité dans laquelle on a été jusqu’alors de constater quelques-unes de ces mutations, qui seraient tout à fait concluantes en faveur de l’existence réelle du mouvement annuel de la terre. Il croit qu’on pourrait y parvenir en appliquant de bons instruments à un genre d’observations dont il définit ainsi la nature et la méthode :
Je voudrais qu’avec de tels instruments on fît des observations sur les étoiles fixes en choisissant l’une de celles dans lesquelles la mutation devrait être la plus manifeste, telles que les plus éloignées de l’écliptique. Le choix de la Lyre, étoile très-grande et très-voisine du pôle de l’écliptique, serait on ne peut plus favorable pour les pays septentrionaux, et l’on devrait opérer pour elle comme je vais le dire pour une autre étoile. J’ai déjà déterminé dans ma pensée le lieu qui me paraîtrait convenable pour ce genre d’observations. C’est une plaine ouverte, au-dessus de laquelle se dresse vers le nord une montagne très-élevée, au sommet de laquelle existe une petite église dirigée de l’occident vers l’orient, de telle sorte que le faîte de son toit puisse couper à angle
382 ANALYSE DU DIALOGUE
droit le méridien de quelque habitation située dans la plaine. Je voudrais fixer une poutre parallèle au faîte du toit à une brasse à peu près de distance ; après l’avoir fixée je chercherais dans la plaine le lieu d’où l’une des étoiles du chariot, en passant au méridien, se trouverait cachée par la poutre, ou serait coupée en deux parties égales, si la poutre ne suffisait pas à cacher entièrement son disque, effet qui peut être parfaitement obtenu au moyen d’un très-bon télescope. Si ce lieu était une habitation, ce serait un avantage; s’il en était autrement, on y fixerait bien solidement un pilier avec une marque pour indiquer où l’œil devrait se replacer toutes les fois qu’on voudrait reproduire i 'observation. Je ferais la première observation au solstice d’été, et je continuerais les observations de mois en mois, ou même plus fréquemment jusqu’à l’autre solstice. A l’aide de telles observations on pourrait constater l’élévation et l’abaissement de l’étoile, pour peu considérables qu’ils fussent Et si dans cette expérience on parvenait à découvrir un changement quelconque, quelle immense acquisition pour l’astronomie ! Par ce moyen on s’assurerait de la réalité du mouvement de la terre, tout en obtenant connaissance de la grandeur et de la distance de l’étoile observée.
Sur la demande de Sagredo, Salviali expose comment les données du système de Copernic permettent d’expliquer, plus clairement et plus simplement qu’il n’est possible par le système de Ptoléméc, tous les faits qui se rapportent à l’élévation et à l’abaissement du soleil, aux changements des saisons, aux variations dans la durée des jours et des nuits, etc.
A propos des démonstrations géométriques développées pour cette explication par Salviali, Sagredo fait remarquer
suit LES SYSTÈMES DU MONDE. H83
que la multiplicité et la confusion des moyens, à l’aide desquels les résultats seraient produits dans le système de Ptoléinée, conduiraient à la nécessité de rejeter bon nombre d’axiomes généralement admis dans la science philosophique : par exemple, que la nature ne multiplie pas les choses sans nécessité, et qu’elle se sert des moyens les plus faciles et les plus simples pour produire ses effets, qu’elle ne fait rien en vain, et d’autres semblables. Il regarde les explications si simples et si faciles du système de Copernic connue la plus merveilleuse spéculation de l’intelligence humaine, et demande à Simplicius ce qu’il en peuse.
Simplicïus. — Tout cela , si je puis exprimer librement ma pensée, me paraît constituer ces subtilités géométriques qu’Aristote blâme chez Platon, quand il l’accuse de s’écarter par ses excès de spéculations géométriques du solide terrain de la philosophie. J’ai connu et entendu de très-grands philosophes péripatéticiens qui déconseillaient leurs disciples de l’étude des mathématiques, leur imputant de rendre l’intelligence vétilleuse et incapable de bien philosopher : principe diamétralement contraire à celui de Platon, qui n’admettait pas qu’on pût aborder la philosophie sans s’étre mis préalablement en possession de la géométrie.
Salviati. — Je ne puis qu’applaudir vos péripatéticiens d’avoir, par leurs conseils, détourné leurs disciples d’étudier la géométrie, de toutes les sciences la plus propre à dévoiler leurs erreurs. Mais voyez combien ils diffèrent des philosophes mathématiciens, qui s’accommodent avec ceux qui sont bien au courant de la philosophie péripatéticienne plus volontiers qu’avec ceux qui, étrangers a cette philosophie, se
ANALYSE Dl DIALOGUE
trouvent par là incapables d'établir une comparaison de doctrine à doctrine.
Simplicius ne peut admettre la valeur attribuée à toutes ces explications, attendu qu’elles sont fondées sur le fait de la mobilité de la terre, qu’il persiste à contester, en vertu de cet axiome d'Aristote que, dans un corps simple, il ne peut y avoir naturellement qu’un mouvement simple. Or, le système de Copernic n’attribue pas moins de quatre mouvements à la terre. Outre le mouvement rectiligne vers le centre, qui ne peut lui être refusé comme corps pesant, on lui assigne un mouvement circulaire autour du soleil en un an et une révolution sur elle-même en vingt-quatre heures. Enfin on admet, ajoute Simplicius, chose tellement exorbitante que vous n’en avez pas parlé, un quatrième mouvement de révolution sur elle-même en sens contraire au mouvement de vingt-quatre heures, et accompli en un an, ce à quoi mon intelligence répugne tout à fait à adhérer.
Salviali rappelle qu’il a déjà été établi, dans les discussions précédentes, qu’il n’y a pas de mouvement pour la terre de haut en bas, mais un mouvement des parties vers le centre. Quant au mouvement de révolution annuelle de la terre sur elle-même, qui lui est attribué par Copernic en vue d’expliquer comment la terre maintient vers le même point du firmament l’inclinaison et la direction de son axe, Sahiati démontre que ce n’est là qu’une apparence de mouvement, et qu’en fait, il n’y a pas de mouvement réel. Dans les considérations développées à ce sujet, il se trouve amené à faire intervenir, dans l’explication du fait, l’assimilation de la terre à un aimant, conformément à la doctrine de Guillaume Gilbert.
Il trouve là une occasion d’exposer les vues fondamentales de cette doctrine et d’y rattacher quelques nouveaux résultats de raisonnement et d’expérience sur divers phénomènes magnétiques, notamment sur les conditions de contact auxquelles est due la puissance communiquée aux aimants par les armatures; de rendre hommage au génie de Gilbert, et de prévoir d’importantes découvertes dans la voie ouverte par ce grand homme.
Salviati. — Je glorifie, j’admire et je jalouse cet auteur, pour cette merveilleuse conception entrée dans son esprit sur un sujet traité par une infinité de génies sublimes, à qui pourtant elle avait échappé. Je trouve qu’on ne saurait lui accorder trop de louanges pour ce grand nombre d’observations nouvelles et vraies par lui faites, à la confusion de tous ces auteurs vains et menteurs qui s’empressent de consigner dans leurs livres, non-seulement ce qq’ils ne savent pas, mais encore tout ce qu’admet l’ignorance du vulgaire, sans se soucier de le vérifier à l’aide de l’expérience. Ce que Gilbert laisse à désirer, c’est une connaissance plus grande des mathématiques, et principalement un fond plus étendu de pratique géométrique, qui ne lui aurait pas permis de prendre pour des démonstrations concluantes les raisons à l’aide desquelles il cherche à déterminer les causes des faits vrais auxquels l’ont conduit ses observations. Ces raisons, à parler sincèrement, ne s’enchaînent pas avec la force qui doit appartenir, en ce qui touche les phénomènes naturels, aux conclusions nécessaires et immuables. Je ne doute pas qu’avec le progrès du temps cette science ne parvienne à sc perfectionner par de nouvelles observations, et surtout par des démonstrations d’une vérité nécessaire, ce
ANALYSE I)U DIALOGUE
qui ne peut eu rien atléuuer la gloire du premier inventeur...
... S’élever à de grandes découvertes en partant des plus faibles origines, et juger que sous une première et puérile apparence peuvent se recéler des arts merveilleux, cela n’est pas le fait d’esprits à la douzaine ; de telles conceptions et de telles pensées n’appartiennent qu’à des génies en quelque sorte surhumains...
Sagredo admet que l’explication de l’influence du mode de contact, donnée par Salviati pour rendre compte de l’augmentation de la force communiquée à un aimant par l'armature, est presque aussi satisfaisante qu’une pure démonstration géométrique , et qu’elle peut suffire dans un de ces problèmes physiques qui ne comportent pas pour leur solution l’évidence géométrique.
Simplicius le reconnaît et estime pourtant qu'il y a lieu, en se maintenant dans les limites de la science physique, de réduire la cause de ces effets et de leurs analogues à la sympathie, qui consiste dans une certaine convenance, une sorte de communauté d’appétit qui naît entre les choses de qualité semblable, à la manière de ce qui se produit au contraire entre les autres corps, qui naturellement se fuient et se détestent par suite d’une haine et d’une inimitié que nous rapportons à l’antipathie.
A cela Sagredo répond :
Et c’est ainsi qu’avec deux noms on arrive à rendre compte d’une foule d’effets merveilleux offerts à nos regards par la nature. Mais cette manière de philosopher me semble être en grande sympathie avec un procédé de peindre adopté par un de mes amis. Il écrivait à la craie sur une toile : Ici
j’entends que soit la fontaine avec Diane et ses nymphes; là quelques lévriers; de ce côté je place un chasseur avec une tête de cerf, puis la campagne, les bois et les collines. Poulie reste, il laissait au peintre le soin de le figurer au moyen des couleurs; et il se persuadait avoir lui -même peint un tableau d’Actéon, n’y ayant pourtant contribué que pour des noms.
Dans ses développements pour repousser l’application de l’axiome d’Aristote à la multiplicité des mouvements attribués à la terre, Salviati avait introduit des considérations très-concluantes contre l’hypothèse admise par Aristote sur la simplicité de la terre, qui est au contraire composée de matériaux fort divers, même sans tenir compte de l’air et de l’eau. '
Il rappelle, en terminant la discussion, que le troisième mouvement attribué par Copernic à la terre n’est pas un mouvement, mais plutôt un repos, une action de se maintenir immuablement dirigée par quelques-unes de scs parties vers des parties déterminées de l’univers, c’est-à-dire de conserver perpétuellement dans l’axe de sa révolution diurne le parallélisme et la même direction vers certaines étoiles fixes, état que comporte constamment tout corps équilibré et suspendu dans un milieu fluide et non résistant. Quant à la multiplicité des mouvements qu’exclurait la nature simple des corps, Sagredo invoque les faits offerts par la pierre d’aimant, à qui appartiennent naturellement trois sortes de mouvements : l’un vers le centre de la terre, en tant que corps pesant; un autre mouvement circulaire et horizontal, par lequel l’aimant rétablit et maintient son axe dans la direction d’un point déterminé de l’univers; enfin un troi-
ANALYSE OU DIALOGUE
sième mouvement, celui que Gilbert a récemment découvert, et qui consiste dans l’inclinaison de son axe dans le plan du méridien, par rapport à la surface terrestre, inclinaison plus ou moins grande suivant la distance k l’équateur, au-dessous duquel il se maintient parallèle à l’axe de la terre.
Le dialogue se termine par une réfutation que fait Salviati, d’une erreur que Gilbert a reproduite après beaucoup d’autres, et après Plolémée lui-mème. Gilbert est disposé à admettre que l’aimant pourrait prendre, comme la terre, un mouvement autour de lui-mème, ce qui serait, pour l’aimant aussi bien que pour toute autre partie de la ferre, admettre, contrairement à l’évidence, un double mouvement de rotation, celui auquel ils participeraient avec la terre autour du centre de la terre, et celui qu’ils accompliraient spécialement autour de leur propre centre.