‹ GaliléeChapitre 1 sur 41 · QUAI UES G K A N U S - A U G U S T I X S · texte numérisé non relu

QUAI UES G K A N U S - A U G U S T I X S

Tous droits réservés

z.iiA

AVERTISSEMENT

Le travail offert ici aux lecteurs est fait sur les œuvres complètes de Galilée et sur les documents authentiques qui le concernent. Tous les documents les plus importants, et presque tous ceux qui sont de quelque importance, ont été à ma disposition : quelques autres m’ont été connus seulement par des auteurs qui s’en sont servis ou qui en ont donné des extraits. Parmi les nombreux auteurs qui avant moi se sont occupés de Galilée, j’ai consulté tous ceux que j’ai pu me procurer. J’espère que les lecteurs qui voudront prendre la peine de comparer attentivement mes assertions avec les témoignages sur lesquels elles s’appuient, mes analyses et mes traductions avec les textes, mes citations avec les ouvrages cités, constateront de ma part une scrupuleuse exactitude. Quant à mes appréciations, si quelques lecteurs ne croient pas y trouver toujours la justesse parfaite que j’ai tâché d’y mettre, j’espère qu’ils en reconnaîtront du moins la sincérité et l’impartialité.

AVERTISSEMENT

ij

Pour faire connaître les documents qui existent, elles opinions diverses qui ont eu cours, sur la vie, la conduite et les mérites scientifiques de Galilée, pour faciliter le contrôle de mes assertions et de mes jugements, et en même temps pour abréger les renvois et les rendre souvent inutiles, je donne, dans une Notice bibliographique placée à la fin du volume et à laquelle les lecteurs sont priés de recourir, les titres, et, quand je le puis, une analyse ou une appréciation sommaire des principaux ouvrages qui ont été entre mes mains, et de quelques autres que je n’ai pu connaître et mettre à profit que d’une manière indirecte, à l’aide des analyses et des critiques que d’autres écrivains en ont données. Quelques discussions, qui auraient ralenti la marche de l’ouvrage, trouvent place dans cette notice, et dans trois Notes supplémentaires, qui la précèdent. Une Table alphabétique (les auteurs cités pour leurs écrits sur Galilée rendra cette notice facile à consulter.

Quand, dans le corps de l’ouvrage, je cite un auteur par son nom ou un écrit par son titre, sans indication plus précise, le lecteur est prié de recourir à la Table des auteurs , et par elle à la Notice bibliographique, qui donnera les indications nécessaires.

Les ouvrages de Galilée et la plupart des documents auxquels je renvoie sont réunis dans l’édition publiée par M. Albèri à Florence, de 1842 à 1856, en 15 volumes in-8° et 1 volume de Supplément. Quand j’ai eu à citer un de ces ouvrages ou de ces documents, il m’a suffi souvent d’en indiquer le titre, puisque l’article premier de ma Notice bibliographique en rend la recherche facile dans cette édition. Pour les lettres de Galilée ou adressées à Galilée et rangées par

AVERTISSEMENT. iij

ordre de dates dans les volumes VI et VU, et VIII à X, l’indication de l’auteur, du destinataire et de la date m’a paru suffire; mais j’indique les lettres qui se trouvent dans le second volume et dans le volume de Supplément. Cependant, quand je cite un passage important à vérifier, j’indique le volume en chiffres romains et la page en chiffres ordinaires. Ainsi l’expression III, 45, sans autre explication, signifiera : Œuvres de Galilée, édition deM. Albèri, volume III, page 45. De même, l’expression Suppl., 220 signifiera : même édition, volume de Supplément, page 220.

Pour quelques fautes commises dans l’impression du présent volume, et pour quelques omissions à réparer, je prie les lecteurs de consulter V Errata, page 426.

1 INTRODUCTION

Par les études qui ont occupé toute sa vie, par ses découvertes et par ses écrits, Galilée tient une place éminente dans 1 histoire des sciences physiques, et spécialement de la mécanique, de l’optique et de Gastronomie. Non-seulement il a fait faire à ces siences des progrès décisifs, mais il a préparé leurs progrès futurs, en inventant plusieurs de leurs instruments les plus nécessaires, et surtout en donnant à ces sciences leur vraie méthode. Il n’a pas formulé en un corps de préceptes cette méthode vraiment philosophique ; mais ii en a donné d’excellents exemples, expliqués et justifiés par lui dans ses écrits, et il a pris ainsi la meilleure manière de l’établir et de la propager. Par cette méthode, plus complète, plus simple et bien plus efficace que celle de François Bacon, et par les principes philosophiques qu’elle suppose et qu’il a bien compris, le

INTRODUCTION

savant florentin doit tenir, en outre, une place plus grande que celle du chancelier d’Angleterre dans l’histoire de la philosophie moderne. Cette place lui est due aussi, parce qu’avec sa supériorité intellectuelle, son zèle pour la science et son respect sincère pour la foi, avec son argumentation vigoureuse et sa mordante ironie contre des erreurs dominantes, et avec sa soumission apparente à des prohibitions abusives, il a défendu tant qu’il a pu, contre une intolérance excitée et trompée par les menées des faux savants, ses indignes rivaux et ses ennemis acharnés, la liberté légitime de l'esprit humain dans la science, et parce que, mis en accusation et condamné pour une doctrine vraie, forcé de l’abjurer et séquestré ensuite pour le reste de ses jours, il a beaucoup souffert pour cette noble cause qu’il voyait opprimée pour un temps, mais qu’il savait gagnée pour l’avenir.

Après plus de. deux siècles, le calme nécessaire à l'impartialité commence enfin à se faire autour de la

mémoire de Galilée. Quelques-uns des documents les

plus importants pour cette mémoire n’ont été mis au jour que depuis peu d’années, et d’autres, très-importants aussi, ne l’ont été qu’en 18G7. Tous ces documents n’ont pas encore détrompé certains esprits obstinés à répéter de vieilles erreurs devenues insoutenables. Les uns n ont pas encore pu pardonner à Galilée l’injustice qu’il a subie, et veulent absolument le trouver coupable de témérités, d’hérésies et de mé-

INTRODUCTION

ii t

chancetés imaginaires; les autres veulent absolument transformer l’erreur judiciaire d’un tribunal ecclésiastique en une erreur dogmatique de l'Église, l’attitude humble et soumise de Galilée devant ses juges en une résistance héroïque, et ajouter au procès et à ses suites des circonstances odieuses : aux uns, la vérité historique sur Galilée ne peut plaire ; aux autres, elle ne peut suffire. D’autres, parce que Galilée n’a été ni un héros ni un martyr, ne veulent voir en lui qu’un lâche apostat delà science. Puis Galilée est italien : Pftalie a ses admirateurs et ses ennemis passionnés. Descartes fut un grand philosophe et un grand mathématicien , habile écrivain, surtout dans ses Essais , Bacon fut nul en mathématiques et médiocre en philosophie; ni l'un ni l’autre ne fut grand physicien-. Certains esprits veulent que l’un ou l’autre, et non Galilée, ait établi la vraie méthode des sciences physiques, tandis que d’autres, en meme temps qu’ils allongent aux dépens de la vérité la liste des découvertes que cette méthode a fait faire au savant italien, ignorent ou dissimulent les erreurs qu’il a commises en l’appliquant, et qui, produites par certaines préoccupations trop exclusives, sont un tribut payé par ce grand esprit à la faiblesse humaine.

Quelques travaux partiels très-estimables sur la vie de Galilée, sur son procès, sur sa carrière scientifique, ont été publiés dans ces derniers temps. Mais aucun d’eux, pas même le volume de M. Parchappe, ne me

INTRODUCTION

parait avoir traité suffisamment toutes les questions que le sujet comporte. Quant à la Vie de Galilée promise en 1856 par M. Àlbèri, savant éditeur des Œuvres complètes , -lie n’a pas pas paru. Le travail d’ensemble que nous publions peut donc avoir une utilité réelle, si le succès a répondu à nos efforts consciencieux. Les intérêts de l’histoire, ceux des sciences et ceux delà religion nous paraissent demander qu’ enfin, sur Galilée, la vérité soit dite tout entière. La religion chrétienne n’a jamais rien à craindre delà vérité : ce qui peut lui nuire pour un temps, ce sont les faussetés par lesquelles trop souvent on l’attaque, et les faussetés par lesquelles on croit quelquefois la défendre.

D’abord nous résumerons l’histoire de la vie de Galilée, de ses découvertes, de ses doctrines et des persécutions injustes qu’elles lui ont attirées. Nous discuterons, sans aucune passion autre que celle de la vérité, les faits controversés et les appréciations trop souvent inspirées par la partialité ou égarées soit par de faux de documents, soit par une connaissance trop incomplète des documents vrais. Nous profiterons des lumières, sinon de tous nos devanciers dans cette tâche, du moins de tous ceux dont nous avons pu nous procurer les ouvrages ou connaître les opinions.

La Vie de Galilée écrite par Viviani aurait pu avoir une grande autorité comme document presque contemporain des événements; mais, en profitant des lumières qu’elle fournit, il ne faut pas oublier que

INTRODUCTION

Viviani a avait pas vingt ans à l’époque de la mort de Galilée, et qu’il n’a eu la pensée d’écrire cette biographie que douze ans après cette époque, sur la demande du prince Léopold de Toscane, plus tard cardinal de Médieis. I! n’avait été témoin que des trois dernières années de la vie de Galilée : les événements antérieurs de cette vie de soixante-dix-huit ans ne lui avaient été connus que par des récits plus ou moins véridiques et dont il pouvait n’avoir pas toujours gardé un fidèle souvenir. En effet, il a commis bien des erreurs involontaires. De plus, c’est un témoin qui, en conscience, n’aurait pas pu faire le serment de dire' tout ce qu’il savait et de ne jamais dire le contraire de ce qu’il savait. Quoiqu’il n’ait pas publié cette Vie, il l’avait écrite pour la publier : c’est pourquoi voulant honorer la mémoire de Galilée, mais tenant à ne déplaire ni à l’inquisition romaine, ni à la congrégation de l’index, ni à la cour de Toscane, il avait pris le parti de se taire sur beaucoup de faits, et de mentir sur quelques-uns des plus importants. Le chanoine Gberardini, contemporain et ami de Galilée, sur lequel ii a laissé aussi une notice, est utile à consulter sur la jeunesse de ce savant Quant à Ghilini et à Rossi (Erythræus), deux autres contemporains de Galilée, qui de même ont laissé des notices sur sa vie, ils ne méritent aucune confiance. Pour savoir ce que fut Galilée comme homme et comme savant, des sources plus sûres ne nous manqueront pas.

INTRODUCTION

Nous ne donnerons aucune confiance à deux pièces apocryphes, qui ne sont qu’un tissu d’erreurs; ces pièces sont : une lettre au P. Renieri, fabriquée au dix-huitième siècle par un ducGaelani sous le nom de Galilée, et une Relation du procès de Galilée faussement attribuée à Buonamici G

Nous ne donnerons pas plus de confiance à un vaste recueil de pièces apocryphes, en vertu desquelles il faudrait partager entre Pascal et Galilée la gloire légilime de Newton2. Ni Pascal, ni Galilée, n’ont, besoin de la gloire d’autrui.

Nous nous garderons bien de répéter, comme tant d’autres l’ont fait, les erreurs accumulées contre Galilée en 1784, pour plaire à un parti en France, par le journaliste genevois Mallet du Pan; ou bien en faveur de Galilée, mais en haine de la papauté plus encore qu’en l’honneur de l’Italie, par M. Libri ; ou bien contre Galilée, avec un esprit mal dissimulé de réaction contre M. Libri et contre les Italiens, par M. Arago. Les passions dont nous venons de nommer les principaux représentants en ont eu bien d’autres, avec diverses nuances, et elles ne sont pas encore apaisées. Cependant la mémoire de Galilée a déjà beaucoup gagné et gagnera de plus en plus à un jugement plus calme et plus modéré. Il en sera de même de la mémoire d’Urbain VIII, maltraité injustement, non-seulement

1 Police bibliogr., nos XX. XXXV cl XLIU.

2 Ibid , n° II, et Noie suppl. C.

INTRODUCTION

vu

par M. Libri et par d’autres écrivains de la même nuance, mais par Mallet du Pan, et ensuite involontairement par de fervents catholiques, dont ce journaliste protestant a caressé les préjugés et dont il a fait ainsi ses dupes.

* Nous nous appuierons principalement sur les ouvrages de Galilée lui-même et sur ses lettres, sur les lettres de ses correspondants, sur celles qui le concernent sans s’adresser à lui, sur les dépêches de l’ambassade de Toscane à Rome, sur les pièces officielles relatives à ses deux procès et aux décisions des congrégations romaines contre lui et contre son système astronomique, en un mot sur tous les documents authentiques qui concernent soit sa vie et ses travaux, soit sa condamnation, soit l’exécution plus ou moins mitigée de la sentence portée contre lui. Nous espérons jeter ainsi une lumière nouvelle sur le caractère de Galilée et sur celui de son époque, sur la puissance durable de ses idées et sur l’impuissance des efforts tentés pour les étouffer. Nous verrons qu’excellent pour sa famille, pour ses disciples, pour scs nombreux amis, poli envers ses contradicteurs modérés, acerbe seulement dans l’exercice du droit de légitime défense, il s’est attiré des jalousies, des inimitiés et des persécutions par ses découvertes et par son zèle à les défendre et à les propager, et non par les imprudences et les torts qu’on lui a faussement imputés.

Ensuite nous chercherons à mettre en relief, dans les

AVERTISSEMENT

vj fr

écrits de ce grand mécanicien, physicien et astronome, ce qui intéresse le plus la philosophie, c’est-à-dire d’une part la méthode qu’il a créée pour les sciences physiques, d’autre part quelques-unes de ses principales doctrines, tant dans les sciences mathématiques et physiques que dans la philosophie proprement dite, et nous signalerons la forme remarquable qu’il a su, comme écrivain, donner à ses pensées.

Page 1