CHAPITRE PREMIER
Naissance et éducation de Galilée. — Ses œuvres littéraires. — Ses études scientifiques à l’université de I'ise. — Son retour à Florence. — (1564 à 1589.)
Galilée descendait de la noble famille des Bonaiuti de Florence. Le prénom de Galileo , qu’un Bonaiuto portait à la fin du quatorzième siècle, et qu’il transmit à ses neveux, fut illustré surtout par un neveu de celui-ci, Galileo desGalilei, autrefois Bonaiuti, suivant les termes de l’inscription de son tombeau : médecin, philosophe et professeur de médecine à l’université de Florence, Galileo dei Galilei , deux fois prieur de la liberté de la république florentine, fut, en 1445,
gonfàlonier de la justice, c’est-à-dire premier magistrat du moins nominal de la république, sous l’autorité plus réelle du père de la patrie, Cosme l’ancien de Médicis. Le nom de Galilei fut pour les descendants de ce Galileo et pour ceux de son frère Michelangelo dei Galilei, trisaïeul de notre Galilée, un nouveau nom de famille, qui se substitua définitivement à l’ancien. L’homme dont nous allons raconter la vie, et qui, par son savoir et son génie, a illustré le plus le nom des Galilei , le reçut aussi comme prénom1.
Galileo Galilei naquit à Pi§e, le jour même où le grand artiste toscan Michelangelo Buonarotti mourait à Rome. Ce jour, fixé par les discussions de M. Albèri2, est le 18 février 1564 du calendrier julien, alors généralement en usage; mais c’était le 18 février 1565 du calendrier toscan , qui faisait commencer l’année à l’Incarnation, c’est-à-dire au 25 mars. Ce jour aurait été le 28 février 1564 dans le calendrier grégorien, qui fut établi en 1582, à Rome. La Toscane adopta le principe de la réforme grégorienne , mais en continuant de faire commencer l’année au 25 mars. Né le 18 février 1564 du calendrier julien, et mort le 8 janvier 1642 du calendrier grégorien, Galilée a vécu 78 ans moins 41 jours.
Vincenzo Galilei et son épouse Giulia Ammanati, père et mère de Galilée, résidaient habituellement à Florence; mais ils se trouvaient alors à Pise. Giulia Ammanati, originaire de Pescia, appartenait à l’antique et noble famille des Ammanati de Pistoia5. Vincenzo Galilei était mathématicien,
1 XV, 385-38G. — 4 XV, 385-384. — 3 Sur l’illégitimité prétendue de la naissance de Galilée, voyez notre Notice bibliographique, n° xn.
GAULÉE
érudit, habile écrivain, et surtout musicien fort sur la théorie et sur la pratique; il avait une grande indépendance d’esprit, qui se révoltait contre l’autorité, si puissante alors en Italie, de la routine dans les arts comme dans la philosophie et dans les sciences. Dans un Dialogue, publié par lui en 1581, sur la musique ancienne et moderne , un des interlocuteurs s’exprime ainsi : « A mon avis ceux qui, pour prouver une affirmation , comptent exclusivement sur le poids des autorités, sans recourir à aucun autre argument, doivent être taxés d’absurdité. Pour moi, je désire que les questions soient librement posées et librement discutées, sans aucune sorte d’adulation, et comme il convient à quiconque cherche sincèrement la vérité. * Le fils devait un jour tenir de son père cette légitime indépendance de l’esprit scientifique et la prédilection pour la forme du dialogue dans les écrits de controverse.
Vincenzo n’était pas riche, et le jeune Galileo avait deux sœurs et un frère. Galileo commença à Florence, sous la direction d’un maître médiocre, Giacomo Borghini, un bon cours d’humanités, qu’il continua au monastère deVallombreuse. A force d’intelligence et de travail, il apprit à fond la langue et la littérature latines, et devint assez fort dans la langue grecque pour pouvoir tirer parti de celte connaissance pendant toute sa vie. Un bénédictin de Vallombreuse lui enseigna la logique1. Des documents publiés pour la première fois en 1864 2 prouvent que Galilée avait pris l’habit
1 Voyez Nelli, t. I, p. 26^27, et Targioni Tozzeti, t. II, part. I, p. 6i. — 1 Nel trecentesimo Natalizio di Galileo , Ia Appendice, par M. Selmi (Pise, 1864.)
de novice, quand il fut retiré de Vallombreuse par son père, sous le prétexte d’une ophthalmie.
Comme preuves du goût qu’il garda pour la littérature, il a laissé d’une part deux dissertations intéressantes sur la structure de Y Enfer de Dante, lues par lui vers 1586 ou 1587 à l’Académie de Florence, dont il était déjà membre, d’autre part des notes et corrections justes et ingénieuses pour F Orlando fur ioso, et ses leltres du 5 novembre 1659 et du 19 mai 1640 à Francesco Rinuccini sur la comparaison des mérites de l’Arioste et du Tasse. Par ces deux lettres1, on voit que Galilée avait écrit, sur un exemplaire de la Geru- j salemme liberata, des notes dans lesquelles, par des rapprochements entre l’Arioste et le Tasse, il s’était appliqué à montrer la supériorité du premier, sans nier pourtant la valeur poétique du second. Ces mêmes lettres prouvent que Galilée avait encore cet exemplaire en 1625, mais qu’il le perdit entre 1624 et 1627, et qu’en 1659 et 1640 il n’avait aucune copie de ces notes, dont il regrettait la perte. Viviani s’est donc trompé en disant que ces notes avaient été écrites par Galilée entre 1589 et 1592, et qu’elles avaient été perdues par Mazzoni, mort en 1598. M. Albèri conjecture avec vraisemblance qu’elles avaient etc écrites après la mort du Tasse, vers 1612, époque d’une discussion passionnée entre les critiques italiens sur les mérites de ce poète. L’exemplaire du Tasse annoté par Galilée ne s’est jamais retrouvé. Quant aux Considerazioni al Tasso, que Pasqualoni a publiées en 1795 sous le nom de Galilée, et dans lesquelles la partialité va jusqu'à l’injustice, elles ont été attribuées à