‹ GaliléeChapitre 6 sur 41 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

sur les Corps flottants parurent en 1612. Les taches solaires étaient mentionnées au commencement dans la seconde édition, dont l’impression fut achevée au mois d’août. Cet ouvrage souleva contre Galilée la foule des péripatéticiens. Trois réfutations furent publiées en 1612, et line en 1615. À l’attaque anonyme de Corresio, professeur à Lise,* qui fut destitué quelques mois après comme appartenant secrètement à l’Église schismatique grecque, Galilée avait répondu par une simple lettre adressée à Tolomeo Nozzolini, défenseur officieux du traité des Corps flottants près de Mgr Marzi Medici, archevêque de Florence. Une seconde réfutation, écrite en latin, sans nom d’auteur, parTommaso Palmerini, professeur à Lise, mort quelques mois après, avait ôté traduite en italien par un ennemi de Galilée, par le provéditeur de l’université dePise, Arturo d’Elci : elle ne parut pas mériter l’honneur d’une réponse. Mais Ludovico delle Colombe et Yincenzo di Grazia ayant publié deux longues réfutations à Florence, l’un en 1612, l’autre en 1615, Galilée, après en avoir délibéré avec ses amis, laissa à son digne élève, le P. Benedetto Castelli, le soin de leur adresser à tous deux une longue et vigoureuse réplique, qu’il revit, corrigea et compléta, et qui parut à Florence en 1615. Une autre apologie, dédiée au prince Cesi, mais fondée sur des expériences faites au collège romain des jésuites, et dans laquelle pour cette raison l’auteur, Giovanni Bardi, florentin, élève de Galilée, évitait d’attaquer directement les péripatéticiens, fut publiée à Borne en 1614.

En 1615, Galilée fit imprimer ses Lettres, adressées à Welser d’Augsbourg, sur les taches solaires. Il déclara toujours avoir découvert ces taches le premier, dès 1610,

à Padoue, et ce fait est confirmé par des témoins1; il les avait montrées à Rome, en avril 1611, àMgrDini et à d’autres personnes2. Le 1er octobre 1611, dans une lettre adressée à Rome à son ami le peintre Ludovico Cigoli, il parlait de la rotation du soleil comme d’un fait prouvé par l’observation des tacbes. Dans trois lettres signées d’un faux nom et adressées à Welser, et dont la première est du 12 novembre 1611, un savant jésuite, le P. Scbeiner, professeur alors à Ingolstadt et plus tard à Rome, prétendait avoir observé le premier les taches solaires en mars 1611. Ensuite, précisant l’époque, il dit les avoir montrées, le 21 mars 1611, à son collègue Cysatus. Consulté par Welser sur ce qu’il devait croire de la nature des taches solaires, Galilée répondit, le 4 mai 1612, que depuis dix-huit mois, c’est-à-dire depuis novembre 1610, il les observait aussi assidûment que sa mauvaise santé pouvait le lui permettre. Mais sa première observation, faite à Padoue, remontait au mois de septembre 1610. Pour expliquer le retard qu’il avait mis à donner une publicité complète à sa découverte, confiée seulement à quelques personnes, il disait3 que, pour lancer ainsi dans le public des choses nouvelles et contraires aux opinions reçues, il jugeait prudent d’attendre à avoir des preuves plus (pie complètes et palpables à opposer aux négations de ses adversaires. « J’aime mieux, ajoutait-il, être le dernier à produire une conception vraie, que de devancer les outres, au risque de diminuer ma considération en me dédisant, pour m’être trop hâté d’affirmer. » Les trois lettres envoyées

1 IX, 256-257. Comparez III, 182-185. — 2 III, 182-183. Comparez X, 67 et 233-234. — 1 III, 381-382.

par le P. Scheiner à Welser, sous le pseudonyme Appelles post tabulant, et dans lesquelles il parlait de ses découvertes à la troisième personne sans se nommer, mais en revendiquant la priorité contre Galilée, furent publiées àAugsbourg en 1612. Pour sauver l’immutabilité du soleil et des cieux, lout en se proclamant auteur d’une découverte bien difficile à concilier avec cette théorie péripatéticienne, le P. Scheiner affirmait dans ces lettres que les prétendues taches étaient des multitudes de petites planètes, qui, dans leur révolution autour de la terre, passaient devant le disque solaire, et que le soleil ne tournait pas sur lui-même. Telle était aussi la doctrine que le cardinal Conti proposait à Galilée dans une lettre du 18 août 1612; telle était la doctrine que les jésuites de Rome soutenaient contre un moine dominicain, qui avait défendu devant eux le système de Copernic en y rattachant une opinion sur les taches solaires, comme on le voit dans deux lettres écrites à Galilée, Tune par le prince Cesi le 14 septembre 1612, l’autre par Cigoli le 19 du mois suivant. Les réponses de Galilée à Welser sur les taches solaires, avec les lettres du faux Apelles, furent publiées, en 1613, à Rome par l’académie des Lincei, sous le litre à' Histoire et démonstration des taches solaires , avec un beau portrait de Galilée et une dédicace à Salviati. Dans ces lettres, Galilée établit contre le P. Scheiner que les taches solaires ne sont p'as des planètes, et que la rotation du soleil est prouvée par leurs mouvements apparents ; en même temps, il défend son droit de priorité pour la découverte des taches.

11 ne pouvait pas prévoir qu’on lui contesterait un jour ce même droit en faveur du hollandais Fabricius, qui n’v avait

jamais eu aucune prétention : dans un ouvrage publié en juin 1611, mais très-peu répandu, Fabricius était arrivé aux mêmes conclusions que Galilée formulait et justifiait avec plus de force et de précision dans ses lettres à Welser, sur la réalité des taches solaires, leurs changements de forme et de grandeur, leur mouvement périodique et leur adhérence à la sphère visible du soleil, dont elles prouvent la rotation à peu près mensuelle. En un mot, Galilée avait vu le premier les taches solaires avant la fin de septembre 1610, époque de son départ de Vénétie, et il les avait observées assidûment à Florence depuis le mois de novembre 1610 ; dès le mois d’octobre 1611 Galilée, et quelques mois plus tôt Fabricius, en avaient tiré, indépendamment l’un de l’autre, les mêmes conséquences, que Fabricius avait publiées le premier en juin 1611 , mais sans exciter l’attention, et que Galilée, après les avoir énoncées dans une lettre du 1er octobre 1611, avait mises dans tout leur jour par des lettres écrites en 1612 et publiées en 1615, sans connaître l’ouvrage de Fabricius. Au contraire, le P. Scheiner avait expressément et systématiquement méconnu ces conséquences certaines : peut-être, il est vrai, était-ce pour complaire à son ordre et au P. provincial Busæus, qui lui avait même d’abord interdit provisoirement de publier la découverte des taches1.

Longtemps après la publication de Galilée, le P. Scheiner, qui a le mérite d’avoir observé avec beaucoup de soin ces taches à l’aide de l’hélioscope, dont il est l’inventeur, et à l’aide de la chambre obscure, comprit enfin qu’il était

1 Voyez Weidler , Hist. astron., XV, 15, p. 454.

GAULÉE.

impossible de continuera les donner pour des planètes et à nier la rotation du soleil. En 1630, dans un livre intitulé Rosa ursina en l’honneur d’un Orsini, duc de Bracciano, et imprimé à Bracciano près de Borne, il s’appropria sur ce point l’opinion de Galilée, qu’il avait tant combattue autrefois; mais il persista à s’attribuer la priorité de la découverte des taches. En 1652, Galilée lui répondit victorieusement, dans la troisième journée de son Dialogue sur les systèmes du monde , en invoquant le témoignage de vénitiens encore vivants, auxquels il avait parlé des taches solaires avant la fin de septembre 1610 E En effet, une lettre, adressée de Venise à Galilée par Fra Fulgenzio Micanzio le 27 septembre 1651, atteste qu’à Venise, avant son départ, Galilée avait montré les taches solaires à Fra Paolo Sarpi, et qu’il avait dès lors pris part avec ses amis de Venise à des discussions sur la réalité de ces taches. De plus, deux lettres écrites de Vienne, le 10 octobre 1627 et le 4 janvier 1655, par l’ingénieur Pieroni, certifient que le P. Paul Guldin, savant suisse, devenu jésuite à Rome, avait déclaré lui-même à Pieroni avoir annoncé cette découverte de Galilée au P. Scheiner, vers l’époque à laquelle ce dernier disait avoir commencé ses observations à Ingolstadt. Lors même que la première observation du P. Scheiner aurait été antérieure de quelques jours à la lettre du P. Guldin, la priorité appartiendrait incontestablement aux observations faites par Galilée en Vénétie avant la fin de septembre 1610. Ainsi la bonne foi de Galilée dans ses prétentions sur ce point reste à l’abri de tout soupçon. Le P. Adam Tanner, jésuite, col-

1 I, 375 et suiv. Comparez IX, 256-257, et Suppl., XLIV-XLY.

lègue du P. Scheiner à Ingolstadt, avait été témoin de ses observations en 1611; il était adversaire de Galilée sur le système du monde : dans son Astrologia sacra , publiée à Ingolstadt en 1621, il attribue expressément la première découverte des taches à Galilée, et non au P. Scheiner. Nous avons vu que pour cette découverte Galilée avait également la priorité sur Fabricius, qui ne la réclamait pas. Nous avons dû insister ici, à l’exemple de MM. Albèri et Parchappe, sur le bon droit de Galilée, parce que M. Arago 1 et le R. P. de Gabriac2 ont nié ce droit de la manière la plus absolue. Le baron de Zach avait prétendu aussi prouver par les manuscrits de l’astronome anglais Iiarriot, que ce savant, mort si jeune, avait devancé Galilée dans la découverte des taches solaires et des satellites de Jupiter. Mais celte assertion a été réfutée, d’après la comparaison des dates, par Lücchesini5 et par sir Brewster.

En 1610 et 1611, Welser, à Augsbourg, Gallanzoni et le P. Griemberger, à Rome, avaient reçu de Galilée une série de lettres qui défendaient contre le P. Clavius, contre delle Colombe, et contre le P. Bianconi les vues énoncées dans le Sidereus nuncius sur les montagnes et les vallées de la lune. Le peintre Cigolo, ami de Galilée, ayant à peindre la lune sous les pieds de la sainte Vierge dans l’église de Sainte- Marie-Majeure à Rome, avait peint la lune avec ses vallées et ses montagnes, comme le télescope les montre, et le prince Cesi annonçait cette nouvelle à Galilée dans une lettre

1 Astron. popul., t. II, p. 109, et Notices biogr., t. III, p. 280. — 1 P 530. — 5 Note à la suite du deuxième Mémoire historique de Tiraboschi sur Galilée et le système de Copernic ( Storia délia lett. ital., Milano, 1821-1820, . VIII, p. 537-542).

du 22 décembre 1612. Unpéripatélicien, professeur de philosophie à Rome, Lagalla, dans une longue dissertation exposée oralement à Rome et imprimée à' Bologne en 1612, traita contre Galilée la question des montagnes et des vallées de la lune. Il niait la réalité de ces montagnes et de ces vallées, l’analogie de la lune avec la terre, le caractère planétaire de notre globe, et le système de Copernic et de Galilée ; il présentait l’hypothèse de la pluralité des mondes habités par des hommes comme une conséquence nécessaire, mais philosophiquement inadmissible, de ce système; il conciliait avec les doctrines péripatéticiennes les apparences lunaires montrées par le télescope, en les attribuant à des effets de lumière produits par diverses propriétés physiques de la surface sphérique et polie de la lune. Du reste, il se maintenait dans les termes d’une discussion courtoise et purement scientifique. Galilée écrivit sur cet ouvrage de Lagalla de courtes notes critiques, qui montrent la faiblesse des arguments de son adversaire, et dont quelques-unes ont une remarquable portée philosophique. Ces notes ont été publiées dans le troisième volume des œuvres de Galilée, à la suite de l’ouvrage de Lagalla. On trouve dans ce même volume, outre les lettres mentionnées plus haut, l’importante lettre écrite par Galilée le 28 février 1616 au duc Muti sur les montagnes lunaires1. Nous avons déjà dit que, dans un ouvrage publié en 1618, mais écrit en 161 1 ou 1612, lesavanl P. Clavius, avait reconnu l’existence de ces montagnes.

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