IX, 124, 152-154, 220; X
endetté en 1628 pour les voyages et les autres dépenses de la famille de son frère, resta le soutien de cette famille après la mort de Michel-Angelo1. En 1633, condamné par l’inquisition et séquestré à Sienne, il demandait, malgré la peste, à subir sa peine à Florence, pour pouvoir porter secours à sa belle-sœur, qu’il attendait, disait-il, d’Allemagne avec ses nombreux enfants2. Elle vint, en effet, mais mourut de la peste avec tous ceux de ses enfants qui l’accompagnaient. Outre Vincenzo, fixé en Pologne, il restait deux autres fils de Michel-Angelo, qui vivaient à Munich et qui se montraient dignes des bontés de leur oncle. En 1636, le plus jeune, Cosimo, achevait son éducation à Munich chez les jésuites, et Galilée appelait en Italie le plus âgé des deux, Alberto, musicien distingué. Celui-ci retourna à Munich en 1639, s’v maria, et eut bientôt une nombreuse famille, tandis que Cosimo allait de pays en pays, attaché comme musicien à la suite d’un grand seigneur habitué à voyager, et qui avait pour lui l’affection d'un père5.
Galilée, qui se montra ainsi bon et généreux parent, ne se montra pas moins bon père. Son fils Vincenzo, qu’il ne faut pas confondre avec son indigne neveu4, lui causa aussi bien des inquiétudes et des chagrins. Il était né en 1606. Pœsté à Padoue près de sa mère jusqu’en 1612, il fut légitimé parle grand-duc en 1619. Envoyé en 4622 à l’université de Pise, il s’y conduisit mal en 1623 ; mais, en 1628, il y fut reçu doc-
1 VI, 521-522; Suppl., 241-242; VII, G5. — 2 Mgr Marini, p. 156. — 5 Suppl. , 281-285, 280; X. 156, 158, 162-105, 599-400.— * Venturi, M. Libri et d’autres ont attribué au fils les torts du neveu. M. Albèri (VI, 508) a appliqué au neveu une lettre qui concerne le fils, étudiant à Pise en 1625.
GAULÉE
teur. En 1627, Urbain VIII lui avait accordé une pension, qu’il refusa à cause des pratiques religieuses auxquelles elle l’aurait obligé. Il épousa en 1629 Sestilia Bocchineri, nièce de Geri Bocchineri, secrétaire de la cour de Florence. Cependant, en 1655, Galilée fut encore obligé de payer des dettes de son fils. Celui-ci avait du goût pour les mathématiques, la mécanique et la musique. Mais, employé dans les chancelleries de Toscane, il ne put se faire à ce genre de travail, et recula au lieu d’avancer dans cette carrière1. Les deux tilles de Galilée, sœurs aînées de Vincenzo, dont la plus âgée joignait aux qualités du cœur un esprit distingué, se firent religieuses, dès qu’elles eurent atteint l’âge, dans le couvent de San Matteo d’Àrcetri près de Florence. Galilée fit remettre, par des intermédiaires, à la mère de ses enfants, restée à Padoue, diverses sommes d’argent, et elle épousa, à Padoue, Giovanni Bartoluzzi, employé de l’opulente famille Delfino, avec lequel Galilée échangea ensuite des lettres trèsamicales*. Telles étaient les mœurs du pays et de l’époque- Entendant fort peu l’économie, pratiquant largement l’hospitalité, traitant bien ses hôtes et ses convives et se traitant bien lui-même, très-généreux, comme nous l’avons vu, envers des parents qu’il était obligé de soutenir, n’épargnant rien pour les progrès des sciences, faisant faire à ses frais des expériences coûteuses et des instruments dispendieux, qu’il distribuait en Italie et ailleurs avec une grande libéralité, Galilée fut gêné toute sa vie, et fut quelquefois
1 VI, p. xin-xiv (comparez IX, 47); VIII, 55; Suppl., 70; IX, 14-15; Suppl., 155-156; VI, 508; IX, 114; Suppl., 195-197; IX, 150-152, 147; Suppl., 256-257, 259-264, 274-275; X, 520. — 2 VII, 55; Suppl., 54, 55-55, 70, 75, 155-156, 195-197, 257, 259-264.
forcé, pour vivre, de demander au grand-duc des avances sur son traitement1.
Lorsqu’en septembre 1610 Galilée se fixait à Florence, il avait le plan tout tracé d’une vie studieuse et d’une longue série d’ouvrages à produire2. Son lieu favori pour l’étude fut, de 1611 au milieu de 1614, la villa delle Selve, appartenant à son disciple et ami Filippo Salviati, qui mourut à Barcelone le 22 mars 1614. Ensuite Galilée trouva place dans les villas d’autres amis, comme Viviani nous l’apprend sans indication précise. De 1617 à 1631, Galilée passa une grande partie de son temps dans la villa de Bellosguardo, qu’il louait au propriétaire Lorenzo Segni : il aimait à y réunir des amis de la science et surtout des jeunes gens studieux, et l’agriculture y charmait ses loisirs3. En 1631, il prit à lover, à la prière de ses filles4, une villa peu éloignée du couvent où elles étaient religieuses: il habita, de 1633 à sa mort, cette villa d’Àcetri, nommée il Gioiello, et appartenant à la famille Martellini; il se serait trouvé heureux d’y résider, si, comme nous le verrons, il n’y avait pas été séquestré par l’inquisition.
Après ces détails sur sa vie domestique, revenons à sa vie de savant. Jusqu’en 1611, malgré l’adhésion énergique de Kepler, les découvertes astronomiques de Galilée continuaient d’être accusées d’erreur et d’illusion, et elles ne l’étaient pas seulement par de prétendus savants, comme ce jeune écervelé le florentin Sizzi, qui, plus tard, le 19 juillet 1618, alla se faire rouer à Paris pour crime politique:
1 XV, 390; Suppl., 101. — 2 VI, 72-73, 93-99. — 5 Outre les titres des lettres de Galilée (VI-V1I), voyez XV, 393-395. — 4 IX, 248-249.
Sizzi fit contre Galilée un pamphlet dédié à Jean de Médicis, sous le titre de Dianoia astronomicci, et le fit imprimer à Venise en 1611 ; il y déclarait qu’il ne voulait pas se servir du télescope, parce qu’il était sûr d’avance de n’y pas voir les merveilles impossibles que Galilée prétendait y avoir vues. D’autres allaient jusqu’à dire que les télescopes de Galilée étaient fabriqués de manière à faire voir ce qui n’existait pas1. Cette accusation d’illusion extravagante ou d’imposture n’était pas répétée seulement par des professeurs péripatéticiens , peu compétents en astronomie, comme Cremonino et d’autres à Padoue2, et comme Libri à Pise. Elle était répétée même par l’habile astronome Magini, professeur à Bologne; elle le fut même d’abord par le savant P. Clavius3, qui mourut à Rome en 1612, mais après avoir constaté de visu l’existence des satellites de Jupiter, les phases de Vénus et les inégalités de la surface de la lune 4, et après avoir conclu, dans un ouvrage posthume publié à Lyon en 1 0 1 8 5 , que désormais les astronomes devaient en prendre leur parti, et chercher comment il fallait constituer les orbites célestes , de telle sorte qu’il fût possible de sauver ces phénomènes indubitables. Moins savant et plus entêté, le professeur Libri était mort à Pise sans avoir jamais voulu regarder dans un télescope, et en protestant contre les sottises de Galilée. Celui-ci écrivait, le 10 décembre 1610, que le défunt, n’avant pas voulu voir d’ici bas les satellites de Jupiter, les verrait peut-être en passant pour se rendre au ciel. Les théologiens et les astronomes
1 VI. 163-169. — 2 VI, 94 et 142. — 5 VIII, 109-110, 159, 161. — 4 Vf, 129; VIII, 120-122; Suppl., 100-101. — 5 Comm. sur le ch. 1 de la Sphère de Sacrobosco (John d’Holywealde).
avaient cédé à l’évidence; mais les péripatéticiens de Padoue et les astrologues persistaient en 1611 dans leurs négations obstinées i.
L’un des adversaires les plus insolents de Galilée à cette époque fut le bohème luthérien Martin Horky, disciple de Kepler*. Il s’attira le blâme sévère de son maître, qui, dans une lettre humiliante , lui reprocha de s’être fait passer pour catholique près des jésuites, afin de les gagner à ses calomnies contre Galilée3. Quand Horky eut publié à Modène, en 1610, son pamphlet intitulé Peregrinatio contra Nuncium sidereum , Kepler engagea Galilée à ne pas répondre à cet adversaire indigne de lui4. L’écossais Wodderborn, qui avait été élève de Galilée à Padoue, et l’italien Roffeni, se chargèrent de répondre, l’un à Padoue, en 1610, l’autre à Cologne, en 1611 . Un des maîtres d’Horky, l’astronome Magini, de Bologne, avait été d’abord l’instigateur et le complice secret des injustes et violentes attaques du bohème, comme le prouvent les lettres de Martin Ilasdale et de Sertini à Galilée, et une lettre de Kepler, du 25 octobre 161 05. Cependant Magini recula bientôt, et désavoua sa complicité : le 28 septembre 1610 et le 11 janvier 1611, il écrivit à Galilée en admirateur de ses découvertes. Enfin Horky s’excusa près de Kepler, en rejetant la faute sur Magini et sur les professeurs de Bologne, qui, disait-il, l’avaient mis en avant en l’abusant par des mensonges. Sizzi s’excusa de même, en disant à Sertini que Magini avait joué près de lui le même rôle d’instigateur et de trompeur.
‘ VI, 142 et 163-105. — 3 VI, 116-117, 122, 159-161 ; VIII, 56-63, 65- 75, 75-109. — 5 VIII, 72-73. Comparez VIII, 81, 92-97, 101. — 4 VIII, 93. — 5 VII, 61-62, 65-67, 82-83, 88-90, 101, 116.
Galilée excellait à construire les lunettes astronomiques, avec l’aide d’habiles ouvriers qu’il avait chez lui et qu’il dirigeait: on lui demandait ses télescopes de tous les pays. Partout ses instruments se chargeaient de sa défense contre les Sizzi, les Horky, les Cremonino, et réduisaient peu à peu ses contradicteurs au silence. En 1611, Galilée se rendit à Rome avec une provision d’arguments convaincants, c’est-àdire de bons télescopes. En cette ville, les péripatéticiens et les théologiens, de même que les astronomes, et notamment le P. Clavius, cédèrent au témoignage de leurs yeux; les savants de l’observatoire romain, interrogés par une lettre du cardinal Bellarmino, furent obligés d’avouer que ce qu’ils avaient d’abord déclaré impossible était vrai1. L’académie des Lincei, dont le fondateur et président, le pieux et savant prince Cesi, fut toujours un des plus fidèles amis de Galilée, s’empressa de lui ouvrir ses rangs ; il se fit beaucoup d’admirateurs et d’amis à Rome dans cette académie et en dehors. Il fut très-bien accueilli par le pape Paul V, qui lui promit sa protection.
En 1612, il eut d’autres luttes à soutenir pour d’autres vérités. Continuant l’œuvre d’Archimède, il défendit quelques-uns des vrais principes de l’hydrostatique contre les péripatéticiens dans un ouvrage qu’il publia sur les Corps flottants: il y établissait, entre autres principes de mécanique, celui des vitesses virtuelles, comme il l’avait fait dès 1595 dans sa Mécanique, qui ne fut imprimée qu’après sa mort, et comme il le fit mieux encore en 1658 dans ses Dialogues sur les sciences nouvelles. Deux éditions du traité