DANS SES PRINCIPES FONDAMENTAUX
Dans un résumé sommaire qui termine son 4“ volume publié en 1819, Gall retrace, à grands traits, la portée de son œuvre.
Scs adversaires ont pu y voir de routrccnidancc, . compli(juéc de calculs intéressés. Pour nous, ces dernières pages ne traduisent (juc de la conviction et de la bonne foi. Elles seront, pour le lecteur, un indice abrégé des expositions de Gall sur plusieurs points que nous avons du négliger , la cràniologie entre autres.
Dans toutes mes recherches, je me suis proposé le but de trouver les lois de l’organisation et les fonctions du système nerveux en général et du cerveau en particulier.
L’exposition des systèmes nerveux de la poitrine et du bas-ventre, de la colonne vertébrale ou des mouvemens volontaires et de celui des sens extérieurs, nous a
fait voir les mêmes lois et dans leur organisation et dans leur destination. Partout origine des fibrilles nerveuses de la substance grise nourricière; partout des appareils de renfort de la masse nerveuse par la môme substance grise ; partout épanouissement final ; et partout une organisation nerveuse particulière ou système nerveux particulier, indépendant des autres, toutes les fois qu’une fonction essentiellement différente doit avoir lieu.
J’ai démontré les mêmes lois dans l’organisation du cerveau. Origine de toutes les fibrilles nerveuses cérébrales de la substance grise; leur l'enfort successif par de nouvelles masses de substances grises, des ganglions; existence de plusieurs départemens ou faisceaux nerveux indépendans les uns des autres; épanouissement final de toutes les diverses parties constituantes de la masse nerveuse cérébrale en une membrane nerveuse, soit étendue, soit roulée en forme de circonvolution.
Celte uniformité des lois de l’organisation de tous les systèmes nerveux ne laisse plus aucun doute sur l’exactitude des découvertes anatomiques du système nerveux en général et du cerveau en particulier.
Après avoir déterminé les fonctions des systèmes nerveux de la poitrine et du bas-ventre, de la colonne vertébrale et de cinq sens, il restoit encore la grande difficulté de déterminer les fonctions du cerveau et de ses diverses parties. Avant d’aborder ce point essentiel de ma doctrine, il étoit indispensable de rectifier les idées sur l’origine des instincts, des aptitudes industrielles, des penchans et des facultés. De là une section toute entière consacrée aux preuves que toutes nos dispositions morales et intellectuelles sont innées, et que
toute manifestation d'une qualité morale ou d’une faculté intellectuelle quelconque dépend de l’organisation.
Maintenant je pouvois demander, quelle est celle organisation, instrument de toutes les fonctions morales et intellectuelles? Est-ce le corps tout entier? est-ce le lempéramment? est-ce une seule partie, et quelle est celle partie du corps de l’homme et de l’animal ? J’ai établi j)ar un grand nombre de preuves, tant négatives ([ue positives, et par la réfutation des objections les plus importantes, que le cerveau seul a été gratifié de l’immense avantage d’être l’organe de l’àme. Des recherches ultérieures sur la mesure de l’intelligence de l’homme et des animau.x ont amené les résultats, que les cerveaux des animaux sont d’autant plus simples ou plus composés, selon que leurs instincts, leurs penchans et leurs facultés sont plus simples ou plus composés; que les diverses régions du cerveau sont affectées à des catégories difl’érenles de fonctions; qu’enlin le cerveau de chaque espèce d’animal, et par conséquent aussi celui de l’homme constitue une réunion d’autant d’organes particuliers qu’il y a dans l’homme ou dans l’animal de qualités morales et de facultés intellectuelles essentiellement différentes.
— Les dispositions morales et intellectuelles sont innées; — leur manifestation dépend de l’organisation; — le cerveau est exclusivement l’organe de l’âme; — le cerveau est composé d’autant d’organes particuliers et indépendans (ju’il y a de forces fondamentales de l’àme : — Voilà quatre principes incontestables qui forment la base de toute la physiologie du cerveau.
Après la démonslralion rigoureuse de ces principes, il falloit examiner jusqu’à quel point l'inspection de la forme de la lêle ou du crâne ofl're un moyen de connoîlre l’existence ou l’absence, le plus ou moins grand développement de certaines parties cérébrales, et par consé- (juent l’existence ou l’absence, la foiblesse ou 1 énergie de certaines fonctions; il falloit indiquer les moyens de connoîlre les fonctions des parties cérébrales déterminées ou le siège des organes; enfin, il étoit indispensable de distinguer les qualités et les facultés fondamentales, primitives, d avec leurs attributs généraux.
Dès-lors, je pouvois introduire mes lecteurs dans le sanctuaire de l’âme et du cerveau, et donner, de chaque force primitive morale ou intellectuelle, l'historique de la découverte, l’histoire naturelle dans l’état de santé, ainsi que dans l’état de maladie, et des observations nombreuses à l’appui du siège de son orgaèe.
Un examen des formes de têtes de diverses nations, une démonslralion de la nullité de la physiognomonie, une théorie du langage d’action ou de la pathognomique, ajoutent un nouveau poids aux vérités précédentes.
Le développement détaillé de la physiologie du cerveau a dévoilé les défectuosités des hypothèses des philosophes sur les forces morales et intellectuelles de l’homme, et a fait éclore spontanément une philosophie de l’homme, fondée sur son organisation, par conséquent
la seule en harmonie avec la nature.
En dernier lieu, j’ai discuté quatre propositions également intéressantes pour l’histoire et pour la philosophie, concernant les motifs de nos actions, l’origine des arts et des sciences, la perfectibilité de l’espèce humaine
et l’étendue du monde de chaque être vivant, et j’ai hiit voir que la solution de toutes ces questions, restées jusqu’à présent problématiques, découle immédiatement de la physiologie du cerveau.
Plusieurs personnes, même très-instruites, mais ne connoissant l’organologie que par ouï-dire, me demandent avec une naïveté singulièrement confiante, si je crois moi-même de bonne foi à ma doctrine. On a l’air de supposer que je dois être le premier convaincu de sa fausseté, mais que je voulois ou jouir de la réputation de fondateur d’un système ingénieux, ou soutenir des opinions émises d’abord avec précipitation.
Si j’étois homme à me repaître de fumée, il y a plus de vingt ans que j’aurois cédé à la démangeaison de publier les premiers aperçus d’une physiologie du cerveau. Je'suis plus glorieux de la découverte de la plus mince vérité que de l’invention du plus brillant système.
Toute la physiologie du cerveau est fondée sur des observations, des expériences, des recherches mille et mille fois répétées sur l’homme et sur les animaux. Le raisonnement n’a fait que saisir les résultats et fixer les principes qui découlent des faits. C’est pour cette raison que les nombreuses propositions, quoique si souvent subversives des propositions reçues, ne sont nulle part opposées entre elles. Tout s’accorde, tout s’enchaîne, tout s’éclaircit, tout se conürme réciproquement; l’explication des phénomènes les plus abstrus de la vie morale et intellectuelle de f homme et des animaux n’est plus un jeu de suppositions gratuites; les causes les plus cachées de la diflërence du caractère des espèces,
des nations, des sexes, des âges, depuis la naissance jusqu’à la décrépitude, sont mises en évidence; les aliénations des fonctions de l'âme ne sont plus subordonnées à un spiritualisme que rien ne sauroit atteindre; l’homme enfin, cet être inextricable est connu; l’organologie compose et décompose ses penchans et ses talens de fragmens en fragment; elle a fixé nos idées sur sa destination et sur la sphère de son activité; elle est devenue une source féconde d’applications des plus importantes à la médecine, à la philosophie, à la jurisprudence, à la morale, à l’éducation, à l’histoire, etc. ; certes, ce sont autant de garanties de la vérité de la physiologie du cerveau, autant de titres de reconnoissance envers celui qui me l’a fait connoître !
Si ce résumé, par lequel Gall termine son œuvre, représente bien la naïve franohise de son caractère, il démontre aussi que la science actuelle a généralement adopté les propositions qui y sont comprises. Les lois qu’il y a rappelées sur l'évolution des systèmes nerveux de la vie végétative et de la vie animale sont devenues classiques, et les principes fondamentaux de Torganologic cérébrale ne sont plus eontroversés.
Or, au temps de Gall, les physiologistes, les plus marquants dans l’enseignement, Richerand, Pinel, Fodéré, etc. professaient encore , que toutes les nuances de caraetère moral et intellectuel s’expliquent par la diversité des tempéraments.
Et, dons l’étude des aiïections mentales, Esquirol, n’admotlanl que des altérations des facullés essentielles de la mémoire, de l’imaginalion, du jugement, et surtout de V attention, repoussait toute idée se rattachant à des lésions organiques.
Il faut arriver à 1828 pour voir Adelon et Georejet prendre au sérieux l’œuvre de Gall et lui cous crer de justes apjiréciations au Dictionnaire de Médecine en 21 volumes.