‹ Gall et sa doctrineChapitre 10 sur 37 · DE CORRECTION ET DE PUNITION · texte numérisé non relu

DE CORRECTION ET DE PUNITION

Il reprend le sujet sous une nouvelle lace et précise la distinction entre les facultés morales et

intellectuelles, c’est-à-tlire entre la volonté et l’entendement. Il établit : que, pour juger convenablement les actions de riiomme, il faut le voir, d’abord, comme e.xistant par lui-même, et, ensuite, comme étant soumis à riniluenee du monde extérieur et destiné à la vie sociale.

Comme être agissant par lui -même, il faut le considérer selon la marche graduelle de l’organisation, sous deux rapports principaux ; c’est-à-dire, comme animal et comme homme.

Comme animal, il a, jusqu’à un certain degré, une organisation commune avec les brutes, et participe à leurs penchans, à leurs inclinations, à leurs facultés. Il est, de même que les animaux, esclave de ses sens, et n’a point de libre usage moral de ses facultés innées. Mais, comme homme, il est pourvu d’organes, de hicultés supérieures qui réalisent en lui le caractère de l’humanité, et qui en font un être moral.

Dans l’étal régulier de santé, l’homme ne se montre jamais comme purement homme, ni comme purement animal; les divers rapports qui résultent de son organisation mixte, doivent donc être pris en lîonsidéralion Alors seulement on peut se former une idée claire du degré de sa liberté morale, et deviner l’usage que, suivant toutes les apparences, il en fera.

Les rapports de celle organisation mixte présentent les cas suivans :

1°. Tantôt les organes des facultés humaines les plus élevées sont complètement développés, tandis que les

organes des propriétés animales n’ont cpi’nn degré médiocre de développement et d’activité.

2®. Ou bien ce sont les organes des propriétés animales qui ont atteint un haut degré de développement et d’activité, tandis que les organes des facultés qui seules sont propres à l’homme, ne sont que peu développés et peu actifs.

3®. Ou bien les organes des propriétés animales et humaines ont toutes acquis un développement et une activité considérables.

4“ Ou quelques organes particuliers, soit des propriétés animales, soit des propriétés humaines, se manifestent avec un perfectionnement et une activité e.xlruordinaires, tandis que les autres n’ont acquis qu’un développement et une activité médiocres.

5®. Ou enlin les organes communs au.v animaux et ceux propres à l’homme sont également médiocres, et, dans cette médiocrité, il existe une inlinilé de nuances et de variétés.

Quand les propriétés d’un ordre supérieur l’emportent do beaucoup sur tes propriétés animales ou d’un ordre inféi'ieur, celles-ci ne peuvent déterminer les actions de l’homme, qu’aulant (jue les propriétés d’un ordre siipél'ieur les maintiennent en activité et les dirigent. Les mouvemens intérieurs et la conduite ‘toute entière d’hommes ainsi organisés, ne sont que perfection et moralité. Ils ont élé élus par l’éternelle providence pour servir d’exemple et de modèle. Ne vouloir et ne faire que le bien, connoître et désirer les choses célestes, agir avec droiture, rendre toujours hommage à la vérité, faire entendre la voix de la sagesse, tels sont, en dépit

de l’ingi'ttlilude et des persécutions, les premiers, les principaux besoins de leur âme. Cependant de tels hommes ne sont pas à l’abri de toute tentation. Jésus- Cbrisl même fui tenté, selon Saint Mathieu.

Le contraire de ces hommes se montre dans ceux dont les organes des facultés supérieures ne sont que peu développés et peu actifs, tandis que leurs organes animaux ont un développement et une activité très considérables. Dans ceux-ci, tout est soumis à la brutalité des sens. Les tentations sont nombreuses et violentes; l’homme court d’autant plus souvent le danger de succomber, qu’il reçoit moins de secours des facultés supérieures, à raison de leur extrême foiblesse; trop heureux, lorsque les penchans qui agissent en lui, ne sont pas du nombre dos plus nuisibles !

Dans le cas où les propriétés animales et humaines sont également très-actives, il en résulte des hommes qui peuvent être grands dans le vice comme dans la vertu, suivant qu’ils laissent dominer les propriétés qui les portent au bien, ou celles qui les portent au mal. Ce mélange, lorsqu’il a lieu dans des proportions à-peu-près égales, explique comment des hommes qui, sous de nombreux rapports, sont l’excellence et la sagesse mêmes, sont sujets, sous d’autres rapports, aux plus déplorables foiblesses. Ce sont eux qui éprouvent, de la manière la plus sensible, la lui le des deux hommes en eux (*). Si d’un côté leurs qualités sont élevées, de l’autre les inchnalions basses, les désirs grossiers agissent sur

(■' Mon Dieu, quelle guerre cruelle !

Je trouve deux hommes en moi, etc.

Racine, 3*, cantique npirituel ; tiré de l’épitre de St. Paul aux Romains.

eux avec une violence extrême. Ce sont eux enfin qui, par cela* même, comme St. Paul et comme St. Augustin, etc., ayant eu les plus rudes combats à soutenir, peuvent prétendre à la victoire la plus glorieuse de la vertu.

Dans le quatrième cas dont nous avons parlé, si (|uelques-uns des organes des propriétés, soit animales, soit humaines, se manifeslenl avec une activité extraordinaire, tandis que d’autres restent comme frappés d’engourdissement, il en résulte d’un côté de grands génies, de grands talens dans une carrière déterminée; et de l’autre une incapacité et une impuissance partielles surprenantes. Ce qui agit puissamment dans ces hommes, les excitera avec d’autant plus de force, que les facultés opposées à celles-là auront moins d’activité.

Enlin, dans la cinquième classe, se trouve la foule d’hommes ordinaires. Elle se montre avec un développement médiocre, mais assez uniforme des propriétés animales et humaines. Mais les facultés de l’ordre le plus bas ayant en général plus d’énei'gie que celles de l’ordre le plus élevé, de tels hommes restent la plupart bornés à la sphère des plaisirs des sens, et, sous aucun rapport, iis ne produisent rien de remarquable. Presqu’uniquement l’ouvrage de l’éducation et des circonstances, si dans la vie sociale ils se montrent cependant différens les uns des autres par quelque chose do particulier, c’est parce qu’ils ont certains organes qui sont différemment développés ou irrités.

Ces cinq divisions principales se confondent par mille modifications, ainsi que cela arrive toujours aux gi'andes divisions de la nature.

Dans le premier cas seulement, l’organisation est si

heureuse, qu’elle donne aux qualités d’un ordre supérieur le pouvoir presque certain d’étouffer celles d’un ordre inférieur, ou de leur imprimer constamment une direction favorable. Dans tous les autres cas, l’homme a sans cesse à lutter contre l’animal qui est en lui. Ce combat, sans les palliatifs de l’éducation seroit d’autant plus inégal, que les penchans animaux seroient plus développés ou plus excités en comparaison des qualités de l’ordre supérieur. On peut donc admettre comme vrai, que parmi les hommes, sauf l’usage que la volonté peut faire de sa liberté, un très-petit nombre trouveroient en eux seuls, c’est-à-dire dans leur seule organisation, des motifs suflisans pour résister aux suggestions de la chair et pour se faire la loi à eux-mêmes.

C’est une loi de la liberté morale que l’homme soit toujours déterminé et qu’il se détermine par les motifs les plus nombreux et les plus puissans. 11 suit donc de cet exposé des cas les plus ordinaires de son organisation, et des suites naturelles qui en résultent, que, pour déterminer l’homme à des actions nobles et élevées, et pour qu’il s’y détermine, il faut ou développer et cultiver en lui les organes respectifs intérieurs, ou bien multiplier et fortifier les motifs extérieurs. Ainsi donc, au lieu de supposer que l’innéité des propriétés morales et intellectuelles rend superflues l’éducation, la morale, la législation, les peines, les récompenses et la religion même, on sera convaincu de plus en plus que ces institutions sont nécessaires et indispensables. Nous disons, avec Pascal, qu’un des avantages les plus essentiels de la religion chrétienne, c’est (pdelle connoit à fond la nature humaine, c’est-à-dire tout ce que l’homme a de

grand cl lonl cc ((ii’il a de iniséi'aljlc, cl qu’elle lui prôsenle les inolifs les plus noldes. Plus les inolifs par lestpiels on soulienl riiomine, en l’cclaiianl sur son bien véritable, sont nombreux, furls et nobles, et plus on délerininera avec cerlilude le bon choix de ses actions. On lui lacililcra d’autant plus le moyen de résister aux tentations basses, qu'on les aura l•épriméc3 de meilleure heure; (pie, par une cducalioii commencée dès la tendre enfance, l’idée des suites funestes (pi’enlraînent les mauvaises actions, sera chez lui plus habituelle cl plus vive, et que, par un fré([uent exercice des propriétés de l'ordre le plus élevé, ces mêmes propriétés auront acipiis j)lus de facilité et d’énergie.

Ces iiitci'prctatiüiis de Gnil stir Ic.s condilioiis physiologiques de la liheric morale, ne doivent être considérées que comme préparaloires au.x applications de détail à la [)luralilé des laeultés morales et inlcllcclucllcs. Notre intention n’est pas de l’y suivre. Mais, nous avons tenu à faire ressortir ici cette alfirmation si importante de la duplicité humaine physiijuc et morale, reliée à l’organisation.

Evidemment, il y a là nn premier grand pas sur le terrain de la localisation des facultés et la conception de Gall a l’avantage de concilier le [lassé avee le [)i'éscnt. D’un côté, elle s’accorde au principe des métaphysiciens sur l’entendement et ta volonté; et, d’autre part, elle a devancé l’éeole Physiologique actuelle dans sa tendance à placer

le siège des fncullcs sensitives à la partie postérieure du cerveau, et les facultés intellectuelles à la partie antérieure. C’est, comme l’entendait Gall, l’iiumanité en avant, l’animalité en arrrière.

Le dédoublement du cerveau et le rôle particulier de chaque hémisphère, donnée qui tend aussi à prendre | lace au credo de la physiologie du jour, est encore un fait contradictoire au vieux [irincipe de l’unité cérébrale.

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