SENS UES MOTS, SENS DES NOMS; MÉMOIRE VERBALE
Gall avait remarqué, dès son adolescenee, que les gros yeux saillants étaient l’indiee d’une grande aptitude à s’assimiler les mots, à les conserver dans la mémoire. Ses premières observations avaient eu lieu sur ses condisciples, au tem|)s de ses études seolaires et universitaires; et il ne leur aeeordad’importanee que plus tard, quand il les vit confirmées sur les Naturalistes, les Collectionneurs, et autres amateurs ayant goût d’entasser dans leur mémoire des noms propres, des substantifs, des néologismes.
Pour Gall, c’est la conformation de l’appareil oculaire et son aspect extérieur qui traduisent le sens de la mémoire des mois; et cette morphologie SC ratl.'K’hc cllc-mcmc à la disposition des circonvoliihons cérébrales (|ui y correspondent. L’explicaiioii qu’il cil donne, tonte subtile (pi’elle parais.se, n’est pas sans ([uelqne fondement. Elle repose, tout entière, sur la conlormation que subit la voûte orbitaire , dans sa partie externe sphénoïdicnne , suivant que la partie du lobe frontal, qui lui correspond, est plus ou moins développée. Un dévelop-
pement prononcé entraîne une dépression de la voûte orbitaire; d’où, pression sur le globe oculaire et la saillie, en avant, qui en résulte.
Nous ne suivrons pas Gall dans les détails surchargés par lesquels il renforce son interprélation. Ajoutons seulement, qu’un signe anatomique extérieur, correspondant à l’organe de la mémoire des mots, se trouve aussi dans le développement de la région antérieure et inférieure fronto-temporale, e’cst-à-dire dans le diamètre plus ou moins grand de la tète, d’une tempe à l’autre. Quelquefois, ditil, la partie inférieure des tempes est tombée, ce qui atteste un grand développement des parties cérébrales adjacentes et une prédominance du lobe temporal.
Gall a écrit : Je regarde comme organe de la mémoire des mots cette partie cérébrale qui repose sur la partie postérieure de la voûte orbitaire. Il considère le sens des mots comme n’étant qu’un iragment du sens du langage de paroles J distinction qui pourrait correspondre aux diverses formes de l’aphasie.
Au Chapitre de la mémoire des noms et des mots dans Vétat de maladie., Gall rapporte les trois cas suivants ;
1“. Un oflicier, fut blessé d’un coup de pointe, immé-
clialemenl au-dessus de l’œil. 11 me dil (jue depuis ce moment il a beaucoup de peine cà se rappeler les noms de ses meilleurs amis; il n’avoil absolument aucune connoissance de ma doctrine. Il ne s’aperçoit d’aucun alToiblissement de ses autres facultés.
2°. A Marseille, un autre jeune bomme reçut au-dessus du sourcil un coup de lleuret qui lui lit perdre tolalemenl la mémoire des noms ; il ne pouvoitpasse rappeler ceu.x de ses amis les plus inlimes, même celui de son père.
3“. M. le baron Larrey a eu la complaisance de m’amener un de ses malades dont voici l’histoire :
M. Edouard de Hampan, à{jé de vingt-si.\ ans, reçut avec un fleuret, dont la pointe avoit été rompue sur son plastron, un coup à la partie moyenne de la région canine gauche, {*) près de l’aile du nez, dans une direction oblique de bas en haut, et un peu de dehors en dedans. L’instrument j)énétra à la profondeur de trois pouces et demi ou environ , à travers la fosse nasale gauche, traversa la lame criblée de l’ethmoïde près de l’insertion de la fau.x du cerveau, et paroît avoir pénétré, dans une direction verticale et un peu oblique, d’avant en arrière, à la profondeur de cinq à six lignes dans la paiiie interne postérieure du lobe antérieur gauche du cerveau, de manière à se l'appi’ocber de la partie antérieure du mésolobe. — Le malade éprouva une hémorragie très- considérable dans l’instant même de la blessure, et il est sorti une très-grande (|uanlilé d’es- (piilles par le nez et [>ar la bouche.
(■) Droite, sans doute.
Tous les organes des sens ont été paralysés à l’instant même, mais ils ont repris peu à peu leurs fonctions, et il ne reste plus maintenant que les altérations suivantes :
La vue a été perdue totalement de l’œil gauche pendant un mois; elle est rétablie aujourd’hui, mais le malade voit les objets doubles.
L’odorat étoit totalement éteint, il est rétabli à présent; et le malade peut distinguer les liqueurs alcooliques odorantes des liqueurs inodores.
Le goût étoit également aboli, il s’est rétabli peu à peu sur le côté droit de la langue, de manière que la moitié droite de cet organe perçoit très-bien les saveurs. Tandis que le côté gauche est privé de cette faculté, la totalité de cet organe est entraînée à droite, par opposition à l’hémiplégie qui e.viste du côté droit, la bouche étant déjetée à gauche. •
L’ouïe, abolie d’abord dans l’oreille du côté de la blessure, s’est rétablie par la suite, et il ne reste plus qu’un bourdonnement.
La voix qui s'étoit perdue également s’est rétablie de même, et il ne reste plus qu’un léger bégayement.
La force des organes générateurs est conservée entièrement. Il survint une hémiplégie de tout le côté droit; et il ne reste plus aujourd’hui qu’une paralysie du membre thoracique et abdominal de ce même côté, pour la locomotion seulement, la sensibilité y existant intacte.
La mémoire des noms a été totalement éteinte, et ne se produit aujourd’hui que très-difficilement, tandis que la mémoire des images, et de tout ce qui est susceptible de démonstration, est dans l’intégrité la plus parfaite.
L’aberration mentale, ([ui a existé dans les premiers temps dans les organes de l’intellect, a cessé aujourd’hui;
îuaiÿ !w»l vv qui a mpport à amour~jvrv»j.\re, « st's suovvÿ nuUUir^. oic . le jell© dans uo étal d'aliéttatioa «q ile ntêlauov'lie prv»l\>R\U\ tandis que les cv*n\‘ersath>as qm ont rajqvurt à sa famille, à ses pnx'hes, à ses amis, lui reudent st-s; faouUés,
Le malaiîe s<' rapj>?loit très-bien la perseane, la t'^rure et It's traits de M, le ban>a l,arrey; il Taurvùt reevmnu sans aueuiH' diftk'uUê; il le wn-oit teujours devant s^s; yeux vexjux'ssicns du nvakade'' : et cependant il a^* se rap^vloit jvas S\^»n coin et le dési'^joit par celui de M, trà.>se.
J'ai VH ce luaLavîe, et je me suis coax-aîacu qi:e sou état est tel qu'oa vient ^le le décrire,
Gall rojKvxiuU aas^st une ebsen^ltou, n»|vtMiêe |K*r Pint'i el qui prvmve qite la uiênKnre des uk^îs jx'ut acxjttèrir, |'alhok>$::H|uenH'nt , un jdus cwtHl de^rè d'aetivilé.
— l'n aliéné, ^.;éri par le d^xiettr WilKs, a ùil ainsi rhîsieire des accès qu'il acv^it éjuxinvès; J'atleos.K'is, vîît-ïl, toiycuirs avec iai|>alk'r:cv\ l'accès d'arilatica qui durv>it dix ou dvHue heures, jùus ou nKÙas, parvv que je jeuissv'is pendant sa duree d'uae sorte de béatitude, Tvxtt tae sembloit Êh.nle, aucaa obstacle ae m'arréteit ea iheerie ai atcme eu reaüté: ma mémoire acquercit to«là-cv'up use j'erhjctà'u sîs^cSère: je me rappei,HS de p«ss,içes des auteurs Lùas-
CV»H eotnprenani, sans »K>ule, que celle séparatkui du sens de la utèttKHre des tKHtis et des nK*ts
va jcttcr (le la confusion dans le Chapitre suivant, termine par celte phrase :
— Je pense que les difficultés que nous avons rencontrées dans ce Traité de l’organe des mots, disparaîtront à mesure que nous avancerons dans le traité de l’organe du langage de parole qui va suivre.