TALENT DE LA PHILOLOGIE ETC
Les indications morphologiques et le siège que Gall attribue au sens de la mémoire des mots et à celui du langage de paroles^ diiïèrcnt bien |)cu les uns des autres; et, l’idée d’y adjoindre ce (ju’il appelle le talent de Philologie n’amène (jue plus d’ambiguité dans son interprétation.
Gall revient ici sur une conformation des yeux, à peine différente de celle qu’il a affectée au sens des noms et des mots; et il veut eti tirer des inductions beaucoup jilus élenducs.
Pour lui, c’est dans la partie moyetmc inférieure du lobe frontal que gîte cette faculté; et, c’est aussi par une pression des circonvolutions sur le plafond orl/itairc qu’il explique la (orme des yeux pochetés (ju’il altribuc aux [icrsoimages les jilus rcmanjuahlcs par leur érudition, aux Linguistes, aux Philologues, etc.
Il est évident , pour nous , que Gall fait ici double emploi de la même disposition org^inique, ee qui démontre l’aberration qu'il a commise en séparant le sens dos noms et des mots de celui du langage parlé.
C’est surtout au Chapitre du sens des langues dans L’état de maladie que la confusion se manifeste.
Des quatre observations qu’il rapporte, deux peuvent se raltacber au sens des noms et des mots et tendent à démontrer que la voussure du j)lafond orbitaire, conséquence du manque de développement de la partie inférieure des circonvolutions frontales, entraîne le manque absolu du sens des noms et des mots.
— 1“. Une femme avoit assez de facultés intellectuelles pour faire son ménage et pour soigner ses enfans. Quoiqu’elle eût l’ouïe bonne, elle ne put jamais apprendre à parler. Dans son crâne, les planchers orbitaires supérieurs sont fortement voûtés en sphère, preuve certaine que les parties cérébrales, placées au-dessus étoient très-foiblement développées.
— 2®. Dans le crâne d’un individu complètement imbécile, les i)lancbers orbitaires supérieurs s’élèvent également beaucoup en sphère dans la cavité crânienne.
Les deux observîitions qui viennent ensuite représentent plus particulièrement des cas d’aphasie.
Il s’agit d’abord d’un lait rapporté par Pinel:
— 3°. Un notaire avoit oublié, à la suile d’une attaque d’apoplexie, son propre nom, celui de sa femme, de ses enlans, de ses amis, quoique d’ailleurs sa langue jouît de toute sa mobilité; il ne savoit plus lire ni écrire, et cependant il paroissoit se ressouvenir des objets qui avoient autrefois fait impression sur ses sens et qui étoient relatifs à sa profession de notaire. On l’a vu désigner avec les doigts des dossiers qui renfermoient des actes qu’on ne pouvoit retrouver, et indiquer, par d’autres signes, qu’il conservoit l’ancienne chaîne de ses idées.
— 4“. Un soldat que M. le baron Larrey a eu la complaisance de m’envoyer, est dans un état à peu près semblable.
Evidemment, ces quatre observations confondent le sens des noms et des mots avec le sens du langage (le parole. Et, où la confusion est plus grande encore, c'est que Gall ait rattaché à la pathologie (lu sens (les mots l’observation que nous avons rapportée anlérieurcment , concernant le jeune officier, blessé à la tête, par un coup de fleuret.
Les errements de Gall, dans l’interprétation de ces faits, font voir à quelle illusion il était entraîné
en voulant préciser la localisation de deux facultés si rapprochées entre elles; c’est là le côté faible de sa doctrine. Mais, si dans les applications de détail, il offre à la critique un côté vulnérable, son principe fondamental lui fournit toujours un solide appui.
Quelquefois, dit-il, le sens des mots et celui du langage se trouvent e.\altés dans l’état de maladie. Des malades citent des passages entiers, complètement oubliés depuis longtems, et l’on voit des aliénés qui s’imaginent parler toutes les langues. Il peut donc e.xister une manie partielle, bornée à la faculté de parler. Or, conclut-il, ce phénomène sevnil impossible si la facullé du langage de paroles ne se fondait pas sur une partie cérébrale particulière.
Les données de Gall sur la localisation du sens des mots et du langage de paroles, n’ont été jusqu’ici que d’ordres anatomique et pathologique. Il nous reste encore à cx|)oscr d’autres arguments [)uisés par lui dans la [)hysiologic des animaux et dans leur anatomie comparée avec celle de riiomme. Nous en reproduirons, texlttcllemenl, les parties les plus imporlantes.
Gall lcrminc son étude par des réflexions philosopfiicpics sur le langage de |)arolcs. La haule portée de son exposition et la |)éiiétration de ses
analyses nous ont persuadé que le lecteur nous saurait gré d’avoir fait transcrire aussi ce chapitre.