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APPLICATION DB CES PROPOSITIONS

A l’observation journalière

Bien des fois il m’est arrivé de reconnaître, au premier aspect, l’existence du Gauchisme corporel sur un individu; et je n’ai pas rencontré de contradiction à la règle que le lobe frontal gauche fait les droitiers. Mais la prédominance du lobe frontal droit n’a pas toujours des conséquences aussi nettes que celle du gauche; et l’on remarque, tous les jours, la rareté du Gauchisme comparée à la fréquence de la Uroiteric. Cette circonstance s’explique par des questions d’accoutumance, de préjugés, peut être, qui se relient à notre état social.

Le cas des gauchers de naissance, dc^ enus ambidextres, tend à démontrer ce que peuvent les habitudes et l’éducation sur le développement de certaines parties du cerveau. Chez eux, la prédominance du lobe frontal droit entraîne une tendance forcée à se servir de la main gauche. Mais, dès le jeune âge, cette tendance est combattue par les parents, (jui y voyent un défaut, et aussi |)Our la

raison que l’écriture traduit nos idées par une aetion motrice de gauche à droite, mieux appropriée à la main du coté droit. Par ce fait, le lobe frontal gauche, forcé de participer à une action dynamique dévolue au lobe droit, chez les gauchers, se façonne à cette opération. Il est permis d"en conclure ; que les gauchers de naissance, devenus, par l’usage, droitiers ou plutôt ambidextres, seraient moins exposés que les droitiers francs à subir une aphasie permanente. Un cas de guérison de cette affection par suppléance du lobe droit au lobe gauche, rapporté par M. Luys, vient appuyer cette considération : et, une note, en renvoi, que nous recueillons dans l’anthropologie de M. 'lo}nnard lui donne aussi de l’importance.

— « Nous ne sommes pas droitiers, par hasard, dit M. Broca, mais parce que l’hémisphère gauche qui préside aux mouvements du côté droit en vertu du croisement des nerfs non loin de leur origine a, dès sa naissance, une activité plus grande. Cet excès d’activité s’étendrait à toutes les fonctions dont cet hémisphère est le siège, et notamment à celte d’articuler. Toutefois il y a des exceptions, c’est-à-dire des personnes qui primitivement, ou à la suite d’un trouble dans l’hémisphère gauche, parlent avec leur hémisphère droit, comme il y a des gauchers primitifs et des gauchers consécutifs à la suite, par exemple, d’une amputation à droite. » —

POUVOIR DE l’éducation;

l’ambidextrie commune est du gauchisme modifié.

Quelques observations, propres à accentuer les types, nous semblent necessaires pour faire ressortir les nombreuses variétés que cc sujet comporte.

D’après les données anatomiques, le lobe frontal gauebe l’emportant en poids et en volume sur le droit dans la proportion approximative de 5 à 4, le nombre des droitiers doit l’emporter sur celui des gauchers; et, l’observation renforçant cc principe, on rencontre tous les jours 100 droitiers (chilfre approximatif) pour 1 gaucher.

La donnée physiologique se trouverait donc ici, en désaccord avec la donnée anatomique?... Il n’en est rien; et la contradiction va trouver une explication satisfaisante.

Cette explication ressortit surtout à l’éducation de famille. A ce point de vue, il Dut reconnaître qu’il existe des gauchers francs et des gauchers modifiés. Les premiers sont l’exception; les les seconds rentrent dans l’ambidextrie acquise., laquelle, dans la généralité de l’observation, constitue plus de la moitié des cas.

Un individu présente un front dont la partie latérale droite est dominante, soit en hauteur, soit par son étendue en larj^eur. Il est né gaueher : mais, si vous l’interrogez sur ce point, ses réponses sont négatives. Insistez sur les questions qui ont rapport à la force et à l’adresse des bras et des mains, et vous constaterez que le gauchisme n’a pas perdu tous scs droits.

Les exemples de ce genre, avec des caractères très variés, sont loin d’être rares. — L’un vous dira que, pour la pratique de certains exercices, il est plus adroit de la main gauche que de la main droite; — un autre, (juc ce qui exige de la force entraîne chez lui l’exercice du côté gauche. Le manœuvre, gaucher modifié, portera le bras gauche en avant pour piocher, hecher, pelleter, et pour tous les actes qui exigent de grands cflorts musculaires.— Un jeune homme prédisposé au gauchisme par la prédominance de son côté frontal droit, mais ambidextre de fait, est remarquable par son adresse dans le découpage et le casement d’une marquetterie délicate, opération dans laquelle l’assistent scs deux mains; mais, il doit recourir au bras gauche pour le sciage des fortes pièces. — Un autre, portant aussi au front le cachet du gauchisme, est devenu ambidextre par le fait des ré[)rimandcs de son père; mais, le gauchisme musculaire persiste

chez lui pour tous les jeux d’adresse, tels que jouer aux volants, lancer une boule, des pierres, etc.

Entre tant d’autres exemples, affirmatifs de cas se rattachant à ces variétés, l’un des plus remarquables est celui d’une campagnarde, âgée de 52 ans, au front large et élevé plus à droite qu’à gauche, et décoré de deux bosses frontales, amples dans leur rondeur. Celte femme que la nature avait faite gauchère ne l’est que pour les gros travaux des champs. Pour la couture, la main droite reprend la direction du travail , et alors le contraste des deux mains est étonnant. La droite qui tient l’aiguille, se présente osseuse et musclée comme celle d’un manœuvre de première force; et la gauche, immobile à tenir la toile, la domine encore par son développement.

Le fait que cette femme est gauchère pour les travaux qui nécessitent de fortes contractions musculaires, ne pouvait suffire à m’expliquer cette prééminance si marquée de la main gauche sur la main droite. Mais, j’ai eu à constater sur d’autres sujets que, dans la généralité des cas où la forme du front correspond au gauchisme, la main gauche maintient sa supériorité en volume sur la droite, lors meme que celle ci est la dominante dans les exercices musculaire.s. Tout en reconnaissant le pouvoir de

CCS exercices sur le développement des muscles, je crois aussi qu’il faut y faire la part de l’influence dynamique^ originelle, du lobe frontal droit.

L’ambidextrie résulte donc, le plus souvent, de l’association de la droiterie à un gauchisme corrigé; et, bien des circonstances rendent ce principe évident quand l’attention est éveillée sur ce point.

Observez les manœuvres des rues ou des champs, cantonniers, piocheurs, scieurs de bois, et généralement tous ceux qui satisfont à des exercices où la force musculaire est en jeu, et vous constaterez que, dans beaucoup de cas, c’est le bras gauche, placé en avant, <jui supporte l’cU'ort et la direction du travail.

Chez les balayeuses des trottoirs et des rues, le même cas se démontre dans une proportion plus grande encore, et vient appuyer le fait que la femme est plus particulièrement disposée au gauchisme.

AVANTAGES DE l’aMBIDEXTRIE NATURELLE OU ACQUISE.

Les considérations qui précèdent nous semblent avoir de l’importance en ce qui concerne l’ambidextrie acquise, laquelle résulte elle même, d’une modification du Gauchisme. Peut être s’y rat-

tacliert-il quelque application sérieuse au point de vue de l’éducation domestique.

Préparer, dès le jeune âge, Tenfant à se servir également des deux mains, ne serait-ce pas atténuer pour lui la portée des accidents qui pourraient, par la suite, compromettre l’un ou l’autre des membres supérieurs ?

Sans nous arrêter aux graves inconvénients qu’entraîne la perte d’un membre dressé seul aux exercices de tous genres, ne voit-on pas, dans la pratique des choses les plus ordinaires, la gène occasionnée par le voisinage d’un droitier et d’un gaucher? C’est surtout dans les ateliers et dans les équipes d’ouvriers que cette gêne se constate et présente de réels inconvénients. Ailleurs, le Gauchisme peut n’ètre que disgracieux; mais, la critique peut y voir aussi de la Gaucherie.

Entreprendre la création artificielle de l’ambidextrie serait, ce nous semble, le fait d’éducateurs bien avisés. Quelques uns le font pour l’escrime; ne pourrait-on pas appliquer ce principe aux jeux de toutes sortes et à tant d’actes musculaires qui s’exécutent dans le cours d’une journée? De l’équilibi’ation de ces actes, par leur alternance, résulterait plus d’harmonie dans les formes, et l’hygiène elle-même y gagnerait par une répartition plus

égale (le la circulation sanguine dans les parties droite et gauche du corps.

Les difficultés cjuc laisse entrevoir cette entreprise ne sont pas réelles; l’expérience démontre avec quelle facilité les enfants les surmontent.

L’étude du piano, par exemple, exige l’exercice simujtané des deux mains, en o|)position l’une de l’autre. C’est là un cas bien autrement difficile que celui de se servir tantôt d’une main, tantôt de l’autre. Et, plus les enfants sont jeunes, plus ils se jouent vite de cette difficulté.

Nous terminerons ce sujet par une considération qui n’est pas sans intérêt.

D’après les relevés anatomiques pris directement sur les lobes frontaux, les rapports des centres nerveux avec les appareils de motricité (ju’ils régissent devraient se chifîrer en nombre approximatifs : forts pour la Droiterie; moyens pour le Gauchisme; faibles pour l’ambidextrie. Or, pour l’observation journalière, si la Droiterie se rencontre à chaque pas, le Gauchisme est rare, et TAmbidextric, nette et franche, à peu près nulle.

Les circonstances par lesquelles on explique l’annulation du Gauchisme s’appliquent aussi bien à l’Ambidextrie. L’enfant (jui, par des lobes frontaux équilibrés, serait appelé à se servir également

des deux mains, en est empêché par l’éducation. N’a-t-elle pas pour principe qu’il faut absolument, pour tout acte de préhension et d’application, mettre la main droite en avant?

C’est par cette fausse discipline que les avantages de l’Ambidextrie naturelle se trouvent annulés dans les familles appelées à en avoir le privilège.

ACCORDS EN DÉVELOPPEMENT DES MEMBRES SUPÉRIEUR ET INFÉRIEUR DE 6hAQUE COTÉ.

Généralement les physiologistes admettent en principe que les membres de l’homme sont primitivement égaux en vigueur, et ils attribuent l’infériorité de la main gauche à l’habitude de se servir de la main droite des l’enfance. Comme argument, on a fait ressortir que les membres inférieurs sont communément de force pareille parce qu’ils se trouvent soumis à un ionetionnement à peu près égal.

L’observation attentive vient contredire à cette donnée. Elle démontre que le développement des membres inférieurs est, aussi bien que celui des membres supérieurs, en corrélation, pour le volume, avec l’hémisphère eérébral auquel chacun d’eux correspond. Nous avons eonstaté, maintes fois, qu’à l’état normal, le membre intérieur est toujours en

corrélation de force et de volume avec le supérieur du même coté.

Pour nous, il y a dans l’équilibration musculaire des membres supérieur et inférieur, d’un même coté, une prédisposition originelle. Nous l’avons dit déjà : cet état organique, se rattachant à celui du lobe frontal auquel il correspond, il faut y voir un fait relié à l’organisation elle-même, tout en faisant la part de l’exercice musculaire. Ce qui le démontre, c’est que des individus nés gauchers, mais devenus ambidextres par l’accoutumance de la main droite, n’en conservent pas moins une prédominance sensible, en volume, des membres supérieurs et inférieurs du côté gauche, sur ceux du côté droit.

Chez les droitiers franco, l’influence du lobe frontal gauche et l’exercice exclusif du côté droit, pour tout mouvement qui exige des efl'orts musculaires, donne lieu, entre le côté droit et le côté gauche, à un contraste qui étonne. La main gauche, comparée à la droite, semble se rattacher au sexe féminin, et le membre inférieur gauche présente une infériorité analogue. Ici, l’influx organique et le fonctionnement musculaire ont chacun leur part dans le résultat.

La prédisposition au gauchisme, révélée par la prédominance en étendue de la région frontale

droite, se eorrige done, physiologiquement, par rédueation; anatomiquement elle persiste.

Tel sujet sur lequel vous constatez la prééminence du front droit sur le gauche vous dira qu’il se sert e.vclusivement du bras droit pour la force et l’adresse; et pourtant, anatomiquement la partie gauche du corps l’emporte chez lui sur la droite, ou s’équilibre avec elle. Dans un cas de ce genre où l’intéressé m’assurait être corrigé complètement de son gauchisme, je surpris, à un moment donné, un mouvement d’adresse exécuté par la main et le bras gauches. Le sujet reconnut ensuite, qu’en elTet, pour certaines opérations délicates et n’exigeant pas d’ellbrts musculaires, la main gauche, chez lui, entrait souvent en jeu. Le défaut, ici devenait un avantage.

Mais, si le fonctionnement explique la prééminence du hras droit sur le gauche, par un exercice plus fréquent, il n’en est plus de même pour les membres inférieurs dont les fonctions sont à peu près égales. Dans les mouvements de locomotion qui s’exécutent du matin au soir, les deux membres inférieurs ont une part égale d’exercice. Le gauche, partenaire forcé du droit, partage avec lui la fatigue musculaire; tandis que, pour les membres supérieurs, le bras gauche participe peu aux efforts du

droit et ne remplit envers lui qu’un rôle d’aide très ménage.

Que le bras gauche, chez les droitiers, reste, en développement, intérieur au droit, cela semble tout naturel; mais, qu’une proportionnalité analogue e.xiste pour les membres inférieurs dont l’e-xercice est partagé d’une manière à peu près égale, il y a là de l’invraisemblance; et pourtant ce fait se vérifie tous les jours. Certains Droitiers ne sont ils pas dans l’obligation de se faire chausser sur deux formes différentes pour chaque pied, la plus forte à droite; de même qu^avec des gants égaux, la main droite se gante plus difficilement que la gauche.

Ce fait s’explique par le défaut d’équilibre entre les deux lobes frontaux. Le gauche, en dehors de toute influence extérieure, exerce sa suprématie sur tout le côté droit du corps, tandis que le droit, régisseur du côté gauche, reste dans son infériorité.

Incontestablement, il faut, dans les cas si variés que l’on rencontre tenir compte des effets du fonctionnement, mais aussi des causes intrinsèques liées à l’organisation elle-même.

HYPOTHÈSES PHYSIOLOGIQUES SUR LES C.YUSES ORGANIQUES DE LA DROITERIE ET DU GAUCHISME.

Si, en se fondant sur l’observation journalière,

011 voulait préciser, par des chill'res, le nombre proportionnel des droitiers, des gauchers et des ambidextres d’une région déterminée en civilisation, le problème apparaîtrait insoluble, l'Ambidextrie n’étant, dans la grande majorité des cas, qu’un mélange confus de Droiterie et de Gauchisme, déterminé par les exercices et la culture.

D’après les données anatomiques relatives aux lobes frontaux, les droitiers devraient l’empoiter; les gauchers viendraient ensuite; les ambidextres seraient les plus rares... Il n’en est pourtant pas ainsi: l’éducation fait voir sa puissance, et une ambidextrie boiteuse s’est généralisée. Ne peut-on pas voir là une sorte de sélection artificielle?

En fait, nous naissons tous appelés à nous servir de nos deux mains. L’équilibration des deux lobes frontaux a du être la donnée de fondation, et l’on peut supposer que l’ambidextrie absolue rentrait dans les plans de la nature?... L”anatomie et la physiologie comparées sont appelées à éclairer cette question.

Ne pourrait on pas admettre que les hommes primitifs, soit par fantaisie soit par raisons déterminées, se soient laissé aller, les uns à préférer la main , droite, les autres la main gauche pour les exereices journaliers; que l’habitude de cette diversité se soit transmise, dans les familles, de géné-

rations en générations; et que, par fait d’atavisme, l’organe de la motricité volontaire, le cerveau, ait subi lui-même des modifications.

Evidemment, cette e.xplication n’a que la valeur d’une conjecture.

Des physiologistes, suivant Vircy, en ont proposé une autre d’un caractère plus positif.

Posant en principe que la partie droite du corps l’emporte, dans son ensemble, sur la gauche, ils ont e.xpliqué le fait des droitiers, dans l’espèce humaine, par une tendance naturelle à mettre à profit cette supériorité du coté droit dans les exercices musculaires. Quant à la raison de cette prépondérance, ils la trouvent dans le décubitus latéral droit que les mammifères, l’homme en tête, ont adopté pour les heures de repos. C’est le poids du foie, ont-ils dit, qui détermine cette situation. En même temps qu’elle dégage l’estomac, elle rend aussi [)lus facile la circulation dans les vaisseaux chylifères, dans la veine azigos et dans les deux veines caves, supérieure et inférieure. De là une nutrition plus concentrée pour le coté droit du corps.

Les physiologistes ont fondé cette théorie sur l’assertion émise par les bouchers (jue, sur les bestiaux la partie droite est toujours [)lus en chair que la gauche.

Il est difficile de comprendre qu’un acte aussi généralisé que l’est celui de la nutrition à l’état de repos, puisse se scinder entre les deux moitiés du corps, à l’avantage de Tune plutôt que de l’autre.

Nous relevons dans l’ouvrage de M. Delaunay le paragraphe suivant :

— « On ne connaît pas encore la cause première de la droiterie. « D’où vient celle préférence accordée à la main droite, dit M. Broca ? Nos devanciers ont dû être dirigés dans leur choix par des causes liées à l’organisation elle-même » — M. Paul Bert a observé qu’un embryon de saumon résultait de la fusion de deux individus. Cela ne nous explique pas pourquoi celui de droite l’emporte toujours sur celui de gauche. Peut-être le premier représenle-l-il l’élément mâle par rapport au second qui serait l’élément femelle. En embryogénie, Van Beneden professe que chaque vertébré possède les éléments du sexe mâle et du sexe femelle dans les deux feuillets primitifs de son blastoderme. — A l’appui de celte hypothèse, on peut encore citer les faits suivants : le docteur Sibley a vu une jeune fille ayant les cheveux noirs à droite comme son père, et roux â gauche comme sa mère. Il a vu aussi un enfant qui, né d’une négresse et d’un blanc, avait le corps droit blanc et le corps gauche noir; de plus ses cheveux étaient lisses à droite et laineux à gauche. » — ^

Sauf l’opinion de Broen, ce passage, inléressanl d’ailleurs, ne conlienl en réalité (pic des indications.

Nous pourrions donc poser la question : Si les conditions organiques qui font les Droitiers et les Gauchers sont héréditaires ; si elles constituent un fait d’atavisme?... Et, notre sentiment, appuyé sur l’appréciation de Broca, serait pour l’affirmative. Mais, la démonstration nous manque; et les moyens propres à nous éclairer sur ce point nous font absolument défaut dans notre isolement de petite ville. Le problème de la Droiterie et du Gauchisme, vieux comme l’humanité, sans doute, est à peine posé sur le seul terrain propre à le mettre en lumière, l’anatomie et la physiologie comparées, en vue des dillércntes races et des difiérentes espèces de vertébrés et de mammifères. Seul, que nous sachions, M. Delaunav est méritant d’avoir ouvert cette voie.

Vircy, dans son article du dictionnaire de la conversation, se contente d’établir, comme lait de comparaison, que, dans 1e parcours des régions les plus diverses, chez les nègres et les cuivrés comme chez les blancs, les voyageurs ont constaté la généralité de la Droiterie et la rareté du Gauchisme, Cette assertion vague et sans contrôle réel, n’est évidemment d’aucune portée.

D’un autre côté, M. Dclaunay raitportc tpic Livingstone dit dans son dernier journal :

( Tous les perroquets saisissent leur nourriture et

la tiennent de la main gauche ; le lion frappe du bras gauche; tous les animaux sont gauchers, excepté l’homme. » —

M. Dclaunay, d’après ses propres recherches, conteste l’assertion du grand voyageur.

Au temps de Virey, la science anthropologique se fondait à peine, et aujourd’hui encore, la question de l’homme double intellectuel si brillamment posée par M. J. Luys, entre autres, ouvre la porte à la thèse que nous poursuivons ici.

Evidemment, c’est aux anthropologistes qu’elle doit être remise en main. Les savants de nos grands centres scientifiques sont appelés, des premiers, à s’y intéresser. Ils ont pour eux les immenses ressources des musées d’anatomie, des ménageries de vertébrés et de mammifères vivants, de singes de l’ancien et du nouveau continent, et surtout des antliropoïdes, les plus intéressants à étudier à ce point de vue.

Les observations des voyageurs sur les peuplades les moins avancées en civilisation, auront aussi de l’importance. Rapprochées de celles laites sur les anthropoïdes, elles pourront éclairer la question de savoir si l’ambidextric est originelle ou acquise, et si la Droiterie el le Gauchisme des peuples civilisés n’en sont pas une transformation.

En dehors de l’anatomie eomparée, et dans le ressort de ses études si)éciales, M. Liiys a touche à cette question à propos de la j)rédominance, en |)oids, du lobe frontal gauche sur le droit et des dilTcrcnccs que l’on constate dans leurs circonvolutions et dans leurs plis.

M. Luys se demande — « Si cette asymétrie (ju’il vient de constater, comme condition normale de l’organisation dn cerveau adulte, dans les deux sexes, est congénitale ? Si elle a un caractère héréditaire, ou si elle peut être considérée comme étant le lait d’un développement artiliciel provocpié par l’exercice, par la culture et n’entrant pas dans la place de l’organisation? Sur cette intéressante question (|ui est appelée à susciter bien des questions secondaires, nous n’avons pas encore, dit-il, de données positives ni de statistiques suflisamment bien faites; c’est un problème que nous ne faisons que poser en laissant aux observateurs futurs le soin de le résoudre; qu’il nous suffise de rappeler en passant que sur trois cerveaux d’enfants nouveau-nés que j’ai eu l’occasion d’examiner à ce sujet, j’ai dans ces trois cas constaté une asymétrie indubitable comme sur un cerveau d’adulte. Ce qui semblerait indiquer que ce serait là un phénomène acquis probablement par la culture intellectuelle et fixé par l’hérédité. » —

Si, comme des Nnliiraliste.s l’ont constate, la famille des singes Pythécicns olfrc rcxcmjdc d’hémis()hères équilibrés dans leur poids et leur volume.

n’est ce pas dans un fait de ce genre que la question de l’Ambidextrie pourrait s’éclairer? A des hémisphères équilibrés doivent correspondre, pour le corps, des mouvements de locomotion et de préhension ambidextres.

Suivant ensuite l’évolution jusqu’aux anthropoïdes les plus perfectionnés, on pourrait voir ressortir, anatomiquement, 1a prédominance de l’hémisplicre gauche sur le droit, et, physiologiquement, les conséquences qui en découleraient.

Evidemment, la science a besoin encore des observations et des recherches des Naturalistes sur cette question intéressante. L^assertion de Livingston demande un contrôle.

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