SYMÉTRIE ÊT ASYMÉTRIE
> — « C’est à tort que les anatomistes considèrent les animaux comme formés de deux moitiés symétriques. En général, la moitié droite est plus développée que l’autre et la droiterie est constituée par celte prééminence du côté droit sur le côté gauche. » —
Voilà une proposition qui, par l’évidente clarté de ses bases, surprendra bien des lecteurs. Les artistes auront peine à l’admettre apres avoir fondé si longtemps leurs principes d’esthétique sur l’équilibration et l’harmonie des formes. Ils auront au moins la satisfaction de voir que la réalité a pu échapper bien longtemps aux anatomistes euxmêmes.
Pouvait-on se douter, en vue des merveilles de la nature, que, plus elle avance dans ses évolutions, dans ses transformations, dans ses j)erfectionncments, plus elle s’éloigne de la symétrie dans les parties constituantes de scs créatures ?
— « D’une manière générale, les espèces végétales et animales inférieures sont plus symétriques que les supé-
rieures. L’asymétrie ne se montre que chez les organismes ayant déjà subi un certain degré de transformation et augmente à mesure qu’on s’élève dans l’échelle des êtres. » —
Voilà Taxiome, voilà la loi que les faits démontrent en Botanique et en Zoologie. Les preuves à l’appui abondent dans l’ouvrage de M, Delaunay, renseigné lui-même par les recherches des Naturalistes les plus autorisés, en France et à l’étranger.
— « L’asymétrie se prononce de plus en plus à mesure qu’on se rapproche de l’homme.
« Chez les pithéciens dont les circonvolutions sont simples, les deux hémisphères sont toujours très semblables l’un à l’autre, tandis que, chez l’homme, les plis secondaires très variables d’un côté à l’autre rendent l’organe toujours plus ou moins asymétrique. Les cerveaux d’orangs et de chimpanzés, tous ceux du moins dont j’ai pu voir les dessins ou les moules, présentent dans leurs plis secondaires une asymétrie qui le cède à peine à celle des cerveaux humains. Les circonvolutions cérébrales deviennent de moins en moins symétriques à mesure que l’on s’élève dans la série des primates et, sous ce rapport, les anthropoïdes ressemblent beaucoup plus à l'homme qu’aux pithéciens. » (Broca). — »
En étudiant ce qui constitue la Droiterie ""et quelles parties de l’organisme elle intéresse, M. Delaunay constate les eirconstances suivantes :
— « D’une manière générale, le côté droit est plus
nourri cjug 1g gaucho ; il Gst plus avancé en évolution , il GSt plus grand, plus volumineux, plus lourd, et, au point de vue fonctionnel, il est plus puissant. La preuve qu’on est droitier des membres inférieurs, c’est qu’on se sert du pied droit de préférence au gauche pour pousser, gratter, donner un coup de pied, etc. » —
Incontestablement, ces assertions sont plausibles. Pour compléter cette proposition et celles qui vont suivre il importe de rappeler que ces états organiques se relient à la prédominance du lobe frontal gauche sur le droit, qu’elles en sont la conséquence, et que c’est là qu’il faut en chercher la cause et l’origine, tout en tenant compte de la part du fonctionnement musculaire.
— « Les races inférieures sont moins asymétriques que les supérieures. En 1872, M. Roberts a présenté à l’Institut anthropologique de Londres trois crânes australiens offrant une symétrie bilatérale. Les crânes des races inférieures sont donc symétriques. Au contraire, M. Bradley a signalé à la société philosophique de Manchester l’existence d’un défaut de symétrie plus ou moins prononcé dans les crânes appartenant aux peuples civilisés chez lesquels, suivant lui, cette asymétrie peut être considérée comme l’indice d’un certain développement intellectuel.
Chez un nègre observé par M. Harting, les extrémités étaient de force et de poids équivalents.
— a L’asymétrie des plis ou circonvolutions secondaires du cerveau constitue, à mes yeux, un caractère
de supériorité. J’ai pu m’assurer qu’elle est plus grande dans les cerveau.x des blancs que dans ceux des nègres « {Bvoca. ) » —
— e En général l’asymétrie est moins prononcée chez le sexe féminin que chez le masculin. La femme ayant moins évolué que l’homme présente une .symétrie plus grande que lui — Chez la femme les extrémités sont de force et de poids équivalents {Harling}. s —
Si celle dernière assertion était d’une exaclitnde absolue, elle alfirinerait, pour la leinme. l’avantage de la régularité des formes, et le titre de beau sexe lui resterait consacré sans qu’il y eut à établir des distinctions. Mais, ici, cotnine en tant d’autres règles, il y a des exceptions: l’observation de riarting n'aurait de valeur que si l’ambidextrie naturelle était un privilège invariable [tour les femmes. Loin de là, le gauchisme leur est plus particulier qu’à l’homme, et il eri est de droitières. En outre de l’inlluence des lobes frontaux, le fonctionnement de l’un des côtés du corps, plus en jeu que l’autre, entraîne forcément, pour elles, de l’asymétrie proportionnée aux travaux journaliers. Les deux propositions (|ui vont suivre viennent à l’appui de nos observations.
— « Physiologiquement la droiterie existe à un moindre degré chez la femme que chez l'homme et les femmes savent mieux se servir de leur main gauche que nous.
Au point de vue du système nerveux, d’après M. Broca, il y a plus de différence entre les lobes frontaux droit et gauche chez l’homme que la femme. » —
Relativement à râge M. Delaunay établit les circonstances suivantes :
— « L’organisme est d’autant plus symétrique qu’il est plus jeune (Meckel).
— « Chez le fœtus, les deux côtés sont symétriques, les différents organes symétriques dès leur apparition deviennent asymétriques en se développant; il y a symétrie à l’intérieur comme à l’extérieur (Peghou).
— « Chez le nouveau né, les deux côtés sont à peu près symétriques et l’enfant d’un an se sert aussi bien d’une main que de l’autre. A deux ans, l’enfant devient droitier ou gaucher et cette prééminence d’un côté s’accroit en raison du développement de l’organisme.
— ff A un âge avancé, dit M. Poncet, la différence diminue et le poids de chaque côté tend à devenir égal.
— « M. Broca a trouvé chez les vieillards de Bicêtre très peu de différence entre les hémisphères droit et gauche du cerveau. » —
Les citations qui précèdent, prises dans la partie la moins importante des études de M. Delaunay, donnent une idée de la multiplicité de ses recherches. Ces études ont pour point de vue dominant la
nutrition , ses résultats pour les organismes, et révolution qui en est la eonséquenee.
Cette première considération générale entraîne, subsidiairement, l’étude de toutes les circonstances relatives à l’individu, ou au milieu dans lequel il vit.
Les circonstances individuelles sont : anatomiques, physiologiques, et pathologiques. Les premières comprennent l’espèce, la race, le sexe l’agc, la constitution j les secondes l’alimentation, le Ibnctionnement, le décubitus, etc.; les troisièmes se rapportent aux maladies antérieures ou concomitantes.
Les circonstances relatives au milieu rentrent dans les circumfusa : la chaleur, la pression atmosphérique, l’état hygrométrique, électrique, le climat, les saisons, le jour, la nuit, etc.
Toutes ces circonstances influant sur la nutrition et révolution, et cette influence s’exerçant, en plus ou en moins, sur les organismes et sur leurs diverses parties, on comprend quel travail d’érudition a dû en résulter pour M. Delaunay. Aussi, peut-on considérer son œuvre comme une exposition de renseignements précieux pour l’étude de la Biologie.
La synthèse doctrinale qui ressort de tout cet exposé, c’est que, parmi ces circonstances si diverses les unes agissent en raison directe, les autres en raison inverse de l’évolution ; les unes lui sont
favorables, les autres la retardent ou la font reculer.
Prenons l’homme pour exemple. On sait par quels degrés d’évolution il passe d’abord dans le sein maternel. Après la naissance, le limovement de perfectionnement organique se continue jusqu’à l’àge de 45 à 50 ans ; à l’arrivée de la vieillesse se produit en sens inverse, un mouvemen de régression que Ton voit, chez quelques vieillards, aboutir jusqu’aux caractères de renfance.
Sur ce point, nous poserons une objection à l’une des conclusions de M. Delaunay. Il dit, page 119 de la l" partie de ses études :
— « La symétrie que l’on observe chez les espèces inférieures parce qu’elles sont peu avancées en évolution s’observe également, et pour la même raison, chez les races inférieures, les femmes, les enfants, les vieillards, etc. » —
M. Delaunay avait dit antérieurement :
— a A deux ans, l’enfent devient droitier ou gaucher et cette prééminence d’un côté s’accroît en raison du développement de l’organisme. » —
Dans le cas de gauchisme ou de droiterie la prééminence sera donc pour l’un des cotés du corps et 1 asymétrie s’en suivra ; et il nous semble que
la même considération peut s’appliquer aux femmes plus sujettes au gauchisme que l’homme... La symétrie ne peut donc exister que par exception dans l’un et l’autre cas.
En ce qui concerne les vieillards, nous avons eu à constater plus d’une fois que Tasymétric des deux cotés du corps se maintient chez eux. Quant aux lobes frontaux, leur état ne pouvant s’apprécier sur le vivant, nous laissons toute sa valeur à l’obscrvatioii de Broca sur les hémisphères des vieillards de Bicêlrc.