‹ Gallia typographica (volume 2)Chapitre 10 sur 176 · I. ou J. G., imprimeur à Rouen · texte numérisé non relu

I. ou J. G., imprimeur à Rouen

Voyez la notice de Le Gentil (Jacques).

Jore ou Jores (Les), famille d’imprimeurs de Rouen (1616-

Cette famille est célèbre par les déboires de plusieurs de ses membres et par les démêlés de l’un d’entre eux avec Voltaire ; elle a fourni quelques artistes d’une habileté consommée dans la typographie, mais d’une imprudence, peut-être d’une âpreté au gain, qui furent la cause de tous leurs malheurs.

I. Guillaume (1616-1655) ouvre la dynastie des Jore par un exercice dont les dates extrêmes, d’après les Notes de Frère 4, seraient 1608 et 1655 ; rien ne les justifie et la première tout au moins doit être rejetée, puisque Guillaume ne fut reçu à la maîtrise qu’en 1616 3 ; en ce qui concerne la dernière date, le savant bibliographe

(1) Voy. Gallia Typographica , série départ., t. V, Anjou. — (2) B. N., Ms. fr.

n. a. 400, fo 3 3 8. — (3) Cf. Martin, op. cit., p. 36, et Quoist, op. cit., pp. 14 et i5. — (4) Liasse 119. — (5) A. D. S., E. 483, fo 17. Je dois cependant signaler que l’on rencontre dans le Catalogue de la Bibliothèque de feu M. Lormier (irc partie,

n° 127), un ouvrage ainsi désigné : « L’Utile et plaisant passe-temps pour tous

fidelles chrestiens, voulant cognoistre que c’est que de vérité en toutes choses A Rouen, chez Guillaume Jores S. d. (1 61 5). In-16. Oblong. Texte encadré. Ouvrage curieux possédant cette particularité, qu’au moyen de la dispo- *

SEINE-INFÉRIEURE

rouennais cite bien un ouvrage portant le nom de ce typographe, mais d’après une source qui présente peu de sécurité ; je préfère m’abstenir de reproduire cette indication, et je conserve la dernière date avec cette rectification : vers 1655,

IL Jean (1663-1684). Probablement fils du précédent, il aurait, suivant Frère, exercé de 1663 a I7°3? ma^s l*a date de I7°3 est inacceptable, attendu que l’enquête de 1701 ne fait aucune mention de cet imprimeur, ce qui laisse supposer qu’il avait achevé antérieurement sa carrière. Jean avait été garde de la Communauté en 1665 1 ; H Ie fut de nouveau en 1683 2, et après cela il n’est plus question de lui ; c’est pourquoi j’arrête à l’année 1684 le temps de son exercice. Je ne connais aucune production sortie de ses ateliers.

III. Claude I (1646-1679) était un autre fils de Guillaume. Frère fixe à l’année 1646 l’époque de ses débuts et à l’année 1676, celle de la cessation de ses travaux, La première date est peut-être exacte, la seconde ne l’est sûrement pas, on va le voir. Claude I Jore était installé dans la rue Saint-Lô, à l’enseigne de la Mort qui trompe 3 ; il avait en effet, semble-t-il, imprimé son dernier ouvrage en 1676 4, mais s’il avait abandonné l’exercice normal de sa profession, c’est qu’il s’était acoquiné à une bande de fripons pour des opérations lui promettant des bénéfices beaucoup plus considérables que ceux qu’il pouvait retirer de l’impression des livres. Le 26 mai 1679, un commissaire dressait en sa maison un procès-verbal constatant qu’il avait fabriqué de faux timbres de papier et parchemin, imprimé quantité de faux acquits, et même fait plusieurs fausses signatures des receveurs et contrôleurs à la Réception du Fresnoy. A la suite de l’information ouverte de ce chef contre lui

sition typographique des pages, tirées tête-bêche, on peut le lire dans deux sens différents. » Je ne sais pas sur la foi de quels renseignements, le libraire rédacteur de ce catalogue a précisément choisi la date de 16 1 5, qui est erronée. — (1) Voy. suprà, p. 19. —(2) Voy. supra, p. 20. — (3) Les Maximes pernicieuses qui détruisent la perfection de l’état religieux Avec les remèdes pour r’établir il la paix & l’Observance Reguliere dans les Couvents. Traduites de l’Espagnol du Reverend Pere Alphonse de Iesus Marie, Général des Carmes Déchaussés. Par Il le Reverend Pere Gabriel de la Croix Religieux du même Ordre. [Vign.] A Rouen, De l’Imprimerie de Claude Jores, rué Saint-Lo, près le Palais, à la | Mort qui trompe. M.DC.LXXII. Avec Privilège & Aprobation. (In-4. q5i p. ch. ; sll, B. N., D. 5688). — (4) Panégyrique de Monseigneur Pellot, Premier Presi- : dent au Parlement de Normandie. Par M. Lespevdry, Avocat au Parlement. /

: A Rouen, Chez Claude Jores, rué S. Lo, derrière le Palais, à la Mort qui trompe.

I DC.M.LXXVI (sic). Avec permission. (In-12. 88 p. ch. sll. B. N., Ln27 16000).

G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III, 14

G ALLIA TYPOGRAPHICA

et sa femme; Madeleine Le Houé, Claude I fut condamné, par sentence du bailli de Rouen, du 3 octobre 1679 4, à être pendu, et sa femme bannie pour trois ans delà province de Normandie. Voltaire était donc à peu près bien informé, lorsque, plus tard il jetait cette condamnation à la tête de Claude-François Jore1 2, mais ce dernier protestait sans doute avec quelque raison contre les allégations du célèbre philosophe de Ferney, car il semble bien que la sentence du bailli de Rouen ne fut jamais exécutée et que, rentrés à Rouen, les époux Jore-Le Houé parvinrent à se disculper et purent ainsi mourir paisiblement dans leur boutique de la Mort qui trompe. Je dois avouer pourtant que je n’ai pas rencontré leurs actes de décès dans les registres de la paroisse Saint-Lô, ce qui ne veut pas dire bien entendu, qu’ils n’y soient pas.

IV. Claude II (1699-1736). Né à Rouen vers 1668 3 4, il était fils des précédents. Après avoir appris son art dans la maison paternelle, il se fit admettre à la maîtrise le 10 juin 1683 4 et ne tarda pas à se rendre-à Paris, où il travailla pendant une dizaine d’années3 dans diverses imprimeries. Revenu dans sa ville natale, il y ouvrit son établissement dès les premiers jours de 1699 6 : il était muni d’une presse et employait deux compagnons (Pierre Allinne, et

(1) Voy. Documenta, no 682. — (2) Dans Voltaire Documents inédits (Paris,

1880. In-40), M. Campardon publie ce document : « Plainte de Cl. F. Jores contre Voltaire. L’an 1736, le vendredi 29e jour de juin, 2 heures de relevée, est comparu en notre hôtel et par devant nous Louis Cadot, etc., le sieur Claude- François Jore, bourgeois de la ville de Rouen, de présent à Paris, lequel nous a rendu plainte contre le sieur Arouet de Voltaire de ce que, non content d’avoir dans différens imprimés injurié lui comparant notamment en le traitant de scélérat, il répand dans le monde, tant verbalement que par écrit, par des notes et des apostilles sur l’un desdits imprimés que le père de lui comparant a été banni en 1697, que son grand-père et sa grand-mère ont été condamnés à être pendus à Rouen le 3o (sic) octobre 1679, et que lui plaignant a été lui-même condamné à l’aumône et à l’amende honorable, le 16 septembre 1729, pour avoir fait des essais de poison. Et comme tous lesdits faits sont absolument supposés ; que le père de lui plaignant n’a jamais été banni ; que sondit grand-père et grand-mère sont décédés à Rouen, dans leur maison, exerçant publiquement leur commerce de librairie et qu’ils ont été enterrés dans la paroisse Saint-Lô, leur paroisse ; que lui comparant n'a jamais été repris de justice, ni même soupçonné d’aucun crime et que lesd'ites suppositions n’ont d’autre sujet que la haine que l’accusé porte à lui plaignant et que le dessein qu’il a de le perdre entièrement dans le monde en l’attaquant si vivement en son honneur, il a été conseillé de nous rendre la présente plainte. Signé : Jore ; Cadot ». (A. N., Y.

1 533 1 ). — (3) D’après la supputation de son âge au moment de son décès. —

(4) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 386 (Enquête de 1701), et A. D. S., C. 146 (Enquête de 1706). — (5) Enquête de 1701. — (6) Enquête de 1706. C’est donc à tort que Voltaire, d’après la plainte ci-dessus reproduite, avait répandu le bruit d’une

SEINE-INFÉRIEURE

François Lavel, d’Avranches), au moment de l’enquête de 1701 1 ; il avait deux presses et trois compagnons (Jean Yeury, Jacques Le Masle et Charles Amiot), en 1706, ce qui démontre que ses affaires avaient rapidement prospéré, et, en 1704, il avait rempli la charge de garde de la Communauté 2. Claude Jore était habile dans son art et il serait parvenu, dès cette première partie de son exercice, à occuper à Rouen une situation enviable, s’il n’avait été entraîné par son amour du lucre à commettre des imprudences qui lui coûtèrent cher. En 1708, il avait été surpris imprimant des livres contraires au bon ordre et un arrêt du Conseil du 3 décembre 3 avait ordonné la fermeture de sa boutique pendant un mois, mais cela ne l’avait heureusement pas empêché d’être maintenu comme imprimeur par l’arrêt du 18 mars 1709 4. Loin de s’amender, Claude II ne fit que s’enhardir davantage et, en 1712, à la suite de la découverte faite en son officine de nombreux livres prohibés, dont quelques-uns avaient été imprimés par lui, il était arrêté et conduit à la Bastille 3. A sa sortie de la célèbre prison d'Etat, notre imprimeur apprit par une lettre de cachet du Ier décembre 1712, qu’il était déchu de sa maîtrise 6 : contraint dès lors de cesser sa profession, il usa d’un subterfuge que nous fait connaître un rapport de l’intendant de Rouen et qui lui permettait de continuer à travailler de son état 7; aussi, lorsque, sur ses instances et l’avis favorable de l’intendant, il fut autorisé à rouvrir son officine, Claude Jore n’éprouva aucune difficulté à remonter ses ateliers, il lui suffit d’un simple chassé-croisé : il prit la place du maître qu’il s’était substitué et celui-ci le remplaça en qualité de compagnon.

A partir de cette époque, l’imprimerie de Claude II devient l’une des plus occupées et des plus recherchées de Rouen pour la perfection des travaux qui s’y exécutent : un libraire de Paris lui confie bientôt l’impression d’un grand ouvrage en 5 volumes in-folio 8, puis, le 26 juillet 1725, l’archevêque Louis de la Vergne de

condamnation à 9 ans de bannissement prononcée contre cet imprimeur. Desnoireterres (Voltaire au château de Cirey, p. 33) se trompe également en reproduisant ce mensonge de Voltaire.

(1) B. N., Ms. cité. — (2) Voy. suprà, p. 21. — (3) Cf. Documenta n° 730. — (4) Documenta, n° 733. — (5) Voy. Documenta, n° 746. — (6) Cf. Documenta n° 759. — (7) Voy. Documenta, no 747. — (8) Theologia patrum dogmatica scholastico-positiva... Auctore R. P. Antonio Boucat Biturico, Ordinis S. Francisci de Paula Religioso... / Parisiis apud Petrum-Franciscum Giffart, via Jacobæâ, sub signo Sanctae Theresiae. M.DCC.XV1II- [mdccxxvi] (5 vol. in-fol. B. N., D. 277).

GAU.IA TYPOGRAPHICA

Tressan ne croit pas pouvoir faire choix d’un meilleur typographe que l’ancien interdit de 1712 et lui confie l’impression des Usages de Rouen, dont il s’acquitte d’ailleurs d’une façon parfaite1 *; l’évêque d’Avranches le charge également de l’impression des Usages de son diocèse-. Entre temps, Claude II soutenait et gagnait contre Jean Barbou, imprimeur à Limoges, un procès en concurrence de privilège, au sujet d’une édition qu’il donnait au public des Décades de TiteLive , de la traduction de Du Rier 3 ; mais, en revanche, quelques années plus tard, avec quelques libraires qu’il s’était associés pour l’impression de la traduction de la Bible de Lemaistre de Sacy, il succombait vis-à-vis de Jean Des Essartz, libraire à Paris, dans un procès en contrefaçon que ce dernier leur avait intenté. Claude Jores, depuis plusieurs années déjà, avait senti diminuer ses forces et son activité ; en 1725, il s’était assuré l’aide de son fils Claude-François 4; enfin, en 1736, le 30 mars, épuisé de travail et terrassé par les soucis que lui donnaient les malheurs de ce même fils, il expirait dans sa 68e année 5.

Marie-Anne Rateau (1736-1748), sa veuve, ne crut pas devoir abandonner l’entreprise de son mari; elle était d’ailleurs encouragée à la continuer, d’une part par les beaux résultats obtenus depuis plusieurs années, et d’autre part, par l’espérance de voir un jour son

(1) A. / Breviarium Ecclesiae Rotomagensis Âutoritate Illustrissimi ac

Reverendissimi in Christo Patris DD. Ludovici de la Vergne de Tressan

Rotomagensis Archiepiscopi, Primatis Normaniae. De consensu Venerabilis

Capituli reformatum et editum. Pars... [Arm. de l’Arch.] Rotomagi, Apud Jore Patrem & fïiium Illustrissimi ac Reverendissimi Archiepiscopi ejusque

Cleri Biblio-Typographos, in vico Judœorum. M.DCG. XXVIII. (In-12. 4 vol. B. N., B. 4843). — B. / Horae diurnae Breviarii Rotomagensis Autoritate Illustrissimi ac Reverendissimi in Christo Patris DD. Ludovici de Lavergne de Tressan Rotomagensis Archiepiscopi, Primatis Normaniae. De consensu Venerabilis Capituli reformatae & editae Pars... [Arm. de l’Arch.] Rotomagi, apud Jore Patrem etFilium, Biblio-Typographos Reverendissimi Archiepiscopi ejusque Cleri, juxtà Palatium Illustrissimi Supremi Senatûs Principis. M.DCC XXX# Cum Privilegio Regis. (In-i 2 . 4 vol. B. N., B. 4844). — (2) Breviarium Ecclesiae Abrincensis Autoritate Illustrissimi in Christo Patris DD. Cœsaris Le Blanc Abrincensis Episcopi, De consensu Venerabilis Capituli, reformatum & editum. Pars... [Arm. de l’Evêque.] Rotomagi, Ex Typographia Jore Patris & Filii, Biblio- Typographorum Reverendissimi Archiepiscopi ejusque Cleri, juxtà Ædes supremi Senatûs Principis. M.DCC. XXXIII. Cum Privilegio Regis. (In-12. 4 vol. B. N., B. 4857). — (3) Voy. Documenta, no 77g. — (4) Cf. Documenta, n° 818. — (5) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 7 : « Du 3ie mars 1736. Le corps du sieur Claude Jore, imprimeur libraire, décédé le jour d’hyer, âgé de 68 ans ou environ, a esté inhumé dans la chapelle de la Vierge de notre église..., en présence de Claude- François Jore, son fils et de Jean-Baptiste Yeury, son neveu. »

SEINE-INFÉRIEURE

fils aîné lui succéder, après que le temps aurait assoupi en haut lieu le souvenir des événements qui avaient amené la destitution de celuici. En attendant ces jours heureux, qui ne devaient pas luire, elle se confina dans l'impression et la vente des livres de piété, mais au lieu d’y trouver la tranquillité pour sa vieillesse et les bénéfices certains qu’elle avait escomptés, elle eut à subir de longues et ruineuses procédures de la part de François Oursel, qui avait succédé à son mari comme imprimeur de l’archevêché, et décéda même avant d’en avoir vu la fin. Elle mourut en effet le 19 novembre 1748 L, cinq ans avant l’entier achèvement de ce procès, dont il sera rendu plus ample compte dans la notice du principal intéressé.

V. Claude-François (1725-1734). J’aurais pu me dispenser à la rigueur de m’occuper ici de ce personnage, car, contrairement à tout ce qu’on a écrit jusqu’ici à son sujet, il 11’a jamais été personnellement imprimeur à Rouen; cependant, en agissant ainsi, j’aurais eu l’air de commettre un larcin au détriment des lecteurs et d’avoir voulu me soustraire à la nécessité d’entrer dans les détails assez longs que comporte la fastidieuse histoire de l’impression des Lettres philosophiques de Voltaire et de la lamentable tenue du grand écrivain vis-à-vis de l’une de ses victimes, je me suis donc résigné à consacrer ou, pour mieux dire, à sacrifier quelques pages à Claude-François Jore.

Fils du précédent et de Marie-Anne Rateau, il avait vu le jour à Rouen le 5 novembre 1699 1 2 et fut reçu maître dans la même ville le 21 janvier 1701, à l’âge de deux ans3. Après avoir fait ses études au collège des Jésuites de Rouen4, il apprit l’art de la typographie dans les ateliers de son père et, ayant atteint sa quinzième année, il en savait assez à tous les points de vue pour que, lors de la destitution de ce dernier, on ait songé à l’établir : une requête fut en effet présentée à cette fin au Conseil d’Etat, dans les derniers jours de l’année 1713; un arrêt du 29 janvier suivant 5 renvoya le postulant

(1) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 8 : « Du 20 novembre 1 748% le corps de dame Marie-Anne Rateau, veuve du feu sieur Claude Jore, imprimeur libraire, âgée de 77 ans ou environ, décédée du jour précédent, munie... a été inhumée en

notre cimetière, en présence de Pierre Jore, son petit-fils et de Nicolas Dumouchel, son petit-gendre. » — (2) A. R., ParoisseS. Lo, reg. 3 : « Du Vendredi 6e novembre 1699. Claude François, né du 5e, fils de Claude Jores et de Marie Anne

Ratault, a esté baptisé en nostre église... et nommé par François Vaultier, de cette paroisse, et par Margueritte Dupuis de la paroisse de Nostre-Dame de la

Ronde. » — (3) Voy. Documenta, n° 752. — (4) A. N., Ve 871, Arrêt du Conseil

du i3 juillet 1725, requête préliminaire, — (5) Documenta, n° 751.

devant l’Intendant de la province. Conformément au rapport de celui-ci1, le Conseil préféra surseoir à la demande du jeune homme et aucun arrêt ne l’admit à exercer. Claude-François continua donc à travailler comme compagnon soit à Rouen même, soit dans d’autres villes de la province, mais lorsqu’il fut parvenu à l’âge de 2 6 ans, il sollicita du Conseil l’autorisation de s’établir libraire 2 et il l’obtint en vertu d’un arrêt du io décembre 1725 3, qui ordonna en outre qu’il pourrait être reçu imprimeur, mais « à l’effet seulement d’exercer ledit art d’imprimerie conjointement avec Claude Jores, son père, lequel sera et demeurera imprimeur, et ne pourra ledit Jores fils lever imprimerie autrement qu’après le décès ou abdication de son père. » Claude-François travailla dès lors en la compagnie de ce dernier et souscrivit avec lui les nombreux ouvrages sortis de l’officine paternelle. Voilà pour la façade, mais que se passait-il par derrière ? C’est ce que je vais à présent examiner.

Vers 1724, Claude-François avait épousé Catherine-Agnès Hérault, fille du libraire Eustache Hérault, que nous connaissons déjà4, et, le 22 juin suivant, un premier fils leur était né3. Pour satisfaire aux besoins de son ménage et de sa famille, que l’entreprise paternelle n’aurait pas suffi à alimenter, Claude-François se vit dans la nécessité de se créer une position indépendante et telle fut la cause déterminante de sa demande au Conseil en 1725. Une fois nanti de l’autorisation de faire par lui-même des affaires de librairie, il les voulut grandes et fructueuses, et comme il était audacieux et entreprenant, il choisit la plus dangereuse, mais la plus lucrative des spécialités, celle des livres prohibés ou tout au moins sujets à caution et par suite recherchés du public; il prit contact avec un certain nombre d’imprimeurs marrons exerçant soit en Normandie, soit à Paris, entra en relations avec des libraires de Hollande, et fut bientôt connu comme l’un de ces hommes capables de tout faire en matière de librairie, pour peu qu’il y eut quelque argent à y gagner. Il voguait à pleines voiles sur cette mer toute hérissée de récifs, lorsque sa mauvaise étoile conduisit à son bord

(1) Voy. Documenta, n° 752. — (2) Cf. Documenta, n» 814. — (3) Documenta, n° 818. — (4) Voy. supra, p. 202, note 3. — (5) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 6: « Du 22 juin 1725. Claude-François, né le jour précédent, du légitime mariage de Claude-François Jore, marchand libraire, et de Catherine-Agnès Hérault. Le parrain, Claude Jore, imprimeur-libraire; la marraine, Catherine Le Gendre, veuve du sieur Eustache Hérault, marchand libraire. »

un passager des plus redoutables, en la personne de l’astucieux Voltaire, toujours en gestation de quelque œuvre malsaine et sans cesse en quête de libraires et d’imprimeurs à compromettre pour lui. L’illustre écrivain fut présenté à Claude-François, en 1730, par Pierre- Robert Le Cornier de Cideville, conseiller au Parlement de Rouen ; aussitôt ébloui de l’honneur qui lui était fait et fasciné par le talent du grand homme, le malheureux libraire se livra à lui sans réserve', il y perdit sa fortune , sa liberté et son état1. Je 11’insiste pas sur le peu de générosité avec laquelle Voltaire, logé pendant quelque temps chez lui, sous l’anonymat d’un milord anglais, reconnut l’hospitalité du libraire rouennais, je ne retiens que le funeste présent qu’il lui ht en le chargeant de la première édition française de ses Lettres philosophiques , On n’est pas d’accord sur la date de cette édition : presque tous les bibliographes affirment, en se basant sur les allégations de Jore lui-même, qu’elle fut exécutée en 1731, mais M. Bengesco combat cette opinion et cherche à établir qu’elle n'a pu l’être qu’en 1733-1734- La vérité paraît être que le manuscrit fut remis a Jore en 173 1 et qu’il en ht aussitôt commencer la composition à Paris, dans la rue des Amandiers, où il stipendiait une imprimerie clandestine, en même temps qu’il tirait à Rouen, sur les presses de son père, le Charles XII du même auteur2. Dans les premiers temps de l’année 1733 en effet, Thieriot partait à Londres avec le manuscrit des Lettres philosophiques, pour les faire traduire et éditer en anglais, pendant que Jore de son côté était prêt à lancer l’édition française et que Voltaire multipliait les efforts de sa duplicité pour le retenir. L’auteur entendait bien se servir de cette édition,. — l’anglaise, — qu’il faisait publier sous le nom de son ami, pour se mettre à couvert et dégager sa responsabilité en cas de malheur. A présent qu’il y avait réussi, il se souciait fort peu du pauvre Jore, lui laissait son édition pour compte, éludait le paiement des 1400 livres qu’il lui devait pour les frais de l’impression, et, qui mieux est-, favorisait en sousmain et sans doute contre argent comptant, suivant ses habitudes, l’éclosion de deux autres éditions françaises3.

(1) Premier mémoire de C. F. Jore cité plus bas. — - (2) Cf. Bengesco, Bibliographie Voltairienne , t. I, p. 372, n° 1257. — (3) A. Lettres philosophiques par M. de Y.... / A Amsterdam, chez E. Lucas, au Livre d’or, 1734. (In-12. 2 ff. n. ch. et 354 p. (sic, pour 324). B. N , Z. io33.) Édition fabriquée par René Josse, libraire à Paris et imprimée, non pas à Bayeux, comme le dit Quérard et le repète M. Bengesco, mais à Paris même par Jean Augustin Duval, précédemment imprimeur à Bayeux. Voir la notice de ce dernier dans la partie de ce

Il est inutile d’entrer ici dans le détail de toutes les manœuvres inqualifiables auxquelles Voltaire se livra pendant ce laps de temps; on en peut lire la partie documentaire dans un intéressant ouvrage de M. Léouzon Le Duc1 et le récit circonstancié dans le Voltaire de l’abbé Maynard 2 ; je me borne donc à rappeler ce qui en advint pour le malheureux Jore. Le4 mai 1734, il est enfermé à la Bastille, mais il en sort quatorze jours plus tard, car il avait prouvé par la différence des caractères que l’édition, qui courait sous son nom, 11e pouvait pas être de lui 3, — c’était celle qui avait été confectionnée par Josse. Le 9 juin suivant, on perquisitionne une première fois dans Tune des resserres qu’il avait à Paris, rue de la Tournelle, chez une demoiselle Aubry, et l’on y saisit avec le mobilier de cette personne, un assez grand nombre de livres 4. Le 10 intervient un

volume consacrée au département du Calvados. — B. / Lettres philosophiques par M. de V.... / A Rouen, Chez Jore libraire. 1734. (In-12. 2 ff. n. ch. et 190 p. Contrefaçon fabriquée en Hollande.)

(1) Voltaire et la police. Dossier recueilli à Saint-Pétersbourg, parmi les manuscrits français originaux enlevés à la Bastille en 1789. Avec une introduction sur le nombre et l’importance desdits manuscrits, et un essai sur la bibliothèque de Voltaire. Par L. Léouzon Le Duc. / Paris, Ambroise Bray, Libraire-éditeur, 20, rue Cassette. 1867. (In-12. 265 p. et 1 f. de ta.) — (2) Voltaire Sa vie et ses œuvres Par M. l’abbé Maynard Chanoine honoraire de Poitiers./ Paris, Ambroise Bray. 1868 (In-8. 2 vol.), t. I, pp. 1 83 - 2. 1 o. — (3) Voy. Documenta, n° 846. — (4) 1° « Du 9 juin 1734, deux heures de relevée, Nous, Louis-Pierre Regnard l’aîné, Conseiller du Roy, Commissaire au Châtelet de Paris, suivant les ordres du Roy, sommes avec le sieur Vanneroux, exempt de robe courte, [transportés] rue de la Tournelle, en une maison au coin de la rue de Bièvre, dont la boutique est occupée parle nommé Le Page, perruquier, auquel nous estant informé de la chambre de la demoiselle Aubry en ladite maison, il nous La indiquée au 2e étage, et après y avoir fait heurter et qu’ouverture de la porte d’icelle n’a pu nous être faite, nous ayant esté dit par ledit Le Page que la demoiselle Aubry en estoit sortie le matin, avons mandé la personne d’Augustin Laporte, Me Serrurier, demeurant rue des Grands degrés, il a fait en présence dudit Lepage ouverture de ladite porte et y étant entré en leur présence, y avons fait perquisition : s’y est trouvé derrière un retranchements brochures des Lettres philosophiques, i5 autres exemplaires des mêmes Lettres en feuilles, 32 cahiers du Catéchisme historique et domatique (sic), 24 autres cahiers des Anecdotes , plusieurs feuilles intitulées Abrégé chronologique des principaux événements de la Constitution, 3 cahiers de L Histoire du Père de la Chaise, plus une autre brochure in-12 intitulée Les Qitin^e joyes du mariage, plus une autre intitulée La Religieuse malgré elle, et pour seureté des effets étant dans lesdites chambres et d’un haut d’armoire trouvé fermé étant dans ladite chambre d’entré, avons fait fermer les verouils de la porte de laditte chambre en dedans et étant repassé dans une autre pièce suivante, en avons fermé la porte et sur l’ouverture d'icelle avons apposé nos scellés sur les bouts et extrémité d’une bande de papier posé sur l’ouverture de laditte porte, comme aussy avons apposé nos scellés sur les bouts de quatre bandes de papier posé sur les ouvertures de quatre tiroirs d’une

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arrêt du Parlement de Paris qui, sur le vu de l’édition faite par Josse, ordonne la suppression des Lettres philosophiques et en fait in-

commode, lesdits tiroirs préalablement refermés et la clef restée à nos mains. Est resté en évidance ce qui suit: une couchette à bas pillier garny d’une paillasse et traversin, deux oreillées de coutil remplis de plumes, un matelas, deux draps, une couverture de laine blanche, une courte-pointe de damas cramoisy avec la housse dessus impérial de pareille damas, lad. chambre tendue de tapisserie pinte de la Porte S1 Antoine, six fauteuils de canne, un autre de paille et deux chaises à la capucine, un feu à pomme de cuivre, pelle et pincette et tenaille, le tout de fer poly, un dessus de commode de marbre, une cheminée portant trois pieds de haut sur quinze poulces de large en deux pièces de glace et un souflet, et pour seureté desdits effets et de nosdits scellés, avons laissé dans ledit appartement pour la garde d’iceux et en garnison led. sieur Vanneroux et le nommé Leguyer le jeune, archer de robbe courte qui s’en sont chargé comme dépositaire, et à l’égard desdits livres cy-dessus décrit, sont resté pareillement à la garde dudit sieur Vanneroux, qui s’en est chargé pour les déposer où il apartiendra, dont et de tout ce que dessus avons dressé le présent procèsverbal et ont signé : Vanneroux, Lesguillier, Delaporte, Lepage. — (11°) Et le i5e jour de juin au dit an 1734, 10 heures du matin, Nous, commissaire susdit pour l’exécution des susdits ordres du Roy, sommes transporté avec le Sr Vaneroux susdit rue de la Tournelle et susdite maison, et étant monté en l’appartement de ladite demoiselle Aubry, y avons trouvé ledit Lesguillier, gardien de nosdits scellez, en présence desquels avons derechef fait perquisition dans la chambre ayant vue sur ladite rue de la Tournelle et ayant fait décloué en partie la tapisserie tendue en ladite pièce, s’est trouvé caché sous icelle en différens endroits plusieurs feuilles et demi-feuilles de papier par petits paquets écrits, étayant le tout ramassé et examiné, avons remarqué être plusieurs mémoires et états concernant le commerce de livres que le nommé Jorre, imprimeur à Rouen, faisoit avec différents libraires en différents endroits, aucuns desquels se sont trouvez signez; une lettre missive à l’adresse dudit Jorre timbrée d’Hollande ; un billet signé Ouyuel de la somme de 96 livres fait au profit de la demoiselle Aubry, en datte du 12 may 1734, dont du tout avons fait une liasse composée de 27 pièces, dont nous en avons remarqué une, déchirée en partie, dattée au commencement du 19 avril 1734, signée en fin F. Dubois, lesquelles pièces avons paraphées par première et dernière et ensuite laissé en la garde et possession dudit S1' Vanneroux qunas’en est chargé, pour les déposer où il appartiendra ; dont et de quoy avons dressé le présent procès-verbal pour servir et valoir ce que de raison. — (IIIe) Et le 9e jour de septembre audit an, deux heures de relevée, Nous conseiller commissaire susdit, suivant les ordres du Roy, sommes transportez susdite rue de la Tournelle et susdite maison, où estant, est comparu par devant nous Demoiselle Catherine Agnez Hérault, épouse du sieur Claude-François Jorre fils, bourgeois de la ville de Rouen, et fondée de sa procuration sous seing privé, qu’elle nous a dit être entre les mains de mondit sieur le Lieutenant général de police, ainsy que celle de ladite Aubry, en datte du g du présent mois, passée devant notaires à Paris, laquelle nous a dit qu’au désir desdits ordres et ez nom et qualitez qu’elle procède, a cousenty la reconnoissance et levée de nos scellez pour être par nous mis en possession desdits effets étant en évidance et sous iceux aux offres qu’elle fait de s’en charger et en donner toutes décharges nécessaires auxdits Gardiens et dépositaires et a signé : Hérault, femme de Jore. » (A. N., Y. 10846. Cette pièce

cinérer un exemplaire G Le 15 du même mois, le commissaire

Regnard se présente de nouveau dans le logement du coin de la rue de Bièvre et y ayant fait déclouer -la tapisserie d’une chambre, il y découvre la correspondance de avec des libraires français et

a été publiée déjà par E. Campardon, dans : Voltaire, Documents inédits, pp. 14-18.)

(i)« Ce jour, les Gens du Roy sont entrez, et Maître Pierre Gilbert de Voisins, avocat dudit Seigneur Roy, portant la parole, ont dit : Que le livre qu’ils apportent à la Cour leur a paru exiger l’animadversion publique, qu'il ne se répand que trop, et qu’on sçait assez combien il est propre à inspirer le libertinage le plus dangereux pour la Religion et pour l’Ordre de la société civile : que c’est ce qui les porte à prendre les conclusions sur lesquelles ils attendent qu’il plaise à la Cour faire droit. Eux retirez : Vu le livre intitulé : Lettres philosophiques par M. de V... à Amsterdam , che% E Lucas , au Livre d'Or. MDCCXXXIV, contenant vingt cinq lettres sur diéffrents sujets, ensemble les conclusions par écrit du Procureur général du Roy, la matière sur ce mise en délibération, / La Cour a arrêté et ordonné que ledit livre sera lacéré et brûlé dans la cour du Palais, au pied du grand escalier d'icelui par l’exécuteur delà haute justice, comme scandaleux, contraire à la Religion, aux bonnes mœurs et au respect dû aux puissances ; fait très expresses inhibitions et défenses à tous libraires, imprimeurs, colporteurs et à tous autres de l’imprimer, vendre, débiter, ou autrement distribuer, en quelque manière que ce puisse être, sous peine de punition corporelle. Enjoint à tous ceux qui en auroient des exemplaires de les remettre incessamment au greffe civil de la Cour pour y être supprimez. Permet au Procureur Général du Roy de faire informer contre ceux qui ont composé, imprimé, vendu, débité ou distribué ledit livre par devant Me Louis de Vienne Conseiller, pour les témoins qui seroient dans cette ville, et par devant les lieutenans criminels des bailliages et sénéchaussées, et autres juges des cas royaux à la poursuite des substituts du Procureur général du Roy esdits sièges, pour les témoins qui se trouveroient èsdits lieux ; permet à cet effet au Procureur général du Roy d’obtenir et faire publier monitoire en forme de droit, pour les informations faites, rapportées et communiquées au Procureur général du Roy, être par lui pris telles conclusions et par la Cour ordonné ce qu’il appartiendra. Ordonne que copies collationnées du présent arrest seront envoyées aux bailliages et sénéchaussées du ressort pour y être lu, publié et registré ; enjoint aux substituts du Procureur général du Roy d’y tenir la main, et d'en certifier la Cour dans le mois, fait en Parlement le dix juin 1784. » (A. N., X1A 8459, f° 44 v°. — B. N., Ms. fr. n. a. 8186, fos 55 v° à 57). Cet arrêt a été imprimé sous ce titre : — Arrest de la cour du parlement, Qui ordonne qu'un Livre, intitulé: Lettres philosophiques par M. de V... à Amsterdam , cheq E. Lucas au Livre d'Or. MDCCXXXIV. contenant vingt cinq Lettres sur différents sujets, sera lacéré & brûlé par l’Executeur de la Haute-Justice. Du 10. Juin 1734. [Arm. de Erance.] A Paris, Chez Pierre Simon, Imprimeur du Parlement, rue de la Harpe, à l’Hercule. MDCCXXXIV. (In-4. 4 p. dont 2 ch. 3 et 4. B. N , Impr ., F. 23672, pièce 823. — Mss. f. fr, 22091, pièce 60. On lit en marge de ce dernier imprimé une note autographe de Joseph d’Hemerv, l’inspecteur de la librairie, disant que Saugrain donna à Isabeau, commis de la Grande Chambre, un volume des Révolutions d’L'spagne, qui fut brûlé en place des Lettres philosophiques qu’Ysabeau garda pour lui).

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étrangers L Le 7 juillet, perquisition dans un autre magasin du libraire rouennais situé à Passy; Pon y saisit aussi un grand nombre de livres et en particulier 31 ballots, contenant chacun une centaine d’exemplaires des Lettres philosophiques , soit en tout environ 3000 exemplaires de cet ouvrage2, preuve incontestable que, fidèle

(;) Voy. supra, p. 217, note (II0). — (2) 1°. — « Je prie Mr le Commissaire Regnard l’aîné de se transporter de l’ordre du Roy au village de Passy, dans une maison qui luy sera indiquée à l’effet d’y faire perquisition et saisir tous les exemplaires des Lettres philosophiques de V... et autres ouvrages prohibés, — pourquoy ledit commissaire fera ouvrir les portes d’une écurie de ladite maison ou autres, en présence de deux voisins, si le cas y échet, — dont il dressera procès-verbal. Fait à Paris le 7 juillet 1734. (Signature illisible). — [II0] Du 7 juillet 1784, unze heures du matin. Nous, Louis-Pierre Regnard Laîné, conseiller du Roy, commissaire au Châtelet de Paris, suivant les ordres du Roy, sommes transporté avec le sieur Dubut, exempt delà prévôté des monnoyes, au village de Passy, où estant avons esté conduit par ledit sieur Dubut dans l’ancienne maison de la distribution des eaux minéralles de Passy, appartenant au sieur Amelet et à la dame Chevalier, sa sœur, et ayant parlé au consierge de ladite maison, qui a dit se nommer Louis De Latre, luy avons fait entendre le sujet de notre transport. Sommé de nous dire et déclarera qui il a esté loué une écurie de ladite maison seize dans le passage, il nous a dit ne point connoître les personnes à qui il a loué ladite écurie, mais lorsqu’il l’a louée pour le premier jour de may dernier, moyennant 20 livres par an, ils étoient trois particuliers dont deux noireaux et l’autre blond in, croit que l’un d’eux porte ses cheveux ayant un chapeau bordé, âgé d’environ 40 ans, les deux autres noireaux de médiocre taille, assez gros, plus âgé [s] que l’autre, lesquels luy ont donné 12 livres à compte, dont il n’a point donné de quittance, ne se sont point nommé ni donné de demeure ; n'a vu -introduire dans ladite écurie aucun des effets qui pourroient s’y trouver, laquelle déclaration il nous affirme véritable et a signé : De Lattre . En conséquence de laquelle déclaration et étant au devant de ladite écurie, avons mandé la personne du nommé Hamon, maréchal, lequel en la présence dudit De Lattre et de Jean Boete, domestique de la dame Marquis Damerval, a fait ouverture de ladite écurie, en laquelle s’est trouvé 37ballots que nous avons remarqué être entièrement cousus de toute part et contenir tous des imprimez, dont nousn’avons pu faire autre description et 17 paquets de différents imprimés sur différente matière, lesquels paquets et balots sont restez en la garde et possession dudit sieur Dubut pour être conduits en la ville de Paris et déposez où il apartiendra. Lequel s’en est chargé à cet effet et ont signé: Philippe Hamon. Dubut. Jean Boitte. Delattre. — Et ledit jour, sur les 5 heures de relevée, des ordres cy-dessus, Nous commissaire susdit, sommes transporté au château de la Bastille, où estant et ledit sieur Dubut nous ayant représenté lesd. balots et imprimez trouvez dans ladite écurie à Passy, nous avons procédé à la description d’iceux ainsy qu’il ensuit. Premièrement, i3 exemplaires intitulez Recueils des miracles, 4 exemplaires Traité de l'autorité du Pape, plusieurs volumes Imitation de J. C. et Ordinaire de la Messe, 10 exemplaires Alcoran des Cordeliers, plusieurs exemplaires Traité de l'amour de Dieu, un exemplaire des Hommes illustres de Pérault, 9 exemplaires Eloges de la Folie , plusieurs exemplaires Contes de Bocace et de la Reine de Navarre, 4 exemplaires Méditations sur la recherche de la vérité, plusieurs exemplaires de Y Histoire de V Arianisme, 9 exemplaires de Y Histoire du père de la Chaise, 3 exemplaires Histoire amoureuse

à sa promesse, Jore n'avait pas, ainsi que le dit M. Bengesco R en s’appuyant sur les dires de Voltaire, si souvent entachés de mensonge, débité les exemplaires de l’édition qu’il avait exécutée d’accord avec l’auteur 2. « Si cette édition avait été saisie et détruite, ajoute le même bibliographe, — qui ne connaissait pas le procès-verbal du commissaire Regnard, — il n’en resterait pas aujourd’hui un si grand nombre d’exemplaires»?. Il est facile de répondre à cette objection que tous les exemplaires saisis ayant été déposés à la Bastille, la majeure partie d’entre eux, sinon tous, furent recueillis par des mains avides,. lors du pillage de la prison d’État, en 1789, et de là passèrent soit dans des bibliothèques particulières, soit dans des boutiques de libraires, et en grande quantité sans doute à l’étranger.

Quoi qu’il en soit, à la suite de la découverte faite par le commissaire Regnard dans l’écurie de Passy, de nouvelles poursuites furent exercées contre le pauvre Jore et, le 23 octobre 1734, un arrêt du Conseil d’Etat le privait définitivement de sa maîtrise de libraire et imprimeur3 et le mettait dans l’impossibilité de gagner désormais sa vie en exerçant sa profession. Quant à l’auteur de tous ces maux, il avait pris ses précautions et s’en était allé prudemment se cacher en province, et de là en Suisse, puis en Lorraine et en Hollande, d’où il pouvait narguer la police et se moquer en même temps de son malheureux créancier. En mars 1735, Voltaire revint pourtant à Paris avec la permission de l’autorité. Jore le sollicita alors de lui procurer un emploi, « il reçut d’abord quelques promesses, dit l’abbé Maynard puis la déclaration qu’il n’avait plus rien à espérer. Alors il réclame son dû pour l’impression des Lettres. Voltaire le

des Gaules, 5 exemplaires Intrigues amoureuses de la Cour de France, 2 paquets de Y Histoire de Louis XIII , un paquet de l'Evangile de Sacy, 4 paquets Anecdotes, 4 paquets Catéchismes historiques, 2 paquets Lettres philosophiques et plusieurs volumes du théâtre françois, le tout in-12 et dévelopez, 10 exemplaires Nouvelles ecclésiastiques, in 4, 3i balots contenant environ cent exemplaires des Lettres philosophiques chacun, lesdits balots cordez, et 5 autres balots contenant le Naturalisme des convulsions en feuilles, lesdits balots aussy cordez, lesquels ainsy décrits ont esté par nous déposez dans le greffe du dépôt dudit Château. Au moyen de quoy avons dressé le présent procès-verbal pour servir et valoir ce que déraison et a ledit sieur Dubut signé, [Signé:) Dubut. Regnard.» (A. N , Y. 10846. Egalement publié déjà par E. Campardon, op. cit., pp. 19-22).

(1) T. II, p. i5. — (2) Cette édition, d’après le Mémoire de Jore, p. 4, n'avait été tiré qu’à 25ooexemplaires ; la totalité du tirage s’était donc retrouvée à Passy; il y en avait même 5oo exemplaires de plus. — (3) Voy. Documenta, n° 848. — (4) Op. cit., t. I, p. 201,

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mande et lui propose de couper la dette par moitié. Volontiers, répond Jore, spirituel ce jour-là: j’ai quatorze jours de Bastille, faites-vous y mettre pour sept ; vos Lettres m’ont causé une perte de 22.000 francs, payez-m’eti onze, et il restera encore à mon compte la perte de ma maîtrise. » Enfin, exaspéré, Jore introduit une demande en justice contre son débiteur de mauvaise foi et lance le fameux Mémoire l, auquel l’auteur des Lettres philosophiques n’a jamais réponduque par des injures, suivi bientôt d’un échange de factums, dont les termes laissent bien à désirer2, de la part de Voltaire surtout, qui, en sous-main agissait auprès du lieutenant général de police Hérault et lui suggérait l’idée de faire jeter son adversaire « dans un cul de basse fosse 3 ». On sait que l’affaire se termina par un jugement d’expédient qui, sans rien trancher au fond, déboutait Jore de sa demande et condamnait Voltaire à une amende de 500 livres. Plutôt que de tout perdre, l’ancien libraire de Rouen imita dès lors les roueries de son adversaire, tantôt désavouant le mémoire qu’il avait fait imprimer et recevant quelque gratification de l’illustre écrivain, c’était toujours autant de pris ou de récupéré sur l’ennemi, tantôt revenant à ses premières diatribes pour déterminer ce dernier à délier encore les cordons de sa bourse. Le malheureux Jore avait depuis longtemps quitté la France et donnait pour vivre des leçons à Milan, lorsqu’il mourut dans cette ville en 1780; pauvre, suivant les uns, laissant cent mille francs de rente, d’après les autres h

Joron (Jean), prétendu imprimeur de Rouen (1523).

Ce typographe, probablement un simple compagnon, est signalé

(1) Mémoire Pour Claude-François Jore. Contre le sieur François-Marie Arouët de Voltaire. (S. n. de t., In 4, 34 p. ch. Il y en avait un exemplaire à la BVP. (635o f°, port. 10); il a été récemment mutilé, semble-t-il, de ses

26 dernières pages. Ce mémoire a été réimprimé à la suite du Voltariana, puis, en 1867, par Léouzon le Duc, dans Voltaire et la police.) — (2) A. / Mémoire Pour le Sieur de Voltaire Contre François Jore. [A la fin De l’Imprimerie de Gissey, rue de la vieille Bouderie, à l’Arbre de Jessé (In f° 4 p. ch. B. N., F0 Fm. 17218.) — B. / Mémoire Pour Claude-François Jore. Contre le Sieur François-Marie Arouët de Voltaire [A la fin :] De l'Imprimerie de Jacques Guérin, Quay des Augustins. 1736. (In 4, i3 p. ch. B. N., 40 Fm. 16245.) — C. / Nouveau Mémoire signifié Pour le Sieur de Voltaire, Défendeur. Contre François Jore, Demandeur. [A la fin: ] De l’Imprimerie de Gissey, rue de la vieille Bouderie. (In 4. 4 p. ch. B. N.,4°Fm. 32916). — (3) Lettre à Cideville du 21 juin

1736. — (4) Cf. Noury, Voltaire inédit (Imprimerie Nationale, 1895. In 8), p. i3.

par Gosselin 1 , d’après les registres du tabellionage de Rouen, comme demeurant en 1523 sur la paroisse Saint-Pierre l’Honoré. On n’a jamais rien rencontré qu’il ait imprimé.

Jumelin (Les), imprimeurs à Rouen (1608-1643).

Deux typographes de ce nom, Salomon et Jacques, ont exercé successivement dans la capitale de la Normandie ; le premier seul est signalé dans les Notes de Frère2, comme ayant imprimé de 1610 à 1625, mais ce renseignement lui-même est incomplet, ainsi qu’on va le voir.

L Salomon (1608-1631). Bien que je donne ici la date de 1608, comme époque initiale de la carrière de cet imprimeur, il est fort probable qu’il s’était installé plusieurs années auparavant, attendu que, dès le 4 mai 1609, il avait pris pour apprenti Jean Boulay, dont il a été parlé plus haut3, et qu’en 1611, on le rencontre parmi les gardes de la Communauté4; toutefois, l’année 1610, marquée par Frère pour ses débuts, est celle de sa première impression connue, qui n’était d’ailleurs qu’une contre-façon du Panthéon huguenot, du P. Louis Richeome, S. J., édité la même année à Lyon, par Pierre Rigaud5. S. Jumelin ne semble pas avoir été libraire; il travailla surtout pour Jean Berthelin 6 et pour Etienne Vereul 7 ; ses impressions sont en général soignées. Frère indique que sa marque représentait « un rocher au milieu de la mer, battu par les

(1) Glanes, p. 88. — (2) Liasse 1 19. — (3) Voy. supra, p. 86, — (4) Voy. supra p. 17. — (5) Cf. Sommervogel, Bibl. de la C. de Jésus, t. VI, col. 1825. —(6) Voy. notamment : — Le Govvernement de la cavallerie legere. Traicté Qui comprend mesme ce qui concerne la graue, pour l’intelligence des Capitaines, réduite en Art par plusieurs excellens Préceptes, & représenté par figures. Par George Basta, Comte du S. Empire Romain en Hust & Marmaros, Libre Baron & Seigneur de Tropauie en Silese, & Sultz en Flandre, Gouuerneur General en Vngrie & Transiluanie pour feu l’Inuictissime Empereur Rodolphe IL de glorieuse mémoire, & Lieutenant general des armees de sa Maiesté. / A Roven, chez Jean Berthelin, dans la. Court du Palais. 1616. [A la fin] De l’Imprimerie, De Salomon Ivmelin, le 3. de Mars 1616. (In f° 3 1 6 p. ch. sll. et lata. Beau front, et pi. h. t. B. N., V. 235q.) Il y en a une autre édition de 1627, où le nom de l’imprimeur

n’apparaît pas, mais qui sort des mêmes presses. — (7) Voy. notamment: — Les œvvres dv Sr dv Vair garde des seaux de France. Comprises en cinq parties. I.

Les actions Oratoires. 2 . Arrests sur questions notables. 3. L’Eloquence Françoise. 4. Traitez Philosophiques. 5. Traitez de pieté, & sainctes Méditations. Le

contenu en chacune partie se voit es pages suiuantes la Préfacé. Derniere

Edition, reueuë & corrigée. [ Marq. décrite.] A Roven, Chez Estienne Verevl,

dans la Court du Palais, près la grand’porte. M.DC.XIX. (In 8. 1241 p. ch.

sll. Chaque partie a un titre spécial. B. N., Inv. Z. 19846).

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vagues et les vents ; un aigle au sommet a l’air de gratter le roc avec son bec ; autour de l’ovale, on lit la devise : Omnis fortuna. » Mais d’abord la devise citée est tronquée et incompréhensible ; la voici dans son intégrité : Super anda omnis fortuna ferendo ; en second lieu, cette marque n’appartenait pas à Jumelin, mais à Etienne Vereul, je crois. Après son année de gardiennat en 1611, Salomon Jumelin, fut encore élu aux mêmes fonctions en 1612, 1624 et 1631-1632 1 ; il mourut même en charge pendant le cours de cette dernière année 2. Il laissait une veuve, Ysabeau Loiselet, qui, d’après Frère, lui succéda et continua son entreprise jusqu’en 1643 ; aucun monument typographique ne m’a permis de vérifier l’exactitude de cette dernière assertion.

II. Jacques (1638) Probablement fils du précédent, il est à présumer qu’il lui succéda, mais le fait aurait besoin d’être prouvé; la seule mention que j’aie rencontrée de cet imprimeur figure dans une sentence du bailliage de Rouen, qui le condamne à 60 sols d’amende pour avoir imprimé, conformément aux instructions de Richard Lallemant, « des Heures touttes en noir sans y avoir emploié les lettres cappitalles de chaque verset, respons et rubricque en rouge, suivant qu’il est accoustumé en tout temps h »

La Cavette (Martin de), pseudo-imprimeur de Rouen (1626).

Le nom de ce soi-disant imprimeur est à la souscription d’une édition des Œuvres de Bruscambille (Rouen, Martin de la Cavette, 1626. In-12), décrite dans le catalogue d’un libraire de Brighton, dont M. Frère avait précieusement découpé l’indication 4. Il n’y a rien de plus à en dire, car il s’agit bien entendu d’un imprimeur apocryphe.

Laligne (Michel), imprimeur à Rouen (1518-1533).

Voici, dit M. Gosselin 3, « un imprimeur inconnu des bibliographes qui, cependant, a exercé son art à Rouen, sur la paroisse Saint-Maclou, pendant au moins 15 ans, puisque nous l’y trouvons depuis le 8 juin 1518 jusqu’au 27 janvier 1533. C’est Michel Lali-

(1) Voy. suprà p. 17. — (2) A. D. S., E. 483, f®42. — A. R., Paroisse S. Maclou,

Reg. des inhumations, i632 : « Du 16 May 1 632 , inhumation de Jumelin, impri-

meur en la rue de Rouveray ». — (3) Voy. Documenta, n° 638. — (4) N. F.,

liasse 109. — (5) Glanes, p. 74.

gne ; il est qualifié imprimeur de livres ; il était originaire de Saint- Aignan-les-Rouen, fils de Etienne Laligne, laboureur audit lieu, et de Jehanne Guerre. Son frère, Denis Laligne, demeurait à Rouen sur la paroisse Saint-Jean, où il exerçait l’état de cornetier, (Tabell., 8 juin 1518 ; 27 janvier 1533)* » En dépit de ces précisions, je ne pense pas que Michel Laligne ait jamais été établi à son compte ; il fut évidemment, comme tant d’autres, simple compagnon imprimeur en chambre.

Lallemant (Les), Aliàs L’Allemant [En lat. : Allemanus], famille

d’imprimeurs de Rouen (1567-1790).

Loin d’avoir été pour quoi que ce soit, ainsi qu’on l’a cru longtemps, dans l’importation de l’imprimerie à Rouen, les Lallemant, du moins ceux de la famille qui s’est fait connaître dans l’industrie du livre, n’y apparaissent que dans la seconde moitié duxviesiècle ; mais, à partir de cette époque, la corporation des libraires et imprimeurs a toujours compté jusqu’au moment de la Révolution, un ou deux Lallemant s’adonnant à l’art de la typographie. N’était le lustre attaché à leur nom, par suite de la fraude qui en a fait les plus anciens imprimeurs de Rouen, les Lallemant n’eussent guère joui de plus de célébrité que la plupart de leur collègues : ils 11’ont rien produit de bien remarquable et ne méritent en aucune façon, professionnellement parlant, la place d’honneur à laquelle l’un d’eux les a voulu porter. Je fais grâce au lecteur des aieux illustres, mais supposés des Lallemant et je passe sans autre préambule au premier imprimeur de ce nom, dont l’origine était sans doute beaucoup moins relevée qu’on ne l’a dit.

I. Richard I (1567-1620) aurait, d’après les Notes de Frère 4, débuté en 1567, mais je ne le rencontre pour ma part qu’à partir de 1573, époque où le Parlement l’autorise à imprimer un « Almanach composé par Me Florent de Crox pour l’année 1574 1 2 »• ^ est qualifié imprimeur dans ce document, et aussi dans d’autres arrêts lui permettant de publier divers ouvrages 3 ; il ne semble pourtant pas qu’il ait véritablement exercé cette profession, du moins par luimême, attendu qu’il figure dans l’arrêt du 10 novembre 1579 4 parmi les libraires revendiquant la liberté de faire imprimer par

(1) Liasse 120. — (2) Cf. Documenta, n° 5 1 6 . — (3) Voy. Documenta, nos 53 1

et 538. — (4) Voy. Documenta, n° 525.

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des compagnons en chambre. Ses productions d’ailleurs donnent toujours son adresse au Portail des libraires l. Richard I employa diverses marques qui ne dénotent pas beaucoup d’imagination personnelle; car elles sont copiées sur d’autres ou empruntées à des étrangers : l’une (n° I) symbolise la moisson et montre deux hommes occupés à couper le blé, tandis qu’un troisième lie les gerbes ; une deuxième marque (n° II) est tout simplement celle de Jean Bogard, imprimeur à Douai, c’est à dire un cœur volant au dessus de divers édifices et entouré de la devise : Cor rectum inquirii scientiam ~2. Il convient enfin de noter qu’en dépit des brillantes origines qu’on lui attribua plus tard, cet imprimeur n’eut jamais de son vivant une bien grande notoriété, puisqu’il ne figure qu’une fois parmi les gardes de la Communauté, en 1588 3.

II. Richard II (1605-1650). Probablement fils du précédent, il s’était établi vers 1605, auprès du Collège des Jésuites4 et de ce

(1) Voy. notamment : A. / Discours sur 1’- / espovvantable / & merueilleux desbordement du / Rhosne dans & à l’entour la / ville de Lyon, & sur les / miseres & calamitez / qui y sont aduenues. [Marq. n° 1] A Roven / ® Pour Richard L’Allemand Libraire, tenant / sa boutique au portail des Libraires, le plus / prochain de l’Eglise. / 1571. / Avec privilège (In 12. 8 ff. n. ch. B. N., Lk7 435i c.) — B. / Discovrs / véritable / de la mort, fvnerai- / les et enterrement de def- / funct Messire André de Brancas, en son viuant / Cheualier Seigneur de Villa rs , Conseiller au Con- / seil d’Estat & privé du Roy, Cappitaine de cent /hommes d'armes de ses ordonnances, Gouuer- / neur et Lieutenàt general pour sa Majesté, és vil- / les & Bailliages de Rouen, Caux, Haure de grâce, / & Admirai de France... [Marq. n° II] A Roven, / Chez Richard P A lie— niant, au portail des Libraires. / M.D.XCV. / Auec Priuilege. (In 12. jb p. ch. et 2 ff. n. ch B. N., Ln27 2925.) — C. / Exhortation / de continvelle- / ment, fidèlement et / deuotement prier pour nostre Roy très / Chrestien, & pour la nécessité & l’in- / uolution dangereuse des affaires / de la France. / A Messieurs du Clergé de Rouen. / Par M. René Benoist, Docteur, Regent en la faculté de Théo-/ logie à Paris, désigné Euesque de Troye, Confesseur du / Roy, & Conseillerai! Conseil d’Estat de sa Maiesté. [Marq. n° II] A Roven, / Chez Richard l’Allemant, au /portail des Libraires. / M.D.XCVIII. / Auec Priuilege du Roy. (In 12,44 p. ch. B. N., Lb35 694). — (2) Voy. Gallia Typographica, ser. dép., t. I, p. 23. — (3) Cf. Documenta, n08 532, 533, 535, 536. — (4) Voy. par exemple : A. / Les Epistres familières de M. T. Cicéron, pere d’éloqvence. Contenues en saize liures traduits en François, partie par Estienne Dolet, & le reste par François de Belle-forest, le Latin et François correspondans fidèlement l’vn à l’autre. Auec les argumens sur chacune Epistre, Table, & maniéré d’entendre le dabte des Latins. Dernière édition. [Vign.J A Roven, Chez Richard L’Allemand, près le College. M.DC.XXIIII. (In 12, 1172 p. B. N., Z. 13597.) — B. / Doctrine chrestienne, du R. P. Ledesme de la compagnie de Iesvs. Traduite en Langage Canadois, pour la Conuersion des habitans dudit pays. Par vn Pere de la mesme Compagnie. [Monogr. de la C. de Jésus.] A Roven, Chez Richard l’Allemant, près le College. i63o. (In 12. 26 p. ch. B. N., D. 14786). — C. / Elegantiarvm poe- G. Lepreux. — Gallia Typographica. D. III. i5

voisinage résulta pour lui et ses descendants l’acquisition de la clientèle des Pères, ce qui leur valut le plus clair de leur renommée par le grand nombre d’ouvrages classiques qu’ils éditèrent pour le compte de la célèbre Compagnie et de plusieurs de ses membres les plus illustres dans l’humanisme. Appelé quatre fois à l’honneur du Gardiennat dans sa Communauté, en 1614, 1626, 1643 et 1650 l, Richard II 11’en avait pas moins été condamné, en 1638, avec Jacques Jumelin, pour avoir fait imprimer par ce dernier un livre d 'Heures, sans tenir compte des usages locaux relatifs à la imbrication 2.

III. Richard III (1650-1690). Fils et successeur du précédent, il le remplaça dans l’officine de la rue des Jésuites, près du Collège 3 et fut garde de la Communauté en 1657 et 16734. Son œuvre capitale est un bel in-folio contenant l’histoire de la célèbre abbaye de Saint-Ouen5; ses principaux titres de gloire sont d'avoir été nommé imprimeur du roi en i66q6et d’avoir été choisi, en 1679, parle Parlement de Rouen, pour remplir le premier les fonctions de syndic7. Richard III Lallemant mourut en 1690 8; il devait être infirme ou impotent depuis plusieurs années, car, dès 1677, il avait appelé auprès de lui l’un de ses neveux, qui suit, avec l’intention d’en faire son successeur.

IV. Richard IV (1677-1723), dit Lallemant l’aîné. Fils de Marin Lallemant, libraire, et de Catherine Lamy, il avait vu le jour à Rouen vers 1 6 5 6 9 et avait été reçu maître le 6 juin 1673 10 ; il avait appris son art dans la maison de son oncle, Richard III, auquel

ticarvm per locos commvnes digestarvm flores. Ex optimis quibusque authoribus collecti, operà et studio Ioannis Blvmerel Lotharingi. [Monogr. de la C. de Jésus, avec la devise Laudabile nomen Domini.] Rothomagi, Apud Richardvm l’Allemant, propè Collegium Societatis Iesv. M.DC. XXXVII. (In 12, 8x5 p. ch. sll. et lata. B. N., Yc 9981.)

(1) Voy. suprà, pp. 17 et 18. — (2) Cf. Documenta, n° 638. — (3) Voy. notamment: — Elegantiæ poeticæ. In locos commvnes digestæ, & ex optimis Auctoribus collectæ. Opéra Ioannis Blvmerel Lotharigensis. Sextà hac Editione multis additionibus locupletatæ... Ad vsvm Collegiorvm Societatis lesv. [Monogr. de la C. de Jésus] A Rouen (sic), Apud Richardvm Lallemant, propè Collegium Societatis Iesv. M.DC.LXVIII. (In 12. 622 p. ch. sll. B. N., Yc. 4686). — (4) Voy. suprà, pp. 19 et 20. — (5) Histoire de l’Abbaye royale de S. Oven de Roven... Par vn religievx bénédictin de la Congrégation de Saint Mavr. / A Roven, Chez Richard Lallemant, proche le College des RR. PP. Iesuites. Et Lovys dv Mesnil, dans la Cour du Palais. M.DC.LXII. (In f°. B. N., Lk7 8394). — (6) N. F., liasse 120. — (7) Voy. Documenta, n° 677. — (8) Frère, loc. cit. — (9) D’après la supputation de son âge au moment de son décès (Voy. infra, p. 228, note 4.) — (10) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 388.

SEINE-INFÉRIEURE

il fut adjoint, en qualité de survivancier, comme imprimeur et libraire du Collège le 8 mai 1 6 7 7 1 et comme imprimeur et libraire du diocèse le 23 décembre 16822. C’est à lui seulement que parait remonter la première illustration réelle de la famille ; outre son activité et son entente des affaires de sa profession, il parvint à remplir des situations en vue parmi ses concitoyens, ayant été prieur-jugeconsul, procureur-syndic des marchands, premier syndic de la Chambre de commerce de la province de Normandie et administrateur de l’Hôtd-Dieu. Appelé au Gardiennat par ses pairs en 1684, 1691 et 1 697*4 puis par le roi lui-même en 17084 *, il fut encore choisi dans les mêmes conditions pour syndic de sa Communauté en 1710 et 17113. Bien que Richard IV n'ait jamais eu que 2 presses et 4 compagnons6, il a cependant imprimé un nombre considérable d’ouvrages, dont la majeure partie était destinée aux écoliers du collège des Jésuites7; il eut même, au sujet de ces entreprises, à soutenir quelques procès, s’étant trouvé en rivalité, par exemple avec la veuve de Simon Bénard, imprimeur à Paris, qui avait fait pratiquer sur lui, en 1691,1a saisie de plusieurs exemplaires du Gradus ad Parnassum, du P. Vanière, le prétendant contrefait à son préjudice. On trouvera plus loin les détails de cette affaire, qui faillit tourner au tragique8; je me contente de

(1) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 388. — (2) Ibid. — (3) Voy. suprà, pp.20 et 21. — (4) Cf. Documenta, n° 731 . — (5) Voy. Documenta, n03 73 7 et 742. — (6) A. D. S., C.

145 (Enquête de 1706).— (7) Voy. notamment les suivants qui ont échappé aux recherches du P. Sommervogel : AJ Quinti Horatii Flacci Carmina, ab omni

obscœnitate expurgata, annotationibus illustrata. [Initiales R. L. entrelacées] Rotomagi, Typis Richardi Lallemanl, Collegii Societatis Jesu, Typographi.

M.DC.XCVI. (In 12. 420 p. ch. si 1 . et lata. B. N., Yc. 5846.)— B. / Le Petit Apparat royal, ou Nouveau Dictionnaire françois et latin, Enrichi des meilleures façons de parler en l’une et en l’autre Langue, recueilli... Nouvelle Edition. Avec un Dictionnaire Géographique... [Init. entrel.] A Rouen, Chez

Richard Lallemant, proche le College des RR. PP. Jésuites. M.DCCV. Avec Privilège du Roy. (In 8, 767 et 55 p. B. N., X. 14084. Le privilège, daté de Ver-

sailles le yseptembre 1704, est donné à « Richard Lallemant, libraire à Rouen, ancien Prieur Juge Consul audit Rouen, et Syndic delà Chambre de Commerce de la Province de Normandie. ») — C. / Gradus ad Parnassum, sive novus synonymorum, epithetorum, phrasium poeticarum, ac versuum Thésaurus... Ab uno è Societate Jesu (Le P. Vanière). Editio prioribus auctior & emendatior. [Init. entrel.] Rotomagi, Typis Richardi Lallemant, propè Collegium Societatis Jesu. M.DCC.XII. Cum Privilegio Regis. (In 8. 996 p. ch. Priv. à R. Lallemant du

17 mai 17 1 1 . B. N., Yc. 4656.) — D. / Regia Parnassi seu palatium musarum...

Editio prioribus emendatior. / Rothomagi, Apud Richardum Lallemant, propè Collegium Societatis Jesu. M.DCC.VI. Cum permissione Regis. (In 8.996 p. ch. sll. B. N., Yc. 4664.) — (8) Voy. Documenta, n°* 696, 697, 698.

noter ici que Lallemant semble avoir eu le bon droit de son côté et qu’en 1711, il obtint un nouveau privilège pour cet ouvrage, dont il donna une réédition1. Quelques années plus tard, notre typographe entrait en conflit avec un de ses collègues, Jacques- Joseph Le Boullenger, également imprimeur des Jésuites, qui l’accusait de n’avoir pas tenu ses engagements vis à vis de lui, en ce qui concernait l’échange des classiques édites par eux pour l’usage des écoliers2; malheureusement je n’ai pas rencontré dans le fonds du Conseil d’État l’arrêt qui dût trancher le différend ; je suppose que les deux adversaires firent la paix au moyen d’une honorable transaction,

Richard IV allait atteindre l’âge de 70 ans, lorsqu’il sentit le besoin de se reposer, il démissionna donc le 12 août 1723 3, en faveur de son fils Nicolas, qui fut, peu de jours après, autorisé à le remplacer. Le vieil imprimeur vécut encore dans la retraite pendant une douzaine d’années et enfin, le 4 juillet 1736, il passait de vie à trépas 4. Richard IV ne s’est pas contenté d’être typographe, il voulut être auteur et composa notamment un Dictionnaire géographique latin et français 5, qui eut de nombreuses éditions ; il annota aussi quelques classiques, Salluste et Cornélius Nepos entre autres, que les Mémoires ch Trévoux citent avec éloges 6.

V. Michel (1698-1740). Né à Rouen vers 1672 7, il était fils de Jean Lallemant, libraire, et de Marguerite Jore 8. Bien que, suivant l'ancien usage rouennais, il eut été admis à la maîtrise le 15 juin 1 677 9, c’est à dire vers l’âge de 5 ans, il fit deux années d’apprentissage chez Richard IV Lallemant, le servit ensuite pendant neuf autres années enqualité de compagnon10 et s’établit enfin, le 27 novembre 1698, dans la rue Saint-Lô, avec deux presses, un compa-

(1) Voy. supra, p. 227, note 7, lettre C. — (2) Voy. Documenta, n° 723. —

(3) Voy. Documenta, n° 8o3. — (4) A. R., Paroisse S. Godard, reg. 9 : « Le 5

juillet 1736 a été inhumé dans l’église M. Richard Lallemant, ancien prieur

juge consul des marchands à Rouen, âgé de 81 ans 6 mois, muni..., en

présence de M. Nicolas L’AUemant, ancien conseiller échevin de la ville de

Rouen, son fils ; de M. Richard-Philippe-Nicolas L’Alleinant, son petit-fils et

de M. Louis-Charles-Gontran, son autre petit-fils. » — (5) Novum Dictio-

narium Geographicum Latino-Gallicum, Ad faciliorem Authoruin Latinoruin intelligentiam, in usum studiosae Juventutis concinnatum. — Il est imprimé notamment, en 169 p., à la suite de : Officina latinitatis, seu novum Dictionarium Latino-Gallicum... Par I. C. (Rouen, Richard Lallemant, 1705. In-8. B. N., X. 9085.) — (6) No de mai 1718, pp. 335 et 337. — (7) D’après la supputation de son âge au moment de son décès (V. infra). — (8) N. F., liasse 120.

(9) A. D. S., C. 145 (Enquête de 1706). — (10) B. N,, Ms. fr. n. a. 400, P 387.

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gnon et un apprenti l. Sa situation était à peu près la même en 1706 2 ; il fut conservé comme imprimeur par l’arrêt du 18 mars 1709 3 et continua d'exercer sa profession jusqu’au moment de son décès, survenu le 2 octobre 1740 4. On rencontre fort peu d’impressions portant le nom de Michel Lallemant 5, car il travailla surtout pour le compte d’autres libraires. Élu garde de la Communauté en 1701 6, il obtint encore ce mandat en 1714 et se fit remarquer à cette époque dans l’exercice de ses fonctions par une sorte de rébellion contre l’autorité judiciaire 7 ; cette attitude, un peu anarchique de la part d'un garde, n’eut d’ailleurs pas pour lui de conséquences dommageables, puisque, en 1718, il fut choisi par le Conseil d’État pour remplir la même charge pendant une année 8.

VI. Nicolas (1723-1754). Fils de Richard IV, il fit naturellement ses études au collège des Jésuites, dont son père était l’imprimeur, et, après avoir terminé son apprentissage dans l’atelier de ce dernier, il fut admis à la maîtrise le 21 janvier 1701 9. Nicolas devint tout aussitôt l’associé de son père 10, jusqu’au jour où il le remplaça officiellement, en vertu d’un' arrêt du Conseil du 17 août 1723 11 . Dès 1710, il avait rempli les fonctions d’adjoint au syndic, par délégation du Conseil d’État 12 ; en 1714, il exerça la même charge par la volonté de ses pairs et, peu de temps après, il

(1) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 387. — (2) A. D. S., C. 145 : « Michel Lallemant, 35 ans, reçu maître le i5 juin 1677, s’est établi le 27 novembre 1698. A boutique de libraire dans la rue S. Lô et une imprimerie de 2 presses, avec

un compagnon, Charles Barbey. A imprimé pour le sieur Besongne. » —

(3) V oy. Documenta, n0 733. — (4) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 7 : « Du 3e octobre 1740. Le corps du sieur Michel Lallemant, marchand, imprimeur-libraire, dé-

cédé le jour d’hier,... âgé de 67 ans ou environ, a esté inhumé en nostre église, e n présence de Nicolas Le Brun et Jean-Baptiste Baudouin, ses beaux-fils. » —

(5) Voy. pourtant : — Poésies sacrées traduites ou imitées des Pseaumes. [Vignette] A Rouen. Chez Michel Lallemant, Imprimeur-Libraire, vis avis la

grande Porte du Prieuré de S. Lo. M.DCC. XVII. Avec Privilège du Roy. (In-12. 198 p. ch. si 1 . et lata. Dédicace au roi, signée : Des fontaines Guyot, prêtre.

B. N., Ye 9416 bis.) — (6) Voy. supra, p. 21. — (7) Cf. Documenta, rfi 753. —

(8) Cf. Documenta, n» 768. — (9) A. N., V6 864, arrêt du 17 août 1723, requête

préliminaire.— (10) Son nom figure de ce chef sur de nombreuses impressions declassiques ; je citerai seulement celle-ci, qui a été omise par le P. Sommervogel :

— P. Ovidii Nasonis metamorphoseon Libri XV. expurgati. Interpretatione, Notis, & Appendice de Diis & Heroïbus Poëticis illustravit Josephus Juvencius S. J. Editio nova ab Authore denuo aucta & emendata. [Init. entre!.] Juxta exemplar Romae. Rotomagi. Apud Richardum & Nicolaum Lallemant, propè Collegium Societatis Jesu. M.DCC. XVII. Cum Privilegio Regis. (In-12. 475 p. ch.

sll. et lata, B. N., Yc 6414.) — (11) Voy. Documenta, n» 8o3. — (12) Voy. Docu-

menta, n° ]Zj.

parvint à l’échevinat de sa ville natale. Nicolas a continué, comme son père, d’imprimer de nombreux classiques pour le Collège des Pères Jésuites 1 et n’a attaché son nom à aucune autre impression qui mérite d’être notée ; en 1754, il démissionna en faveur de son fils, qui suit.

VII. Richard-Gontran (1754-1790). Né à Rouen le 18 décembre 1725 2 et fils du précédent, il s’établit en 1754, en remplace-

ment de son père, à la suite de deux arrêts du Conseil d’Etat des Ier avril et 17 juin de la même année 3 et transféra son établissement près de la Rougemare 4 * ; il avait obtenu, dans l’intervalle de ces deux arrêts, la charge d’imprimeur du roi, aux lieu et place de Le Menu de Bois Jouvin, par des lettres de provision du 20 avril 1 7 5 4 3 . Ce typographe, il faut bien le dire, en dépit de la célébrité dont il a longtemps joui, est beaucoup moins remarquable par les productions sorties de ses presses que par l’habileté qu’il eut de se mettre en évidence et de forcer l’admiration de ses contemporains par des procédés peu louables. On peut en effet le suspecter, — is fecit cui prodest, dit l’adage juridique, — d’avoir profité de son accession aux places enviées d’échevin et de maire de sa ville natale, pour favoriser l’intercalation dans les registres des délibérations échevinales des deux documents, dont j’ai déjà parlé 6, qui transformaient certains membres prétendus de sa famille en mécènes et introducteurs de l’art typographique à Rouen. Dans tous les cas, il n’hésita pas à s’en prévaloir pour arracher à l’autorité royale des lettres de noblesse, puis au Conseil d’Etat un arrêt portant que l’imprimerie resterait héréditaire dans sa famille, sans déroger à la noblesse 7. A vrai dire, je n’ai rencontré ni les lettres ni l’arrêt en question, il m’est donc impossible d’en parler de visu et je m’en rapporte sur ce point à ce qu’en ont dit les auteurs rouennais, en me demandant

(1) J’indiquerai seulement cette édition non citée par le P. Sommervogel :

— Q. Horatii Flacci Carmina expurgata. Accuratis Notis ac Appendice de Diis & Heroibus Poëticis illustravit Jesephus Juvencius S. J. Editio prioribus auctior et emendatior. [Init. entrel.] Juxta exeinplar Romæ. Rotomagi, Apud Nicolaum Lallemant, propè Collegium societatis Jesu. M.DCC. XXXVI. Cum

Privilegio Regis. (In-12. 407 p. ch. sll. et lata. B. N., Y. 5865). — (2) Le Breton, Biographie rouennaise , p. 200. — (3) Voy. Documenta, n°s 899 et 901. — (4) Mémoire relatif au projet d’une Histoire Générale de la Province de

Normandie [par les Bénédictins de la Congrégation de S. Maur.] A Rouen, De l’Imprimerie de Richard Lallemant, Imprimeur du Roi, près la Rougemare. 1760.

Avec permission. (In-4. 14 p. ch. B. N., Lk2 1214.) — (5) Cf. Documenta, n° 900.

— (6) Voy. supra, pp. 7 et 8. — (7) Cf. Ch. de Beaurepaire, Recherches sur l'in -

trod. de l'impr. à Rouen) p. i3.

SEINE-INFÉRIEURE

toutefois si vraiment ces deux documents sont authentiques. Quoi qu’il en soit de tout cela, Richard-Gontran a imprimé un assez grand nombre de livres, des ouvrages classiques surtout, comme ses prédécesseurs ; son œuvre principale est une réédition de la Coutume de Normandie, avec les Commentaires d’Henri Basnage, en deux volumes in-folio. Les événements de la Révolution l’incitèrent en 1790, à fermer son imprimerie, mais il vécut encore quelques années et mourut à Rouen le 3 avril 1807 L

Landry (Claude), prétendu imprimeur de Rouen (1631).

J’ai rencontré dans les Notes de Frère1 2, une fiche consacrée à « Cl. (sic) Landry, imprimeur-libraire », et, à la suite de cette mention, l’indication de l’ouvrage suivant : « Origine et pratique des armoiries à la Gaulloise, par le P. Philippe (sic) Monet. — Rouen, Cl. Landry, 1631. In-f° ». Il n’y a qu’un malheur à tout cela, c’est que Cl. ou Claude Landry n’a pas exercé à Rouen, mais à Lyon, où il a imprimé le livre en question, dont le titre est tronqué et dont l’auteur portait le prénom de Philibert et non celui de Philippe. Le lecteur est donc prié de chercher à Lyon la notice de ce typographe, qui n’a jamais rien eu de rouennais.

Langlois (Richard), prétendu imprimeur à Rouen (1604-1605).

Frère cite dans ses Notes 3 trois Langlois qui auraient exercé l’art de l’imprimerie à Rouen : Pierre, de 1573 à 1581, Richard et Jean de 1605 à 1637. Il n’y a lieu d’en retenir aucun. Pierre, tout d’abord, n’a jamais été que libraire4 et, au surplus, on ne connaît pas de livres portant sa souscription. Jean, ensuite, resta simple compagnon, quant à Richard, j’en dois faire une mention toute particulière, car, bien qu’il n’ait été aussi que compagnon, il est possible que son nom figure sur quelque ouvrage. Des poursuites furent en effet exercées contre lui, en 1605, parce qu’il avait employé son frère Jean à imprimer ou relier des livres, sans être ni l’un ni l’autre maîtres ou jurés5. Cette leçon profita à Richard, en ce sens qu’il ne fit plus œuvre de maître ; on le retrouve 20 ans plus tard, travaillant comme compagnon dans l’atelier de reliure de Robert Noé6.

(1) Le Breton, op. et loc. cit. — (2) Liasse 121. — (3) Ibid. — (4) Voy. Docu-

menta, n° 525. — (5) Voy. Documenta, n° 557. — (6) Voy. Documenta, n* 619.

Launay (Adrien de), libraire imprimeur à Rouen (1599-1606).

S’il fallait en croire certaines notes généalogiques insérées dans le volume 385 des Dossiers bleus , au Cabinet des titres de la Bibliothèque nationale, ce personnage serait un fils naturel d’Adrien de Launay, conseiller au Parlement de Paris et secrétaire du roi Henri II en 1556. On y lit en effet à son sujet les lignes suivantes : « Adrien de Launay, bastard, célèbre imprimeur à Rouen, puis baillydes villes de Darnetal et Longpaon en Normandie... » Je ne crois pas qu’on puisse ajouter foi à ces renseignements, car Y imprimeur ? rouennais de ce nom, loin d’être devenu bailli de Darnetal et autres lieux, quitta la province de Normandie en 1606, pour aller s’établir imprimeur à Amiens, où il semble qu’il ait exercé son état jusqu’au moment de son décès, vers 1625 L Quant à sa célébrité comme imprimeur de Rouen, je ne sais vraiment pas d’où elle pourrait procéder, car il ne tint dans cette ville qu’une boutique de libraire, à partir de l’année 1599, d’après les Notes de Frère1 2, et qu’ensuite, ainsi que je viens de le dire, il quitta la capitale de la Normandie en 1606, précisément parce que ses affaires étaient loin d’y être brillantes.

Le Boucher (Les), prétendus imprimeurs de Rouen (1660-1746).

Deux membres de cette famille figurent dans les Notes de Frère 3, comme ayant exercé l’imprimerie à Rouen, ce sont : Guillaume (1662-1699) et Nicolas (1689-1710). Je ne les mentionne ici que pour les faire disparaître définitivement de la liste des typographes rouennais, sur laquelle ils n’ont aucun droit de figurer.

En ce qui concerne d’abord Guillaume, il est certain qu’il ne fut que libraire : c’est en cette qualité qu’il fut reçu en 16604 et s’il a souscrit divers ouvrages, il est facile de voir qu’aucun d’eux n’a été exécuté par lui ; d’une part les privilèges qu’on y rencontre sont donnés à Guillaume Le Boucher, libraire , et d’autre part, les imprimeurs en sont le plus souvent l’un des Besongne 5.

(1) Voy. Gallia Typographies , sér. dép., t. I, p. 145. — (2) Liasse 109. —

(3) Liasse 12 1. — (4) A. N., V6 882, Arrêt du Conseil du 22 mars 1728. — (5) Voy.

par exemple : — Lettres spirituelles du R. Père Nicolas Barré, Religieux de

l’Ordre des Minimes. Dans lesquelles on découvre les différens états des peines

intérieures; & d’excellens moyens et pratiques pour les bien supporter, & en

faire un tres-saint usage. Ouvrage tres-utile aux Directeurs, & aux Ames inté-

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Nicolas Le Boucher, en second lieu, était installé marchand libraire dans la rue Neuve Saint-Lô : il ne possédait pas plus de presses que le précédent, dont il était le fils ; il avait été reçu maître en 1 68 1, exerça jusqu’en 1729 et mouruten 1746, à l’âge de 84 ans1. Beaucoup de livres portent son nom, mais ils sont tous sortis de divers ateliers. L’un de ses fils, Guillaume-Louis, le qualifie imprimeur dans une requête qu’il présentait au Conseil d’Etat en 17282; il voulait dire éditeur et ne demandait d’ailleurs à le remplacer que comme libraire ; l’autorisation lui en fut donnée peu de temps après.

Enfin en dépit de la mention : « Ex officinâ Pétri Le Boucher 3 », qui figure sur un grand nombre de livres édités par lui, il faut également ranger dans la catégorie des libraires, Pierre Le Boucher, fils de Nicolas, qui tenait boutique dans la cour du Palais, et ne put jamais, malgré ses démarches auprès du Conseil d’Etat4, se faire admettre comme imprimeur. Il fut également éditeur d’un gros et peu intéressant volume, à la fin duquel on trouve le catalogue des livres de son officine5.

Le Boullenger (Les) Alias Le Boulenger, famille d’imprimeurs de Rouen (161 1-1793).

Voici l’une des plus notables dynasties d’imprimeurs rouennais, non pas tant par l’ancienneté de son origine, puisqu’elle n’apparaît

rieures. [Fleuron] A Rouen, Chez Guillaume le Boucher, dans la Rouge-Mare.

M. DC.XCVII. Avec approbation et privilège. (In 12. 3io p. ch. sll. et la ta. B.

(1) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 8 : «Du 19 mars 1746, Le corps de M. Nicolas le Boucher, marchand libraire, décédé du jour précédent, muni..., âgé de 84 ans ou environ, a été inhumé en notre église, en présence de Pierre, Jean-Baptiste, Nicolas, Louis et Antoine Le Boucher, ses fils.» — (2) Voy. Documenta, n° 825. — (3) Yoy. notamment le suivant, qui peut compter parmi les plus belles éditions rouennaises du xvm° siècle: — Pauli Comitoli Perusini Societatis Jesu Theologi, Responsa moralia in VIL libros digesta : quibus, quae in Christiani Officii rationibus videntur ardua ac difficilia, enucleantur... [Bouquet de fleurs.] Rothomagi, Ex officinâ Pétri Le Boucher, in Aula Palatii. M.DCC.IX. Cum Privilegio Regis. (In 4. 774 p. ch. à 2 col. sll. et la ta. B. N., D. 7056.) — (4) Voy. Documenta, no 8 17. — (5) Pratiques bénéficiais, suivant l’usage general et celui de la Province de Normandie, Autorisées par les Constitutions Canoniques, Ordonnances, Arrêts, & particulièrement par ceux du Parlement de Roüen, & le sentiment des Auteurs les plus célèbres,... Par M. Charles Routier, Avocat. [Vign.J A Rouen, Chez Pierre Le Boucher, Libraire, sous la Galerie du Palais. M.DCC.XLV. Avec Approbation et Privilège du Roy. (In 4. xxii-578 p. ch. sll. et la ta. B. N., E. 2095).

qu’au xviie siècle, que par l’importance et la beauté de ses impression s.

L Julien (1614-1665) paraît être le fondateur de la dynastie : fils d’un Jacques Le Boullenger, procureur au Parlement de Normandie1, il avait été reçu maître en 16 14 2 et s’était aussitôt établi sur la paroisse Saint-Vivien, à une adresse que la rareté de ses productions ne permet pas de déterminer. Dès 1615, il se signalait par l’impression d'un Miroir de confession, dont les Gardes de la Commu nauté venaient saisir 1200 feuilles dans son atelier, sous le prétexte que la correction du texte en avait été mal faite3, et, par sentence du bailli de Rouen, du 23 juin de cette année, il s’entendait condamner à 60 sols d’amende, sans compter la peine accessoire de la lacération des feuilles devant la porte de sa maison. Cette sentence visait également l’emploi que faisait notre imprimeur « d’un petit garson » qui n’était pas de la Jurande et ne connaissait pas le latin, et elle lui enjoignait de le mettre hors de sa maison. Un an plus tard, il avait de nouveau maille à partir avec les Gardes de la Communauté, au sujet d’une impression qu’il avait faite pour le compte de son frère Guillaume qui, bien que simple compagnon, se mêlait d’éditer des livres4. Enfin, le 17 mai 1617, il était de nouveau condamné à 30 livres d’amende, pour avoir imprimé en fraude, au préjudice du privilège qu’en avait David Geuffroy, un livre intitulé : « La Semaine ou Création du Monde)), — sans doute l’ouvrage de Du Bartas, — au titre duquel, pour mieux cacher son jeu, il avait mis cette indication : « Imprimé à Niort ». Tous les exemplaires qu’il en avait fabriqués avaient été en outre confisqués5. Julien Le Boullenger n’aurait achevé sa carrière, selon M. Frère, qu’en 1665. Je ne sais pas sur quels fondements repose cette assertion et je ne la donne ici que pour ce qu’elle vaut, tout en faisant remarquer qu’on 11e connaît aucun produit des presses de cet imprimeur, passée l’année 1650, et que son fils Jacques était, paraît-il, établi dès 1661. Julien avait en effet, d’après les Notes du savant bibliographe normand, épousé, le 7 février 1633, une Marie Faucon6; il en avait eudeuxfils, Rémy et Jacques, dont on trouvera les notices ci-après.

IL Jean (16 18- 1680). Neveu du précédent, il était fils de ce Guillaume dont il a été question plus haut, et qui, d’après la liste des imprimeurs rouennais protestants publiée par M. Lesens (Joc.

cit.), avait un atelier de fonderie de caractères. Jean aurait, suivant

(1) N. F., liasse 122. — (2) A. D. S., E. 483, f° i5 v°. — (3) Voy. Documenta, n° 58g. — (4) Voy. Documenta, 11e 5g3 . — (5) Cf. Gosselin, Glanes, p. 143. — (6) Frère, Loc. cit.

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le même auteur, appartenu à la religion réformée, ce qui semble incompatible avec le genre d’impressions qu’il fit plus tard, et la clientèle pour laquelle il travaillait. Il est vrai qu’il avait épousé Suzanne Seigneuré, petite fille d’un pasteur protestant et fille de l’imprimeur Ozée Seigneuré, dont il sera parlé ci-après, mais cette union n’implique pas nécessairement qu’il fit lui-même profession de la religion de Calvin. Quoi qu’il en soit de cette question confessionnelle, d’un intérêt très relatif, Jean avait été reçu maître en 1611 l *, mais il ne se serait établi, suivant Frère -, qu’en 1 6 1 8 ; il n’est bibliographiquement connu qu’à partir de 1640 3, bien qu’en 1631 et 1632, il ait obtenu du Parlement des permissions d’imprimer4 * * *. L’une de ces permissions fut même l’origine d’un procès que Jean Le Boullenger eut à soutenir contre Sébastien Cramoisy, imprimeur à Paris ; il s’agissait dans l’espèce de l’autorisation que le Parlement de Rouen lui avait accordée pour l’impression du livre intitulé : Trésor de Phrases choisies des meilleurs autheur s latins 3; or, Cramoisy avait un privilège pour des Flores locutionis latinæ, sans doute le même ouvrage; il obtint l’annulation de l’arrêt de Rouen et la saisie de tous les exemplaires du livre imprimé par Le Boullenger0. En 1645, notre imprimeur soutenait un nouveau procès contre son collègue Jean Bouley ' , au sujet d’une concurrence de privilège relatif à un Thésaurus purioris atque elegantioris latinitatis , composé par un P. Jésuite (G. Viald ?), dont les éditions en litige ne sont d’ailleurs signalées nulle part.

Elu garde de la Communauté en 1634, 1642 et 1649 8, Jean Le Boullenger jouissait dès lors d’un assez grand prestige auprès de ses collègues; il avait également une certaine vogue dans le public, à en juger par la quantité de livres qu’il a imprimés9, et il ne tarda pas à partager avec les Lallemant la clientèle du collège des Jésuites.

(1) A. D.S., E. 483, f° 12 v°. — (2) Loc. cit. — (3) Voy. notamment: — Lvdovico

XIII. Galliæ et Navarræ Christianissimo Régi. Ob Galliam Virgini C.onse-

cratam Ivsto. Magno. Pio. Panegyricvs. In solemnibus Rothomag. Gymnasii

Comitijs honestissimo clariss. hominum cœtu Dictus. Idib. Nouemb. Anno

1 63g. A Lvdovico Maimbourg è Societ. Iesv Sacerdote. [Monogr. de la C. de Jésus, avec la devise : Laudabile nornen Domi)ii.] Rothomagi, Apud Ioan-

nem Le Bovllenger, propè Collegium Societ. Iesv. M.DC.XL. (In-8. 46 p. ch.

B. N., X. 182766/s.) — (4) Cf. Documenta, nos 629 et 63 1 . — (5) Cf. Docu-

menta, n° 629. — (6) Voy. Documenta, n“ 633. — (7) Voy. Documenta, n° 6 j3. — (8) Voy. suprà, p. 18. — (9) Voy. notamment, parmi les meilleurs : A. /

La Piété affligée ov Discovrs Historiqve & Theologique de la Possession des Religieuses dittes de Saincte Elizabeth de Louuiers. Diuisé en trois parties. Parle Reuerend P. Esprit du Bosroger, Prouincial des RR. PP. Capucins de la

Je ne connais pas de marque à cet imprimeur : il ornait le plus souvent le titre de ses livres d’un panier contenant des fleurs et des fruits, sauf à le remplacer par le monogramme de la Compagnie de Jésus sur les ouvrages intéressant cette Société. Jean semble être mort vers 1680, mais je n’ai pas rencontré la date exacte de son inhumation.

III. Rémy (1657-1660). Fils de Julien Le Boullenger et de Marie Faucon, il avait vu le jour à Rouen vers 1638 L Après avoir appris son art dans l’atelier paternel, il ouvrit un établissement dans larue aux Juifs, vers 1657 -, mais ayant été sollicité par Léonor I Goyon de Matignon, évêque de Lisieux, d’installer ses presses dans sa ville épiscopale, Rémy s’y transporta avec tout son matériel dans le courant du mois de décembre 1660. Nous le retrouverons dans cette localité 3.

IV. Jacques (1661-1698). Frère puîné du précédent, il semble l’avoir remplacé à Rouen, aussitôt après son départ pour Lisieux; il exerça modestement son art, car on rencontre bien peu d’éditions qui portent son nom ; il jouissait pourtant d’une certaine notoriété, puisque, à trois reprises différentes, en 1673, 1686 et 16924, il fut élu Garde de la Communauté. Frère dit qu’il était mort en 1698 : sa veuve en effet le remplaça à ce moment 5 et continua son entreprise pendant le cours de quatre années, c’est à dire jusqu’au jour où son fils Jacques-Joseph reprit l’établissement. L’épouse de Jacques Le Boullenger s’appelait Marie-Madeleine Bouillon ; elle

Prouince de Normandie. [Coibeille de fleurs et de fruits.] A Roven, Chez Iean Le Bovlenger, près le College des PP. Iesuites. M.DCLII. Avec Approbation, et Privilège dv Roy. (In-4, 457 p. ch. si 1 . , plus 8 p. ch. pour une lettre en latin ajoutée par l'imprimeur. B. N., Lk7 4181.) — B./ Rollo Northmanno Britannicvs. Avctore V. N. Roberto Denyaldo Ecclesiae, urbisque Gisortianæ in Diœcesi, Rothomagensi Rectore Presbytero. [Arm. de Normandie soutenues par deux femmes ailées tenant des palmes.] Rothomagi, Apud Ioannem Le Bovllenger, prope Collegium Societatis Iesv. M. DC.LX. Cum Priuilegio, & Approbatione. (In-f° 238 p. ch. si!., 38 p. ch. pour l'index et 2 ff. pour la Professio Catholica de l’auteur et P Errata . B. N., Lk2 1261.)

(1) B. N., Ms. fr. 22124, f° 3g. — (2) L’Aspirant a la maistrise en chirvrgie. Par Emanvel Labadie Iuré en Chirurgie. Reveu & corrigé de nouueau. [Corbeille de fleurs.] A Roven, Chez Remy Le Bovllenger, Imprimeur & Libraire, Ruë aux Iuifs, près le Palais. M.DC.LVII. Avec Privilège dv Roy. (In-12, 244 p. ch. B. N., Td74 28.) — (3) Voy.infrà, au département du Calvados. — (4) Voy. suprà, p. 20. — (5; Voy. par exemple : La Vie de Guillaume Ruffin, Congréganiste. Tirée des Annales de la Congrégation de la Flèche. [Monogr. de la C. de Jésus.] A Rouen, Chez la Veuve de J. Le Boullenger, proche le College des PP. Jésuites. MD.XCVIII. Avec Approbation. (In-12, 64 p. ch. B. N., Ln27 18120 a.)

iib

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avait convolé avec lui le 26 mars 1672, étant déjà veuve en premières noces de l’imprimeur Jacques Lesage1.

V. Jacques-Joseph (1702-1731). Né à Rouen le 20 mai 1675 “2, il était fils de Jacques, ainsi que l’avance Frère dans ses Notes 3, et avait été reçu maître le 15 juin 1677 4, à l’âge de deux ans! Il apprit son art dans la maison paternelle, s’y établit en 1695 et seconda sa mère jusque vers 1702, époque où il prit définitivement la direction de l’entreprise; il était à la tête de 2 presses et occupait en 1706, 4 compagnons : « Pierre Alline et son frère, Abraham Lucas et Jean Desroques5. » Il imprima beaucoup de classiques pour le Collège des Jésuites 6 et passa même à ce sujet un contrat avec Richard IV Lallemant pour l’échange de leurs éditions, mais il paraît que s’il fut fidèle à ses engagements, son confrère ne se gênait pas pour enfreindre leurs conventions, d’où un procès dont j’ai soigneusement recueilli une épave dans les Documenta 7 . Maintenu comme imprimeur en 1709 8, Jacques-Joseph parvint bientôt aux honneurs suprêmes de son état: en 1722 et 1724, il fut choisi par le Conseil d’Etat pour être le syndic de la Communauté 9; le 4 novembre 1725, il fut pourvu de la charge d’imprimeur du roi à Rouen 10. Mais toute médaille a son revers et, comme en 1728, il

(1) N. F., liasse 122. — (2) A. R., Paroisse S. Godard: « Le 21e jour de may 1675, a été batisé Joseph Jacques, fils de Jacques Le Boulenger et de Marie Madelaine Bouillon. Parrain, Jean Loyer. Marraine, Madeleine Bouillon. Ledit enfant né du jour précédent... » — (3) Loc. cit . — (q) A.D.S., C. iq5 (Enquête de 1706). — (5) Ibid. — (6) Voy. notamment : A./ Pub. Virgilii Maronis Opéra, Cum Annotationibus Joannis Min-Ellii. [Marque décrite.] Rotomagi, Sumptibus & Typis Jacobi-Josephi Le Boullenger Typographi & Bibliopolae Collegii Societ. Jesu. CIO.IOCC.III. Cum Privilegio Regis. (In-12, 664 p. ch. sll. et lata. B. N., Yc. 5255.) Le privilège, daté de Versailles, le 18 mars 1702, est accordé à J. J. Le Boullenger pour « lui permettre de s’opposer au grand débit qui se fait dans le Royaume dudit Virgile de Minellius, de l’impression d’Hollande. » — B./ Quincti (sic)

Horatii Flacci Carmina, ab omni obscœnitate expurgata, cum annotationi-

bus. [Marq. décrite.] Rotomagi, Apud Jac. Jos. Le Boullenger, Collegii Societ. Jesu Typog. & Bibliop. MDCCVI. Cum Privilegio Regis. (In-12, 492 p. ch. sll.

et lata. B. N., Yc. 5854.) — C./ Le Rudiment réformé corrigé et augmenté, conte-

nant les déclinaisons des noms et des pronoms, les conjugaisons des verbes, avec des concordances plus amples : en bien plus bel ordre qu’il n’en a paru ci-devant, & reformé de tout ce qui étoit inutile, & superflus. Le tout réduit en

dialogue, pour la facilité des Maîtres, & l’utilité des Enfans. [Marq. décrite, sauf quelques changements dans le dessin.] A Rouen, Chez Jacques-Joseph le Boul-

lenger, Imprimeur & Libraire du College. M.DCC.X. Avec Privilège du Roy.

(In-8, 202 p. ch. sll. et lata. B. N., X. 7523.) — (7) Voy. n° 723. — (8) Cf. Docu-

menta, n° 733. — (9) Voy. Documenta, nos 794 et 808. — (10) Voy. Documenta,

n° 886, pièces produites, lettre B.

remplissait encore les fonctions de syndic, ses collègues s’en scandalisèrent et élevèrent des plaintes en alléguant qu’il ne rendait pas de comptes et laissait impayées les dettes de la Communauté; une requête adressée au Conseil d'Etat détermina enfin celui-ci à modifier cet état de choses et à permettre aux imprimeurs et libraires de Rouen de procéder désormais comme autrefois à l’élection de leurs officiers L Jacques-Joseph rentra alors dans le rang et continua paisiblement l’exercice de sa profession jusqu’à l’époque de son décès survenu en i73i2.De son mariage avec Catherine Charité, il laissait un fils trop jeune encore pour lui succéder, la gérance de l’établissement resta donc momentanément à cette dernière.

Les impressions de J. -J. Le Boullenger sont en général très supérieures, au point de vue typographique, à celles de son rival Lallemant et elles sont le plus fréquemment ornées d’une marque, qui n’a rien de commun avec le monogramme de la Compagnie de Jésus. Cette marque offre la représentation d’un livre ouvert, sur les pages duquel on lit ce passage de l'Ecriture Sainte : « Non in solo pane vivit homo », deux palmes accompagnent le livre, un soleil luit par dessus, et le tout repose sur une draperie surmontée d’une couronne ; enfin, une banderole se déroule dans le bas et porte cette devise : Animo hic parat escas.

Catherine Charité (173 1- 1752) garda, ainsi que je l’ai dit, le privilège de son mari, mais elle ne fit guère que réimprimer les livres autrefois édités par ce dernier ; toutefois, étant devenue imprimeur de l’Archevêché, elle eut de ce chef à prendre quelques initiatives nouvelles 3, et, lorsqu’elle démissionna, le 8 mars 1752, en faveur de son fils 4, elle put lui remettre un établissement qui n’avait pas périclité entre ses mains.

VI. Jacques-Joseph-Nicolas-Adrien (1752-1766). Né à Rouen le 26 septembre 1717 5 et fils des précédents, il avait obtenu, dès

(1) Cf. Documenta, n° 824. — (2) A. R., Paroisse S. Godard : « Le lundy

190 jour de may 1731, a été inhumé dans l’église par Monsieur Ribart, prêtre

habitué en la paroisse de SlMaclou, Mr Jacques Joseph Le Boulanger, imprimeur ordinaire du Roy, ancien sindic de la Communauté des imprimeurs libraires de cette ville et ancien trésorier, décédé du jour précédent, muni des sacrements, âgé d’environ 55 ans... » — (3) Elle édita notamment : — Nouveau

Pouillié des bénéfices du diocèse de Rouen, Avec une Table alphabétique de toutes les Paroisses, des Maisons religieuses, &c. [Arm. de France.] A Rouen, Chezla V. Jacques-Joseph Le Boullenger, Imprimeur ordinairedu Roy, & de Mgr. l’Archevêque, au bas de la rué des Jésuites. M.D.CC. XXXVIII. Avec Privilège du Roy. (In-q. 169 p. ch. sll. B. N., Lk3 55g b.) — (4) Documenta,

n» 886, pièces produites, lettre B. — <5) A. R., Paroisse S. Godard : « Ce...

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le 26 mars 1729, des lettres de survivance dans la charge d’imprimeur du roi que possédait son père 1 ; il ne put les utiliser que beaucoup plus tard, lorsque, ayant atteint l’âge de 35 ans, il fut habilité à remplacer sa mère, à la suite de deux arrêts du Conseil d’Etat des 20 mars et 4 septembre 1752 -. Le nouvel imprimeur conserva l’installation de la rue des Jésuites 3, dite aussi du Grand Maulévrier, mais il n’exerça que peu de temps, ayant démissionné de sa place le 6 mai 1766, au profit de son fils, qui suit 4.

VII. Jacques-Joseph-Jean-Baptiste (1766-1793). Fils du précédent et de Marguerite-Françoise Fleury 5, il était né à Rouen le 7 mars 1740 6 et avait appris son art dans l’atelier paternel ; un arrêt du Conseil du 14 juillet 1766 7 lui accorda la place que son père avait abdiquée en faveur de son mariage avec Marie-Anne Le Maire. Il n’y a rien de particulier ni d’intéressant à signaler dans le cours de son exercice, qui prit fin, en 1793, à une époque où il était fort dangereux d’avoir porté le titre d’imprimeur du roi, cequi était son cas ; il est vrai qu’à partir de 1791, il l’avait remplacé par celui d’imprimeur du département de la Seine-Inférieure, il crut cependant prudent de se retirer et il n’y a pas lieu de rechercher ce qu’il devint ensuite.

Lebourg (Richard), imprimeur (?) à Rouen (1521).

Aucune impression ne porte le nom de ce prétendu maître, il est seulement connu par une note de Gosselin, ainsi conçue : « En l’année 1521, on trouve sur la paroisse Saint-Nicaise, un Richard Lebourg, imprimeur. Richard Lebourg était originaire de Notre-Dame de Barneville, et fils de Jehan Lebourg, laboureur

27 de septembre 1717 a esté baptisé... un fils du mariage de Jacques-Joseph Le Boulenger et de Catherine Charité; a esté nommé Jacques Joseph Nicolas Adrien par Nicolas Gansel, assisté de Marie-Anne Charité, femme d’Adrien Lebourg, parein et mareine, ledit estant né du jour précédent... »

(1) Documenta, n° 88b, pièces produites, lettre C. — (2} Voy. Documenta, n03 886 et 889.— (3) Chartres, Ordonnances, Lettres patentes, Arrêts, Jugemens et Sentences, Contenans les Privilèges des Ajusteurs, Monoyeurs & Tailleresses du Serment de France, dont les Originaux, Vidimus & Copies, sont dans le Chartrier des Monoyeurs & Ajusteurs, tenans Garnison en la Monnoie de Roüen. [Petit écu de France.] A Rouen, De l’Imprimerie de J. J Le Boullenger, Imprimeur du Roi, rué des Jésuites. M.DCC.LXL (In-12. XXXIV-6q5 p. ch. et XLVI p. ch. pour Ta. Alph. B. N., Lf77 ii3.) — (4) Voy. Documenta, n°92i, pièce produite. — (5) N. F., liasse 122. — (6) Voy. Documenta, n« 920. — (7) Voy. Documenta, n° 921.

audit lieu. — Tabellionage, 22 août 1521 1 ». Il ne me paraît pas douteux qu’il s’agit ici d’un simple compagnon.

Le Bourgeois (Jean), aliàs Le Bourgois ou Le Bourgoys. (Lat ;

Burgensis), imprimeur à Rouen (1488-1499).

Parmi les principaux libraires de Rouen, exerçant leur commerce dans la deuxième moitié du xve siècle, figure un Gaillard Le Bourgeois, dont les affaires avaient été assez brillantes pour lui permettre d’avoir pignon sur rue ; il possédait en effet, probablement sur le territoire de la paroisse Saint-Nicolas, un immeuble qu’il appelait pompeusement son « ostel » ; de 1452 à 1468, il avait contribué par des dons généreux, à la reconstruction de la nef de son église paroissiale2; de 1477 à 1481, il avait été trésorier de cette même église Saint-Nicolas. Gaillard tenait en outre en location du Chapitre de la cathédrale, une boutique au portail des libraires, qu’il avait fait gérer pendant quelques années par un certain Jean Le Bourgeois, qui n’était autre que son fils, on le verra plus loin. Or, au mois de mai 1488, — on a négligé jusqu’ici d'observer attentivement ce détail pourtant fort instructif, — un autre libraire, Guillaume Le Délié, se basant sur ce fait que la boutique en question était abandonnée depuis quelque temps ou gérée par un commis, demandait au Chapitre de la lui louer. Le 5 du même mois, l’assemblée capitulaire décidait que ce local serait laissé à Gaillard Le Bourgeois, s’il voulait le tenir en personne et sans fraude et que dans ce cas, on ne prendrait pas en considération la demande de son concurrent. Le 20 juin de la même année, ajoute M. de Beaurepaire, à qui j’ai emprunté tous les renseignements ci-dessus, « un autre libraire, Jean Boyvin, demande cette même boutique. Le Chapitre répond qu’il n’a point été avisé de la démission de son locataire, et qu’il attendra à en être informé ad vitandum collusiones in similibus. » Enfin, le 22 août 1488, Gaillard Le Bourgeois ayant fait officiellement l’abandon de la boutique, elle fut accordée le lendemain à Guillaume Le Délié3.

Quelle autre déduction tirer de tout ceci, sinon qu’antérieurement au mois de mai 1488, Jean Le Bourgeois avait abandonné la boutique du portail des libraires depuis de longs mois peut-être. Qu’avait-il fait durant cette absence ? Les événements postérieurs

(1) Glanes, p. 80. — (2) Beaurepaire, Rech. sur Vintrod. de Vimpr. à Rouen,

p. 33, note. — (3) Ibid.

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nous renseignent sans le moindre doute. Dès qu’en 1480, le bruit s’était répandu dans Rouen, que Guillaume Le Talleur organisait dans sa maison un atelier de typographie, Gaillard Le Bourgeois, piqué au vif et redoutant les conséquences de cette initiative, fort dangereuse pour le bien de ses propres affaires, avait immédiatement fait partir pour Paris son fils Jean, afin qu’il y apprit l’art de l’imprimerie dans le plus bref délai et qu’il revint ensuite travailler à Rouen avec une presse et le matériel accessoire. De son mariage avec Alison, fille de Jean Bellin, habitant de Sainte -Agathe d’Aliermont (Seine Inférieure), Gaillard Le Bourgeois avait eu au moins deux fils : l’un, Jacques, mourut, en 1510, chapelain de la cathédrale de Rouen d, l’autre, Jean, est le personnage qui fait l’objet principal de cette notice.

Il existait à cette époque à Paris un imprimeur du nom de Jean Larcher, plus connu sous celui de Du Pré, qui, véritable providence pour les libraires de la province, consentait à les initier à l’art sublime, même à leur louer le matériel nécessaire à l’impression et à leur fournir en outre le personnel dont ils pouvaient avoir besoin. C’est là que courut tout droit Jean Le Bourgeois, et, après quelques mois d’initiation, il en revenait, dans les commencements de l’année 1488, avec une connaissance suffisante de la typographie, muni d’un matériel et accompagné sans doute de quelques artisans habiles, parmi lesquels se trouvait, croit-on, Pierre Violete1 2, devenu lui-même plus tard maître imprimeur à Rouen. Peu de jours après son retour dans la capitale de la Normandie, le chapitre de la cathédrale, que Gaillard Le Bourgeois avait nécessairement informé en secret de l’adjonction à sa librairie d’un atelier typographique, chargeait ce dernier de l’impression des dispenses pour le carême de 1488(11. s.), qu’on avait accoutumé jusqu’alors de confier à la main des scribes 3. Les nouveaux imprimeurs s’activèrent ensuite à la fabrication de partie d’un magnifique ouvrage, le roman des Chevaliers de la Table ronde, « faisant mention des faits et proesses de Monseigneur Lancelot du Lac et d’autres plusieurs nobles et vaillans hommes ses compaigtions ». L’ouvrage comportait en effet deux volumes in-folio : le second fut achevé à Paris, chez Jean Du Pré, le 16 septembre iq88 ; quant au premier, exécuté à Rouen, il est daté du 24 novembre de la même année 4, c’est à dire deux mois

(1) Cf. Ch. de Beaurepaire, Derniers mélanges histor. et archéol... (Rouen,

1909. In 8), pp. 170 et 172.— (2) Claudin, Hist. de l’impr., t. I, p. 272. — (3) C.de

Beaurepaire, Rech. sur Vintrod. de iimpr . à Rouen, p. 33. — (4) Le colophon

G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III. 16

plus tard. Claudia ea conclut que l’imprimeur rouennais, qui débutait, ne pouvait être aussi expéditif que l’imprimeur parisien, passé maître en son art 4. 11 est probable cependant que telle n’est point la véritable raison de cette anomalie ; elle s’expliquerait plutôt par deux considérations très plausibles, à savoir d’abord que Jean Le Bourgeois, pour se perfectionner dans l’art sublime, revint à Paris collaborer à l’exécution du deuxième volume avant de mettre la dernière main au volume imprimé à Rouen; en second lieu, que la publication du deuxième volume, faite par un maître de l’art,, mettait les acheteurs dans la nécessité de se procurer le premier et constituait ainsi une puissante réclame pour un atelier naissant.

Imprimé avec de gros caractères de bâtarde française, semblables à ceux du Boccace sorti des presses de Jean du Pré et des exemplaires de la Cité de Dieu , de saint Augustin, exécutés à Abbeville par Pierre Gérard, le volume rouennais du Lancelot du Lac est orné à son dernier feuillet de la marque' de Jean Le Bourgeois, qui représente les armes de Rouen supportées par deux lions léopardés ; sous l’écusson, on voit les initiales I. L. B. ; l’L est insérée dans le B et surmontée d’une croix que termine un guidon flottant vers la gauche et portant une petite croix; des tiges de fleurs occupent le surplus de l’espace à droite et à gauche, tandis qu’au dessous, on lit, écrit en entier, le nom de Jehan le hourgois; enfin, le tout est renfermé dans un cadre ornementé, où court la devise : Sit nomen domini benedictum A

Après l’achèvement du Lancelot du Lac , Jean Le Bourgeois exécuta, avec les mêmes caractères, pour le compte de Pierre Régnault, libraire à Caen, un livre intitulé: L’Examen de conscience 3. Cet

est conçu en ces termes : « Ce présent & premier volume a este impri/me a Rouen en l’ostel de gaillard le bourgois / Lan de grâce mil. cccc. iiii. xx. & huyt le. xxiiii. / lourde nouëbre. Par iehan le bourgois. A lex/altacion delà noblesse, et de la bonne chevale/rie, q fut en la grade bretaigne eu tèps du tres/noble & vailàt roy artus, & de la table ronde / Eta lexaltacion des courages des iennes no/bles ou aultres q se veullët excerciter aux ar/mes & acquérir lordre de cheualerie. // » — La B. N. possède un bel exemplaire de ce volume (Inv. rés. Y2 46). L’ouvrage a été décrit par Hain, n° 9849 ; des fac.-sim. figurent dans Thierry-Poux, Premiers mon. de Vimpr., pi. XXXIII.

(1) Op. et loc. cit. — (2) Elle est reproduite par Silvestre, sous le n° e5 7, et avec quelques variantes, sous le n° 1269. — (3) L’explicit (au feuillet CCXII) en est ainsi conçu : « Cy finist le liure ititulé Du bien & du mal de lame / imprime à Rouen par Jehan le bourgoys pour Pierre / regnault libraire de lüniuersité de Caen. » La description bibliographique de cet ouvrage sera trouvée dans le Catalogue des liv. impr. ou publiés à Caen , de L. Delisle, t. I, p. 146, n° 164 et dans le Catalogue des incunables de Mlle Pellechet, t. III, n° 4655.

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ouvrage ne porte pas de date explicite, mais sa typographie le rapproche tellement du précédent volume qu’il est difficile d’admettre qu’il ne soit pas son contemporain, à quelques mois près. Il faut lui donner approximativement la date de 1489, année pendant laquelle la presse de Le Bourgeois fournit aussi au chapitre de la cathédrale six milliers de brevets de dispenses quadragésimales L Cette presse semble ensuite être restée inactive pendant quelque temps, car il n’y pas lieu de tenir compte des deux éditions anonymes des Chroniques de Normandie1 2, qu’on lui a parfois attribuées et où l’on ne retrouve ni les uns ni les autres des caractères employés dans l’atelier de Le Bourgeois. Il est probable qu’à cette époque (1490), les conventions de louage de matériel conclues avec Jean du Pré avaient pris fin et qu’un nouveau voyage à Paris avait été nécessaire pour renouveler l’outillage de l’imprimerie rouennaise, qui apparaît désormais bien différent du premier et présente la plus grande affinité avec les types employés par Pierre Levet. Une moyenne et une petite gothique remplissent dès lors les casses de J. Le Bourgeois ; cet imprimeur donne, en 1492, un beau bréviaire à l’usage de l’église de Rouen3; en 1493, un livre connu par de nombreuses éditions au XVe siècle, le Manipulas Curatorum 4 ; en 1494, un Manuale à l’usage du diocèse de Couiances dont je donne ici la description:

— Manuale ad vsum ConstancierL [Marq. de Pierre Régnault, libr. à Caen. Silvestre, n° 247]. A la fin : & Finit manuale scdm vsü ecclesie constancien / impressù rothomagi, per Johànê le bourgoys / Anno dni. M. cccc. xciiij. die vero. xviiij* mensis /augusti. (Le dernier f. est blanc au r° et présente au v°la marq. de J. Le Bourgeois en grand format. Pet. in-4. 100 feuillets n. ch., sign. A-M par 4. Impr. goth. Init. peintes à la main en rouge et bleu. Lignes pour le

(1) Cf. C. de Beaurepaire, op. cit., p. 34. —(2) Rouen, s. d. in-4. B* N., Rés. Lk2 1205 et 1205 A. — (3) Le colophon e'n est conçu en ces termes: « Explicit tps hyemale / scdm vsü Rothomagen / ecclesie, impressum Ro-/thomagi, per Johanne / burgen. Anno dni M./cccc. xcii. die vero xxviii. / mësis septèbris. » (In-12. Initiales à la main en bleu et en rouge. B. N. Vélins x 656.) Pour plus ample description, Cf. Cat. Pellechet, t. II, n° 2g38. — (4) La description bibliographique de ce volume, dont la B. N. possède un ex. (Rés. D. 4518), est donnée par L. Delisle, op. cit ., t. I, no 3oo. Voici seulement la teneur du

colophon : « Celeberrimi viri domini Guidonis de Monte Rocherii li/ber qui Manipulus curatorum inscribitur, unacum tabula ejusdem, finit féliciter, exaratus Rothomagi impressusque / per Johannem Le Bourgoys, commorantem in vico/Magni pontis, anno Domini millesimo quadringentesi/mo,

nonagesimo tercio, die vero XVII mensis junii. »

G A L LIA TYPOGRAPHICA

plain-chant impr. en rouge, notes en noir ajoutées à la main. B. N., Inv. Rés. B 1791)*

On ne connaît aucune impression de Jean Le Bourgeois pour l’année 1495 et peut-être faut-il placer à cette époque l’édition des Auctoritates Philosophorum , qu’il exécuta pour le libraire Robinet Macé de Caen1; dans tous les cas, il donna l’année suivante (1496) la Fleur des commandements de Dieu 2, pour Pierre Régnault de la même ville, puis, dans les débuts de l’année 1498, pour le compte de Robinet Macé déjà nommé, un ouvrage de Pierre Tateret sur les Ethiques d’Aristote qui n’était en somme que la réimpression

d’une ou de deux éditions du même livre précédemment données à

Paris 4 5, avec cette particularité qu’une lettre de Josse Badius, datée dans les premières éditions de Paris, Ides de mars 1496, se trouve ici datée de Rouen , Calendes de mars 1497- Avec cette impression se clôture l’exercice de Jean Le Bourgeois, qui dut passer de vie à trépas à quelque temps de là; il laissa en mourant, dit M. Gosselin, «deux filles mineures, Marion et Anne, que nous trouvons, en 1506 en rapport d’affaires avec Jacques Le Forestier3/). Quant à son matériel d’imprimerie, il semble avoir été repris par Laurent Hostingue, qui débuta l’année suivante (1499).

Le Brun (Bonaventure), imprimeur-libraire à Rouen (1677-1685).

Plusieurs personnages de ce nom figurent dans les Notes de Frère 6, comme ayant exercé l’imprimerie à Rouen: Nicolas Le Brun, en 1621 ; Pierre, de i62pà 1651 ; Bonaventure père, de 1655 à 1697; Bonaventure fils, de 1686 à 1730 ; Nicolas, deuxième du nom, de 1730 à 1748. Il manque encore à cette liste un Jean Le Brun, mort en 1667, pendant qu’il remplissait les fonctions de garde de la Communauté 7 et un Adrien Le Brun, qui, dans l’enquête de 1701 8,

(1) Cf. Delisle, op. cit., t. I , p . 26, n» 35. — Cat. Pellechet, t. I, ne 1445. — Le

colophon de ce livre est ainsi conçu : « Expliciunt Auctoritates Aristotelis Senece, Boe/ tii, Platonis, Apulei AfFricani, Erapedoclis, Por / phirii et Gilberti Porretani, noviter impresse Ro/thomagi per Johanem Le Bourgoys,pro Roberto

/ Macé, librario, Cadomi commorante. (B. N., Rés., p. R. 233.) —(2) Cf. Delisle, op. cit., t. I, p. 1 5 8, n° 1 83 . (Description détaillée d’après un ex. de laBibl. de Rouen.) — 3. Cf. Delisle, op. cit., t. I, p. 328, no 3 6 1 . (Description détailléesur

Pex.de la B. N., Rés. p. R. 332.) — (4) Voy. Ph. Renouard, Bibliographie des impressions et des œuvres de Josse Badius Ascensius , t. III, pp. 274-275, —

(5) Glanes , p. 5g. — (6) Liasse 122. — (7) Voy. suprà, p. 19. — (8) B. N., Ms. fr.

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déclare avoir été reçu imprimeur en 1680, mais ne posséder ni presse ni caractères. Sauf Bonaventure, le père, auquel je vais consacrer quelques lignes, tous ces membres de la famille Le Brun ne furent que de simples libraires, même Nicolas II, bien que des arrêts du Conseil d’État 1 indiquent certains livres comme imprimés chez lui, ce mot signifiant, dans ce cas, édités par lui ou imprimés à ses frais.

Bonaventure, le père, doit donc seul m’occuper : il était probablement fils du libraire Pierre Le Brun, qui, en 1634 et 1639, fut garde de la Communauté 2 et auquel il succéda en 1655, suivant M. Frère. A la boutique de Pierre Le Brun, qu’il transféra dans la Cour du Palais, en lui donnant pour enseigne Saint Bonaventure, son patron, dont il fit également sa marque, il adjoignit au bout de quelque temps un atelier de typographie, situé dans la rue de Saint-Amand, mais il ne commença pas à imprimer, je crois, avant l’année 1677, date de sa première production connue 3. Depuis ce moment jusqu’en 1685 on rencontra un certain nombre d'ouvrages sortis de son officine 4, puis ses presses cessent de rouler, sans qu’il

(1) Voy. notamment celui du 21 juin 1751 (Documenta, n° 885). — (2) Voy. suprà, p. 18. — (3) Sanctæ Rotomagensis Ecclesiæ Concilia, ac Synodalia Décréta. Quæ hactenus aut nondum édita, aut varijs locis dispersa in unum corpus coliegit, Ad manuscriptorum fidem & meliores editiones contulit, Summorum Pontificum, Archiepiscoporum & Episcoporum Normaniæ tabulam exhibuit, Ac eorumdem & Regum, Principum & aliorum Diplomata, Epistolas, Conventiones &c. addidit. Brevem item Rotomagensium Præsulum notitiam dédit D. Fransiscus Pommeraye Congregationis S. Mauri Alumnus. Notas præterea & Observutiones subjunxit in eadem Concilia per D. Angelum Godin, ejusdem Congregationis Monachum concinnatas... [Marq. représ. S. Bonaventure en prière.] Rotomagi, Impensis & Typis Bonaventuræ le brun, Typographi &Bibliopolæ, in area Palatij, sub signo S. Bonaventuræ. Cum privilegio Regis & Superiorum Permisse!. M.DC.LXXVII, (In-4. 5qo p. ch. sll. et lata. B. N., B. 2.3oo.) — (4) Je citerai notamment: A./ Vie et conduite spirituelle de la damoiselle Madeleine Vigneron sœur du tiers-ordre de S. François de Paule, Suivant les Mémoires qu’elle en a laissez par l’ordre de son Directeur. Le tout recueilli par les soins d’un Religieux Minime. // A Rouen, De l’imprimerie de Bonaventure le Brun, Imprimeur-Libraire dans la Cour du Palais, à l’Image de S. Bonaventurô. M. DC. LXX1V. Avec Approbation et Permission. (In-8. 2 vol. 188 et 211 p. sll. et les ta. B. N. Ln27 20430.) — B. / R. P. Johannis Abrincensis Episcopi, deinde Rotomag. Archiepiscopi. Liber de officiis ecclesiasticis, ad Maurilium Rotomagensem Archiepiscopum , Primum ex codice MS. cœnobii Salicosani in lucem editus, Nunc ex MS. codice bibliothecæ Bigotianæ auctus & emendatus; Notis D. Johannis Prevotii Rotomagensis ecclesiæ cathedralis canonici, & recentioribus observationibus illustratus... / / Rotomagi, Impensis & typis Bonaventuræ Le Brun, typographi & bibliopolæ in area Palatii, sub signo S. Bonaventuræ. Cum approbatione Doctorum, & privilegio Regis. M.DC.LXXIX. (In-8. 488 et 64 p. ch., sans la Préface et l’Index. B. N., B. 355o3.) — C./ Essay De quelques Inscriptions pour la Statué du Roy que Messieurs de Caen font élever au milieu

soit possible de savoir ce qu’est devenu leur propriétaire. A en croire Théodore Le Breton 4, il aurait terminé ses jours dans les galères du roi, auxquelles il aurait été condamné pour avoir imprimé et publié des livres en faveur des religieux de Port-Royal. Je donne le renseignement pourcequ’il vaut, la source où il a été puisé n’étant pas indiquée, et j’ajoute que je n’en ai pas trouvé le moindre indice, en dépit de l’étendue de mes recherches.

Le Carpentier (Robert), prétendu imprimeur de Rouen (1521- 1525).

Au cours de ses recherches dans les registres du Tabellionnage de Rouen, M. Gosselin2 a rencontré, sous la date du 15 septembre 1521 : Robert Le Carpentier, imprimeur de livres, demeurant sur la paroisse Saint-Godard. Frère lui consacre une fiche et le fait exercer jusqu’en 1525 3. Malheureusement on ne cite aucune impression de ce soi-disant maître. Je le range pour ma part dansla catégorie des compagnons et il n’est d’ailleurs pas le seul de son nom dans ce cas. Au xvne siècle, en effet, apparaît un Pierre le Carpentier, évidemment descendant de Robert. Reçu à la jurande en 1652 seulement 4, il n’en était pas moins qualifié imprimeur, dès 1632, dans l’acte d’inhumation de l’un de ses enfants 3, et resta cependant compagnon jusqu’à la fin de sa vie, tout en tenant une échoppe de libraire.

Le Challeux (Laurent), imprimeur à Rouen (1321).

Il est indiqué par Frère 6, comme ayant imprimé en 1521, pour Thomas Laisné, libraire à Rouen. Je n’ai pas vu l’ouvrage en question, il m’est donc impossible de certifier ou d’infirmer l’existence réelle de ce typographe, qu’on ne trouve répertorié ici que pour mémoire.

Le Courault (Guillaume), imprimeur à Rouen (1530).

C’est encore un prétendu imprimeur qui pourrait bien n’avoir jamais été que compagnon ; il est cité par Gosselin 7, d’après un

de la Place Royale, avec quelques autres Poésies à cette occasion. |A la fin :] A Rouen, de l’Imprimerie de Bonaventure le Brun, dans la Cour du Palais. 1 685. (In-4. 3 f . n. ch. B. N., Lb37 386g.)

(1 ) Biographie normande , pp. 21 1-5 1 2. — (2) Glanes , p. 91.— (3) Liasse 122. — (4) A. D. S., E. 483, fo 55 vo. — (5) A. R., Paroisse S. Maclou, Inh umations de i632 : « Du 29e aoust, inhumation d’un enfant de Pierre Lecarpentier, imprimeur. » — (6) Liasse 123. — (7) Glanes, p. 92.

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registre du Tabellionage de Rouen non indiqué, dans les termes suivants : « Guillaume Le Courault, imprimeur, demeurait paroisse Sainte-Croix-Saint-Ouen. » Aucune impression n’a encore été signalée à son nom.

Lecourt (Jacques), imprimeur à Rouen (16 1 1-1612).

Bien qu’il ait été reçu maître en 1611 1 et que Frère lui fasse exercer l’imprimerie en 1612 -, il a été impossible jusqu’à présent de trouver une production portant le nom de Jacques Lecourt. Il aura travaillé chez les autres ou anonymement pour le compte des libraires ; peut-être même s’est-il expatrié et a-t-il été travailler à Avranches comme compagnon ; il semble dans tous les cas être le chef de la dynastie de ce nom, qui a exercé l’imprimerie dans cette ville, pendant une grande partie du xvme siècle.

Lecout (Nicolas), pseudo-imprimeur de Rouen (i543)-

Ce personnage apocryphe figure dans l’ouvrage de Frère intitulé : De T Imprimerie et de la librairie à Rouen dans les XVe et XVIe siècles, comme ayant exercé son art dans cette ville en 1543, mais le savant bibliographe normand a pris soin de se rectifier lui-même sur une fiche 3 qu’il a dressée à ce nom. « Nous avons, dit-il, été induit en erreur par un titre imprimé (?), qui doit présenter une faute typographique ». Le titre en question avait été tiré d’un catalogue de bouquiniste, qui avait écrit Nicolas Lecout pour Nicolas Leroux ; ce qui montre une fois de plus l’impossibilité de faire quoi que ce soit de bon en bibliographie ou en histoire de l’imprimerie, si l’on se contente de s’en rapporter à des travaux de seconde main. Mieux vaut encore l’abstention totale que de courir le risque de procréer des fantômes.

Le Deutre (Michel), imprimeur à Rouen (1588).

Ce typographe (?) n’est connu que par un ouvrage, dont la Bibliothèque de Rouen possède sans doute le seul exemplaire qui nous soit parvenu. Il est intitulé : Psichologie, / ov traité de / l’apparition des / Esprits. / Ascavoir, / Des âmes separees, Fantosmes,

(1) A. D. S., E. 483, f° 12 v°. — (2) Liasse 123. — (3) Ibid.

prodiges, & accidents / merueilleux. qui precedent quelquefois la mort des / grands personnages, ou signifient changemens de / la chose publique. / Par F. N. Taillepied, Lecteur / en Théologie. // A Rouen, Chez Michel Le Deutre. M. D. LXXXVIII. Auec Priuilege du Roy. (In 12. 314 p.) La plupart des exemplaires connus portent l’adresse de Guillaume Bichon, libraire à Paris.

Lefebvre (Vincent), fondeur de caractères et imprimeur à Rouen

M. Gosselin a fourni sur cet imprimeur 1 quelques notes intéressantes, mais incomplètes. Voici d’ailleurs tout ce qu’il en dit, après avoir compulsé des sentences du bailliage de Rouen qui le concernent : « Vincent Lefebvre, fondeur en caractères d’imprimerie, demeurant en la paroisse St Maclou. O11 apprend, par les poursuites dont Lefebvre fut l’objet, un détail intéressant qui rectifie Terreur de ceux qui croient que le fondeur de lettres pouvait être en même temps imprimeur 2. En 1603 et 1605, Lefebvre eut à soutenir contre les maîtres gardes de l’état, un lourd procès. Il avait cru pouvoir adjoindre à son état de fondeur de lettres celui d’imprimeur. Son atelier était parfaitement monté pour cela ; il avait « des presses de bois servant audit état d’imprimeur, sur lesquelles estoit un caractère fourny de lettres prestes à imprimer, un châssis de fer, une croisée, une friquette servant à la presse ; une platine en cuivre, une corbeillette, trente reigles de bois, et une douzaine de coings de bois. » Malheureusement le 8 octobre 1603, tout ce matériel fut saisi et enlevé par le sergent royal Roullier, agissant au nom de Henry Le Mareschal, David Ferrand, Pierre Lecauchois et David Geuffroy, maîtres gardes de l’état d’imprimeur, et qui, au nom de la Communauté, appelèrent Lefebvre devant le Bailly pour lui faire défendre de s’immiscer audit état d’imprimeur. Les parties ayant été entendues en leurs moyens, le bailly, s’appuyant sur l’édit de 1571, rendu sur la réformation de l’imprimerie à Paris et

(1) Glanes, p. 87. — (2) Cette généralisation faite par M. Gosselin, si elle est en harmonie avec le cas de Vincent Lefebvre, ne l’est pas du tout avec beaucoup

d’autres espèces : en réalité, un grand nombre de fondeurs ont été en même temps imprimeurs, parce qu’ils avaient fait leur apprentissage d’imprimerie, mais on comprend fort bien qu’un artisan qui s’était de tout temps spécialisé dans la fonderie, se vit refuser la maîtrise de l’art de l’imprimerie qu’il était censé ignorer, ne l’ayant pas réglementairement appris.

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aussi sur plusieurs arrêts du Parlement, fit défense à Lefebvre et à tous autres fondeurs de lettres, de s’immiscer et entremettre à faire aucun acte concernant l'état d’imprimerie, à peine de forfaitures et confiscation des caractères dont ils seront trouvés saisis... et ordonne que les maîtres gardes imprimeurs assisteront doresenavant, aux essais des caractères que feront lesdits fondeurs. Bailliage de Rouen, 18 juillet 1605. »

Mais l’affaire ne s’arrêta pas là, le Parlement de Rouen et le Conseil d’Etat eurent aussi à en connaître, ainsi qu’en fait mention l’inventaire des papiers de la Communauté 4, qui résume comme suit le dossier (aujourd’hui disparu) de Vincent Lefebvre : « Sac dedens lequel sont les pièces du procez cy-devant intenté allencontre de Vincent Lefebvre, fondeur de lettres, contenant pièces en papier et parchemin, la première desquelles est le procezverbal de Jacques Roullier, sergeant, en dabte du mardy 8e jour d’octobre 1603, par lequel icelluy Roullier avoict à la requeste desd. Gardes de libraire, saisy une presse servant à imprimer, estant dans la maison dudit Lefebvre et plusieurs carractaires et aultres choses servant à l’imprimerie, sur lequel feust longtemps procédé et articles baillez contre ledit Lefebvre de l’entreprinse qu’il faisoict sur led. estact de libraire imprimeur, en la desduction duquel procez led. Lefebvre avoict obtenu lettres du Roy pour faire ériger en maistrise ladicte quallité et quallité de fondeur de letres et icelluy joindre avec lesd. imprimeurs. Surquoy lesdictes parties ayant esté oyes en la Court de Parlement s’estoict donné arrest dabté du saiziesme jour de janvier 1604 par lequel led. Lefebvre feust débouté et esconduit de sesd. lettres et les parties envoiez sans despens. — Sur requeste présentée par lesd. maistres de libraire pour faire confisquer les instrumens et presses trouvez en la maison et possession dudit Le Febvre. Sur quoi s’estoict ensuivy sentence aud. bailliage le lundy dix-huictiesme jour de juillet 1605, par laquelle deffenses furent faictes aud. Lefebvre et à tous aultres fondeurs ses compaignons de s’imiscuer et entremettre à faire aulcuns actes concernant l’imprimerie, à peine de forfaicture et de confiscation des carractaires, desquelz ils seroient trouvez saisis et de amende arbitraire, et que lesd. Gardes assisteroient aux essais des carractaires que feraient lesd. fondeurs et les parties envoiez hors de procez et sans despens. — Coppie de l’appel rellefvé de lad. sen-

(1) A. D. S., E. 485, pp. 49-52.

tence par led. Lefebvre, avec plusieurs procédures faictes en lad. Court. — Coppie de lettres obtenues par led. Lefebvre au Conseil privé du Roy pour estre réglé de juges, attendu qu’il disoict que la Grande Chambre du Parlement voulloit congnoistre dud. procez et diffèrent en préjudice de la chambre de l’Esdict, où led. Lefebvre avoict rellefvé appel comme estant de la religion prétendue refformée L — Plusieurs procédures faictes au Conseil privé du Roy, où s’estoict donné arrest dabté du 27e jour de juillet 1607 1 2, par lequel led. Lefebvre par son acquiessement avoit esté esvincé de sesd. lettres d’évocation et condampné aux despens desd. Gardes. »

Le procès du fondeur rouennais eut un grand retentissement à l’époque, car, à deux endroits différents, il en est question dans le livre intitulé: Conférence des statuts accorde^ par le Roy, à la Communauté des imprimeurs et libraires de Paris 3. O11 y lit d’abord à la page 30 : « Un nommé Vincent le Fèvre, fondeur de lettres d’imprimerie, ayant obtenu lettres de maîtrise du 17 octobre 1601, pour avoir la franchise de librairie et imprimerie, par arrest de la Cour de Parlement de Rouen du 16 janvier 1604, a esté débouté de l’effet et entérinement desdites Lettres. Et depuis ledit le Fèvre ayant obtenu lettres en règlement de juges du 29 décembre 1606, à l’encontre des maistres et gardes de la librairie et imprimerie de lad. ville de Rouen, par arrest du Conseil du 27 juillet 1607, ledit le Fèvre a esté débouté desd. Lettres et enthérinement d’icelles, et condamné ès dépens. » Et plus loin à la page 49 : « 16 janvier 1604, arrest donné au Parlement de Rouen, par lequel Vincent le Fèvre a esté débouté des Lettres de maîtrise par luy obtenues de l’art d’imprimeur en ladite ville de Rouen. Cet arrest confirmé par autre arrest donné au Conseil privé du Roy, le 28 juillet 1607. » Vincent Le Febvre a-t-il réellement imprimé ? Je n’en ai rencontré aucune trace et ie n’ai vu citer nulle part une production de son atelier. Peut-être quelque bibliographe en découvrira-t-il un jour, il saura à présent quel est l’artisan qui l’a confectionnée : j’ajouterai, en terminant cette notice, que le fondeur rouennais était probablement de la même famille que Jean Le Febvre ou de Fèvre, que j’ai déjà signalé au nombre des imprimeurs de Sedan 4 et que nous retrouverons encore à Caen et à Pontorson. Ainsi que Vincent, Jean

(1) Il a été omis dans la liste des imprimeurs et libraires rouennais protestants,

qu’a donnée M. Lesens. — (2) Je n’ai pas rencontré cet arrêt dans le fonds du

Conseil privé (A. N., Série V6)- — (3) Voy. Gallia Typographica, sér. paris.,

t. I., p. 7, nb 8. — (4) Cf. Gallia Typographica , sér. départ., t. II, p. 26.

appartenait à la religion réformée et c’est là un indice de parenté qui m’a incité à faire le rapprochement des deux personnages.

Le Forestier (Jacques) [Lat : Forestarius], imprimeur libraire à

Rouen (1494-1510).

Il y avait sept ans déjà que l’imprimerie s’était implantée à Rouen, lorsque Jacques Le Forestier y ouvrit (1494) un nouvel atelier dans la Grande rue Saint-Martin du Pont, près le Fardel. Fils d’un libraire de la même ville, nommé Jean Le Forestier R et de Thomasse, sa femme, dont le nom ne nous a pas été transmis, mais que l’on sait avoir été graveresse de signets 2 et qui semble même avoir travaillé pour les imprimeurs 1 * 3, Jacques était évidemment originaire de la même ville et il ne paraît pas douteux qu’il y ait également appris son art, dans l’un des 4 ou 5 ateliers typographiques que possédait dès lors la capitale de la Normandie. Il débuta, semble-t-il, par un livre d ’ Heures à l’usage de Lisieux 4, dont tous les feuillets, au dire de Brunet, sont entourés de cadres à compartiment, contenant de petits sujets médiocrement gravés sur bois, qui pourraient bien être sortis du burin de Jean Le Forestier ou de celui de sa mère. Il donna, l’année suivante, une édition du Manipulus Curatorum 5, puis, il changea de domicile et s’en alla demeurer sur la paroisse Saint-Nicolas, auprès du couvent des Augustins, à l’enseigne de la Tuile d’or 6, où il travailla jusqu’en 1500 au moins 7 *. Dans les débuts du xvie siècle, Jacques se rapprocha de la

(1) Voy. Gosselin, Glanes, p. 63. Cf. aussi Documenta, n° 484. — (2) Cf. Ch.

de Beaurepaire, Derniers mélanges , p. 173. — (3) (if. Coyecque, Cinq librairies

parisiennes sous François Ier. (Paris, 1894. In 8), p. 88. — (4) Voy. M.B.. t. V,

col. 1678. Le colophon de ce livre serait conçu en ces termes : « Ces présentes

heures a lusage de / Lisieux ont este imprimées a Rouen / par Jaques le forestier demourant au / dit lieu en la gràt rue Saint- martin du / pont près le

fardel. et furent acheuees le quart iour doctobre. Lan Mil. cccc. / quatre

vings et xiiii. » — (5) Cat. Lormier, 5e partie, n° 4578. Cette édition

porte le colophon suivant : « d. Celeberrimi viri dhi Guidonis de mote roche / rii liber q Manipul9 curator. una cum tabula eius / dem. Exarat9

rothomagi impressusqz Per Jaco/bum le forestier comorantem in vico sàcti martini / iuxta pontem. Anno dhi Millesimo quadringen / tesimo nonagesimo quinto die vero xv mensis Ja/nuarii. finit féliciter. » — (6) Parabole Alani : / Cum commento. [A la fin :] d. Liber parabolarum Alani cum glosa finit féliciter. Impressus Ro/thomagi per Jacobum le forestier In Ttersignio tegule auree iuxta co / ventum augustinorum commorante. » (In 4. Goth. 20 fif. n. ch., sign. a et c par 6 et b et d par 4. Cat. Lormier, n° 4582.) — (7) Le Chasteau de labour, de Pierre Gringore. Petit in 4 goth. dont voici le colophon : « d. Ce présent liure appelle le chasteau de / labour a este imprime a Rouen

Cathédrale et de ce Portail des libraires, dont la force d’attraction était presque invincible et il y adopta l’enseigne de la Fleur de lis 4, qu’il conserva jusqu’à la fin de son existence. Il s’en alla plus tard, en effet, résider sur la paroisse Saint-Nicolas, mais sous la même enseigne2; puis, sur la paroisse Saint-Jean, où il lui donna une qualité nouvelle, paraît-il : la finir de lys For 3. C’est ici qu’il décéda, vers 1512 4, laissant, entre autres enfants, un fils, Guillaume, qui fut tout simplement libraire, et une fille, Anne, qui épousa l’éditeur Jacques Le Gentil.

Jacques Le Forestier a souscrit un assez grand nombre d’ouvrages, soit seul, soit en compagnie d’autres libraires de Rouen et de Caen 5, soit même de Paris6. On voit sur presque tous sa marque, dont on connaît plusieurs variétés, sous trois formats différents. Elle offre la représentation des armoiries de Rouen, au devant d’un groupe de trois arbres, symbolisant sans doute la Sainte Trinité, soutenues par deux lions léopardés; entre les pattes de ces derniers et sous l’écusson, figure le nom de /. le forestier, en caractères gothiques ; dans la partie supérieure, deux anges tiennent un écusson aux armes de France, surmonté d’une couronne royale ;

par Jaqs le forestier demouràt audit lieu A lensei-/gne de la Tuylle dor près les augustins /. Et fut acheue le cinquiesme iour du moys / de Nouëbre. Lan de grâce Mil Cinq cès. » (Voy. fac sim. dans : Thierry-Poux, Prem. mon. de l’impr., pl. XXXIV, 2 et 3, Cf. aussi F., t. II, p. 40.)

(1) A. / Mcinuale Lexoviense , dont le colopbon porte : « Manuale ad usum ecclesie Lexoviensis, / Rothomagi impressum impensis honesti / viri Jacobi Le Forestier, in prefata civitate, / juxta ecclesiam Beate Marie, sub signo Floris / lilii, moram trahentis, anno Domini millesimo / cccccvn, tercio kalendas octobris. » (Cf. L. Delisle, Cat. des livres impr. ou publiés à Caen, t I, p. 227, n° 25q bis.) — B./ Floretus cum com/mento. [A la fin :] & Floreti glosa Rothomagi Impressa Impensis Jacobi le forestier ibi / dem iuxta atrium bibliopolarü sub signo floris lilij commorantis finit feli /citer. Anno dhi millesimo quingetesimo septimo die vero ultima Aprilis. » (InqGoth.qS ff. n.ch.sign.a — h par 6. Cat. Lormier, n° 4581.) — (2) Lavacrum conscientie, dont lecolophon est ainsi conçu : « Explicit Lavacrum conscientie, omnibus sacerdotibus / summe utile ac necessarium, Rothomagi noviter im/pressum, in officina Laurentii Hostingue, hacin urbe, in / parrochia Sancti Viviani, juxta ecclesiam commorantis, / impensis Jacobi Le Forestier, ejusdem urbis bibliopo/le, in parrochia SanctiNicolai, sub signo Floris lilii, jux / ta atrium librarioruin commorantis. » (In 8. 109 f. plus 1 f. n. ch. au commenc. et 2 f. n. ch. à la fin. B. N., Rés. D. 13827. Cf. aussi L. Delisle. op. cit., t. I, p. 208, n° 234.) — (3) Cf. Gosselin, op. cit., p. 63. — (4) Voy. Ch. de Beaurepaire, Derniers mélanges, p. 173. Le 7 juillet 1 5 1 2, les chanoines de la cathédrale continuaient à sa veuve le bail d’une des échoppes qu’il avait tenues au portail des libraires. — (5) Voy. notamment L. Delisle, Livres impr. ou publiés à Caen, nos 3, 8, 114, 23q, 25q bis. — (6) Voy. Ph. Renouard, Bibliogr. des impr. et des œuvres de Josse Badins, t. II, pp. 1 3 7- 1 3 8 .

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le tout est enfermé dans un encadrement, qui contient cette devise ou invocation, dont quelques mots sont abrégés : Benedicamus patrem, et filium cum sancto spiritu , laudemus et super exaltemus eum in secula1 2. Cette même marque existe en moyen et en petit format ; pour ce dernier, la partie supérieure est supprimée, et, ou bien il n’y a pas d’encadrement, ou bien celui-ci, au lieu de reproduire la devise ci-dessus, est formé d’arabesques.

Ce typographe ne semble pas avoir possédé un matériel très varié ; toutes ses impressions sont faites avec une gothique moyenne, qu’on retrouve ensuite fréquemment employée par Richard Goupil, auquel il avait sans doute cédé son outillage en quittant la Tuile d’or, car à partir de cette époque lui-même n’imprima plus et se borna à la librairie. Son œuvre capitale fut le Coustumier de Normenâie , non daté, dont des descriptions détaillées ont été plus d’une fois données -.

Le Gentil (Jacques), imprimeur-éditeur à Rouen (1522-1556).

Le hasard del’ordre alphabétique fait bien les choses quelquefois, puisqu’il rapproche ici le beau-père et le gendre; ce n’est pourtant pas la seule bonne fortune de Jacques Le Gentil, car, à peu près ignoré hier, il est devenu tout d’un coup, de par la magie d’une notice plus ingénieuse que solide de l’érudit Claudin 3, un imprimeur dont le nom serait « destiné à prendre place à l’avenir h côté de ceux de Guillaume le Talleur, de Martin Morin, de Jean Le Bourgeois, de Pierre Violette, de Pierre Olivier, de Laurent Hostingue, de Richard Goupil, de Jacques Le Forestier et autres artistes du livre, qui ont contribué à la gloire typographique normande... » Le savant typographologue, on le voit, n’y allait pas de main morte, malheureusement sa prédiction n’est pas près de se réaliser, son lyrisme doit manquer son effet et le monument d’attente qu’il a essayé de construire à l’honneur du typographe rouennais soi-disant oublié n’est qu’un château de cartes ; c’est vraiment le cas de le dire, toute la discussion de l’auteur de cette notice ne reposant guère que sur deux fiches, dont l’une, hélas ! est incomplète, rédigées par André Pottier, l’ancien bibliothécaire

(1) Ces marques ont été reproduites par Silvestre, sous les n°* 1 5 8 et 552. —

(2) Voy. notamment : F., 1. 1, p. 299 ; — Cat. Pellechet, t. III, 1104027; — Fac. sim.

dans Thierry-Poux, Prem. mon. de l'impr., pl. XXXIV, 2. — (3) Un typographe rouennais oublié. Maître J. G., imprimeur d’une édition de Commines en 1 525 . — Paris Librairie A. Claudin. 1896. (In. 8. 18 p. Extr. du Bull, du bibliophile , a. 1895, pp. 5 io-523. B. N., Ln27 43963.)

de Rouen, que décidément la guigne poursuit avec persévérance. Je reviendrai tout à l’heure à ceci, je dois d’abord présenter Jacques Le Gentil au lecteur, sous son véritable jour.

Dans son opuscule sur l’imprimerie et la librairie à Rouen aux xve et xvie siècles, Frère indiquait ce personnage comme ayant exercé seulement en 1540 ; dans ses Notes 4, il le fait débuter comme typographe en 1522 et donne l’année 1576 pour celle de la fin de sa carrière ; ces deux dates paraissent arbitraires et je n’ai rien découvert qui puisse les justifier, car seule une modeste plaquette de 32 feuillets pourrait être attribuée avec quelque vraisemblance à son atelier, bien qu’il ne Fait pas signée2. Mon avis personnel est que, dans la première partie de son existence, soit jusqu’en 1534, Jacques Le Gentil n’a rien imprimé lui-même, qu’il n’avait pas de presse et qu’il se confina tout bonnement dans la profession d’éditeur. Il habitait l’ancienne maison de son beau-père, sise sur la paroisse S. Jean, à la Fleur de lis , qu’il avait achetée de Guillaume Le Forestier, son beau-frère, mais il ne la conserva pas longtemps. En 1534, en effet, ses affaires étant devenues embarrassées, cette maison avait été saisie et adjugée, le dernier octobre de cette année, à Louis Bouvet, agissant comme prête-nom de Jean Morin, fils du célèbre Martin 3. A partir de ce moment, le gendre de Jacques Le Forestier paraît n’avoir plus été qu’un simple compagnon travaillant en chambre.

Pourtant Claudin lui attribue l’impression : i° d’une édition des Œuvres de S1- Augustin, en latin, pour le libraire François Régnault, de Paris, en 1521 ; 2° d’une édition du Grand Coutumier de Normandie, pour le même libraire, en 1523 ; 30 d’une édition de la Chronique de Philippe de Commines, citée par Brunet 4, dont le dernier feuillet porte au recto cet explicit : « Et fut achevée d’imprimer le quinziesme jour du mois de février l’an mil cinq cens XXV par maistre J. G. », et au verso, la petite marque de Le Forestier, c’est à dire celle où ce nom ne figure pas ; 40 à! Ordonnances royaux nouvelles, de 1540, pour Claude Le Roy, libraire à Rouen ; 50 des Ordonnances royaux, dont il sera parlé plus bas. Le savant libraire conclut à ces attributions en partant d’un point manifestement erroné : ayant rencontré l’édition du Commines cidessus, signée J. G., il a cherché à identifier ce nom d’imprimeur et,

(1) Liasse 124. — (2) Voy. ci-contre, note 1. — (3) Cf. Ch. de Beaurepaire, Nouveaux mélanges , p. 174. — (4) M. B., t. II, col. 189.

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après divers tâtonnements, examinant, dit-il, « les notes sur l’imprimerie rouennaise recueillies par feu André Pottier, notre attention fut attirée par la description d’un volume imprimé en 1540 et portant sur son titre, dans un cartouche, les mêmes initiales : I. G. Voici la copie de la fiche rédigée par l’ancien bibliothécaire de Rouen : » 1540. Claude Le Roy, libraire à Rouen. — Ordonnances Royaulx nouvelles leues publiées enregistrées en la Court de parlement à Rouen le VIII jour de lanvier nouuellement imprimées aud. lieu pour Claude le Roy, libraire, tenant son ouvroir au hault des degres du palais. M. D. xi. — Vignette d’encadrement au bas de laquelle se trouvent dans un cartouche les initiales I. G. (initiales de Jacques Gentil qui a imprimé des Ordonnances de même date qui étaient contenues dans ce même volume L) — Point de souscription finale. — Le privilège daté du vme jour de janvier 1540 est accordé à Claude Le Roy, libraire, tenant la première eschoppe aux degrez du Palais, pour imprimer ou faire imprimer à ses dépens lesdites ordonnances. Petit in-40 gothique de 20 ff. ; Signât. : A-D ; ni chiffres, ni réclames. (Bibl. de Rouen, E. 852 a.) La fiche suivante était ainsi rédigée : 1540. J. Le Gentil, imprimeur à Rouen. — Ordonnances royaulx sur le faict de la iustice... Petit in-40 goth., de 39 ff*? sign. A-H ; ni chiffres ni

(1) La description en est donnée plus loin et copiée sur la fiche de Pottier. Je préfère donner ici la description de l’exemplaire que j’ai personnellement compulsé : — (£ Ordonna / ces royaulx sur le faict de la iustice / et abbreuiation des procès par tout / le royaulme de France : Faictes par / le Roy nostre sire, et publiées en la / court de parlement a Rouen, le pre-/ mier iour du moys de Juillet, Lan / mil cinq centz quarante : Nouuelle-/ment Imprimées audict lieu / Cum priuilegio. [A la fin :] (i Nouuellement imprime a Rouen. (Pet. in-8. Impr. goth. 7 ff. n. ch. pour Table Alphabétique , 3e if. ch. pour les Ordonnances. Le feuillet de titre est orné d’un encadrement dont la partie supérieure offre la représentation de Dieu le père, tenant la boule du monde et bénissant, et la partie inférieure, la Sainte Cène. B. N., Inv. Rés. F. 1 53 3 .) On trouve au v° du titre le privilège suivant, dont je rétablis les abréviations : « Du XVIIIe iour de Juillet Mil cinq centz quarante : à Rouen en la court de parlement. La cour pour considération du contenu en la requeste ce iourd’huy présentée par maistre J. le gentil, pour luy et aultres ses compaignons imprimeurs en ceste Ville de Rouen : A permis et permet ausdictz suppliantz imprimer ou faire imprimer à leur profit commun, les Ordonnances nouuellement faictes par le Roy estant à Villiers costerez au moys Daoust cinq centz xxxix. sur le faict de la iustice : publiées et leues en lad. Court le premier iour du moys de Juillet. Et a défendu et defend à tous autres icelles imprimer ne faire imprimer, vendre ne distribuer en ceste dicte Ville ne pays de Normandie iusques à ung an : sur peine de confiscation desdictes Ordonnances et amende arbitraire. Faict comme dessus. Signé Surreau. Collation est faicte. Ung paraphe. »

réclames. (Bibl. de Rouen. E. 852 a.) « Après lecture de ce dernier document, il devenait évident pour nous que les initiales I. G. qui se trouvaient sur le titre des Ordonnances royaulx étaient celles de Jacques Gentil ou Le Gentil... » Enfin, après avoir de cette façon déterminé l’imprimeur du Commines , et reconnaissant dans les éditions que j’ai indiquées ci-dessus sous les i° et 20, des lettres ornées très caractéristiques qu’il avait déj à rencontré es dans le Commines, Claudin n’hésitait pas à les attribuer au même imprimeur.

Il n’y a qu'un malheur à tout cela, c’est que la fiche de Pottier, base de toute cette argumentation est incomplète et que le bibliothécaire de Rouen, en la transcrivant, a omis de mentionner un autre exemplaire de la même plaquette, où le nom de l’imprimeur, qui se trouve en toutes lettres, n’est pas Jacques Le Gentil, mais Nicolas Le Roux. En voici la description d’après l’exemplaire que possède la Bibliothèque nationale :

— £ Ordonna-/ ces Royaulx Nouuelles leues/publiees enregistrées en la court/de parlement a Rouen, le. viii. iour de Januier. Nouuellement/Imprimees |> Nicolas le roux, /pour Claude le Roy, libraire te-/nat son ouvroir au hault des de/ grès du palais. /M. D. xl ./ Cum privilegio. (Pet. in 8. Impr. Goth. 20 ff. n. ch., sign. A-D par ii. Le feuillet de titre est orné d’un encadrement au bas duquel, entre deux petits anges assis, est un écusson renfermant les lettres I. G. Au verso, permission d’imprimer les ordonnances accordée à Claude Le Roy, « libraire tenant la première eschoppe aux degres du palais de Rouen, » par arrêt du Parlement du 8 janvier 1540. B. N., Inv. Rés. F. 1915.)

Voilà donc notre Jacques Le Gentil exproprié de toute la gloire qui lui était promise, mais qui est alors le mystérieux I.G. qui a fait couler tant d’encre ? La réponse est beaucoup plus simple qu’on ne le pourrait croire après tous ces détours. Qu’on veuille bien se rappeler en effet que, sans doute vers 1500 ou 1501, Jacques Le Forestier fut remplacé dans la maison de la Tuile d'or, par un imprimeur du nom de Richard Goupil, qui lui-même cessa ses travaux vers 1519; or Richard avait un fils, Jean1, lequel

(1) Il semble avoir eu lui-même un fils, également prénommé Jean, qu’on retrouve, en 1579 (Voy. Documenta, n° 525) parmi les maîtres imprimeurs luttant contre les libraires, et en 1 583 (Voy. Documenta, n° 528), au nombre des Gardes de la Communauté. Je ne lui ai pas consacré de notice spéciale, parce que je

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hérita de sa presse et de son matériel, mais abandonna la Tuile d’or et le commerce de librairie, se fit simple compagnon ou imprimeur en chambre et céda certainement peu de temps après à Nicolas Le Roux tout son outillage, dans lequel se trouvait le fameux encadrement à l’écusson orné des lettres I.G., que ce dernier employait encore en 1540. Il importe au surplus de noter que les imprimeurs rouennais, dont les noms comportaient un article, même élidé, ou une préposition, représentaient toujours dans leurs initiales cet article ou préposition : ainsi, R. D. B., pour Romain de Beauvais ; R. D. P., pour Raphaël du Petit Val ; I. L. B., pour Jean Le Bourgeois; M.L. M.,pour Martin Le Mégissier, etc. Les initiales de Jacques Le Gentil auraient donc été M.L. G., et non I. G.

Quant à sa véritable profession, Jacques Le Gentil était, ainsi que je Lai dit, éditeur et avait à sa solde ou à ses ordres un certain nombre de compagnons ou imprimeurs en chambre, situation qu’il exprimait dans la requête présentée en 1540 au Parlement de Rouen, à l’effet d’obtenir « ponrluy et aultres ses compaignons imprimeurs » la permission d’imprimer les ordonnances de François Ier, dont il n’a été que trop parlé déjà.

Legrand (Jacques), prétendu imprimeur à Rouen (1527-1537).

On ne possède sur cet imprimeur, probablement simple compagnon, que quelques lignes de Gosselin1, nous apprenant qu’en 1527, il demeurait à Rouen, sur la paroisse Saint-Vivien, avec sa femme, Michelle Papillon, et qu’en 1537, il quitta cette ville pour aller se fixer à Paris, dans la rue Saint-Etienne du Mont.

Le Hue (Pierre), imprimeur à Rouen (1697-1705).

Descendant d’une nombreuse lignée de libraires, qu’on trouve établis à Rouen dès l’année 1627 2, Pierre Le Hue, né dans cette ville vers 1640 3, reçu maître en 1666 4, avait ouvert une boutique de libraire en 1672; quelques années plus tard, en 1697, ^ J adjoignit une imprimerie, composée d’une presse et de deux ou trois casses3; mais n’ayant pas réussi sans doute à se faire une clien-

n’ai rencontré aucun livre à son nom et que les quelques lignes de rappel que je lui donne ici suffisent amplement à le désigner aux bibliographes, pour le cas où l’on viendrait à découvrir quelque production signée de lui.

(1) Glanes, p. 91. — (2) Voy. N. F., liasse 124. — (3) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 397. — (4) Ibid. — (5) Ibid,

G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III.

tèle suffisante, il vendit son matériel, en 1705, à François Vaultier1 * et n’avait plus Tannée suivante « qu’une petite boutique de vieils livres dans le portail de Nostre Dame-».

Le Locu (Pierre), imprimeur à Rouen (1609-1646).

Reçu maître en 1609 3, Pierre Le Locu s’était établi près de la rue de l’Espée, devant la Prison, où pendant plus de 35 ans il a exercé la typographie, sans nous transmettre aucun produit bien remarquable de ses presses4 *; il a joui pourtant de son vivant d’une notoriété suffisante, pour être appelé trois fois, en 1619, 1620 et 1630°, aux fonctions de garde de sa Communauté. Tels sont, en y ajoutant quelques démêlés avec Dame Justice 6, les faits les plus saillants de la carrière de ce modeste typographe, qui, d’après Frère 7, mourut en 1646, laissant une veuve, nommée Marguerite Le Brement.

LeMégissier (Les). Alias Le Mesgissier, imprimeurs àRouen(i548- 1637).

Cette famille a tenu pendant près d’un siècle une place importante dans l’imprimerie rouennaise, bien qu’elle n’ait produit aucun ouvrage tout à fait remarquable ; elle doit sa principale notoriété à la situation officielle qu’ont occupée tous ses membres, en qualité d’imprimeurs du roi et à la quantité prodigieuse d’édits, ordonnanceset autres actes royaux qu’ils ont imprimés. Quatre Le Mégissier ont successivement tenu imprimerie à Rouen et tous ont porté le prénom de Martin, ce qui n’est pas fait pour faciliter la tâche de leur biographe, ni pour l’aider à déterminer avec

(1) A. D. S., C. 145, Enquête de 1706. — (2) Ibid. — (3) A. D. S., E. 483, f° 12^

— (4) Voici un échantillon de son savoir-faire: — La Vie, et Martyre de Sainct

Nigaise premier archevesqve de Rouen. S. Quirin Prestre, & S. Scuuiculle

Diacre ses compagnons, & de sainte Pience, jadis Dame de la Rocheguyon. Ensemble le recueil de la Translation de leurs sainctes Reliques, Et fondation du Prieuré Saint-Nigaise au fort de Meulent où ils reposent. Par Me Nicolas Davanne Prieur dudit lieu, & de nostre Dame de Bonnes-Nouuelles lez Roüen.

/ A Roven,De l’Imprimerie De Pierre le Locv, près la rué de l’Espée, devant la Prison. Auec Permission, & Approbation. (In-12. 98 ff. ch. sll. Le permis d’impr. est du 22 avril 1628. B. N., Ln27 1 5 1 6 9 .) — (5) Voy. supra, p. 17. —

(6) 1 6 1 5 , 23 juin. Sentence du bailliage de Rouen, par laquelle « Pierre le

Locu fust condampné en 60 solz d’amende pour avoir esté trouvé saisy de plusieurs feuilles où il y avoict plusieurs faultes, mesmes saisy de plusieurs carractaires vitieux, et ordonné que le tout seroit lasséré et rompu devant la maison d’icelluy Le Locu, avec despens de l’aprochement ». (A. D. S., E. 485, p. 29.) — Voy. aussi Documenta, n° 604. — (7) Liasse 124.

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une rigoureuse exactitude la durée de la carrière de chacun d’eux ; j’ai fait de mon mieux pour atteindre ce résultat, je ne suis pas sûr d’y avoir complètement réussi. Ceci dit je passe à leurs biographies respectives.

I. Martin I (i 548-1 563). Probablement de très modeste origine, le premier Le Mégissier était, paraît-il, illettré ; du moins tire-t-on cette déduction du fait que dans plusieurs actes du tabellionage de Rouen, où il figure, il se borne à tracer une croix L Ceci n’est pas une preuve, mais une simple présomption et, à supposer que véritablement Martin I Le Mégissier fût sans instruction, il n’en aurait que plus de mérite d’avoir su par une intelligente initiative se placer à l’un des premiers rangs de lacorporation des libraires rouennais, à une époque où le savoir n’était pas l’une des moindres qualités dans cette profession. Frère indique, dans son premier essai sur l’histoire de l’imprimerie à Rouen, que Martin I exerça de 1558 à 1581, mais, dans ses Notes(i) 2, il rectifie ces dates et assigne à la carrière de notre imprimeur celles de 1542 à 1563. Je ne sais pas sur quel fondement repose la date initiale de 1542, car l’imprimé le plus ancien, à ma connaissance, qui porte le nom de Le Mégissier libraire, n’est que de 1548 3. L’année suivante (1549), d’après Gosselin, Martin I serait devenu typographe, de simple libraire qu’il était auparavant : il aurait imprimé cette année-là l’édit du roi Henri II sur les vêtements de drap de soie 4. Je ne pense pas pour ma part que Le Mégissier ait eu, dès cette époque, un établissement typographique, car, en 1551 et 1 5 52, les ouvrages, importants ou non, qui portent sa souscription sont imprimés par Jean Petit °. Ce

(i) Cf. Gosseiin. Glanes, p. 98. — (2) Liasse 1 2 5. — (3) Ordonnances / faictes

par le fev roy / Francoys, Sur le faict & maniéré / de dresser & asseoir Estappes / en Normandie, confer-/mez par le Roy Hen-/ry a présent. [Arm.de France tenues par deux anges agenouillés.] On les vend / A Rouen, par Martin le Mesgissier, Libraire / tenant sa bouticque au hault des / degrez du Palais. / M.D. xlviii. [A la fin : ] Imprimé a Rouen par Nicolas le Roux, / demeurant audict

lieu. (Pet. in 8. i5 ff. n. ch. sans le titre B. N., Rés. F. 171, fûS 176-191.) —

(4) J'en connais plusieurs impressions faites à Paris, mais je n’en ai pas rencontré d’édition rouennaise. — (5) Voy. par exemple : A. / La Chronique des / Roys de France, Et des cas memora-/bles aduenuz depuis Pharamond, / iusques au Roy Henry second / du nom, selon l’ordre du / temps & supputation des / ans cbtinuez, iusques en / l’an mil cinq centz / cinquante / & vn. / Catalogue des Papes, Depuis S. Pierre iusques / à lui les, tiers du nom. / Catalogue des Empereurs, puis Octouian César, iusques à Charles d’Austriche, Y du nom. / Auec Priuilege. / On les vend / à Rouen, par Martin le mesgissier, Libraire tenant sa / boutique au hault des degrez du Palais. / 1 55 1 . (Pet. in 8. 1 1 9 ff. ch. si), et le supplément. Au. f. 1 1 g : « Fin du présent œuure, Impri-

2ÔO

n’est en réalité qu’en 1553, clu’^ semble s’être affranchi du concours des maîtres imprimeurs ; eut-il dès ce moment presse et caractères ? La chose reste douteuse, attendu qu’il ne se dit toujours que libraire 4, mais on remarque dans ses publications de cette époque une grande uniformité de caractères et l’emploi persévérant de lettres ornées, dans le genre des lettres grises des Ballard , de Paris. Il est vrai que ce matériel paraît appartenir à Jean Houdin, qui se nomma dans une impression faite pour Le Mégissier, en 1556 2 ; il est probable cependant que peu de temps après cette date, ce dernier dut acquérir tout le matériel en question. Dès 1555? en effet, un arrêt du Parlement 3 donne expressément à Martin I la qualification d’imprimeur et, deux ans après, le 7 juin 1557, ce dernier recevait de Henri II des lettres de provision lui octroyant la charge d’imprimeur de Sa Majesté à Rouen, en récompense des services qu’il avait rendus au bailli de cette ville, en l’impression des ordonnances, lettres patentes, édits du roi et autres pièces officielles 4.

mé à Rouen par Iehâ petit, pour Mar-/tin le megissier, Libraire tenât / sa boutique au hault des degrez du Palais. / 1 5 5 1 . » B. N., L33 48 a.) — B. Edict du Roy, sur le faict de lampli-/ation de L’auctorité, congnoissance, & / Iurisdiction delà Court des Aydes,& / Finances en Normandie, Ensemble de la/commutation des anciens Conseillers, en / Generaulx-Conseillers, Et augmentation / detroys Generaulx Conseillers en la di-/cte Court. // On les vend à Rouen, par Martin le / Mégissier, tenant sa boutique au / hault des degrez du Palais./ i552. /

Auec priuilege de la Court. (Pet. in-8. 11 ff. n. ch. A la fin : « Imprimé à Rouen, par Iehan Petit pour... » B N., F. 46808, pièce 12.)

(1) Voy: A. /Edict du RoY (sic), /en forme de or- /donnance, statut, & déclaration, /pour plus ample reiglement des/sieges presidiaulx, cotenant aug-/mentation de gaiges aux lieuxte- /nâts generaulx, Publié en la court /de parlemët Le XXI Iour Dapuril/Mil cinq cents cinquante troys. [Ecusson aux armes de France tenu par deux génies ailés.] On les vend à Rouen, par Martin/le Megissier, tenant sa bouticque/au hault des degrez du Palais. /Avec privilège. (Pet. in 8 11 f. n. ch., dont un blanc au verso duquel sont les armes de France. Au f. 10, permission donnée par le Parlement à « Martin le Mesgisier (sic), mardi, libraire demourant à Rouen. B. N., Rés. F. 1945.) — B./Edictz du Roy / A ce qve nvl estran-/ger pourueu, à quelque dignité, ou/Benefice de ce Royaume, /ne puisse commettre aucuns/ Vicaires, qui ne soient/Originaires d’icelluy/Royaume./... [Ecu de France. JAuec Priuilege de la Court. /A Roven/Chez Martin le mesgissier Libraire, tenant sa/Bouticque au hault des Degrez du Palais (S. d. (i55q) Pet. in 8. 4 ff. n. ch. B. N., F. 46811, pièce 14). — C. /Edict & declaratio/tovchant les dons/que faict le Roy des/Amendes./qe Leuz & publiez en la Court de Par/lement à Rouen, le deuxiesme iour/d’Apuril avant Pasques Mil/cinq cens cinquàte quatre. [Ecu de France, accosté à dr. et à g. de la lettre H.] On les vend à Rouen, par Martin Ie/mesgissier, libraire tenant sa bouti-/que au hault des degrez du Palais. / 1 55 5 . (Pet. in-8. 4 ff. n. ch. B. N., F. 46812, pièce 11.) — (2) Voy. suprà, p. 2o5. ■— (3) Voy. Documenta, n° 509. — (4) Voy. Documenta, no 5io.

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On n’en finirait pas s’il fallait, non pas décrire, mais seulement énumérer tout ce qui a été imprimé en fait de documents historiques par Martin I Le Mégissier ; sa presse semble même n’avoir guère été employée à autre chose. Cette spécialité devait être d’ailleurs de bon rapport, car aussitôt que Martin I fut décédé, c’est à dire au mois d’août 1563, son fils aîné se pourvut auprès du roi, à l’efïet d’obtenir les mêmes privilèges1.

M. Gosselin nous apprend qu’« en dehors de la librairie et de l’imprimerie, Lemesguissier père ne dédaignait pas de chercher d’autres bénéfices. Ainsi on le trouve, en 1556, acceptant d’un nommé Jean Hellot, la cession pour 3 ans, de la ferme du droit de la halle aux bresliers , située en la Neuve Halle, que l’on appelle à présent la Halle aux Merciers ; et Martin Lemesguissier s’engage à payer à la ville, en qualité de fermier de ladite halle, 50 livres chaque année pendant 3 ans. » D’après le même auteur, il avait épousé Madeleine Hommelet, dont il eut notamment deux fils : Martin, qui suit, etTassin, qui s’adonna seulement au commerce de la librairie, et une fille, Alix, qui épousa l’imprimeur Martin I Delamotte2.

II. Martin II (1563-1596). Aussitôt après le décès de son père, Martin II lui succéda, aussi bien dans la boutique du Palais, au hault des degre 7, que dans l’atelier typographique, situé près de l’église Saint-Lô; il obtint également, le 18 août 1563, des lettres de provision lui octroyant la charge d’imprimeur du roi à Rouen, en remplacement de Martin I 3, qu’il fit enregistrer au Parlement le 16 août 1566 4; il fut confirmé dans ces fonctions par Henri III, en vertu de nouvelles lettres patentes du 25 décembre 1574 5. De même que son père, Martin II s’est plus spécialement consacré à l’impression des actes officiels; sa production à ce point de vue se chiffre par des centaines de plaquettes; en revanche, on ne rencontre que fort peu d’ouvrages portant son nom, dans les autres domaines de la librairie6. En 1579, lors du grand procès

(1) Voy. Documenta, n° 693, pièces produites, lettre J. — (2) Voy. supra,

p. 127. — (3) Voy. Documenta, n° 6g 3 , pièces produites, lettre J. — (4) Voy.

Documenta, n° 676, pièces produites, lettre C. — (5) Ibid., lettre D. —

(6) Voy. notamment : A. / Oraison / fvnebre, / prononcée en l’e- /glise nostre

dame de / Paris, avx fvnerailles de / Messire Anne de Montmo-/rency, pair &

Conesta-/ble de France. / Par M. Arn. Sorbin, P. de Monteig, & / Recteur de Saincte Foy. //A Roven. / Chez Martin le Mesgissier Libraire, & / Imprimeur du Roy, tenant sa bouticque/au hault des degrez du Palais. / M.D.LXVIII. / Avec permission. (In-8. i3 ff. ch. B. N., Ln27 14679 a.) — B. /Av Roy/svr son

entre les imprimeurs et les libraires de Rouen, il prit franchement parti contre ces derniers et fit même des réquisitions particulières, qui furent d'ailleurs reconnues fondées, pour qu'aucune atteinte ne fut portée, du chef de la demande des libraires, à ses droits et privilèges d imprimeur de Sa Majesté h Martin II Le Mégissier mourut ou se retira des affaires en 1596 et fut remplacé par son fils, qui suit.

A la différence de son père, si ce qu’on a dit du défaut d’instruction de celui-ci est vrai, Martin II Le Mégissier était un lettré, car, outre les avis et préfaces adressés aux lecteurs, qui se trouvent en tête de quelques uns des ouvrages imprimés par lui, il aurait été assez expert dans les langues grecque et latine pour composer des inscriptions2, dont plusieurs figurent dans une brochure qui a été décrite plus haut3. C’est probablement lui aussi qui imagina la marque parlante de la maison, dont tous les Le Mégissier n’ont fait d’ailleurs qu’un usage peu fréquent. De forme ovale, elle représente un mégissier occupé à des travaux de son état ; au de ssus de lui est écrite la légende : De bien en mieulx, et au dessous, le nom de l’imprimeur ainsi orthographié : M. Lemegvisser 4. Dans

entree, son ma-/ ri âge et sa chasse, the- /ralogue, ou Eclogue Foretiere, faite par / son commandement, & presen-/tée à sa Maiesté. / Extraite du sixième liur de la Clion, De/Françoys d’Amboyse Parisien. [Arm. de France.] A Roven. / Chez Martin le Mesgissier Libraire, & Imprimeur /du Roy, tenant sa bouticque au hault des degrez / du Palais. M.D.LXX1. (Pet. in-8. 8 ff. n.ch. B. N., Lb33 298 a.) — C. / L'Histoire / et croniqve de /Normendie./ Reueuë & augmentée outre les precedentes /Impressions: Finissant au Roy tres-Chres / tien Henry troisième de ce nom, Roy / de France, & de Polongne à / présent régnant- / Auec les figures tant de ladite Normendie, que de la ville de Rouen métropolitaine d’icelle province. [Arm. de Normandie, accostées de deux femmes tenant des palmes.] A Roven, / Chez Martin le Mesgissier Libraire, & Imprimeur du / Roy, tenant sa boutique au haut des degrez du Palais. / M.D.LXXVI1I. / Auec priuilege de la Court de Parlement. (Pet. in-8. 206 ff. ch. sll. et la ta. B. N., Lk2 1207.) — D. / Les / Dialogves / de Iaqves / Tahvreav gen-/tilhomme du Mans. / Non moins profitables que / facétieux. / Ou les vices d’vn chacun sot / repris fort aspreinent, pour / nous animer d’auantage à / les fuyr, & suyure la vertu. // A / Roven, / Chez Martin / le mesgissier, / près l’Eglise/ sainct Lo. / i58g. ( I n - 1 6 . 197 ff. ch. sll. et la ta. Front, gr. B. N., Rés. Z. 2448.) — Martin II Le Mégissier a egalement donné, en 1578, une édition in-8 du Coustumier de Normendie (B. N., Rés. F. 1 553, et F. 32865).

(1) Voy. Documenta, nt,s 522 et 525. — (2) Voy. F., t. I, p. 366. — (3) Voy. suprà, p. 1 59, note 2. — (4) Cette marque est reproduite dans le recueil de Silvestre, n° 249. On en trouvera un beau tirage original sur le titre de l’opuscule suivant : — Lettres patentes / dv roy, contenant / inhibitions et deflfences / de porter armes, & autres articles. / Publié à Rouen le huictiesme iour de îuing, / Mil cinq cens soixante cinq. [Marq. décrite.] A Rouen. /

SEINE-INFÉRIEURE

le listel qui entoure cette marque, on lit la devise encourageante que voici : « Par art et labevr Phonie sage faict tovt venir à son vsage. »

JII. Martin III (1596-1632). Fils du précédent, il lui avait été adjoint, dès 1588, en qualité de survivancier, dans la charge d’imprimeur du roi l, mais, en raison des troubles de l’époque, ses lettres de provision n'avaient pas été enregistrées au Parlement; lorsque Martin II eut pris le parti de se retirer, Martin III sollicita donc des lettres de surannation et il les obtint le 25 janvier 1 5 9 5 2. De même que ses prédécesseurs, il imprima un grand nombre de documents émanant de l’autorité royale3, et d’arrêts du Parlement de Rouen, quelques pièces concernant l'administration de la ville4, mais fort peu d'ouvrages de véritable librairie5. Très jaloux de ses privilèges d’imprimeur du roi, il n’hésita pas à les défendre contre une atteinte qu'avait essayé d’y porter David GeufFroy6; enfin.

Chez Martin le Mesguissier Libraire & Impri-/meur, tenant sa boutique au hault des degrez / du Palais. / Avec privilège / i565. (In 12. 8 ff., dont un blanc portant au v° les armes de France. B. N., F. 46828, pièce 23.)

(1) Voy. Documenta, n° 53o. — (2) Voy. Documenta, n° 540. — (3) Voici notamment l’addition à l’Edit de Nantes donnée par Louis XIII, et l’édit de création de la juridiction consulaire à Rouen : A. / Articles particvliers accordez à cevx de la Religion prétendue reformee, sur l’Edict de Pacification, donné à Nantes. Veriffiez en la Court de Parlement de Rouen les cinquième d’Aoust mil six cens neuf, & vingt-septième d’Aoust 1610. [Arm. de France et de Nav.] A Rouen, De l’imprimerie, De Martin le Mesgissier, Imprimeur ordinaire du Roy, tenant sa boutique au haut des degrez du Palais, M.D.C.X. Auec priuilege dudict Seigneur. (Pet in-8, 24 ff. n. ch. B. N., Lb36 97.) — B. / Edictz dv Roy, svr la création et establissement d’vne Place Commune & Iurisdiction des Prieur & Consulz des Marchandz en la ville de Roüen, Ensemble les Patentes & Déclarations de sa Maiesté depuis interuenuës, Auec les vérifications & Reglementz sur ce ensuyuis en la Court de Parlement dudict Rouen. [Arm. de Fr. et de Nav.] A Roven. De l’Imprimerie, De Martin le Mesgissier, Imprimeur ordinaire du Roy, tenàt sa boutique au haut des degrez du Palais. M.D.C.XIX. Auec Priuilege dudict Seigneur. (In 8. 160 p. ch. B. N., F. 26656.) — (4) Voy. par exemple: — Bail et adivdication des Ouurages du Pont de Rouen, faicte à Pierre Loysel sieur de Periers, le troisiesme Mars mil six cens vingt cinq. [Grandes arm. de Fr. et de Nav. soutenues par deux femmes ailées ayant en mains des branches d’olivier.] A Roven. De l’Imprimerie, De Martin le Mesgissier, Imprimeur ordinairedu Roy, tenant sa boutique au haut des degrez du Palais. M.D.C.XXV (I11-4, 27 p. ch. B. N., Lk7 8q85). — (5) On peut citer le suivant : — Recveil des antiqvitez et singvlaritez de la ville de Rouen. Auec un progrez des choses mémorables yaduenues depuis sa fondation iusques a présent. Par F. N. Taillepied, lecteur en Théologie [Arm. de Rouen.] A Roven, De l’Imprimerie De Maitin le Mesgissier, Imprimeur du Roy, tenant sa boutique au haut des degrez du Palais. 1610. Auec Priuilege. (In 12. 216 p. ch. si 1 . et la ta. B. N., Lk7 83 73 b.) — (6) Voy. supra, pp. 183-184.

dans une autre circonstance, bien qu’il possédât toujours la boutique de ses aïeux au haut des degrés du Palais, il ne se montra pas moins décidé à revendiquer la jouissance d’une petite place, auprès de la porte de ce même Palais, où son grand-père, puis son aïeule avaient longtemps débité de menus objets de papeterie. Cette toute petite affaire est curieuse comme trait de mœurs de l’époque et je m’en voudrais de ne pas reproduire ici les quelques lignes que M. Gosselin n’a pas dédaigné de lui consacrer, cela reposera tout au moins un instant l’esprit du lecteur. Notre troisième Martin Le Mégissier, raconte le savant archéologue l, « qui était père de famille et avait une fille, âgée, en 1619, de 18 ans, voulut l’y installer au préjudice d’Anne Lejureur, qui vendait là depuis le décès de la dame Lemégissier mère. Cette prétention devint la source des plus vives et des plus fréquentes querelles. Il y avait là aussi une femme de Ronne qui vendait les mêmes marchandises ; si bien qu’entre ces trois femmes, leurs père, mari et frère, c’était une guerre continuelle et un échange d’injures qui causaient au Palais un tel scandale que le Parlement dut intervenir. Il entendit les parties, fit une enquête et, après trois mois de tentatives inutiles pour arriver à une conciliation, il décida par arrêt qu’Anne Lejureur demeurerait à la place qui lui était contestée, mais qu’elle la partagerait avec la femme de Ronne, et quant à Martin Lemégissier, la Cour l’autorisa à placer sa fille au haut des degrés, entre sa boutique et la grande porte, sous la voûte d'entrée, en la salle des Procureurs, s’il le trouvait bon. De plus l’arrêt enjoignait aux parties de se comporter modestement, sans s’attaquer ou provoquer de fait ou de paroles injurieuses. »

Martin III le Mégissier fut garde de sa Communauté en 1617 et 1628 °2 ; il ne se montra cependant pas toujours scrupuleux observateur des règlements : ainsi, à un moment donné, il négligea de déposer les exemplaires 3 de l’une de ses impressions, mais, poursuivi de ce chef, il présenta des excuses et remit les volumes qu’il devait; il fut exonéré de l’amende, et néanmoins condamné aux

(1) Glanes, pp. 104-105. — (2) Voy. suprà, p. 17. — (3) Tous les membres de la

corporation étaient tenus, comme cela se pratiqua longtemps à Paris, de déposer à la Chambre deux exemplaires de tous les ouvrages qu'ils impri-

maient ou éditaient ; au bout d’un certain temps, on procédait à la vente aux enchères de ces volumes et le produit en était affecté aux affaires de la Communauté, dont les dettes étaient trop souvent criardes.

SEINE-INFÉRIEURE

dépens L Cinq ans plus tard l’âge de la retraite sonna pour l’imprimeur du roi devenu vieux ; il démissionna alors en faveur de son fils aîné, qui le remplaça peu de temps après.

IV. Martin IV (1632-1637). Le 15 octobre 1632, Martin III Le Mégissier présentait requête au roi, à l’effet d’être remplacé dans sa charge par son fils 1 2, et le 20 janvier suivant, des lettres de provision étaient accordées à ce dernier3. Malheureusement Martin IV jouissait d’une santé des plus précaires, son état alla même toujours en empirant et il se vit bientôt dans la nécessité de se retirer. Il démissionna, paraît-il, en 1637, en faveur de Jean Osmont, que le Parlement de Rouen reçut au serment tout en déclarant « n’avoir aucun égard à la démission dudit Le Mégissier fils aîné 4 * ». Et cependant, d’après les pièces produites dans un arrêt du Conseil d’Etat du 5 janvier 1689 3, Martin IV serait mort avant le 17 février de cette même année 1637 et sa charge d’imprimeur du roi avait été accordée à cette date à Jean Viret. Il y a dans ceci une contradiction plus apparente que réelle : il est bien probable que c’est en 1636 que Le Mégissier avait cédé à Jean Osmont ses droits au privilège d’imprimeur de Sa Majesté et que l’arrêt duParlement, quoique daté de 1637, était antérieur au décès du démissionnaire, de telle sorte que sa mort inopinée put servir de prétexte à Jean Viret pour obtenir des fonctions qui, en réalité, avaient été données déjà, mais avant d’être virtuellement vacantes. Je ne connais que deux impressions de ce typographe 6, dont les productions n’ont d’ailleurs pas dû être nombreuses.

(1) A. D. S., E. 485, p. 72 : « Du 7 février 1626. Sentence donnée au bail-

liage de Rouen, entre les Gardes, demandeurs, contre Martin le Mesguicher,

maistre particulier aproché de ce qu’il n’avoit baillé et mis ès mains desdits

Gardes les coppies et exemplaires de ses impressions, suivant les arrests de

la Court de parlement donnez pour cet effect, par laquelle sentence, aprez quelque excuse proposée par ledit Mesguicher, icelluy le Mesguicher fust dispencé de l’amende et condampné à bailler ausdits Gardes deux des Coustumes par luv imprimez avec despens de la poursuitte, » — (2) N. F. liasse

125. — (3) Voy. Documenta, n° 676, pièces produites, lettre H. — (4) Gosselin, Glanes, p. io5. — (5) Voy. Documenta, n° 6g3, pièces produites, lettre L. — (6) En voici la description : A / Lettres patentes de déclaration dv Roy données a Paris, le i3. (sic, au lieu de 16) iour de Ianuier 1634. Publiées à Roüen en Parlement, les Chambres assemblées en Robbe rouge, le Vendredy 10. de Feburier 1634. [Arm. de Fr. et de Nav. soutenues par deux anges.] A Roven, De l’Imprimerie De Martin le Mesgissier, Imprimeur ordinaire du Roy. M.DC.XXXIIII. (Pet. in 8. i5 p. ch. B. N., F. 46978, piece 19.) — B. / Arrests dv Conseil privé dv Roy, Touchant les Ministres de Normandie. [Arm. de Fr. et de Nav.] A Roven. De l’Imprimerie, De Martin le Mesgissier, Imprimeur ordi-

Le Menu de Boisjouvin (Jacques-Philémon), imprimeur à Rouen

Fils de Jacques-François Le Menu de Boisjouvin, marchand à Rouen, et de Marie Besongne, fille elle-même de Pimprimeur Jean- Baptiste IBesongne, Jacques-Philémon avaitvu le jour dans la même ville le 17 janvier 1698 L Après avoir terminé ses études à Rouen, il fut envoyé en apprentissage chez Jean-François Caranove, libraire à Toulouse2. Dès qu’il fut de retour dans sa ville natale, son grandpère Besongne, paralysé de tout un côté du corps, décida de le meure à la tête de son imprimerie, à titre de survivancier. Une requête fut aussitôt présentée au Conseil d'Etat, et, comme le vieux Besongne était fort bien en cour, son petit-fils fut admis d’emblée et sans aucune difficulté à exercer dans ces conditions, par un arrêt du 23 novembre 1720 3. Quelque juste et humaine que fût cette décision, elle n’en souleva pas moins de violentes protestations parmiles membres de la corporation rouennaise, surtout dans le camp des nombreux aspirants à une place 4, et une instance d’opposition lut immédiatementintroduite devant le Conseil par lesSyndic et Adjoints de la Communauté5. Le Conseil d’État toutefois ne revint pas sur ce qu’il avait précédemment accordé, et le 19 juillet 1721, « sans s’arrêtera l’opposition des Syndic et Adjoints à l’arrêt du 23 novembre 1720, ni aux requêtes d’intervention et demandes des fils de maîtres imprimeurs et autres, dont Sa Majesté les a déboutés », il ordonna que le susdit arrêt sortirait son plein et entier effet6. Je ne connais pas la date du décès de Jean-Baptiste I Besongne et même, en l’absence de monuments typographiques, fine m’a pas été possible d’y

naire du Roy, tenant sa boutique au haut des degréz du Palais. M.D.C.XXXIIII. Auec priuilege. (Pet. in 8. i3 p. ch. B. N., F. 47051, pièce 5.) Ces arrêts concernaient 18 ministres protestants qui avaient abandonné leur ministère pour passer en Angleterre, Hollande et autres pays étrangers.

(1) A. R., Paroisse Saint-Denis: « Ce jourd'huy 19' de janvier 1698, Chevalier (?) Jacque Boisjouvin, marchand et thrésorier en charge en cette église et Mad'11’ Marie Besongne, sa femme, ont eu de leur mariage un fils, né de avant hier, baptisé par Mr le Curé et nommé Jacques par Chevalier (?) Jacques Le Menu, de la paroisse de St Nicaise, et Marguerite Malassie, femme de M. Besongne de la paroisse de S. Jean... » — (2) A.N., V6 853. Arrêt du Conseil du 23 novembre 1720, requête préliminaire. — (3) Voy. Documenta, nu 783. — (4) D'après l’arrêt du 5 avril 1721, il y avait à ce moment environ 20 fils de maîtres à pourvoir. — (5) Voy. Documenta, n° 786. — (6) Voy. Documenta, n° 787.

SEINE-IN FÉRItURE

suppléer par des présomptions, je ne saurais donc fixer l’époque exacte à laquelle le petit-fils remplaça l’aïeul, mais elle ne doit pas être fort éloignée de l’année 1721, étant donné le grand’ âge de ce dernier. Quoiqu’il en soit, J. -P. de Boisjouvin a rempli les fonctions d’imprimeur du roi à Rouen jusqu’en avril 1754, date de sa démission et de son remplacement par Richard-Gontran Lallemant, et tenu un établissement typographique jusque vers 175 6 ou 1757: le 4 avril de cette dernière année, un arrêt du Conseil d’Etat décidait que la place qu'il avait occupée demeurerait définitivement supprimée L

Le Monnier (Jean), imprimeur (?) à Rouen (1619-1620).

Il résulte des registres de la Communauté que ce personnage fut admis à la maîtrise en 1619 1 2, mais s’appelait-il Le Monnier ou Le Mounier ? fut il imprimeur ou simplement libraire ? autant de questions qu’il m’est impossible de trancher. On ne connaît en effet qu’un ouvrage souscrit par lui (1620, in-8) et intitulé: « Les Ouvertures des parlements faictes par les roys de France, tenant leur lictde Iustice : Ausquelles sont adioustées cinq Remonstrances autrefois faictes en icelles au Parlement de Paris. Par Lovys d’Orléans. » Or l’exemplaire de la Bibliothèque de Rouen (Histoire, 3108) porte bien la mention : Jean Le Monnier, mai$ d’après le Catalogue de l’Histoire de France de la Bibliothèque Nationale (t. VII, p. 201), l’exemplaire que possédait ce dépôt et qui malheureusement paraît perdu3, aurait eu la souscription : Jean Le Mounier. Les Notes de Frère4 le disent imprimeur-libraire ; je penche, quant à moi, pour la seconde qualité seulement.

Le Nouvel (Pierre), imprimeur (?) à Rouen (1520).

On ne sait sur ce prétendu typographe que ce qu’en a dit M. Gosselin5: « Pierre Le Nouvel, imprimeur de livres, demeurait en la paroisse Saint-Martin-sur-Renelle, lorsqu’il épousa, le 3 juillet 1520, Jehanne Dargny. (Tabell., 3 juillet 1520.) 0 C'est encore probablement un nom à ajouter à la liste des compagnons ou des imprimeurs en chambre.

(1) Cf. Documenta, n° 905. — (2) A. D. S., E. 483, f° 21. — (3) Il portait la

cote: Lf28 25 c. — (4) Liasse 126. — (5) Glanes, p. 77.

Le Prest (Jean), imprimeur à Rouen (1542-1559).

Jean Le Prest est l’un des meilleurs imprimeurs rouennais du milieu du xvie siècle ; il aurait exercé, d’après Frère l, de 1 542 à 1 5 58 et ces dates sont à peu près exactes, bien que la première semble pouvoir être reportée à une époque bien antérieure, attendu que Gosselin a trouvé dans les registres du tabellionage que, dès 1531, J. Le Prest était établi, avec sa femme, Marion Pain, sur la paroisse Saint-Patrice2. Peut-être n’était-il alors que compagnon ; quelques années plus tard, il s’installa à son compte, mais, le plus souvent, il travailla anonymement pour des libraires, tels que Robert Le Hoy, les Du Gort et les Valentin. Plusieurs de ses productions sont cependant signées de son nom et parmi elles, il en est une tout à Dit remarquable, qui rappelle l’un des fastes les plus brillants de l’histoire de la capitale de la Normandie, et qui mérite l’honneur d’une description détaillée, la voici :

— C’est la dedv-/ction du sumptueux ordre plaisantz spe-/ctacles et magnifiqves théâtres / dressés, et exhibes par les ci toi- / ens de Rouen ville Métropolitaine du pays de Normandie. A la/ sacree Maiesté du Treschristian Roy de France, Henry secod/ leur souuerain Seigneur, Et à Tresillustre dame,/ ma Dame Katharine de Medicis, La Royne son espouze,lors de / leur triumphant ioyeulx & nouuel aduenement en / icelle ville, Qui fûtes iours de Mercredy & ieu-/ dy premier & secod iours d’Octobre Mil/ cinq cens cinquante, Et pour plus ex-/ presse intelligence de ce tant ex-/cellent triumphe, Les Figu-/ res & pourtraictz des / principaulx aorne-/mentz d’iceluy/y sont apposez chascun en son lieu comme l’on pourra veôir/ par le discours de l’histoire. // Auec priuilege du Roy./ On les vend a rouen chez Robert le Hoy Robert & Iehan dictz/ du Gord tenantz leur boutique, Au portail des Libraires./ 1551. [Au v° du dernier feuillet:] Icy se terminent... Et nouuellement imprimé Par Ieati le Prest, audict lieu le IX. iour de ce moys de Décembre 1551. (In-4. 67 ff.n. ch. 29 grav. sur bois à la manière de G. Tory, dont 5 occupent un double feuillet, et 2 p. de musique d’un cantique à 4 part.,

(1) N. F., liasse 126. — (2) Gosselin, Glanes, p. 92.

SE I N E-INFERl EURE

qui fut chanté en la présence du roi et de la reine par les

vénérables dames séantes au char de religion . B. N., Rés. Lb312 5 .)

Plus tard Jean Le Prest publia lui-même quelques plaquettes, qui portent son nom seul1, ou accolé à celui de Georges Loyselet2 ; il ne donnait pas son adresse, mais on sait qu’il était installé sur la paroisse Saint-Vivien 3.

Le Prévost (Les), imprimeurs-libraires à Rouen (1543-1753).

Une suite assez nombreuse de personnages de ce nom figure pendant plus de deux siècles dans la corporation des libraires et imprimeurs rouennais, mais il est bien difficile de distinguer avec netteté ceux qui ont imprimé des livres, de ceux qui se sont bornés à en vendre ou à en éditer. Je ne vais donc répertorier ici que les membres de la famille ayant réellement possédé des presses ou présumés en avoir eu.

I. Jean (1543-1544) ne peut être cité que d’après les registres capitulaires de la cathédrale; il y est mentionné en 1543-1544 comme étant imprimeur et reçoit une somme de 6 livres 10 sols pour avoir imprimé « les bulles du dernier jubilé4 ». On ne possède pas d’autres renseignements sur son compte et on ne connaît aucun volume sorti de ses presses.

IL Nicolas (1612-1620) figure dans les Notes de Frère5, comme avant tenu imprimerie dès 1612; il fut en effet admis à la maîtrise dans le cours de cette année6, mais rien ne prouve qu’il ait immédiatement ouvert un établissement, et on ne trouve plus mention de lui qu’en 1618 et 1619, dans les registres du Bailliage de Rouen, au sujet d’un livre qui avait été imprimé en vertu d’une permission irrégulière7; de plus, il résulte des circonstances

( r ) Voy. par exemple : — Brief Discours de la / prinse de la Ville / de Thionuille, mise en l’obeissance / du Roy par le Seigneur de Guise, / Pair de France, & Lieute-/ nant general pour / ledict Sieur. [Deux hommes d’armes face à face.] Faict iouxte la forme & exemple, im-/primé a Paris par Robert Estienne. / Auec privilège./ 1 55 8 . [A la fin:] Imprimé par Iehan le prest. (In-12. 4 fif. n. ch. B. N., Lb31 74 a.) — {2) Voy. entre autres: — L’ordre qui a esté tenue à la pu/blication du traicté de Paix, / faicte à Rouen, le Lundy / dixiesme jour d’Auril, / l’An de grâce Mil cinq/ cents Cinquante/ neuf. Ainsi qu’il / s’ensuyt. [A la 'fin:] Imprimé par Iehan le prest & Georges l’oyselet. (In-8. 7 ff. Au f. 6 v°, permis d’imprimer accordé par le Bailli de Rouen, le io avril 1 55g, à « Le Mesgissier» B. N., Rec. Fontanieu, t. 269, pièce 1 5 . ) — (3) Gosselin, Op. et toc. cit. — (4) A. D. S., G. 1 32 . — (5) Liasse 126. — (6) A. D. S., E. 483, f° i3 v°. — (7) Voy. Documenta, nos 606 et 609. Cf. aussi F., t. I, p. 4.

de ce litige que le livre en question avait été tiré sur une presse de Julien Courant, de telle sorte qu’il n’est nullement établi que Nicolas Le Prévost ait été vraiment typographe.

III. Antoine (1689-1751). Pour celui-ci, aucune contestation n’est possible, il a bien et dûment exercé l’art de l’imprimerie, on peut même ajouter : avec quelques mésaventures. Né à Rouen le 9 mai 16661, il avait été reçu maître le 30 juin 1688 et s’était établi le 2 janvier suivant 2, dans la rue Saint-Vivien, où il tenait en même temps une boutique de librairie et un atelier d’imprimerie, composé de deux presses et desservi par 4 compagnons, dénommés en 1706 : Pierre Le Prévost, De la Haye, Nicolas Yeury et Jean Amiot 3. Bien qu’il n'ait jamais imprimé rien que d’honnête et de recommandable 4, Antoine Le Prévost n’en eut pas moins à subir de nombreuses vexations, tant de la part de l’autorité, que du chef de divers collègues de Paris et de Rouen. Dès 1700, la Chancellerie méditait de faire saisir chez lui ce qui restait de plusieurs éditions de Télémaque , qu’il avait fabriquées et dont la plus grande partie des exemplaires avaient déjà péri en Seine5; en 1707, le Conseil d’Etat lui infligeait 100 livres d’amende, et lui ordonnait, peine absolument inusitée en semblable cas, de tenir sa boutique fermée pendant six mois, pour avoir contrefait au préjudice de Jacques Estienne, libraire à Paris, deux ouvrages d’un certain abbé Potier 6. Voilà pour les premières escarmouches et

(1) A. R., Paroisse Saint-Vivien : « Ledit jour (g0 may 1666), Anthoine,

fils d’Anthoine Le Prévost et de Magdeleine Dubosc, sa femme, nommé par

Estienne Du Bosc et Marguerite Carré. » — (2) A. D. S., C. 14.5 (Enquête de

1706). — (3) Ibid. — (4) Voici, sans compter une infinité de livres de prières,

quelques échantillons de ce qui sortait de ses presses: A / La Vie et Miracles du glorieux Saint-Vivien Evesque de Xaintes. Revûë, corrigée, & augmentée par Monsieur*'* Prêtre de la Paroisse. [Fleuron.] A Rouen, Chez Antoine le

Prévost, rué S. Vivien. M.DC.XCVII. Avec Approbation & Permission. (In-12. 98 p. ch. B. N., Rés. Ln27 20719.) — B./ La Croix ou la Passion de Jésus-Christ dès le commencement de son incarnation Jusqu’à la fin de sa vie mortelle. Représentée par Figures. Avec des Explications & Réflexions Morales, Pour servir de Méditations & d’instruction aux personnes Pieuses & Dévotes. Par un Ecclesiastique.// A Rouen, Chez Antoine le Prévost, ruë Saint-Vivien. MDCCIX. Avec permission du roi. (In-12, 176 p. ch. si 1 . et les postl. Mauvaises grav. sur bois signées pour la plupart : P. L. S. ou P. S., c’est à dire Pierre Le Sueur, dont le modeste talent s’exerça surtout dans la confection des images de confrérie (Cf. à ce sujet : Ch. de Beaurepaire, Mélanges histor. et archéol. Rouen, 1897. In-8, p. 347.) — (B. N., D. 18471). — C./ Le Trésor du chrestien. Contenant deux parties ;...// A Rouen, Chez Antoine le Prévost, ruë saint Vivien. M.DCCIX. Avec privilège du Roy. (In-12. 358 p. ch. si 1 . B. N., D. 19380.) — (5) Voy. Documenta, n° 712. — (6) Voy. Documenta, n° 726.

SEINE-INFÉRIEURE

cela promettait ! Maintenu comme imprimeur à Rouen par l’arrêt du 18 mars 1709 Antoine Le Prévost ne devait pas tarder à subir de plus cruelles épreuves: si, en octobre 1710, il n’était que sous le coup d’un mandat d’arrestation, non suivi d’effet, semble-t-il, pour avoir imprimé de mauvais livres (lisez : des ouvrages qui déplaisaient au pouvoir, comme ceux du bon Fénelon), il eut, en 1724, à absorber jusqu’à la lie la coupe amère d’un séjour à la Bastille 1 2, à la suite de je ne sais quelle contravention commise avec la complicité de l’un des Machuel ; en 1725, des perquisitions s’opéraient chez lui, en vertu d’un ordre du roi, sur le soupçon d’avoir imprimé ou de détenir des « livres, libelles, manuscrits et imprimés contraires à la Religion, au Gouvernement, et aux bonnes mœurs3 » ! On ne trouva rien de tout cela chez le brave Le Prévost et on le laissa désormais travailler paisiblement jusqu’au jour où son confrère François Oursel, l’englobant dans des poursuites qu’il exerçait contre plusieurs autres libraires et imprimeurs de Rouen, crut devoir le bombarder de procédures jusqu’à la fin de ses jours.

Me sachant plus à quel genre de travaux s’adonner pour exercer sa profession en toute tranquillité, Antoine Le Prévost s’était jeté sur les livres de dévotion proprement dite, les manuels de prières et livres d’offices approuvés par l’autorité ecclésiastique, mais là encore que d’embûches étaient tendues, en dépit de toutes les permissions qu’on pouvait obtenir. On le lui fit bien sentir. Je n’entrerai pas ici dans le détail de cette épineuse affaire, que je réserve pour la notice du principal intéressé, François Oursel; je me borne à noter quant à présent que Le Prévost avait tout bonnement fabriqué cinq éditions différentes de Petites heures à T usage de Rouen et un Office du Saint Sacrement , lorsque la force armée pénétra tout-à-coup chez lui, enleva militairement tous les exemplaires de ces livres qu’il avait encore en sa possession et les transporta chez son adversaire. A la suite de cette campagne, celui-ci introduisit une instance en validité de cette prétendue saisie et en dommagesintérêts : l’affaire était encore pendante devant le Conseil d’État, quand, cinq ans plus tard, en 1751, le malheureux Le Prévost passa de vie à trépas.

Marie-Anne Ledart, sa veuve, et Marie-Anne Le Prévost, sa fille,

(1) Voy. Documenta, n° 733. — (2) Cf. Documenta, n° 810. — (3) Voy. Docu-

menta, n° 8 1 1 .

veuve du libraire François de Caux, recueillirent ce fâcheux héritage 1 : elles s’entendirent, deux ans après, condamner à des amendes et à des dommages-intérêts, dont on trouvera le détail dans un arrêt du Conseil d’Etat du 25 juin 1753 “2.

Le Roux (Nicolas) [ Lat. : Rufus, vel Ruffus], imprimeur à Rouen

Parmi les artistes qui concoururent, durant le xvie siècle, à donner à la typographie rouennaise l’éclat qu’on lui reconnaît unanimement, Nicolas Le Roux ne paraît pas avoir été jusqu’ici apprécié à sa juste valeur et on l’a quelque peu négligé. Il a pourtant exécuté un assez grand nombre d’impressions, qui ne le cèdent en rien à celles des meilleurs ateliers. Installé sur la paroisse Saint- Vivien, dans un local que mentionnent rarement ses productions et qui se trouvait situé in vico aqnoso 3, c’est à dire probablement dans la rue de l’Eau de Robec, il a travaillé pour quantité de libraires ; on peut citer notamment comme ayant été ses clients : François et Jacques4 Régnault, de Paris ; Jean Mallard, Robert et Jean Du Gort, Guillaume Bavent, Claude Le Roy, de Rouen; Girard Angier, de Caen ; Jacques Buraudier, Tite Courroyer et René Moutel, d’Angers. Son matériel comprenait en même temps des séries de fontes gothiques et des casses de caractères romains : il utilisait surtout les premières pour les ouvrages ecclésiastiques et juridiques, et les secondes, à partir de 1540 environ, pour les autres livres, opuscules ou plaquettes, mais plusieurs de ces derniers sont imprimés avec les deux espèces de types5. Son assortiment de lettres ornées, bandeaux et fleurons n’était pas moins riche; il avait d’ailleurs repris, la chose est évidente, à une époque antérieure à

(1) Voy. Documenta, n° 8g5. — (2) Ibid. — (3) Voy. : Matinale ai usum insignis ecclesie Rotomagensis { F., t. II, p. 277). — (4I Gosselin ( Glanes , p. 97) dit

que Le Roux avait des relations de commerce suivies avec Jacques Régnault

et que même il avait reconnu lui devoir 23o livres tournois pour marchandises

de livres et pour argent prêté et s’était engagé à lui rembourser cette somme

par acomptes de 5o francs chaque année. — (5) Voy. : — & La publication du / traicte de la Paix, faicte & accordée entre treshaulx / & trespuissantz princes

Frâcoys par la grâce de / Dieu Roy de France treschrestien : & Henry / Roy Dangletterre. Publie a Rouen : le / dimenche treziesme iour de Juing / mil cinq centz quarante six. / (g; Auec le Chant de la Paix de France, chante / par les troys Estatz. [Portrait du Christ.] Imprimé à Rouen, par Nicolas le / Roux, pour Robert Dugort, tenant son / ouuroir au portail des Libraires, & se / vëdët chez ledict Dugort, & le Roux. (In-12. 4 ff. n. ch. B. N., Rés. Lg6 28.)

SRI NE-INFÉRIEURE

1540, le matériel des Goupil, dans lequel se trouvait le fameux cartouche, servant pour les encadrements et contenant les initiales I. G. (Jean Goupil), dont Nicolas Le Roux ne s’est pas servi seulement pour l'ornementation du titre des Ordonnances Royaux, que Claudin attribuait aux presses de Jacques Le Gentil *, mais à d’autres reprises encore, par exemple sur le titre d’un Missel à l’usage d'Angers, qu'il imprima en 1543 2.

J’ai dit plus haut que les presses de ce typographe avaient produit beaucoup de beaux ouvrages : je citerai seulement ses Coutumiers de Bretagne3 et de Normandie4, ses Heures à l’usage de Rouen0, enfin ses Missels a l'usage du même diocèse6. Ainsi que le fait remarquer Frère7, Nicolas Le Roux avait pour marque une vignette sur bois « représentant saint Romain, ayant à sa droite la célèbre gargouille qu’il tient enchaînée, et à sa gauche un prisonnier à genoux, les fers aux mains8». On peut voir cette

(i)Voy. supra, pp. 25 3 et suiv. — (2) Missale ad vsum / Insignis ecclesie Andegauësis per / optime ordinatum, ac diligent i cura castigatum, et / emendatum cü accentuationibus, tam in Epistolis, / q Euangeliis : Et cothationibus in Sequentiis, & / aüjs locis vt probabit rei euentus. [Saint Maurice à cheval] (£ Impressum Rothomagi per Nicolaum le Roux ere / ac impensis proborum virorum Jacobi Buraudier, / Titi Courroyer, & Renati Moutel Bibliopolarü in al- /ma vniuersitate Atidegauë. Anno a christo nato, xliij. / suprà sesquimillesimum. / Cum priuilegio. — [Au v" du dernier f. :] Ad dei optimi, rnaxi-/mi totiusqz caterue celestis curie laudem : necnon ad famose, cele-/berrimeqz ecclesie Andegauen. Probationem, commëdationemqz, / hoc nec incultum nec inelegans Missalis officium, imo verius / concinne : multa lima multisqz aculeis cruciatum ac expolia/tum, in lucem emisimus : cum accentuationibus. Excus-/sum atqz exaratum Rothomagi sub edibus Nicolai / Rufi typographi, ere ac impësis Titi Courroyer / et Jacobi Buraudier, bibliopolarü in al/ma Vniuersitate Andegauën. Anno / ab incarnatione dnica. Millesi-/mo quingentesimo qua-/dragesimo tertio. (In-8. 149, 14 et 97 ff. ch. si 1 . et la ta. Impr. goth. r. et n. Gravs. sur bois, letties ornées, plain-chant noté. Au titre, un encadrement au bas duquel figurent dans un cartouche les initiales : 1. G. — B. N., Rés. B. 1812.) — (3) Voy. L. Delisle, Livres impr. ou publiés à Caen , t. 1, n° 127. — (4) Ibid., n° i3o. — Voy. aussi F., t. I, p. 3oi.— (5) Voy. Lacombe, Livres d’ Meures, n° 534 1 et t. H, P- 81. — (6) Voy. F., t. Il, p. 314. — (7) De Vimpr .• et de la libr.à Rouen dans les XVe et X VL s., p. 41. — (8) Pour les personnes peu au courant des choses de Normandie, je rappelerai que saint Romain fut archevêque de Rouen de 626 à 638 : pendant son pontificat, une bête immonde, serpent ou dragon, désolait la viile et les environs. A la supplication de ses ouailles, le saint résolut d’exterminer l’animal, mais aucun habitant n’ayant consenti à l’accompagner, il prit avec lui un condamné à mort, auquel il promit la liberté et alla au devant de la bête qu’il rencontra bientôt ; il lui jeta son étole autour du cou en guise de laisse et la fit amener dans Rouen par le prisonnier. Un énorme bûcher dresse au centre delà ville réduisit rapidement en cendres la terrible gargouille. C’est en souvenir de cet événement que, G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III. 18

marque 1 sur le titre du Manuale dont j’ai parié plus haut 2.

Bien qu’aucun imprimeur de son nom n’ait succédé à Nicolas Le Roux, il semble que sa famille se soit perpétuée à Rouen, tout en continuant, dans des situations plus modestes, d’appartenir à l’industrie du livre. Ainsi, 011 rencontre un Pierre Le Roux tenant boutique de librairie et de papeterie à Rouen, en 1609, puis allant ouvrir à B<ryeux, en 1630, un atelier typographique 3 ; un Vincent Le Roux, libraire, et garde de la Communauté rouennaise en 1 66 1 et 1669 4; enfin, un Michel Le Roux, compagnon imprimeur chez Claude II Jore, en 17 13 5.

Lesage (Jacques), imprimeur à Rouen (1662-1670).

Trois Lesage figurent dans les Notes de Frère6, comme ayant exercé l’imprimerie à Rouen, savoir : Jean, de 1629 à 1636 ; Pierre, en 1617; Jacques, de 1662 à 1670. Il n’y a pas lieu, je crois, de conserver les deux premiers parmi les maîtres imprimeurs. De Jean, on ne connaît aucune production; il fut sans doute simplement libraire, et décéda en 1636, pendant qu’il remplissait les fonctions de garde De Pierre, on sait seulement qu’il eut un fils, portant le même prénom, entré en apprentissage chez Guillaume Dumouchel, à sa sortie de l’école, sur la présentation du Bureau des pauvres, mais non admis à la jurande par les Gardes de la Communauté, à cause de son ignorance de la langue latine8. Bien certainement, si Pierre Lesage père eut été maître imprimeur, et non un pauvre compagnon, son fils n’aurait pas été dans la nécessité de faire apprentissage. Quant à Jacques Lesage, il fut réellement établi et fut même appelé aux fonctions de Garde en 16649, mais aucune de ses productions n’a encore été révélée; tout ce qu’on peut ajouter sur son compte, c’est qu’il décéda en 1670 et que sa veuve, née

par privilège royal, le chapitre de la cathédrale conserva jusqu’à la Révolution le pouvoir de délivrer chaque année un condamné à mort, le jour de l’Ascension.

(1) Elle a été également reproduite par Silvestre, sous le n° 1184. — (2) Voy. supra, p. 272, note 3. — (3) Voy. sa notice dans la IIIe partie de ce volume. — (4) Voy. suprà, p. 19. — (5) Voy. Documenta, n° 747. — (6) Liasse 127. — (7) Voy. suprà, p. 18. — (8) Un arrêt du Parlement de Rouen, du 16 juin 1617, analysé par Gosselin ( Glanes , p. 122), ordonna que le jeune Lesage continuerait à demeurer pendant un an chez l’imprimeur Dumouchel, qui l’enverrait à l’école, et que durant ce laps de temps son père lui ferait apprendre le latin. — (9) Voy. suprà, p. 19.

SEINE-INFÉRIEURE 2j5

Marie-Madeleine Boillon, convola, le 26 mars 1672, avec Jacques Le Boullenger1.

Le Talleur (Guillaume) Alias Le Tailleur, père de l’imprimerie

rouennaise (1487-1490).

Ainsi que je l’ai exposé plus haut 2, on ne peut pas saluer en Guillaume Le Talleur le prototypographe de la capitale de la Normandie, mais en toute justice on ne . saurait lui refuser le titre de père de l’imprimerie rouennaise. C’est lui, en effet, qui, le premier, prit l’initiative d’installer une presse dans son os tel > ou, pour parler plus simplement, dans son officine de libraire, et de signaler l’importance de cet événement, en faisant figurer son nom, alors plus connu que celui de son protégé, sur les ouvrages par lesquels il inaugura le nouvel art dans sa maison, bien qu’il ne les ait certai-' nement pas imprimés lui-même.

Suivant la confession qu’il en a faite à la fin du prologue figurant au verso du titre du premier livre imprimé à Rouen, Guillaume Le Talleur était né dans cette ville, sur la paroisse même de Saint-Lô, où il tenait encore officine de libraire en 1487, devant le prieuré de ce nom. Tout porte à croire qu’il s’adonnait depuis longtemps déjà au commerce des livres, lorsque l’idée lui vint d’en imprimer, mais, trop avancé en âge pour s’initier personnellement à l’art de Gutenberg, il mit dans ses intérêts un jeune typographe, Martin Morin, et l’installa dans sa maison, qu’il lui laissa plus tard, soit à titre onéreux, soit gratuitement et comme un gage de sa reconnaissance. Le premier ouvrage sorti de la presse de Le Talleur est une double édition des Chroniques de Normandie , datée l’une de mai 1487 et l’autre du 14 du même mois; il en a été donné d’assez amples descriptions 3, pour qu’il soit inutile d’y revenir ici. Je rappelle seulement qu’on y voit figurer, sur le titre même, la marque de Le Talleur, qui se compose d’un cadre à double filet, au milieu duquel se trouvent entrelacées et combinées toutes les lettres formant le nom de cet éditeur4 *. Sept autres ouvrages ont été signalés comme ayant été exécutés sur la même presse, ce sont : un Missel à l’usage de SéezA daté de 1488; un autre Missel à l’usage de

(1) Voy. suprà, p. 237. — (2) Voy. Avant-propos, p. 10, — (3) Cf. Cat. Pelle-

chet, t. II, n° 3577; F., t. I, pp. 239-240; Fac. sim. dans Thierry-Poux, Pre-

miers mon. de Vimpr ., pl. XXXIII, n09 1 et 2. — (4) Elle a été reproduite par

Silvestre, sous le n° 86, et dans le M. B., t. I, col. 1872. — (5) Voy. L. Delisle.

Livres impr. ou publ. à Caen, t. I, 0*289; F.,t. II, p. 3 1 5 ; Cop., t. II, n° 422i.

l’église du Mans 1 * * 4, sans date ; les Ténor es novelli , de Littleton 2 et YAbridgment, de Stratham 3, ouvrages aussi non datés et imprimés pour le compte de Richard Pynson, libraire à Londres; les Gesta Alexandri Magni, ou Alexandréide, de Gautier de Lille, dit aussi de Châtillon4, ouvrage également non daté; le Livre des bonnes mœurs , de Jacques Le Grant3, encore sans date, et enfin, le Contra Pestilentiam , de Forestier0, qui ne porte pas de date non plus.

Guillaume Le Talleur mourut à Rouen, probablement dans les premiers mois de 1494, puisque, le 25 juin de cette année, un acte du tabellionage relate la vente d’une pièce de terre dépendant de sa succession7; mais, depuis plusieurs années déjà (1490), si l’on s’en rapporte aux monuments typographiques, il avait cédé à Martin Morin tout son matériel d’imprimerie et même l’officine où il avait jusque là exercé sa profession.

Letellier (Jean), prétendu imprimeur de Rouen (1519).

Ce soi-disant maître imprimeur est indiqué par E. Gosselin8, qui lui consacre les lignes suivantes : «En 1519, Jehan Letellier, imprimeur de livres, fils de Colin Letellier, étamier, demeurait en la paroisse Saint-Denis. 11 possédait indivis, avec son frère Nicolas, une maison et un jardin, sis à Canteleu. (Tabell., 18-19-27 juillet 1519)». Jean Letellier n’était certainement qu’un compagnon.

Le Tourneur (Les), imprimeurs-libraires à Rouen (1667-1703).

La famille Le Tourneur ne fit son apparition dans l’industrie du livre à Rouen, que vers le milieu du xvne siècle ; elle faisait profession de la religion réformée, s’adonnait principalement au commerce de la librairie et tenait boutique ouverte à Quevilly, en même temps qu’à Rouen. Laplupartde ses membres abjurèrent le protestantisme au moment de la révocation de l’Édit de Nantes, de telle sorte que la famille continua jusqu’à l'aurore de la Révolution de vendre des livres dans la capitale normande. Deux Le Tourneur ont été à la fois libraires et imprimeurs, ce sont donc les seuls membres

(1) Voy. Cop., t. II, n° 4110. — (2) Voy. Cop., II, 3617; F., II, p. 228. —

(3) Voy. Hain, n° 15092; Cop., III, 288. —(4) Voy. Hain, n° 7454, F., II, p. 228.

— (5) Voy. F., II, p. 228. — (6) Voy. Cop., II, 2b52. — (7) Gosselin, Glanes ,

p. 59. — (8) Ibid., p. 77.

SEINE-INFÉRIEURE

de cette famille que je doive accueillir ici et malheureusement je suis bien peu renseigné sur leur compte.

I. Nicolas (1667-1696) était sans doute le fils d’un autre Nicolas, qui, suivant Lesens j, était établi libraire, dès 1649, dans la cour du Palais ; celui dont je m’occupe à présent ouvrit, vers 1 667 1 2, un établissement typographique derrière le Palais, vis à vis la Grande porte, c’est à dire probablement dans la rue aux Juifs, mais il n’y résida que quelques années et s’en alla bientôt installer ses pénates dans la rue de l’Archevêché, au coin de la rue de la Croix de fer. Malgré ces changements d’adresse, Nicolas conserva toujours l’enseigne : Au Tourneur , qui faisait allusion à son nom et qu’il avait adoptée dès le principe ; il fit aussi, avec une égale constance, usage d’une marque correspondant à cette enseigne : elle représentait une roue qu’un chien placé à l’intérieur actionne de ses pattes et elle était entourée d’un listel contenant cette devise : Je svis toviovrs tovrnevr 3. Ce typographe n’a rien produit de bien remarquable : on peut cependant citer comme étant peut-être sa meilleure impression, l’oraison funèbre du baron de Boslehart4, et, à titre de curiosité, une nouvelle à la main, sortie de sa presse, dont la Bibliothèque nationale possède l’un des rares exemplaires qui soient arrivés jusqu’à nous5. Nicolas Le Tourneur paraît s’être retiré en 1696, l’enquête de 1701 ne parle pas de lui, c’est donc qu’il n’exerçait plus, et pourtant on rencontre sous son nom un livre intitulé : « L’origine des oiseaux, ou les amours du Soleil et de Vénus, poème./ Rouen, Nicolas Le Tourneur, 1703. In 12, » Il est vrai d’ajouter que Gustave

(1) Liste des imprimeurs protestants citée. — (2) N. F., liasse 127. — (3) Elle

figure notamment au titre du livre suivant : — Larmes chrestiennes, ou Sermons

faits en des jours de Ieùne. Par Lucas Iansse. Seconde Partie. [Marq. décrite.]

Et se vendent à Quevilly, Par Nicolas Le Tourneur, demeurant à Roüen, derrière le Palais, vis-à-vis la grande Porte, au Tourneur. M.DC.LXXXII. (In 12. 62 p. ch. sll. B. N., D240Ô4.) — (4) Oraison funebre de messire Alexandre de Boniface Chevalier, baron du Boslehart. Prononcée en l’Eglise Paroissiale du Boslehart, le 28. Février 1696. Par Monsieur Platel, D. E. T. Curé de Montérolier. [Armoi-

ries du défunt.] A Rouen, Chez Nicolas Le Tourneur, rüe de l’Archevêché, au coin de la rüe de la croix de fer, au Tourneur. M.DC.XCVI. Avec Permission. (In 4. 48 et i5 p ch. B. N., Ln27 2341.) — (5) Harangue Faite en la presence du roy de la Grande Bretagne, lors de l’arrivée de Sa Majesté Britannique en la Ville de Pontaudemer, où ce Prince y fit la Reveüe Generale de ses Troupes, le Samedy une heure apres Midy, vingt & un de Juin mil six cens quatre-vingt-douze. Par Monsieur D’argences Conseiller du Roy, et Lieutenant au Bailliage de Pontaudemer en offrant à ce monarque, les présents de la ville. [A la fin :] A Roüen De l’Imprimerie de Nicolas le Tourneur, rüe de l’Archevêché, au coin de la rüe de la Croix de fer. (In 4. 2 ff. n. ch. B. N., Lb37 4007 d.)

GALL1A TYPOGRAPHICA

Brunet 1’ a catalogué parmi les productions d’imprimeurs supposés1.

IL Jean (1696-1703). Peut-être fils du précédent, il avait vu le jour à Rouen vers 1674 2, avait été reçu maître le 15 juin 1677 3, avait ouvert une boutique de libraire en 1695 et, l’année suivante, une imprimerie composée de deux presses, desservies par deux compagnons : Maurice Dumesnil et Guillaume Vautier4. Je ne connais toutefois aucune production de son atelier, qui dût disparaître entre 1702 et 1706, car il n’est pas indiqué dans l’enquête de l’Intendant de Rouen.

Le Vrai (Pierre), prétendu imprimeur de Rouen (1762).

Imprimeur supposé sous le nom duquel a paru l’ouvrage suivant, qui paraît avoir été fabriqué en Hollande :

Les amusements des dames de B*** [Bruxelles]. Histoire honnête et presque Edifiante. Composée par feu le chevalier de Ch***4*. Et publiée Par l’Auteur du Colporteur [François- Antoine Chevrier]. Première Partie. — Vous l’ave^ voulu George Dandin. Molière = Prix 1 florin d’Hollande, pour les Pays Etrangers, & 45 sols de France pour les Badauts. // A Rouen, Chez Pierre Le Vrai, à l’Enseigne de la Tête d’Or, Place de la Pucelle d’Orléans, près le Mont-Orgueil, vis-à-vis la petite ruë de l’Etiquette. Cette présente année [1762]. (In 12. 198 p. ch. B. N., 12361.)

Lhomme (Jean), imprimeur à Rouen (1 5 30-1543).

Installé dès 15305, ou environ, sur la paroisse Saint-Maclou, dans la rue de la Chefure ou de la Chièvre , ce typographe jouit d’une certaine réputation, grâce aux quelques facéties qu’il a imprimées, tant

(1) Imprimeurs imaginaires, p. 102. — On peut aussi croire que Nicolas

Le Tourneur avait quitté la France pour cause de religion et s’était réfugié en

Hollande, où il continuait d’imprimer sur la rubrique: Rouen. — ( 2 ) B. N., Ms.

fr. n. a. 400, f° 404. — (3) Cf. Documenta, n° 863. — (4) B. N., Ms. cité dans la note 2. — (5) Voy. cette pièce qui lui est attribuée: — La venue de ma-/dâe elienor Roy-/ne de France : Et de messeigneurs les enfans : en/ la ville de Bayonne. Le premier iour de Juillet / Mil cinq cens trente. [Arm. de France tenues par deux anges.] (In 12. s. n. de t. 4 ff. n. ch., iinpr. goth. Au dernier f., une aigle impériale qu’on retrouve sur d’autres impressions de J. Lhomme. B. N.,

Rés. Lb3053.)

pour son compte que pour celui d’Yves Gomont1, son voisin ; toutefois^ il ne borna pas ses travaux à ce genre de productions, il employa également sa presse à mettre au jour d’assez nombreux documents relatifs aux événements de l’époque, c’est à dire à ce qu’on appelle des nouvelles à la main. Parmi ses impressions de la première catégorie, on peut citer la Response à l’abbé des Cognars de Rouen (153 7) , dont M. E, Picot a donné une description, accompagnée d’une note intéressante 2, puis celle-ci :

— La fuitte des da/mes : et bourgoyses de Paris : Auec les / regretz de leurs maris : rescripuas / a icelles. Craignat la fureur / des dieux Mars : & Venus. [Grav. indiquée ci-après.] — I A la fin :] <î Imprime a Rouen par Jehan lhôme,/ Lan de grâce. Mil cinq centz. Quarante quattre. (In 12. 4 ff. n. ch., impr.goth. B. N., Rés. Ye 1595.)

Le titre de cette facétie est orné d’un mauvais bois, qui figure également sur une plaquette3 décrite dans le catalogue J. de Rothschild 4, et représente, d’après M. Picot, trois auteurs écrivant à trois tables différentes, les pieds appuyés sur des monstres. Mais le bois en question n’aurait-il pas été gravé précisément pour la pièce que je viens de décrire et les trois auteurs ne seraient-ils pas trois des pauvres maris « rescripvans » à leurs femmes, car l’un des monstres foulés aux pieds appartient visiblement au beau sexe, bien laid en la circonstance.

Dans la deuxième catégorie des impressions de Jean Lhomme, on rencontre par ordre de dates : i° la pièce suivante :

& La triumpha— /te & magnificque entree de Lempereur/ Charles tousiours Auguste cin=/quiesme de ce nom,accompai=r/gne de messeigneurs le Daul/phin de France & duc Dor/leans, en sa Ville de/ Valentiennes .’./ M.D.xxxix. [Arm. de France]. — [A la fin, en dessous de l’aigle impériale :] d Imprime a Rouen par Jehan lhomme./ Le Ving-

(1) Voy. suprà, p. 1 85. — (2) Voy. le Catalogue de la Bibliothèque de M. J.

de Rothschild, t. I. n° 622. — (3) & La Deplora/tion de France sur la mort / de Clement Marot, / souuerain Poete / Francoys. [Bois susindiqué.] (£

Imprime par Jehan lhome iouxte le-/xemple faicte a Paris. Auec priuilege. (Pet. in 8. 8 ff. n. ch., impr. goth.) — (4) T. 1, n° 623. Le titre en est reproduit en fac simile, ainsi qu’à la p. suiv. (437) un bois figurant au dernier f., que M. Picot considère comme une marque de J. Lhomme et qui porte la devise: Vtinam no-

issima providere.

GAL6.IA TYPOGRAPHICA

tiesme iour de Mars Mil cinq cës/ trente neuf.*. (In-12. 12 ff. n. ch., sign. Aiii, B, C. Impr. goth. B. N., Rés. Lk7 10038).

20 une pièce, du 29 juillet 1539, décrite par M. Picot, dans le Catalogue J. de Rothschild (t. II), sous le n° 2139; 30 La Déclararation (sic) de la guerre, faicte par le très chrestian Roy de France contre Lempereur... imprime par Jehan Lhomme le deuxieme iour daoust lan de grâce mil cinq centz quarante deux 1 * ; 40 L’Assaut et prinse d’une ville en Brabant, 1543 ^ ; 50 Ordonnances de la guerre... 1543 3 ; 6° Double de la publication d’une lettre du discort et de la guerre qui est entre le Roy nostre sire et Lempereur roy Despaigne, 1543 4 ; et 70 Epistre du roy de France, enuoyée aux Electeurs de Lempire assemblez a Nuremberg, translate de latin en francoys [par Pierre Collet) Lan Mil Cinq cens quarante troys. Imprime a Paris, par Jehan Lhome, 1543 5 .

On a conclu de cette dernière pièce que Jehan Lhomme avait exercé à Paris. Il n’y aurait rien d’impossible à cela, attendu qu’à partir de cette époque, on ne connaît aucune impression de lui avec la rubrique : Rouen , et que peu d’années après, il y avait dans la capitale un imprimeur portant les noms de Martin Lhomme, et même un Christophe Lhomme, compagnon chez ce dernier, — mais il y a plutôt lieu de penser que Jean Lhomme ayant imprimé la pièce en question sur un exemplaire venu de Paris, on aura par mégarde, dans son atelier, laissé subsister le nom de cette ville.

Lorraine (Jean de), imprimeur à Rouen (1501).

Professionnellement parlant, ce typographe ne semble pas avoir d’existence propre, il fut seulement, pendant un temps sans doute très court, l’associé de Pierre Olivier. C’est dans la notice de celui-ci que le lecteur trouvera mention de l’unique volume sur lequel apparaît le nom de Jean de Lorraine.

Loudet (Les), famille d’imprimeurs de Rouen (1606-1679).

Les renseignements documentaires sont peu abondants sur les membres de cette famille, qui s’adonna, pendant plus de 60 ans, à

(1) Voy. M. B., t. II, col. 1082. — (2) Voy. F., t. I. p. 49. — (3) Voy. M. B.,

t. II, col. io3i. — (4) Ibid., col. io32. — (5) Ibid., col. io3i.

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Fart de la typographie, et presque tout ce que l’on en peut dire n’a d’autres fondements que ses productions, ou des indications données par Frère sans aucune référence.

I. Louis I (1606-1634) aurait exercé, d’après Frère 1 * * 4, de 1611 à 1633; pourtant il avait été reçu maître en 1 606 2, c’est pourquoi j’adopte cette date pour le début de sa carrière, mais je m’empresse d’ajouter que je ne connais pas d’ouvrage sorti de ses presses antérieurement à 16203, ce qui peut laisser supposer qu’il ne se serait pas établi plus tôt. A partir de cette époque, ses productions se rencontrent en assez grande abondance ; il donne sur toutes son adresse: dans la rue aux Iuifs, auprès du Palais. Bien que M. Delalain ait enregistré, dans le Catalogue des marques du Cercle de la Librairie 4, au nom de ce typographe et sous la date de 1635, une vignette surmontée de la devise : Et nugæ séria ducunt , qui semble appartenir à la catégorie des marques typographiques, je ne pense pas que Louis Loudet en ait jamais adopté une à demeure. En 1623, le titre de l’une de ses impressions 5 est orné d’un portrait du roi Louis XIII, mais le même ouvrage a un frontispice, gravé par I. Honervogt, qui présente lui aussi un portrait de ce souverain, en pied cette fois, tenant la foudre de la main gauche, une épée flamboyante de la dextre et ayant la poitrine couverte de petits nuages sur lesquels on lit ces mots : Tanquam vas figuli confringes eos. Sur un ouvrage daté de 16246, on voit, toujours sur le titre, le mono-

(1) Liasse 128. — (2) A. D. S., E. 483, f° 7. — (3) Alphabets Francoys, Latin,

et Grec, Contenans vne briefue & facile Méthode de bien lire & prononcer en

Francoys, en Latin, & en Grec. Auec les Déclinaisons & Coniugaisons en chasque Langue, nécessaires pour parler sans erreur, principalement en Francoys. Ensemble les Rudimens, & vne méthodique Epitome du Despautaire, pour initier la leunesse. Le tout séparément pour plus grande commodité. //A

Roven, chez Lovvs Lovdet, rué aux Iuifs, près le Palais. 1620. Auec Priuilege du Roy. (In t 6, 1 14 p. pour le français et 129 p. pour le latin et le grec ; ces deux dernières parties ont un titre séparé, l’un avec le monogr., de la C. de J. conte-

nant la devise : Laudabile..., l’autre avec le même monogr. d’un dessin différent et sans devise. B. N., X. 11800.) — (4) 2e Edit., p. 140-141. — (5) Histoire des gverreset choses mémorables arrivées soubz le Régné Tres-glorieux de Lovys le Ivste, Roy de France & de Nauarre. Depuis son Aduenement à la Couronne

iusques à présent mil six cens vingt-trois. [Portr. indiqué.] A Roven, chez Loys Loudet, rué aux Iuifs, près le Palais. MDG. XXIII. (Pet. in-S. 697 p. ch. sll. et la ta. B. N , Lb36 3qi8.) — (6) Marc. Tvl. Ciceronis Epistolæ familiares. Quarum postrema hac editione praeter Manutij, Lambini, ac Mureti annotationes, aliae doctissimorum hominum, & numquam alibi impressae in margine adscribuntur. Verba Graeca, Latinis expressa. [Monogr. décrit supra.] Rothomagi, Apud Lvdovicvm Lovdet, in vico Iudœorum, propè Palatium. M.DC.XX1III. (In-16. 686 p. ch. sll. et la ta. B. N., Z. 1 3 532 .)

gramme de la Compagnie de Jésus, mais avec cette devise : Salvvum me fac in nomine tuo, qui diffère de celle si connue; enfin, sur un livre de l’année 1631 l, apparaît une vignette, offrant les figures de Jésus et de Marie, au dessus desquelles plane le Saint-Esprit, qui semble avoir été désormais la plus appréciée de notre imprimeur; il l’a employée à diverses reprises, et ses successeurs, après en avoir fait aussi un fréquent usage, l’ont fait regraver avec de légères variantes.

Louis Loudet déploya une grande activité pour la bonne marche de ses affaires et, la province normande ne lui suffisant pas pour l’écoulement de ses impressions, il avait pris le parti d’aller de temps en temps les étaler à Paris, où on le rencontre notamment en mai 1629 et en mai 1630 2. Il avait été garde de sa Communauté en 1625 3 et semble être mort vers la fin de l’année 1634; il laissait de son mariage avec Jeanne Druel 4 *, deux fils, Louis et Daniel, qui lui succédèrent.

IL Louis II et Daniel (1633-1652). Fils et successeurs du précédent, ils demeurèrent associés3, dans le même local qu’avait occupé leur père, jusque vers 1645 ; à partir de ce moment, Louis s’étant retiré des affaires ou étant décédé, Daniel continua à exploiter seul l’établissement6. Suivant Frère, ce dernier serait mort en 1652

(i) La vie de 1’illvstrissiine François de Sales. De tres-heureuse & glorieuse mémoire, Euesque & Prince de Geneue, & Instituteur de l’Ordre des Dames de la Visitation. Par le R. P. Lovys de la Riviere de l’Ordre des Peres Minimes. Qvatriesme édition. Reueuë & augmentée par le mesme Autheur. [Vignette décrite ci-dessus.] A Roven, chez Lovys Lovdet, ruë aux Iuifs, près le Palais. M. DG. XXXI. Avec approbation. (Pet. in-8. 718 p. ch. s 11 . et la ta. Titre r. et n. B. N., Ln27 18382 c.) — (2) Voy. supra, p. bj. — (3) Voy, suprà, p. 17. — (4) N. F., liasse 128. — (5) Us donnèrent en 1 635, une édition des Sérées de Guillaume Bouchet , que Charles Nodier considère comme la meilleure et sur laquelle il fournit (Nouv. Mélanges, p. 386) une note assez étendue. Voici de plus la description de deux autres ouvrages sortis de leurs presses: A. / Les Cavses de la veille et dv sommeil, des Songes, & de la Vie & de la Mort. Par M. Scipion dv Pleix, Conseiller du Roy, & Lieutenant particulier Assesseur criminel au siégé Présidial de Condon, & Maistre des Requestes ordinaire de la feuë Royne Marguerite. [Fleuron.] A Rouen, Chez Louis & Daniel Lovdet, ruë aux

Iuifs, prés le Palais. M.DC.XXXVIII. (In-12. 208 p. ch. B. N., Td60 4 d.) —

B. / Examen Theol. Moralis omnivm casvvm conscientiae svmmatim complectens. Ex ss. theologiae et vtroqve iure, necnon grauiss. & absolutiss. tam superioris quant huius œvi Scriptoribus & Svmmistis depromptum, testaments & exemplis confirmatum. Authore Antonio Fernandez de Movre, Theologo, & Concionatore totius Diocesis Bracharensis... [Portr. de Jésus et de Marie.]

Rothomagi, Apud Lvdovicvm & Danielem Lovdet, in vico Iudœorum, propè

Palatium. M.DC. XXXIX. (Pet. in-8. 1162 p. ch, sll. et l’index. B. N., D. 13760). — (6) Voici ses plus importants ouvrages : A. / Les Aphorismes d'Hipocrate,

avec le commentaire de Galien sur le I. Liure. Tradvits de grec en François

et sa veuve, Jeanne Dutil, aurait conservé la direction de l’entreprise jusqu’en 1665, date de la prise de possession du suivant.

III. Jacques (1665-1679). Probablement fils de Daniel, et de Jeanne Dutil, il avait vu le jour à Rouen vers 1 643 1 ; en 1665, il remplaça sa mère à la tête de l’officine de la rue aux Juifs. Il semble avoir peu imprimé et je n’ai pu mettre la main sur aucune de ses productions ; son exercice fut d’ailleurs relativement de courte durée, car Jacques Loudet décéda le 24 septembre 1679 2.

Loys (Jamet), imprimeur à Rouen (1499-15 15).

Probablement originaire de Saint-Pierre d’Almenesche (Orne), où son père, Etienne Loys, possédait des biens et décéda3, Jamet est l’un des imprimeurs rouennais en vue tout au début du xvie siècle. Malheureusement, après une’ association féconde avec Jean Mauditier et Laurent Hostingue, puis, avec ce dernier seul, il se trouva par suite du départ de son associé pour Caen, dans la nécessité de voler de ses propres ailes ; elles étaient, hélas ! bien courtes, et notre pauvre Jamet retomba bientôt à terre, puis, sombra, semble-t-il, dans une ruine totale. Je n’insiste pas sur les années de son exercice qui s’écoulèrent de 1499 à 1508, le lecteur étant prié de se reporter aux notices de Jean Mauditier et de Laurent Hostingue, mais, à partir de 1508, ce dernier ayant transféré ses ateliers à Caen, Jamet Loys se trouva désormais sans associé à Rouen : il épousa alors Chrestienne de Meslus, qui lui apporta en

par M. I. Breche. Auec Annotations sur ledit premier Liure : ensemble certaines Paraphrases seruans de brief commentaire, depuis le Second Liure iusques à la fin du septième, par ledit Breche. Où a esté adiousté de nouueau les Aphorismes de I. de Damascene, Médecin Arabe : Ensemble vn Epitome sur les trois Liures des Tempéramens de Galien. // A Roven, Chez Daniel Lovdet, ruë aux Iuifs, près le Palais. M.DC.XLVI (In-16. 5 1 5 p. B. N., Td647 G)- — B. / Martini Bonacinae, Mediolanensis, S. Theologiæ, et i. v. d. Comitis Palatini, & vtriusque signaturae Referendarij Apostolici, Operum omnium de Morali Theologia, quae tribus Tomis continentur, Compendium absolutissimum, omnibvs cvram animarvm gerentibus apprimè vtile, Nvnc primvm prodit in lvcem, Auctore Ioanne de la Val BelgaS. Theologiae Doctore. [Monogr. de la C. de Jésus, avec la dev. : Laudabile... J Rothomagi, Apud Danielem Lovdet, invico ludaeorum, propè Palatium. M.DC.XLVI. Cvm Approbatione. (Pet. in-8. 1179 p. ch. sll. B. N., D. i375o.)

(0 D’après la supputation de son âge au moment de son décès. — (2) A. R., Paroisse S. Lô, Reg. I : « Le 25 septembre 1679 a esté inhumé en ceste église le corps de Jacques Loudet, libraire et imprimeur, mort du jour d’hier, aagé de 36 ans ou environ, en présence de Louis Loudet et de Charles Aubel. » — (3) Gosselin, Glanes , p. 65.

dot une maison sise sur la paroisse Saint-Laurent, rue Boutyhard, (depuis rue Boutard), provenant d’une donation à elle faite par Guillaume Jouenne, libraire1. La même année, notre imprimeur exécutait, pour le compte de Jean Huvin, un Missel à l’usage de l’église de Salisbury, et c’est la seule production de ses presses qui soit connue jusqu’à présent2. Jamet Loys, qui, au dire de Gosselin, avait débuté dans la carrière par des emprunts, ne réussit, suivant le même auteur, « qu’à se ruiner de plus en plus, car on le trouve toujours empruntant et jamais acquérant; il vend pour 55 livres sa part dans la succession de son père, il emprunte à Jouenne, libraire, à Mullot, autre libraire ; enfin, on perd sa trace » après l’année 1515 3.

Loyselet (Les) [Allas l’Oiselet, ou l’Oyselet], famille d’imprimeurs de Rouen (1557-1663).

Le nom des membres de cette famille d’imprimeurs est bien connu des bibliographes, car les Loyselet ont beaucoup produit dans tous les genres, et leurs impressions se distinguent en général par leur belle apparence et leur exécution soignée. J’ai relevé cinq typographes rouennais de ce nom, que je vais présenter successivement au lecteur.

I. Georges (1557-1604) est le patriarche de la dynastie des Loyselet; il aurait, d’après les Notes de Frère4 *, débuté en 1554; mais, pour ma part, je ne rencontre qu’en 1557 la première mention qui soit faite de lui: c’est dans un arrêt du Parlement de Rouen, lui accordant la permission d’imprimer un Almanach , de Nostradamus, pour l’année 1558L Ses presses restent ensuite muettes pour nous jusqu’en 1566, époque où il imprime un ouvrage de Nicolas Filleul, dédié à la reine6. Après un nouveau silence de plus de dix

(1) Voy. Gosselin, Glanes , p. 65.— (2) Cette indication est fournie par Frère, dans ses Notes (liasse 128), mais je dois faire remarquer que le Missel en question ne figure pas dans le Catalogus Missalium, de YVeale. Dans la monographie de l’auteur des Notes , intitulée : Des livres de liturgie des églises d' Angleterre, cet ouvrage est décrit (p. 25) d’après un ex. provenant de la donation faite par Richard Gough à la Bibliothèque Bodléienne, d’Oxford. C’est un

in-4, impr. goth. r. et n. dont le colophon est conçu en ces termes: « Ad laudë sanctissime trinitatis totiusqz curie celestis exercitus Missale ad usum insignis ecclesie Sar... Impressû Rothomagi in officina Jameti loys impensis honesti viri Johânis Huuin. Anno dni mil CCCCCVIII die vero XXVII, mensis septëbris. »

— (3) Voy. Documenta, n°483. — (4) Liasse 128. — (5) Voy. Documenta, n°5n.

— (6) Les / Théâtres / de Gaillon. / A la royne. / Par Nicolas Filleul de Rouen.//

A Roven, Chez George Loyselet. / Auec Priuilege du Roy. / i566. (In-4. 5a ff.

n. ch., sign. A-M par 2. Titre encadré. B. N., Rés. Y. 4613.)

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ans, on le retrouve parmi les imprimeurs qui luttent, en 1579, contre la prétention des libraires d’avoir des presses chez eux1, et, la même année, il est poursuivi, à la requête des Gardes, au sujet d’impressions défectueuses à’ Heures à V usage de Rouen et de Limoges, qu’il avait faites pour le compte du libraire Henri Le Mareschal2. Le bailli de Rouen ordonna la destruction de ces ouvrages et condamna Loyselet à restituer à son commettant les deniers qu’il en avait reçus. On connaît par des fragments que possède la Bibliothèque nationale, un livre d’ Heures à rusage de Limoges , à l’impression duquel on a assigné la date de 1540 3. Ces feuillets ne seraient-ils pas par hasard des épaves de l’un des livres dont la destruction fut ordonnée par le bailli de Rouen ? Il faudrait dans ce cas admettre qu’ils ont une date plus récente que celle qui leur a été attribuée. D’autre part, on sait que Georges Loyselet a imprimé des Heures à l’usage de Rouen , qui, d’après Frère, auraient été exécutées vers 1580, et, d’après M. Lacombe, vers 1584 4 *. N’estce pas le même ouvrage que celui visé dans la sentence du bailliage de Rouen ? Si oui, cela permettrait de déterminer exactement la date de l’impression ; mais les Heures cataloguées par M. Lacombe ont été imprimées avec le concours financier de Thomas Mallard, dont elles portent l’adresse, tandis que les Heures litigieuses l’auraient été pour le compte de Henri Le Mareschal. Quoi qu’il en soit, tout ceci donne à penser que nous sommes bien éloignés de connaître toutes les productions sorties de l’officine de Georges Loyselet ; du moins ce qui en a été conservé, ou retrouvé, suffit ci nous renseigner sur son adresse, qu’il indique comme étant dans la rue Martainville, à l’enseigne du Signot 5 (id est Sceau). G. Loyselet avait une marque typographique 6, qui, par allusion à son nom, représentait des oiseleurs occupés à tendre leurs rets, et l’on

(1) Voy. Documenta, n° 522. — (2) Voy. Documenta, n° 526. — (3) Voy. P.

Lacombe, Livres d’JLeures, n° 419. — (4) Ibid., n« 536. — (5) Ibid., n° 536.

Voy. aussi : Les Mots dore y du graue et sage Caton (Cat. J. de Rothschild, IV, n° 3 168) ; Les Quatrains du Seigneur de Pybrac, et Les Plaisirs de la Vie rustique (Ibid., n° 3184). — - (6) Elle est reproduite dans le recueil de Silvestre, sous le n° 601. Quant à l’original, on peut le voir notamment sur l'ouvrage intitulé : Recveil des / Antiqvitez / et singularitez / de la ville de / Pontoise : Ville anciennedu pays du Vequecin François. / Par F. N. Taillepied,

lecteur en théologie. [Marq.] A Roven, / De l’Imprimerie de Georges L’Oiselet. /

M. D. LXXXVII. — dont une réimpression a été faite à Paris, (1876, in-8) par

E. François et H. Le Charpentier.

remarque au bas de cette figurine les initiales G. L., dont il est inutile de donner l’explication.

Garde en 1583 *, Lo}^selet se joignit, en 1588, aux officiers de la Communauté, pour la défense des usages et privilèges corporatifs 2; il était encore en exercice en 1597 3 et, vers 1604 seulement, suivant Frère, il terminait sa longue carrière.

II. Nicolas I (1604-1635). Quoique installé à une autre adresse4, Nicolas I était sans doute fils et successeur du précédent ; il est moins connu des bibliographes, sa production n’ayant pas été, à beaucoup près, aussi importante que celle de son père et n'offrant que peu d’ouvrages à signaler 5. Il fut appelé à plusieurs reprises aux fonctions de Garde, notamment en 1611, 1620, 1621 et 1627 6 ; puis, probablement à la suite de son décès, ses presses passèrent aux mains de l’un de ses fils portant le même prénom que lui.

III. Pierre (1608-1642) devait être, lui aussi, un fils de George Loyselet, et, bien que Frère lui attribue les qualités d’imprimeur et de libraire, je ne pense pas qu’il ait exercé la première de ces pro-

(1) Cf. Documenta, n° 528. — (2) Cf. Documenta, n03 535 et 536.— (3) Voy. :

— Les Statuts & Ordonnances Royal / les faites par les Roys / de France svr l’estât de / M. Barbier & Chirurgien, partout / le Royaume de France. / Et confirmé par le Roy Henry iij. du nom, & / par Henry de Bourbon iiij. du nom à présent / Roy de France & de Nauarre. [Arm. de France.] A Roven, / Chez George l’Oyselet, pour Pierre le Gendre Escuyer / Chirurgien ordinaire du Roy, valet de Chambre / & premier Barbier de Sa Majesté, en toutes / les villes de ce Royaume. / M.D.XCVII. (In 4. 8 fif. n. ch. B. N., Th2.) — (4) Voy. notamment : — Discovrs fait avx obseqves de Monseignevr de Medauy, l’vn des Lieutenans Generaux pour le Roy en Normandie, & Gouuerneur des Villes & Chasteaux d’Argenten, & Verneuil. Par G. Le Rebovrs Chanoine & Archidiacre de Lvsieux. [Fleuron.] A Roven, Chez Nicolas POyselet, demeurant au pont de Robec, au Heaume. 1618. (In 12. 64 p. ch. B. N., Ln27i3û25). — (5) Je citerai parmi eux : A. / Responsio Adriani Behotii, Canonici, et magni archidiaconi Rothomagensis, Pro Academicis, Ad Qvaestionem Dionysii Buth i lier i j in Parlamento Aduocati, de Infirmis resignantibus. [Fleuron.] Rothomagi, Typis Nicolai FOyselet. M.DCXIII. (In-12. 56 p.ch. B. N., F3 1 543. ) — B. / Le Grand Dictionnaire françois-latin. Augmenté outre infinies Dictions Françoises, des mots de Marine, Venerie & Faulconnerie, Des mots Latins oubliez és impressions precedentes : de plusieurs Recerches, Antiquitez, Prouerbes, & sentences Prouerbiales... Recueilli des obseruations de plusieurs hommes doctes ; entre autres de M. Nicod, Conseiller du Roy, & Maistre des Requestes de l’Hostel : & réduit à forme X perfection des Dictionnaires Grecs & Latins, [Monogr. de la C. de Jésus, avec la dev : Nomen Domini spes eius.] A Rouen, Chez Richard l’Allemant, près le College. M. DC. XVIII. (In 4. Feuillets n. ch. ; au 4e : « Acheué d’imprimer le ij de januier M.DC. xviij Chez Nicolas L’Oyselet. » B. N., X. 2452.) — B. / Voy. Ch. Nodier, Nouv. Mélanges. n° 810.

— (6) Voy. suprà, p. 17.

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fessions. Il avait sa boutique au Palais et les livres qui portent sa souscription semblent être sortis des presses de Nicolas I P II fut Garde de la Communauté en 1613 1 2 et paraît avoir exercé son commerce jusqu’en 1642.

IV. Jean (1623-1663). Troisième fils (?) de George Loyselet, il

s’établit, s’il faut en croire Edouard Frère, en 1623 3 ; pourtant, je n’ai rencontré aucun produit de ses presses, ni même aucun document qui justifient cette date ; je ne crois pas qu'il ait commencé à imprimer avant 1636 4. Jean Loyselet était installé dans la rue Ganterie, à l’enseigne du Fer a cheval : il se spécialisa dans l’impression de pièces administratives intéressant la province de Normandie, parmi lesquelles je citerai les deux suivantes, comme étant les plus importantes, bien que Frère ne les ait pas connues :

A. — Recveil general des edicts, déclarations, reglemens, et ordonnances royavx, pancartes, tarifs, arrests, & autres pièces et instrumens expediez tant pour la détermination de l’an & iour des Retraicts & clameurs d’heritages, que pour l’establissement & exercice des Offices de Greffiers des Notifications des Decrets, Contracts, Arrests, Sentences & autres actes portails acquisition, mutation ou aliénation de fonds, rentes foncières & autres biens immeubles suiets à Retraict lignager féodal ou autre, & à tous droicts Royaux, seigneuriaux & féodaux. Par Maistre Alexis Nicolas Michavlt, Commis aux Finances, & Secrétaire ordinaire de la Chambre du Roy. [Arm. de France et de Nav.] A Roven, Chez Iean l’Oyselet, rue Ganterie au fer à Cheval. M. DC. XLII.

(1) Voy. par exemple : A / Orationvm M. Tvllii Ciceronis volumen I. Post accvratas P. Manvtii, Dion. Lambini, Henr. Stephani. aliorùmque doctorum hominum editiones, summo studio, à Ioanne Michaele Brvto emendatum... [Grav. reprès. la S. Cène.] Rothomagi, Ex offîcina Pétri l’Oyselet, in ingressu Palatii. 1608. (In 12. 599 p. ch. sll.B.N., X. 22687.) — B. / Le Berger fidélité, pastoralle. De l’Italien du Seigneur Baptiste Gvarini Cheualier. Derniere édition. [Fleuron ] A Roven, Chez Pierre l’Oyselet, tenant sa boutique, au haut des degrez du Palais. 1609. (In 12. 265 p. ch. sll. B. N., Yd. 3920.) —

(2) Voy. suprà. p. 17. — \3) N. F., liasse 128. — (4) Voy. : — Edict du Roy, for-

mant création de devx Lettres de Maistrises de toutes sortes d’Arts & Mestiers,

créées en faueur du Mariage de Monsieur le Duc d’Orléans, Frere vniquedesa Majesté, en toutes les Villes & lieux de ce Royaume. Vérifié à Rouen, en Parlement, le i5. iour d’Auril 1627. [Arm. de Fr. et de Nav.] A Roven, de l’Imprimerie de Iean l’Oyselet, au fer à Cheval, rué Ganterie. Iouxte la coppie Imprimée à Paris, par Iean Barbote, en Pis le du Palais, ruë de Harlay. à la fleur de Lys Couronnée. M. DC. XXXVI. (Pet. in 8. 14 p. ch. B. N., F. 46957, pièce i5.)

GALUA TYPOGRAPHICA

Avec Priuilege de Sa Majesté. (In 4. 105 p. ch. B. N., F. 23456.)

B. — Edict dv Roy, portant création en tiltre d'offices héréditaires & domaniaux de trois Greffiers des Notifications, trois Maistres Clercs d’iceux, droict de Parisis, & trois Controlleurs desdicts Greffiers, Maistres Clercs & Parisis anciens, alternatifs & triennaux, ioincts, vnis & incorporez auec leur droicts, pour de tous lesdits Offices, n’estre fait à l’aduenir qu'vn seul exercice, & mesme Greffe en chacun Baillage ou Vicomté. lurisdiction Royale & Subalterne de la Prouince de Normandie... [Arm. de Fr. et de Nav.] A Roven, De l'Imprimerie de Iean l’Oyselet, rue Ganterie, au fer à Cheual. M.DCXXXXII. Auec Priuilège de sa Majesté. (In 4. 82 p. ch. B. N., F. 23456, et F. 23611, pièce 450.)

D’après M. Lesens l, Jean Loyselet mourut en 1663, sur la paroisse de Saint-Martin-sur-Renelle.

V. Nicolas II (1635-1654). Fils de Nicolas I, il lui succéda, mais ne tarda pas à transférer son établissement dans le quartier du Palais où il a exercé assez obscurément jusqu’en 1654, date donnée par Frère. En 1643, il eut de son mariage avec Françoise Le François, un fils auquel on donna le prénom de Nicolas 3 et dont je ne connais pas les destinées; quant à Françoise Le François il semble qu'après la mort de Loyselet, survenue, d’après Frère, en 1654, elle ait convolé avec Jean I Oursel, auquel elle apporta l’imprimerie de son défunt mari.

Lucas (Les), imprimeurs-éditeurs à Rouen (1620-1706).

La ville de Rouen a possédé aux xvne et xviiF siècles plusieurs libraires et imprimeurs de ce nom ; je n’ai bien entendu, à m’occuper que de ces derniers : ils sont au nombre de trois, sur chacun desquels je vais donner tous les renseignements que j'ai pu découvrir.

(î)Liste des impr. protest. — (2) Voy. : — Secrets de médecine, et de la philosophie chimique. Par M. Iean Liebavt, Dijonnois, Docteur Médecin à Paris. [ Un appareil à distiller.] A Roven, Chez Nicolas Loyselet, prés S. Lo, derrière le Palais. M.DC.XLIII. (In 8.2.97 fil', ch. slJ. et la ta. Fig. sur bois dans le texte. B. N., Te 131 4.) — (3) A. R., Paroisse S. Lô, reg. des bapt. de 1643 à 1 65 8 : « Du 10 novembre 1643, Nicolas, fils de Nicolas Loyselet et de Françoise Le François. Parrain, Guillaume Le François. Marraine, Isabeau Loyselet. »

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I. Centurion (1631-1678) est le premier Lucas qui figure dans la librairie rouennaise. Il était, semble-t-il, originaire d’Évreux, puisque M. Lesens ledit fils de Pierre Lucas, ancien de l’Église (réformée) de cette ville1. M. Frère, de son côté, avance, dans ses Notes 2, que Centurion s’installa en 1620 dans la capitale de la Normandie, mais ce doit être une erreur, attendu qu’il n’y fut reçu maître qu’en 1631 3. Je ne sais pas s’il ouvrit un établissement dès cette époque, dans tous les cas je n’ai pas trouvé d’ouvrage portant sa souscription, qui soit antérieur à 1656: il donna alors un livre de polémique religieuse, écrit à propos de la conversion d’un médecin de Rouen 4. L’impression en avait été faite sans doute sans permission de l’autorité, car elle entraîna l’emprisonnement de notre typographe et lui valut, de la part du bailli 5, des poursuites dont j’ignore le résultat. Centurion exerçait encore en 1678 6, toutefois, il semble qu’il n’était plus que libraire à ce moment et que l’ouvrage, qui constate son existence, avait été imprimé par son fils

(1) Liste des impr. protest. — (2) Liasse 128. — (3) A. D. S., E. 483, f° 44 y0.— (4) Response avx prétendves veritez catholiqves dv sievr Gviffart médecin de Roven, svr les motifs qv’il dit avoir eus pour se départir de la profession de la religion reformée, ov il est satisfait à tovtes les objections de Messieurs de Rome... (Par P.Congnard.) — A Quevilly, par Centvrion Lvcas, demeurant à Rouen. 1 656. (Pet. in 8. 536 p. sll. et la ta. F., II, p. 265). — (5) Cf. Documenta, n° 676, pièces produites, lettre L. — (6) Voy* : — La Coutume reformée du païs et duché de Normandie, anciens ressorts et enclaves d’iceluy, expliqvée par plvsievrs arrests et Reglements, Et Commentée Par M' Henry Basnage Ecuyer Seigneur du Franquesney, Avocat au Parlement de Normandie. [Cul-de-lampe aux armes de Normandie.] A Rouen, Chez Centurion Lucas, dans laCour du Palais et Jean Lucas, ruë aux Juifs, près l’Hôtel de Ville.- M.DC.LXXVIIL Avec privilège du Roy. '(In f°. 65e p. ch. sll. et la ta. B. N., F. 2425. Au v° du 3e f. lim. n. ch. , Extrait du privilège accordé à « Jean Lucas, marchand libraire imprimeur à Rouen », par lettres patentes données à Saint-Germain-en-Laye le 3 décembre 1676. On lit plus bas :« Ledit Jean Lucas a associé Centurion Lucas, suivant l'accord fait entre eux. » Et plus bas encore : Achevé d’imprimer pour la iere fois le ier juin 1678). Dans son Manuel, t I, p. 69, Frère dit au sujet de cet ouvrage qu’on en trouve des exemplaires portant la date de 1681 et que les titres seulement ont été réimprimés. Il y a là une erreur manifeste : c’est le second volume qui porte la date de 1681 et on n’en saurait trouver avec celle de 1678, attendu que ce volume porte au v° du 2e f. lim. la mention suivante : « Achevé d’imprimer pour la iere fois le 20 janvier 1681 ». De plus, Centurion Lucas est resté complètement étranger à sa publication, étant pour lors probablement décédé. Voici d’ailleurs la description de ce second volume : — La Coutume... Avocat au Parlement de Normandie, Tome II. [ Même cul-de-lampe qu’au tomel. | A Rouen, Chez Jean Lucas, ruë aux Juifs, près la petite Porte de l’Hôtel de Ville M.DC.LXXXI Avec privilège dv Roy (In f°. 6 r 8 p. ch., 48 p. ch. pour les usages locaux de Rouen et i5 ff. n. ch. pour la ta. B. N., F. 2426).

G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III.

2go

Jean ; il ne dut d’ailleurs survivre que peu de temps à la publication du premier de ces deux in-folios.

II. Jacques (1664-1682). Fils aîné du précédent 4, il s’était établi, suivant Frère, en 1664; on le trouve en effet, l’année suivante, éditeur, avec son frère Jean, d’un livre assez important “2, qui leur donne une adresse commune dans la rue aux Juifs, près le Palais. Mais les deux frères ne tardèrent pas à se séparer et à former chacun un établissement distinct, tout en demeurant l’un et l’autre dans la rue aux Juifs. Jacques, de son côté, adopta l'enseigne des Globes 3, et il en fit sa marque typographique, qui représente un globe céleste et un globe terrestre, surmontés d’une main les touchant tous deux avec les branches d’un compas ; on remarque au-dessus de cette composition une banderole où court la devise : Iungit utrumque labor 4. Jacques Lucas n’a guère attaché son nom qu’à des ouvrages de médecine, dont il a édité un bon nombre 3 ; il mourut en 1682 6, laissant une veuve, Suzanne Rémy 7, qui lui succéda 8, mais préféra, lors de la Révocation de l’Edit de Nantes,

(1) Lesens, Tmpr. protestants. — (2) Abbregé de l’histoire de Normandie. [Fleuron.] A Roven, Chez Iacqves & Iean Lvcas, rue aux Iuifs, près le Palais. M.DC.LXV. (Pet. in 8. 367 p. ch. s 1 1 . B. N., Lk22ii.) — (3) Varia phiiosophica et medica... [Marq. décrite.] Rothomagi, Apud Jacobum Lucas, in vico Judeorum ad insigne Globorum. M.DC.LXXIV. (In 12. 9 et 23g p. ch., plus 2 f. n. ch. pour Praetermissum. La dédicace est signée de D. de Caux, médecin à Dieppe. B. N., Tb9i3). — (4) L’un des meilleurs tirages de cette marque figure sur l’ouvrage suivant : — Recueil de quelques receptes, très éprouvées. Seconde Édition Reveuë & aucmentée (sic). [Marq.] A Rouen, Chez Jacques Lucas, rue aux Juifs aux Globes. M.DC.LXXV. (In 12. 60 p. ch. B. N., Te18g7.) — (5) Je me borne à citer les deux suivants que Frère a confusément décrits : —

A. / La Génération de l’homme par le moyen des œufs, & la production des tumeurs impures par l’action des sels, Examinées dans une Lettre écrite à M rxxx D. M. sur l’ouverture du cadavre d’une Femme, où l’on a trouvé plusieurs corps extraordinaires. // A Rouen, Chez Jacques Lucas, rue aux Juifs, aux Globes. M.DC.LXXV. Avec Approbation & Permission (In 12. 59 p. ch.

B. N., Tb684Ô). — B. / La Génération de l’homme par le moyen des œufs,. & la production des tumeurs impures par l’action des Sels, Défendues Par Eudoxe et Philotime, contre Antigene. [Marq.] A Rouen, Chez Jacques Lucas, rué aux Juifs, prés le Palais, aux Globes. M. DC. LXXVI. Avec Approbation & Permission. (In 12. 2o5 p. ch. s 11 . B. N., Tb68q8). Ces deux ouvrages sont de Guillaume de Houppeville, D.M.à Rouen. — (6) Lesens, Imp.prot. — (7) Ibid. — (8) Voy. notamment: — Promptuarium Hippocratis, in locos communes ordine Al phabetico,necsine compendio digestum; Notisetiainad marginem illustratum. InTyronum, totiusque Artis Medicæ peritissimorum gratia. Labore & industria Nob. Viri Caroli Arturi Plessei, Abrincensis, Doctoris Medici. Opus posthumum. [Marq. des Globes.] Rotomagi. Sumptibus Viduæ Iacobi Lucas Bibliopolæ, juxta Templum Sancti Laudi, sub Insigne Globorum. Anno M.DC.LXXXIII.

SEINE-INFÉRIEURE

abandonner ses affaires de Rouen et chercher un refuge à l’étranger.

III. Jean (1665-1687). Frère cadet de Jacques, il avait vu le jour à Rouen entre 1640 et 1642 1 ; il fut reçu maître le 8 mai 1655 2, mais ne s’établit que dix ans après, c’est à dire le 15 février 1665 3. Dans le cours de cette même année 1665, il publia son premier ouvrage en société avec son frère Jacques 4 ; on voit, à la souscription, qu’il était installé dans la rue aux Juifs, près le Palais, il conserva cette adresse jusqu’à la fin de sa carrière d’imprimeur, tout en l’indiquant souvent de cette manière : auprès de la Maison de Ville ou de YHostel de Ville 5. Les productions de Jean Lucas sont datées tantôt de Quevilly et tantôt de Rouen, le plus souvent de ces deux localités à la fois ; elles ont été assez nombreuses, mais peu variées, se rapportant toutes soit à la polémique religieuse ou à la dévotion des protestants, soit à la science médicale. La plupart d’entre elles sont ornées de l’une des marques de Jean Lucas, dont j’ai rencontré trois modèles différents. Le premier, de grand format, représente un homme occupé à bêcher la terre, entre deux femmes figurant l’Abondance et l’Espérance ; en haut, dans une gloire, on lit le nom de Jéhovah en hébreu et audessous, la devise : Fac et spera ; en bas, dans un petit écusson, on a quelque mal à déchiffrer les initiales J. L. entrelacées 6. Le second modèle est de moyen format et offre la même représentation, moins les deux femmes 7. Le troisième modèle enfin est beaucoup

Cum privilégie* regis. (In 4. 607 p. ch. sll. Portr. deC. A. Du Plessis, non signé. B. N., T23 36.)

(1) Il déclara, à l’enquête de 1706 (A.D.S., G. 145), être alors âgé de 67 ans ; en 1684, dans l’acte de son abjuration (voy. infra, p. 294, n. 2), on le dit âgé de 42 ans. — (2) A. D. S., C. 14.5 (Enquête de 1706) — (3) Ibid. — (4) Voy. suprà, p. 290, n. 2. — (5) Voy. notamment : — ■ Les Fcndeinens De la Nouvelle Méthode de prescrire, renversés, Par le desaveu du consentement que le Pere Maimbourg attribué aux Protestans. Et les Droits de l’Ecriture Sainte défendus contre les prétentions du mesme Auteur, qui veut établir l’autorité de l’Église sur leur ruine. Par Paul Lenlant Ministre. // Se vend à Quevilly Par Jean Lucas, demeurant à Roüen rue aux Juifs, prés la Maison de Ville. M.DC.LXXII. (In 12. 244 p. ch. B. N., D2 43.01.) — (6) Elle figure entre autres sur les ouvrages suivants : A. /La Défense de la Reformation contre le livre intitulé : Préjugez légitimés contre les Calvinistes. [Marq. décrite.] Se vend à Quevilly, chez Jean Lucas, demeurant à Roüen rué aux Juifs, proche PHostel de Ville. M.DC.LXXIII. (In-4. 378 p. ch. sll. et la ta. B. N., D252q). — B. / Observationes in Ignatianas Pearsonii vindicias. Et in annotationes Beveregii in canones Sanctorvm Apostolorvm. [Marq. n° 1] Rothomagi, Apud Ioanneni Lvcas, propé Palatium. M.DC.LXXIV. (In-8. 33 1 et 75 p. ch. B. N., D244o3). — (7) Voy. par exemple : Discours anatomiques de Mr Lamy, doctevr en médecine de la Faculté de Paris. Avec des Reflexions sur les Objections qu’on luy

plus petit et de forme arrondie : son dessin se compose d’un rameau d’olivier et d’une palme, offrant au centre la figure du bêcheur, au dessus duquel on lit, comme précédemment, au milieu des rayons du soleil, le nom hébreu de Jéhovah et la devise L Jean Lucas eut à soutenir, de 1675 à 1677, un long procès que lui avait intenté Pierre Le Petit, imprimeur à Paris, en sa qualité de possesseur d’un privilège, concernant les oeuvres de Robert Arnauld d’Andilly, notamment Les Vies de plusieurs saints illustres et Les Vies des Pères du désert , accordé à ce célèbre et érudit théologien, pour une durée de 20 ans, par lettres patentes du roi données à Compïègne le 27 août 1652 et rétrocédé par lui à Le Petit par acte du 23 novembre 1663 2. La durée de ce privilège et de tous ceux accordés précédemment à Le Petit, avait été prolongée de 50 ans par un arrêt du Conseil d’Etat du 3 août 1675, en considération des pertes subies par cet imprimeur dans l’incendie du Collège de Montaigu 3, mais il était permis de se demander si cette faveur exorbitante pouvait s’étendre au privilège des œuvres d’Arnauld d’Andilly, attendu, en premiër lieu, qu’il était expiré depuis 1672, et en second lieu, que Le Petit n’en était que rétrocessionnaire. Toujours est-il qu’un publiciste, Jean-Baptiste du Mesnil, sieur de la Tour, comédien à ses heures sous le pseudonyme de Claude la Rose, dit Rosimont, se crut autorisé à faire d’assez amples emprunts à la Vie des saints illustres et à celles des pères du désert, et d’en composer un Recueil de vies des Saints 4, que Jean Lucas imprima et édita. Passe encore si ce dernier s’était borné à débiter l’ouvrage en question dans la Normandie et les provinces

a faites contre sa maniéré de raisonner de la nature de l’Homme, & de l’usage des parties qui le composent. Et cinq Lettres du mesme Autheur, sur le sujet de son Livre. [Marq. n° 2.] A Roven, Chez Jean Lucas, rue aux Juifs, près de l’Hôtel de Ville. M.DC.LXXV. Avec permission. (In-12. 180 p. ch. B. N., Ta122o).

(11 Voy. notamment: — Considérations svr la natvre de l’eglise, et svr qvelqves vnes de ses proprietez. Bienheureux sont ceux qui habitent dans la Maison de Dieu. Ps. 84. [Marq. n° 3.] Se vend, à Quevilly. Par Jean Lucas, demeurant à Roüen rue aux Juifs, près la Maison de Ville. M.DC.LXXIII. (In-12. 266 p. ch. B.N.,D2382 1 ). — (2) Ce privilège et sa cession sont reproduits au feuillet final de: — Vies de plvsievrs Saints illustres de divers siècles. Choisies & traduites Par M. Arnauld d’Andilly. Seconde édition. [Marq. n° 1 de Le Petit.] A Paris, Chez Pierre le Petit, Imprimeur & Libraire ordinaire du Roy, ruë S. Iacques,cà la Croix d’Or. M.DC.LXV. (I11-8. 2 vol. B. N., H. 19291-19292). — (3) Voy. Gallia Typographica, Sér. paris., I, pp. 33 3-33 4 . — (4) Malgré de nombreuses recherches, je n’ai pas pu mettre la main sur cet ouvrage.

SEINE-INFÉRIEURE

limitrophes, mais n’eut-il pas l’audace d’en vouloir vendre à Paris même et de repasser une partie de son édition à un libraire de cette ville, Guillaume I Desprez! C’en était trop. Pierre Le Petit taille aussitôt sa meilleure plume et assigne les trois délinquants au Conseil d’Etat, en exposant que : « ny les défenses portées par les privilèges et par l’arrest [du 3 aoust 1675], nY lessentimens d’équité que l’on doit avoir pour tout le monde, et particulièrement pour ceux qui ont souffert de grandes pertes, n’ont point empescbé qu’on n’ait copié les Vies des Saints illustres, et des Pères du désert, de la Traduction dudit Sieur d’Andilly, et qu’on ne les ait insérées dans un prétendu Recueil de vies des Saints. L’auteur de cette entreprise est un Comédien, et l’imprimeur un Huguenot. Cette première remarque peut faire connoistre, si c’est pour le zèle de la gloire de Dieu, et l’édification et l’instruction du prochain, que ce livre important a esté composé et imprimé1 ». Après plusieurs pages d’invectives du même goût, Pierre Le Petit conclut à la validité de la saisie qu’il avait eu la précaution de faire pratiquer préalablement sur les exemplaires détenus par Desprez, et à des dommages-intérêts contre chacune des parties en cause. La procédure ainsi entamée suivit ensuite son cours, et enfin, un arrêt du Conseil, du 16 novembre 1677, ordonnait « que les parties seront ouies par le rapporteur de l’instance2 ». Mais, pour les raisons que j’ai dites plus haut, les prétentions de Le Petit étaient exagérées et sa cause bien mauvaise, le rapporteur le lui fit sans doute entendre et il dut bon gré mal gré consentir « à accommoder son affaire », en donnant main-levée de la saisie et en payant à titre de dommages-intérêts et dépens : 300 livres à Desprez, 700 livres à Lucas et 100 livres à du Mesnil de la Tour3.

Lors de l’enquête faite en 1706 par l’intendant de Rouen, Jean Lucas déclara qu’il n’avait plus d’imprimerie ; il avait dû s’en défaire depuis plusieurs années déjà, car l’enquête de 1701 ne le mentionne également qu’à titre de libraire. Il ne faudrait pas voir

(1) P. 1 du factum intitulé : Sommaire de l’instance du Conseil, Pour Pierre Le Petit, premier Imprimeur du Roy, demandeur. Contre Jean Lucas, Imprimeur de Roüen, & Guillaume Desprez Libraire de Paris, défendeurs. Et un Inconnu se disant Iean Baptiste du Mesnil sieur de la Tour, prétendant avoir esté assigné en garantie en la personne de Claude La Rose dit Rosimont son

Procureur General, & avoir pris le fait et cause desdits Lucas et Desprez. (S.I.

n. t. n. d. In-4. 12 p. ch. B. N., 40 Fm. 19027.) — (2) Cl. Documenta, n° 679. — , (3) Voy. Gallia Typographica. Sér. paris., I, pp. 334-335.

GALMA TYPOGRAPHICA

toutefois dans cet abandon de son imprimerie, un effet de l’arrêt du Conseil d’Etat du 9 juillet 1685, qui avait défendu à tous libraires et imprimeurs de la Religion prétendue réformée de continuer leur profession, attendu que Lucas avait abjuré le protestantisme, non pas « le 5 mai 1684, en la paroisse Saint-Herblanc », ainsi que l’avance M. Lesens 4, mais le 5 mars 1684, en l’église de Saint-Lô 1 2. Depuis l’année 1687 au moins, Jean avait quitté la rue aux Juifs et avait transféré sa librairie seulement, sur le quai, vis-à-vis le pont .

Machuel (Les), imprimeurs et libraires à Rouen (1603-1781).

La famille Machuel apparut dans la librairie rouennaise dès l’aurore du xvne siècle et si elle ne peut être classée dans la catégorie de celles qui ont donné au public les plus belles productions, elle est du moins remarquable par le nombre des artisans qu’elle a fournis à l’industrie du livre et par les déboires que valut à plusieurs d’entre eux la rigueur du régime sous lequel était placée autrefois leur profession. Je dois me restreindre, on le sait, aux membres de la famille qui se sont adonnés à l’imprimerie, cependant le lecteur aura la satisfaction de trouver ci-contre un tableau d’ensemble, lui permettant de faire une rapide connaissance avec plusieurs des Machuel, laissés à l’écart des notices que j’entreprends à présent sans plus ample préambule.

I. Jean (1645-1672). Lils d'un libraire portant le même prénom 3, et d’Isabeau de Vallet, Jean, qu’on distingua de son père par l’appellation de le jeune, dût s’installer vers 1643, mais il 11’est connu qu’à dater de 1645, époque où il a rempli les fonctions de garde de la Communauté 4 ; je m’empresse d’ajouter qu’il fut encore appelé aux mêmes honneurs en 1649, 1652, 1659, 1667 et 1670 3. Il avait son officine dans la rue Saint-Jean, à l’enseigne du Nom de Jésus et donna un assez grand nombre d’impressions, dont les titres sont

(1) Liste des impr. protestants. -- (2) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 2 : « Le 5 mars 1 684, Jean Lucas, aagé de 42 ans ou environ, a fait abjuration d’hérésie et

embrassé la religion catholique, apostolique et romaine, entre les mains de messire Louis Mython de Froideville, prêtre curé de cette paroisse, selon le pouvoir qui luy en a esté donné... » — (3) Reçu à la maîtrise en iôo3 (A.D.S., E. q83,

f° 4 V0), après avoir fait son apprentissage chez Pierre Gourant, il exerça la librairie, d’après Frère, jusqu’en 1 658. Il y eut encore au commencement du xvue siècle, un Ysabeau Machuel, inhumé sur S. Jean, le 14 mars 1662, à l’âge de 74 ans, et qui est qualifié libraire-imprimeur. (A. R., Paroisse S. Jean, Reg. des Très passez, 1 63 1- 1 667). — (4) Voy. supra, p. 18. — (5) Voy. supra, pp. 18 et 19 .

Généalogie de

la Famille Machuel, de Rouen

SRI NE-INFÉRIEURE

ornés d’une marque typographique. Inspirée de son enseigne, celleci se présente sous deux aspects bien différents. Dans le premier type, elle affecte la forme d’un rectangle, dont chacun des quatre coins est occupé par une tête d’ange et la partie centrale renferme le monogramme du Christ, entouré d’une gloire 1 ; le second type offre la fi gure d’une rose ; la tige est au naturel, mais la fleur est représentée par une couronne d’épines qu’entoure une gloire et contient aussi le même monogramme, IHS, que précédemment 2. Jean Machuel mourut, je crois, en 1672 ; il avait eu de son mariage avec Anne Malassis, deux filles, qui épousèrent, l’une, Jeanne, l’imprimeur Robert Desroques, dont il a été parlé plus haut 3 4, l’autre, Catherine, l’imprimeur Jean II Oursel, que l’ordre alphabétique amènera bientôt sous ma plume.

II. Laurent I (1670-1688). Né à Rouen vers 1625 k, il était frère du précédent et s’établit imprimeur à une époque qu’il est difficile de préciser : dans tous les cas, la première mention qui soit faite de lui est du 22 août 1670, il obtenait alors du Parlement la permission ■d’imprimer un almanach 5. A partir de ce moment, il est fréquemment question de lui, car il fut garde de sa Communauté en 1675 et 1685 6- Ce typographe avait son officine dans la rue Ecuyère, à l'Image Saint Jean , et de là sortirent en particulier, plusieurs livrets de la Muse Normande, qui ne sont pas de David Ferrand, mais de ses collaborateurs ou imitateurs; ces opuscules, au nombre de sept, dont trois sans date et quatre des années 1673, 1674, 1682 et 1683, ne sont plus connus que par des exemplaires uniques appartenant au British Muséum ; une description détaillée en a été donnée par

(1) Elle figure notamment sur Eouvrage suivant : — Oraison fvnebre de

Madame de Bellegarde, prononcée dans l’eglise de l’Abbaye de S. Anthoine du Pont-de-l’Arche, le Mercredy 5' Octobre 1661. Par Missire Gviliavme

Ianigan Deschatelets, Prestre, Directeur de ladite Abbaye. [Marq. décrite.] A Roven, Chez Iean Machvel, rué S. Iean, au Nom de Iesvs. M.DC.LXI. (In-4. 32 p. ch. B. N., Ln27 1434.) — (2) Voy. au titre de cet ouvrage : — Les Statvts generavx de Barcelone, Pour la Famille Cismontaine de l’Ordre de Nostre Pere Séraphique S1 François. Reueus, receus & approuvez en la Congrégation Generale tenue à Segovie, l’an 1621. sous le Rme Pere Bénin de Genes, pour toute ladite Famille. Traduits de Latin en François : & accommodez à l’étroite Obseruance & aux usages des Recollets de la Province de Saint Denys en France; du consentement de toute la mesme Province, donné par tous ses vocaux en plusieurs de ses Chapitres, & tout de nouveau en celuy de Saint Denys de ‘l’an 1660. [Marq. décrite.] A Roven, Chez Iean Machvel, rué S. Iean, au Nom de Iesvs. M.DC LXIII. (Pet. in-8. 248 p. ch. B. N., Ld2/t 124). — (3) Voy. supra, p. 129. —

(4) D’après la supputation de son âge au moment de son décès. — (5) Voy.

Documenta, n° 670. — (6) Voy. supra, p. 20.

M. Héron, dans sa savante introduction à la Muse Normande 1 » Laurent I Machuel venait d'achever l'impression d’un Petit trésor des mots français 2 et il mettait la première main à un dictionnaire latingrec-français 3, lorsqu’il fut surpris par la mort, le 15 septembre 16884. Il laissait au moins trois enfants, du mariage qu’il avait contracté avec Marguerite Dujardin, savoir : Jean Baptiste, déjà établi imprimeur ; Robert, qui succéda à son père, et Laurent II, qui ne fut que libraire. Frère indique ce dernier comme ayant exercé de 1670 à 1715, mais il est évident qu’il n’a fait qu’un seul et même personnage du père et du fils.

III. Robert I (1672-1720). Fils du précédent, et de Marguerite Dujardin, il avait vu le jour à Rouen en 1649 ou 1650 5 ; admis à la maîtrise le 22 décembre 1670 6, il s’établit en 1672 dans la maison de son père, rue Ecuyère, et lui succéda ou le remplaça en 1688. Robert I a peu imprimé, ou du moins ses productions sont peu connues ; il possédait pourtant les deux presses réglementaires7. Je me bornerai à noter, qu’il fut élu garde de la Communauté en 1682, 1704 et 1708 8 et que, de son mariage avec Madeleine de Caux, fille de libraire, il eut plusieurs enfants, notamment trois fils, dont l’un,. Pierre (I), fut imprimeur comme son père9, et les autres, prénommés Robert 10 (III) et Jean-Baptiste, eurent des destinées que j’ignore.

(1) T. I, Introduction, pp. XLII-XLIV. — (2) Petit Thresor des mots françois selon l’ordre des lettres, ainsi qu’il les faut escrire tournez en latin. Reveu et augmenté de plusieurs Proverbes, Dictions, & manières de parler, Françoises & Latines. Par Fed. Morel, Interprète du Roy. [Monogr. dans le genre de celui

de la C. de Jésus.] A Rouen, pour la Société. M.DCLXXXVI II. (Pet. in-8. 256 p. ch. B. N., X. 9054). =— (3) Dictionariolum latino-graeco-gallicum. Jam recens post omnium editiones excusum... Postremae huic editioni permulta aecessere, tum ad Etymologiam, tum ad sermonis ornatum pertinentia, Federici

Morelli, Professons & Interpret. Reg. & opéra & industria... [Monogr. dans le genre du précédent.] A Roven, Chez Laurens Machuel, rué Ecuyere, à l’Image S. Jean. M.DC.LXXXIX. (Pet. in-8. 583 p. ch. B- N., X. 9054). - (4) A. R.,

Paroisse S. Jean, reg. 1 : « Le i5e septembre 1 688, mourut Laurent Machuel,. imprimeur-libraire à Rouen, âgé de 63 ans, et le 16e fut inhumé en cette église, en présence de Jean-Baptiste Machuel et Robert Machuel, ses fils. » — (5) D’après la supputation de son âge (5i ans) déclaré à l’enquête de 1701, et de celui (57 ans) déclaré à l’enquête de 1706. — (6) A.D.S., C. iq5. (Enquête de

1706). — (7) Ibid., et B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 412 (Enquête de 1701).— (8) Voy.

supra, pp. 20 et 21. — (9) Voy. infra, paragraphe VIH. — (10) A. R., Paroisse

S. Jean, reg. 1 : « Le 26e avril 1682, fut né un garçon du mariage de Robert

Machuel, me imprimeur à Rouen et de Magdeleine de Caux, et le 27e fut

baptisé et nommé Robert, par Jacques de Caux, et Magdeleine Séjourné,

femme de Jean-Baptiste Machuel. »

SEINE-INFÉRIEURE

Robert I mourut à Rouen en 1720 1 * * 4, et sa veuve le suivit dans la tombe le 17 avril 1723 2.

IV. Jean-Baptiste I (1673-1727). Né à Rouen en 1646 ou 1647 3 il était le fils aîné de Laurent I, et de Marguerite Dujardin, et avait été reçu maître le 3 décembre 1667 4; le 5 décembre 1673, il s’était établi 5 dans la rue Ecuyère, sous la même enseigne que son père et, deux ans plus tard, le 30 novembre 1675, il avait épousé Marie- Madeleine Séjourné, fille de libraire 6. Son imprimerie se composait, en 1701, de deux presses desservies par son fils Robert et par un compagnon 7, et en 1706, par deux compagnons, les nommés Jean-Baptiste Yeury père et fils 8. J. -B. Machuel fut garde de la Communauté en 1681, 1690, 1695 et 1706 9, mais il paraît qu’il ne travaillait guère qu’à l’impression d’ouvrages pour lesquels il n’avait ni privilège ni permission, aussi fut-il de ce chef condamné en 1708, à 50 livres d’amende et à la fermeture de sa boutique pendant un mois 10. Maintenu néanmoins comme imprimeur à Rouen par l’arrêt du Conseil du 18 mars 1709 41, il aurait continué d’exercer, d’après Frère, jusqu’en 1727 . Cette date ne saurait être acceptée qu’avec certaines réserves, car cet imprimeur ne figure pas, en 1714, dans le rapport de l’intendant de Rouen ; il a pu cependant y être omis, — comme l’avait été précédemment Robert II par l’arrêt de 1709, — attendu qu’en 1719, ce Jean-Baptiste présentait requête à la Chancellerie pour demander, vu son grand âge (72 ans) et ses infirmités, d’être autorisé à s’adjoindre son fils Laurent 12. Le Conseil se borna à renvoyer Laurent Machuel, devant le lieutenant

(1) A. R., Paroisse S. Pierre l’Honoré: « Du vendredy 196 janvier 1720, le corps de Robert Machuel, ancien imprimeur et libraire de cette ville, aagé de viron 67 ans, décédé du jeudy précédent ce jour (i 8) sur les deux heures après minuit, muny..., a été inhume dans la chapelle de la Sainte Vierge, sur les onze heures et demye du matin, présence de Pierre et Jean-Baptiste Machuel, ses enfans... » — (2) N. F., liasse 129. — (3) D’après la supputation de son âge fourni parles enquêtes de 1701 (53 ans), et de 1706(59 ans).— (4) A. D. S., C. ig5 (Enquête de

1706.) — (5) Ibid. — (6) A. R., Paroisse S. Jean, Reg. 1 : « Du 3oe novembre 1675? mariage de Jean Baptiste Machuel, imprimeur, aagé de 27 ans, fils de Laurent

Machuel et de Margueritte Dujardin, delà paroisse de S. Pierre l’EIonoré, Et

Marie Magdeleine Séjourné, aagée de 22 ans, fille de feu Louis Séjourné et de

feue Magdeleine Dumesnil, de cette paroisse. En présence de Jean Machuel, 52

ans, oncle de l’époux ; Robert Machuel, frère de l’époux, 25 ans ; Robert Séjourné, cousin de l’épouse, 45 ans ; Jacques Soury, aussi cousin de l’épouse. » —

(7) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 410 (Enquête de 1701) — (8) Enquête de 1706 (A. D.

S.,C. 145). — (9) Voy. supra, pp. 20 et 21. — (10) Voy. Documenta, n° 730. —

(11) Voy. Documenta, n° 733, p. 264.— (1 2) A. N., V6849, arrêt du Conseil du 10 juil-

let 1719.

général de police de Rouen et aucune autre suite ne paraît avoir été donnée à cette requête. Jean-Baptiste sera sans doute décédé peu de temps après.

V. Guillaume (1678-1718). Fils d’un autre Guillaume, simple libraire, décédé en 1674, en remplissant les fonctions de garde 1 * * 4, il naquit à Rouen en 1661 -, fut admis à la maîtrise le 15 juin 1677 3 et ouvrit, le 23 juin 1678 4, un établissement d’imprimerie et de librairie dans la rue Saint-Lô, proche le palais. Guillaume eut tout d’abord quatre presses et deux compagnons 5 *, mais il ne tarda pas à réduire son matériel à trois presses, tout en conservant ses deux aides, que l’enquête de 1706 désigne comme étant Baltazar Leclerc et Georges Machuel G, l’un de ses fils. Ce typographe travailla surtout pour ses confrères, notamment pour Laurent Besongne 7, sans compter les ouvrages de ville dont son imprimerie avait la spécialité. Ses éditions personnelles, du moins celles qui portent son nom, sont peu nombreuses 8, il en a dû publier beaucoup d’autres clandestinement, sous des rubriques diverses ; d’ailleurs il fut condamné par arrêt du Conseil du 3 décembre 1708, à 50 livres d’amende, et à tenir sa boutique fermée pendant un mois, à la suite d’impressions faites par lui sans privilège ni permission 9. Il avait pour marque un dauphin couronné, à fleur d’eau 10 *. Guillaume Machuel avait été garde de la Communauté en 1686 et en 1696 H, il fut maintenu comme imprimeur par l’arrêt du 18 mars 1709 12 et sa confirmation dans la place fut demandée, en 1714, par l’intendant de Rouen13. Quatre ans plus tard, le 28 novembre 1718, il décédait à l’âge de 57 ans 14 ; de son mariage avec

(1) A. D. S., E. 483, f° 117. — (2) D’après la supputation de son âge au

moment de son décès. — (3) A. D. S., C. 145 (Enquête de 1706). — (4) Ibid.

— (5) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 408. — (6) Enquête de 1706. — (7) Voy.

supra, p. 77, note 4. — (8) Je citerai seulement celle-ci : — Le Grand calendrier

ou Journal historique de la ville et dioceze de Rouen. Ouvrage dans lequel on voit quantité de Fragmens de l’Histoire, qui ont eu part avec la Ville & Dioceze

de Roüen. Comme aussi les années de la mort des Rois de France, Ducs de Nor-

mandie, & Archevêques de Roüen ; & le temps de l’établissement des Eglises,

Iuridictions, Batimens, Places, Fontaines & autres Ouvrages publics de ladite

Ville. Le tout distribué par chaque jour de l’année, avec les Fêtes du Bréviaire

de Roüen. Par un Curé du dioceze. [l’abbé Peuffier, d’après Frère, Manuel, t. II,

p. 375]. // A Rouen, Chez Guillaume Machuel, rué S. Lo, près le Palais. M.DC. XCVIII. (In 12. 128 p. ch. et 1 f. lim. n. ch. B. N., Rés. LKdSqeq.) — (9) Voy.

Documenta, n° 730. — ( 1 o) Cf. Delalain, Cat. des niarq. du Cercle de la libr

2e Edon, pp. 140-141. — (n) Voy. supra, pp. 20 et 21. — (12) Cf. Documenta,

n“ 733. — ( 1 3 ) Voy. Documenta, n° 752. — (14) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 5 :

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Luce Quimbeî, il ne laissait qu’une fille, Marie-Anne 1 et deux fils, Georges et Jacques, qui durent, faute de vacance parmi les places d’imprimeurs, se borner au commerce des livres. Georges avait bien essayé de se faire recevoir comme imprimeur ; il avait présenté requête à la Chancellerie à l’effet d’être admis à exercer « conjointement avec sa mère dont l’imprimerie est considérable », dans la crainte que survenant le décès de sa mère, on fût dans la nécessité de vendre tout son matériel, faute d’emploi ; mais sa demande resta sans suite, ou plutôt, renvoyé devant le magistrat de police de Rouen “2, Georges ne jugea pas à propos de poursuivre plus avant une demande qui n’avait aucune chance de succès pour le moment, sa mère étant morte dans l’intervalle, à la date du 24 juillet 1721 .

VI. Robert II (1691-1752). Fils de Jean- Baptiste I et de Marie- Madeleine Séjourné, il fut l’un des plus féconds typographes de sa famille : sa carrière présente cette particularité qu’il travailla pendant de longues années sans titre officiel et ignoré de tous, parce que l’arrêt du 18 mars 1709 l’avait confondu avec son oncle Robert I! Vivant dans des transes continuelles et craignant toujours d’être inquiété, Robert II prit enfin le sage parti d’exposer sa situation au Conseil, en le suppliant de l’autoriser à continuer régulièrement l’exercice de sa profession. Il rappela dans sa requête qu’il avait été reçu maître imprimeur et libraire à Rouen le 21 mars 1691, qu’il avait aussitôt rempli les fonctions de son état, qu’il avait été pendant quelque temps l’associé de son frère Jean-Baptiste (II), sous une enseigne commune qui subsistait encore, que même il avait été élu garde en 1708, et qu’en conséquence il avait toutes les capacités voulues pour remplir une place d’imprimeur. Par arrêt du 29 janvier 1714, le Conseil le renvoya devant l’intendant de Rouen pour justifier de ses prétentions3 ; dans son rapport du 9 mai suivant, l’intendant

« Du 290 novembre 1718, Le corps du sieur Guillaume Machuel, imprimeur, marchand libraire, décédé le jour précédent, âgé de 5y ans ou environ, a esté inhumé dans la chapelle de la Vierge de notre église, en présence des sieurs Georges et Jacques Machuel, ses deux fils. »

(1) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 3 : « Le 8' décembre 1693, a été baptisée Marie-Anne, fille de Me Guillaume Machuel et de Luce Quimbel, ses père et mère, née du jour d’hier en légitime mariage. A eu pour parrain Jean Besongne, et pour marraine, Marie-Anne de Manteville. » — (2) A. N., V6 856, arrêt du Conseil du 3 septembre 1721. — (3) Voy. Documenta, n° 750.

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conclut à sa réception 1 ; enfin, par un autre arrêt du Conseil, du 18 février 1715, il fut autorisé « par grâce et sans tirer à conséquence » à tenir imprimerie et librairie à Rouen 2. Robert II s’était installé tout d’abord dans la rue Damiette ; il transféra ensuite son établissement dans la rue des Corroyeurs, où il demeura jusqu’en 1719 3, et enfin il alla se fixer dans la rue de la Renelle, derrière le chœur de Saint-Martin-sur-Renelle, où il a travaillé à de multiples impressions4 jusqu’à la fin de sa carrière* Pour son malheur, il ne se contenta pas d’exercer son art en se conformant aux règlements en vigueur et il s’engagea ainsi dans une voie qui devait tôt ou tard amener sa perte. En 1728, à la suite d’une impression clandestine des Lettres persanes de l’illustre Montesquieu, il fut l’objet de poursuites et de saisies, dont je n’ai pas eu la charce de rencontrer d’autres traces que la simple mention qui en est faite dans les Notes de Frère 5; puis, à quelques annéesde là, oublieux de cette première mésaventure, il entra en rapports avec la bande noire, à la tête de laquelle était le relieur de Paris, Louis- Vincent Ratillon et fabriqua pour lui diverses contrefaçons qu’il est très difficile d’identifier, parce qu’on ne possède qu’uneliste sommaire des livres contrefaits et, prohibés découverts en grand nombre

(1) Voy. Documenta, n° 752. — (2) Voy. Documenta, n° 755. — (3) Les Amours de Psyché et de Cupidon, Tirez de la Métamorphose, ou de l’Asne d’or, de L. Apulée de Madaure, Philosophe Platonicien. Traduction nouvelle, Avec des Remarques. Enrichis de Figures en Taille-douce.// A Rouen, Chez

Robert Machuel le jeune, rué des Corroyeurs. M.DCCXIX. Avec Aprobation & Permission du Roy. (In-12. 292 p. ch. B. N.. Y2 6129. Cet exemplaire n’a pas les

gravures annoncées). — (4) Voy. notamment : A./ Cléandre et Caliste, ou l’amour véritable. [Fleuron.] A Rouen, Chez Robert Machuel, derrière le Chœur de S. Martin sur Renelle. M.DCCXX. Avec Aprobation & Privilège du Roy. (In-12. 214 p. ch. B. N., Y2 7113.) — B./ L’illustre malheureuse, ou la comtesse de Janissanta. Mémoires historiques, Où l’on voit sa Naissance; ses Voyages, dans les- Principales Parties de l’Europe; ses différentes Avantures, & ses

Deguisemens. [Marque représentant un Phénix sur un bûcher allumé.] A Rouen, Chez Robert Machuel, derrière le Choeur St-Martin-sur-Renelle. M.DCC.XXII. Avec Privilège du Roy. (In-12, 2 vol. B. N., Y2 6750-6751). — C./ Vie du Cardinal d’Amboise, premier ministre de Louis XII. Avec un parrallele des cardinaux célèbres qui ont gouverné des Estats. Dédiée au Roy. Par M. Louis Le Gendre, Souchantre et chanoine de l’Église de Paris, Abbé de Claire-

Fontaine. Il y a des Figures et un Recueil de Pièces. [Fleuron.] A Rouen, Chez Robert Machuel, derrière le Chœur de Saint-Martin-sur-Renelle, M.DCC.XXYI. Avec approbation et privilège. (In-4. 564 p. ch. B. N., En27 328 a. En tête, portr. de L. Le Gendre, d’après J. Jouvenet ; devant la p. 3, portrait du Cardinal d’Amboise; devant la p. 475, tombeau du même; ces trois pièces ont été gravées par J. B. Scotin.). — (5) Liasse 129.

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chez le marchand de contrefaçons parisien, au cours d’une perquisition opérée à son domicile, le 30 septembre 1752, par Pierre-Louis Regnard, commissaire au Châtelet de Paris1 *. Le 2 octobre de la même année, ce commissaire trouvait dans une cassette la correspondance du relieur avec ses fournisseurs de province : elle se composait de treize liasses parmi lesquelles la septième et la huitième se rapportaient aux affaires traitées avec Machuel, qui, pour la circonstance s’était caché sous le nom de Saint -Martin*. Arrêté et transféré à la Bastille le 24 novembre 1752 3 , Robert Machuel n’en sortit qu’après avoir entendu prononcer, le 30 janvier 1753, sa destitution comme imprimeur et libraire et la confiscation de ses livres, presses et matériel d’imprimerie4. Le typographe rouennais devait être fort âgé déjà à cette époque, il est donc probable qu’il 11e survécut pas longtemps à sa lamentable chute.

VII. Jean-Baptiste II (1700-1734). Frère du précédent, né et baptisé à Rouen, le 16 mars 1683 5, reçu maître le 22 mars 1691 6, il ouvrit, le 20 novembre 1700, dans la rue des Her-mittes , un établissement qui comprenait une librairie pauvrement assortie et une imprimerie munie d’une seule presse 7. Ses affaires prospérèrent pourtant avec rapidité, car il était fort habile dans son art et y travaillait de ses propres mains ; tous ses ouvrages, dont j’ai plaisir à citer quelques échantillons 8, sont d’une excellente typographie,

(1) Voici l’intitulé du procès-verbal du Commissaire Regnard, que je publierai prochainement in-extenso : « Du samedy 3o septembre 1752, une heure de relevée. En l’hôtel de nous Louis-Pierre Regnard, Commissaire au Châtelet de Paris, sont comparus Sieurs Jean-Thomas Hérissant, Bernard Brunet, Michel- Etienne David l’aîné et Marie-Jacques Barrois, tous quatre adjoints de la librairie de Paris, lesquels nous ont dit que sur l’avis à eux donné qu’au mépris de l’article 96 du règlement pour ladite librairie et imprimerie, le nommé Vincent-Louis Ratillon, maître relieur et doreur en cette ville, non content de sa profession, fait aussy le commerce de la librairie, vend et débite livres contrefaits et prohibés, pour en réprimer l’abbus, attendu le dommage que cela leur porte et pour en constater la véritée, nous requierrent de nous transporter heure présente avec eux en la maison qu’occupe ledit sieur Ratillon, seize rue Chartière, pour du tout en dresser notre proces-verbal, et faire porter tout ce qui se trouverra en contravention en leur Chambre Sindicale et faire ensuitte par eux statuer sur le tout ce qu’il appartiendra et ont signé. » (A. N., Y.

1 086 1 ) . — ( 2) Procès-verbal susindiqué. — (3) Voy. Documenta, n° 893. — (4) Voy.

Documenta, ^894. — (5) A. R., Paroisse S. Jean, reg. 1 : « Le 16e mars 1 68 3 fut

né un garçon du mariage de Jean-Baptiste Machuel, libraire à Rouen, et de Marie-Magdeleine Séjourné, et fut baptisé le même jour et nommé Jean-

Baptiste par Robert Machuel, aussi marchand libraire, et Marie Séjourné. » —

(6) A. D. S., C. iq5. (Enquête de 1705). — (7) Ibid. — (8) A. / Nouveau Diction-

naire françois contenant generalement tous les mots anciens et modernes, et

mais je n’ai eu la chance de rencontrer sur aucun la marque que lui attribue P. Delalain l, à savoir : (( une fontaine à laquelle viennent se désaltérer des animaux variés, avec la devise, Patet omnibus », qui rappelle sans doute la situation de son officine visà-vis la fontaine Saint-Maclou. Depuis longtemps, en effet, Jean- Baptiste avait quitté la rue des Hermites pour la rue Damiette, où il demeura jusqu’à la fin de la carrière.

A l’exemple de presque tous les membres de sa famille, Jean- Baptiste Il sacrifia au désir immodéré de tenter la fortune par des impressions clandestines et contrefaites, qui lui valurent, dès 1708, une condamnation à 50 livres d’amende et à tenir sa boutique fermée pendant un mois-. En 1715, il fut arrêté et envoyé à la

plusieurs remarques sur la langue françoise ; ses expressions propres, figurées et burlesques, la prononciation des mots les plus dificiles, avec leur Ortographe et le Genre des Noms, la Conjugaison des Verbes, leur régime, celui des Adjectifs & des Prépositions : Et les Termes les plus connus des Arts et des Siences (sic). Le tout tire des meilleurs auteurs, Par Pierre Richelet. Nouvelle Edition, revûë, corrigée et augmentée sur les Manuscrits trouvez après la mort de l’Auteur, avec de nouvelles Aditions et les termes latins de tous les mots et phrases proverbiales, qui manquoient dans les precedentes, et un grand nombre d’exemples: Avec un abrégé de la vie des auteurs dont ces exemples sont tirez. [Fleuron.] A Rouen, Chez Jean-Baptiste Machuel le jeune, rué Damiette, vis-à-vis Saint-Maclou. M.DCC.XIX. Avec privilège du Roy. (In-f° 2 vol. Tit. r. et n. B. N., X 5 1 3) . — B./ Journal d’un voyage fait aux Indes Orientales, Par une Escadre de six Vaisseaux commandez par Mr Du Quesne, depuis le 24 février 1690, jusqu’au 20 août 1691, par ordre de la Compagnie des Indes Orientales. Ouvrage rempli de Remarques curieuses sur quantité de Sujets, & particulièrement sur la Navigation & sur la Politique de divers Peuples & de différentes Sociétez. // A Rouen, Chez Jean-Baptiste Machuel,. le Jeune, Rue Damiete, vis-a-vis Saint-Maclou. M.DCC.XXI. (In-12. 3 vol. B. N., Ok2 bg). — C./ Officina latinitatis, seu novum Dictionarium latino-gallicum, ou Nouveau Dictionnaire pour la Traduction du Latin ou François, corrigé & augmenté de quantité de mots& Phrases, ou manièrede parler, Grecques, Latines avec les Brèves & Longues, & le Dictionnaire des Equivoques. Nouvelle Edition. [Fleuron] Rothomagi, Apud Joannem-Baptistam Machuel, Filium,Typ. & BibL propè Fontem Sancti Maclovii. M.DCCXXII. Cum privilegio regis. (In-8. 2ff. n. ch. 810 p. ch. B. N., X 9086.) — D. / L’infortuné Philope ou les Mémoires et avantures de Mr xxx. Enrichi de figures en Taille-douce. [Fleuron], A Rouen, Chez Jean-Baptiste Machuel, rué Damiette. M.DCCXXXII. Avec Aprobation & Privilège du Roi. (In-12. 462 p. ch. sll. 9 gr. h. t. dessinées par Bonnard et gr. par J. B. Scotin. B. N., Y2 7300.) — E./La Vie de Monsieur Jean-Baptiste deLaSalle, Instituteur des Freres des Ecoles Chrétiennes. Par Monsieur xxx. //A Rouen, Chez Jean-Baptiste Machuel, rué Damiette. M.DCC. XXXIII. Avec approbation et pjivilege du Roi. (In-4. 2 vol. En tête du ier, portr. de J. -B. de La Salle, gr. par J. -B. Scotin, d’apr. Léger. B. N., Ln27 11598.)

(1) Cat. des marq. du Cercle de la Libr. 2 ' Ed., pp. 140-141. — (2) Voy. Documenta, n° y3o.

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Bastille pour un délit professionnel dont je ne connais pas la nature L En 1723,11 était poursuivi par Florentin Delaulne, imprimeur à Paris, au sujet d'une contrefaçon faite au préjudice de celui-ci, de l'ouvrage de Piganiol de La Force intitulé, Nouvelle description de la France 2 ; on disait que l'éditeur rouennais avait fait venir cette contrefaçon de Hollande, je crois qu’il l'avait tout simplement imprimée lui-même et faussement datée, qu’il en avait ensuite fait passer l’édition dans le pays des Elzévier, pour qu’elle soit en temps opportun réexpédiée par petits ballots à lui et à ses clients : les livres comme le vin gagnaient alors à voyager. Notre imprimeur fut, en 1729, l’objet de nouvelles poursuites, de la part cette fois de Nicolas Simart, libraire à Paris, pour avoir contrefait le Catéchisme de Montpellier, dont ce dernier avait le privilège; sévèrement frappé par le Conseil, Machueleut non seulement à acquitter une amende, de 500 livres, mais encore à payer à son adversaire 400 livres de dommages-intérêts sans compter les dépens3.

Depuis plusieurs années déjà, Jean-Baptiste II songeait à abandonner une profession aussi dangereuse ; il réalisa son rêve en achetant un office de maître des ponts de la ville de Rouen4, et, le 3 octobre 1734, il démissionna en faveur de Laurent Dumesnil, qui fut définitivement autorisé aie remplacer par arrêt du 31 janvier 1735 5. J. -B. Machuel exerça pendant 27 ans ses nouvelles fonctions et passa de vie à trépas le 4 février 1762 6.

VIIL Pierre (1702-1736), né àRouen vers 1679 1 , fils de Robert I, et de Madeleine de Caux, il avait été reçu maître en 1681 8, à l’âge de un an! Il s’établit en 1702, dans la rue Saint-Lô, à l’enseigne du Bien-Aimé , sah signo Dilecti9, et se trouvait, en 1706, à la tête

(1) Voy. Documenta, n° 756. — (2) Voy. Documenta, n° 797. — (3) Voy. Documenta, n° 83 1 . — (4) A. N., V6 906, Arrêt du Conseil du 6 décembre 1734, requête préliminaire. — (5) Voy. supra, p. iÔ2. — (6) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 10 : « Du 5 février 1762. Le corps du sieur Jean-Baptiste Machuel, marchand à Rouen, âge de 70 ans ou environ, décédé du jour précédent, muni... a été inhumé en notre cimetière,... en présence de Pierre-Jean Machuel, prêtre, chantre et chanoine de Blainville, et d'Etienne-Vincent Machuel, marchand à Rouen, ses neveux. » — (7) D’après la supputation de son âge (27 ans), indiqué par l’enquête de 1706 (A. D. S., C. iq5). — (8) Enquête de 1706. — (9) Voy. entre autres: A./Histoire de la vie et du procès du fameux Louis-Dominique Cartouche, Et de plusieurs de ses Complices. [Vign, typogr.] A Rouen, Chez Pierre Machuel, au haut de la ruë Neuve S. Lô, au bien Aimé. M.DCC.XXII, Avec permission. (In 12. 96 p. B. N , Ln27 36 1 3 . ) — B. /Lettre du Roy Louis XIV. écrite devant sa mort, pour être rendue au Roy Louis XV, à Page de dix-sept ans. [A la fin :] A Rouen, Chez P. Machuel, ruë saint-Lo, vis-à-vis la porte du Palais, au

GALLIA TYPOGRAPHIGA

de deux presses, qu’il desservait avec l’aide d’un compagnon, nommé Jacques Leclerc1; il fabriquait à ce même moment une édition de la Vie des Saints , traduite de Ribadeneyra, dont on ne trouve pas trace dans la bibliographie de la Compagnie de Jésus du P. Sommervogel. Garde de la Communauté en 1705 et 1709 2, conservé comme imprimeur à Rouen par l’arrêt du 18 mars 1709 3, connu par de nombreuses impressions, Pierre Machuel décéda en 1736 4; Louise Gruchet, qu’il avait épousée en 1703 5, est à juste titre qualifiée veuve, en 1742, dans l’acte de baptême de Jacques-Jean- Louis-Guillaume Besongne, dont elle fut la marraine 6. Il avait retenu de son mariage avec cette dernière au moins trois fils : l’aîné, Pierre, fut libraire de 1744 à 1782, faute d’avoir obtenu une place d’imprimeur 7, et eut de fréquentes mésaventures 8; le second, Pierre-Jean, se voua à l’état ecclésiastique ; le troisième, Etienne- Vincent, qui suit, parvint seul à exercer la profession paternelle.

IX. Étienne-Vincent (1752-1781). Fils du précédent, il avait vu le jour à Rouen et y avait été baptisé le 23 janvier 1719 9; parvenu à l’âge d’homme, il s’était établi libraire et il attendait depuis longtemps déjà qu’une vacance se produisit dans l’une des douze places d’imprimeurs réservées à sa ville natale, lorsque la

bien-Aimé. (1114. 2 p. ch. B. N., Lb38 286). On lit en marge de cet exemplaire la note manuscrite suivante : « Cette lettre fut criée dans les rues de Rouen, en 1727, avec permission du lieutenant de police de cette ville, lequel en fut vivement repris par ordre de la cour. >■> — C. Catalogus librorum illustrissimi D. D. Thomæ Bulteau, S. Facultatis Parisiensis Doctoris, necnon ecclesiæ S. Laurentii Rothomagensis Rectoris. [Bouquet] Rothomagi, Typis Pétri Machuel, in vico novo S. Laudi, sub signo Dilecti. 1705. (In 12, 204 p. B. N., A. 10514.)

(1) Enquête de 1706. — (2) Voy. suprà, p. 21 et Documenta, n° 733. — (3) Documenta, n° 733. — (4) A. R , Paroisse S. Lô, reg. 7: « Du samedi 20e d’octobre 1736, le corps du sieur Pierre Machuel, imprimeur-libraire, décédé de ce jour à une heure après minuit, muni des sacremens, âgé de 57 ans ou environ a esté inhumé en nostre église sur les huit heures du soir, présence de maistre Pierre-Jean Machuel, sous-diacre, et du sieur Estienne-Vincent Machuel, ses fils. » — (5) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 4: « Du 26 aoust 1703. Pierre Machuel, âgé de 23 ans environ, fils de Robert Machuel et de Madeleine de Gaux, de la paroisse de S. Pierre l’Honoré, d’une part, et Louise Gruchet, âgée de 20 ans environ, fille de feu Jacque Gruchet et de Louise Maurry, de la paroisse de N. D. du Havre de grâce, d’autre part, ont esté solennellement mariés en nostre église... en présence de Robert Machuel, père, et de Messire Pierre de Caux, oncle, côté du mari, et d’autre, Jacques Besongne, oncle, et Anthoine Maurry, cousin. » — (6) Voy. suprà, p. 82, note 6. — (7) Voy. Documenta, n° 837. — (8) Voy. Documenta, nos 892, 894 et 917. — (9) A. N., Ve 971, arrêt du Conseil du 17 janvier 1752, requête préliminaire.

SEINE-INFÉRIEURE

veuve de Romain Yeury étant venue à décéder, il put se mettre sur les rangs, en décidant la veuve d’André-Pierre Behourt à lui céder tout son matériel et à démissionner en sa faveur L Sur l’exposé de cette situation, un arrêt du Conseil d’État, du 17 janvier 1752 (i) 2, renvoya notre aspirant devant le Lieutenant général de police de Rouen, pour la présentation de ses titres et qualités, et cette formalité ayant été accomplie, un autre arrêt, du 4 septembre suivant, l’habilita à occuper la place de la veuve Behourt 3. Etienne-Vincent ouvrit aussitôt son établissement dans la me Saint-Lô, sous l’enseigne du Bien-Aimé , qui avait été celle de son père et ne tarda pas à prendre un rang distingué parmi ses confrères. Il a fourni un assez grand nombre de publications intéressantes ; je me bornerai à citer l’éloge de Pierre Corneille, par Gaillard de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres4 et la Théorie delà musique, par Ballière, de l’Académie de Rouen, beau volume sur le titre duquel il eut l’honneur de voir son nom associé à celui de Pierre-François Didot 5 6 * *.

En 1762, il créa la première feuille périodique qui ait paru à Rouen ü ; après la mort de son fondateur, elle continua d’être publiée sous le même titre jusqu’en 1784, époque où elle prit celui de Journal de Normandie , paraissant encore aujourd’hui, mais sous l’appellation de Journal de Rouen et des départements de la Seine-Inférieure et de fEure. C’est dans la modeste feuille, alors hebdomadaire d’Etienne-Vincent Machuel, que parurent, en 1763, six articles, qu’on attribue à l’abbé Saas, sur le projet d’une histoire des impri-

(i) A. N., Ve 971, arrêt du Conseil du 17 janvier 1752, requête préliminaire.

(2) Voy. Documenta, n° 884. — (3) Voy. Documenta, n° 888. — (4) Eloge de

Pierre Corneille, Qui au jugement de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres

& Arts de Rouen, a remporté le prix d’Eloquence donné en 1768, par M«r le Duc dé Harcourt, Gouverneur de Normandie, & Protecteur de l’Académie.

Par M. Gaillard. De l’Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres, & Censeur Royal. [Vign. typogr.] A Rouen, Chez Et. Vinc. Machuel, Imprimeur-Libraire de l’Académie, rue Saint Lo, vis-à-vis le Palais. 1768. (In-8. 5a p. Titre et texte encadrés. B. N., Ln 27 4901.) — (5) Théorie de la musique, Par M. Balliere, De l’Académie Royale des Sciences, Belles-Lettres & Arts de Rouen. Musica tota quid est, numeri nisi cantibus apti. Fraguerii Schola Platonica. [Fleuron] A Paris, Chez P. Fr. Didot le jeune, Quai des Augustins, à la Bible d’Or. Et A Rouen, Chez Et. Vinc. Machuel, rue Saint- Lô, vis-à-vis le Palais. M.DCC.LXIV. [A la fin :] A Rouen, De l’Imprimerie de Machuel, rue Saint-Lô, vis-à-vis le Palais. (In-4 177 p. ch. et 1 f. d’errata n. ch. B. N., V. 10728.) —

(6) Annonces, Affiches, Et Avis divers de la Haute et Basse Normandie. Première

feuille hebdomadaire Du Vendredi 4 juin 1762 [A la fin:] Chez Etienne-Vincent

Machuel, Imprimeur-Libraire, rue Saint-Lô, vis-à-vis la Porte du Palais, au Bien-Aimé. (In 4. 4 p. B. N., Le9 100.)

G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III.

meurs de la ville de Rouen ; cette histoire, on le sait, n’a jamais vu le jour, aussi les articles qui l’annonçaient présentent-ils un réel intérêt, bien que leur auteur attribue l’importation de l’imprimerie, dans la capitale de la Normandie, à Pierre Mau fer, en 1470! La fable des Lallemant n’avait pas encore été inventée quand le rédacteur de ces articles les écrivait ; on a donc dans son résumé, malheureusement trop écourté, un échantillon de ce que la science bibliographique aurait pu nous apprendre sur les premiers temps de l’imprimerie à Rouen, avant que l’histoire en ait été falsifiée par les malencontreux documents découverts par André Pottier. Les numéros de l’année 1763 de la première feuille périodique de Rouen 11’étant pas très communs, j’ai pensé qu’il .serait agréable à mes lecteurs d’avoir sous les yeux le texte de ces articles ; je les ai donc reproduits dans une annexe à la suite des Documenta .

Ceci dit, je reviens à Machuel, dont je n’ai plus d’ailleurs qu’à mentionner le décès, survenu le 12 août 1781 L Sa veuve, née Marie-Françoise Oursel, continua son établissement et le dirigea jusqu’en 1791, époque où elle céda tout son matériel à un nommé Gallier, et se retira des affaires . On a vu passer en vente, il y a quelques années -, un ancien livre de commerce d’E. V. Machuel, pour le temps écoulé du 7 septembre 1750 au 30 octobre 1759, et un registre contenant la copie des lettres qu’il écrivit à sa clientèle du 21 juillet 1764 jusqu’au 3 janvier 1770.

Maille (Pierre), imprimeur à Rouen (1622-1668).

Cet imprimeur aurait débuté, suivant Frère1 * 3, en 1625 seulement; or, dès 1622, il réimprimait une nouvelle à la main 4, qui venait d’être publiée à Paris, et d'ailleurs, comme en 1625 il remplissait déjà les fonctions de garde 3, il est hors de doute que son installa-

(1) Cf. Les Anciens imprimeurs. Certificat de l’examen universitaire d’un

imprimeur rouennais [Pierre-Etienne-Vincent Désiré Machuel]. Par J. Félix. —

Rouen, impr. de Espérance Cagniard. 1 883 . (In 8. i5 p..) — (2) Cat. Lormier,

n°‘ 4536 et 4537. — (3) N. F., liasse i3o. — (4) La deffaicte de cinq cents hommes de gverre, sortis de Mont-pellier. Par Monsieur le Duc de Montmorency. Ensemble, La nouuelle arriuée des Reistres & Lansquenets leuez en Allemagne, pour le service de sa Majesté en Languedoc. // A Roven, Par Pierre Maille, Imprimeur & libraire, près le Palais. Auec Permission. (In 12. 12 p. ch. et 1 f. n. ch. contenant au r° la permission. B. N., Lb36 1999 A) — (5) Voy. supra, p. 17 ; il y est indiqué comme portant le prénom de Yves, mais ce doit être une erreur du

SEINE-INFÉRIEURE

tion datait de plusieurs années antérieures et de 1622 au moins. Il avait alors son officine auprès du Palais, sans indication plus précise ; on le rencontre plus tard dans la rue Malpalu, près l’Aigle d’Or l, puis dans la rue Perrière, près le Pilon d’argent 2. En 1 633, 1648 et 1657, Pierre Maille fut de nouveau appelé aux fonctions de garde 3, mais, dans l’intervalle, le Ier mars 1640, il avait été surpris imprimant une plaquette sans y mettre son nom et il avait été condamné de ce chef, par sentence du bailliage, à 30 sols d’amende4. Ses impressions sont fort médiocres au point de vue typographique ; elles peuvent être cependant recherchées des bibliophiles, parce qu’elles sont assez rares; elles appartiennent en grande majorité au domaine médical 5.

Pierre Maille décéda à Rouen le 3 octobre 1668 6, et sa veuve, née Anne Laurens, qui avait continué son entreprise, ne lui survécut guère de plus d’une année, étant décédée elle-même en 1669.

Malassis (Les), prétendus imprimeurs de Rouen (1602-1682).

Plusieurs Malassis, famille qui s’est illustré dans l’imprimerie alençonnaise, sontindiqués par Frère 7 comme ayant exercé le même art à Rouen ; il cite en particulier, comme typographes dans cette ville: Adam (1602- 1636), Clément (1635-1682), Raphaël (1639- 1674), Jean (1 641- 1643), mais oublie de mentionner Etienne, reçu maître en 1609 8. A la vérité, je ne crois pas qu’aucun de ces personnagesffiit été réellement imprimeur ; ils ne furent tous que des libraires-éditeurs, car la plupart des livres qui portent leur souscription sortent des presses de divers typographes. Jean Malassis, seul, a exercé l’art sublime, et encore il 11e s’y est adonné que du

scribe de la communauté, car il résulte des Documenta n° 619, 620, 621 et 622 que Pierre Maille' était bien garde en 1625.

(1) N. F., loc. cit . — (2) Traicté des maladies des reins et de la vessie. Contenant la Cure de la pierre & grauelle. Ensemble les moyens de s’en preseruer & guérir, tant par remedes qu’operation ; & correction des accidents qui y suruiennent. Par L. Ollivier Chirurgien, & Visiteur Iuré à Caudebec, à présent demeurant à Rouen... [Fleuron.] A Roven. Chez Pierre Maille, Imprimeur & libraire, rué Perciere, près le Pilon d’argent. M.DC.XXXI. (In 12. 21 5 p. ch. si 1 . et la ta. B. N., Td 117 5.) — (3) Voy. supra, pp. 18 et 19. — (4) A. D. S., E. 485, p. 85. — (5) Voy. notamment : Pétri Gviffarti Valloniani. D. Medici, In Collegio Rothomagensi aggregati, Dissertatio medica, vtrvm chylus vel sangvis sit proxima lactis materia. Problema vtrinqve dispvtatvm... [Fleuron.] Rothomagi, Excudebat Petrvs Maille, sumptibus Authoris. M.DC.L1E (In 8. 122 p. ch. slata. B. N., Tb26i.) — (6) N. F,, loc. cit. — (7) N. F., liasse i3o. — (8) A. D. S., E. 483, P 12.

jour où il émigra à Alençon; c*est donc dans la partie de cet ouvrage consacrée au département de l’Orne que le lecteur trouvera la notice de cet imprimeur et de ses descendants.

Mallard (Les), libraires et imprimeurs (?) à Rouen (1534-1632).

Bien que, suivant toutes probabilités, aucun Mallard n'ait personnellement exercé à Rouen l’art du typographe, il est difficile de les passer tout à fait sous silence dans ce répertoire, étant donné que la plupart des bibliographes leur attribuent à tous la qualité d’imprimeurs. Il est possible, au surplus, qu’ils aient eu des presses et fait travailler chez eux à des impressions, puisque, on le sait, tel était l’ancien usage des libraires-éditeurs rouennais, ainsi que le rappelle l’un des Mallard même, dans le procès qui mit aux prises les imprimeurs et les libraires de la capitale normande L La famille Mallard avait d’ailleurs fourni un imprimeur à Paris, Olivier 2, qui, en 1545, revint avec une partie de son matériel, croit-on, rejoindre ses frères à Rouen ; ceux-ci, nommés Jean et Thomas, étaient installés dans cette ville, d’après ce qu’en dit Frère 3, le premier depuis 1534, le second, depuis 1557. Je vais donc jeter un rapide coup d’œil sur la carrière de ces deux frères et aussi sur celles d’un Robert Mallard, assurément de la même famille, et d’un Thomas Mallard, deuxième du nom.

I. Jean (1534-1553). Fils de Nicolas Mallard, suivant Gosselin4 *, qui n’indique pas la profession de ce dernier, Jean n’est connu que bibliographiquetnent : le premier ouvrage qui porte son nom est un livre d 'Heures, fort bien décrit par P.LacombeA daté de 1534, ma^s imprimé à Paris par Cardin Hamilîon ; Jean Mallard y est porté au colophon en qualité de libraire et comme tenant son ouvroir au portail des libraires, le plus prochain de V Église. O11 retrouve le même nom et la même adresse, en 1539, sur une édition du Coutumier de Normandie, imprimée par Nicolas Le Roux6; en 1540, sur un nouveau livre d’ Heures1, imprimé à Rouen, sans nom de typographe ; en 1549, sur le titre d’un document concernant les monnaies8,

(1) Voy. Documenta, n° 535 (p. g5). — (2) Voy. Gallia Typograpliica, sér.

par., t. I, pp. 378-382. — (3) N. F., liasse i3o. — (4) Glanes, p. 96. — (5) Cata-

logue de livres d’Heures, n° 399. — (6) L. Delisle, Livres impr. ou publiés à

Caen, t. I, n° i 3o. — (7) P. Lacombe, op. cit., n° 533. — (8) Ordon/nance faicte

par le / Roy, sur le cours & pris des espe-/ ces d’Or & d’Argent & des-/cry

des Monnoyes Ron-/gnées. Publié à Rouen / le quatriesme iour de / Feburier,

3og

imprimé, je crois, par Nicolas Le Roux, càr on y reconnaît diverses caractéristiques de son matériel; enfin, vers 1553, Jean Mallard était décédé et l’on rencontre le nom de sa veuve, toujours à la même adresse et encore sur un livre d’Heures1. De tout ceci, il semble bien résulter que Jean Mallard n’a jamais été que libraire.

II. Thomas I (1556-1597). Frère du précédent, d’après la généalogie présentée en 1739 au Conseil d'État par Esprit-Philippe Mallard, imprimeur à Avignon 2, Thomas aurait débuté, suivant Édouard Frère, en 1557 ; il faut dire au moins, en 1556 3 et noter que le 30 octobre 1557, un arrêt du Parlement de Rouen autorisait Thomas Mallard, ainsi que Raoullin Boullenc et Georges Loyselet à imprimer un Almanach de Nostradamus 4. Il faut ensuite sauter jusqu’à l’année 1579, pour retrouver notre libraire 3 : en ce tempslà, il figure parmi les libraires revendiquant contre les imprimeurs le droit d’avoir des presses chez eux et de faire travailler des compagnons en chambre 6. Pour l’année 1582, je connais une pièce que Thomas Mallard a peut-être exécutée ou fait exécuter dans ces conditions7, et c’est la seule, avec la réimpression de 1579 et avec 1! Hecatodistichon, de Fauste Andrelin, donné par lui en 1587 s, qui

Mil cinq / centz quaran-/te neuf. / Auec l’arrest de la Court de parlemët / Publie le vii iour de Feburier / audict an. / Par priuilege de ladicte court. // On les vend à Rouen, par Iehan/ mallard, tenant son ouuroir au portail/ des libraires le plus pchain de leglise. (Pet. in-8. 20 ff. n. ch , sign. B-E. Figures de monnaies assez mal gravées. B. N., F. 46806, pièce 4.)

(1) Voy. P. Lacombe, op. cit., n° 534 bis. — (2) Voy. Gallia Typographica , sér. par., t. I, p. 38 1 . — (3) Ordonnance / dv Roy, svr l’ordre et / Reiglement du Ban, & Arriéré Ban, au Païs/ Duché, & Généralité de Normandie. /... / ... /.../../. Auec Priuilege. // On les vend à Rouen chez Bonauenture / belis, & •Thomas mallard Libraires. / i556.(Pet. in-8. 20 ff. n. ch. B. N., F. 27624, 2.) — (4) Voy. Documenta, n° 5 1 1 . — (5) Voy. B. V. P., Recueil Valençay, t. LXI (960) : Alliances et accords faits entre monseigneur le duc d’Anjou et d’Alençon, fils et frère du roy avec les prélats, nobles et députez des villes représentans les Estats généraux des Pays-Bas...// A Paris, pour Jean Coquerel, libraire, rue S. Jacques, près les Jesuistes, suyvant la copie imprimée à Rouen, par Thomas Mallard. 1579. (In-8. 8 ff. n. ch.) — (6) Voy. Documenta, nos 522 et 525. —-(7) L’entree/ magnifiqve/ de monseignevr / Francoys fils de Fran-/ce, frere vniqve dv roy, par / la grâce de Dieu Duc de Lo-/thier, de Brabant, d’Aniou, / d’Alençon, &c. Comte de / Flandres, &c. Faite en sa / Métropolitaine & fa-/meuse ville de Gand/ le XXme. d’Aoust, / Anno, i582. [Fleuron.] A Roven, / Chez Thomas Mallard, iouxte la for-/ me & exemplaire, Imprimé à Gand /Chez Cornille de Rekenare, auec/ priuilège de son Alteze. (Pet. in-8. 16 fF. n. ch., sign. Aii et iij et B, C, D par 3. B. N., Lb3'1 21 1 b.) — (8) Pvb. / Favsti an-/ drelini foroli viensis (sic), / Poetæ Laureati hecatodistichon, opus cen -/ tenario distichorum numéro absolu-/tum, A mendis quibus scatebat/ plurimis vindicatum, & p r i - / stino nitori restitutum. / Cum breuissima & familiarissima explicatione, / per

puisse laisser croire qu’il a imprimé. Il semble que sa situation soit parfaitement définie dans la défense qu’il présenta en 1588, contre l’accusation d’avoir, pendant qu’il remplissait les fonctions de garde, admis à la maîtrise un certain Jean Clou, qui ne réunissait aucune des qualités nécessaires à cet effet1. Vers 1584, T. Mallard avait édité des Heures à l’usage de Rouen, mais elles sortaient des presses de Georges Loyselet 2 ; en 1594, il publiait les deuxième et troisième parties des Aventures de Floride 3 , elles étaient imprimées par Raphaël Du Petit Val, qui s’est expressément nommé dans une épître mise en tête de chacun de ce s volumes ; en 1596, il rééditait la Seconde Semaine du poète Du Bartas 4, et l’impression en avait été également faite par Raphaël Du Petit-Val ; enfin, la même année, qui marque aussi la dernière de son exercice, il avait publié une nouvelle à la main 5, pour laquelle il s’adressa sans doute à un imprimeur en chambre, dont il est difficile de préciser le nom, car les caractères qu’il a employés sont communs à plusieurs autres. Thomas I Mallard a dû mourir en 1596, sa veuve ayant convolé l’année suivante avec l’imprimeur Théodore Rainsart, dont il sera parlé plus bas.

Il faut conclure, ce semble, de ce qui précède, que Thomas Mallard 11’a pas été imprimeur et que c’est à tort qu’on lui a donné cette qualité. Je termine en notant son adresse, qu’il a toujours

Ioannem Vatellum. [Marq. décrite.] Rotomagi, / Apud Thomam Mallard, è regione / porticus (sic) Palatij, sub insignis Hominis armati. / M.D.LXXXVII. (In-12, 3a p. ch. B. N., Yc. 8oi5.)

(1) Voy. Documenta, n° 535. — (2) Cf. P. Lacombe, op. cit., no 336, — (3) A. /Seconde/ partie/ des avantures / de Floride. / En laquelle, outre la suitte de l’Hi-/stoire, se rencontrent diuers / succez Vertueux. [Marq. décrite.] A Rouen, / Chez Thomas Mallard, deuant le / Palais à l’Homme Armé. / M.D.XCIIII. / Avec privilège. (In-12, 576 p. ch. B. N., Y275o3ç).) — B./ Troisiesme / partie des avantvres / de Floride. / En laquelle on recognoist par euenements / diuers les punitions de ceux qui ont vou-/lu contreuenir à l’honnevr. [Marq. décrite. ] A Roven, /Chez Thomas Mallard, deuant le / Palais, à l’Homme Armé. / M.D.XCIIII. / Avec privilège. (In-12. 572 p. ch. B. N., Y2 75040.) — (4) La / seconde / sepmaine, de / Gvillavme de / Saluste Seigneur / Du Bartas. / Reueuë, augmentée et embellie en diuers / passages par l’autheur mesme. / En ceste nouuelle Edition ont esté adioustez l’argu-/ment general, amples Sommaires au commence-/ment de chaque liure, Annotations en marge, & / explications continuelles des principales difficul-/tez du texte, par S. G. S. (Simon Gouiard). [Marq. décrite.] A Roven, / Chez Thomas Mallard, près le Palais, / à l’Homme Armé. / 1596. (In-12. 684 p. ch. B. N., Ye 1978). — (5) Discovrs / de la victoire / obtenve par monsievr / le Mareschal de Biron, au pays / d’Artois : à l’encontre du Marquis / de Warambon, Gouuerneur d’Ar/ras, & Lieutenant de l’armee du / Roy d’Espaigne. [Marq. décrite.] A Roven, / Chez Thomas Mallard, près / le Palais, à l’Homme armé. / 1596. / Auec permission. (In 12. 11 p. ch. B. N., Lb3368o.)

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indiquée : devant le Palais, à Y Homme armé , et en décrivant sa marque, qui représente deux cygnes nageant dans une pièce d’eau, au devant d’un paysage borné par la vue d’un château et d’une église.

III. Robert (1568-1585) appartient sans doute à la même famille que les précédents, mais rien ne m’a laissé soupçonner quel était son degré de parenté avec eux. Je le crois pourtant fils et successeur de Jean. Quoi qu’il en soit, il semble avoir été moins imprimeur encore, s’il est possible, que ceux que je viens de présenter. Je ne connais pas l’époque de ses débuts et je la fixe arbitrairement à 1568, parce que, à partir de ce moment et à l’occasion de la naissance de ses nombreux enfants, je l’ai trouvé mentionné sur les registres de la paroisse S. Herbland, avec la qualification de libraire. En 1578, on rencontre Robert Mallard en procès avec deux libraires de Paris, Gilles Beys et Denis Duval, à l'occasion d’un psautier , corrigé et augmenté par Gillebert Genebrard, dont ces derniers prétendaient, sans y être parvenus, empêcher l’impression L L’année suivante (1579), il avait à soutenir une nouvelle instance contre Jacques Kerver, le célèbre imprimeur parisien : il s’agissait cette fois de l’impression d’un livre d 'Heures et offices de Notre Dame, réformées suivant les constitutions du concile de Trente 1 2 ; malheureusement, les archives du Conseil d’Etat sont si incomplètes pour cette époque, qu’il ne m’a pas été permis de découvrir la solution donnée à cette affaire. Les Heures litigieuses en question étaient probablement celles qui ont été décrites par P. Lacombe 3 : elles avaient été éditées, suivant lui, vers 1580, et sortaient, selon toutes les apparences, des presses de Robert Valentin, qui était en même temps graveur et a signé de ses initiales plusieurs des gravures dont ce volume est orné. O11 voit partout ceci que Robert Mallard n’était que libraire et sa comparution dans le procès intenté aux imprimeurs en 1579 4 n’est pas faite pour détruire cette présomption, loin de là, étant donné qu’il y prit place parmi les adversaires de ces derniers. Il resterait à examiner les divers ouvrages qu’il a édités depuis 1580 5 jusqu’en

(1) Voy. Documenta, n° 519. — (2) Voy. Documenta, n° 520. — (3) Op. cit.,

n° 535. — (4) Voy. Documenta, nos 522 et 5 25. — (5) A. / Les Epistres / de Saint

Pavl./Les Epistres ca-/tholiques de S. Iacques, S. Pierre, / S. Iean & S. Iude.

/ L’Apocalypse, / ou reuelation de S. Iean./ Le tout en François & Latin, selon la / version commune. / Auec annotations & expositions des / lieux les

plus difficiles. / Par M. René Benoist, Angeuin, Docteur / regent en la faculté

GALLIA TYPOGRAPHIGA

1 5 83 1 et j’avoue que je ne sais pas à quelles presses les attribuer. Dans tous les cas, on y voit, sur les titres, que Robert était établi libraire dans la rue de Y Or loge, à la Grand' Nef ; il avait une marque correspondant à cette enseigne et représentant une galère voguant sur la mer, dont je connais deux dessins : sur le premier, la proue du navire est tournée à droite ; sur le second, d’un format plus réduit, certe proue est tournée à gauche. Robert Mallard a dû mourir entre 1585 et 1588 ; à cette dernière date, il était remplacé par deux de ses fils, Martin et Honoré, respectivement baptisés à S. Herbland, le premier, en 1570, le second, en 1571 2. Ils demeuraient à la même adresse 3 que leur père et n’ont été sans le

de Theo-/logie à Paris. // A Roven, / Chez Robert Mallard, Libraire : Iouxte / l’exemplaire Imprimé à Paris./ i58o. / Auec priuilege du Roy. (In 16. 266 ff. ch. 38g à 655. et 17 ff. de ta. n. ch. B. N., A. 63g 1.) — B. / La / maniéré / de bien policier la / repvblique chrestienne / (selon Dieu, raison & vertu) con-/ tenant Pestât & office des / Magistrats. / La source & origine de Procez, de-/ testation, & ruine d’iceluy. / Avec / Vn traitté du mal & misere qui procédé / des mauuais voisins. / Par / Iean de Marcovville. / Qui résisté au Magistrat, il s’oppose & contre- fuient, à l'ordonnance de Dieu. Rom. i3. [Fleuron.] A Roven, / Chez Robert Mallard, ruë de / l’Orloge, à la grand’Nef. / 1 582. / Avec priuilege du Roy, (Pet. in 8. g5 ff. ch. et 1 f. de ta. n. ch. B. N., * E. 2065.) — (1) Histoire / generale / des plantes et her-/bes avec levr proprie-/té par M. Leonard Fuchs. / La figure & vertu du petum, ou nicotiane : / vulgairement appellé herbeàla Royne. / Avec / Vn nouueau preseruatif contre la peste / Ensemble vn Recueil d’excellentes / receptes tirez de diuers autheurs. / Plus L’oecoiatrie contenant en soy (sous / choses viles) plusieurs receptes ne-/cessaires à vn chacun //A Roven, Chez Robert Mallard, libraire : / ruë de l’Orloge, à la grand’Nef. / M.D.LXXXII1. (In-16. 268 p. ch. s. la ta. ,1a dernière chiffrée 368 par erreur. Nombr. fig. de plantes. B. N. Te 142 3 5.) — (2) A. R., Paroisse S. Herbland, Bapt. de i5q6 à 1621 : « Du 22 janvier 1570, Martin, fils de Robert Mallart, libraire. Parains et maraine, Martin le Maye, Richard Petit, Janne de Burges. — Du 12 janvier 1571, Honoré, fils de Robert Mallart, libraire. » — (3 ) A. / Brief / traité de / la racine mechoa-/can, venve de l’Espa-/gne nouuelie; medecine très / excellente du corps / humain. / Blasonnee en mainte région la / Reubarbe des Indes. / Traduit d’Espagnol en François, / Par I.G. P. (Jacques Gohory Parisien). [Marq. n° i.J A Roven, / Chez Martin, & Honoré Mallard, / ruë de l’Orloge, à la grand’Nef. / 1 588. (Pet. in-8. 16 ff. ch. B. N., Te 151 745.) — B. / Les / Flevrs dv / livre des vertvs / des herbes, composé iadis / en vers Latins par Macer / Floride,/ Et illustré des Commentaires de M. Guillaume / Gueroult : Médecin à Caen en Normandie./ Le tout mis en François, par M. Lucas Tremblay, Parisien / professeur és bonnes sciences Mathématiques, / demeurant à Paris. / Dédié au treschrestien Roy de France, & de / Polongne Henry troisième de ce nom./ Herbarum vires Macer tibi carminé dicet. / Des herbes les vertus Macer te chantera. [Marq. n°2.] A Roven, chez Martin, & Honoré Mallard, / ruë de l’Orloge, à la grand’Nef. / cb. Io. Lxxxvm. / Avec privilège du Roy. (In-8. 80 ff. ch. Au v» du titre, portr. de L. Tremblay, à 57 ans. Reprod. des fig. des plantes de Y Histoire générale de 1 583. B. N., Te 142 12.)

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moindre doute que simples libraires ; ils eurent eux-mêmes pour successeur, un second Robert Mallard, également libraire, admis à la maîtrise en 1635 L Il était fils de Honoré et avait été baptisé en 1594 1 2-

IV. Thomas II (1613-1639). Fils de Thomas I, il n’a été lui aussi que libraire 3 * * et il ne figure ici que pour aider à la démonstration que toute la famille des Mallard s’est livrée au commerce des livres et non à leur impression. Thomas II décéda à Rouen le 3 1 août 1639 L

Mallet (Charles), imprimeur à Rouen (Vers 15 15-1520).

Ce typographe, qui a complètement échappé aux recherches de Frère, n’est connu jusqu’à présent que par un modeste livret, contenant la Vie de Robert le Dyable , dont la description a été donnée par Léopold Delisle °, sur un exemplaire mutilé appartenant à la Bibliothèque nationale 6. Cette plaquette, imprimée pour les libraires Richard Macé et Jean Burges le Jeune, de Rouen, en caractères gothiques, devait être composée de 22 feuillets environ ; elle ne porte aucune date, mais elle doit avoir été fabriquée vers 1515 et, dans tous les cas, antérieurement à 1520, année finale de l’exercice de Richard Macé.

Mancel (Les), imprimeurs (?) à Rouen (1626-1675).

Deux imprimeurs de ce nom auraient exercé leur art à Rouen, d’après les Notes de Frère 7 : le premier, Robert, de 1626 à 1675 > le second, Romain, en 1660. Je ne les cite ici que pour mémoire,

(1) A.D.S., E. 483, f° 47. — (2) A. R., Paroisse S. Herbland, Bapt. de 1546 cà

1621 : «Du 21 juin 1594, Robert, fils de Honoré Malard, libraire. » — (3) Voy. notamment : A. / Les préparatifs ordonnez povr l’Entree & Réception du Roy.

[Arm. de France et de Navarre ] A Roven, chez Thomas Mailard, dans la Court du Palais. Auec permission. (In 12. i3 p. ch. B. N , Lb36 1823 a.) Il s’agit dans cet opuscule de l’entrée du roi à Paris, en 1622. — B. / Réception / royalle, / faite à l’entrée / de la Reyne dans la Ville / de la Rochelle. / Auec la Harangue à elle faite par le / Sieur de l’Escale, Lieutenant / Criminel & luge de la / Police de ladite ville. [Fleuron.] A Roven, / Chez Thomas Mallart / dans la Court du Palais. / Iouxte la coppie Imprimée à / Paris, par Iean

Guillemot. / M.DC.XXXII. / Auec permission. (Pet. in-8. 12 p. ch. B. N. Lb36 2910 a.) — (4) A. R., Paroisse S. Lô, Reg. des Mortuaires de i63i à 1643 : « Le

premier jour de septembre (1639) a esté inhumé en ceste paroisse le corps de

Thomas Maillart, libraire. » — (5) Livres impr. ou publiés à Caen, t. I.,

n° 376. — (6) Rés. p. Y 2 74. — (7) N. F., liasse i3o.

n’ayant rencontré aucune production de leur atelier, ni le moindre document faisant mention de l’un d’eux.

Marie (Les), imprimeurs à Rouen (1541-1574).

Voici encore deux typographes, dont je n’ai trouvé aucune impression : Martin et Jean Marie, tous deux fils de Simon, et de Perrine Roussel. Frère 11e les a signalés ni l’un ni l’autre, mais M. Gosselin fournit à leur sujet quelques renseignements tirés des registres du tabellionage de Rouen.

I. Jean (1541-1574). Il était, écrit M. Gosselin, « imprimeurlibraire et demeurait sur la paroisse de Saint-Maclou, en la rue Martain ville . En 1565, il hérita des biens de son frère Martin, aussi imprimeur, décédé, et vendit à Georges Loyselet, imprimeur, demeurant en la paroisse Saint-Vivien, des immeubles sis en la paroisse du Tronc et joignant d’autres biens, que, dès 1561, Martin Marie avait déjà vendus au même Loyselet. En 1574, nous voyons François Larchevesque, âgé de 22 ans, s’allouer et mettre à demeurer avec et en la maison de Jean Marie, maître imprimeur, pour 4 ans, à commencer d’aujourd’hui (23 octobre 1574); il promet de servir ledit Marie audit état et en toutes choses licites et honnêtes ; de son côté, Marie s’oblige à lui apprendre son état d’imprimeur, sans autre paiement que son temps 1 ».

IL Martin (1541-1565) était, d’après M. Gosselin 2, de même que le précédent, imprimeur et libraire, et demeurait sur la paroisse Saint-Vivien^ Il décéda en 1565.

Marin (Jean), imprimeur à Rouen (1579).

Jean Marin est un typographe dont on ne connaît jusqu’à présent aucune production et qui, sans doute, est le même personnage que Jean Marie cité ci-dessus. Son nom figure seulement parmi les imprimeurs qui, en 1579, s’étaient réunis pour défendre à la demande des libraires coalisés contre eux à l’effet d’obtenir le droit d’avoir des presses chez eux et de faire travailler les compagnons imprimeurs 3.

Masselin (Les), prétendus imprimeurs de Rouen ( 1 5 44- 1 5 5 4)-

Deux imprimeurs de ce nom sont signalés par les Notes de Frère4

(t) Glanes, p. 97. — (2) Ibid. — (3) Voy. Documenta, n<> 525. — (4) Liasse 1 3 1 .

SEINE-INFÉRIEURE

comme ayant exercé à Rouen: l’un Marin , en 1544; l’autre, Robert, en 1554 ; mais les livres que leur attribue le savant bibliographe normand, ont été imprimés par eux à Paris l *9 où ils ont eu chacun un établissement. Je n’ai pour ma part rencontré nulle trace de leur séjour à Rouen, dont ils étaient, il est vrai, originaires, et je prie le lecteur de se reporter aux notices qui leur seront consacrées dans le troisième volume de la série parisienne de cet ouvrage.

Mauditier (Jean), imprimeur à Rouen (1499-1508).

Bien que Jean Mauditier ait été l’un des meilleurs imprimeurs de Rouen au début du xvie siècle, on ne sait presque rien sur sa personnalité et c’est à peine si, jusqu’à présent, l’on a pu indiquer plus ou moins vaguement le quartier, ou plutôt la paroisse sur laquelle il avait son atelier. Frère, qui lui a concédé quelques lignes dans son essai sur l’imprimerie et la librairie à Rouen dans les xve et xvie siècles-, nous apprend qu’il a exercé de 1 500 à 15 17, qu’il habitait d’abord près de l’église Saint-Laurent, puis, pendant le temps de son association avec Pierre Olivier, près de l’église Saint- Pierre l’Honoré. En réalité, Jean Mauditier commença à imprimer en 1499 3; il s’associa l’année suivante avec Pierre Olivier, qui coopéra à ses travaux jusqu’à la fin de 1503, dans un atelier d’abord indiqué in vico Aucarum, c’est-à-dire rue des Oies 4, puis dans la

(1) Il cite, d’après M. B., t. II, col. 620 : « La Description, forme et nature des bestes tant privées que sauuaiges » Rouen, Robert et Jean Du Gort frères,

i55q; mais rien n’indique que cet ouvrage ait été exécuté dans cette ville; on lit seulement au colophon : De l’imprimerie de Robert Masselin. — (2) Op. cit., p. 83. — (3) Ebrardi Grecismus. Deux éditions, 1499 et i5oo. La première porte au colophon : « Viri litterarum doctissimi magistri Ebrardi Bituniensis Grecismi liber, una cum glosa magistri Johannis Yincentii Metulini, in llorente Pictavensi universitate regentis, Rothomagi cura pervigili castigatus per Johannem Mauditier, Laurentium Uostingue necnon Jametum Louys, féliciter finit. Ex die XXV septembris m.cccc,xcix (Gf. L. Delisle, Livres unp. ou publiés à Caen , t. I, n° 1 56). La seconde se termine par ce colophon : « Viri litterarum... cura pervigili impressus per Johannem Mauditier, féliciter finit. Ex die V martii m. ccccc. (Ibid., n° 157.) — (4) A / Missale ad usum Redonensem, i5oo. Le colophon se termine par ces mots: « impressumque Rothomagi per Johannem Mauditier et Petrum Olivier, socios, in arte impressoria peritos, ibidem commorantes in vico Aucarum ». (Cf. L. Delisle, op. cit., n° 286). — B. / Missale Baiocense, i5oi. On lit à la fin du colophon : « Impressum Rothomagi, per Johannem Mauditier et Petrum Olivier socios, pro honesto viro Petro Regnaut, librario universitatis Cadomensis, ibique in Frigido vico commorantis. Et hoc anno

Domini millesimo quingentesimo primo, die vero quindecima mensis decem-

bris. » (Ibid., n° 271). — C. / Missale Constantiense, i5oi. Finale du colophon :

grande rue Saint-Martin, auprès du Pont de Seine1; de 1504 à 1508, il se retrouva seul à la tête de son atelier, dont l’adresse, in vico spirioli , rue de l’Ecureuil, figure sur un seul ouvrage connu2; et ensuite on ne rencontre plus aucune impression signée de lui.

« Impressum Rothomagi, per Johannem Mauditier et Petrum Olivier socios, pro honesto viro Petro Régnault, librario universitatis Cadomensis, ibique in Frigido vico commorantis. Et hoc anno Domini millesimo quingentesimo primo, die vero quindecima mensis decembris. » (Ibid, n° 27g.) — D. / Breviloquium sententiarum S. Bonaventurae, i5o2. Colophon : «Finit Breuiloquium sentenciarum sancti bonaventure doctoris seraphici Episcopi Cardinalis ordinis minorum : nuperrime summa diligentia reuisum atque correctum : necnon pervigili curaJohannis mauditier, Pétri olivier et Guillermi golumier sociorum Impressum Rothomagi. Anno incarnationis dominice Millesimo q uingentesimo secundo Mensis Julii die vicesima quinta. » (Cat. Lormier, n° 4588.) — E. / Missale ad usum famose ac percelebris ecclesie Flelfordensis. i5o2. A la fin : «Rothomagi, opéra et industria M. Pétri Oliverii et Iohannis Mauditier impressorum, impensa vero Iohannis Richardi mercatoris. (J. Weale, Catalogus Missalium, p. 78.)

(1) A. / Manuale Baiocense. i5o3. Au colophon : « Finis Manualis ad usum celebris ecclesie Baiocensis, impressi Rothomagi per Johannem Mauditier et Petrum Olivier socios, ad vicum magnum Divi Martini circum Sequane pontem, impensis Roberti Macé, universitatis Cadomensis cum altero bibliole (sic) priiicipalis, anno salutis millesimo quingentesimo supra tercium, octavo kalendas aprilis. » (L. Delisle, op. cit ., no 25o.) — B. / Missale Macloviense. i5o3. Colophon : « Finis Missalis ad usum celebris ecclesie Macloviensis, recentissime impressi, summa cum opéra et lucubratione non minima emendati ac elaborati Rothomagi, in vico Divi Martini, circum Sequane pontem, per Johannem Mauditier et Petrum Olivier socios, impensis Roberti Macé, universitatis Cadomensis cum altero librarii principalis, anno Domini millesimo quingentesimo tercio, die vero sexta novembris... » (Ibid., n° 285.) — (2) A. / Terentius. i5oq. On lit au colophon : « Publii terenti aphri poete comicorum lepissimi (sic) comedie a guidone iuuenale familiariter exposite vna cum planationibus Jodoci badii ascensii ex multis exemplaribus exactissime castigate optatum hic capiunt finem. Impresse Rothomagi in oflicina Johanni (sic) mauditier in vico spirioli impensa et ere iohanni (sic) Ricardi mercatoris iuxta sacellum diui nicholai commorantis. » (Cf. C. Beaulieux, Cat. de la Rés. xvie s. de la bibl. de FUniv. de Paris, p. 278, n° 71 1 .) — B. / Floretus, cum commento. i5o5. Au colophon : « Hoc opus in civitate Rothomagi juxta limina Divi Laurentii exaratum est, in olficina Johannis Mauditier, impressoris, impensis honesti viri Pétri Régnault, preclarissime universitatis Cadomensis librarii, anno Domini millesimo quingentesimo septimo, decimo calendas junii. » (Cf. L.. Delisle, op. cit., no 184.) — C. / Virgilii Bucolica, cum commento. 1507. Au colophon : « Publii Maronis Bucolica carmina utcunque exposita, Rothomagi nuper impressa per Johannem Mauditier, impensis honesti viri Pétri Régnault, universitatis Cadomensis librarii, anno Domini millesimo quingentesimo septimo, xiiii kalendas novembris. » (Ibid., n° 385.) — D. / Albertus Magnus. Sécréta virorum et mulierum. i5o8. Colophon : « Exaratum est atque impressum Rothomagi, per Johannem Mauditier, impensis et ere Raulini Gaultier, librarii, in vico Magni Pontis commorantis, juxta Fardellum, anno Domini millesimo quingentesimo octavo, die vero xxiii mensis novembris. » (Ibid., n” 12.)

Je ne sais donc pas sur quel fondement Ed. Frère a prolongé jusqu’en 1517 l’exercice de ce typographe. Il est vrai qu’en dehors des livres datés, les seuls que j’aie signalés jusqu’ici, il en est quelques uns qui ne mentionnent pas l’année pendant laquelle ils furent imprimés1, mais il n’y a pas lieu de penser qu’ils soient postérieurs à 1508 et dans tous les cas il faudrait en rapporter une preuve qui ne me semble pas possible en la circonstance.

Jean Mauditier ne fit pas le commerce des livres, il s’est borné à en imprimer, aussi tous les volumes sortis de son atelier portent-ils le nom d’un libraire et ils nous font voir que ses relations, en dehors de Rouen, s’étendaient à Caen, Rennes et Angers. Toutes ses impressions sont exécutées en belle gothique et d’une manière fort correcte, mais on ne lui connaît pas de marque.

Mauger (Jean), imprimeur (?) à Rouen (15 14-15 15).

Voici la note que fournit E. Gosselin sur cet artisan du livre : «Nous trouvons, en 1514, Jehan Mauger, imprimeur demeurant en la paroisse Saint-Maclou. Il était fils dePierre Mauger et de Guillemyne; il avait un frère, nommé Michel, auquel il vendit une maison, sise rue aux Prêtresses, à l’enseigne de la Petite Porte dorée ; c’était cependant dans cette maison qu’il exerçait son art ! d’où l’on pourrait conclure qu’il abandonnait la partie, après un essai malheureux, surtout en présence de l’obscurité dans laquelle son nom était demeuré enseveli jusqu’ici2 ». Jean Mauger était-il maître ou compagnon ? Question bien difficile à résoudre d’une manière certaine; mais comme on ne rencontre aucune impression portant le nom de ce personnage, il semble qu’on doive le ranger, jusqu’à plus ample informé, dans la catégorie des simples compagnons ou des imprimeurs en chambre.

Maurry (Les), imprimeurs à Rouen (1631-1720).

La famille Maurry est l’une des plus connues de toutes celles qui ont exercé l’imprimerie à Rouen : cependant, elle n’offre pas comme tant d’autres une suite nombreuse d’artistes, mais seulement un

(1) Voy. notamment : M. B., t. V, col. 1196 : La vie de saint Jacques ; — L. Delisle, op. cit., n° iq5 : Dialogus Salomonis et Marcolphi; n°23i ; Johannes Josse, Expositiones modorum significandi; nos 35o et 35 1 : Sententie antiquorum

philosophorum. — (2) Glanes, p. 72.

petit choix de typographes aussi distingués par leur talent que par le mérite des éditions sorties de leurs presses.

I. Laurent I (163 1-1669). L’amitié d’un grand homme, dit-on, est un présent des dieux, pour lors celle de deux grands hommes est assurément un trésor inestimable : Laurent I Maurry a eu cette bonne fortune de rencontrer un premier bienfaiteur dans l’illustre archevêque de Rouen, François II de Harlay, puis, de devenir l’éditeur du plus grand poète tragique des temps modernes, Pierre Corneille, et, ainsi porté, eux vivant, sur les ailes de leur renommée, il participe, après leur mort, de l’immortalité de l’un et de l’autre. Probablement fils d’un libraire portant le même prénom, qui avait été admis à la maîtrise en 1602 fi seconde année, je crois, de son existence, Laurent, élevé dans la profession paternelle, ouvrit, vers 1631, un établissement d’imprimerie dans la rue aux Juifs, derrière le Palais, à Renseigne du Cœur fleurissant* ; dès l’année suivante, il fut choisi par François de Harlay comme imprimeur de l’archevêché, et reçut à cette occasion de la munificence de l’éminent prélat, des fontes de caractères, qui sont qualifiés royaux et archiépiscopaux 1 * 3 4. Des caractères identiques, dont les matrices avaient été peut-être acquises par l’archevêque de la succession de Robert III Estienne, servirent un peu plus tard dans l’imprimerie que ce même prélat organisa dans le château deGaillon. Maurry, en 1634, dédia au pontife rouennais un superbe monument typographique, comme témoignage de sa reconnaissance fi et ses presses furent depuis lors, pendant plusieurs années, presque continuellement occupées à des travaux relevant de son emploi : la plupart portent la mention qu’ils ont été imprimés avec les caractères du prélat 5, les autres se bornent à rappeler qu’ils sortent de l’impri-

(1) A. D. S., E. 483, f° 4. — (2) N. F., liasse 1 3 2 . — (3) Gallio. Adriani Behotii, canonici, et magni archidiaconi Rothomagensis, Ecloga. Ad D. D. Franciscum,

archiepiscopum Rothomagensem, Normaniae primatem. // Rothomagi, Ex

typis regiis et archiepiscopalibus. M.DC. XXXII. (In-4. 7 p. Bibl. de Fauteur.) —

(4) Voy. Franciscias sev D. Francisci Assisiatis vita, olim à P. F. Francisco Mauro Minoritâ, eleganti, ac Heroïco carminé decantata : nunc denuô in lucem édita. Cum singulorum librorum Argumentis, & Notis marginalibus. Àddita sunt in fine operis scholia, ad quorumdam locorum elucidationem, cum Periphrasium Poëticarum Indice, in gratiam Iuuentutis Poeseos candidatae. Per F. Ludouicum Caualli Minoritam. Ad Illvstrissimvm ac Reverendissimvm D. D. Franciscvm Harlaevm Archiepiscopum Rothomagensem, Neustriae Primatum. // Rothomagi, Ex Typographia Lavrentii Mavrry, in vico Iudaeorum, post Sacellum Palatij. M.DC.XXXIV. (In-12. 374 p. ch. sll. et la ta. B. N., Yc. 8353.) —

(5) Voy. notamment : A. / Vetvs diploma ecclesiae Gallicanae. Depromptum

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meriede l’archevêché1. Dans le cours de l’année 1634. un conflit s’éleva entre le Parlement de Rouen et François de Harlay, au sujet d’un livre composé par Pierre Morestel, curé de Saint-Nicolas dejla Taille, et intitulé : Le Guidon des prélats et bouclier des pasteurs ; l’archevêque avait fulminé une censure contre cet ouvrage et avait chargé Maurry de l’imprimer, mais celui-ci reçut ordre du Parlement d’avoir à en cesser l’impression. Placé entre deux devoirs également impérieux, le typographe était fort embarrassé, lorsque, heureusement, le Conseil privé du roi, saisi de l’incident mit un terme à ses perplexités, en prononçant la suppression du livre censuré et la cassation de l’arrêt du Parlement, et en ordonnant la continuation de l’impression du mandement litigieux 2. C’est le seul contact qu’ait eu Laurent I avec la justice, et il faut l’en féliciter; ses presses furent d’ailleurs de tout temps occupées à l’impression des plus nobles productions de l’esprit et il n’eut pas dès lors le loisir, à supposer que l’envie lui en fût venue, de s’adonner comme trop de ses collègues à l’industrie de la contrefaçon. J’ai évoqué plus haut le souvenir de Pierre Corneille, dont le typographe rouennais imprima toutes les œuvres, ou à peu près, à plusieurs reprises ; c’est de son officine en effet que sont sorties presque toutes les éditions origi-

ex Archiuis Archiepiscopalis Palatii Rothomagensis. // Rothomagi, Ex Typis Archiepiscopalibus, Apud Lavrentivm Mavrry, Typographum. M.DC. XXXIV. (In-f° placard. B. N., Ld246i.) — B. / Pax promissa, sive pro Perpiniano capto oratio panegyrica . In Rothomagensi Archiepiscopali Schola pro lectionum auspicatione dicta, A Gviî. Marcello, Congr. Oratorij Dom. Iesv Sacerdote, & eiusdem Scholae Archiepiscopalis Rhetore. [Arm. de l’Archev.] Rothomagi, Ex Typis Archiepiscopalibvs, Apud Lavrentivm Mavrry Typographum M.DC.XLII. (I11-4. 3o p. ch. B. N., Lb36 33 1 1.) — C. / loannis Abrincensis episcopi, Qui posteà II. eo nomine Rotomagensis Archiepiscopus fuit, Eiber de Officiis Ecclesiasticis, ad Mavrilivm Rotomagensem Archiepiscopum, Nunc priinùm è Codice Ms. Cœnobij Salicosani in lucem editus, Cum Notis. [Fleuron.] Rotomagi, Ex Typis Archiepiscopalibvs, Apud Lavrentivm Mavrry Typographum. M.DC.XLII. Cum Approbatione, & Licentia. (In-12. 67 p. ch. si 1. et 8 ff. n. ch. pour les Notes et Approbations. B. N., B. 3502.)

(1) Voy. : A. / Patentes de l’église gallicane, tirées des archives du Palais Archiépiscopal de Roüen. [Arm. de l’Archev.] A Roven, En l’imprimerie de l’Archevesche, Chez Lavrens Mavrry, rue aux Iuifs, derrière la Chappelle du Palais. M.DC. XXXVII. (In-4. 8 p. ch. B. N., Lk3 554.) - B. / Le Voev de la Reyne, ov la fondation de la chappelle de Nostre Dame de la paix size a Sahvrs. [Arm. de PArchev.J Roven, En l’Imprirrterie de l’Archevesché, Par Lavrens Mavrry, rué aux Iuifs, derrière la Chappelle du Palais. M.DC'XXXIX. Avec approbation, et permission. (In-4. 102 p. ch. sll. B. N., Lk7 8524.) — (2) A. N., V6 99, Arrêt du 1" septembre 1634. Il a été imprimé sous ce titre : — Extraict des Registres du Conseil Privé du Roy. (S. 1. n. t. n. d. Pet. in-8. i3 p. B. N., F. 4705 1 , -pièce 41 .)

nales, si recherchées aujourd’hui, des œuvres de l’illustre poète. Je n'entre dans aucun détail à ce sujet, la savante Bibliographie Cornélienne de M. Picot en apprenant beaucoup plus aux lecteurs que tout ce qu’ils pourraient tirer de mes faibles moyens. Je me bornerai donc à ajouter à ces quelques notes que Laurent I Maurry fut également l’éditeur de Thomas Corneille, de Guillaume de Brebeuf, de Scarron, de Scudery, et de plusieurs autres auteurs moins connus. Après une honorable carrière de près de 40 ans, après avoir quatre fois rempli, — en 1639, 1643, 1649 et 1658 l, — les fonctions de garde de la Communauté, Laurent I décéda vers 1669 ; il laissait au moins trois fils : Laurent II, Antoine I et David, qui eurent chacun un établissement typographique distinct.

IL David (1649-1681). Fils du précédent, il s’établit, d’après Frère2 * 4, en 1649, et exerça la profession d’imprimeur et libraire jusqu’au moment de son décès, arrivé le 11 février 1681 3 ; il avait été garde de la Communauté en 1665 et 1 673 4 . Son atelier, sis rue l’Aumône, à l’enseigne du %oi Prophète , ne fut jamais très florissant, semble-t-il, et ses productions sont assez rares. David avait épousé une Catherine Lévesque, dont il eut notamment un fils, Jean-Baptiste5 * *, mort neuf jours après sa naissance.

III. Laurent 11(1653-1711). Frère du précédent, il avait vu le jour à Rouen vers 1632 6 et avait été reçu maître le 23 décembre 1643 7 ; il ouvrit, le 4 juillet 1^53 8, un établissement d’imprimerie dans la rue Neuve Saint-Lô, à l’enseigne de Y Imprimerie du Louvre 9 et une boutique de libraire dans la cour du Palais. Sa production ne le cède guère à celle de son père ni par le nombre ni par la qualité, et comme ce dernier, Laurent II fut imprimeur de

(1) Voy. suprà, pp. 18 et 19. — (2) N. F., liasse î32. — (3) A. R., Paroisse

S. Lô, reg. 2 : « Le 12 febvrier 1681, a esté inhumé en l’église le corps de David

Maurry, aagé de 49 ans, en présence de Laurens et Antoine Maurry, frères. » —

(4) Voy. suprà, pp. 19 et 20. — (5) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 3 : « Le 23 octobre 1678, a esté baptisé Jean-Baptiste, né du jour d’hier, fils de David Maurry et de Catherine Lévesque, ses père et mère. Le parrain, Jean-Baptiste Lévesque, la

marraine, Geneviefve Delamare. » — (6) D’après la supputation de son âge (70

ans) déclaré par lui à l’enquête de 1701 (B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 4i5). — (7) A.

D.S.,C. 145 (Enquête de 1706). — (8) Ibid. — (9) Voy. notamment : — Le Desa-

bvsement, svr le brvit qui covrt de la prochaine Consommation des Siècles, fin du Monde, & du lour du Iugement Vniuersel. Contre Perrieres Varin, qui assigne ce lour en l’année 1666. Et Napeir Escossois, qui le met en l’année 1668. Parle Sieur F. de Covrcelles. [Fleuron.] A Roven, par Lavrens Maurry, rue neuve S. Lo, à l’Imprimerie du Louvre. M.DC.LXV. Avec Permission. (In 12. 1 36 p. ch.

sll. B,N.,D. 12684.)

l’archevêché l, et garde de la Communauté, pendant les années 1657, 1 666, 1668, 1684 et 1699 2. Son imprimerie, qui ne se composait que de deux presses3, fut conservée par l’arrêt du 18 mars 1709 4, mais Laurent II mourut peu de temps après, car le rapport de l’intendant de Rouen, du 9 mai 1714, ne fait plus mention que de sa veuve et ajoute qu elle était pauvre, n’avait gardé qu’une presse et peu de caractères et n’imprimait plus que pour les cartiers5. Je pense qu’un certain Laurent Maurry, établi libraire sur le quai, à l’enseigne du Cœur volant 6, était leur fils.

IV. Antoine I (1659-1682). Troisième fils de Laurent I, il s’était établi en 1659 7 dans la rue Saint-Lô, près le Palais et tenait en même temps boutique sur la montée du Palais 8. Bien qu’il ait été garde de la Communauté en 1672 9, ses affaires ne furent jamais très florissantes, ce qui explique qu’il se soit adonné à des travaux de contrefaçon ; poursuivi au sujet de l’un d’eux, par Jacques Rohault, professeur de mathématiques et auteur d’un Traité de physique, qu’il avait furtivement réimprimé, il fut l’objet d’une saisie et d’une condamnation à des dommages-intérêts10. Somme toute, Antoine I n’a guère produit que des nouvelles à la main et autres

(1) Histoire des archevesqves de Rovën : dans laqvelle il est traité de leur Vie & de leur Mort, de leurs differens Emplois, des Affaires qu’ils ont negotiées auant et depuis leur Promotion. Avec plvsievrs lettres des papes, des Roys de France, des Ducs de Normandie, & des Roys d’Angleterre, & diuerses Particu- Jaritez qui regardent l’Estat de la Religion Catholique durant leur Administration. Le tout recueilly de plusieurs Livres, tant Imprimez que Manuscrits, & des Archiues & Registres de l’Eglise Cathédrale, des Abbayes & autres lieux de la Prouince de Normandie. Par un Religieux Bénédictin (François Pommeraye) de la Congrégation de S. Maur. [Arm. de l’archev.] A Rovën, chezLavrens Mavrry, Imprimeur de l’Archeuesché, ruë Neuve S. Lo, à l’Imprimerie du Louvre. M.DC.LXVII. Avec privilège dv roy, et approbation des doctevrs. (Inf°. Titre

r. et n., 680 p. ch. sll. et la ta ; Portr. de François III de Harlay, gr. parJollain, d’après P. de Champagne. B. N., Lk3 558.) — (2) Voy. supra, pp. 19, 20 et 21. — -

(3) A.D.S., C. 145 (Enquête de 1706). — (4) Voy. Documenta, n° 733. — (5) Voy.

Documenta, n“ 752. — (6) Voy. notamment : — Le Catéchisme de Sainte The-

rese, Contenant toute la Doctrine necessaire pour la vie spirituelle. Par le R. P.

Pierre Thomas de Sainte Marie, Carme Déchaussé. [Fleuron] A Rouen, chez

Laurens Maurry, sur le Quay, au Cœur Volant. 1672. Avec Approbations & Privilège. (In 12. 472 p. ch. sll. et la ta. B. N., D. 18048). — (7) N. F., liasse i32.

— (8) Voy. notamment cette pièce curieuse : Description d’un monstre dont une

femme de la ville de Rouen accoucha le mois d’octobre 1672. [Fleuron.] A Rouen, De l’Imprimerie d’Antoine Maurry, tenant sa Boutique sur la montée du Palais. M.DC.LXXIII. (In 4. 2 ff. pour la dédicace signée de Germain L’Honoré, docteur en médecine à Rouen; au ve du 2% la figure du monstre en question; 18 p.ch. B. N., Tb73 26.) — (9) Voy. supra, p. 19. — (10) Voy. Documenta, nos 674 et 675.

G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III.

menus travaux; ii passa de vie à trépas le 23 février 1682 L

Geneviève Delamare (1682-1692), sa veuve, lui succéda, donna quelques ouvrages peu importants aussi 2 et, en 1692, céda la place à Antoine II Maurry, son lîls, qui allait bientôt donner à l’établissement un lustre qu’il n’avait jamais connu.

V. Thomas (1670-1680). Je ne connais pas les liens de parenté qui pourraient le rattacher aux autres Maurry, mais il était bien certainement de la même famille et peut-être fils d’un Louis Maurry, qu’on rencontre, en 1661 et 16623, s’adonnant au commerce des livres, près de Notre-Dame, devant l’Albane4, puis sur le quai, près de la porte du Crucifix A Quoi qu’il en soit, Thomas ouvrit une imprimerie vers 1670°, dans un quartier de Rouen qu’aucune indication ne m’a révélé et travailla surtout pour des libraires, notamment pour Louis Billaine, de Paris7. Il fut garde de la Communauté en 1675 8 et termina sa carrière, suivant Frère, en 1680.

VL Antoine II (1693-1712). Né à Rouen vers 1672 9, il était fils

(1) A. K., Paroisse S. Lô, reg. 2: « Le 25 février 1682, a esté inhumé en l'église le corps d’Antoine Maurry, mort d’avant hyer, aagé de 40 ans, en présence de Laurens Maurry et d’Antoine Ferrand. » — (2) Aroy. entre autres: — Triginta anagrammata Faustissimi nominis et ominis Illustrissimi Domini D. Renati de Marilliaco adversus Calvinistas. Trente anagrammes sur le nom de Mr de Marillac Contre les Calvinistes. Par le R. P. Claude Louis Valtrin Augustin, Docteur en Théologie de la Faculté de Paris. [Corbeille de fruits.] A Rouen, De l’Imprimerie de la Veuve d’Antoine Maurry, rué S. Lo, près le Palais, M DC.LXXXV. Avec permission. (In 4. 26 p. ch. B. N., Yc. 1785 ) — (3) Frère (Notes, liasse 1 3 2 ) dit qu’il exerça jusqu’en 1 685 . -- (4) Lettre dv R. P. I. Bap. De la Barre, de la Compagnie de Iesvs, A Monsievr Bochard, Ministre de l’eglise Prétendue Reformée de Caën, Svr le sviet de l’vnion que ceux de sa Religion ont faite avec les Lvtheriens. Avec la demande d’une Réponse précise sur les Points proposés. Iouxte la Copie imprimée avec permission. [Panier de fruits.] A Roven, chez Lovys Mavrry, près N. Dame, devant l’Albane. M.DC.LXL (In 12. 16 p. ch. B. N., D. 22 178.) — (5) Les Secrets dv seignevr Alexis piémontois Reueu, & augmenté d’une infinité de rares Secrets [Fleuron.] A Roven, chez Lovys Mavrry, tenant sa boutique sur le quay, près la porte du Crucifix. M.DC. LXII. (In 8. 705 p. si 1. et la ta. B. N., Te18 16 d). — (6) N. F., liasse 1 32. — (7) Bibliotheca bibliothecarum curis secundis auctior. Accedit Bibliotheca nummaria in duas Partes tributa : I. De Antiquis Numismatibus. IL De Monetis, Ponderibus & Mensuris. Cum Mantissa Antiquariae Supellectilis ex Annulis, Sigillis, Gemmis, Lapidibus, Sta- Uiis, Obeliscis, Inscriptionibus, Ritibus, similibusque, Romanae praesertim Antiquitatis Monimentis collecta. Cura & studio R. P. Philippe Labbe Biturici è Societate Jesu. Editio secunda auctior, & meliori ordine disposita. // Roihotnagi, Excudebat Thomas Maurry, Impensis Ludovici Billaine, Bibliopolae Parisiensis apud quem prostat. M.DC.LXX1I. (In 12. 098 p. ch. s 1 1 . B. N., Q. 4076.) — (8) Voy. suprà, p. 20. — (9) D’après la supputation de son âge au moment de son décès.

SEINE-INFÉRIEURE

d’Antoine I et de Geneviève Delamare ; le 15 juin 1677 , il avait été reçu maître1, et le 23 avril 1692 2, il avait succédé à sa mère dans l’établissement d’imprimerie de la rue Saint-Lô, qu’Antoine I avait fondé plus de trente ans auparavant. La carrière de ce typographe fut courte, mais bien remplie, surtout pendant les dernières années. Il avait tout d’abord, semble-t-il, commencé par végéter commeson père, ce qui ne l’avaitpas empêché d’ailleurs d’être élu au gardiennat en 1 6 9 4 3 , puis, tout à coup, à la suite du décès de Pierre II Ferrand, il devint l’un des imprimeurs les plus en vue de la capitale normande.

Par sa mère, qui, avant d’épouser Antoine I Maurry, avait été la femme d’Antoine Ferrand, il était le frère utérin de Pierre II Ferrand : celui-ci disparu, Antoine II Maury recouvra en premier lieu l’enseigne de 1 Imprimerie du Louvre , sous laquelle son oncle, Laurent II Maurry, avait travaillé, et qui, à la suite de je 11e sais quelles circonstances, était devenue la propriété des Ferrand. Il obtint en second lieu, en vertu de lettres de provision du 23 février 1699 4, la charge d’imprimeur du roi que Pierre Ferrand avait remplie. Enfin, ayant épousé, le 14 octobre précédent, AnneDron5, veuve de Julien III Courant, qui d’ailleurs était sa cousine, il put réunir entre ses mains la clientèle de trois établissements, sans compter qu’à partir de 1702, il devint l’imprimeur de l’archevêché. Est-ce chez lui que s’imprimait, en 1700, une Histoire du Jansénisme , dont on se montrait inquiet à la Cour6, la chose est bien possible, car il se chargeait volontiers de travaux considérables, non seulement pour les auteurs7, mais encore pour des libraires, même de

(1) A.D.S., C. 145 (Enquête de 1706;. — (2) Ibid. — (3) Voy. supra, p. 21. — (4) Voy. Documenta, n° 711. — (5) — A R , Paroisse S. Lo, reg. 3 : « Du 14 octobre 1698, Anthoine Maurry, âgé de 25 ans, fils de feu Anthoine Maurry et de feue Geneviefve Delamare, de cette paroisse, d’une part, et Anne Dron, âgée de 26 ans, veuve de Jullien Courant, aussi de cette paroisse, d’autre part, ont esté solennellement mariés en nostre église, en présence de Laurens Maurry et Noël Guillotte, oncles dudit Anthoine Maurry, et de Guillaume Dron, oncle, et Marian Arnoul, cousin de la mariée. » — (6) Voy. Documenta, n°7i3.' — (7) Voy. entre autres: A / Histoire sommaire de Normandie, Par le S1' de Masseville. Première Partie. [Arm. de Normandie.] A Rouen, chez

P. Ferrand & A. Maurry, ruë S. Lo, prés le Palais, à l’Imprimerie du Louvre.

M.DC.XCVIIL Avec privilège du Roy. [In 12.6 vol.B.N., Lk2 1 2 1 2 a.) A. Maurry

acheva seul les cinq autres parties ou volumes. Le dernier parut en 1704. — B / Tables géographiques et chronologiques de tous les archeveschez et eveschez

de l’univers; Où l’on voit dans un abrégé métodique & succinct, l’Etat ancien

& présent, tant de l’Eglise Latine que de l’Eglise Gréque, & des autres Com-

muniops de la Chrétienté; la situation & distribution de toutes les Provinces

Paris1. Son personnel, sinon son matériel, était assez important: l’enquête de 1701, par exemple, nous apprend qu’Antoine II possédait deux presses et qu’il employait quatre compagnons, tous reçus maîtres, savoir : Denis Hubault, Michel Le Roux, Jean-Baptiste Yeurv, Louis Hubault2 ; et celle de 1706 constatait la présence chez lui de six compagnons : Denis Hubault et Michel Le Roux, déjà nommés, plus David Yeury, Pierre Amiot, Laurens Yeury et « le nommé Godard 3 ;>. On ne sera donc pas étonné qu’avec ce personnel nombreux et parfaitement sélectionné, Antoine II Maurry ait beaucoup produit, ni surtout que ses travaux soient de tous points remarquables ; son outillage était excellent aussi et comprenait tonte une série de caractères elzéviriens et de vignettes et bandeaux copiés sur ceux qu’employaient les célèbres imprimeurs hollandais, de telle sorte qu’on a quelquefois classé parmi les éditions elzéviriennes un certain nombre de productions du typographe de Rouen, qui s’en rapprochent d’ailleurs étonnamment4. L’un des derniers ouvrages sortis de ses presses peut être considéré comme l’une des plus jolies éditions de la Coutume de Normandie5, qui aient paru depuis les belles impressions gothiques du commencement du xvie siècle.

Eclésiastiques, les noms des Archevêchez et Evêchez, leurs érections, unions, translations, supressions, prérogatives, revenus, &c. Avec des Tables Alphabétiques tres-amples, tant des Noms Latins que des Noms Vulgaires. Par Monsieur l’Abbé de Commanville. / / A Rouen, Chez Antoine Maurry Imprimeur ordinaire du Roy, prés S. Lo, à l’Imprimerie du Louvre. M. DCC. Avec aprobations & Privilège du Roy (In 8. 378 p. ch. pour le texte et 275 p. ch. pour les Ta. B. N., 80 G. 8064).

(1) Dissertation sur Sainte Marie Magdeleine. Pour prouver que Marie Magdeleine, Marie sœur de Marthe, & la Femme pecheresse, sont trois femmes différentes. Par le Sieur Anquetin, Curé de Lyons. [Fleuron.] A Rouen, & se vend A Paris, Chez Jean Anisson Directeur de l’Imprimerie Royale, rué de la Harpe. M.DC.XCIX. Avec privilège du Roy. [A la fin:] De l’Imprimerie d’Antoine Maurry. [In 12. 349 p. ch. sll. B. N., A. 7905.) — (2) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 414. — (3) A.D.S,, C. iq5. — (4) Voy. par exemple : A / Les Veritez plaisantes, ou le monde au naturel. [La sphère elzev.] A Rouen, Chez Maurry Imprimeur du Roy & et de Monseigneur l’Archevêque. M.DCCII. Avec privilège du Roy. In 12 524 p. ch. sll. B. N., Ye 8416.) — B./ Les Georgiques de Virgile, traduites en vers françois. Ouvrage posthume de Mr Martin. [La sphère] A Rouen, De l’Imprimerie de Maurry Imprimeur ordinaire du Roy, au coin de la Fontaine S. Lo. M.DCCVIII. Avec privilège du Roy. (In 8. 117 p. ch. sll. B. N., Yc. 5517.) — (5) Coutumes du pays et duché de Normandie, Anciens Ressorts & Enclaves d’icelui. Augmentées... Nouvelle et derniere édition. //A Rouen, Chez Maurry Imprimeur ordinaire du Roy prés S. Lo. M.DCCXII. Avec privilège du Roy. (In 16. 420 p. ch. sll. et la ta. B. N., F. 27595.)

SEINE-INFÉRIEURE

Malgré tant de travaux, Antoine II Maurry ne se laissa pas complètement absorber par la conduite intérieure de sa maison, il sut à l’occasion défendre ses privilèges d’imprimeur de Sa Majesté 1 * et il n’hésita pas à accepter les fonctions de Syndic, que lui confièrent ses collègues en 1707 et dans lesquelles le roi le confirma en 1708 Il montra même tant de dévouement et de condescendance pour ses confrères dans l’accomplissement des devoirs de cette charge, qu’un libraire de Paris, Jacques Estienne, alla jusqu’à l’accuser de favoriser les contrefaçons rouennaises 3. Antoine II Maurry était encore plein de force et d’activité lorsque la mort vint l’arracher à ses presses le 22 octobre 1712 4. Avec lui s’éteignait à Rouen une famille qui a laissé un bon renom d’habileté dans l’art typographique. Sa veuve, Anne Dron, convola pour la troisième fois avec un imprimeur, Jean-Baptiste II Besongne, auquel elle apporta une grande partie du matériel du défunt et son enseigne de Y Imprimerie du Louvre , mais ce fut sa dernière union, qui, au surplus, se prolongea durant de longues années encore 5.

Michel (Marin) imprimeur à Rouen (1615-1680).

Reçu maître en 1609 6, il était, d’après le registre des gardes de la Communauté, fils d’un autre maître, probablement du libraire Nicolas Michel, qui, suivant Frère7, aurait cessé d’exercer précisément en 1609, or ce libraire remplissait les fonctions de garde dans le cours de cette même année 8. Quoi qu’il en soit, il ne semble pas que Marin Michel se soit installé immédiatement après son admission à la maîtrise, car c’est seulement en 1615 qu’on trouve son atelier en activité9 ; pauvre atelier d’ailleurs, qui 11’a jamais produit, je crois,

(1) Voy. Documenta, n° 715. — (2) Cf. Documenta, n° 731. — (3) Cf. Docu-

menta, n° 726. — (4) A. R., Paroisse S. Lô, reg, 5 : « Du 23 octobre 1712. Le corps

de feu le sieur Antoine Maurry, imprimeur ordinaire du Roy à Rouen, décédé

le jour d’hyer muni..., âgé de 40 ans ou environ, a esté inhumé dans la chapelle

de la Vierge de nostre église, en présence des sieurs Jean Lévesque et Louis

Daubin, ses oncles, » — (5) Voy. suprà, p. 80. — (6) A.D.S., E. 482, f° 12. —

(7) N. F., liasse 1 3 3 . — (8) Voy. suprà, p. 16. — (9) A. / Lettre du Roy envoyée à messievrs les Preuost des Marchands & Escheuins, tant sur l’Eschange des Infantes, qiLEntrée de la Royne à Bayonne, & son Ariuée à Bordeaux. [Arm.

de France et de Nav.] A Roven, Par Marin Michel, au haut de la rue Fleuriguet

à la Pomme d’Or. louxte la coppie Imprimée à Paris, par Syluestre Moreau. Auec Permission. M.DC.XV. (Pet. in 8.4 p. ch. B. N., Lb3e 662 a.) — B. / Lettre dv Roy d’Angleterre. Enuoyee à Monsieur le Duc de Mayenne. [Fleuron.] A Roven, Par Marin Michel, demeurent (sic) à la ruë de la Pome d’Or à S. Nigaise. louxte la coppie imprimée a Paris par Iean Bourriquant, au

GAI. LIA TYPOGRAPHICA

que des nouvelles à la main , criées sans doute par la ville, aussitôt sorties de la presse, par le typographe lui-même. J’ai vu de ces impressions portant les dates de 1 6 1 6 et 1617 1 , mais pour les années postérieures, sauf pourtant 1619, j’ai vainement cherché la moindre production de ce Michel, qui cependant exerça sa profession longtemps encore, puisque, en 1626, 1634, 1642, 1643, 1648 et 1655, il a rempli les fonctions de garde -. Peut-être n’a-t-il plus travaillé qu’anonymement pour des libraires. Frère, dans ses Notes, donne l’année 1666, comme étant celle où Marin Michel termina sa carrière ; cette date est de fantaisie, car l’existence de ce typographe se prolongea jusqu’en 1680 :5 ; sans doute n’imprimait-il plus depuis plusieurs années, et l’endroit où il décéda peut laisser supposer que ses affaires ne l’avaient pas conduit sur le chemin de la fortune. Je n’insiste pas sur son adresse ni sur ses enseignes qu’on trouvera dans les notes ci-dessous; j’indique seulement, d'après Frère, qu’il avait épousé une Marie Noblet, qui le précéda probablement dans la tombe.

Morel (Les), imprimeurs de Rouen (1521-1600).

Frère indique dans ses Notes 4, qu’un Cardin Morel aurait exercé

mont sainct Hilaire, près le puits Certain, au Lys fleurissant. Auec Permission. (Pet. in 8. 7 p. ch. B. N., Lb36 644 a).

(1) A. / Discovrs svr la Conférence faicte ces iours passez, entre Monseigneur le Prince de Condé, & Monseigneur le Duc de Neuers, pour le suiect de la paix. [Vignette.] A Roven, Chez Marin Michel, à Sainct Nigaise à la rue de la Pomme d’Or. Iouxte la coppie imprimée à Paris, par Anthoine du Brueil. M.DC.XVI. Auec Permission. (Pet. in 8. 8 p. ch. B N., Lb36 728 a). — B. / La conversion de P. Marcha sievr de Pras. Cy deuant Ministre en Viuarais és pays de Languedoc. [Fleuron.] A Roven. Chez Marin Michel, Maistre Imprimeur, demeurant à la rué Fleuriguet près de Sainct Viuien. Auec Permission. 1617. (Pet. in 8. 8 p. ch. B. N., Ln27 13440.) — C. / La dignité royalle. Présentée à la bien venue & retournée du Roy. Auec l’original des aggreables intitulations Historiées par Pierre Beaunis, Sieur des Viettes, Historiograffé du Roy. Du depuis l’an de la récréation, saize cens vn, iusques à l’an saize cens dixhuict. [Vignettes.] A Roven, De l’Imprimerie de Marin Michel, le 24. de Nouembre & 29. de Décembre, Fan saize cens dix-sept. (Pet. in 8. 8 fl’, n. ch., sign. Aii-B. B N., Lb36 1102.) Les vignettes du titre sont deux vieux bois mutilés, représentant, l’un un personnage couronné et accoudé, paraissant montrer de la main dr. l’autre bois qui est une pièce de monnaie portant ces mots dans l’exergue : « La Figvre povr faire des qvadrvbles valant [... ?...] p[ouJr le Roy Lois XIII. » — (2) Voy. supra, pp. 17, 18 et 19. — (3) A. R., Paroisse S. Jean, reg. 1 : « Le 25e septembre 1680, mourut en l’Hostel Dieu de la Magdeleine, à Rouen, Martin (sic) Michel, aagé d’environ 80 ans, maistre imprimeur, et fut inhumé le 26e en cette église, présence de Laurent Pocholle, vitrier, et de Philippe Aline, aussi imprimeur. » — (4) Liasse 1 33.

SEINE-INFERIEURE

l'imprimerie à Rouen en 1521, et un Claude Morel, en 1600; il cite même pour ce dernier un ouvrage mentionné dans le Catalogue du libraire Potier, de 1855, sous le numéro 1837, et intitulé : La Muse folastre, recherchée des plus beaux esprits de ce temps. Je n’ai pas rencontré la moindre confirmation de ces renseignements et je n’enregistre que pour mémoire les deux personnages en question.

Morin (Les), imprimeurs à Rouen (1490-1523).

I. Martin (1490-15 22). Voici le phénix des imprimeurs rouennais, mais qu’on se garde bien de le considérer, avec les écrivains normands d’autrefois, comme l’introducteur de l’imprimerie en France : il est le plus ancien et le plus illustre des typographes de Rouen, et c’est assez pour lui assurer une glorieuse immortalité. On a dit et répété que Martin Morin était natif de Rouen ; il a fallu, pour soutenir une telle affirmation, torturer les textes et leur faire dire plus qu’ils ne contiennent; en fait, ce typographe s’est à. plusieurs reprises qualifié Civis Rothomagensis , c’est à dire citoyen ou habitant de Rouen, constatation d’un état de chose évident, mais jamais il ne s’est proclamé oriundum ex Rothomago , ni même simplement Rothomagensem , ce qui eut été l’attestation de son origine. Était-il au moins d’extraction normande ? Il y a tout lieu de le penser et il y a même de fortes présomptions de croire qu’il avait vu le jour à Orbec, dans le pays de Lisieux ou Lieuvin. Gosselin a en effet rencontré dans les registres du tabellionage de Rouen, mention de divers « biens et héritages, maisons, masures et terres », que Martin Morin possédait dans cette localité et qui lui étaient échus à la mort de son père, suivant acte de partage du 30 janvier 1483 1 ; il y avait également un frère, portant le prénom de Jean, qui se trouvait encore à Orbec en 1521 et avec lequel Martin passait divers accords en 1522, au sujet de biens ruraux indivis entre eux et dépendant du même terroir. Quant à la date de sa naissance, on peut la fixer approximativement entre les années 1455 et 1460, puisque, en 1483, lors du partage dont il a été parlé plus haut, il était déjà majeur. Ces deux premiers points élucidés, il convient d’examiner si, comme on l’a cru longtemps, Martin Morin s’en fut apprendre la typographie en Allemagne ?

Les bibliographes et les typographologues ont eu la trop longue

(i) Gosselin, Glanes, p. 55.

GALLIA TYPOGRAPH1CA

habitude de considérer la plupart de nos premiers imprimeurs

français comme étant sortis des écoles allemandes : or, l’art

typographique français avait pris un si rapide et si brillant essor, sa conception du livre était si différente de celle usitée de l’autre côté du Rhin, qu’il n’est pas douteux que dès avant 1480 une école essentiellement française existât, où se sont recrutés presque tous nos typographes de la région au nord de la Loire. M. H. Labande l’a démontré d’une façon lumineuse1; le centre de cette école était à Paris et Morin lui appartient sans contestation possible. C’est dans l’un des ateliers de la capitale qu’il alla s’initier à l’art sublime, entre 1483 et 1487; ensuite de quoi il revint au pays normand et mit son talent au s rvice de uul'h’ime Le Talleur. Je ne reviens pas ici sur ce que j’ai dit au sujet de^ relations de Martin Morin avec ce dernier et je passe immédiatement à l’époque où il se trouva personnellement à la tête de l’officine de la rue Saint-Lô, dans laquelle il a ensuite exercé son art pendant trente années, sous l’enseigne de Saint-Eustache.

Le nombre des livres imprimés par le prototypographe rouennais durant ce laps de temps a dû être considérable ; on ne les connaît pas encore tous, mais, telle que j’ai pu la dresser, la liste en est imposante déjà. Frère en avait énuméré 27 portant une date et t 2 non datés, à la suite de son opuscule sur l’imprimerie et la librairie à Rouen dans les xve et xvie siècles ; l’exposition bibliographique de Rouen, en 1887, en avait pu réunir 26; voici le catalogue de 78 productions de cette imprimerie, dont 58 datées et 20 non datées. Je ne vais indiquer que très sommairement le titre de ces ouvrages, puisque je renvoie le lecteur aux travaux des bibliographes qui les ont décrits d’une manière plus ou moins détaillée, mais je donnerai en note la description de ceux qui, exceptionnellement, ne l’ont pas encore été. Ce catalogue comprend d’abord, par ordre chronologique, les productions de Martin Morin qui portent une date, et en second lieu, par ordre alphabétique de titres ou de noms d’auteurs, celles parues à une époque indéterminée.

(1) L’Imprimerie en France au xv' siècle. Etude sur sa propagation dans les différentes villes et sur l’influence exercée par les typographes d’origine allemande. (Mayence, 1900. In 4.)

SEINE-INFÉRIEURE

OS) r49é;

A. — Ouvrages datés 1

— Missale Cenomanense. (Cop. 41 11.)

22 juin. — Mirkus, Liber festivalis. (Hain, 703 1 . — F.)

— Breviarium Rothomagense. (Pellechet, 2936. —

Thierry-Poux, pl . XXXIV, 4 et 5. —F. — M. F.,

— Catholicon abbreviatum. (Delisle, Liv. publ. à

Caen, I, p. 89.)

— - Breviarium Sarum. (E. A., 32. — F.)

12 octobre. — Missale Sarum. (Cop. 4227. — E. A., 21. — F.)

10 janvier (n. s.) — Coutumes de Bretagne. (Pellechet, 4020. — Thierry-Poux, pl. XXXIV, 7.)

17 avril. — Missale Turonense. (Cop. 4257.)

— - Profectus religiosorum. (H., 13389. — F.)

— Guy de Montrocher, Manipulus curatcrum. (F. —

Cat. Lormier, 4566.)

21 juin. — Chrysostomus, Dereparationelapsi. (Proctor, 8774. — Cat. Lormier, 4567.)

18 novembre. — Missale Rothomagense, (H. 11418.—

F. — xM. F., II, 313.)

— Missale Sagiense. — (Cop. 4222. — F. — Delisle,

op. cit ., I, 290. — M. F., II, 315.)

16 septembre. — Guy de Montrocher, Manipulus curatorum. (Proct., II, 560. — F.)

3 novembre. — Breviarium Sarum. (Cop. 1313.)

— Antonius Bitonto, Sermones. (H. 3225. — F.)

— Nicolas de Lyre, Postilla in psalmos. (H. 10380. — F.) 10 avril. — Missale Ebroicense. (H. C. 11297. —

F. — M. F., II, 312 — Porée, Liv. liturg. du dioc. d'Evreux, pp. 20-26.)

(1) Les diverses abréviations données sont bien connues, sauf les suivantes dont voici la clef : F., veut dire : Frère, De V imprimerie et de la libr. à Rouen

dans les XVe et XVF s. — M. F., signifie : Frère, Manuel du bibliographe normand. — E. A. doit se traduire par : Frère, Des livres de liturgie des Eglises d’Angleterre imprimés à Rouen.

GAI.LIA TYPOGRAPHICA

2 juin. — Breviarium Sarum. (Cop. 1314).

4 décembre. — Missale Sarum. (Cop. 4224. — F. — E. A., 22.)

20 janvier (n. s.) — Nicolas de Lyre, Expositio super Ep. et Ev. (Proct., 8777.)

— Manuale Sarum. (Cop. 4229. — E. A. 34.)

22 juin. — Mirkus, Liber festivalis. (H. 7035.)

(n. s.), 26 mars. — Missale Rothomagense. (H. r 1419. —

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