‹ Gallia typographica (volume 2)Chapitre 9 sur 176 · VO · texte numérisé non relu

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Jacques Nicolas

Impr. (1757-1762)

époux de

Marie - Madeleine

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Jacques-Jean-Louis

Guillaume

Impr. (1776-1786) époux de

Catherine Panet

dont postérité

abandonné son état. Il avait encore rempli les fonctions de Garde en 1649 et 1656 L Jacques II conserva pendant quelques années l’atelier paternel, où il donna, en 1656, un opuscule intéressant pour l’histoire des mœurs médicales au xvne siècle 2, puis il transféra ses presses dans la rue Saint-Lô ; on l’y rencontre dès 1 666 3. Sa production n’est guère plus remarquable que celle de son père, mais il a le prestige d’avoir été pourvu d’une charge d’imprimeur du roi et, en cette qualité, il a imprimé un bon nombre de documents officiels.

Ce typographe mourut, comme on l’a vu, dans un âge très avancé ; il avait épousé, à une époque contemporaine de ses débuts, une Jacqueline Mauger, qui le précéda de quelques années dans la tombe 4, après lui avoir donné une nombreuse postérité : Laurent et Jean-Baptiste, deux de ses fils, ont une notice ci-après ; trois autres, Jean, David et Louis5, se contentèrent d’exercer le commerce des livres ; enfin, une de ses filles, Geneviève, fut la femme d’un libraire, Louis Dumesnil, et mourut après trois ans de mariage seulement 6.

4* may 1699. Le corPs de feu Jacques Besongne, âgé de 85 ans, décédé du 3*,.*a esté porté et inhumé dans la chapelle de la Vierge du prieuré de St Lô,... en présence de Laurens et Jean-Baptiste Besongne, ses deux fils. »

(1) Voy. suprà, pp. i8et 19. — (2) Advis av pvblic svr les diflerens svscitez aux médecins de la Ville de Roüen, par les Apothicaires. Ov il est représenté, Comme l’on peut, & l’on doit faire charitablement la Medecine. Par Maistre Jacqves Bovionnier, Docteur en Medecine, aggregé au College de Roüen, & Préposé pour la Charité & la Santé. [Petit panier de fleurs.] A Rouen, Chez Iacqves Besongne, dans la Cour du Palais. M.DC.LVI. (In-12. 4.5 p. ch. B. N., T18 48.] — (3) Edit du Roy, sur la création et etablissement d’une Place commune & Jurisdiction des Prieur & Consuls des Marchands de la Ville de Roüen. [A la fin :] A Rouen, chez Jacques Besongne, Imprimeur ordinaire du Roy, rue S. Lo, vis-à-vis la grande Porte du Palais, (In-4 S. d. ( 1 666) . 16 p. ch., B. N.» F. 236io, pièce 227.) — (4) A. R., Par. S. Lô, Reg. II : « Le 22e décembre 1 685, a esté inhumé en l’église le corps de Jacqueline Mauger, aagée de 63 ans, morte du 20... en présence de Jean, Laurens et Jean-Baptiste Besongne, ses enfans... » — (5) A. R., Par. S. Lô, Reg. des b., m. et d. de 1677-68 . « Le 21 de may 1668, ont esté mariez, après la publication de trois bans en ceste église, Louis du Mesnil, aagé de 22 ans, fils de deffunct Louis du Mesnil et de Geneviefve Fillastre, ses père et mère, et Geneviefve Besongne, fille de Jacques Besongne et de Jacqueline Mauger, aagée de 19 ans, en présence d’Alphonse Fillastre, ayeul dudit du Mesnil, aagé de 72 ans, de Geneviefve Fillastre, mère dud. du Mesnil, aagée de 42 ans, de Jean du Mesnil, frère dud. du Mesnil, aagé de 20 ans, et de Jacques Besongne, père de lad. Geneviefve, aagé de 53 ans et demi, de Jacqueline Mauger, mère de lad. épouse, aagée de 5q ans, et de Jean Besongne, frère de lad. Geneviefve Besongne, aagé de 28 ans... »- — (6) A. R.. Par. S. Lô, Reg. I : « Le 2e jour de septembre 1671 a

SEINE-INFÉRIEURE

III. Jean-Baptiste I (1676-1720). Cinquième fils du précédent et de Jacqueline Mauger, il naquit à Rouen vers 1650 l, fut reçu maître le 4 juin 1670 2, continua de travailler pendant quelques années encore dans l’imprimerie de son père et enfin ouvrit luimême un nouvel établissement, le 2 janvier 1676, dans la rue Ecuyère, à l’enseigne du Soleil royal. Il avait 3 presses et occupait 5 compagnons en 1701 3 ; on constate qu’en 1706, sa maison avait prospéré, car il avait alors 5 presses et n’entretenait pas moins de 7 compagnons 4. Il dépensa la plus grande partie de son activité à mettre au jour une quantité considérable d’ouvrages relatifs à la religion et édita notamment les œuvres de l’abbé Hermant, curé de Maltot (Sermons, Homélies, Histoire des Conciles), en 8 volumes in-12 ; celles de l’abbé de Flamare, de Jean Le Pelletier, du P. André Le Fée, de l’ordre des Frères prêcheurs, etc. ; plusieurs ouvrages aussi des PP. Busée, Maillard et Drexel, de la Compagnie de Jésus ; et enfin, deux autres petits livres, les seuls que je croie devoir mentionner plus spécialement, à titre de curiosité. L’un est un pastiche des anciennes danses des morts 5, mais sans autres illustrations qu’un mauvais bois figurant au commencement et vers la fin du volume ; le second est un opuscule médical 6, qui n’a guère d’autre intérêt que de nous montrer un des rares échantillons de la marque de cet imprimeur : elle représente un soleil

esté inhumée en l’église devant la nef, le corps de Geneviefve Besongne, femme de M. Louis Dumesnil, marchand libraire, laquelle estoit aagée de 22 ans. »

(1) D'après la supputation de son âge (5o ans) indiqué dans l’enquête de 1701. — (2) Cf. infrà, note 4. — (3) B. N., Ms. fr. n-a. 400, f° 355. — (4) Enquête de 1706: « Jean-Baptiste Besongne, âgé de 60 ans, reçu maître le 4 juin 1670, s’est établi le 2 janvier 1676. A boutique ouverte dans la rue Escuière, fournie de toutes sortes de livres. Est ancien, ayant passé par les charges aus années 1 683, 1689 et 1698. A une imprimerie de 5 presses, avec 7 compagnons, nommés Jean Dumesnil, Romain Yeury, Louis Yeury, Guillaume Dumesnil, Pierre Yeury, Louis Yeury fils et François Dumesnil... » (A. D. S., G. 145.) — (5) Le Faut-mourir et les excuses inutiles que l’on apporte à cette nécessité. Le tout en vers burlesques. Par Me Jacques Jacques, Chanoine créé de l’Eglise Métropolitaine d’Ambrun. //A Rouen, Chez Jean-Baptiste Besongne, ruë Ecuïere, au Soleil Roïal. 1710. Avec permission. (In-12. 384 p. ch. sll. et lata. B. N., Ye 8843.) — (6) Le petit trésor de santé. Contenant plusieurs remedes à beaucoup de sortes de Maladies, Avec un Régime & Remede singulier contre la Peste, & un excellent Remede pour la Goutte. Tirez des Livres & Mémoires de Monsieur de Pinteville, Docteur en Medecine de la ville de Chaalons en Champagne. Par Claude de Pinteville son fils. [Marq. décrite.] A Rouen, Chez Jean-B. Besongne, ruë Ecuyere, au Soleil Royal. Avec Approbation. 1700. (In-12. 44 p. ch. slata. B. N., Te 18 108.)

GALLIA TYPOGRAPH1CA

brillant de tout son éclat, dont les gros rayons sont terminés par des fleurs de lis, c’est un rappel de son enseigne.

Maintenu dans l’exercice de son imprimerie par l’arrêt du Conseil du 18 mars 1709 1 * * 4 *, Jean-Baptiste Besongne fut nommé d’offlce, en 17 1 1 , adjoint au syndic de la Communauté 2, et, sans doute, peu de temps après, imprimeur de Sa Majesté, mais dès longtemps, il avait anticipé sur ces fonctions, puisqu’en 1701 déjà, il imprimait sans scrupule les édits et déclarations du roi, ainsi que les arrêts du Conseil d’État, et qu'il fut poursuivi de ce chef par ses confrères Jacques III Besongne (en même temps son neveu) et Antoine Maurry 3. Il avait atteint l’âge de 6 5 ans environ, lorsqu’une attaque d’hémiplégie vint le forcer à se restreindre dans ses travaux : il démissionna d’abord de sa charge d’imprimeur du roi 4, puis au bout de quelques années, il prit le parti de se retirer tout à fait ou peu s’en faut : un arrêt du Conseil d’État du 23 novembre 1720 0 nous apprend qu’il jeta les yeux sur son petit-fils, Jacques-Philémon Le xMenu de Boisjouvin, qui lui fut accordé comme survivancier et le substitua entièrement, malgré la tempête que souleva cet événement dans le camp des aspirants à une place 6. Je ne connais pas la date du décès de J. -B. I Besongne, n’en ayant pas rencontré mention dans les registres de l’État civil de Rouen, mais cela est sans grande importance, puisque, en fait, son imprimerie fut désormais sous la direction d’un autre titulaire.

Jean-Baptiste I Besongne avait épousé une Marguerite Malassis, probablement fille de l’un des imprimeurs ou libraires de ce nom, et il en eut plusieurs enfants, notamment Jean-Baptiste, dont on trouvera plus bas la notice7, et Marie, qui épousa, en 1696, Jacques- François Le Menu de Boisjouvin8.

IV. Laurent I (1680-1724). Troisième fils de Jacques II Besongne et de Jacqueline Mauger, né à Rouen le 15 septembre 16469,

(1) Voy. Documenta, n° 733. — (2) Voy. Documenta, n° 742. — (3) Cf. Docu-

menta, n° 715. — (4) Cf. Documenta, 1T758. — (3) Documenta, n° 784. — (6) Voy.

la notice de Le Menu de Bois Jouvin. — (7) Voy. paragraphe VI. — (8) A. R.,

Paroisse S. Jean, reg. II : « Du 259 février 1696, mariage de Jacques-François

Le Menu de Boisjouvin, marchand à Rouen, âgé de 3i ans, fils de Berthélémy,

et de Charlotte de la Noé le Sage, avec Marie Besongne, âgée de 18 ans, fille

de Jean-Baptiste, marchand libraire et ancien trésorier de cette paroisse, et de

Marguerite Malassis... » — (9) A. R., Paroisse S. Lô, reg. des bapt. de i6q3 à

ifi58 : « Le i5e septembre 1646, a esté baptisé Laurens, fils de Jacques Besongne et Jacqueline Mauger. Le P., Laurens Maurry, la M., Geneviefve Revel. »

SEINE-INFÉRIEURE

il est indiqué par Frère1 * * 4, comme ayant exercé l’imprimerie de 1685 à 1722, mais, s’il est exact que l’enquête de 1701 lui donne également la qualité d’imprimeur 2, elle ne nous fait pas connaître le nombre de ses presses et cela pour la bonne raison qu'il n'en eut jamais. Laurent I Besongne n’a été en effet que libraire : reçu maître en 1669, il s’était établi en 1680 seulement dans une boutique de la cour du Palais, où il se borna à débiter des livres jusqu'au moment de son décès, survenu le 7 mars 1724 3. Quelques modestes ouvrages portent sa souscription, mais on voit à la fin qu’il ne les avait pas imprimés4. Il avait épousé, en 1699, la veuve d’un de ses confrères, 5 dont il eut notamment un fils portant le même prénom que lui et également simple libraire.

V. Jacques III (1683-1725). Né à Rouen vers 1666 6, il était issu du premier mariage de Jean, fils aîné de Jacques II Besongne, avec Anne Damame. Il fut admis à la maîtrise le 30 juin 1683 et s'établit seulement le 27 novembre 1694 7, dans un immeuble de la rue Saint-Lô, où il pendit l’enseigne des Armes de France. On voit par l’enquête de 1701 8 qu’il n’avait que son jeune frère Nicolas pour compagnon, mais ses affaires devinrent rapidement prospères, puisqu’en 1706 9, il occupait jusqu’à quatre compagnons. Pendant que son oncle Jean-Baptiste imprimait surtout des livres de piété, Jacques

(1) N. F., liasse 102.— (2) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f* 358.— (3) A. R., Paroisse

S. Lô, reg. VI : « Du 8 mars 1724. Le corps du sieur Laurent Besongne, mar-

chand, ancien trésorier de cette paroisse, décédé le jour précédent, âgé de 77

ans ou environ, a esté porté en l’église du prieuré royal de Saint-Lô et inhumé

dans la sépulture de sa famille, en présence des sieurs Jacques et Jean-

Baptiste Besongne, ses neveux. » — (4) Cf. notamment: Dialogue de bonne foy entre deux amis. L’un Catholique et l’autre Calviniste. Au sujet de l’état où se trouve apresent la Religion prétenduë- Réformée en France. // A Rouen, Chez Laurent Besongne, Marchand Libraire, dans la Cour du Palais. 1 685 . Avec Ap-

probation & Permission. [A la fin :] A Rouen, De l’Imprimerie de Guillaume Machuel, derrière le Palais, proche Saint-Lo (In-12. 125 p. ch. B. N. Ld 176 507.} — (5) A. R,, Paroisse S. Lô, reg. III : « Du 3e octobre 1699. Laurens Besongne, âgé de 48 ans, fils de feu Jacques Besongne et de feue Jacqueline Mauger, d’une part, et Elisabeth Delaroche, âgée de 45 ans, veuve d’Anthoine Ferrand, d'autre part, ont esté solennellement mariez en nostre église... » — (6) D’après la supputation de l’âge déclaré par lui aux enquêtes de 1701 et 1706. — (7) Enquêtes de 1701 et 1706.— (8) B. N., Ms. fr. n.a. 400, f° 354: « Jacques Besongne, imprimeur-libraire du Roy, né à Rouen, 35 ans. A été reçu le 5 juin 1 683 . A pour compagnon son frère, âgé de i5 ans. — (9) A. D. S., C. 145 : « Jaques Besongne, imprimeur du Roy, 40 ans, reçu maître le 5 juin 1 68 3 , établi le 27 septembre

1694. A boutique ouverte de librairie dans la rue Saint Lo et une imprimerie

de 2 presses, avec 4 compagnons, nommés : Charles Ménissel, Joseph Mareschal, Lambert Alakesse, Laurens Dumesnil. »

s’adonna principalement à la librairie classique et les quelques échantillons que je cite ici de son savoir-faire1, sont assez remarquables par leur typographie, pour qu’on s’en prenne à regretter qu’il se soit presque borné à un genre de travaux fatalement destinés à disparaître à brève échéance.

Successivement conservé comme imprimeur par les divers arrêts du Conseil, qui cherchèrent à émonder la corporation rouennaise, Jacques III fut également choisi par le roi pour être, en 1711, l’un des Gardes de la Communauté2; enfin, depuis 1694, c,est à dire dès le début de son exercice, il remplissaitles fonctions d’imprimeur de Sa Majesté. Cette charge lui avait été conférée à la faveur du mariage, tout à fait déraison, on peut le dire, qu’il avait contracté avec la veuve de l’un des derniers représentants de la famille Courant 3, et l’on ne manquera pas de lire avec un vif intérêt les lettres qui lui furent octroyées à cette occasion 4. La mort de son épouse, en 1722 5 semble avoir incité notre typographe à se retirer : moins de trois ans après, il se démettait de sa charge et faisait vendre publiquement le matériel de son imprimerie 6. Comme il n’avait

(1) A./ Nouvelle grammaire françoise, contenant les principes & les Règles que l’on peut donner à l’Usage & à l’Orthographe de la Langue Françoise. Par Laurent Mauger Maître és Arts de l’Université de Paris. [Bouquet] A Rouen, Chez Jacques Besongne, Imprimeur ordinaire du Roy, rue S. Lo, vis à vis la Grande Porte du Palais, aux Armes de France. M.DCC.V. Avec privilège du roy. (In 12. 402 p. sll. B. N., X. 9826.) — B./ Grammaire angloise, expliquée par réglés generales. Utile à ceux qui sont curieux d’aprendre l’Anglois. Par Claude Mauger Professeur des Langues. Revue & corrigée. [Bouquet.] A Rouen, Chés Jacques Besongne, Imprimeur ordinaire du Roy, rue S. Lo, derrière le Palais. & Pierre Le Boucher, Cour du Palais. M.DCC.XII. Avec privilège de sa Majesté. (In-8. 219 p. pour la partie française et 176 p. pour la partie anglaise. B. N., X. 15504.) — C./ Le Dictionnaire des commençans, françois etlatin. Oùl’ontrouve en abrégé les principales Règles de la Syntaxe & de la Concordance, & les Prétérits & Supins marquez tout au long, comme il est expliqué dans l’Avertissement qui suit. [Fleuron.] A Rouen, Chez Jacques Besongne Imprimeur du Roy, vis-à-vis la grande Porte du Palais. M.DÇCXV. Avec approbation et privilège du roy. (In-8. 694 p. sll. B. N., X. 14090.) — (2) Cf. Documenta, n° 742. — (3) A.

R. , Paroisse S. Lô, reg. III : « Du 29e septembre 1694. Jacques Besongne, âgé de 28 ans, fils de Jean et de feue Anne Damane, et Marguerite Maurry, âgée de 44 ans, veufve de Jullien Courant, tous deux de cette paroisse, ont été mariez en notre église... » — (4) Voy. Documenta, n° 705. — (5) A. R., Paroisse

S. Lô, reg. VI: « Du 1 5e décembre 1722. Le corps de feue Marguerite Maurry, femme du sieur Jacques Besongne, imprimeur ordinaire du Roy et ancien trésorier de cette paroisse, décédée le jour précédent..., âgée de 72 ans ou environ, a esté inhumé dans la chapelle Bourdiny de notre église, en présence dudit sieur Jacques Besongne, son mari et de Messire Nicolas Lanel, greffier en la juridiction consulaire. » — (6) Arrêt du Conseil d’Etat du i5 octobre 1725 (A. N., V6 872.)

SEINE-INFÉRIEURE

pas d’enfant, sa place fut donnée à André-Pierre Behourt 4.

VI. Jean-Baptiste II (1669-1702. // 1713-1753). Par suite de circonstances ignorées jusqu’à ce jour, cet imprimeur a toujours été dédoublé et Frère lui-même, dans ses Notes 2, en a tiré un Jean- Baptiste II ou le Fils, qu’il fait exercer de 1690 à 1730, et un Jean- Baptiste III en fonctions de 1719 à 1769. Toutes ces dates sont également erronées et l’on va voir de plus qu’il s’agit d’un même personnage, dont seul l’exercice se décompose en deux périodes distinctes. Fils de Jean-Baptiste I et de Marguerite Malassis, Jean- Baptiste II naquit à Rouen le 29 mars 1680 3 et à l’âge de douze ans il fut admis à la maîtrise ! Q.u’011 ne croie pas à une précocité exceptionnelle de ce jeune homme, certains fils de typographes rouennais n’avaient pas encore quitté le maillot, que déjà ils étaient reçus maîtres4, en vertu du principe général que tout fils de maître possédait son art en naissant ! Jean-Baptiste II Besongne continua cependant à se former dans l’atelier de son père et ce n’est que lorsque son aïeul, Jacques II, passa de vie à trépas, qu’il songea à s’établir, en s’installant dans l’imprimerie de ce dernier, qui, on se le rappelle, était située dans la rue Saint-Lô, vis-à-vis la grande porte du Palais. L’enquête de 1701 nous révèle qu’il avait deux presses et occupait deux compagnons 3 ; les registres de la Communauté nous apprennent qu’il fut élu aux fonctions de garde en 1701 6 ; mais la bibliographie ne nous fait connaître aucun de ses travaux pendant cette première partie de sa carrière, qui prit fin en 1702. A cette époque, en effet, il quitta Rouen... et on ne l’y retrouve qu’en 1713. Voici ce qui s’était passé : ardent patriote et plein de dévouement pour son roi 7, Jean-Baptiste avait pris du service dans les Gardes du Corps, lorsque la guerre avait été déclarée à la France par l’Angleterre et la Hollande, et, après avoir été pourvu d’une lieutenance dans le régiment de dragons du chevalier de Rohan, il avait guerroyé jusqu’au jour où la paix lui avait paru définitivement assurée. De retour dans sa ville natale, en 1713, il comptait tout simplement rouvrir son imprimerie ; il s’aperçut

(T) Cf. suprà, p. 59. — (2) Liasse 102. — (3) A. R., Paroisse S. Jean, reg. I : « Du 29e mars 1680, fut né un garçon du mariage de Jean-Baptiste Besoigne, marchand libraire à Rouen, et de Marguerite Malassis, et le samedy 3o° fut baptisé, et nommé Jean-Baptiste par Jacques Besoigne, grand-père de l’enfant, et Marie Malassis, femme de Mc Petit, procureur au Parlement. » — (4) Voy. notamment la notice de Claude II Jores. — (5) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f 356. — (6) Voy. suprà, p. 21. — (7) Voy. Documenta, n° 748.

alors que bien des changements s’étaient produits pendant sa longue absence et que toutes les libertés de sa profession avaient été ruinées une à une. Il n’avait plus qu’une ressource : exposer sa conduite et supplier le roi de lui permettre de rétablir ses presses, c’est ce qu’il fit 4, et, le 28 août 1713, il obtenait du Conseil d’État un arrêt l’autorisant à reprendre sa place parmi les typographes de Rouen, à la condition « de rétablir son imprimerie complète 1 2 ».

Jean-Baptiste II avait conservé tout son matériel, rien ne lui fut donc plus facile que de satisfaire aux prescriptions du Conseil ; il se réinstalla dans la rue Saint-Lô, adopta l’enseigne de Y Imprimerie du Louvre , et, la même année, il épousa la veuve d’Antoine Maurry, l’un de ses anciens collègues 3. Deux ans plus tard, il obtenait la charge d’imprimeur du roi, en remplacement de son père démissionnaire 4 et peu de temps après celle d’imprimeur de l’archevêque de Rouen Je ne rappelle que pour mémoire qu'il fut investi à diverses reprises par le roi lui-même des fonctions du syndic ou d’adjoint au syndic de la Communauté rouennaise 6 et, avant d’enterrer cet imprimeur, je note qu’au point de vue bibliographique, il ne saurait passer inaperçu, car il a laissé son nom sur d’importantes publications relatives à la province de Normandie 7. Pour les bibliophiles, je signale enfin un rarissime petit livret, que lui avait fait imprimer,

(1) Voy. Documenta, n* 748.— (2) Ibid., n 0 749-— (3) A. R., Paroisse S. Jean, reg. IV :« Du Ier novembre 1713, mariage de Jean-Baptiste Besongne, âgé de

34 ans, fils de Jean-Baptiste Besongne, marchand imprimeur du Roy, et de deffunte Marguerite Malassis, avec Anne Dron, veuve du feu sieur Antoine Maurry et fillede défunt Guillaume Dron, et de Marie Lefevre. En présence de Jean-Baptiste Besongne, père ; Laurens Besongne, oncle ; David Berthelin, cousin ; Guillaume Desnoyers, amy. » — (4) Documenta, n0 758. — (5) Catéchisme ou abrégé de la doctrine chrétienne. Dressé & publié par l’Autorité de Monseigneur l’Illustrissime & Reverendissime Armand Bazin de Besons, Archevêque de Roüen, Primat de Normandie. Pour l’usage de son diocèse. [Arm. de l’Archev.] A Rouen, Chez Jean-B. Besongne le Fils, Imprimeur ordinaire du Roy, & seul imprimeur de Mgr l’Archevêque, au coin vis-à-vis la Fontaine S. Lô, à l’Imprimerie du Fouvpe. M.DCC.XX. Avec privilège du Roy. (Pet. in-8, ni p, ch. B. N., D. 14422.) — (6) Cf. Documenta, nos 768 et 789. — (7) Voy. notamment : A./ Etat géographique de la province de Normandie. Par le Sr de Masseville. Tome premier (et second) [Arm. de Normandie]. A Rouen, Chez Jean-B. Besongne le Fils, Imprimeur ordinaire du Roy, au coin vis-à-vis la Fontaine S. Lo, à l’Imprimerie du Fouvre< M. DCC.XXII. Avec privilège du Roy. (In- 12, 2 vol. B. N., Lk2 1182.) — B./ Histoire sommaire de Normandie ParleSr de Masseville... [Arm. de Normandie.] A Rouen, Chez Jean-B. Besongne le Fils,... M.DCC. XXVII. (In-12. 6 vol. B. N., Lk2 1212 b. Le tome I manque

et se trouve remplacé par une réimpr. datée de 1733.)

SEINE-INFÉRIEURE

en passant à Rouen, un marchand d’orviétan assez réputé à l’époque l.

Malgré son âge avancé, Jean-Baptiste II Besongne soutenait encore l’activité de son atelier, lorsqu’il décéda le 10 octobre 175 3 2; il ne laissait ni veuve, — sa femme étant morte en 1734 3, — ni enfant ; sa place resta vacante pendant quelque temps et ne fut accordée qu’en 1757 à son neveu Jacques-Nicolas, qui suit.

VII. Jacques-Nicolas (1757-1762). Successeur du précédent et fils d’un libraire, Nicolas Besongne, que Frère indique à tort 4 comme ayant exercé l’imprimerie de 1738 à 1749, Jacques-Nicolas naquit à Rouen le 31 mai 1714 5. En vertu d’un arrêt du Conseil d’État du 19 juin 1739 6, ^ avait ouvert une boutique de librairie 7, en attendant que l’une des places d’imprimeur vint à vaquer : la mort de son oncle Jean-Baptiste II lui permit de réaliser ses vœux. Après avoir été autorisé, par un arrêt du 24 janvier 1757 8, à rapporter ses titres et capacités, il fut pourvu de la place vacante par une nouvelle décision du Conseil du 4 avril suivant 9, mais il conserva son installation dans la cour du Palais, d’où sont datées presque toutes ses productions. On le croit généralement le créateur de Y Almanach de Normandie , qu’il a imprimé, et après lui ses successeurs, pendant de longues années ; ce doit être une

(1) Traité de la connoissance des personnes poumoniques, et de l’usage du remede spécifique Du Sieur C. d’Albiac, Pour leur parfaite guérison. Et se distribué chez l’Auteur, logé en la Ville de [un blanc]. A Rouen, Chez Jean-Baptiste Besongne le Fils, Imprimeur ordinaire du Roy M.DCC.X1X. Avec permission. (In-12. 36 p. ch. B. N., Te 77 3j.) — (2) A. R., Paroisse S. Lô, reg. IX:

« Du 11 octobre 1753, Le corps de M. Jean-Baptiste Besongne, imprimeur du Roy, âgé de 78 ans ou environ, décédé du jour précédent,... a été porté et inhumé en l’église du Prieuré royal de Saint-Lo, lieu de sa sépulture et de sa famille, en présencede Jacques-Philémon etde Jean-Baptiste Le Menu deBoisjouvin, négocians à Rouen, et de Charles Bottey, aussi marchand à Rouen, ses neveux.» —

(3) A. R., Paroisse S. Lô, reg. VII : « Du 16e février 1734, Le corps de Mme Anne Dron, femme de M. Jean-Baptiste Besongne, imprimeur ordinaire du Roy à Rouen, décédée le jour d’hyer, âgée de 63 ans ou environ, a été inhumé dans

la chapelle de la Vierge de notre église... » — (4) Liasse 102 de ses'Notes. — (5) A. R., Paroisse Saint-Lô, reg. V: «Du 3i may 17 14, Jacques-Nicolas, né de cejour

du légitime mariage de Nicolas Besongne, marchand-libraire, et de Marie-Made-

leine Drouard, a été baptizé en cette église... » —(6) A. N., V6 922. — (7) Dissertation sur la fièvre miliaire maligne. Dans laquelle on en recherche les causes,

& on indique la méthode de la traiter. Par M. Pinard. Docteur en médecine,

aggregé au Collège des Médecins de Rouen... / A Rouen, Chez Nicolas Besongne Fils, Libraire dans la Cour du Palais M.DCC. XLVII. [A la fin ] : De l’Imprimerie de la veuve Jore, ruë Saint-Lo, à côté de l’Hôtel de Mer le Premier Président. (In-8. 141 p. ch. B. N., Td56 6.) — (8) Documenta, n° go5. — (9) Documenta, n° 906.

G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III.

GAL LIA. TYPOGRAPHICA

erreur, car je ne pense pas qu’il en soit devenu propriétaire avant 1752, date de son premier privilège personnel. C’est en effet Jean- François de Caux, libraire à Rouen, qui obtint, le 13 décembre 1737, une permission, avec privilège général, de faire imprimer et « donner au public » cet Almanach, dont, disait-il, « le manuscrit lui avait été mis en main 1 ». Jacques-Nicolas fut un typographe bien éphémère : au bout de cinq ans à peine d’exerciceil décédait, n’ayant retenu de son mariage qu’un fils encore un peu jeune pour le remplacer immédiatement, aussi l’établissement resta-t-il pendant quelques années la propriété de sa veuve.

Marie-Madeleine-Joseph Gruchet (1763*1776) usa en effet du privilège réservé aux veuves et resta nominalement l’imprimeur en place, mais, en fait, l’exploitation de l’établissement était dirigée par son fils, qui eut à prendre avec elle 2, en 1764, le chemin de la Bastille, pour avoir imprimé quelques ouvrages estimés dangereux 3„ La veuve J. -N. Besongne signa d’abord seule les productions sorties de son officine4, mais quand son fils eut été reçu libraire (1768), elle fit de lui une brève mention 5. Enfin, elle se retira tout à fait en 1776, après avoir démissionné en faveur de ce dernier.

VIII. Jacques- Jean-Louis-Guillaume (1776-1786). Né à Rouen le 15 juillet 1742 et fils des précédents6, il fut autorisé à reprendre la place de son père, par un arrêt du Conseil du 12 février 1776 7. Lors de la suppresssion des parlements, dit le biographe Lebreton8,

(1) Cf. B. N., Ms. fr. 2 1 956, p. 549. On lit encore ceci à la p. 55o : « Je déclare avoir fait part du présent privilège au Sr André-Pierre Behourt, pour en jouir conjointement avec moy suivant nos conventions. Fait à Rouen ce 24 décembre 1737. (Signé): De Caux. André Pierre Behourt. » — (2) On trouve en effet aux A. D. S. (C. 16) une lettre de lui, demandant la révocation des ordres du roi pour conduire sa mère en prison. M. Bertin répond que les ordres du roi ne pourront être révoqués, que lorsque Mrao Besongne aura donné une preuve de sa soumission en se rendant en prison. — (3) Voy. Documenta, n’ 916. — (4) Cours abrégé d’ostéologie, de M. Le Cat. [Vignette.] A Rouen, Chezla Veuve Besongne, Imprimeur-libraire, Cour du Palais. M.DCC.LXVIII. (In-8. 200 p. ch. B. N., Ta18 36.) — (5) Voy. notamment : Procès-verbal De ce qui s’est passé à la députation de Messieurs du Parlement de Rouen. Arrêté le 18 novembre 1774. [A la fin :] A Rouen, chez la veuve Besongne & fils, Imprimeur-Libraires de Monseigneur le Garde des Sceaux, rue Ganterie. 1774. (In-4. 4 p. ch. B. N., Lb39 1 38. ) — (6) A. R., Paroisse S. Lô, reg. VIII : « Du 16 juillet 1742, a été baptisé en notre église Jacques-Jean-Louis-Guillaume, né du jour précédent, du légitime mariage du Sr Jacques-Nicolas Besongne, marchand libraire, et de Marie-Madeleine-Joseph Gruchet, son épouse... Le parrain, Jean Besongne. La marraine, Louise Gruchet, veufve de Sr Machuel. » — (7) Documenta, n» 934. — (8) Biographie normande... Par Théodore Lebreton. (Rouen, 1857, in-8), T. I.

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« il se fit une certaine célébrité par les pamphlets sortis de ses presses. Il rédigea et publia, pendant plusieurs années, Y Almanach de Normandie , et se voyait, par la prospérité de ses affaires, parvenu jusqu’à l’opulence, lorsque, s’étant jeté dans une spéculation qui n’eut point de succès, il fut, en peu de temps, complètement ruiné.

Il a laissé deux Lettres insérées dans le journal publié à Rouen à cette époque. Dans la première, du 13 avril 1785 , écrite à l’occasion delà naissance du dauphin, fils de Louis XVI, qui venait de recevoir le titre de duc de Normandie, il donne la chronologie des ducs de cette province. Dans la deuxième, du 7 mai de la même année, il donne de curieux détails sur le séjour de Voltaire à Rouen. Besongne mourut à Paris, où il avait été obligé, pour vivre, de se faire ouvrier imprimeur. » Je ne sais pas si cette dernière assertion est très exacte, dans tous les cas il est certain que le dernier Besongne quitta Rouen en 1786 ; il avait pris, avant son départ, la sage précaution de solliciter pour sa femme une faveur exceptionnelle et il ‘eut le bonheur de se la voir accorder.

Catherine Panet (1786-1790), son épouse, est peut être, dans toute l’histoire de l’imprimerie sous l’ancien régime, l’unique exemple d’une femme qui ait été autorisée, du vivant de son mari, à occuper une place réservée; je ne rappelle pas ici les conditions auxquelles cette grâce lui fut accordée, on peut les lire dans l’arrêt du Conseil privé du 22 mai 1786 4, qui la lui octroya. La dame Besongne, — c’est ainsi qu’elle se désigne2, — continua à porter le titre d’imprimeur de MV le Garde des sceaux, et elle ne ferma, je crois, définitivement ses ateliers qu’au cours de la tourmente révolutionnaire.

Blondel (Les), imprimeurs à Rouen (1520-1579).

Quatre imprimeurs de ce nom peuvent être signalés dans les annales typographiques rouennaises, mais on ne les connaît jusqu’à

(1) Voy. Documenta, n° 940. — (2) Voy. notamment : A. /Almanach de Normandie, Pour l’Année 1787. Présenté A M^r de Miromesnil, Garde des Sceaux de France. [Arm. de Miromesnil.] A Rouen, Chez la Dame Besongne, Imprimeur- Libraire de Monseign. le Garde des Sceaux, rue delà Grosse Horloge, près Saint- Herbland. Avec Approbation et Privilège du Roi. (In-32, B. N., Le29 66). — B. /Copie de l’expédition de l’acte de déclaration De Partie de la Noblesse du Bailliage principal de Rouen. [A la fin :] A Rouen, de l’Imprimerie de la Dame Besongne, Imprimeur de Msr le Garde des Sceaux, rue des Champs-Maillets, n« 23. 1789. (In-8. 22 p. ch. B. N., Le23 166.)

ce jour que documentairement, aucun livre portant leur nom n’ayant encore été signalé. Pour les trois premiers, j’emprunte tout ce qu’on en sait aux notes de Gosselin, quant au quatrième, il est inédit.

I. Louis I (1520-1541). En 1520, dit le savant archéologue dont je viens de citer le nom, «Loys Blondel était établiimprimeursur la paroisse Saint-Vivien. Sa carrière fut longue, puisque, à trente-deux ans de là, en 1552, il était encore imprimeur; seulement il avait changé de domicile; on le trouve alors sur la paroisse Saint-Ouen. Loys Blondel, n’ayant point d’enfants, voulut laisser sa suite à ceux de son frère, Robert Blondel, qui était cultivateur à Ouville, près Bellencotnbre. Il leur apprit son état et les établit dans son propre domicile, sur la paroisse Saint-Vivien et s’en alla continuer, en se reposant, l’exercice de son art sur la paroisse de Sainte-Croix-Saint- Ouen b » Il y a évidemment dans cette note une grande part de vérité, mais il y a aussi quelques suppositions, car je ne pense pas qu’après avoir cédé son établissement à ses neveux, Louis Blondel soit allé ouvrir à quelques pas un nouvel atelier, cela est contradictoire. J’estime qu’il a dû mourir peu de temps après cette cession,, et que c’est son fils, qui, trop jeune en 1541 pour lui succéder, se retrouve en 1552 sur la paroisse Sainte-Croix-Saint-Ouen.

II-III. Romain et Jean (1541-1561). Voici- ce que nous apprend M. Gosselin 2 sur le compte de ces deux imprimeurs, qu’il est presque impossible de séparer. Après avoir été établis par leur oncle, ainsi que cela a été dit plus haut, « ces deux jeunes gens travaillèrent ensemble durant 8 années, mais, en 1550, Romain ayant épousé Marion Vatras, se sépara de son frère et transporta son atelier sur la paroisse Saint-Maclou. Il perdit sa femme quelques années après et, le Ier octobre 1561, il épousa en deuxièmes noces Marguerite Legay, qui lui apporta en dot 15 acres d’une terre sise sur les paroisses de Saint-Jacques sur Darnétal et Quévreville, vulgairement nommée le Clos des Essards. Romain Blondel était riche, si l’on tient compte des actes qu’il accomplit durant sa vie, car on ne le vit jamais emprunter ni vendre. Toutes les fois qu’on le voit comparaître devant un tabellion, c’est pour acquérir, pour donner ou prêter. En 1560, il donne à un parent de sa première femme, Richard Vatras, une maison sise à Rouen, rue des Crottes : quelques années auparavant, il avait prêté à François Vergnault, imprimeur,

(1) Glanes , p. 78. — (2) Ibid.

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demeurant en la paroisse Saint-Vivien, io écus d’or soleil. Enfin, son dernier acte, en 1561, est encore un prêt. »

IV. Louis II (1555-1579). H est difficile d’admettre que le personnage du même nom, déjà établi imprimeur en 1520, ait encore été en état de travailler en 1579 : or, les documents font mention d’un typographe de ce nom exerçant activement son art à cette dernière époque1; j’en ai conclu, peut-être me trompé-je, que celui-ci était un fils du Louis Blondel, signalé par Gosselin, qui, on se le rappelle, avait abandonné ses presses en 1541, circonstance en faveur de la thèse que je soutiens. Le premier document que je reproduis2, nous montre ce typographe poursuivi par ses pairs, pour avoir livré à un libraire que nous connaissons déjà3, une impression défectueuse, indiquée sous le nom de Suffrages . Il s’agit ici, cela n’est pas douteux, d’un recueil de prières tel qu’on en incorporait souvent dans les livres d’heures, sous forme d’appendice4. La déduction à tirer de ceci, c’est que Louis Blondel travaillait anonymement pour le libraire Richard Aubert et qu’il est l’imprimeur probable de la Vie de Sainte-Marguerite , cataloguée par M. Lacombe, sous le n° 537? dans sa remarquable bibliographie des livres d’heures conservés dans les bibliothèques publiques de Paris.

On ne trouve plus mention de Louis Blondel dans aucun document postérieur à 1579, et cela m’amène à penser qu’il aura terminé sa carrière peu de temps après.

Bomont (Yves), imprimeur à Rouen (1540-1 550).

La liasse 103 des Notes de Frère contient une fiche consacrée à ce prétendu imprimeur : il aurait, d’après le savant bibliographe rouennais, exercé dans la rue de la Chièvre, de 1540 à 1550, et imprimé de nombreuses facéties. Ces quelques renseignements suffisent à démontrer que Frère a pris sans contrôle, pour le véritable nom de cet imprimeur, une. transcription erronée provenant d’une mauvaise lecture : Bomont au lieu de Gomont. C’est donc à ce dernier nom que l’on trouvera les renseignements sur ce typographe.

( 1 ) Cf. Documenta, n08 523 et 525.— (2) Documenta, n° 523. — (3) Richard Aubert. Voy. suprà, p. 48. — (4) Cf. Lacombe, Livres d’heures imprimés au xve et au xvi8 siècles, p. 327, n° 536.

Bouley (Les) Aliàs Boullay ou Boulley, imprimeurs à Rouen

Deux typographes de ce nom exercèrent leur art à Rouen, mais si Lun peut prétendre à quelque notoriété, le second reste un personnage à peu près ignoré.

I. Jean (1614-1656) n’est signalé par Frère, comme imprimeur, qu’à partir de l’année 1618 1 ; il faut cependant reporter ses débuts à quatre années plus tôt, car il fut admis à la maîtrise en 1614 Il était fils sans doute d’un autre Jean Boullay , dont le nom apparaît dans un arrêt des requêtes de l’hôtel, du 17 février 1607, au sujet d’une prétendue contrefaçon del ’Astrée 3. L’œuvre d’Honoré d’Urfé joue un certain rôle dans l’existence de cette famille de libraires et d’imprimeurs, puisque c’est encore à l’occasion d’une édition de ce roman, faite par Jacques Auber, que notre Jean Bouley usurpant avec quelques collègues la qualité de garde de la Communauté, commit, en 1627, un acte délictueux dontj’ai déjà parlé 4, et qui lui valut une condamnation à 10 livres d’amende5. Bien qu’il ne puisse être classé parmi les grands typographes rouennais, J. Bouley a fourni une production assez importante ; il avait son officine dans la rue aux Juifs, près le Palais6, ou entre les deux portes du Palais 1 . On dit 8 qu’il avait pour marque a la Fortune voguant sur les flots avec cette devise: Par sit fortuna labori . Audentes juvo ; je doute qu’elle lui ait été personnelle, car elle appartenait aux successeurs de Pierre Vidoue, imprimeur à Paris qui l’avait inaugurée, et, par ailleurs, J. Bouley empruntait un peu partout les vignettes qui ornent le titre de ses livres. C’est ainsique sur le traité d’anatomie de Th. Gelée, on voit la marque des Berthelin, première manière,

(1) N. F., liasse io3. --(2) A. D.S., E. 483, f° i5 v°. — (3) B. N , Ms. fr. 21817, F 217. Voy. aussi infra la notice d’Adrien Ouyn. — (4) Voy. suprà, p. 49. — (5) Cf. Documenta, n° 625. — (6) Les Elemens de chymie, de maistre Iean Begvin. Reueus, expliquez, & augmentez, par Iean Lucas de Roy, Médecin Boleducois. Quatriesme Edition. [Machine à distiller.] A Rouen, chez Iean Bovllay, rüe aux Iuifs près le Palais. M.DC.XXVI (In-8. 482 p. ch. SH. et la ta. B. N., R. 28043.) — ■ (7) L’anatomie françoise, en forme d’abregé. Recveillie des meillevrs Autheurs qui ont escrit de ceste science. Par Maistre Théophile Gelee Médecin ordinaire de la ville de Dieppe. Reueuë, corrigée, & de beaucoup augmentée en ceste derniere Edition par l’autheur. [Marq. décrite.] ARoven, Chez Iean Bovley, rüe aux Iuifs, entre les deux portes du Palais. M. DC. XXXV. (Pet. in-8. 479 p. ch. SU. et lata. B. N., Ta9 96.)— (8) Frère, loc. cit. — Delalain, Cat. des marques p. 1 38. — L. de Mazières-Mauléon, op. cit., p. 9.

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avec la devise: Cuncta in tempore, et sur la chimie de Béguin, une machine à distiller qui rappelle un cliché employé à la même époque par Jean-Baptiste Behourt.

En 1644 et 1645, J. Bouley eut à soutenir un long procès contre plusieurs de ses collègues, au sujet d’un privilège qu’il avait obtenu pour l’impression d’un Trésor de la latinité 4, et enfin, après 16561 2, on ne trouve plus aucune mention de lui ; sans doute il était mort à peu de temps de là.

II. Louis (1645-1654). Reçu maître en 1645, après avoir versé à la Communauté une somme de 75 livres 3, Louis Bouley n’est pas autrement connu, aucun produit de ses presses n’ayant encore été signalé. Frère se borne à noter 4 qu’il exerça de 1646 à 1654; je reproduis cette dernière date pour ce qu’elle vaut, faute de mieux.

Bouvet (Louis), libraire et imprimeur à Rouen (1510-1542).

La question qui se pose avant tout au sujet de ce personnage, est celle de savoir s’il était simple libraire ou s’il exerçait en même temps l’art de l’imprimerie, et s’il doit par suite figurer dans cet ouvrage. Frère, dans ses Notes 5, l’indique comme imprimeur-libraire et fixe la durée de sa carrière de 1502 à 1541. Il n’y aurait qu’à s’incliner devant l’autorité de ce bibliographe, si l’on pouvait se contenter d’à peu près, mais on sait qu’il n’a pas dû chercher à faire ces distinctions et que par ailleurs il a commis maintes erreurs de qualification. Le problème reste donc entier et il s’agit de le résoudre. Or, il convient de remarquer que tous les ouvrages de quelque importance, portant le nom de Bouvet, sont sortis d’imprimeries parisiennes 6 ou d’ateliers rouennais autres que le sien7, tandis que les plaquettes à son nom semblent avoir été exécutées dans un atelier qui' lui était personnel. Les comptes de l’archevêché de Rouen sont fort instructifs à cet égard, puisque quelques-uns lui donnent formellement le titre d’imprimeur et que les autres, le qualifiant libraire, lui octroient payement d’impressions 8. Je pense

(1) Voy. Documenta, n°Ô43, — (2) Histoire des avantures heureuses et malheu-

reuses de Fortunatus... (Cat. delà Bibl. de Rouen, Belles-Lettres, ^2246). —

(3) A. D. S., E.483. f° 61 v°. — (4) Liasse io3. — (5) Liasse io3. — (6) Voy. Lacombe Livres d'heures , n° 209. — (7) Voy. L. Delisle, Livres impr. ou publ. à Caen , t. II, pp. 206-207. — (8) A. D. S., G. 220 ( 1 5 1 6-1 5 17) : A Louis Bouvet, pour impression de lettres du Roi. — G. 221 ( 1 5 1 7- 1 5 1 8 ) : A Louis Bouvet, libraire, pour impression d'un bref apostolique et de lettres du Roi. — G. 222 ( 1 5 1 8- 1 5 1 g) : A Louis Bouvet, pour impression de 1 .600 exemplaires de « certaines lettres »;

donc que Louis Bouvet a été réellement imprimeur, mais qu’il n’a possédé qu’un matériel insuffisant pour la fabrication d’un livre. Il débuta d’après Frère, en 1502 ; j’avoue ne pas savoir sur quel fondement repose cette allégation ; je n’ai rien trouvé pour ma part qui me permette de reporter son exercice à une époque antérieure à 1510. Cette année-là, non seulement son nom figure, en qualité de vendeur, au colophon d’un livre d 'Heures à l'usage de Rouen , imprimé à Paris par Gilles Hardouyn1, mais encore il imprime personnellement une pièce de vers, composée à l’occasion du trépas de Georges I d’Amboise, archevêque de Rouen, décédé à Lyon le 25 mai 2.

Louis Bouvet tenait boutique au portail des libraires, toutefois son officine principale et sa demeure étaient en la rue des Prêteresses devant le Coq, où pendait pour enseigne Y J mage Nostre-Dame 3. On n’a retrouvé que peu d’impressions de cet éditeur: Tune des plus curieuses, bien qu’elle ne compte que 6 feuillets, est certainement la relation de l’entrée de François Ier à Rouen, le 2 août 1517, qui a d’ailleurs été réimprimée 4 et dont le colophon est ainsi conçu:

« Imprime à Rouen selon la / vérité par Loys bouuet / lequel a

— G. 2-S4 ( 1 53 1 - 1 5 3 a) : A Louis Bouvet pour impression de lettres du Roi. — G. 1 1 8 (i53o-i53i) : « A Loys Bouuet pour avoir imprimé les lettres envoyez par le Roy nostre sire à Monseigneur et à ses vicaires pour appréhender les Luthériens, 22 sous 6 d. » — G. 1 19 ( 1 533) : A Louis Bouvet, imprimeur, pour l’impression des copies des bulles du Pape, lettres du Roi, et mandements de MM. les vicaires contre les Luthériens, 20 1. — G. 120 ( 1 5 3 4- 1 5 35) : A Louis Bouvet, imprimeur, pour avoir imprimé 1800 copies de la bulle du Pape pour « les indulgences octroiez in subsidium terre sancte et 5oo aultres traduites en langue vulgaire, 10 1 ». — G. 1 23 ( 1 537- 1 538) : « A Louis Bouvet, libraire, pour l’impression de « 1.000 coppies de lettres du Roy, 4 1. 10 s. » — G. m5 ( 1 539- 1540). A Louis Bouvet, imprimeur, pour l’impression de 2.000 copies d'une « Missiue du Roy pour faire procession et prières et soy communier le jour de la Natiuité Nostre Dame, 4 1. » — G. i3o (1541-1542) : « A Louys Bouuet, libraire, pour l’impression de 2.000 coppies d’un Monitoire général obtenu par M. le procureur général du Roy contre les Luthériens. »

(1) Cf. Lacombe, Catal. des livres d' Heures, p. 121, no 209. — (2) De dolendo semperque deplorando reuerendissimi Patris ac Dhi Georgii Ambasiani cardinalis, Galliarum legati, Archiepiscopique Rotomagensis obitu lamentabilis elegia. Epitaphium ejusdem. / Iinpressum Rothoinagi, pro Ludouico Bouuet, cuin priuilegio ne quis alius imprimere audeat sine judicis auctoritate. Pet. in-40, de 6 ff (F., I, p. 18). — (3) La vie & legëde de mo/sieur saint mellô secôd / archeuesque de Roue / nouuellement translatée de latin en francoys. [A la fin :] Imprime a Rouen pour Louys Bouuet de — / mourant a saint Amand en la rue des presteres — / ses a limage nostre dame deuant le coq. (S. d. In-8. Impr.goth. 4 ff. n. ch. B. N., Rés. Ln 27 1 3g5 1 ) . — (4) Rouen. Boissel, 1867. In-8 (B. N., Rés. p. Z, 358 (16).

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este / autorise a ce faire par iustice et deffëdu / a tous aultres icelle imprimer sas laucto- / rite de iustice sur peine d’amëde arbitraire / iusques au XII iour de septëbre. » Il paraîtrait qu’en 1534, Bouvet imprima pour le libraire Guillaume Bavent un Missel à l’usage de Rouen l, mais postérieurement à cette date, on ne le rencontre plus qu’en qualité d’éditeur, en 1539, d’ Ordonnances Royaux (V oy. la notice d’ Abraham Guénet), en 1540, d’un ouvrage sur la Transubstantiation, de Lanfranc, archevêque de Cantorbéry, imprimé par Jean Petit2, et en 1541, d’un discours de Guillaume Le Rat, qui se rapporte au sujet traité par Lanfranc3. Il est probable qu’après 1542, Louis Bouvet se retira des affaires ou qu’il rendit son âme à Dieu.

Brenouzet (Robert), imprimeur à Rouen (1527-1578).

Ce typographe ne possède à son actif qu’une modeste pièce, dont voici la description.

— <t. La conclusion faicte entre / le treschrestien roy de france, et / le roy dangleterre par eulx prinse de / somer lempereur de rendre les en-/fans de france, & au refus de ce, les-/dessusdictz roy de france & angletre (sic) / le deffient a feu, et a sang. [Ecu de France surmonté d’une couronne] A la fin : Imprime à Rouen le mercre-/di septiesme iour daoust m.vc.xxvii/ par robert brenouzet, imprimeur, &/ libraire demourant audict lieu, en,/ la rue escuyere. (In-32. 4 f. n. ch. Impr. goth. B. N., Rés. Lb3045.)

O11 ne rencontre le nom de Robert Brenouzet dans aucun document et il ne m’a pas été possible de déterminer quelle a été la durée de son exercice ; je rappelle qu’un Jacques Brenouzet a été établi à Caen 4 et un Jean Brenouzet, à La Rochelle 5. Tous trois semblent avoir appartenu à la religion réformée.

Il importe toutefois de remarquer qu’en 1578, un Robert Brenouzet, établi imprimeur sur la paroisse Saint-Maclou, dit M. Gosselin6, « trouvant sans doute plus avantageux de se placer chez un

(1) Cf. l’Abbé Sauvage, Souv. Exp. typ. de Rouen. — (2) Voy. infra la notice de cet imprimeur. — (3) Gvlielmi / Rati theologi, de / Christi Iesv sangvine

sa- / crosancto, ad singularis sapien-/tiæ, & Christianæ pietatis / virum, D.

Guarinü san- / guineü Abrincësem, / Canonicum, & / Decanum. / Oratio //...

// Rothomagi / Apud Ludouicum Bouuet. / 1541. (Pet. in-4. 48 p. ch. B, N.,

X. 18229). — (4) Voy. infrà, au département du Calvados. — (5) Voy. Gallia

Typographica , série départ., t. 7. — (6) Glanes , p. 1 1 5.

maître que de travailler pour son propre compte, contracta envers Pierre Desnoyers, son gendre, aussi imprimeur, en la paroisse Saint-Vivien, ((l’engagement de bien et deuement travailler pour et en la maison de Desnoyers de son estât d’imprimeur, pour le temps et espace de 6 ans, et même de fournir aud. Desnoyers, durant led. temps, une presse, fonte, deux formes et demie et autres ustensiles qui peuvent servir pour lad. presse, le tout au moyen que icelluy Desnoyers sera tenu et a promis de quérir boire, manger et chauffage aud. Brenouzet durant lesd. 6 ans, de lui fournir besogne dud. état d’imprimeur et de lui payer par chaque semaine de l’an, au jour de samedi, 20 solz tournois, et en outre de nourrir aussi Louis Brenouzet, âgé de 3 ans, fils dud. Robert ». (Tabell., 3 février 1 5 78) »• S’agit-il ici du même Robert Brenouzet? Dans ce cas, il faudrait lui supposer une robustesse de tempérament peu commune.

Brioche (Gobille), imprimeur à Rouen (1588).

Il s’agit évidemment ici d’un nom supposé ; voici la description de l’unique plaquette sur laquelle on le rencontre:

— Responce a/vne lettre en-/voyee par vn gen-/til-homme de basse Bretaigne, a vn / sien amy estant à la suite de la Cour /sur la misere de ce temps, trouuee a/ Rouen à la porte de Martinuille //A Roven,/Par Gobille Brioche près la / porte Cochoyse. (Pet. in-8. 11 f. n. ch. Sign. au, b par 4, c et cii. B. N., Lb34488.)

Briselet (Jean), imprimeur à Rouen (1609-1617).

Je n’inscris ici qu’avec peu de conviction le nom de cet imprimeur, qui fut plutôt un compagnon qu’un maître, je crois. Frère, dans ses Notes, ne cite de lui qu’un opuscule, dont le titre est extrait d’un catalogue n’inspirant pas confiance entière. Je me contente donc des dates données et je ne les retiens que pour mémoire.

Brocard (Nicolas), imprimeur, libraire et colporteur à Rouen

Ce personnage est cité par Frère R comme ayant exercé l’im-

(1) N. F., liasse 104.

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primerie de 1621 à 1627, dans une officine située devant la Chapelle Saint-Marc, près la rue du Figuier. Il faut néanmoins et avec certitude rayer son nom de la liste des imprimeurs. Nicolas Brocard n’était qu’une sorte de libraire ambulant, colporteur et même chanteur à l’occasion, ainsi que cela résulte d’une sentence du bailliage de Rouen que je reproduis ci-dessous l. Nicolas était sans doute le frère de Martin Brocard, autre libraire-colporteur, dont il est fait mention dans plusieurs documents, en 1622 et 1623 2.

Burghs (Robert de), imprimeur à Rouen (1601-1616).

Sans doute descendant des libraires qui, sous les noms de

(1) A.D.S., E. 489: « L’an de grâce mil six cent vingt et ung, le samedy douziesme jour de juing, en jugement devant nous Henry Ferey, escuier, conseiller du Roy, lieutenant particulier au bailliage de Rouen. Entre les Gardes année présente de l’estât de libraire imprimeur en ceste ville de Rouen, demandeurs présens et par Thorel, leur procureur, d’une part. Et Nicollas Brocard, maistre particullier dudit estât, approché pour avoir estallé, vendu et distribué de la marchandise de libraire au jour de feste de Sainct Barnabé dernier passé, et aussy pour estre coustumier d’estaller sa marchandise en plusieurs et divers endroictz par les rues et sur les quais de cestedite ville, au lieu par led. Brocard d’avoir une bouctique en sa maison pour y mettre sa marchandise et icelle audit lieu vendre et distribuer ainsy que font les aultres maistres dudit estât, y procédant led. Brocard avec cautelle, afin que lesd. Gardes ne sçachent le lieu où il estalle, vend et distribue sadite marchandise, ilz ne la puissent veoir ny visiter, en quoy faisant ils pourraient commettre de grandes faultes préjudiciables au Roy etau public, et d’ailleurs led. Brocard en la pluspart de son exercice porte en son col quelques marchandises qu’il vend et distribue par la ville, ce qui ne luy est permis, puisqu’il est maistre dud. estât et doibt obter de prendre et faire l’exercice de maistre ou de colporteur, et d’aillieurs ne doibt led. Brocard s’employer à chanter par les fauxbourgs et aultres lieux de cestedite ville des chansons et aultres libelles pendant qu’il prendra la quallité de maistre dud. estât, le tout suivant les ordonnances et reiglementz par eulx portez, deff'endeur dud. approchement présent et par Fouquier, son procureur, d’aultre part. Parties oyes sur l’action et poursuitte desd. Gardes aulx fins de laquelle ilz ont conclud avec despens. Et que led. Brocard a dict qu’il n’avoict aucun moien de tenir bouticque et avoit seullement ung estallage, où lesd. Gardes le pouvoient visiter, ce qui luy suffisoit; au moien de quoy et attendu qu’il mescongnoist et desnye avoir riens vendu contraire aux reiglemens dud. mestier ny aucunement contrevenu à iceux, soutenoit qu’il debvoit estre envoyé hors de procez, accordant la visitation desd. Gardes au lieu où il fera son estallage. / Il est dict que dans ce jour led. Brocard conviendra du lieu où il tiendra sa bouticque, pour souffrir la visitation desd. Gardes, et condampné aulx despens de l’aprochement envers iceux Gardes, lesquelz ont esté par nous modérez et taxez à la somme de six livres, les présentes comprinses. Et mandé... » (Expédition en 2 rôles sur pareh.) — (2) Voy. Documenta, nos 6 1 5 et 617.

Burges, Bruges ou Bourges, fleurirent à Rouen dès les premières années du xvf siècle, Robert de Burges exerça la profession de typographe dans la même ville, de 1601 à 1616, suivant Frère 4, et peut-être encore quelques années plus tard. Ses impressions ne sont guère connues, car il semble s’être adonné surtout à la fabrication des livres d’Heures; l’usage quotidien en aura fait disparaître presque tous, sinon tous les exemplaires, et beaucoup d’autres auront été supprimés dès leur apparition, ainsi que nous l’apprennent deux documents analysés dans l’un des registres de la Communauté 1 2.

Cabut (Les), imprimeurs-libraires à Rouen (1618-1745).

Bien qu’ils ne jouissent pas d’une aussi grande notoriété que les Besongne, les Courant, les Lallemant ou les Oursel, pour ne citer quedes familles qui leur sont contemporaines, les Cabut ont cependant tenu une assez grande place dans l’imprimerie rouennaise, depuis la fin du second décennaire du xvne siècle jusque vers le milieu du

quables, leur spécialité ayant été surtout les livres à l’usage des écoliers et les publications populaires à bon marché, — mais on rencontre une suite de cinq typographes de leur nom. Avant de passer à leurs notices respectives, et pour plus de clarté, je les réunis tous, avec les libraires de la même famille et ceux qui ont exercé leur art en dehors de la Normandie, dans un crayon généalogique.

(1) N. F., liasse 104. — (2) A.D.S., E. 485 : (i°) p. 32, « i3 août 1616, sentence du Bailli de Rouen allencontre de Robert de Burges, maistre particullier aproché pour avoir esté trouvé en sa possession plusieurs Heures, de son impression, qui estoient vitieuses et où il y avoit plusieurs faultes, et condamné en six livres d’amende, et que lesdites Heures seroient lasséréez et rompues, et pour règlement à l’advenir, ordonné que lesdits maistres auraient de bons correcteurs, expérimentez à corriger ce qu’ilz imprimeraient et que chacun desdits maistres bailleront les espreuves qu’ilz corrigeront, qui seront paraphez desdits correcteurs, à peine de 5o livres d’amende et que lad. sentence et règlement seront imprimez et notifiiez à tous les maistres particuliers dud. estât, affin qu’elle feust notoire à tous lesdits maistres. » — (20) p. 3 4, Du 19 août 1616. « Sentence du bailli de Rouen allencontre de Robert de Burges et de Jacques Séjourné, aprochez pour avoir achapté et vendu l’un à l’aultre plusieurs Heures latin-françois, qui estoient vitieuses en l’impression et sans avoir été veues et visitées par gardes, et condamnez en chacun trente

solz d’amende avec despens. »

SEINE-INFÉRIEURE

I. Nicolas (1618-1654). Probablement originaire de Rouen, il fut reçu maître en 1618 1 et s’installa tout aussitôt dans la rue Écuyère, à l’enseigne de la Bible d’or , où, d’après Frère 2, il aurait exercé son art jusqu’en 1689. Ceci paraît exagéré et ne repose d’ailleurs sur aucun fondement sérieux ; j’arrête pour ma part sa carrière à l’année 1654, époque où, semble- t-il, il fut remplacé par son fils aîné, qui suit.

IL Louis I (1654-1696). Né à Rouen vers 1630, d’après la supputation de son âge au moment de son décès 3, il débuta en 1 6 5 4 4 , mais il abandonna au bout de quelques années l’établissement de la rue Écuyère ; on le trouve, en 1671, dans la Cour du Fer à Cheval, rue Ganterie 3, où il termina son existence le 21 janvier

(1) A.D.S., E. 483, f° 19 v°. — (2) N. F., liasse io5. — (3) Voir p. 94, note 6. ■ —

(4) N. F., loc. cit. — (5) A./ Les Aphorismes d’Hippocrates, avec le commentaire de

Galien sur le premier Livre. Traduit de Grec en François, par M. J. Breche. Avec

Annotation sur ledit premier livre : Ensemble les Aphorismes de J. Damascene,

GAU LIA TYPOGRAPHICA

1697 L Louis I Cabut avait été élu garde de la Communauté rouennaise en 1671, 1683 et 1694 2 5 en 1681, il avait été condamné en 60 sols d’amende, à la requête d’Eustache Viret, typographe de Sa Majesté, pour avoir imprimé et crié dans les rues de la ville, au préjudice des droits de ce dernier, un arrêt du Conseil ou du Parlement 3. C’était d’ailleurs un contrefacteur sans vergogne et déjà, en 1676, une sentence du Prévôt de Paris avait prononcé la confiscation de plusieurs livres qu’il avait contrefaits et dont malheureusement on ne donne pas les titres 4.

III. André (1660-1699). Troisième fils de Nicolas, né à Rouen vers 1640, il semble s’être établi en 1660 ou 1661, mais je n’ai retrouvé aucune trace ni de sa réception, ni de ses travaux, et Frère n’en parle pas non plus. Il mourut après 1697, époque où il assistait à l’inhumation de son frère Louis 5, et fut remplacé en 1699 par son fils cadet. De son mariage avec Madeleine Anselle,

Médecin Arabe, & un Epitoine sur les trois livres des Temperamens de Galien. Derniere Edition, revue & corrigée. [Fleur de lis] A Roven, De l’Imprimerie de Louis Cabut, rue Ganterie, dans la,Cour du Fer à Cheval. M.DC. LXXI (In-12 5yi p. sll. B. N., Td6 47 h). — B. / Les Fleurs du Grand Guidon. C’est a dire, Les Sentences principales de certains chapitres dudit Guidon. Par Maistre Jean Raoul, Chirurgien, [Fleuron.] Ibid., id. M.DC. LXXI. (In-12. 142 p. B. N , Td6

(1 ) A. R., Paroisse S. Lô, Reg. 3 : « Du 22e janvier 1697, le corps de feu Louis Cabut, âgé de 67 ans, décédé du 2 i\.., a été inhumé en nostre église, en présence de André Cabut, son frère, et de Philippe-Pierre Cabut, son nepveu. » — (2) Voyez suprà, pp. 19, 20 et 2 1 . — (3) Cf. Documenta, n9 693, pièces produites, lettre P. —(4) B. N., Ms. fr. 21817, p. io58: « A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Achilles de Harlay, Chevalier, Conseiller du Roy en ses Conseils, son Procureur Général en sa Cour de Parlement et Garde de la Prévôté et Vicomté de Paris, le siège vaccant, salut. Sçavoir faisons que sur la requeste faite en jugement devant nous en le Chambre de police du Châtelet de Paris, par maistre Louis de Paris, procureur des Syndic et Adjoints de la Communauté des Marchands libraires de cette ville de Paris, demandeurs aux fins de l’ordonnance du commissaire de la Mare du 16 des présens (sic) mois de juin, aux fins de l’exploit fait à leur requête par D’Ivry, sergent à verge, le 17e dudit présent mois de juin, controllé à Paris le 18 dudit mois par Bourguignon, commis au controlle, allencontre de Me Jean Rohard, procureur de Louis Cabut, marchand libraire à Rouen, deffendeur. Parties ouyes. / Nous avons les livres saisis sur le deffendeur confisqué au proffit de la Communauté, comme étant partie d’iceux contrefaits et contraires aux règlemens et privilèges accordez par Sa Majesté. Faisons deffenses au deffendeur de plus récidiver sur plus grande peine, et pour cette fois le condamnons aux dépens, et la présente sentence exécutée nonobstant oppositions ou appellations quelconques, pour lesquelles, et sans préjudice d’icelles, ne sera différé. En témoin de ce, nous avons fait sceller ces présentes, qui furent faites et données par Mrs Gabriel-Nicolas de la Reynie, Conseiller du Roy en ses Conseils, lieutenant général de police, tenant le siège, le mardy vingt-trois juin 1676. » — (5) Voy. suprà, note 1.

SEINE-INFÉRIEURE

décédée elle-même en 1708 1 * * 4, il eut au moins deux fils : l’un, André, alla s’établir à Noyon 2, l’autre, Philippe-Pierre, lui succéda à Rouen.

IV. Louis II (1681-1705). Fils de Louis I, né à Rouen vers 165 r 3, reçu maître en 1681 4, il ouvrit son officine, pendant le cours de cette dernière année, sur le quai 5, et fut garde de sa Communauté en 1693 6* Bien qu’il soit qualifié imprimeur, je ne pense pas qu’il ait réellement exercé cette profession, car, d’après l’enquête de 1701, il 11e possédait ni presses ni caractères ; il se sera contenté de vendre des livres.

V. Philippe-Pierre (1699-1745). Né à Rouen vers 1664 7, il était fils d’André Cabut et de Madeleine Anselle : admis à la maîtrise le 15 juin 1677 8, il n’ouvrit son établissement que le 8 octobre 1699 9, dans la rue aux Juifs, avec deux presses et deux compagnons 10, et le transporta un peu plus tard « dans la rue du Bec, proche la Messagerie de Paris 11 ». Sans être un imprimeur bien remarquable, P. -P. Cabut exerça sa profession honorablement et, après avoir été élu garde par ses pairs en 1702 12, il fut appelé par le roi à remplir les mêmes fonctions en 1708 13 et en 171114. Vers la fin de sa carrière pourtant, notre typographe, entraîné par l’exemple, ne laissa pas de prendre part à certaines contrefaçons,

(1) A. R., Paroisse Saint Lô, reg. 4 : « Du 27 mars 1708, le corps de feue

Madeleine Anselle, veuve d’André Cabut, imprimeur-libraire, décédée le 25,

aagée de 68 ans environ, a été inhumé dans notre cimetière, en présence de Philippe-Pierre Cabut, son fils, et de Guillaume Cabut, son beau-frère. »

— (2) Voy. G allia Typographica, sér. départ., t. I, pp. 176-177. — (3) B. N.,

Ms. fr. n. a. 400, f° 363. — (4) Ibid. — (5) N. F., liasse io5. — (6) Voy.

supra, p. 20. — (7) D’après la supputation de son âge au moment de son décès

(Voy. infrà, p. 96, note 4). — (8) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 364. — (9) A.

D, S., C. 145 (Enquête de 1706). — (10) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 364. Lors de l’enquête de 1706, ces deux compagnons étaient Thomas Bel lier et Joseph-Fran-

çois Malassis. — (11) Voy. notamment les ouvrages suivants, que je choisis

parmi les meilleurs édités parce typographe : A. / La véritable chirurgie, établie sur l’expérience et la raison... Par le sieur Louis-Léger de Gouey. Me ChirurgienJuré, reçu à Paris & résident à Roüen. [Vignette.] A Rouen, chez Ph.

Pierre Cabut, imprimeur-libraire, ruë du Bec, proche la Messagerie de Paris. M.DCC.XVI. (In-8. q3q p. sll. et la ta. B. N., Td73 100). — B. / Abrégé des antiquitez de la ville de Pontoise et Personnes illustres de ladite ville. Divisé en deux parties. [Vignette.] Ibid., id. M.DCC.XX. (In-12. 126 p. B. N ,Lk78o22).

— C. / Prix des monoyes de France et des matières d'or et d’argent, Depuis la Déclaration du 3i mars 1640. Nouvelle édition. Par Mr**’\ [Ecu de France.] A Rouen, Chez Ph. P. Cabut, Imprimeur-Libraire, ruë du Bec, proche le Bureau des Messageries. M.DCC. XXXVI. (In-4. 124 p. ch. Figures de monnaies fort

i bien gravées. B. N., Lf77 11). — (12) Voy. suprà, p.21. — ( 1 3) Voy. Documenta,

n° 73 1 . — (14) Voy. Documenta, n° 742.

celle de la traduction de la Bible de Lemaistre de Sacy, par exemple R et de contrevenir aux règlements en imprimant sous de faux noms. C’est notamment lui qui, sous le pseudonyme de Jean-François Roujot et la rubrique Douai 1 2, exécuta la Femme-Docteur ou la Théologie tombée en quenouille , du P. Bougeant ; il fut condamné de ce chef à une amende de 300 livres, par ordonnance du Premier Président du Parlement de Normandie 3. Dans un autre ordre d’idées, il faut lui savoir gré d’avoir créé et mis au jour pendant de nombreuses années (1712 à 1745), un excellent almanach rouennais, dont les exemplaires sont devenus bien rares, et qu’il publiait sous le titre de Flambeau astronomique , ou Calendrier royal pour la comtois s ance des tems.

Après quarante-six ans d’exercice, P. -P. Cabut décéda à Rouen le 28 mars 1745 4- ^ était célibataire, et son établissement se trouva supprimé, en vertu des réductions opérées sur le nombre des imprimeurs par l’arrêt du Conseil du 31 mars 1739.

Caillouè (Les), libraires, éditeurs et imprimeurs à Rouen, Quevilly et Dieppe (1612-1754).

A. — Rouen . — On a classé jusqu’à présent 5 divers membres de cette famille parmi les imprimeurs rouennais, notamment, Jacques et Pierre (II) Caillouè ; je pense que l’on s’est trompé, et cependant, sans suivre toutefois les errements de mes prédécesseurs, j’ai cru devoir les mentionner ici. La famille Caillouè (aliàs Caillou, Caillouè, Cailloe) professait la religion réformée ; elle a subi de ce lait bien des vicissitudes, mais il importe de remarquer que plusieurs de ses membres sont revenus à la foi catholique ; on a toujours omis de le dire, pourtant ceci explique comment ils ont pu se maintenir à Rouen, en dépit de la révocation de l’édit de Nantes.

I. Jacques (1612-1663), le premier des Caillouè qui se soit signalé dans l’industrie du livre, est qualifié imprimeur-libraire par Edouard Frère 6 et par Lesens 7, c’est juste le contraire de la

(1) Voy. Documenta, n° 841. — (2) Cf. Gallia Typographica, sér. dép., I, p . 70.

— (3) Voy. Documenta, n° 840. — (4) A. R., Paroisse Samt-Lô, reg. 8 : « Du

29 mars 1745, le corps du Sr Philippe-Pierre Cabut, imprimeur-libraire et thré-

sorier de cette paroisse, âgé de 81 ans ou environ, décédé du-jour précédent,

muni des sacremens, a été inhumé en notre église, en présence de Louis et de

Robert-André Cabut, ses neveux. » — (5) Cf. Frère, Lesens, Haag, etc. — (6) F.,

p. 170. — (7) Liste des impr. et libr. rouenn. prot.

SEINE-INFÉRIEURE

réalité, puisque Jacques s’intitulait lui-même libraire-imprimeur , ce qui veut dire éditeur , et, de fait, il est impossible de rencontrer un livre quelconque qu’il ait personnellement imprimé. Les ouvrages les plus célèbres qui portent son nom, trahissent par quelque point leur provenance typographique étrangère à Cailloué. Si l’on examine, par exemple, le curieux volume de la Sage-Folie , de Garon l, on voit tout de suite, grâce à la marque apposée sur le titre, que l'impression est de Jacques Auber; si l’on feuillette d’autre part l’édition du grand ouvrage historique de Jean de Serres 2, donnée par Cailloué, on lira au verso du dernier feuillet préliminaire non chiffré, que le privilège en avait été octroyé, le 19 mars 1655$ à Jean Viret ; que celui-ci l’avait rétrocédé pour partie « à Jacques Cailloué, libraire-imprimeur audit Rouen », et, avec un peu d’habitude des impressions rouennaises, on reconnaîtra aussitôt que ces in-folios sont sortis des presses de Viret. Rien n’est plus probant d’ailleurs au même point de vue qu’une sentence du bailli de Rouen, du 21 janvier 1620, par laquelle notre libraire-imprimeur est condamné à dix livres d’amende pour avoir fait imprimer par David Ferrand le jeune, un libelle sur lequel ne figurait ni son nom, ni son adresse, non plus que celle de l’imprimeur 3. Ainsi donc Jacques Cailloué n’était qu’un éditeur; il avait sa boutique dans la rue aux Juifs, près le Palais, à l’enseigne du Noyer et il s’adonna au commerce des livres de 1612 à 1663.

Ainsi que Frère le dit fort exactement, « il avait adopté pour marque un noyer chargé de fruits, que des enfants cherchent à abattre avec des pierres, et pour devise (faisant allusion à son nom

(1) La Sage-Folie, Fontaine d’allegresse, mere des plaisirs, Reyne des belles humeurs : Povr la deffense des personnes iouiales, à la confusion des Archisages & Protomaistres : Oeuure morale, tres-curieuse, & vtile à toutes sortes de personnes. Traduitte en François de l’Italien, d’Anthoine-Marie Spelte, Füstoriographe du Roy d’Espagne, Par L. Garon. [Marque de l’enfant, de J. Auber, avec la devise : Paupertas summis ingeniis obesse ne provehantur.] A Roven, chez Jacqves Caillové, dans la Cour du Palais. M.DC. XXXV. (In-12. 587 p. B. N., Rés. Ys 1390.) — (2) Le Véritable inventaire de l’Histoire de France. Depuis Pharamond jusques à Loüis XIV. à présent régnant. Illustré par la Conférence de l’Église & de l’Empire. Par Iean de Serres. Augmenté en cette derniere édition de ce qui s’est passé durant ces dernieres années, tant en France qu’aux Pais Estrangers, iusques à la Conclusion de la Paix d’entre la France & l’Espagne, & du Mariage du Roy. Tome Premier, [Grav. représ, la Renommée, la Gloire, le Temps et la Justice.] A Roven, chez Iacques Caillové, dans la Cour du Palais. M.DC.LX. (In-f°. 2 vol. Titre r. et n. B. N.,

L35 6g m.) — (3) Voy. Documenta, no 612.

G. Lépreux. Gallia Typographica. D. III.

et peut-être aussi aux vexations auxquelles était alors exposé le protestantisme) : le svis tovsiovrs caillové ». Une grande partie des livres édités par Jacques Cailloué, comme de ceux de son fils, étaient annoncés en vente : A Quevilly, Tous deux possédaient un dépôt de leurs ouvrages dans ce lieu réservé au culte réformé et même, suivant la prétention de Cailloué, exposée dans une sentence du 18 juillet 1622 l, il lui était permis de conserver pour ce dépôt des livres non soumis à la visite des gardes. La chambre de l'Édit du Parlement de Rouen ne paraît pas avoir admis complètement pareille licence2, mais en fait il semble bien qu’elle existât.

De son mariage avec Marie Villequier, Jacques Cailloué eut au moins deux fils et une fille : i°, Jean, qui fut établi à Dieppe 3 ; 2°, Pierre, qui suit ; 30, Jeanne, qui épousa Olivier de Varennes, libraire à Paris. D’après la France protestante 4, il serait mort à Saumur et y aurait été inhumé le Ier août 1664.

IL Pierre (1667-1680). Libraire-imprimeur, comme son père, il avait sa boutique dans la Cour du Palais, au Noyer 5 et, de même que lui, il orna le titre de la plupart de ses éditions de la marque du Noyer, qu’on y rencontre en différentes grandeurs6 *. Pierre Cailloué décéda en 1680 "; il laissait une veuve, Anne Lefebvre, dont il avait eu plusieurs enfants et qui lui succéda ou plutôt continua le même commerce8. En 1694, à la suite de la publication, faite en société avec Jean Dumesnil, d’unlivre qui, d’après Brunet 9, était le libelle intitulé : Scarron apparu à Mine de Maintenons et les reproches

(1) Voy. Documenta, no 6 1 5. — (2) Voy. Documenta, n° 617. — (3) Voy.

infrà, p. suiv. — (4) ire Ed., t. III, p. 447. — (5) Conformité de la discipline

ecclesiastique des Protestans de France avec celle des Anciens Chrétiens...

[Marq. du Noyer, en grand format]. — Se vend à Quevilly, chez Pierre Cailloué,

demeurant à Rouen dans la Cour du Palais. M. DC.LXXVIII. (In-4. 307 p. ch.

sll. et lata. B. N., D2 999.) — (6) Cette marque figure en très petit format sur l’ouvrage suivant : La Mallette de David. Où sont encloses toutes les Prières de la Semaine, & pour les plus célébrés Fêtes de l’Année, & autres Prières neces- -saires au Chrétien. Traduit d’Anglois en François. Par Guillaume Herbert. [M.]

Se vend à Quevilly Par Pierre Cailloué, & à Rouen dans la Cour du Palais. 1678. (In 32,272 p. ch. sll. et lata. B. N., D2 4796). — (7) Date du procès-verbal de vente de son mobilier et de partie de son fonds de livres. (A. D. S., D. 529). — (8) Voy. notamment : — Dévotions particulières qui peuvent servir en diverses occasions, Comme Au Matin. Au Soir. Lorsque l’on Communie. Lorsque l’on est malade. En temps de Persécution & de Calamité publique. Augmenté en cette dernière Edition de plusieurs Prières qui n’ont point été dans les précédentes .

— Se vend à Quevilly, Par la veuve de Pierre Cailloué, tenant sa boutique à Rouen, dans la Cour du Palais. M.DC.LXXXI. (In- 1 2. iq3 p. ch. B. N., D2 4146.)

— (9) M. B., t. IV, p, 217.

SEINE-INFÉRIEURE

qu’il lui fait sur ses amours, la veuve Cailloué fut arrêtée et conduite à la Bastille1; elle y mourut peu de temps après (21 novembre 16942), malgré le tendre dévouement de sa fille Marie-Anne, volontairement entrée dans la prison d’Étatpour donner à sa mère tous les soins que comportait sa maladie. Marie-Anne fut, après ce triste événement, envoyée par le roi au couvent des Nouvelles-Catholiques3, en qualité de protestante ; on ignorait sans doute que la jeune Cailloué s’était convertie au catholicisme depuis plus de dix ans déjà, en même temps que Thomas, l’un de ses frères4. Tous les enfants de Pierre Cailloué semblent d’ailleurs être revenus à la foi catholique, Pierre II et Jacques-Antoine notamment, qui continuèrent, pendant de nombreuses années encore, de faire le commerce des livres à Rouen. Edouard Frère affirme, il est vrai, qu’ils étaient restés protestants, mais il est en désaccord avec les actes de décès de ces deux libraires, que j’ai copiés dans les registres de l’État- civil de Rouen 5.

B . Dieppe.

III. Jean (1672-1686). Fils de Jacques Cailloué et de Marie Villequier, né par conséquent à Rouen, Jean serait venu s’établir libraire à Dieppe, en 1672, s’il faut en croire M. Fesens 6, puis se serait réfugié à Londres en 1686 et y auroit continué son commerce de livres jusqu’en 1701. La date originaire de 1672 est combattue par l’abbé Sauvage, auquel j’emprunte un passage, qui va nous mettre au courant des principales données d’un problème qu’il n’a pas solutionné. « C’est encore à M. Claudin, écrit-il 7, que nous devons la communication d’une plaquette rarissime, malheureusement non datée, mais qu’on ne peut guère attribuer qu’au commencement du xvne siècle. Elle figurait à l’exposition de Rouen en

(1) Cf. Documenta, n°s 699, 700, 701, 702. — (2) Cf. Documenta, n° 704. — (3) Voy. Documenta, n° 707. — (4) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 2 ; « Le 6 novembre 1 685, Marie-Anne Cailloué, aagée de 17 ans ou environ et Thomas Cailloué, aagé de 10 ans, son frère, ont fait abjuration d’hérésie et ont embrassé la religion catholique, apostolique et romaine, en présence de Jean du Chesne et de Jean Fouët, entre les mains de messire Louis Mython de Froideville... » — (5) 1°. A. R., Paroisse S. Lô, reg. 7 ; «Du 10 décembre 1733, le corps du sieur Pierre Cailloué, marchand libraire, décédé le jour d’hier, âgé de 72 ans ou environ, a été inhumé en notre cimetiere, en présence de Jacques-Antoine Cailloué,

son frère, et de Claude Jore, ami... » — IR. A. R., Paroisse S. Lô, reg. 9 : « Du

3o avril 1754, le corps de Jacques-Antoine Cailloué, marchand libraire, âgé de

82 ans ou environ, décédé du jour précédent, muni des sacremens, a été inhu-

mé en notre cimetière... en présence de Jacques Foucques, son neveu, et

d’Étienne-Vincent Machuel, ami...» — (6) Impr. et libr. rouennais et dieppois

protestants. — (7) Introd. à l’hist. de PImpr. à Dieppe, pp. 435-436.

IOO

GALI.IA TYPOGRAPHICA

1887. En voici le titre complet : Vsage de V Horloge et Qvadran agimutai , ensemble de b Equinoxial, ou qvadran Vniversel, avec celuy de la Ivne. — A Dieppe , par Gabriel Blou, dans la Grand rue . Comme fleuron, sur le titre, une corbeille de fleurs. A la fin de la plaquette, en forme de colophon et sur trois lignes : A Dieppe , cheg Jean C ail loué , imprimeur et libraire , dans la Grand rue, devant la Fontaine du Marché. Cet opuscule n’a que 8 pages, plutôt in-12 qu’in-80- Le caractère en est antique et le papier jaune et grossier ; ces caractères archaïques sont, en somme, la seule raison qui nous engage à reporter à une époque si reculée l’opuscule dej. Cailloué ; mais il faut bien avouer que l’usure du caractère, devenu presque tête de clou, atteste un si long usage, que nous pourrions nous tromper d’un demi-siècle sur le temps où il fut utilisé, sinon oùil fut fondu. Il nous parait pourtant bien difficile de redescendre jusqu’en 1672, époque où M. Lesens indique un Cailloué jeune, libraire à Dieppe (était-il imprimeur ?) J. Cailloué dans tous les cas ne semble pas y avoir fait de bien brillantes affaires, à en juger par l’état où était son matériel. Mais qu’était Gabriel Blou ? La place que son nom occupe ne permet guère de le considérer comme l’auteur de la brochure. Le par doit-il être lu pour ? et Gabriel serait-il un libraire associé à l’immeur Jean Cailloué ? Nous n’osons ici rien conclure. »

Il n’est évidemment pas facile de répondre à cette avalanche de questions, mais fort heureusement j’ai un point de repère qui va me permettre de donner une solution possible à la plupart d’entre elles : c’est l’autre édition de Y Vsage de b Horloge, publiée en 16681, dont les caractères sont presque identiques à ceux de l’édition exposée par Claudin en 1887, — tous deux étaient sans doute des épaves d’ateliers de Rouen, — et dont le papier n’est ni moins jaune ni moins grossier. Rien ne s’oppose par conséquent à ce que celle-ci soit d’une époque presque contemporaine de la première, — très certainement postérieure, l’orthographe étant plus moderne,’ — soitentre 1672 et 1680. Le libraire Gabriel Blou était peut-être le fils, ou dans tous les cas le successeur de Charles, et, comme son prédécesseur, il était simplement vendeur de la brochure, car il faut traduire la souscription du titre de cette manière : « Vendue à Dieppe par Gabriel Blou... » Quant au colophon, il est suffisamment explicite, pour qu’on voie en Jean Cailloué l’imprimeur de la plaquette. C’est par malheur tout ce qu’on connaît de lui jusqu’à présent et

(1) Voy. suprà, p. 43.

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il n’y a qu’à accepter pour le surplus, mais sous bénéfice d’inventaire, les dates proposées par M. Lesens.

Galles (Pierre), imprimeur et libraire à Rouen (1599-1643).

Cet imprimeur est connu par un assez grand nombre de productions, consistant pour la plupart en livres de droit et de médecine, et dans le détail desquelles je n’ai pas à entrer, mais je tiens à faire remarquer que si j’ai adopté, pour la durée de son exercice, les dates données par Frère 4, je ne suis pas certain qu’elles soient absolument exactes, car je n’ai rencontré aucune impression de Pierre Calles antérieure à 1601, ni postérieure à 1617, et il ne fut élu garde de la Communauté qu’une seule fois, en 1604 1 2. Il avait son officine dans la rue aux Juifs, près la grande porte du Palais, et possédait une marque, dans laquelle l’auteur du Manuel du bibliographe normand a vu l’image du Silence , mais soit dit en passant et sans aucune arrièrepensée malicieuse, il me paraît téméraire d’affirmer qu’une telle image ait été représentée par une personne du sexe faible. La marque de Pierre Calles3 offre en effet la figure d’une femme debout, posant l’index droit sur sa bouche et tenant de la main gauche un écusson sur lequel on voit deux mains amicalement unies; cette femme est accompagnée d’un chien et entourée d’un listel contenant cette devise : Fide et tacitvrnitale. Je pense, pour ma part, qu’il faut voir dans cette représentation l’image de la Fidélité. La marque enfin est ornée dans le bas du monogramme de l’imprimeur, consistant en une sorte de drapeau planté sur la lettre A et accompagné des lettres P. C.

Campes (Jean), prétendu imprimeur de Rouen (1527).

N’est connu que documentairement et n’a jamais été sans doute que compagnon. Gosselin lui consacre 4 les lignes suivantes :

(1) N. F., liasse io5. — (2) Voy . suprà, p. 16. — (3) On peut en voir un bel exemplaire sur le titre de l’ouvrage suivant : — La première et seconde partie des errevrs popvlaires, touchant la Medecine & le régime de santé. Par M. Lavr.

Iovbert, Conseiller & Médecin ordinaire du Roy de France & de Nauarre, premier Docteur Regent, Chancelier & luge de l’Vniuersité en Medecine de Mont-

pellier. Auec plusieurs autres petits traitez, lesquels sont spécifiez en la page suyuante. [Marq. décrite,] A Rouen, chez Pierre Calles, près la grand’porte du Palais. 1601. (In-12. 246 et 227 p. ch. sll. et les ta. B. N., T21 q3 b.) — (4) Glanes , p. 91.

« Jehan Campes, imprimeur, paroisse Saint Maclou, fils de Nicolas Campes, cordonnier. A la fin de décembre 1527, on trouve son domicile indiqué sur la paroisse Saint-Vivien. »

Carpentier (Pierre), prétendu imprimeur de Rouen (1642-1649).

Il est indiqué par Édouard Frère comme ayant exercé sous les dates ci-dessus 1 ; je n’ai quant à moi absolument rien trouvé à son sujet et je ne l’ai retenu ici que pour mémoire.

Carrel (David), prétendu imprimeur de Rouen (1609-1617).

Frère dit tout simplement 2 que David Carrel exerça l’imprimerie de 1609 à 1617 ; je ferai remarquer qu’il ne fut reçu à la maîtrise qu'en 1617 3 et il est bien stipulé que ce n’est qu’en qualité de libraire. C’est donc un personnage à rayer de la liste des imprimeurs.

Cartier (Gabriel), prétendu imprimeur de Rouen (1608).

Une famille Cartier s’adonna pendant presque tout le xvne siècle au commerce de la librairie à Rouen ; on y rencontre notamment : Gabriel Cartier, en 1608 ; Jean I Cartier, de 1638 à 1668 ; Jacques Cartier, de 1638 aussi à 1646; Jean II Cartier, de 1682 à 1685. Dans ses Notes 4, Frère attribue la qualité d’imprimeur au premier d’entre eux et enregistre deux ouvrages qui seraient sortis de ses presses. Rien ne permet de suivre ces errements et on ne peut voir qu’un simple libraire dans ce Gabriel Cartier.

Cauchoys ou Le Cauchoix (Pierre), imprimeur à Rouen (1601- 1642).

Il aurait exercé l’imprimerie, d’après Frère5, depuis le 15 mars 1601, date de sa réception, jusqu’en 1642 ; mais je n’ai rencontré de lui aucune impression et je n’ai pas trouvé non plus, en 1601, la mention de son admission à la maîtrise, bien que le registre E. 483 des Archives Départementales de la Seine-Inférieure contienne les réceptions faites durant le cours de cette année. Je ne saurais

(1) N. F., liasse io5. — (2) Ibid. — (3) A. D. S., E. 483, f° 18. — (4) N. F.„

liasse io5. — (5) Ibid.

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donc affirmer que Pierre Cauchoys a été réellement imprimeur ; je ne puis pas non plus lui dénier cette qualité ; je me contente de l'indiquer pour mémoire et je rappelle qu’il figure, en 1605, parmi les gardes de la Communauté l, sans que sa profession y soit notée.

Charles (André), prétendu imprimeur de Rouen (1601).

Une fiche est consacrée par Frère 2 à ce prétendu maître ; il aurait été admis dans la Communauté, en 1601, d’après le savant bibliographe normand. Cela est évidemment le résultat d’une confusion, car je rencontre parmi les maîtres reçus en 1601, un libraire nommé André Charlemesnil : il saute aux yeux que par erreur ou pour abréger, quelque rédacteur de catalogue aura coupé le nom en deux et fait des deux premières syllabes un personnage qui n’a jamais existé.

Clément ou Clémence (Abel), prétendu imprimeur de Rouen (1572).

Frère 3 et Gosselin 4 rangent un Abel Clément parmi les imprimeurs de Rouen, sous la date de 1572. Deschamps, dans le Supplément au Manuel du libraire 5, indique un ouvrage portant le même nom à la souscription 6 et l’attribue aux presses lyonnaises, mais M. Baudrier, qui donne aussi la description de ce livre dans sa savante bibliographie 7, se demande si Abel Clémence est bien un Lyonnais ? Je pense, pour ma part, que Clément ou Clémence n’a jamais été imprimeur ni à Lyon ni à Rouen ; ce devait être un simple libraire de cette dernière ville ; il a toutefois fait souche d’un typographe que nous rencontrerons ultérieurement à Lisieux 8.

Constant (Abraham), imprimeur supposé à Rouen (1606).

Un petit livre intitulé : Complaincte des mal marie avec Y enfer des amoureux , imprimé à Rouen en 1606 porterait, paraît-il, la souscription à’ Abraham Constant , demeurant près le palais. J’ai reproduit

( 1 ) Voy. suprà, p. 16. — (2) N. F., liasse 106. — (3) Ibid. — (4) Glanes, p. 106. — (5) T. I, p. 170. — (6) La racine, source et fondement des Anabaptistes ou rebaptisez de nostre temps, Avec réfutations des argumens principaux, par lesquels ils ont accoustumé de troubler l’Eglise de Nôtre S. J. C. et séduire les simples par Guy de Brès. S. I. ( à Lyon ) chef Abel Clemence, i565. In-8. — (7) T. I, p. 97. — (8) Voy. la 3° partie de ce volume, Calvados.

GALLIA T YPO G R A PH ICA

plus loin 1 une sentence du Bailliage de Rouen, de laquelle il résulte qu’il s’agit là d’un nom supposé et qu’aucun imprimeur de cette ville ne s’est appelé Abraham Constant.

Corne (Guillaume), prétendu imprimeur de Rouen (1517).

Voici encore un soi-disant maître imprimeur, qui n’a jamais dû être que compagnon ; il a été découvert par Gosselin, qui lui con sacre les lignes suivantes : « Nous ne possédons presque rien sur un imprimeur nommé Guillaume Corne, sinon qu’il demeurait en la paroisse S. Maclou, qu’il était originaire de Glos et que, dans son besoin d’argent, il engagea, le 16 mars 1517, une pièce de terre, sise en la paroisse de Glos, lui provenant de la succession de son père, pour la modique somme de 13 livres 8 sols 2. »

Cornier (Pierre), imprimeur (?) à Rouen (1553) .

Est-ce un véritable imprimeur ou seulement un libraire ? Question encore insoluble, car E. Frère 3 ne cite Pierre Cornier que d’après une mention du Catalogue de La Vallière, que je n’ai pu retrouver ni dans la première partie publiée en 1783, ni dans la seconde partie parue en 1788. Voyez aussi infra la notice de Guillaume Costil.

Costé (Les), imprimeurs à Rouen (1602-1681).

I. Louis I (1602-1610). Nous voilà enfin en présence d’imprimeurs authentiques, descendants sans doute du libraire Philippe Costé, dont le nom figure sur un livre d 'Heures à l’usage de Rouen, imprimé à Paris vers 1510 4 et qui, dès 1503, faisait de nombreuses fournitures à la bibliothèque du Château de Gaillon 5. J’ai à signaler deux Louis Costé, bien que Frère n’en ait enregistré qu’un G, auquel il attribue toute la production parvenue jusqu’à noussousce nom ; l’auteur du Manuel du bibliographe normand ne semble pas s’être aperçu que, en 1611, un Louis Costé fut admis à la maîtrise 7 et qu’il ne peut pas être par conséquent le même que celui qu’on voit figurer dans deux arrêts, en 1604 8. Louis I Costé exerçait

(1) Voy. Documenta, n° 558. — (2) Glanes, p. 73. — (3) N. F., liasse 107. —

(4) Cf. Lacombe, Livres d'heures, n° 209. — (5) Cf. A. Deville. Comptes de dé-

penses delà construction du Château de Gaillon (Paris, impr. nat., i85o, In-4.

Coll, de Doc. inéd. sur Thist. de Fr., 3e Sie), p. 439. — (6) F. N., liasse 107. —

(7) A: D. S., E. 483. f° 12 v°. — (8) Voy. Documenta, n°s 553 et 555.

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d’ailleurs antérieurement à cette dernière date, car, dès 1602, il est connu par un assez grand nombre de pièces facétieuses, genre de publications qui paraît avoir eu toutes ses préférences. Brunet 1 et Frère 2 disent qu’il éditait ces pièces séparément et sans pagination, afin de pouvoir les vendre isolément, mais qu’il mettait des chiffres ou des signatures au bas du titre de chacune d’elles, pour indiquer la place qu’elles devaient occuper dans le recueil qu’011 en pouvait faire. Cette observation paraît fort exacte, malheureusement ces deux bibliographes n’ont cité que très sommairement quelques-unes de ces pièces et ni l’un ni l’autre ne semble avoir connu le recueil qu’en possède la Bibliothèque Nationale et qui contient douze opuscules, dont plusieurs sont effectivement marqués de lettres au titre. Ces plaquettes étant pour la plupart ignorées, je me fais un devoir d’en donner ici la description bibliographique, en les classant par ordre de lettres, concordant avec celles mises par l’imprimeur ou y suppléant lorsqu’elles font défaut, et en suivant dans tous les cas l’ordre du recueil.

A. — Les / songes de / Daniel translatez de la -/tin en Fran-/çois. [Vignette.] A Roven. / Chez Loys Costé, Libraire rue / Escu)^ere aux trois / Couronnées. A. (S. d. In- 12. 4 ff. n. ch. Titre encadré.)

B. — La vraie / medecine / qvi gvarit de tovs / mavx et plvsievrs av-/tres, ensemble de n’auoir ia-/mais faute d’argen t, vtile / & profitable à vn / chacun. / Auec plusieurs autres recepte [sic] gentilles pour re/siouyr tous esprits melancholiques, comme / pourrez voir à la page suyuante. [Vignette] A Roven, / Chez Loys Costé, Libraire rue Escuyere / aux trois-j"pj- Couronnées. / 1602. (In-12. 12 ff. n. ch.)

C. — Le / Caqvet / des bonnes cham/brieres déclarant /aucunes finesses, dont elles vsent vers leurs mai- / stres& maistresses. / Imprimé par le commandementde / leur Secrétaire maistre/ Pierre Babillet. [Vignette.] A Roven. / Chez Loys Costé, Libraire rue / Escuyere a l’enseigne des trois / couronnées. C. (S. d. In-12. 8 ff. n. ch. Tit. enc.) Cité dans M. B., t. I, col. 1568.

D. — Le Ban-/qvet des chatn-/brieres fait avx / estuues le ieudy gras. [Vignette.] A Roven. / Chez Loys Costé,

<i) M. B, t. I, col. i56g. — (2) F., t. I, p. 367.

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Libraire rue / Escuyere a l’enseigne des trois / couronnées. D. (S. d. In-12. 7 ff. n. ch. et i f. blanc. Tit. enc.) Voy. Ch. Nodier, Nouveaux Mélanges , n° 568.

E. — Discours / ioyevx povr ad-/vertir la novvel-/le mariee, de ce qu’elle doit / faire la première nuict. [Vignette.] A Roven. / Chez Loys Costé, libraire rue Es-/cuyere aux trois

/ Couronnes. E. (S. d. In-12. 4 ff. n. ch. Tit. enc.)

F. — Les / Tenebres / de mariage. / Icy verras en bref langage, / Les Tenebres de Mariage, / Lesquelles furent sans mentir, / Composées par vn Martyr, / Qui fut par dix ans au seruage. [Vignette.] A Roven. / Chez Loys Costé, libraire rue es-/cuyere aux trois / Couronnées. (S. d. In-12. 8 ff. n. ch. Tit. enc.)

G. — Discovrs /ioyeux de la pa-/tience des fem-/mes obstinées contre /leurs maris / Fort ioyeux & récréatif / à toutes gens. [Vign.] A Roven. /.../ Couronnées. (S. d. In-12. 4 ff . n. ch. Tit. enc.)

H. — • Le / Discovrs / dv trespas de / vert ianet. / Le Testament de Vert Ianet, / Qui fut pendu au neuf marché, / O11 luy secoua le collet, / Lequel en fut assez fasché. [Vign.] A Rouen. /... / Couronnées. G. (S. d. In-12. 8 ff. n. ch. Tit. enc.) Voy. M. B., t. I, col. 1568.

I. — Le / Blason des / barbes de mainte-/nant, chose tres-/ioyeuse & recreatiue. / Amy lecteur, ie ne veux attenter, / Que ce blason vienne offencer tes yeux, / le ne l’ay faict pour mal te contenter, / Mais seulement pour passe-temps ioyeux. [Vign.] A Roven /... / Couronnées. / 1602. (In-12. 4 ff. n. ch.) Voy. M. B., t. I, col.

K. — Dialogve / plaisant et re-/creatif entre-/meslé de plusieurs Dis-/cours plaisans & / facétieux. / En forme de Coq à l’Asne. [Vign.] A Rouen./.../ Couronnées. (S. d. In 12. 4 ff. n. ch. Tit. enc.)

L. — Le/ plaisant/ qvaqvet et resiv [sic] / yssance des femmes, / pource que leurs maris n’y-/urongnent plus en la / Tauerne. [Vign.] A Rouen. / Chez Loys Costé, Libraire rue Escuyere aux / trois Couronnées. I. (S. d. In-12. 7 ff. n. ch. et 1. f. blanc offrant au r° une marq. d'impr. représentant un arbre, accompagné à dr. de S. P<tul et à g. de S. Yves ; un écu suspendu au tronc contient les initiales

SEINE-INFÉRIEURE

Y. Q. L) Rapprocher cette pièce de La Resiovissance des Femmes , sur la Dcffence des Tauernes & Cabarets , Paris, 1613. (Voy. E. Picot, Cat. J. de Rothschild, t. II, n° [792.)

M. — Le plaisant/ bovtehors d’oy-/sivete. Dizain au Lecteur. / Vovs qui voulez récréation prendre, / Et chasser hors fâcheuse oysiueté, / Lisez icy & vous pourrez apprendre / Plusieurs bons tours lesquels faits ont esté / Et puis escrits tout par ioyeuseté, / Pour recreer l’esprit oysif de l’homme, / Pourtant s’aucun désir sçauoir comme, / C’est oeurre est dit (pour la cause premise) / Certainement a bon droict on le nomme, / Le boutehors d’oysiuete remise. [Vign.] A Roven. / Chez Loys Costé, Libraire rue Es-/cuyere aux trois / Couronnées. (In- 12. 24 ff. n. ch. Au v° du dernier, même marque que dessus. B. N., Inv. Rés. Ye 2724-2735.)

Je ne connais pas d’autres travaux de cet imprimeur, sauf l’ouvrage suivant, dont le privilège lui avait été cédé par l’auteur, en même temps qu’à Romain de Beauvais, Louis Loudet et Jean- Baptiste Behourt :

— Le thresor deîeloqvence francoyse. Recueilly des Meilleurs autheurs Lrançoys, Auec une explicâon des mots les plus difficiles. Par I. Behovrt de RoveN [sic] Première Partie / A Roven. Chez Loys Costé rue Escuyere, à l’enseigne des •{*•%**%* Couronnées. 1610. Avec privilège dv roy. (In-8.8 ffi n. ch., dont un blanc, 524 p. ch. Pront. gravé. Extr. du priv. au vu du 7e f. n. ch. B. N., Rés. X. 2553.)

Il est probable que Louis I Costé mourut peu de temps après cette impression et, en 1611, il se trouva remplacé par son fils, qui suit.

IL Louis II (1611-1633). Reçu maître en 1611, ainsi que je l’ai dit plus haut, il succéda au précédent et continua d’imprimer sous l’enseigne des Trois Croix Couronnées , dans la rue Ecuyère ; il semble avoir abandonné les Facéties et, à l’exception des Almanachs1 2, s’être adonné à des travaux plus sérieux 3. Il fut à deux

(1) Peut-être était-ce la marque d’Yves Gomont (Voy. infra), auquel Louis

Costé aurait succédé ï et dont il continua dans tous les cas le genre d’impres-

sions. — (2) Cf. Documenta, nos 582 et 58q. — (3) Voy. notamment : M.T. Cic. De officiis libri très. Cato maior, seu de Senectute. Lælius, seu de Amicitia. Paradoxa

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reprises, en 1612 et 1622, garde de la Communauté et, décédé en 1 633, suivant Frère 2, il aurait été remplacé par sa veuve, née Catherine Housset (1633-1681), qui figure jusqu’en 1681 parmi les membres de la Confrérie S. Jean-Porte-Latine. Il convient d’ajouter à ces renseignements que divers ouvrages, d’un genre d’ailleurs peu relevé 3 portent sa souscription, et que le nom de Louis Costé continua d’être porté par un libraire, fils sans doute de notre imprimeur, qu’on rencontre parmi les gardes de la Communauté, en 1658, 1667 et r^75 4-

Costil ou Costel (Guillaume), imprimeur (?) à Rouen (1534).

Gosselin a rencontré, au cours de ses recherches, un Guillaume Costil , qualifié imprimeur à Rouen et demeurant « en la paroisse Saint Hilaire », et son frère, « Thomas Costil, libraire à Paris 5 ». On ne connaît aucune production sortie des presses de ce typographe, qui devait être un simple compagnon ; dans tous les cas, son nom est peut-être inexactement transcrit. Il semble en effet qu’il doive être orthographié Costel , forme qui figure dans le testament fait à Paris, le 8 juin 1560, par Gilles Costel, imprimeur, demeurant ci la Pomme de Pin, rue du Mont-Saint-Hilaire 6, et sans doute son

Stoicorum sex. Somnium Scipionis, ex libro 6. de Rep. Cum annotationibus Pauli Manutij in margine adscriptis , additisque hac postrema Editione sectionibus. Index rerum & verborum. [Monogr. de la C. de Jésus, avec la devise : Laudabile nomen Domini. ] A Roven, chez Lovys Costé, rue Escuyere aux trois Croix Couronnez [sic]. M.DC.XXX. (In-16. 401 p. ch. slata. B. N., * E. 1449.) — (1) Voy. suprà, p. 17. — (2) N. F., liasse 107. — (3) A./ Le Grand Calendrier et compost des Bergers composé par le Berger de la grand Montaigne, avec le compost manuel reformé selon le retranchement des dix jours, et Calendrier Gregorian. Plus y est adjoustéla maniéré comme il se doit gouverner le Berger pour empescher qu’aucuns sorciers ne facent mourir leurs trouppeaux. — Rouen, vefve de Louis Costé (S. d. Pet. in-4. Fig. s. bois. Cat. Lormier, n°5o3g.) — B./ LTstoire et faits du très-preux noble et vaillant Huon de Bordeaux, pair de France, et duc de Guyenne. Histoires comprinses en deux livres, contenant autant beaux et récréatifs discours, et gestes mémorables que l’on aye veu jusques à présent. Le tout de nouveau reveu et corrigé. — Rouen, vefve deLouys Costé. (S. d. In- 8. 2 vol. Fig. sur bois et lettres ornées. Cat. Lormier, n° 5472.) — C./ L’Histoire du noble et vaillant chevalier Guillaume de Palerme et de la belle Melior. Lequel Guillaume de Palerme fut fils du Roy de Cecille, et par fortune et merveilleuse adventure devint vacher. Et finalement fut Empereur de Rome, sous la conduite d’un Loupgarou fils du Roy d’Espaigne. — Rouen, vefve de Louys Costé. (S. d. In-4 56 flf. à 2 col. n. ch; Fig. sur bois. Cat. Lormier, 110 5 474. ) — (4) Voy. suprà, pp. 19 et 20. — (5) Glanes , p. g3. — (6) Cf Ph. Renouard, Documents sur les imprimeurs... ayant exercé à Paris..., p. 61.

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parent, car, chose curieuse, on voit apparaître parmi les témoins de cet acte de dernière volonté, un Pierre Cornyer, qui n’est autre probablement que celui déjà signalé plus haut, comme ayant aussi exercé à Rouen.

Courant (Les), famille d'imprimeurs et libraires de Rouen (1571- 1694).

Les Courant occupent une place assez importante dans l’imprimerie rouennaise ; ils n’ont, à la vérité, produit ni de chefsd’œuvre ni même d’ouvrages sortant quelque peu de l’ordinaire, mais deux d’entre eux ont été investis de la charge d’imprimeurs du roi dans la capitale de la Normandie, et cela suffit à les mettre en vedette.

Voici d’abord un tableau généalogique de la famille ; après viendront les notices particulières à chacun de ses membres qui se sont voués à l’art typographique.

Pierre

Courant

Impr.

dont :

Nicolas Courant

Julien I Courant

Impr. (1625-1631)

Impr. (1612-1635)

époux de

sans postérité connue

Marie Fournières

dont :

Ier Lit

Julien II Courant lmp. (1651-1691)

Jean Courant

époux en premières noces de

Catherine

Guillebert

Libr. (1633 - 1634)

et en deuxièmes de

Marguerite Maurry

dont :

sans postérité connue

2e Lit

' ues Courant

^ : en bas âge ?

Elisabeth Courant

épouse de

Jean Besongne

libraire

N.... Courant épouse de

Nicolas Vaultier libraire

Julien III Courant

lmp, (1691-1694) époux de

Anne Dron

Jacques Courant

deuxième du nom

sans postérité

I. Pierre (1571-1610). Je n’ai rien trouvé sur les origines de cet imprimeur, et j’en suis réduit à inscrire ici, comme date initiale de son entreprise, l’année 1571? que lui assigne Édouard Frère sans en fournir de preuve L Ce n’est qu’en 1578 que je rencontre pour la première fois Pierre Courant : à cette époque, il est poursuivi devant le Présidial de Rouen et condamné à 200 livres d’amende, pour avoir imprimé « une infinité de cbanssons sordites et scandalleuses contre l’honneur et bien public 2 ». J’aime à croire que ce n’étaient pas là les débuts de sa carrière, mais, dans tous les cas, Pierre traversait alors une fâcheuse période, puisque, peu de temps après, le 17 octobre 1579, il était de nouveau condamné par le Lieutenant général du bailliage de Rouen, à vingt sols d’amende, à propos de l’impression d’un livre d 'Heures, dont il avait transposé un passage 3, et que, le surlendemain, il récoltait, devant la même juridiction, une nouvelle amende de vingt sols au sujet de plusieurs « chansons diffamatoires » qu’il avait publiées 4. Il se décida bientôt à améliorer le produit de ses presses, car, moins de dix ans plus tard, en 1588, il figure parmi les Gardes de la Communauté5, et j’ajoute immédiatement qu’il fut encore nanti de ces fonctions en 1602 et 1603 6. Dès cette même année 1588, 011 rencontre un assez grand nombre de ses productions : ce sont surtout des Nouvelles à la main 7, genre de publications que favorisaient les événements du temps et dont je note ici des échantillons de 1595 et de 16008.

(1) N. F., liasse 107. — (2) Voy. Documenta, n° 5 1 8. — (3) Voy. Documenta, n° 521. — (4) Voy. Documenta, n° 624. — (5) Cf. Documenta, nos 532. 533, 535. — (6) Voy. supra, p. 16. — (7) Voy. notamment : A. / La prinse de / Blamont / en Allemaigne, par Monseigneur / le Duc de Guyse, ce movs de Ian-/uier dernier /Ensemble le discours de la seconde leuée des/ Reistres de la Germanie. [Portr. d’Henri de Lorraine, duc de Guise.] A Roven,/ Par Pierre Courant, Iouxte la cop-/pie imprimée à Paris, par Hubert Velu./ M.D.LXXXVIII. (Pet. in-8. i5 p. ch. Au v° du dern. f., encore le portr. du duc de Guise. B. N., Lb3'1 396 a.) — B./ Brief discovrs/ svr la bonne et ioyevse/ réception faicte a la maieste dv/ Roy par ses très fidelles & obéissants su-/jects de la ville de Rouen : ensemble de/ tout ce qui s’est faict & passé depuis son/ arriuee, le i3. iour de Iuin 1 5 88. Iusques à l’Edict de paix, & departemët de sa Ma-/jesté le 21. tour de Iuillet./ Recueilly par Jean de Seuille professeur des/ bonnes lettres & Sciences mathema- / ques [sic] audit Rouen. [Vignette.] A Roven, / Chez Pierre Courant, imprimeur demeu -/ rant rue Dinamderie, près le pot / de Cuyure./ M.D.LXXXVIII. (Pet. in-8, 8 If. n. ch. Sign. Aij, Aiiij, Bij, Aiiij. B. N., Lb34 485.) — (8) A.-/ La Deffaite/ de Farmee espa-/ gnolle, par Monsieur le / Mareschal de Buillon, / deuant la Ferté / sur Cher. [Vign.j A Roven, / Par Pierre Courant, fait iouxte la / coppie imprimée à Paris, par / Mamert Pâtisson lmpri-/ meur du Roy. / M.D.XCV. (Petit in 8. 7 p. ch. B. N., Lb35Ô2i). — B. / Edict / dv roy svr / la revnion de mon-/ seignevr le dvc de /

SEINE-INFÉRIEURE

Pierre Courant se livra aussi à la fabrication des Almanachs l, et enfin, après la mort de Henri IV, dont il s’empressa de profiter pour donner quelque activité à ses affaires2, il semble être lui-même descendu au tombeau ; dans tous les cas, ses presses paraissent bien avoir cessé de rouler à partir de ce moment. Cet imprimeur avait eu d’abord son officine au haut de la rue Ecuyère, près le Grand Hôtel, suivant Frère, mais c’est l’adresse qu’on rencontre en 1610 (Voy. infrà, note 2, A.); en 1588, il opérait dans la rue de la Dinanderie, près du Pot de Cuivre, et en 1595, ^ donnait son adresse dans la même rue, mais près de l’Image Notre-Dame . Il n’eut jamais de marque personnelle, à ma connaissance ; toutefois, il fit figurer sur quelques livrets sortis de ses presses, la rose au naturel de Jean Dallier 3, sans doute avec la permission de la veuve de ce dernier, à moins qu’il n’ait été l’entrepositaire ou le facteur de celle-ci à Rouen.

Au point de vue familial, j’ai peu de renseignements : j’ignore le nom delà femme de Pierre Courant, je ne sais pas si elle survécut à son mari et si elle continua son entreprise ; ce n’est que trois

Guyse, de Messeigneurs ses freres, de / la Ville de Rheims, & autres villes & / Chasteaux en l’obejssance de sa / Majesté. [Marque de Jean Dallier, de Paris, no 1.] A Roven. / Par Pierre Courant, Imprimeur & Li-/ braire, demeurant à la rue Dinam -/ derie, presl’lmaige nostre / Dame. / M.D.LXXXXV. / Avec permission. (Pet. in-8. 23 p. ch. B. N., F. 46895, pièce 18.)— C. / Harangve / dv cavalier / Philippe Cavriana. / Faicte à la très Chrestienne Royne / Marie de Medicis, à son départe-/ ment de Toscane, pour passer / en France. / De la version de G. Chappvys, /Secrétaire Interprète du Roy. / Dediée à la Royne. [Vign.] A Roven, / Par Pierre Courant, demeurât à la rue Dinanderie. / Iouxte la coppie imprimée à Paris, chez Claude Morel. / M.DG. (Pet. in-8, 8 ff. n. ch. B. N., Lb33 753 b). — D. / Exhortation / et epithalame svr / le mariage dv roy. / Dédié à sa maiesté. / Par Philippe du Bec Archeuesque & duc / de Reims, premier Pair de France, Con-/ seiller en son Conseil d’Estat & Priué, / Commandeur de l’Ordre du S. Esprit, / & Mra de sa Chappelle de Musique. [Marq. de J. Dallier n0 i.] A Roven, / Chez Pierre Courant, Imprimeur / & Libraire. Iouxte la copie im- / primee à Paris. / M.DC. (Pet. in 8. 21 p. ch. B. N., Lb35 764).

(1) Cf. Documenta, nos 539, 55o et 555. — (2) A. / Consolations / a la France, / svr le sacre et / covronnement / dv Roy. / Dediées à la Royne Margverite, / Duchesse de Valois, Comtesse / de Senlis, &c. / Par N. Dvpeschier Parisien. [Marq. de J. Dallier no 1.] A Roven. / Par Pierre Courant, au haut de la rue Escuyere, / près le grand Hostel. Iouxte la coppie Im-/ primée à Pari [sic], par Claude Hulpeau. / M.VI.C.X. / Auec permission. (Pet. in-8. 16 p. ch. B. N., Lb 36 112 a.) — B. / Sermon funèbre fait aux obsèques de Henry IIII, le 22 de juin 1610, dans l’Eglise de S. Jacques de la Boucherie, par Fr. Jacques Suarès. / Rouen, Pierre Courant. 1610 (Pét. in-8. Cat. Lormier, no 5722.) — (3) Voy. Gallia Typ ographica , Sér. par., t. I, p. 188.

GAL1.IA TYPOGRAPHICA

ans après que Ton retrouve installé Julien I Courant, son fils ainé(?) et, quinze ans plus tard, Nicolas Courant, son fils puiné (?). Une sentence du bailliage de Rouen nous apprend toutefois1 qu’une des sœurs de Pierre Courant avait épousé un nommé Jean Cloud, originaire des Flandres, que le Garde Thomas Maillart avait admis à la maîtrise, bien « qu’il ne feust ouvrier ni seust aulcune chose de libraire et imprimeur ».

II. Julien I (1612-1635). Sans doute fils aîné du précédent, il est indiqué par Frère2, — qui d’ailleurs n’a cité que deux Julien Courant, tandis qu’il y en a eu trois, — comme ayant débuté en 1618; il faut reporter cet événement à six années plus tôt au moins, puisque, dès 1613, Julien était Garde de la Communauté 3 et que cela suppose qu’il était maître et installé depuis quelque temps déjà. Je fixe donc à l’année 1612 l’époque de son établissement, mais je ne serais pas surpris qu’il ait immédiatement succédé à Pierre Courant. Bien que je ne puisse citer de visu aucun livre imprimé par lui, il est certain que Julien I Courant a joui de son temps d’une certaine notoriété, car, après 1613, il fut encore appelé, à trois reprises différentes, en 1614, 1622 et 1623 4, à remplir les fonctions de garde. Au point de vue bibliographique, je me borne à signaler qu’il fut poursuivi, en 1618, pour avoir imprimé, « sans aucun pouvoir ny permission de justice »,un opuscule du P. Véron, S. J., relatif aux affaires de la religion 5 *. Ce Courant, d’après Frère, avait, en 1619, son officine dans la rue Sainte Croix des Pelletiers ; c’est probablement là qu’il est mort en 1635 6.

III. Nicolas (1625-1631). Second fils de Pierre Courant, il ouvrit un nouvel établissement en 1625 7, dans la rue de la Poterne, où il exerça 8 jusqu’au moment de son décès survenu en 1631 9. Il eut maille à partir, l’année même de son installation, avec les Gardes de la Communauté, au sujet d’un livre qu’il avait imprimé,

(1) Cf. Documenta, no 535. — (2) N. F,, liasse 107. — (3) Voy. supra, p. 17. —

(4) Ibid. — (5) Cf. Documenta, no 606. — (6) Date donnée par Frère. — (7) N.

F., liasse 107. — (8) Voy. notamment: — Repliqve povr les cvrez dv dioceze

de Roven. A la responce de Maistre Adrian Behotte Chanoine & Archidiacre

en l’Église de Rouen. Tovchant le pretendv droict de visite des Archidiacres.

Par André Chrestian Advocat auParlement de Roüen. Fait imprimer par les

Cvrez de l’Archevesché. [Vignette.] A Roven, de l’Imprimerie : De Nicolas Cov-

rant, demeurant rue de la Poterne près le Palais. M.DC. XXVIII. (Pet. in-8. 2 ff. n. ch. 5o p. ch. B. N., Lk3 544.) — (9) A. R., Registre de Mortuaires de S.

Lô (1631-1643) : « Ce 17 de novembre 1 63 1 a esté inhumé en cette paroisse le corps de Nicolas Courant imprimeur. »

SEINE-INFÉRIEURE

sur du papier insuffisant, pour le compte d’un sieur Harlé, marchand anglais *, et, en 1630, il figure en sa qualité d’imprimeur de cet ouvrage, dans la procédure intentée devant le Parlement de Rouen 1 2, par le Procureur Général, contre Jean-Jacques Tanquerel, soi disant auteur, — mais en réalité simple correcteur et prête-nom des Jésuites, — d’une Table Chronologique 3, dans laquelle, au grand scandale des magistrats du parquet de Rouen, l’ancien et célèbre avocat du roi Philippe VI de Valois, Pierre de Cugnières, était rangé parmi les hérétiques 4.

Marie Fournières (163 1-1645), veuve de Nicolas Courant, succéda à son mari et continua d’imprimer dans la rue de la Poterne5, jusqu’en 1645 au moins, car elle figure pendant tout ce laps de temps parmi les membres de la Confrérie S. Jean Porte Latine 6 ; il est même probable qu’elle n’abandonna la presse qu’au retour de son fils Julien, en 1652.

IV. Julien II (1652-1691) estle plus célèbre de tous les Courant, et celui qui a le plus fait pour répandre leur nom aux quatre coins de la France. Fils de Nicolas, et de Marie Fournières, il avait vu le jour à Rouen vers 1625 7 et il avait sans doute appris son art dans la maison paternelle. Dès qu’il fut , en âge d’exercer, au lieu de rester à Rouen dans l’expectative de la succession de ses parents, il prit le parti de voyager et se mit en 1652 au service de la Cour, à Compïègne, et du Parlement, à Pontoise ; il a imprimé dans ces deux villes nombre de documents ayant un caractère officiel, et aussi quelques mazarinades. C'est à tort, — et je me fais un devoir de réparer publiquement l’erreur commise par moi, — que j’ai avancé précédemment 8 que Julien Courant n’avait pas séjourné réellement dans ces deux villes ; j’avais été trompé par des apparences résultant des Notes de Frère, qui faisait débuter ce typographe en

(1) Voy. Documenta, n° 620. — (2) Cf. Documenta, nos 627 et 628. — (3) Tous les exemplaires de cet ouvrage durent être scrupuleusement détruits, car on n’en connaît aucun qui ait survécu à l’autodafé ordonné par le Parlement.

— (4) Cf. aussi sur cette affaire : A. Floquet, Histoire du Parlement de Normandie (Rouen, 1840-1842, in-8), t. IV, pp. 423 et suiv. — (5) Yoy. par exemple :

— Pantaleonis vaticinia. Satyra. Ad nobilissimvm virum Dominum Robertum

Kerum Ancrumium Equitem Auratum, Serenissimoq. (sic) magnæ Britanniæ

Regia Caméra. Authore Iacobo Hvmio Theagrio Scoto. [Fleuron.] Rothomagi, Apud Viduam Courant, in platea Poterne dicta prope Palatium. M.DC. XXXIII. (In-16. 92 p. ch. et i3 f. n. ch. B. N., Z. 17135). — (6) Frère, loc. cit. — (7) D’après

la supputation de son âge au moment de son décès. V. infra, p. ii5, note 2.

— (8) Voy. Gallia Typographica , Sér. dép., I, p. 181.

G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III.

1636 ! Ceci m’avait induit en erreur et amené à croire que cet imprimeur n’avait pas quitté Rouen. J’ai pu depuis, grâce à de nouvelles recherches, rétablir la vérité. Le séjour de Julien II Courant à Compiègne et à Pontoise résulte d’ailleurs, quoique implicitement, de la teneur des lettres patentes accordées à Jacques III Besongne le 18 octobre 1694 1 et Ie regrette bien de ne les avoir pas connues plus tôt. On voit même par ce document que c’est en récompense des bons services rendus par lui à la suite de la Cour, que Julien fut, presque aussitôt après son retour à Rouen, nommé imprimeur de Sa Majesté dans cette ville, par des lettres patentes du 7 septembre 1652. Ces lettres lui conféraient le droit de vendre et débiter les édits, déclarations et généralement toutes autres choses tant des conseils que des Cours de parlement, des Aides et des Monnoies privativement à tous autres 1 2 », mais les deux autres imprimeurs du roi dans la capitale de la Normandie, David Du Petit Val et Jean Viret, s’émurent de la concurrence qui surgissait ainsi auprès d’eux et ils firent opposition devant le Parlement à l’enregistrement de ces lettres. Plus tard même, Eustache Viret, fils de Jean, et jouissant comme lui de la charge d’imprimeur du roi, fit mieux encore : il assigna Julien Courant devant le Conseil d'Etat dans le but de faire rapporter ses lettres de 1652 ; il n’y parvint pas cependant, et un arrêt du 30 décembre 1673 maintint le défendeur dans ses prérogatives en le substituant à David Du Petit Val 3. Tandis que Viret avait seul le droit d’imprimer les actes royaux et les arrêts des Conseils, Courant ne pouvait publier que les arrêts émanant des juridictions diverses séant à Rouen et les actes concernant l’administration et la police de cette ville 4 *.

Non seulement Julien III Courant fut imprimeur du roi, mais encore il fut appelé par ses pairs à remplir les fonctions de Garde en 1655, 1660, 1681 et 1687 3. De même que ses prédécesseurs, il n’eut ni marque ni enseigne et l’on ne sait pas au juste dans quelle rue de la ville il avait son officine, la plupart de ses productions n’étant souscrites que de son nom et de sa qualité6, ou de la

(1) Voy. Documenta, no yo5. — (2) Voy. Documenta, no 676, Pièces produites, lettre 1. — (3) Cf. Documenta, no 676. — (4) Voy. Documenta, no 691. — (5) Voy.

supra, pp. 19 et 20. — (6) V. par exemple : — Gvillelmi de Henavt doctoris me-

dici Origine, & ordine Rothomagensis, Clypevs. Qvo tela in pecqveti cor, a

clarissimo viro Carolo le Noble, collega suo, coniecta, infriguntur, & eludun-

tur. Ad Nobilissimum Virum Iacobum Mentelivm, Doctorem Parisiensem. /

Rothomagi, Apud Iullianum Covrant, Typographum Regium. M.DC.LV. (I11-16. 7 p. ch. B. N., Ta30 4.)

SEINE-INFÉRIEURE

simple indication d’une échoppe qu’il devait avoir dans la cour du Palais de Justice l. Il mourut à Rouen le 22 octobre 1691 après avoir été marié deux fois. De sa première union avec Catherine Guillebert, il avait eu au moins trois enfants : i° Jacques, né en 1653 3, qui semble être mort en bas âge ; 2° Elisabeth, née vers 1657, qui épousa, en 1677, Jean Besongne 4, libraire à Rouen 5 ; 30 une autre fille, qui devint la femme de Nicolas Vaultier 6, aussi libraire (?). De son second mariage, contracté avec Marguerite Maurry, il avait eu deux fils : i° Julien, qui suit ; 2° un deuxième Jacques 7, sur le sort duquel je ne suis pas fixé.

Marguerite Maurry (1691-1694), restée sa veuve, lui succéda et continua l’entreprise pour l’avantage et « l’avancement» de son fils aîné, mais, quand celui-ci eut passé de vie à trépas, elle suivit l’exemple de sa belle-fille et convola avec Jacques III Besongne8, dans la famille duquel elle transporta le brevet d’imprimeurs du roi des Courant.

V. Julien III (1691-1694). Fils des précédents, il n’était âgé que de 14 ou 15 ans au moment de la mort de son père 9 ; il se contenta donc de rester auprès de sa mère et de l’aider à diriger l’établissement paternel ; il obtint néanmoins, le 19 novembre 1691 l0, des lettres de provision d’imprimeur du roi, en remplacement de son père, malheureusement il n’en jouit pas longtemps, étant dé-

(1) Voy. : — Les Visions de Dom Francisco de Quevedo Villegas, Chevalier de l’ordre de S. Jacques. Augmentées de l’Enfer Reformé. Traduites d’Espagnol, par le sieur de la Geneste. [Fleuron.] A Rouen, chez Julien Courant, au bas des degrez du Palais. M.DC.LXXXIII. (In 16 590 p. ch. (avec erreurs de pagin.). B. N., Y2 1 1 1 2 1 . ) — (2) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 3 : « Le 240 jour d’octobre 1691, a esté inhumé le corps de feu Julien Courant, aagé de 66 ans, mort du 22' dudit mois, en présence de Nicolas Vaultier et Jean Besoigne, ses gendres. » — (3) A. R., Reg. des Bapt. de S. Lô (1643-1658) : « Du 5 octobre 1 65 3 , Jacques, fils de Julien Courant et de Catherine Guillebert. Le parrain, Me Jacques Guedon, procureur au Parlement. La marraine, Catherine Le Marchand. » — (4) Voy. le tableau généalogique de cette famille. — (5) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 1 : « Le

i5' mars 1677, mariage de Jean Besongne, aagé de 36 ans, fils de Jacques Besongne et de Jacqueline Mauger, ses père et mère, avec Elisabeth Courant, aagée de 20 ans ou environ, fille de Julien Courant et de feue Catherine Guillebert, ses

père et mère, tous deux de cette paroisse. Le mariage a esté célébré en pré-

sence de Laurens et Jean Baptiste Besongne, ses frères, et Julian Courant,

père de ladite Elisabeth. » — (6) Voy. suprà l’acte de décès de Julien Courant

(note 2). — (7) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 1 : « Le 9 octobre 1677, a été baptisé Jacques, né du 6 dudit mois et an, fils de Julien Courant et de Marguerite

Maurry. Le parrain, Jacques Grucher ; la marraine, Catherine Courant. » —

(8) Voy. suprà, p. 78. — (9) D’après la supputation de son âge au moment

■de son décès. Voy. infrà, p. 116, note 1. — (10) Voy. Documenta, n* 705.

G ALLIA TYPOGRAPHICA

cédé le 13 septembre 1 694 1 . Bien que déjà marié avec Anne Dron, plus âgée que lui de plusieurs années, il ne laissa pas d’enfant, et sa veuve épousa en secondes noces Antoine Maurry, lequel devint aussi plus tard imprimeur de Sa Majesté 2. Il est facile de comprendre que, dans les circonstances qui viennent d’être exposées, on 11e connaisse pour ainsi dire pas d’impressions au nom de Julien III et qu'on n’en ait même jamais cité ; je n’en ai rencontré que deux pour ma part 3 et peut-être sont-elles sorties des presses de Pierre Ferrand.

Cousturier (Abraham), dit l’aîné, imprimeur-libraire à Rouen

Un certain nombre de personnages portant le nom de Cousturier ou Le Cousturier appartinrent à l’industrie du livre, à Rouen, durant le cours des xvie et xvne siècles ; plusieurs d’entre eux, prénommés Abraham, exercèrent, suivant M. Frère 4, la profession de libraires, notamment: Abraham Cousturier l’aîné, demeurant près la grande porte du Palais de Justice, à l’enseigne du Sacrifice d’ Abraham, et Abraham Cousturier le jeune, et son fils, au bas de la rue Ecuyère et « rue de la grosse orloge, devant les deux cigoignes >>. L’auteur du Manuel du bibliographe normand aurait dû ajouter que le premier des Cousturier fut en même temps imprimeur, ainsi que l’établissent expressément les souscriptions des opuscules indiqués plus bas sous les lettres A et C.

Abraham Cousturier l’aîné doit donc figurer ici au même titre que ses collègues. Etabli dès 1582 au moins, puisqu’il a rempli les

(1) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 3 : « Du Lundy i3e septembre 1694, le corps de

feu Jullien Courant, imprimeur du Roy, âgé de 18 ans, décédé du 12e, après avoir été muni de tous les Sacretnens, a été inhumé en notre église, en pré-

sence de Guillaume et Nicolas Dron. » — (2) Voy. infrà sa notice. — (3) A. / Edit du Roy. Portant Création d’Ofices de Colonels, Majors, Capitaines & Lieutenans des Bourgeoisies dans les Villes & Bourgs fermez du Roiaume. Du mois de Mars rôgg. [Arm. de France.] A Rouen, chez Pierre Ferrand & Julien Courant, Imprimeurs ordinaires du Roi, rué S. Lô, derrière le Palais. Avec Privilège de Sa Majesté. (In-4. 6 p. ch. B. N., F. 2 3 6 1 5, pièce 494). — B. / Edit du Roy : Portant rétablissement des Offices de Greffiers des Elections et Greniers à Sel du Royaume, avec augmentation de Gages & droits y attribuez. Donné à Versailles au mois d’Avril 1694. [Arm. de France.] Rouen, Par Pierre Ferrand et Julien Courant, Imprimeurs ordinaires du Roy. M.DC.XCIV. Avec Privilège de Sa Majesté. ( I n -4 . 4 p. dont 2 ch. B. N., F. 236 1 5 . pièce 520). —

SEINE-INFÉRIEURE

fonctions de Garde en 1583 l *, ce typographe est surtout connu par la publication qu’il fit de nombreuses facéties, dans le genre de celles éditées par Louis Costé. Il fut de nouveau élu garde en 1 5 98 et termina sa carrière trente ans plus tard, en 1628, s’il faut en croire Edouard Frère 3. Vu l’absence de documents, il n’est pas facile de déterminer ce qu’il y a d’exact dans cette dernière assertion ; on ne saurait cependant l’accepter que sous bénéfice d’inventaire, en faisant remarquer qu’on ne rencontre pas d’impression datée, de Cousturier l’aîné, postérieure à 1605 4- Une bonne partie des pièces éditées par cet imprimeur-libraire a été réunie dans un recueil que possède la Bibliothèque nationale 5, et je ne veux pas manquer d’en donner la description détaillée, ainsi que je l’ai fait pour Louis Costé- Voici les neuf opuscules en question :

A. / — Varlet a lover / A tovt faire. / le suis varlet qui sçait tout faire, / Qui ne cherche qu’à trauailler, / Si quelqu’vn a de moy affaire, / Me voilà prest pour besongner. [Fig. de valet.] A Rouen, chez Abraham Cousturier, / près le Palais, au Sacrifice d’ Abraham (S. d. In-12. 8 ff. n. ch. A la fin : « Imprimé à Rouen, Chez Abraham Cousturier, tenant sa boutique... »)

B. / — Chambrie-/ re a lover, a tovt faire, / le suis Chambrière à tout faire, / Qui cognois tous arts et mestiers, / Si quelqu’vn a de moy affaire, / le me louëray très volontiers. [Fig. de chambrière.] A Roven. / Chez Abraham Cousturier, tenant sa boutique près / la grand’porte du Palais, au Sacrifice d’ Abraham. (S. d. In 12. 10 f. n. ch. A la fin : « Par Christofle de Bordeaux, parisien. »)

C. / — Histoire / plaisante de la ia- / lousie de Iennain, sur la grossesse / soudaine de Pringne sa femme, / contenant vn braue discours / de l’accouchement d’icelle. / Le tout mis en rime et langue Picarde, / & enuoyé par vn Courtisan à / un autre sien amy. [Vignette.] A Roven. / Chez Abraham Cousturier, Li- / braire : près la grand’porte du / Palais, au Sa-

(1) Cf. Documenta, n° 528. — (2) Voy, suprà, p. 16. — (3) N. F., liasse 107, et M., loc. cit. — (4) Discovrs / merveilla -/ ble, d’vn démon amov- /revx, leqvel a povssé vne / Ievne Damoyselle A brus- / 1er vne riche Abbaye, & couper la

/ gorge à sa propre Mere. [Fleuron.] A Roven. / Chez Abraham Cousturier,

Libraire : / tenant sa Boutique, près la grand’porte / du Palais, au Sacrifice

d’Abraham. / M.VI.C. V. (In-12. 16 p. ch. B. N., Ln27 20042). — (5) Inv. Rés. Ye

crifice/d’Abraham. (S. d. In 12. Titre encadré. 4 fî. n. ch., au r° du dernier : « De lTmprimerie d’Abraham Cousturier. »)

D. / — Discovrs / facetievx / des hommes qvi font / saller levrs femmes, / à cause qu'elles sont trop / douces. / Lequel se iouë à cinq personnages comme/ on peut veoir à la page suiuante. [Fig. identique au sujet] A Roven. / Chez Abraham Cousturier, Libraire : tenant / sa boutique près la grand’porte du / Palais, au Sacrifice d’Abraham. (S. d. In-12.

8 fî. n. ch. L)

E. /-Les Tenebres/ de mariage. /Icy verras en brief langage/ Les Tenebres de Mariage, / Lesquelles furent sans mentir/

/ Composées par un martyr, / Qui fut par dix ans auseruage. [Deux figurines.] A Roven. / Chez Abraham Cousturier, Libraire : tenant / sa boutique, près le Palais, au / Sacrifice d’Abraham. (S. d. In-12. 8 ff. n. ch.)

Voy. la même pièce imprimée par Louis Costé.

F. / — Les presom-/ ptions des / femmes. [Un petit bonhomme.] A Roven. / Chez Abraham Cousturier près le/ palais : au sacrifice d’Abraham. (S. d. In-12. 8 ff. n. ch.)

G. / — Les / complaintes / des monniers avx / Apprentifz des Tauerniers. / ^ Les Apprentifz des Tauerniers / Qui font leurs complaintes aux Monniers / Et les Monniers (dont c’est pitié) / Se plaignent plus qu’eux la moytié. [Fig. du bonhomme précédent-] A Roven / Chez Abraham Cousturier, Libraire : tenant / sa boutique, près la grand’porte du / Palais, au Sacrifice d’Abraham. (S. d. In-12. 7 ff. n. ch. et un blanc.)

H. / — Le / Débat des / lavendieres de / Paris avec / leur caquet. [Fleuron.] A Roven, / Chez Abraham Cousturier, près la / grand’porte du Palais, au Sa-/ crifice d’Abraham (S. d. In-12. 4 ff. n. ch., Titre encadré.)

I. / — La morocosmie, / ov / De la folie / vanité, et in-/ constance dv / monde : [Fleuron.] A Roven. / Chez Abraham

(1) Une réimpression de cette pièce faite à i5 exemplaires (Cf. Nodier, Nouv. Mél., p. 358), lui donne évidemment par erreur la date de 1 558.

SEINE-INFERIEURE

Cousturier, près le / Palais, au sacrifice cl’ Abraham. / 1601.

(In-12. 44 ff. ch. et 1 non ch.)

Covistre (Louis) ou Covître, imprimeur à Rouen (1632-

ïéys).

Reçu maître en 1632 4, il aurait exercé la typographie jusqu’en 1675, d’après les Notes de Frère1 2; cependant, et en dépit d’une aussi longue carrière, on n’a retrouvé jusqu’à présent aucune production de ses presses.

Crevel (Les), libraires-imprimeurs à Rouen (1563-1618).

On doit, au point de vue professionnel, ranger les Crevel dans la même catégorie que les Berthelin et les Cailloué ; comme ceux-ci, ils ont été surtout libraires, ce qui ne les a pas empêché d’imprimer, soit par eux-mêmes, soit en s’adressant à des imprimeurs en chambre. On trouve la confirmation évidente de cette situation dans l’arrêt du Parlement de Rouen du 19 novembre 1579 3, car Jean I Crevel y figure parmi les libraires qui revendiquaient l’exercice de leurs droits antérieurs, c'est à dire la faculté d’imprimer ou de faire imprimer par des compagnons capables, lorsque leur intérêt le commandait.

Il résulte des documents que trois Crevel, portant également le prénom de Jean, ont successivement tenu boutique et débité leurs livres au portail des libraires ; le plus ancien est surnommé le père, les autres ont été désignés sous les qualificatifs de l’aîné et le jeune ; il est donc probable que les deux derniers étaient les fils du premier, ou l’un son fils et l’autre son neveu. Jean Crevel père aurait exercé, suivant Frère 4, de 1563 à 15 92, Jean Crevel l’aîné, de 1589 à 1607, et Jean Crevel le jeune, de 1592 à 1618. Malheureusement cette chronologie est tout arbitraire et on ne peut guère l’adopter d’une façon ferme en l’absence d’une preuve quelconque, voir même d’une simple présomption. Le tableau des Gardes lui-même ne vient pas éclairer la question, car si l’on rencontre l’aîné remplissant ces fonctions en 1603 3et le jeune en 1604 6, on reste perplexe, en 1618, pour déterminer lequel de ces deux personnages

(1) A. D. S., E. 483, f° 44 V0.— (2) Liasse 108. — (2) Voy. Documenta, n” 525.

— (4) N. F., liasse 108. — [5) Voy. supra, p. 16. — (6) Ibid.

était redevenu garde L Je me garde donc de fixer des limites de leurs exercices respectifs et je me borne aux quelques notes que je puis justifier. Pour le plus ancien des Crevel, je renverrai d’abord le lecteur à un arrêt du Parlement de Rouen, du mois de septembre 1578 1 2, où on le voit aux prises, en même temps que Robert Mallard, avec les libraires de Paris, Gilles Beys et Denis Du Val, au sujet d’un psautier, qu’il était accusé d’avoir indûment imprimé. Lui et son collègue firent valoir devant les juges que les libraires de Paris tendaient à accaparer toutes les impressions et à réduire à la mendicité « les pauvres imprimeurs » de province ; que naguère déjà, Jacques Kerver, de Paris, avait succombé à Rouen dans une affaire bien autrement importante; bref, ils gagnèrent leur procès et obtinrent la permission de « vendre, débiter et distribuer » les psautiers qu’ils avaient imprimés. Certes, je suis respectueux des décisions de la justice, mais je me demande si celles-là étaient équitables ; je ne connais pas le psautier en question, mais j’ai vu certaines Heures à /’ usage de T{puen , précisément imprimées pour le compte de ce Jean Crevel3, dont presque toutes les gravures étaient de hardies contrefaçons, on peut dire des copies trait pour trait, de celles de Kerver. Il apparaît donc que si les imprimeurs de Paris cherchaient à ruiner leurs collègues de la province, ceux-ci ne se gênaient pas pour détourner à leur profit le Pactole qui coulait vers la capitale. Notre Jean Crevel, en particulier, était un pillard émérite et s’il prenait le texte de l’un et les gravures de l’autre, il n’hésitait pas non plus à copier la marque d’un troisième : c’est en effet celle de Jean Foucher, imprimeur à Paris, qu’il s’était appropriée 4, sans en excepter la devise : Ne que qui plantât , neque qui rigat est

(1) Voy. suprà, p. 17. — (2) Documenta, no 519. — (3) V. plus loin la notice de Jean Desnoyers. — (4) On la trouve en particulier sur l’ouvrage suivant : — Manvel ge- / neral et instruction / des cvrez et vicaires, con -/ tenant sommai-

rement le deuoir de leur / charge, soit à faire Prosnes, administrer les / saints Sacremens, & enseigner leurs parois-/ siens, par exhortations propres, adaptées à / iceux. Le tout tiré des Escritures Saintes, & / anciens Docteurs de l’Église./ Auec plusieurs Sermons pour la déclaration des / ceremonies de l’Eglise de Dieu. / Par F. Denis Peronnet, Docteur en théologie, en / l’Vniuersite de Paris,

Carme de Meleun. / A Reuerend Pere en Dieu, Messire François de Salai- / gnac, Euesque de Sarlat / Le tout augmenté par le mesme Autheur. [Marque représentant un arbre auprès duquel sont deux hommes, l’un plantant, l’autre arrosant, en haut dans une gloire le nom de Jéhovah en hébreu, à l’entour un listel contenant la devise rapportée ci-dessus.] A Roven, / Chez Iean Creuel,

libraire : au portail / des Libraires. / M.D.LXXXI. (In-8. 248 f. ch. sll. B. N., D. 2 1 1 1 5.)

SEIN E-INFÉRI EURE

aliquid , sed qui incrementum dat Deus ; il avait pourtant omis une chose, c’était de rendre dans un hébreu correct le nom de Jéhovah, qui figure dans la gloire supérieure et dont il fit un mot vide de sens.

Jean II Crevel, ou l’aîné, ne paraît pas avoir suivi d’aussi fâcheux errements ; je n’ai pas rencontré de livres contrefaits par lui, je ne lui connais pas de marque, mais il est l’éditeur d’un opuscule bien curieux h Quant à Jean III Crevel, ou le jeune, il se recommande par quelques ouvrages intéressants, notamment celui 1 2 pour lequel il avait obtenu permis d’imprimer par arrêt du Parlement du 3 août 1 6 1 8 3 et qui semble avoir été son chant du cygne.

Cyrèulde (Jacques), imprimeur à Rouen (1534).

C’est un nom rencontré dans les documents et peut-être mal orthographié, ainsi que le fait remarquer M. Gosselin 4, dans les quelques lignes qu’il consacre à cet imprimeur. Je les reproduis ici intégralement, n’ayant rien trouvé à y ajouter : « Jacques Cyreulde, imprimeur, demeurait en la paroisse Sainte Croix des Pelletiers. Ce nom de Cyreulde, écrit par un C par le tabellion, est néanmoins remarquable à cause de sa similitude avec celui du poète Jacques Sireulde, que l’on trouve écrit tantôt Syreulde et aussi Cyreulde. Le poète n’était-il pas le fils de l’imprimeur ? »

Daré (Les), imprimeurs à Rouen (1597-1679).

Cette famille est connue par un assez grand nombre de productions, malheureusement, au point de vue familial, je n’ai pas eu la bonne fortune de rencontrer de documents concernant l’un ou l’autre de ses membres, de telle sorte que je me vois dans la néces-

(1) Le Fovet / des ivreurs / & Blasphémateurs / du Nom de Dieu. / Par vn des / Peres de la Congre-/ gation des Penitens / Réguliers du troisiè- / me

ordre de Saint-/ François. // A Roven, / Chez Iean Cre-/ vel, au portail / des

Libraires. / Auec Priuilege. (S. d. (Epître signée Vincent Mussart et datée 1608) In-16. 1 85 p. ch. sll. B. N., D. 13703.) — (2) Chronologie historiale des Archevesqves de Roven. Par feu Maistre Iean Dadré, viuant Docteur en Théologie, Chanoine, Théologal, & Penitencier de l’Eglise de Rouen. A tres-Reuerend Pere en Dieu Messire François du (sic) Flarlay, Archeuesque de Rouen, &

Primat de Normandie. Livre posthvine. [Grav. ou Marq. signée I. C. (Iean Crevel) représentant, semble-t-il, la Muse de l’histoire.] A Roven, Chez Iean Crevel, au portail des Libraires. 1618. (In-12. 353 p. ch. sll. et la ta. B. N., Lk* 542.) — (3) Cf. Documenta, no 6o3. — (4) Glanes, p. 93.

sité de m’en rapporter la plupart du temps aux dates données par Frère, sauf quelques corrections résultant de témoignages bibliographiques.

I. Thomas I (1597-1618), chef de la famille, semble avoir eu plusieurs domiciles successifs ; on le trouve tantôt au bas des degrés ou au premier degré du Palais 4, et tantôt, dans la rue aux Juifs, devant l’Espérance 2, mais il avait dû débuter dans un local situé sur la paroisse Saint-Herbland, car j’ai relevé dans les registres de cette église l’acte de baptême de l’un de ses enfants 3. Thomas I fut garde de la Communauté en 1608 et décéda dix ans plus tard; il aurait été, d’après Frère5, remplacé par sa veuve, qui aurait dirigé l’entreprise jusqu’en 1626. Je crois que cette veuve n’a continué que la librairie et que l’imprimerie échut à un fils qui suit.

II. Pierre (1619-1638). Probablement fils et successeur du précédent, il imprima, dès 1619, car il rééditait cette année même l’un des ouvrages publiés par Thomas Daré quelques années plus tôt 6 ;

(1) A./ Les Œvvres poetiqves de Remy Belleav. Redigees en deuxTomes. Reueuës &corrigees en cette derniere impression. Tome premier, [et second]. — [Vignette] A Roven, Chez Thomas Daré, au bas des degrez du Palais. 1604. (In 12.2 tomes chiffrés de 2 à 286 pour le ier et de 288 à 434 pour le 2% plus 4 ff. de ta. n. ch. B. N., Ye 7394-7395). — B. / Le politiqve françois. Povr reprimer la fureur au Pseudo-pacifique, où (sic) Censeur François. Dédié à très-haut et puissant Seignevr, Messire Maximilian de Bethune, Marquis de Rosny, Capitaine de cent hommes d’armes, Grand Maistre de l’Artillerie ; & Surintendant des Finances de France, Gouuerneur & Lieutenant pour sa Maiesté en Poictou. [Vign.] A Roven, Chez Thomas Daré, tenant sa boutique au premier degré du Palais. M.DCIIII. (In- 12. 119 p. ch. sll. B. N., Lb35 801). — (2) A. / Tableavx sacrez, des figvres mystiqves, dv tres-Auguste sacrifice & Sacrement de l'Eucharistie. Dediez a la tres-Chrestienne Royne de France, & de Nauarre, Marie de Medicis. Par Lovys Richeome, Prouençal de la Compagnie de Iesvs. Derniere édition, reueüe & corrigée. [Monogr. de la C. de Jésus.] A Roven, Chez Thomas Daré, ruë aux Iuifs, deuant l’Esperance. 1 b 1 3 . (In-12. 349 p. ch. sll. et la ta. B, N., D. 17415.) — B. / Polyonyma Ciceroniana. Auctore Christophoro Vladeracco. Ad commodiorem iuuentutis vsum in Alphabets (sic) ordinem distributa, cum indice Latino & Gallico, Accessit Lexicon omnium vocum Ciceronianarum. Flaec editio prœter cœteras diligenter recognita & emendata. [Vign.] Rothomagi, Apud Thomam Daré, in vico Iudœorum, é regione Spei. 1 6 1 5 . (In-12. 414 p. ch. sll. et la ta B. N., X. 17710) — (3) A. R., ParoisseS. Herbland, Bapt. de 1546 à 1621: « 18 janvier 1597, (baptême de] Marie, fille de Thomas Daray, libraire. Parrain et marraines, Georges Louezellet, Louyse Boucher, Margueritte de Lescu.» — (4) Voy. supra, p. 16. — (5) N. F., liasse 108. — (6) Les Sentences illvstres de M. T. Cicéron, Et les Apophthegmes, auec quelques sentences de piété, recueillies des œuures du mesme Cicéron : Aussi Les plus remarquables Sentences tant de Terence que de plusieurs autres autheurs. Et Les Sentences de Demosthene n’agueres tirees du Grec, & mises en Latin. Le ,tovt Traduit nouuellement de Latin en François, respondant l’un à l’autre selon l’ordre des autheurs susmis.

c’est d’ailleurs le seul livre connu qui porte sa souscription. Je suppose néanmoins que Pierre a dû rester à la tête de la maison jusqu’à l’arrivée de Thomas II aux affaires, mais ce n’est là bien entendu qu’une simple présomption, qui pourrait fort bien n’être pas exacte.

III. Thomas II (1638-1643) succéda sans doute à Pierre, — dont il était peut-être le fils, — et n’exerça que peu de temps, l’espace de cinq années, semble- t-il. En 1638, il publiait un ouvrage que je décris en note 1 ; en 1642, il était Garde de la Communauté 2 ; en 1643, il était remplacé par le suivant.

IV. Robert (1644-1658). Apparemment frère du précédent, il le remplaça en 1643 et publia à compter de cette date divers ouvrages, sur l’un desquels on voit figurer une marque représentant un pélican 3. Avant 1659, il était mort et remplacé par sa veuve \ dont l’exercice, suivant Frère, se prolongea jusqu’en 1679.

Dasne (Etienne), imprimeur à Rouen (1529-1530).

Frère ne connaissait ce typographe que par une édition du Trésor des povres , datée de 1529, qu’il semble même n’avoir jamais vue ; plus heureux que lui, nous savons qu’Etienne Dasne imprima non seulement en 1529, mais encore en 1530, et il est bien probable que ses presses travaillèrent en deçà et au delà de ce temps. Il est inutile de donner ici la description des trois volumes : Trésor des

Par François de Belle-forest, Comingeois, Reueu & corrigé. [Vign.] A Roven, Chez Pierre Daré, tenant sa boutique dans la Cour du Palais. M.DC. XIX. (In- 12. 459 ff. ch. sll. et la ta. B. N., X. 17701.)

(1) L’examen de la Théologie morale : qvi contient sommairement la Mouëlle de tous les poincts de conscience. Extraict de la Sacree théologie, & de l’vn & de l’autre Droict, de la doctrine des plus graues accomplis Autheurs & Sommistes, tant Anciens que Modernes : confirmé de Tesmoignages & Exemples. Composé par Antoine Fernandes de Mours, Théologien, & Prédicateur du Diocese & Euesché de Bracha en Portugal. [Fig. de Jésus et de la Vierge, en t. d., signées : « Dacquet fecit »] A Roven, Chez Thomas Daré, près le Palais. M.DC. XXXVIII. Auec Approbation des Docteurs. (Pet. in-4, 738 p. ch. si!, et la ta. B. N., D. 4884). — (2) Voy. suprà, p. 18. — (3) Grammmaire Flamende et françoise [par Jean Louis d’Arsy] pour facilement et promptement apprendre la langue Flamende et Françoise. [Marq. représ, un pélican.] A Rouen, De l’Imprimerie de Robert Daré tenant sa boutique dans la Court du Palais. M.DC. XXXXVII. (In-8. 177 p. B. N., X. i525q). — (4) Les Evenemens singvliers de Mr de Belley. Diuisez en quatre Liures. [Fleuron.] A Roven, Chez la Vevfve de Robert Daré, dans la Court du Palais. M.DC.L1X. (Pet. in-8, en 2 parties, 443 et 5 1 6 p. ch. B. N., Y2 20722.)

povres (deux éditions, Tune de 1529, l’autre sans date) et Y Ordinaire des Chrestiens (1530), qui portent le nom de cet imprimeur; elle a été magistralement faite par le très savant et à jamais regretté Léopold Delisle, sous les numéros 312, 373 et 374 de son Catalogue des livres imprimés ou publiés à Caen avant le milieu du XVIe siècle L Je me contente de noter ici que le feuillet de titre du Trésor des poures , édition de 1529, a été reproduit en fac simile dans la première partie du Catalogue de vente de la bibliothèque de feu Charles Lormier 1 2, et que le verso du dernier feuillet de ce même ouvrage est occupé par une petite vignette, représentant la Vierge, l’Enfant Jésus et deux anges, entourée d’ornements typographiques et de diverses figures, qui pourrait bien être la marque d’Étienne Dasne.

Daubet (Martin), imprimeur à Rouen (15 15-1522),

Il exerça de 1515 à 1517, dit M. Frère dans ses Notes 3, mais, en fait, le bibliographe rouennais avoue, dans son excellente étude sur les livres de liturgie des Eglises d’Angleterre 4, qu’on ne rencontre le nom de Daubet qu’une seule fois, en 1518, sur un Missel de Salisbury, cité par Lowndes et par M. Dickinson, d’après une note de M. Horner, en ces termes : « 1517, Missale Sarum, Rouen, Daubet, imp. pour Guérin, lib. In 8. » A ces renseignements un peu sommaires, on peut ajouter toutefois, d’après une trouvaille faite par E. Gosselin dans les registres du tabellionage de Rouen 5, que, le 21 janvier 1522, Martin Daubet, imprimeur, demeurant sur la paroisse de Sainte-Marie la Petite, épousa Isabeau Michel, qui lui apporta en dot une robe fourrée de noir et 22 livres à payer en deux fois.

Dei .amare (Les), imprimeurs à Rouen (1662-1720).

Les Delamare se sont succédé nombreux dans l’industrie du livre à Rouen ; ils se seraient tous confinés dans la librairie, d’après E. Frère 6, qui, tout en en oubliant encore quelques-uns 7, les

(1) Tome I, pp. 289 et 337. — (2) Paris, 1902, In-8, p. 86. — (3) Liasse 108. —

(4) Page 27. — (5) Glanes , p. 81. — (6) N, F., liasse 109. — (7) Il a omis no-

tamment un premier Guillaume, libraire, inhumé sur S. Jean le 3o octobre 1 638

(A. R., Par S. Jean, Reg. des Trespassez, 1631-1667); un Henry, également

libraire, inhumé sur la même paroisse, le 18 janvier i65o, à l’âge de 60 ans

(ibid.), et Guillebert, qui fait l’objet d’une des notices suivantes.

SEINE-INFÉRIEURE

classe dans l’ordre suivant : Guillaume, de 1615 à 1665 ; Robert, de 1639 à 1644 ; Jean R de 1620 à 1646 ; Pierre, de 1654 à 1667; Antoine, de 1641 à 1647 ; David, de 1647 à 1648 ; Geneviève, de 1684 à 1686 ; Adrien, de 1660 à 1709. Ce dernier est précisément l’un de ceux qui doivent retenir notre attention, mais, ce que Frère n’a pas remarqué, il se dédouble en un Adrien I, libraire de 1660 à 1700, et Adrien II, imprimeur de 1691 à 1720 II fut d’ailleurs précédé d’un autre imprimeur du même nom, auquel je m’arrête tout d’abord.

I. Guillebert (1662-1664). J’ai peu de renseignements sur son compte, il est cependant incontestable qu’il fut établi imprimeur dès 1662 au moins, attendu qu’en 1664, il remplissait les fonctions de garde1 2. La même année il a imprimé la pièce suivante, où sa qualité est très nettement exprimée :

— Arrest de la covr de parlement de Roven. Entre les maire, eschevins & Bourgeois de la Ville de Nonancourt, & le Vicomte dudit Lieu. Par leqvel lesdits maire, eschevins, & Bourgeois ont esté maintenus en leurs Droits et Privilèges de Mairie. [Arm. de France et de Nav.]. A Roven, Chés Gvillebert De La Mare, Imprimeur-Libraire, dans la Cour du Palais. M. DC. LXIV. (In-4. 7 p. ch. . B. N., F. 23689, pièce 36.)

Frère n’a pas connu ce typographe, ce qui me console de 11’en pouvoir dire plus long sur son compte.

II. Adrien (169 1-1720). Peu intéressant, puisqu’il est probable, > comme on va le voir, qu’il n’a jamais imprimé le moindre livre, il ) était néanmoins indispensable de consigner ce Delamare dans un 1 répertoire consacré aux typographes. Né à Rouen 3, vers la fin de ! l’année 1677, du mariage 4 d’Adrien Delamare (fils lui-même de Guillaume, et de Marie Dubuc) et Madeleine Bellier (fille de Claude, : et de Marie Mauger), on voit qu’Adrien était copieusement apparenté ï danslemonde typographique. Ceci détermina sans doute sa vocation, : et, après avoir été reçu à la maîtrise le 22 mars 1691 5, il s’établit, en 1 1700, le 3 octobre, dans la rue Ecuyère 6. Le nouvel imprimeur

(1) C’est lui qui figure dans une sentence du bailliage de Rouen du 21 janvier

1 1627 et s’y vit condamner à dix livres d’amende, pour accusation calomnieuse

> contre les Gardes de la Communauté (Cf. Documenta, 110624). — (2) Cf. Supra,

. p. 19. — (3) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 3go. (Enquête de 1701). —(4) A. R., Pa-

) roisse S. Jean, reg. I, mariage du 28 février 1677. — (5) A. D. S., C. 145 (En-

quête de 1706). — (6) Ibid.

délaissa complètement le commerce des livres, pour s’adonner tout entier à l’art de la typographie. Il n’avait qu’une presse et travaillait sans compagnon : en 1701, il déclarait à l’enquête qu’il n’imprimait que « des images, des enveloppes et des cartes » ; en 1706, il répétait qu’il ne faisait quedes «images de confrairies et desenveloppes de cartes ». Adrien Delamare fut conservé au nombre des imprimeurs de Rouen par l’arrêt du 18 mars 1709 1 , et il a dû exercer jusqu’en 1720, mais je n’ai pas pu mettre la main sur son acte de décès.

Delamotte (Les), imprimeurs à Rouen (1611-1720).

Cette famille ne s’est pas contentée d’exercer son art à Rouen, elle s’est répandue dans les alentours, à Alençon notamment, où elle a douloureusement expiré.

I. Pierre (1611-1679), le premier de cette famille qui ait été imprimeur, paraît être originaire de Rouen, étant sans doute l’un des descendants de Guillaume Delamotte, libraire de 1537 >à 1 543 au moins. Suivant Frère2, il aurait débuté en 1606 et exercé son état jusqu’en 1679, c’est à dire pendant 63 ans consécutifs ! La chose n’est évidemment pas impossible, mais il est bien probable qu’il y aura eu deux Pierre Delamotte, confondus ensemble aujourd’hui dans un seul et même personnnage et que l’état de nos recherches ne permet pas encore de distinguer. En ce qui touche la date initiale de l’établissement, fixée par Frère à 1606, je dois faire remarquer que le nom de Pierre Delamotte ne figure pas parmi les récipiendaires de cette année, inscrits sur le registre de comptes des Gardes; il n’apparaît pour la première fois qu’en 1611, époque où notre imprimeur reçoit comme apprenti un jeune homme nommé Nicolas Delanney 3 ; en 1622, il était garde de la Communauté4, et, en 1625, il était l’objet de poursuites et se trouvait frappé de condamnations pour des infractions aux règlements5. Il ne . semble pas que Pierre Delamotte ait été éditeur ni libraire ; il travaillait seulement pour le compte des autres et ainsi s’explique qu’on ne rencontre pas de livres à son nom ; il a cependant imprimé de nombreux volumes, notamment pour le libraire Jean Delamare6,

( 1 ) Cf. Documenta, n° 733. — (2) N. F., liasse 109. — (3) A. D. S., E. 485, p. 57.

— (4) Cf. suprà, p. 17. — (5) Voy. Documenta, n°s 620 et 621. — (6) Voy. notamment : Homélies svr la passion de nostre seignevr. Propres pour tous les temps de l’Année, & grandement nécessaires à tous ceux qui ont charges

pour son collègue Jean Loyselet1 et aussi pour Clément Malassis, qui lui confia, entre autres choses, diverses contrefaçons d’ouvrages de Mathieu Beuvelet, au sujet desquels il fut l’objet des poursuites de Georges Josse, libraire à Paris, et condamné solidairement avec Malassis à 6000 livres d’amende. Pierre Delamotte vécut ensuite quelques années paisibles au milieu de ses presses, mais ayant eu l’imprudence, en 1679, d’imprimer un livre intitulé: L’Abbé commendataire et l’Evesque de cour , il fut déféré au Parlement de Rouen, avec le libraire qui lui avait donné ce beau travail. Condamné à la peine d’amende honorable, considérée alors comme infamante et banni pour neuf ans du ressort du Parlement2, le vieil imprimeur ne survécut pas longtemps à son déshonneur; dès 1681, son établissement de la rue des Hermites, à Y image de Saint-Martin , était géré par sa veuve et, peu de temps après, il était repris par son petitfils, Jacques Delamotte.

IL Martin I (1626-1632). Probablement fils du précédent, il s’était établi, en 16263, dans la rue aux Juifs, près le Palais, et, l'année suivante, il fut quelque peu compromis dans l’affaire de la femme de Jacques Auber, pour avoir usurpé avec plusieurs autres collègues les fonctions de garde4. Frère prolonge son exercice jusqu’en 1656; or, de 1632 à 1637, Alix Le Mégissier, veuve de Martin Delamotte, figure comme membre delà Confrérie de S. Jean- Porte-Latine, et de plus, on rencontre ultérieurement deux Delamotte (Martin et Jacques), nés respectivement en 1651 et 1656 et tous deux fils d’un Martin Delamotte, imprimeur à Rouen. Il y a

d’ames. Par messire Iean Pierre Camvs, Euesque & seigneur de Belley. [Vign. représ, la S. Çène ] A Rouen, Chez Iean de la Mare, tenant sa boutique aux degrez du Palais. M. DC. XXVI. [A la fin :] De l’imprimerie de P. de la Motte, ce 28 de May 1626. (Pet. in-8, 525 p. ch. sll. B. N., D. 27677.)

(1) Voy. : Le glorievx evenement a la covronne impériale de Louis XIV. De Diev donné a présent régnant, prédit par plusieurs Saincts Peres, Sy billes, Michel Nostradamus & autres. Auec vue parties des aduantages que le Ciel luy préparé contre plusieurs Princes Estrangers, particulièrement contre les ennemis de la Eoy, pour l’augmentation de l’Eglise Rom. & la gloire de cette Monarchie Françoise .. [Vign.] A Roven, Imprimé au despens de l’Autheur, Par Iean l’Oyselet & P. de la Motte, rué Ganterie, au fer à Cheval. M.DC.XEVIII. Auec Permission. (Pet. in-8 56 p. ch. sll. La dédicace est signée : Mengav. B. N., Lb 37 332.) — (2) Cf. Documenta, n° 681. — (3) Les GEvvres de Brvscambille. Contenant ses fantasies, Imaginations & Paradoxes, & autres discours Comique (sic). Le tout nouuellement tiré de l’Escarcelle de ses Imaginations. Reueu et augmenté par l’autheur. [Vign.] A Roven, Chez Martin de la Motte, ruë aux Iuifs, près le Palais. M.DC.XXVI. (In-12, 488 p. ch. 2 ff. de ta. n. ch. B. N., Inv. Rés. Y2 3o57-) — (4) Voy. suprà, p. 49.

donc eu un second Martin, fils du premier et père des deux autres que je viens d’indiquer. Martin I exerçait d’ailleurs son art dans la rue aux Juifs et l’on va voir que le second avait un autre domicile.

III. Martin II (1635- i 670). H a dû s’établir peu de temps après la mort de son père, dans la rue Ecuyère, aux Deux Lions ci' or 1 * * 4; dès 1635, on rencontre son premier ouvrage connu, qui n’est qu’une réédition des Œuvres de Bruscambille 2, imprimées déjà par Martin I en 1626, et jusqu’en 1670 au moins il n’a pas cessé d’imprimer, puisque ses deux fils déjà nommés, Martin et Jacques, nés comme je l’ai dit en 1651 et 1656, avaient fait chez lui leur apprentissage 3. L’aîné, Martin, alla s’établir, en 1668, à Alençon, où nous le retrouverons; quant à Jacques, il fait l’objet de la notice suivante.

IV. Jacques (1681-1704) Né à Rouen et fils du précédent, il fit son apprentissage dans l’atelier paternel et fut reçu maître le ier février 1663 4, mais ce n’est que le 20 mars 1681 qu’il ouvrit un établissement, composé d’une boutique de libraire dans la rue de l’Archevêché et d’une imprimerie ayant deux presses en activité 5. Jacques Delamotte étant décédé vers 1704, sa veuve, née Marie- Anne Letourneur (1705-1720), lui succéda et fut maintenue en exercice par l’arrêt du 18 mars 1709 6 ; elle travaillait encore en 1714 7 et ne disparut définitivement que vers 1720.

Delaplace (Jacques), imprimeur à Rouen (1611).

Il n’est connu que par une réimpression extralocale, signalée par M. Pluquet8, en ces termes:

- — Histoire joyeuse et plaisante de M. de Bassevilîe et d’une jeune demoiselle, fille du ministre de Saint-Lo, laquelle fut prise et emportée subtilement de la maison de son père, par un verrier, dans la rafle; ensemble le bien quy s’en est

(1) N. F., liasse 109. — (2) Cf. Catalogue Lormier, n° 3 3 1 3 . — (3) B. N., Ms.

fr. 22124, f° 32, et n. a. 400, f° 392. — (4) B. N., Ms. fr. n. a. 400, fo 392. — (5) A. D, S., C. 145, Enquête de 1706: « Marie Anne Le Tourneur, veuve de Jacques

Delamotte, lequel avoit été reçu le 1er février i6b3 et s’étoit établi le 20 mars

1681. Elle a boutique ouverte rue de l’Archevêché. Elle a une imprimerie com-

posée de 2 presses avec un compagnon, nommé Malassis, et Jacques-Simon

Delamotte, son fils. Elle a imprimé, en 1706, la Bible françoise de Louvain ,

in-40, et des ouvrages de ville. » — (6) Cf. Documenta, n° 733. — (7) Voy. Docu-

menta, no 752. — (8) Bibliographie du départ, de la Manche , pp. 36o-36i.

SEINE-INFÉRIEURE

suivy, au grand contentement d'un chacun. / Prins sur la copie imprimée à Rouen, par Jacques de la Place. 1611. (In-8. Nombre de pages non indiqué.)

Desnoyers (Jean), imprimeur à Rouen (1578-1606).

Jean Desnoyers est un imprimeur bien authentique : on suit sa trace dans les documents de 1578 à 1606, mais au point de vue bibliographique, on est peu renseigné sur l’importance de s'es travaux ; il semble avoir eu, en 1579, un associé en la personne de Georges Desnoyers 1 * * 4, son frère ou son fils, et c’est tout ce que l’on sait de ce dernier. Quant à Jean, il fait son apparition en 1578 dans deux actes notariés, où il comparaît pour recevoir un apprenti, Vincent Larchevêque, qui lui est présenté par François Larchevêque, imprimeur (évidemment compagnon) et qu’il s’engage à instruire dans son art, pendant 4 ans, sans aucune rétribution “2. En 1579? Jean- Desnoyers est garde de la Communauté3 et ce doit être à une époque à peu près contemporaine qu’il exécute pour Jean Crevel des Heures à l'usage de Rouen 4, unique témoignage jusqu’à ce jour de son savoir faire. En 1606, il figure encore parmi les gardes de la Communauté5 *, puis on le perd complètement de vue.

Des Roques (Robert), imprimeur à Rouen (1672-1712).

Edouard Frère est encore en défaut au sujet de cet imprimeur et de sa famille8; il cite un Pierre Des Roques, qui aurait exercé l’imprimerie de 1692 à 1708, mais dont il n’indique, et pour cause, aucune production ; puis Robert Des Roques, en activité

(1) Voy. Documenta, no 525. — (2) Gosselin, Glanes , p. 114. — (3) Voy. Documenta, no 527. — (4) On n’en connaît qu’un exemplaire complet (Vente Soleil, 1871. — Cat. Lormier, n° 67 ) ; il porte à la fin cette souscription: « Cy finent ces présentes Heures à l’usaige de Rouen, hystoriees & toutes au long sans rien requérir. Nouuellement imprimées à Rouen par Jehan des Noyers,

d. On les vend à Rouen Chez Jehan Crevel libraire : tenant sa bouticque au portail des libraires. » In-8, goth., s. d. 3q ff. n. ch., dont le Ier cahier sans sign. comprend 6 ff. et débute sans autre titre par le calendrier; les autres cahiers renfermant : Oraisons dévotes, Passion et Généalogie de N. S . Jésus-Christ, sont signés Bb-Dd par 8 et Ee par 4. Viennent ensuite 72 ff. ch., dont le dernier

porte au v° la souscription ci-dessus, et enfin 53 ff. ch. pour les Grands suffrages des Sainct 7, diverses oraisons en latin et en français, et 19 fi. n. ch. pour les

Vespres et les Hymnes. Ces Heures sont ornées de 55 grandes figures copiées sur celles de Thielman Kerver et de 73 vignettes sur bois dans le texte. — -

(5) Voy. supra, p. 16.— (6) N. F., liasse 110.

G. Lepkeux. Gallia Typographica. D. III.

seulement de 1698 à 1704, suivant lui. Il y a bien eu un Pierre Des Roques, et même deux : toutefois le premier avait été reçu maître en 1632 1 * * * et se borna, je pense, au commerce des livres; quant au second Pierre, fils de Robert, dont il va être question, loin d’avoir exercé de 1692 à 1708, il 11e fut jamais qu’une sorte de compagnon chez son père.

Né à Rouen vers 1634 Robert Des Roques avait fait son apprentissage à Paris, chez Gilles Blaizot 5 et avait été reçu maître le 21 décembre 1671 seulement ; il avait ouvert son établissement le 2 janvier suivant et s’adonna surtout aux travaux de ville. Possesseur d’une unique presse en 1701, il avait auprès de lui deux de ses fils, Jean-Baptiste et Pierre, alors âgés chacun de 32 ans et propriétaires l’un et l’autre d’une presse, déposée dans l’atelier paternel et sur laquelle ils travaillaient à leur profit particulier5. Cet état de choses ne dura guère, puisque, en 1706, il n’est plus fait mention de ces deux personnages et que Robert se trouvait seul dans sa maison, à la tête de deux presses et employant deux compagnons, dont les noms nous ont été conservés5. En 1708, Des Roques fut surpris en train d’imprimer des « ouvrages contraires au bon ordre » et fut condamné, par arrêt du Conseil d’Etat du 3 décembre, à 50 livres d’amende et à tenir sa boutique fermée pendant un mois6; néanmoins, l’arrêt du Conseil du 18 mars suivant le conserva au nombre des imprimeurs privilégiés 7. Robert ne jouit pas longtemps de cette faveur, car il décéda le 29 janvier 1712 8. De son mariage avec Jeanne Machuel, d’une famille d’imprimeurs rouennais dont il sera question plus loin, morte elle-même le 13 juin 1699 9, Robert avait eu plusieurs enfants: j’en ai nommé déjà deux, un troisième, appelé Robert, comme son père, épousa,

(1) A. D. S., E. 483, P44 v°. — (2) D’après la supputation de son âge au mo-

ment de son décès. — (3) B. N., Ms. fr. 21837, 3e série, f° 74 v°. — (4) Enquête

de 1701. B. N., Ms. fr. n. a. 400, fos36gà37i. — (5) Enquête de 1706 : «Robert

Desroques, âgé de 60 ans, reçu maître le 21 décembre 1671, établi le 2 jan-

vier 1672. A une imprimerie avec 2 presses, et 2 compagnons, Jean Dumesnil

et Jacques Amiot. A imprimé, en 1706,1e Despautère de Behourt, in-8, et des

ouvrages de ville. » (A. D. S., C. 145). — (6) Voy. Documenta, no 730. — (7) Voy.

Documenta, no 733. — (8) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 5: « Du 3oe janvier 1712.

Le corps de feu Robert des Rocques imprimeur libraire, âgé de 78 ans, décédé le jour d’hier... a esté inhumé dans la chapelle de Bourdeny de nostre église, en présence de Pierre et Robert des Rocques, ses deux fils. » — (9) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 3: « Du i5e juin 1699. Le corps de feuë Jeanne Machuel, âgée de 42 ans, femme de Robert Desrocques, décédée du 1 3e, a esté inhumé en nostre église, en présence dudit Robert Desrocques et de Pierre Desrocques, son fils. »

SEINE-INFÉRIEURE

le 15 février 1711, une Marie-Barbe Du val1, et ne parvint jamais à la maîtrise; en le rencontre, en 1713, compagnon chez Jores, ou plutôt chez Jean-Robert Viret2. Enfin, d’après une note de police 3, Jean-Baptiste Desroques, dont il a été parlé ci-dessus, devint papetier à Paris ; il s’était marié à Rouen et y avait eu un fils, né en 1716, prénommé Nicolas, qui fut imprimeur à Senlis de 1751 à 1790 4 *.

Drindron (Pierre), imprimeur à Rouen (1576).

C’est probablement un nom imaginaire; dans tous les cas Pierre Drindron n’est connu que par l’opuscule suivant :

— Remonstrances/ treshvmbles de / la ville de Paris, & des Bour / geoys & Citoyens/ d’icelle, / Au Roy leur souuerain Seigneur. [Vignette.] A Roven, / Par Pierre Drindron. / 1576. (Pet. in-8, 16 p. ch. B. N., Lb 34 129).

Druault ( ), imprimeur à Rouen (1708).

Cet imprimeur est indiqué dans un arrêt du Conseil d’État du 3 décembre 1708 3 : il y est signalé comme travaillant «actuellement à l’impression de deux ouvrages égallement pernicieux pour les bonnes moeurs et pour l’État », et enfin, dans son dispositif, l’arrêt le déclare incapable d’exercer à l’avenir l’imprimerie et la librairie, ordonne que sa boutique sera fermée, ses presses et caractères vendus, et le condamne à 100 livres d’amende. Je n’ai rencontré le nom de ce typographe nulle part ailleurs, Frère 11’en souffle pas un mot, et comme le rapport de l’intendant de Rouen, en 1706, n’en fait aucune mention, je suppose que ce nom a été mal écrit et je me demande s’il ne s’agirait pas du libraire Ruault connu par quelques •ouvrages 6.

(1) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 5: « Du i5e février 1711. Robert Des Rocques, imprimeur, âgé de 21 ans environ, fils de Robert Des Rocques et de feue Jeanne Machuel, de cette paroisse, d’une part et, Marie-Barbe Duval, âgée de 16 ans et demi environ, fille de Germain Duval, facteur d’instruments, et de Marie Luart, aussi de cette paroisse, d’autre part, ont esté mariés solennellement... en présence de Robert Des Rocques père et Pierre Lucas, ami, et de Germain Duval-

père, et Jacques Séjourné, ami. » — (2) Voy. Documenta, no 747. — (3) B. N.

Ms. fr. 22107, f° 201 • — (4) Voy. Gallia Typographica , Série dép., t. I, pp. 1 86-

187. — (5) Cf. Documenta, no 73o. — (6) Voy. notamment: — Oraison Funebre

de Haut et Puissant Seigneur Messire François de Harcour, Marquis de Beuvron, ■Chevalier des ordres du roy, Lieutenant general de ses armées, et au Gouver-

nement de Normandie. Prononcée en l’Eglise cathédrale de Roüen en presence des Compagnies Supérieures, de la Noblesse, & du Corps de Ville. Le pre-

Du Bois (Nicolas), imprimeur à Rouen (1582).

Cet imprimeur est signalé, sans prénom, par Frère 1 et indiqué par lui, d’après une mention du catalogue de la Bibliothèque nationale 2, comme ayant exercé en 1564. Or, il se prénommait Nicolas, et s’il a réellement existé, ce dont je doute, il n’a pas imprimé en 1564 l’opuscule qui porte son nom, mais seulement en 1582, date exacte. Les rédacteurs du catalogue en question auraient dû mentionnerque cette date de 1564, qui est à la vérité celle du testament, ne résultait que d’une surcharge à l’encre, intéressant les deux derniers chiffres (6 sur 8 et 4 sur 2), faite par l’un des anciens possesseurs du livret.

Dubuc (Les), imprimeurs-libraires à Dieppe et à Eu (1642-1790).

La famille des Dubuc est la plus importante de l’imprimerie dieppoise ; nous allons voir en effet des typographes de ce nom se succéder au nombre de six, tant dans la patrie de Duquesne que dans la plus modeste ville d’Eu.

I. Pierre (1642-1660). S’il est exact, ainsi que l’avançait Jean- Baptiste Dubuc, dans une requête présentée par lui, en 1716, au Conseil d’Etat, à l’effet d’être maintenu dans sa place d’imprimeur à Dieppe, que c’est un Pierre Dubuc, son aïeul, qui fut le plus ancien membre connu de sa famille dans cette ville, il faut cependant remonter d’une génération encore pour connaître le fondateur de la dynastie. Celui-ci était un nommé Jean Du Bue : il fut reçu maître à Rouen en 1603, après avoir appris son art dans la maison de Pierre Loyselet 3, et s’adonna au commerce des livres. Pierre Dubuc, son fils, lui succéda, transféra son établissement à Dieppe, entre 1640 et 1642, croit-on4, et s’y munit d’une presse et de quelques caractères, pour pouvoir lutter à armes égales contre Nicolas Acher. Le second typographe dieppois a peut-être exécuté un certain nombre de travaux de ville, qui sont naturellement per-

mier Août 1705. Par Monsieur Fossard. [Arm. de France] A Rouen. Chez Ruault, Libraire, rue S. Lo, derrière le Palais, à l’Occasion. M. DCCV. Avec permission. (In-4. 24 p. ch. B. N., Ln 27 gb36) .

(1) N. F., liasse 1 10. — (2) Histoire de France, t. IX, p. 435. Voici la description de ce petit ouvrage: — Le / Testament / d’excellente & ver / tueuse Dame Léo / nor de Roye, Prin /cesse de Condé [La rose no 1 de Jean Rallier, imprimeur à Paris.] La troisième impression à Rouen / Par Nicolas du Bois, / i582. (In-12. 40 p. ch. B. N., Ln 27 4666). — (3) A.D.S., E. 483, f" 4 v°. — (4) Cf. l’abbé Cochet, Hist. de Vimpr. à Dieppe , p. 6.

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dus pour nous, mais on ne cite qu’un livre sorti de ses presses : il a pour titre Prières pour dire pendant la Messe et pour auteur, un jésuite normand, le P. George Fournier. Quant à la date du livre en question, que personne n’a jamais vu, je crois, elle est sujette à contestation; l’abbé Cochet dit 1642 R Deschamps le copie et répète ce millésime1 2, mais il y ajoute un renseignement qui est précisément tout le contraire de ce qu'avait écrit l’auteur de ^ Histoire de /’ imprimerie à Dieppe ; enfin le P. Sommervogel donne la date de 1649 3. Qui croire au milieu de ces divergences ? Il y a pourtant mieux encore. Pierre Dubuc, suivant l’abbé Cochet, n’aurait pas exercé son art au delà de l’année 1648, car ce savant ecclésiastique attribue à Nicolas, qui suit, l’impression d’une pièce citée par le P. Lelong4, comme portant cette date; or, rien n’autorise une pareille attribution et tout porte à croire au contraire que la plaquette dont il s’agit fut imprimée par Pierre et que la carrière de celui-ci fut bien plus longue qu’on ne le suppose. Je pense pour ma part que ce typographe n’a pas cessé d’imprimer avant 1660, -et l’on verra bientôt pourquoi j’arrête à cette date, provisoirement du moins, la fin de ses travaux.

IL Nicolas (1660-1700). Né probablement à Rouen et fils du précédent, il est certain que Nicolas Dubuc quitta d’assez bonne heure la maison paternelle et s’en alla, soit à Rouen, soit plutôt à Paris, non seulement se perfectionner dans la typographie, mais encore apprendre l’art de la gravure, dans lequel il s’est assez distingué pour obtenir un brevet de graveur du roi5. L’abbé Cochet, ai-je dit, le fait débuter comme imprimeur à Dieppe en 1648. Cela n’est pas admissible pour plusieurs raisons : la première est que son fils aîné ayant vu le jour vers 1660, Nicolas avait dû se marier vers 1659, et que pareil événement coïncidant en général avec celui d’un établissement, il n’y a pas lieu de penser que notre imprimeur ait attendu plus de dix ans avant de se créer un intérieur. En second lieu, étant donné les connaissances qu’il avait acquises dans l’art de la gravure, il avait atteint pour le moins l’âge de 25 ou 30 ans, au moment où il succéda à son père; or si l’on adoptaitla date de 1648, c’est qu’il serait né entre 1618 et 1623, il aurait donc engendré

(1) Op. et loc. cit. — (2) Dict. de géogr., V° Deppa. — (3) Bibl. de la C. de

Jésus, t. III, col. 910.— (4) Bibl. hist. de la France, t. III, no 35243 : a Instauratae

Musarum Deppensium sedes fundatumque verissimo Jovi delubrum. — Deppæ

Dubuc. 1648. In 4. » — (5) Cf. Cochet, op. et loc. cit.

son premier fils à l’âge de 42 ou 47 ans et il aurait atteint au moment de son décès, celui de 82 ou 87 ans. Tout cela n’est guère croyable et au surplus, on ne rencontre pas avant 1666 de livres portant vraiment son nom, ni le cachet artistique qu’il sût donner à tout ce qui est sorti de ses mains. On ne peut pas par conséquent supposer, puisqu’on en est réduit aux conjectures, que Nicolas Dubuc ait pu s’établir avant 1660. Son premier livre, je l’ai dit, est de 1 666 et a pour auteur un prêtre qui s’était rendu assez célèbre dans l’étude de l’hydrographie, pour que le grand Colbert créât à Dieppe même une école consacrée à cette science et lui en confiât la direction. Je décris en note1 les divers ouvrages de ce savant professeur imprimés à Dieppe chez Nicolas Dubuc, parce que tout ce qu’en ont dit jusqu’à présent les bibliographes est

(1) A. / L’art de naviger perfectionné par la cognoissance de la variation de l’aimant. Ov Traicté de la variation de l’aigville aimantée. Ov sont dedvits cinq moyens de trovver de combien et de qvel costé le Compas manqve en certains lieux à monstrer les véritables parties du Monde. Et Nommément celuy de trouver cette Variation à toute heure du Iour & de la Nuict par l’Azimuth. Composé Par Me G. Denys Prêtre Pilotte Hydrographe de Sa Majesté, Examinateur des Pilottes partout le Royaume de France, & Professeur Royal d’Hydrographie à Dieppe. [Fleuron] A Dieppe, Chez Nicolas Dv Bvc Graveur, Libraire & Imprimeur devant l’Hôtel de Ville. 1666. Avec Privilège du Roy. [du 6 octobre 1 665 . A la fin, la marq. décrite.] (In 4. 220 p. si 1 . et lata. B. N., V. 9587.) — B. / L’art de naviger par les nombres Dans leqvel tovtes les réglés de la Nauigation sont résolves par un Triangle rectiligne rectangle, comme dans les Cartes hydrographiques Avec la Table... Par M. G. Denys... / A Dieppe, Chez Nicolas Dvbvc Imprimeur-Libraire & Graueur deuant l’Hostel-de-Ville. M.DC.LXVIII. (In 8. 235 p. ch., plus les Tables des Sinus et Logarithmes. B. N., V. 23093.) — C. / Le Discovrs et les tables de la déclinaison dv soleil et des principales et plvs reconnoissables estoilles dv firmament. Ensemble Vn Discours sur l’Estoille du Nord, avec deux Tables pour trouuer l’Esleuation du Pôle à toute heure de la Nuict. Novvellement svppvtées et corrigées. PaF M. G. Denys Prestre Hydrographe ordinaire du Roy, & Enseignant pour Sa Maiesté la Nauigation en la Ville de Dieppe. [Marq. décrite.] A Dieppe, Chez Nicolas Dvbvc Imprimeur-Libraire & Graueur deuant l’Hostel de Ville. M. DC. LXIX. Avec privilège dv roy. (In 4. i5o p. ch. B. N., V. 7487.) — D. / L’art de naviger dans sa plvs havte perfection ov Traité des latitvdes ov sont desdvits lesqvatre moyens dont se servent le plus ordinairement les Pilottes pour trouver la Latitude du lieu auquel ils se rencontrent, et dans lequel ils trovveront par advance des Instructions assez amples sur les deux parties qui composent cette Latitude, qui sont les Hauteurs, & la Déclinaison : Comme aussi la Théorie & l’Vsage des Instruments dont ils se servent le plus communément sur Mer, et nommément de la Verge. Ensemble les tables de la déclinaison, et le moyen de les reformer de temps en temps. Par M. G. Denys Prestre, Enseignant pour le Roy la Navigation dans la Ville de Dieppe. [Marq. décrite.] A Dieppe, Chez Nicolas Dvbvc, Imprimeur Libraire & Graveur devant l’Hôtel de Ville, 1673. Avec privilège dv Roy. (In 4. 495 p. ch. B. N., V. 9589.)

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inexact, faute d’avoir vu les livres eux-mêmes. On remarque sur le titre de plusieurs d’entre eux la marque de l’imprimeur, gravée par lui et signée : « N. Dubuc f. » ; elle représente un trois-mâts de l’époque, naviguant toutes voiles dehors, attribut bien en rapport avec les travaux d’un typographe installé dans un port de mer. En 1675, notre imprimeur mettait au jour l’oraison funèbre de l’un des gouverneurs de la localité1, puis, en 1683, l’ouvrage d’un autre prêtre dieppois sur l’art de naviguer2, et ensuite ses presses restaient silencieuses jusqu’à ce qu’un autre Dubuc vienne le remplacer. Ayant échappé par hasard à la peste qui ravagea Dieppe de 1668 à 1670, Nicolas Dubuc fut sans doute l’une des victimes, dans sa fortune mobilière tout au moins, du terrible bombardement que l’amiral anglais Barklay vint infliger à l’improviste, en 1694, a malheureuse ville et qui n’y laissa presque que des ruines.

III. Jean-Baptiste (. Lavilled’Eu , 1 682-1 699 . — Dieppe , 1 700-1728). Fils du précédent, il avait vu le jour à Dieppe vers 1660 3 et, de même que son père, aussitôt ses études terminées, il était allé faire son apprentissage à Paris, « chez Rémy et La Caille4 * », puis il avait travaillé chez divers maîtres, et enfin, en 1682, il avait été « agréé par M1Ie de Montpensier 3 pour êtreson imprimeur-libraire en la ville d’Eu, où il fut receu et admis à exercer ladite profession6». Je n’ai rencontré aucun échantillon des presses de J. -B. Dubuc dans cette dernière localité, bien qu’il y ait exercé pendant près de 18 ans ; il n’y aura fait que des impressions administratives et de

(1) Harangve fvnebre de messire Philippe de Montigny, Chevalier Seignevr dv liev, vicomte de drevx, baron de la Covdraye, et d’Escrignielles, Seignevr Chastelain de Longpré, & autres lieux. Conseiller & Maître d'hôtel ordinaire du Roy, Govvernevr povr sa Maiesté des Ville, Chasteav, Citadelle de Dieppe, & Forts en dépendans. Prononcée dans l’eglise de l’Oratoire par le Rhetoricien du College le 22 novembre 1675. / A Dieppe, Chez Nicolas Dvbvc Imprimeur Libraire devant l’Hôtel de Ville. (In 4. 24 p. ch. B. N., Ln 27 14660). —

(2) La véritable et vnique méthode de naviger par le qvartier d’or laqvelle est provvée d’vne maniéré si facile et démontrée par des figures si claires et si in-

telligibles d’elles mêmes que l’on pourra sans peine et en peu de temps se rendre

parfait Pilote & faire une heureuse Navigation. Composée par M* N. Corruble

Prêtre de Dieppe. [Fleuron]. A Dieppe. Chez Nicolas Dubuc Imprimeur, Libraire & Graveur, devant l’Hôtel de Ville. M. D .(sic) LXXX III. Avec privilège du roy. (In 4.5 ff. prél., 2i5 p. ch. Au 5° f. vo, Privilège du 29 octobre 168 3, et en bas: « Achevé d’I mprimer pour la première fois le i5 jour de novembre 1 683 . » B. N. 40 V. 2717). — (3) D’après la supputation de sonâge (42 ans) déclaré à l’enquête, de 1701. — (4) B. N , Ms.fr. n. a 400, f°33o (Enquête de 1701). — (b) Anne-Marie-

Louise d’Orléans. — (6) A. N., V6837- Arrêt du Conseil du 2 mars 1716. Voy. Documenta, n° 761.

petits travaux pour les particuliers, tout juste sans doute de quoi subvenir à son existence, aussi dès que son père fut décédé, s’empressa-t-il de retournera Dieppe, où il s’installa en 1700, avec une presse et un compagnon, Etienne Maury, deCalais1. Ses débuts dans cette ville furent marqués, paraît-il, par une condamnation à

10 livres d’amende, prononcée par un arrêt du Conseil d'Etat du 28 janvier 1700 (?), pour avoir imprimé sans autorisation préalable, un Tarif des droits de quayage, perçus par la coutume urbaine et archiépiscopale, et la suppression de tous les exemplaires fut prononcée 2. L’abbé Cochet, à qui j’ai emprunté ce renseignement, exagère quelque peu lorsqu’il appelle cela une condamnation infamante et

11 se trompe complètement en s’imaginant avec naïveté que les divers arrêts du Conseil , dont il parle dans le cours de son Histoire de T imprimerie à Dieppe , émanent du Conseil de la ville. Il s’agit toujours, bien entendu, du Conseil d’Etat, mais ce n'est pas lui qui le 8 mars 1710, condamna, ainsi que le dit le savant ecclésiastique, notre imprimeur à 30 livres d’amende et ordonna la fermeture de sa boutique et de son imprimerie pendant trois mois pour avoir récidivé en imprimant, sans original authentique, une pancarte intitulée Le Tarif des droits du Roy (droits de travers, laignage et maltôte); cette sentence émanait de l’Intendance de Rouen" et sa sévérité n’étonnera pas le lecteur, qui a vu précédemment avec quelle persévérance le Conseil d’État s’était attaché à ce que les intendants de Normandie réprimassent vigoureusement les infractions commises par les imprimeurs de leur province. Aussi à partir de ce moment J. -B. Dubuc commença-t-il à se rendre compte du peu de sécurité de sa situation ; il prit une connaissance plus attentive des règlements qui régissaient sa profession et, en 1716, il se décida à se pourvoir auprès du Conseil pour se faire reconnaître le seul imprimeur de Dieppe prévu par l’arrêt du 21 juillet 1704. Il y réussit d’abord assez facilement et un arrêt du 2 mars 1716 ordonna qu’il serait « maintenu et gardé dans la place. . . 4 », mais tout fut remis en question quand, armé de ce titre, il voulut contraindre son collègue Jean Ourselàfermerson établissement. Celui-ci fit opposition à l’arrêt, obtenu par Dubuc, il appela à son secours les Syndics et Gardes delà Communauté de Rouen, mena contre son confrère une campagne acharnée, sortit de ses tiroirs tous les documents qui pouvaient

(1) Enquête de 1701. — (2) Cochet, Hist. de l’impr. à Dieppe , p. 1 3. — (3) Cf.

Documenta, n° 762, Pièces produites, lettre D. — (4) Voy. Documenta, no 761.

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accabler ce dernier, par exemple, une sentence du bailliage de Caux, du 22 avril 1706, portant séparation de biens d’entre lui etsafemme1 et le jugement de l’intendance de Rouen dont il a été question plus haut ; finalement les choses furent conservées en l’état et chacun des deux imprimeurs furent autorisés par arrêt du 22 mars 1717, à continuer d’exercer à Dieppe, sous la condition que le prémourant ne serait pas remplacé2. Cependant une troisième imprimerie fonctionnait dans la ville : elle était tenue par Pierre Pillon et il était urgent de la faire supprimer. Nos deux adversaires de la veille, subitement réconciliés, s’unirent pour tenter cette aventure ; ils inaugurèrent leur stratégie, le 17 juin 1717, par une saisie des presses, ustensiles et marchandises de leur ennemi commun 3, puis ils présentèrent une requête au Conseil afin de l’y faire assigner. Pierre Pillon riposta à ces attaques en puisant des armes, oppositions, clameur de haro, etc. dans l’arsenal si riche delà procédure normande; il se débattit avec vigueur et, enfin de compte, il fut maintenu dans la place qu’il occupait, aux mêmes conditions que les deux premiers4. Jean-Baptiste Dubuc survécut à ses collègues et mourut seulement 6111728, il laissait une veuvequi continua d’exercer, — plus ou moins paisiblement, on le verra bientôt, — en vertu des privilèges que lui conféraient les règlements, et deux fils, Jacques-Nicolas et Charles-Joseph, dont les notices sont ci-après.

Catherine de Guerreaux (1728-1738), veuve de Jean-Baptiste Dubuc, garda donc l’établissement de son mari, mais, lorsque son fils aîné eut été admis à occuper la place de son père, il est probable qu’elle lui remit sa part de matériel et qu’elle conserva le surplus tant pour elle que pour son second fils, qui l’aida dans ses affaires. En 1732, désireux de se trouver seul à imprimer à Dieppe, Jacques-Nicolas parvint à décider sa mère à se retirer et s’engagea, par un contrat sous seings privés du 19 janvier 5, à lui servir sa vie durant une pension annuelle de 150 livres. Trois années s’étant écoulées sans qu’elle eut reçu le moindre arrérage de sa rente, la veuve Dubuc, dont les réclamations restaient infructueuses, songeait à s’adresser à la justice, lorsque tout à coup elle fut ellemême assignée par son fils en rescision de la convention intervenue entre eux. Jacques-Nicolas prétendait que cet acte était nul parce

(1) Voy. Documenta, no 762. Pièces produites, lettre C. — (2) Documenta,

no 762. — (3) Cf. Documenta, no 763. — (4) Ibid. — (5) Voy. Documenta, no 852.

que sa mère lui avait cédé un privilège inexistant, lui seul ayant droit, aux termes des règlements, de tenir une imprimerie à Dieppe ! Devant un pareil procédé, la pauvre mère crut qu’il était de meilleure guerre, pour éviter tout scandale, de paraître céder, et elle se laissa dépouiller, sans aucune protestation, par une sentence du bailliage de Dieppe du 17 octobre 1735 L Recouvrant ainsi sa liberté d’action et voulant user de ses droits légitimes, elle fit aussitôt acheter par son fils cadet tous les ustensiles et caractères qui lui étaient nécessaires pour imprimer, installa le tout dans l’ancien atelier de son mari et reprit l’exercice de son privilège. Mais, à peu de temps de là, profitant d’une absence de sa mère et de son frère, Jacques-Nicolas fit saisir tout ce matériel, dont une partie fut brisée et le surplus porté au greffe du bailliage. La veuve Dubuc put mesurer à son retour l’audace et l’ingratitude de son fils, elle ne se laissa pourtant pas abattre et faisant courageusement front elle déposa une plainte judiciaire contre Jacques-Nicolas, puis, renvoyée à se pourvoir devant le Conseil d’État, elle n’hésita pas à l’y assigner. Pour toute défense, Jacques-Nicolas prétendit que sa mère avait depuis longtemps renoncé à son état et qu'il cherchait uniquement à atteindre son frère, qui, sous le couvert de celle-ci, tentait de le concurrencer en établissant à Dieppe une seconde imprimerie et en contrevenant aux règlements 1 2. Le Conseil ne prêta pas l’oreille à ces mauvaises chicanes et par un arrêt du 7 septembre 1737, il déclara nulle la saisie, en ordonnant la main levée et la restitution des objets saisis et condamna Jacques- Nicolas aux dépens et à 200 livres de dommages-intérêts envers sa mère L II est probable que cette équitable décision assagit le condamné et qu’il trouva les moyens de tout arranger à la satisfaction commune, car, l’année suivante, la veuve Dubuc se retirait des affaires et son fils Charles-Joseph transportait tout son matériel dans la ville d’Eu, où nous le retrouverons bientôt.

IV. Jacques-Nicolas (1729-1760). Fils aîné des précédents ; il naquit à Dieppe en 1701, apprit les premiers éléments de son art dans l’atelier paternel, puis il fit son tour de France, travailla un peu partout, notamment à Paris dans l’imprimerie royale et, au bout d’une dizaine d’années, revint enfin à Dieppe, où il aidait son père depuis quelque temps 4, lorsque la mort de celui-ci lui ouvrit

(1) Voy. Documenta, no 852. — (2) Voy Documenta, no 853. — (3) Voy. Docu-

menta, no 856. — (4) A. N., V6 883. Requête préliminaire à l’arrêt du 3i mai 1738.

SEINE -INFÉRIEURE

la possibilité de s’installer lui-même dans sa ville natale. Dès le 31 mai 1728, Jacques-Nicolas obtenait un arrêt du Conseil, qui l’autorisait à représenter ses titres et capacités devant les officiers de police de Dieppe 1 et, près d’un an plus tard seulement, il était habilité par un autre arrêt du 14 mars 1729, à occuper la place de son père 2. Ses débuts ne furent pas très heureux, car, au mois de juin suivant, surpris en train de travailler à des impressions jansénistes, il fut arrêté et conduit à la Bastille, d’où il ne sortit que dans les premiers mois de l’année suivante 3.

Installé dans la Grande-Rue, sur la paroisse Saint-Remy, Jacques Nicolas ne tarda pas à se montrer jaloux d’accaparer à lui seul toute la clientèle dieppoise. Il procéda d’abord contre les merciers de la ville, qui se mêlaient de vendre des livres de toutes sortes et fit restreindre leurs droits au débit des ABC, Almanachs et petits Livres d’heures et de prières imprimés hors de la localité 4 ; puis tournant ses regards sur sa propre famille, il résolut d’évincer sa mère et se livra vis-à-vis d’elle à toute une série de manoeuvres et de vexations que j’ai racontées plus haut. Resté seul enfin à partir de 1738, il devint Y imprimeur de la Ville et du Collège , mais ses presses n’en acquirent guère plus de renommée et elles demeurèrent affectées aux plus modestes impressions locales. On peut citer pourtant, avec l’abbé Cochet5, « un rôle long d’un mètre 66 cms », conservé dans les archives municipales, qu’il exécuta en 1755. Cette pancarte, dit l’archéologue normand, « calquée sur les rotules du moyen âge, est intitulée : Règlement de l'hôtel de ville de Dieppe pour V extinction du feu , en cas de bombardement, du 30 août 17/5... On comprend, — ajoute-t-il, — l’utilité d’une pareille mesure, dans une cité détruite par le funeste incendie de 1694. Les navires anglais commençaient à poindre à l’horizon. La France n’avait plus de marine ; nos côtes étaient sans défense, et malgré tout cela, nous allions commencer avec l’Europe entière la désastreuse guerre de sept ans. Dubuc mourut avant la paix. » Il décéda, en effet, non pas le 20 mai 1760, ainsi que l’avance M. Cochet, mais le 9 octobre suivant, laissant une veuve, qui prit en main la direction de l’établissement. L’auteur de Y Histoire de P imprimerie à Dieppe affirme que cette décision s’imposait parce que les enfants

(1) Documenta, n° 826. — (2) Documenta, n° 829. — (3) Cf, Documenta,

n° 83o. —(4) Arrêt du conseil du i5 février 1732. Documenta, n° 842. —

(5) Op. cit. p. 14.

140 GA LL 1 A TYPOGRAPHICA

du défunt étaient trop jeunes pour lui succéder ; cela n'est pas tout à fait exact. De son mariage avec Marie-Madeleine de Cayeux, J. N. Dubuc avait eu trois enfants ; d'abord deux fils, Jacques-Nicolas Gilles, baptisé le 13 mai 1734 1 * * 4, et Jean- Baptiste-Joseph, puis une fille ; l’aîné avait donc atteint sa majorité au moment du décès de son père ; seuls, les deux autres enfants avaient moins de seize ans. On verra par la suite ce qui s’était passé.

Marie-Madeleine de Cayeux (1760-1775) eut à déployer un certain courage en succédant à son mari, car il fallait mener de front la conduite d’une entreprise fortement obérée au moment de la mort de ce dernier 2 et il fallait faire face à l’éducation et à l’entretien des deux enfants restés au logis. Elle aussi avait été payée d’ingratitude par son fils aîné et de même que dans la génération précédente, elle ne pouvait compter pour l’avenir que sur son second fils ; Jacques-Nicolas-Gilles avait tout aussitôt secoué le joug maternel, il avait ouvert une librairie personnelle et se désintéressant des dettes laissées par son père, il en répudia la succession par acte passé au bailliage de Dieppe le 14 mars 1768 3. La veuve Dubuc, dont l’officine avait été transférée dans un immeuble appelé le Puits salé, obtint bientôt le titre d’imprimeur du roi; grâce à son intelligence et à son activité, elle parvint à liquider le passif de son mari et à faire honneur à ses affaires. Elle a apposé son nom sur quelques ouvrages qu’a enregistrés l’abbé Cochet et dont il est inutile de rappeler ici les titres; en 1774 enfin, elle démissionna, par acte du 11 septembre 4, pour permettre à son fils cadet de la remplacer.

V. Charles-Joseph (Eu, 1738-1759). On alu déjà à la suite de quels incidents, lesecondfils de Jean-Baptiste Dubuc et de Catherine de Guerreaux prit le parti de se rendre dans la ville d’Eu et d’y exercer son état d’imprimeur; malheureusement si je n’ai pas eu la bonne fortune de rencontrer le moindre produit de ses presses dans cette localité, il n’eut pas la chance pour sa part de les y faire rouler bien longtemps. Le 12 mai 1759, en effet, un arrêt du Conseil d’État 5 renouvelait les prohibitions restées purement platoniques

(1) Voy. Documenta, no 932. Pièces produites, lettre A. — (2) A. N., V6 1066,

Arrêt du Conseil d’État du 29 mai 1775, requête préliminaire. — (3j Documenta,

n* 932. Pièces produites, lettre D. — (4) A. N , V6 1066, Arrêt du 29 mai 1775,

requête préliminaire. — (5) Cf. Documenta, 11*909.

de celui du 31 mars 1739 4, ordonnait que l’imprimerie établie dans la ville d’Eu serait supprimée incontinent et défendait « au nommé Dubuc et à tous autres d’y exercer ledit art ». Il est à croire que Charles-Joseph put continuer à vendre des livres dans cette ville, mais je n’oserais rien affirmer à cet égard.

VI. Jean-Baptiste-Joseph (1775-1790). Né et baptisé à Dieppe (Saint-Rémi) le 2 février 1745 il était fils, ainsi que je l’ai déjà dit, de Jacques-Nicolas Dubuc et de Marie-Madeleine de Cayeux. Agé seulement de 15 ans à la mort de son père, il n’eut pas, comme son frère aîné, la tentation d’abandonner sa mère, il demeura au contraire auprès d’elle, lui apporta bientôt tous les secours de sa jeunesse, de son activité et de son intelligence, et, grâce à ses soins, on peut le dire, la maison acquit en peu de temps une importance qu’elle n’avait jamais connue. Jean-Baptiste- Joseph avait atteint sa vingt-neuvième année, quand sa mère prit le parti de se retirer et lui remit sa démission ; muni de cette pièce, il présenta requête à la Chancellerie à l’effet d’obtenir son investiture, mais cela n’alla pas tout seul. Jacques-Nicolas-Gilles, le frère aîné, avait eu connaissance du changement qui se préparait et il s’était empressé de solliciter la préférence du Conseil ; il fallut l’intervention de leur vieille mère pour faire connaître aux conseillers du roi la situation des deux rivaux : l’un, exposa-t-elle, lui avait fourni par son travail et son assiduité dans l’imprimerie, la possibilité de subsister, d’acquitter les dettes de son défunt mari et d’établir leur soeur commune; l’autre s’était désintéressé de tout cela et n’avait ouvert une librairie qu’à son profit personnel3. Ainsi éclairée la justice du Conseil ne pouvait pas s’égarer: par un àrrêt du 29 mai 1775, ^ fut ordonné, << sans avoir égard aux demandes et prétentions de Jacques-Nicolas-Gilles Dubuc, fils aîné », dont il était débouté, que Jean-Joseph Dubuc, puîné, serait reçu imprimeur-libraire à Dieppe 4.

L’exercice de ce typographe dieppois a été marqué par la publication d’importants et nombreux ouvrages ; les uns, quoique le lieu principal de leur vente soit indiqué à Paris ou à Rouen, portent bien son nom et il ne saurait être contesté qu’ils sont sortis de ses presses 3; d’autres, par exemple la monumentale histoire de la

(1) Voy. Documenta, no 857. — (2) Arrêt du 29 mai 1775 (Documenta, no g32), pièces produites, lettre B. — (3) A. N., V6 1066, arrêt du 29 mai 1775, requêtes préliminaires. — (4) Documenta, no 932. — (5) Voy. notamment : A. / Traités sur

GALL1A TYPOGRAPH1CA

Grèce, de Cousin-Despréaax l, paraissent seulement avoir été édités à Rouen et à Paris, mais, dit l'abbé Cochet, « nous savons par des traditions typographiques et par des mémoires manuscrits conservés dans la famille de l'auteur, que ce grand ouvrage fut imprimé à Dieppe, quoique le frontispice des volumes n’en parle nullement. Ce soin de dissimuler l'origine provinciale d’une œuvre importante semblerait dire que l'on craignait de déprécier le produit par la provenance 2 ». Il suffit d'ailleurs de comparer les caractères employés à l’impression de l’ouvrage de David Houard, avec ceux qui servirent au tirage des volumes de Cousin-Despréaux, pour se convaincre de leur commune origine. J. -B. -J. Dubuc arracha aussi aux presses rouennaises la fructueuse clientèle de l’abbaye de Fécamp, et il était arrivé à l'apogée de ses affaires, lorsque se produisirent les terribles perturbations qui devaient jeter à bas tout l’ancien état de choses. Notre imprimeur trouva dans les préliminaires de la Révolution une abondante moisson 3,

les coutumes anglo-normandes, qui ont été publiées en Angleterre, Depuis le onzième, jusqu’au quatorzième siècle ; Avec des Remarques sur les principaux points de l’Histoire & et de la Jurisprudence Françoises, antérieures aux Etablissements de Saint-Louis. Par M. Houard, Avocat en Parlement, Correspondant de l’Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres. Tome premier [Vignette.] A Paris, chez Saillant, Nyon & Valade, Libraires, rue S. Jacques; & à Dieppe, chez Jean-B-Jos. Dubuc, Imprimeur du Roi. M.CC. LXXVI. Avec approbation et privilège du roi. (In-4. 4 vol. B. N,, F. 1 3 662) . — B. / Mémoires chronologiques, pour servir à l’histoire de Dieppe, et à celle de la navigation françoise ; Avec un Recueil abrégé des Privilèges de cette Ville, 'l’orne premier. //A Paris, chez Desauges, Libraire, rue St-Louis du Palais. A Rouen, chez Racine, Libraire, rue Ganterie. A Dieppe, chez Dubuc, Imprimeur du Roi. M.DCC.LXXXV. Avec Approbation & Privilège du Roi. (In-12. 2 vol. Par Desmarquets. Privilège à J. Dubuc, du 2 juillet 1783. B. N., L k7 2362.)

(1) Histoire generale et particulière delà Grèce, Contenant l’origine, le progrès & la décadence des Loix, des Sciences, des Arts, des Lettres, de la Philosophie, &c. Précédée d’une Description géographique, de Dissertations sur la Chronologie, les Mesures, la Mythologie, &c.& terminée par le parallèle des Grecs anciens avec les Grecs modernes. Par M. Cousin-Despréaux, de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres & Arts de Rouen, de celle de Villefranche & des Arcades de Rome. Tome premier. // A Rouen, chez Le Boucher le jeune. Libraire. A Paris, chez Durand Neveu, Libraire, rue Galande. M.DCC.LXXX. Avec Approbation & Privilège du Roy. (In-t6. 16 vol. B. N., J. io55c).) —

(2) Cochet, Hist. de l'impv. à Dieppe , p. 16. — (3) Voy. notamment : A. /

Lettres écrites au roi, par les maire et échevins de la ville de Dieppe, Les 4 Novembre & ier décembre 1788. [Arm. de Dieppe.] A Dieppe : De l’Imprimerie de Jean-Baptiste-Joseph Dubuc, Imprimeur du Roi. M. DCC.LXXXVIII. (In-8, 32 p. ch. et 2 ff. n. ch. B. N., Lb39 8o5 a). — B. / Adresse de remercîment,

présenté au roi, par les officiers municipaux, en exercice, les anciens et les

notables de la ville de Dieppe, en assemblée générale. Janvier 1789. [Arm. de

SEINE-INFÉRIEURE

mais cela dura peu de temps et bientôt il n'eut plus qu'à se croiser désespérément les bras devant ses presses silencieuses. Réduit désormais à végéter à Dieppe, Dubuc se décida à fermer son imprimerie et se rendit à Paris, où, comme le dit l’abbé Cochet i, « la liberté de la presse promettait une ère nouvelle à la typographie ». Je pourrais m’arrêter ici, mais pour terminer la notice de cet imprimeur, j’emprunte à l’abbé Cochet, en l’abrégeant par endroits, le récit de ses dernières années. « Gorsas, dit-il 2, avait fondé en 1789 le Courrier de Paris , pour faire suite au Courrier de Versailles. En 1791,11 l’intitula: Le Courrier des LXXXIII départements, consacrant ainsi la nouvelle division territoriale de la France. Enfin, en 1792, lorsque la République eut été proclamée, Gorsas appela sa feuille le Courrier des Départements . Le fougueux conventionnel en était à la fois le rédacteur et l’imprimeur. Cette double besogne l’écrasait. Pour la corvée matérielle, il s’associa J.-B.- Joseph Dubuc; aussi lisons-nous à la fin des numéros de décembre 1793, cette rubrique: Des imprimeries réunies de J. -B. -J. Dubuc et i A,J. Gorsas , rue Tiquetonne , n° 7 3. Dubuc imprimait aussi les ; ouvrages révolutionnaires à l’ordre du jour, entre autres le Catéchisme républicain, qu’il ne faut pas confondre avec celui de Carnot. Sur les registres municipaux (de Dieppe), on trouve à la date du i 19 germinal an II (8 avril 1774), que le citoyen Dubuc, impri- : meur, fait don à la commune de 100 exemplaires du Catéchisme

■ républicain. C’était tout à la fois une réclame de librairie et un don patriotique. Après cette offrande à la patrie, nous n’entendons plus

■ parler de son existence parisienne devenue précaire et chancelante.

! Avant de partir pour Paris, Dubuc avait vendu son imprimerie à un ; jeune compositeur, qui depuis longtemps travaillait sous ses ordres

et qui l’avait aidé dans des jours difficiles... Après la mort de Gorsas, le 8 octobre 1793, Dubuc revint à Dieppe et, en dépit de son traité avec Godeby, il y ouvrit une nouvelle imprimerie, qui i végéta plusieurs années et qui, après la mort de Dubuc, survenue le Ier juin 1810, fut réunie à celle de Corsange, gendre et succe- . seur de Godeby. »

i Dieppe.] A Dieppe, De l’Imprimerie de J-B-J. Dubuc, Imprimeur du Roi, vis-à-vis la Place. M.DCC.LXXXIX. (In-S 16 p. B. N., Lb39 g65).

(1) Op. cit., p. 24. — (2) Ibid., p. 25 et suiv. — (3) Cette imprimerie a échappé 1 aux recherches de M. Paul Delaiain, qui a omis de l’enregistrer dans son ou- ' vrage intitulé: L'Imprimerie et la Librairie à Paris de ij8g à i8i3. (Paris,

' 1899. Gr. in-8).

Duhamel (Guillaume), imprimeur à Rouen (1526-1527).

Cet imprimeur n'est connu que par une mention relevée par M. Deville, dans les comptes manuscrits du trésorier du cardinal d’Amboise II, sous les dates de 1526-1527, et communiquée à M. Frère1 dans les termes suivants : « A Guillaume Duhamel, imprimeur, pour avoir imprimé deux mil feuillets de papier où estoient contenuz les suffrages et oraisons envoyez par le Roy nostre Seigneur, pour estre distribuez ès esglises parrochialies du diocèse de Rouen, a esté payé aud. Duhamel, VI livres ».

Dujardin (Jean), imprimeur à Rouen (1524) et à Saint-Denys-de-

Lyons (1524-1526).

Cet imprimeur, — sans doute en chambre et travaillant pour des libraires, — n’est aussi connu que documentairement. Voici les lignes que lui consacre M. Gosselin 2 : « Maistre Jehan Dujardin, imprimeur, demeurait en la paroisse Saint Vivien, en l’année 1524, mais, en cette dernière année, il quitta Rouen et transféra son domicile à Saint-Denys de Lyons, où nous le trouvons jusqu’au 24 juin 1526, se disant toujours imprimeur. Il vendit successivement tout le bien qu’il possédait. Tabellionage , 24 février, 24 juin 1524; 14 juin 1526. »

Du Marteau (Pierre), pseudo-imprimeur de Rouen (1674).

Un livre de la Bibliothèque Leber3, intitulé : « Mémoires du temps [du marquis de Fresne] », portait cette souscription : « A Rouen, chez Pierre du Marteau, rue S. Jean, à l’enseigne des Cigognes. 1674. ):> (5 Parties en un volume petit in-12.) Il s’agit d’une édition faite en Hollande ; quant à l'imprimeur, il est bien entendu apocryphe : c’est un passe-partout qui a servi à des centaines de pamphlets et de libelles sous le règne de Louis XIV4.

Dumesnil (Les), famille d’imprimeurs libraires de Rouen (1611-

L’industrie du livre a compté à Rouen peu de familles aussi

(1) N. F., liasse ni. — (2) Glanes, p. 8g. — (3) P. 436, n° 2243 du tome I

de son Catalogue (Paris, 1 83g. In 8). — (4) C Brunet, Imprimeurs imaginaires

et libraires supposés (Paris, 1866. In-8), pp. 112 et suiv.

Généalogie de la Famille Dumesnil, de Rouen

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nombreuses que celle-ci ; elle détient à ce point de vue le record avec les Lallemant, les Machuel et les Viret, et elle ne le cède à ces derniers que sous le rapport de la durée. Un tableau d’ensemble s’impose en l’espèce, pour aider le lecteur à se retrouver dans une semblable lignée ; malheureusement je suis dans la nécessité de ne le lui présenter qu’incomplet, parce que je n’ai pas pu saisir le point d’origine et de contact de hune des branches de la famille, les Jean-Baptiste Dumesnil, des libraires d’ailleurs et non des imprimeurs, qui sont cités dans les Notes de M. Frère. En revanche, ce bibliographe en a ignoré plusieurs autres, notamment presque tous les derniers. Quant aux dates qu’il a fournies, il n’y a rien à en retenir, car la plupart, pour ne pas dire toutes, sont erronées.

I. Louis I (1611-1672), le chef de la famille, est indiqué par Frère1 comme ayant exercé de 1623 à 1681 ; ces dates sont inexactes, car Louis I Dumesnil fut admis à la maîtrise en 1611 2 et, autre preuve de l’activité de son établissement à cette époque, il avait, pendant cette même année, un apprenti, nommé Louis Cauchois, qui renonça à son état3. Quant au moment où sa carrière se termina, il est certainement antérieur à 1680, attendu qu’au mois de mai de cette année, sa femme, veuve alors, s’éteignait à l’âge de 80 ans4. Il est évident que l’auteur du Manuel du bibliographe normand a confondu Louis Iet Louis II Dumesnil, aussi bien que leurs veuves. Le premier des Louis Dumesnil a dû mourir en 1672 ou 1673 ; ilavait d’ailleurs à ce moment même accompli une belle carrière, ayant été appelé six fois peut-être aux fonctions de garde : en 1624, 1635, 1647, 1652, 1661 et 1671 3 ; je dis peut-être seulement, parce qu’il est très possible que sans avoir été qualifié le jeune, son fils Louis les ait remplies en 1661 et 1671. Louis I Dumesnil possédait un établissement important dans la rue Saint -Jean, à l’enseigne de la Croix d’Or; il ne se contenta pas d’imprimer chez lui, il confia aussi de la besogne à certains de ses confrères, par exemple Robert Féron6 et Pierre Le Brun7; son personnel semble avoir été

( 1 ) N. F., liasse 1 1 1. — (2) A. D. S., E. 483, f° 12 v°. — (3) A. D. S., E. 485, p. 62. — (4) A. R., Paroisse S. Jean, reg. 1 : « Du 3e May 1680, Elizabeth Chrestien, aagée de 80 ans, veufve de Louis Dumesnil, libraire, fust inhumée en cette église le 4e du mesme mois. » — (5) Voy. suprà, pp. 17 et 18, — (6) Premières homélies Mariales de Messire Iean PierreCamvs, Evesque et seignevr de Belley. [Une rose contenant le monogramme du Christ, une croix au dessus, trois clous en dessous ; le cœur de la rose formé d'une couronne d’épines.] A Roven, chez Lovys dv Mesnil, deuant le Portail S. Iean, à la f d’or. Auec Approbation des Docteurs. M.DC. XXVIII. [A la fin:] De l’Imprimerie de Robert Feron. (In-12. 256 p. ch. B. N., D. 1 5 523 . ) — (7) Crayon de l’éternité. Par Iean Pierre Camvs G. Lepreux. — Gallia Typographica. D. III. 10

parfois insuffisant, puisqu’il employait sa servante à des travaux de brochure sans doute, ainsi que nous l’apprend une sentence du bailliage de Rouen rendue sur la poursuite des Gardes L La production totale de cet imprimeur a été des plus considérable ; je citerai plus particulièrement un ouvrage, dont il tira plusieurs moutures2, orné de nombreuses gravures anonymes, qui sont probablement son oeuvre, car on remarque en tête d’une autre de ses éditions 3, un portrait équestre de Louis XIII, signé des initiales L. D., qui sont évidemment les siennes. Il semble avoir eu pour marque le monogramme du Christ, accompagné d’une croix au-dessus, d’un cœur percé de trois clous au-dessous, et entouré d’une couronne d’épines flamboyante 4, mais il employa aussi le monogramme de la

Evesque de Belley. (Effigies de Jésus et de la Vierge, surmontées du Saint Esprit.) A Rouen, Chez Lovys dv Mesnil, deuant S. Iean, à la d’or M.DC. XXXII Avec permission. [A la fin :] A Roven, de l’Imprimerie De Pierre Le Brun. (In- 12. 35g p. ch. B. N., D. 1765 1 ).

(1) A. D. S., E. 483, f° 3g : 1617, 8 mars. Sentence du bailliage de Rouen « allencontre de Loys Du Mesnil, nT particullier, aproché pour ce qu’il emploioict journellement à travailler des personnes qui n’estoient de la jurande dud. estact, entre aultres une servante qui demeuroict en sa maison; ayant esté led. Dumesnil pour ce regard condatnpné par lad. sentence en 20 solz d’amende etdeffenses àluy faictes d’y revenir et commettre telle faulte à l’avenir sur les peines portez par les ordonnances et règlemens ». — (2) A./ Abrégé de l’histoire francoise, avec les effigies et devises des roys, depvis Pharamond ivsqves av roy Loys XIII. A présent régnant. Tirees des plus rares & excellens Cabinets de France. Reueu, corrigé & augmenté de nouueau, de ce qui s’est passé, iusques au mois de Feburier 1625. (Arm. de France et de Navarre.) A Roven. Chez Lovys Dvmesnil, petite ruë S. Iean à la Croix d’Or. M.DC. XXV. Auec permission du Roy. (In-f°43 ff. n. ch. Titre r. et n. Encadrements à tous les feuillets. Portr. des rois en t. d. non signés. B. N., L33 76 b). — B./ Inventaire general de l’histoire de France. Depuis Pharamond iusques à Louys XIV. à présent régnant. Illustré par la conférence de l’Eglise et de l’Empire. Par Iean de Serres. Avgmenté en cette derniere édition de ce qui s’est passé durant ces dernieres années iusques à présent. Et nouuellement enrichy des Figures en Taille douce de tous les Roys. (Arm. de France et de Nav.) A Roven, Chez Lovys Dv Mesnil, deuant le grand portail sainct Iean, à la Croix d’Or . M.DC.XLVII. (In f° i35q p. à 2 col. Titre r. et n. Une pl. donnant le portr. de Louis XIII à cheval, au dessus d’une vue de Dunkerque. Planches et effigies des rois comme dessus. B. N., L33 69 j.) — (3) Les Discovrs et qvestions militaires. Dediez au Tres-Chrestien Roy de France et de Nauarre, Lovys XIII. Par le sieur Dv Praissac. De nouueau reueu & corrigé exactement suyuant le Manuscrit de l’Autheur, auec les figures. [Port, de Louis XIII à cheval.] A Roven, chez Lovys Dumesnil, deuant le Portail S. Iean, à la »J« d’Or. M.DC. XXXVI. (In-12. Titre r. et n. 228 et 124 p. Figs B. N., *E 2378.) — (4) Les iovrs hevrevx, ov le secret povr vivre content dans la veuë de la volonté de Dieu. Par le R. P. Iean Marie, Religieux Penitent. [Marq. décrite.] A Roven, Chez Lovys

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Compagnie de Jésus avec la devise Laudabile nomen Domini, tel qu’on le rencontre sur les livres édités pour le compte delà célèbre société l. Enfin il s’est également servi d’une sorte d’écusson qui renferme un ange tenant en mains divers attributs et entouré d’un encadrement dont les quatre coins présentent les armes de France, de Navarre, de Normandie et de Rouen ; on remarque dans le bas de l’encadrement, un monogramme composé de l’inévitable chiffre 4 en sens inverse, dont la branche horizontale est recroisillée à gauche et dont la branche verticale, après avoir supporté quelques signes indéchiffrables, vient s’insérer sur une grande N, qui reste pour moi une énigme2. On rencontre aussi, en tête de quelquesunes de ses productions, des épîtres ou des dédicaces assez bien tournées de Louis Dumesnil3 ; elles nous révèlent un homme instruit et de pensées délicates. Je m’arrête, il en est temps, et je prie le lecteur de ne pas oublier de se reporter aux documents4.

De son mariage avec Elisabeth Chrétien, Louis I Dumesnil eut au moins trois fils : Jean (I) et Louis (II), qui suivent, et Maurice (I), qui fut simple libraire de 1651 à 1669, suivant Frère, mais fit souche de plusieurs imprimeurs dont on fera plus loin la connaissance 5.

Dv Mesnil, dans la court du Palais, à la f d’or. M.DC.LXIV. Avec Privilège du Roy, & Approbations. (In- 1 2. 2 vol. B. N., D. 1 324(5).

( 1) La Normandie Chrestienne ov l’histoire des Archevesqves de Roven qvi sont avcatalogve des saints. Contenant vne agréable diuersité des Antiquitez de Roven non encor veuës, & plusieurs autres recherches curieuses. Auec vn ample discours du Priuilege de Sainct Romain, & de plusieurs choses remarquables qui se sont passées dans la Pratiqve de ses Cérémonies. [Marq. indiquée.] A Roven, Chez Loys dv Mesnil, dans la Cour du Palais, à la Croix d’Or. M.DC.LIX. Avec Privilège & Approbations. (In-4. 724 p. ch. si 1 . Bandeaux signés p. d. m. Tailledouce représ. Saint Romain, gr. par Davi d. B. N., Lk3 557.) — (2) Les Bigarrvres et tovches dv seignevr des accords. Avec les apophtegmes dv sievr Gavlard et les escraignes dijonnoises. Dernière édition. Reueuë & de nouveau augmentée de plusieurs Epitaphes, Dialogues, & ingénieuses equiuoques. [Fleuron.] A Roven, Chez Loys dv Mesnil, deuant le grand Portail Saint Iean, à la »§* d’Or. M.DC.XL. (In-12. 396 p. ch. B. N., Z. 19567.) Viennent ensuite avec titres, où figure la marque indiquée, et pagination séparée : Le q uatrième Livre des Bigarrures (92 p.), les Contes facecievx du Sieur Gavlard (74 p.)et les Escraignes Dijonnoises (100 p.) — (3) Le Livre dv grand et divin Hyppocrate. Des playes de teste. Thresor de chirurgie. Tradvict dv grec, corrigé et commenté, Par M° François Dissavdeav, Docteur en la Faculté de Medecine de Paris, & Médecin du Roi. [Arm. de France et de Navarre.] A Roven, Chez Lovys dv Mesnil, dans la Cour du Palais, à la Croix d’Or. M.DC.LVIII. (In 12.416 p. ch. sll. et lata. B. N., Td37 7 a.) — (4) Voy. Documenta, n°s 607, 626, 632 etÔ46. Voy. aussi pour une édition qu’il donna, en 1664, du Recueil des Œuvres de Tabarin, M. B., t. V. col. 621. — (5) Voz. infra, VIL

G A LL IA TYPOGRAPHICA

II. Jean I (1645-1658). Fils aîné du précédent, il aurait, d’après- Frère, exercé l’imprimerie de 1645 à 1658 ; je dois avouerque je n’ai rencontré aucune impression de lui, et je ne le cite par conséquent,, en qualité d’imprimeur, que sous toutes réserves. Il fut Garde de sa Communauté en 1653 1 * * 4, mais là non plus sa véritable profession n’est indiquée. Quant à sa situation de famille, elle est corroborée par divers actes de l’état civil, notamment par l’acte de mariage de Louis III Dumesnil2. Décédé en 1658, Jean I laissait une veuve née Catherine Jovenet 3, et un fils, appelé Jean comme lui4.

III. Louis II (1645-1660). Frère cadet du précédent, il exerça son art dans la rue aux Juifs, à Y Image-Saint Louis , et mourut prématurément, non pas en 1654, a'ns^ qu'cm pourrait le croire, d’après les Notes de Frère, mais vers 1660 seulement. Il était époux de Geneviève Fillastre et il en eut au moins cinq fils, savoir : Louis III], qui suit; un Jean, qui fut libraire et dont la veuve, Marthe Amiot, décéda en 1718 5 ; Jacques, imprimeur, repris ci-dessous6 *; André qui fut imprimeur à Abbeville ' ; et Nicolas libraire à Rouen 8, né en 1 65 6 9, mort en 1723 10 *, et père de trois enfants, Jean^ Louis et Nicolas, tous ultérieurement libraires à Rouen.

IV. Louis III (1672-1675). Fils du précédent et de Geneviève Fillastre, né à Rouen vers 1647 H, il s’établit dans la rue Neuve Saint-Lô et prit l’enseigne de son aïeul, la Croix d’Or . Il n’y exerça que peu de temps, étant décédé en 1675 l2. Allié aux Be~

(1) Voy. supra, p. 19. — (2) Voy. p. 149, note 1 . — (3) N. F., liasse ni.— (4) Voy.

sa notice au paragraphe V. — (5) A. R., Paroisse S. Jean, reg. 4 : « Ce 28 sep-

tembre 1718, est décédée Marthe Amiot, âgée de 5o ans, veuve de M. Jean Du-

mesnil, marchand libraire à Rouen, et le lendemain a été inhumée proche les

fonts. » — (6) Voy. plus loin, paragraphe VI. — (7) Voy .Gallia typographica, sér.

dép., t. I., pp. 147-148. J’y ai dit qu’il était né à Rouen vers 1 652, cette date doit

être rectifiée en 1654, car voici son acte de baptême : « Du 3oe novembre 1654,.

André, fils de Louys Dumesnil et de Geneviefve Fillastre. Le parrain, François 4 Vaultier; la marraine, Marie. » (A. R., Paroisse S. Lô, reg. des bapt. de iôq3 à

i658j. — (8) L’enquête de 1701 (B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 376) le signale comme imprimeur, mais il y déclare qu’il n’a pas de presse. — (9) A. R., Paroisse S. Lô, reg. des bapt. de 1643 à 1 658 : « Du 9° juin 1 656, Nicolas, fils de Louis Dumes-

nil et de Geneviefve Fillastre. Le parrain, Jean Brico, escuier, Sr de Mesanglemare ; la marraine, delle Anne Theroulde, femme de M. Hébert, auditeur des comptes. » — (10) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 6: « Du2i° janvier 1723, le corps du S\ Nicolas Dumesnil, marchand libraire et imprimeur, décédé le 19e... âgé de a

70 ans ou environ, a esté aporté de la paroisseS. Nicolas et inhumé dans la cha-

pelle de Bourdeny de notre église, en présence de Jean Dumesnil, son fils, et de Noël Ferment, son gendre. » — (1 1) D’après la supputation de son âge au moment de son décès. — (12) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 1 : Le iP décembre 1675,. ,c.

SEINE-INFERIEURE

songne par sa première femme1, qu'il perdit en 16712, il épousa en secondes noces Marie Berthe,qui lui survécut et continua son entreprise pendant plusieurs années !. Il laissa deux enfants de son second mariage : Pierre, né en 1672 4, qui, à l'enquête de 1701, se disait imprimeur sans l’être, puisqu’il n’avait pas de presse 5, et Philippe, né en 1675 6, dont j'ignore les destinées ultérieures.

V.J ean II (1668-1710). Fils de Jean I, et de Catherine Jovenet, il naquit à Rouen vers 1651 7, fut reçu maître en 1667 et remplit les fonctions de garde de la Communauté en 1674, 1 686, 1691, 1697 et 1708 8, Bien que, d’après son dire, il ne se soit établi qu’en 1700 9, c’est évidemment lui qui, en 1694, fut avec la veuve Cailloué l’objet de poursuites et de détention à la Bastille, au sujet de la vente et de l’impression de livres défendus 10. Il est qualifié imprimeur dans divers documents, mais je crois que de fait il n’a jamais été que libraire et compagnon typographe, — en 1706, il semble

a esté inhumé en l’église le corps de Louis Dumesnil, libraire, mort du jour d’hier, aagé de 28 ans, en présence de Jean Dumesnil et de Nicolas Dumesnil. » (1) A. R., Paroisse S. Lô, reg. de b., m. et d. de 1667-1668 : « Le 21 de may 1668 ont esté mariez, après la publication de trois bans de mariage en ceste église, Louis du Mesnil, aagé de 22 ans, fils de deffunct Louis du Mesnil et de Geneviefve Fillastre, ses père et mère, et Geneviefve Besongne, fille de Jacques Besongne et de Jacqueline Mauger, aagée de 19 ans, en présence d’Alphonse Fillastre, ayeul dud. du Mesnil, aagé de 72 ans, de Geneviefve Fillastre, mère dud. du Mesnil, aagée de 42 ans, de Jean du Mesnil, frère dud. du Mesnil, aagé de 20 ans, et de Jacques Besongne, père de lad. Geneviefve aagé de 53 ans etdemy, de Jacqueline Mauger, mère de lad. espouse, aagée de 5q ans et de Jean Besongne, frère de lad. Geneviefve Besongne, aagé de 28 ans.» — (2) A. R., Paroisse S. Lô, reg. i : « Le 2e jour de septembre 1671, a esté inhumée en l’église devant la nef, lecorps de GeneviefveBesongne, femmede M. Louis Dumesnil, marchand libraire, laquelle estoit aagée de 22 ans. » — (3) Voy. notamment: — Oraison funebre... (pour Henry de Maugrois du Tour, évêque d’Evreux), par Monsieur de S. Michel... / A Rouen, chez la Veuve de Loüis du Mesnil, rué Neuve S. Lo, à la Croix d’Or. M.DC.LXXXI. (In 4. 3g p. ch. B. N., Ln27 13814). — (4) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 1 : « Le 22e aoust 1672, a esté baptisé Pierre-Louis, fils de Louis du Mesnil et de Marie Berthe, ses père et mère, né du 20 dud. mois et an. Le parrain, M” Pierre Berthe ; la marraine, Geneviefve Fillastre. » — (5) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 377: « Pierre Dumesnil, imprimeur, né à Rouen, 3o ans. Reçu maître en 1688, s’est établi en 1697 ». — (6) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 1 : « Le 28e may 1675, a esté baptisé Philippe, filz de Louis Dumesnil et de Marie Berthe, ses père et mère, né du jour d’hier. Le Parrain, Me Philippe Longer, prebtre, curé de Cannerville; la marraine, Madelaine Varanne ». — (7) D’après la supputation de son âge déclaré à l’enquête de 1701. — (8) Voy. suprà, pp. 20 et 2 1 . — (9) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 3y5 : « Jean Dumesnil, imprimeur, né à Rouen, 5o ans. Reçu maître en 1667, s’est établi en 1700. » — (10) Cf. Documenta, nos 699, 700, 701, 702 et 703.

que ce soit lui qui travaillait chez Jean-Baptiste I Besongne 1 ; — on voit d’ailleurs au procès-verbal de l’enquête de 1701, que ce prétendu imprimeur n’avait pas de presse.

VI. Jacques I (1679-1721). Né à Rouen le 5 mars 1650 2, et devenu orphelin de bonne heure, il fit cinq ans d’apprentissage chez la veuve de Jacques Hollant et alla ensuite se perfectionner dans diverses villes de France 3. Revenu dans sa ville natale, où il avait été reçu maître à l’âge de onze ans 4, il y ouvrit, le 4 mars 1679 3, une boutique dans la Cour du Palais et un atelier typographique dans la rue Neuve Saint-Lô, a F Image Saint Jacques 5. A la tête de deux presses, n’en possédant même plus qu’une en 1 7 1 4 6 * et n’employant que rarement un compagnon, il a peu imprimé, quoique son exercice n’ait pas duré moins de 42 ans. Son établissement avait été en effet conservé en activité par l’arrêt du 18 mars 1709' et il y travailla jusqu’au moment de son décès arrivé le n juillet 1721 8. Jacques Dumesnil avait épousé en premières noces Catherine Lefebvre, puis, devenu veuf, il avait convolé, peu de temps avant sa mort, avec Anne- Catherine Le Bret 9 ; il avait eu plusieurs enfants de son premier mariage, notamment un fils, prénommé Pierre, qui lui succéda l0.

VIL Maurice (1682-1733). Fils d’un autre Maurice, dont j’ai

(1) Voy. supra, p. y5, note 4. — (2) A. R., Paroisse S. Lô, reg. des bapt. de

1643 à 1 658 : « Du 5a mars i65o, Jacques, fils de Louys du Mesnil et de Geneviefve Fillastre. Le parrain, Jacques Besongne ; la marraine, Marguerite Le

Riche, femme de Mathieu Sahur. » — (3) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 3 73 . —

(4) A. D. S., C. 145 (Enquête de 1706) : Jacques Dumesnil, 56 ans, reçu maître

Je 7 décembre 1661, établi le 4 mars 1679 ; a une boutique ouverte dans la cour

du Palais et une imprimerie avec 2 presses et pas de compagnon. A imprimé en 1706 Méditations de Basée. » — (5) Voy. par exemple : — Le Catéchisme de

Sainte Therese. Contenant toute la Doctrine necessaire pour la vie spirituelle. Revû & Augmenté de belles instructions pour la pratique des Vertus. Par le R. P. Pierre Thomas de Sainte Marie, Carme Déchaussé. Derniere édition. / A Rouen, Chez Jacques Dumesnil, rué Neuve S. Lo, Image S. Jacques. M. DC. LXXXIII. Avec Aprobations & Privilège du Roy. (In-12. q56 p. ch. sll. et la ta. B. N., D. 18049). — (6) Cf. Documenta, n° 752. — (7) Voy. Documenta, n° 733. — (8) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 6: « Du 12 juillet 1721. Le corps du sieur Jacques Dumesnil, marchand libraire et imprimeur, décédé le jour précé-

dent,... âgé de 70 ans ou environ, a esté inhumé en notre église,... en présence de Pierre Dumesnil, son fils, et Guillaume Monnoie, son gendre. » — (9) A. R.,

ParoisseS. Lô, reg. 5: « Du 14 septembre 1720, Jacques Dumesnil, imprimeurlibraire, veuf de Catarine Le Febvre, d’une part, et Anne-Caterine Le Bret fille de Pierre Le Bret et de Marie-Caterine Gancel, d’autre part, se sont mariés en

présence...» — (10) Voy. le paragraphe VIII.

SEINE-INFÉRIEURE

déjà parlé1, et né à Rouen vers 16592, il fut reçu maître imprimeur le 31 mars 16823, mais je ne pense pas qu’il ait jamais été autre chose que libraire ; l’enquête de 1701 ne relève aucune presse chez lui et celle de 1706 le passe complètement sous silence, de même que l’arrêt du 18 mars 1709. De son mariage avec Marie Lefort, il eut deux fils : Laurent4 et Jacques, et une fille : Geneviève, qui épousa le libraire Nicolas Le Boucher.

VIII. Pierre (1721-1753 . // 1774.) unique de Jacques 0) Dumesnil et de Catherine Lefebvre5, il fut baptisé à Rouen le Ier mai 1687 6 et, dès l’âge le plus tendre, il apprit la profession d’imprimeur sous les yeux de son père, qu’il seconda ensuite jusqu’à son décès. A cette époque, il sollicita du Conseil l’autorisation de le remplacer et il y fut admis par un arrêt du 20 décembre 1721 7. Pierre Dumesnil transporta ses ateliers dans la rue de la Poterne8, où il a exercé jusqu’en 1753, sans avoir jamais produit rien de bien intéressant. A cette dernière date, il prit le parti de se retirer, et démissionna en faveur de son fils aîné, Jacques (II) Dumesnil, lequel fut autorisé à remplacer son père par un arrêt du Conseil du 3 septembre 1753 9, sous la condition que dans le cas où il décéderait avant ce dernier, Pierre Dumesnil pourrait reprendre sans autre formalité possession de sa place. Le cas prévu se produisit vers le milieu de l’anné 1774, Pierre survivait à son fils et se trouvait par le fait même replacé à la tête de son imprimerie, mais ce ne fut pas pour longtemps : bientôt il abdiqua de nouveau en faveur de son second fils, Pierre- Jean-Victor, qu’un arrêt du 12 décembre 1774 habilita à exercer son art aux lieu et place de son père. Pierre Dumesnil vécut encore quelques mois et enfin, le 6 avril 1775 10, il passait de vie à trépas; il était alors veuf de

(1) Voy. supra, à la fin du paragraphe I.' — (2) D'après la supputation de

l’âge (42 ans) déclaré par lui à l’enquête de 1701. — (3) A. N., V6 852, Arrêt du

Conseil du 27 juillet 1720. — (4) Voy. infrà, paragraphe IX. — (5) A. N.,V6 856, Arrêt du Conseil du 3 septembre 172 1, requête préliminaire. — (6) Cf. Documenta,

n° 790, pièces produites, lettre B. — (7) Voy. Documenta, n° 792. — (8) Voy.

notamment : — Poeme sur l’heureux avenement de Monseigneur l'Illustrissime

et Reverendissime Louis de la Vergne de Tressan, Archevêque de Rouen,

Primat de Normandie. [Vase de fleurs.] A Rouen, Chez Pierre Dumesnil, rue de la Poterne. Avec Permission. ( I n - 4 . 8 p. ch., signées: « Michel de la Cour,

avocat au Parlement de Paris. 1724. » B. N., Ye. 1 539 ). — (9) Documenta, n° 898. — (10) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 1 1 : « Du 7 avril 1775, Le corps de

M. Pierre Dumesnil, ancien imprimeur-libraire, âgé de 85 ans, décédé du jour

précédent, muni..., a été inhumé dans la chapelle de Bourdeny de notre église, par M. Dumesnil, curé de Saint-Laurent, en présence... ».

Geneviève-Aimée Herman ou Herment, dont il avait eu trois fils au moins: i° Jacques, repris ci-dessous au paragraphe XI; 2° Pierre-Jean-Victor, qui figure aussi infra, au paragraphe XII, et 30 Claude-Otiuphre 4, décédé sans doute en bas âge.

IX. Laurent (1735-1752) naquit à Rouen le 17 janvier 1691, du mariage de Maurice (II) Dumesnil avec Marie Lefort 2. La réduction du nombre des imprimeurs dans sa ville natale, le mit dans la nécessité de se contenter tout d’abord d’exercer la librairie ; il y fut autorisé par un arrêt du Conseil du 7 décembre 1720 3, mais, en 1729, une place d’imprimeur étant devenue vacante par le décès de Pierre Allinne, qui ne laissait ni veuve ni enfant, Laurent la sollicita4' et fut autorisé à justifier sa prétention en faisant valoir ses titres et capacités. De nombreux concurrents 5 se présentèrent en même tempsque lui et finalement le Conseil fit choix de Romain Yeury pour remplir cette place si disputée 6. Il fut plus heureux, lorsque en 1734, Jean-Baptiste Machuel abandonna la typographie pour une fonction communale: renvoyé par un arrêt du 6 décembre de la même année7 devant le Lieutenant général de police de Rouen, pour les formalités d’usage, il fut jugé digne d’être reçu et un arrêt du 31 janvier 1735 l’habilita à remplacer Machuel 8. Laurent ouvrit aussitôt son officine dans la rue aux Juifs, où il adopta l’enseigne quelque peu prétentieuse de la Justice triomphante 9 et y imprima

(i)A. R., ParoisseS. Lô, reg. 6: « Du 6 juillet 1721, Glaude-Onuphre, né le 4e, de légitime mariage de Pierre Dumesnil, imprimeur-libraire, et de Geneviève Herman, a été baptisé... Le parrain, Claude Herman; la marraine, Geneviève Dumesnil, femme de Guillaume Monnoye. » — (2) A. R-., Paroisse S. Jean, reg. 2 : «Le 17e janvier 1691, fut né un garçon du mariage de Maurice Dumesnil, maître imprimeur-libraire à Rouen, et de Marie Lefort et le même jour fut baptisé et nommé Laurent, par Laurent Besongne, aussi marchand imprimeur, et Marguerite Maury, femme du sieur Courant. » — (3) A. N., V6 853. — (4) Cf. Documenta, no 832. — (5) Voy. Documenta, n0' 833, 83g, 837 et 838. — (6) Cf. Documenta, n» 839.— (7) Voy. Documenta, no 849.— (8) Documenta, n° 83o.— (9) Voy. notamment: — Pièces concernant l’operation de la taille. Premier recueil qui traite principalement de cette Opération pratiquée sur les Femmes. Des avantages de la Dilatation ménagée, du danger éminent des grandes Incisions au corps de la vessie; de l’abus des Cannules & autres points importans discutés par des Pièces polémiques contradictoires. Par Claude-Nicolas Le Cat. [Fleuron.] A Rouen, De l'Imprimerie de Laurent Dumesnil, rue aux Juifs. M. DCC. XLIX. (In-3. xn-176 p. ch. slata. 5 pl. hors texte.) — Pièces... taille Second recueil Qui contient la description de plusieurs lithotomes composés ; celle d’une Tenette à briser la Pierre, celle des diverses situations du Pierreux dans l’Opération de la Taille, leurs avantages et leurs inconvéniens discutés par des critiques réciproques, où se trouve... (sic) La Réponse Aux derniers Ecrits de l’anonime Auteur du Recueil in 12. des Pièces importantes.

SEINE-INFÉRIEURE

avec une certaine activité jusqu’au jour de son décès arrivé le 28 janvier 1752 L

Sa veuve, née Anne Papavoine (1752) continua l’entreprise % en attendant que son fils aîné eut été autorisé par le Conseil à s’établir; dès le mois de septembre de la même année 1752, elle lui cédait définitivement la place. De son mariage avec elle, Laurent avait eu au moins trois enfants: une fille, Marie-Madeleine-Elisabeth, qui épousa Jean Malassis, imprimeur à Evreux 3, et deux fils : i° Jacques-Maurice-Laurent, qui suit, et 2° Jacques- Joseph, qui embrassa l’état ecclésiatique 4.

X. Jacques-Maurice-Laurent, dit Laurent (1752-1784). Fils des précédents, il avait vu le jour à Rouen le 28 mai 1723 5, et, après avoir achevé ses études et fait son apprentissage dans l’atelier paternel, il était allé se perfectionner à Paris, où, « pendant cinq ou six ans, il avait travaillé dans les meilleures imprimeries6». De retour à Rouen, il aida son père, puis, lors de la mort de ce dernier, désireuse de se retirer au plus tôt, sa mère lui remit, le 18 février 1752, une abdication de ses privilèges de veuve 7. Laurent fut

sur l’Operation de la Taille, faite avec le Lithotome caché. Par Claude-Nicolas Le Cat [Fleuron.] A Rouen, De l’Imprimerie de Laurent Dumesnil, rue aux Juifs. M. DCC. LU. (In-8. xxvii-450 p. 8 pl. h. t.) — Pièces... taille. Troisième recueil. Contenant cinq Lettres en réponse au Tome second du Recueil de Frère Corne, avec une sixième Lettre sous le titre de... (sic) Remarques sur quelques endroits des Journaux concernant l’Opération de la Taille. Par Claude-Nicolas Le Cat. [Fleuron.] A Rouen, De l’Imprimerie de Laurent Dumesnil, rue aux Juifs, M. DCC. LIII. (In-8. 80 et 24 p. ch. slata. Sur un deuxième titre particulier: « De l’Imprimerie de Laurent Dumesnil, rue aux Juifs, à la Justice triomphante. » B. N., Te 97 68.)

(1) A. R., Paroisse S. Lô, reg. g : « Du 29 janvier 1752, Le corps de M. Laurent Dumesnil, marchand libraire, imprimeur en cette ville, âgé de 61 ans ou environ , décédé du jour précédent, muni... a été inhumé dans notre cimetière, en présence de Jacques-Maurice-Laurent Dumesnil et Jacques-Joseph Dumesnil, clerc habitué en notre église, ses fils. » — (2) Voy : — Recueil de pièces concernant l’operation de la taille, Qui contient la description de plusieurs Lithotomes composés. Celle d’une Tenette à briser la Pierre. Celle des diverses situations du Pierreux dans l’Opération de la Taille. Leurs avantages & leurs inconvéniens, discutés par les Critiques réciproques, où se trouve La Réponse Aux derniers Ecrits de l’Anonyme, Auteur du Recuëil in-12 des Pièces importantes sur l'Operation de la Taille, faite par le Lithotome caché. Par Claude-Nicolas Le Cat. [Fleuron], A Rouen, De l’Imprimerie de la veuve Dumesnil, rué aux Juifs, à la Justice Triomphante. M. DCC. LU. Avec Approbation et Permission. (In-8. xxvm-qèo p., 7 pl. h. t. B. N., Te97 69.) — (3) Voy. sa notice au département de l’Eure. — (4) Voy. l’acte de décès de son père, note 1 ci-dessus. — (5) Voy. Documenta, n° 887, pièces produites, lettre A. — (6) A, N., V6 971, arrêt du 20 mars 1752, réquête préliminaire. — (7) Documenta, n" 887, pièces produites, lettre B.

admis à la remplacer par arrêt du Conseil du 4 septembre suivant1 et transféra son établissement dans la rue de l’Ecureuil2, où il a imprimé jusqu’à l’époque de son décès, en 1784. Sa veuve lui succéda alors, transporta les ateliers dans la rue Neuve Saint Lô 3 et ne cessa de travailler que dans les dernières années du xvme siècle. L’enquête de 1764, généralement désignée sous l’appellation de Rapport fait à M. de Sartine, nous apprend que l’atelier de J.-M.- L. Dumesnil comprenait à cette époque quatre presses, desservies par huit compagnons 4.

XI. Jacques II (1753-1774) naquit à Rouen vers 1720 5; il était fils de Pierre, et de Geneviève-Aimée Herman. J’ai dit déjà dans quelles conditions il exerça à partir de 1753 6; j’ajoute seulement ici qu’il était, en 1764, à la tête de trois presses et de six compagnons ", et qu’il décéda, le 30 juin 1774 8, dans la maison de son père, où il n’avait jamais cessé de travailler.

XII. Pierre-Jean-Victor (1774-1775). Né à Rouen le 21 juillet 1733 9, il était frère du précédent et lui succéda, ou plutôt remplaça leur père commun, en vertu d’un arrêt du Conseil du 12 décembre 1774 10 * *. Depuis 25 ans déjà, il travaillait dans l’atelier de la rue de la Poterne, soit comme apprenti, soit comme compagnon de son père, puis de son frère, qu’il vit disparaître tous deux à

(1) Documenta, n° 890. — (2) Voy. notamment : — La Vie de Monsieur de la Salle, Prêtre, docteur en Théologie, ancien Chanoine de l’Eglise Métropolitaine de Rheims, & Instituteur des Frères des Ecoles Chrétiennes. Par le P. J. Cl. Garreau, Prêtre de la Compagnie de Jésus. / A Rouen, chez Laurent Dumesnil, Imprimeur-Libraire, rue de l’Ecureuil, M.DCC.LX. Avec permission & Approbation (In-12. Lx et 606 p. B. N., Ln 27 11599). — (3) Voy. entre autres: A. / Adresse A Nosseigneurs de l’Assemblée Nationale, Par les Habitants en général de la ville de Pont-de-l’Arche, province de Normandie. [A la fin :] A Rouen, de

l’Imp. de veuve L. Dumesnil, rue Neuve Saint Lo, vis-à-vis le Prieuré, 1790.

(In-4. 7 p. ch. B. N., Lk7 7995). — B. / Réclamation De M. L'Honoré, Docteur agrégé au College des Médecins de Rouen, appellant d'une interprétation erronée de la Loi des Patentes. A Messieurs composant l’Assemblée Nationale.

[A la finj : A Rouen, de l’Imprimerie de Vve L. Dumesnil, rue Neuve S. Lo, ne 6.

1791. (In-4. 10 p. ch. B. N., T17 3). — (4) B. N., Ms. fr. 22185, fo 104. — (5) D’après

la supputation de son âge lors de son décès. — (6) Voy. suprà, paragraphe VIII. — (7) B. N., Ms. fr. 22185, fo 104. — (8) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 11 : « Le

2 juillet 1774, le corps de M. Jacques Dumesnil, âgé de 54 ans, décédé du 3o du

mois dernier, chez M. Pierre Dumesnil, son père, ancien imprimeur-libraire, muni..., a été inhumé dans la chapelle de Bourdeny de notre église... » —

(9) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 7 : « Du 23 juillet 1733, Pierre-Jean-Victor, né le

21e du légitime mariage de Pierre Dumesnil, imprimeur-libraire, et de Gene-

viève-Aimée Herment, a été baptisé en notre église... Le parrain, Jean-Baptiste

Herment; la marraine, Geneviève Monnoie. » — (10) A. N., V6 io63.

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bref intervalle ; il ne leur survécut pas longtemps, car il passa luimême de vie à trépas le 13 octobre 1775 L Il était bien jeune encore. La date de son inhumation coïncida précisément avec le jour anniversaire du mariage qu’il avait contracté, l’année précédente, avec Marie-Anne-Elisabeth Leclerc2. Le n juillet 1776, celle-ci mettait au monde un enfant posthume, auquel on donna le prénom de Pierre 3 et qui, plus tard, tint aussi habilement d’une main la presse et de l’autre la lyre d’Apollon 4.

Marie-Anne-Elisabeth Leclerc (1775-1805), restée veuve à 23 ans et bientôt chargée d’un enfant, continua l’entreprise de son défunt mari 5 et put la remettre, dans les premières années du xixe siècle, au fils pour lequel elle l’avait courageusement conservée.

Dumouchel (Les), imprimeurs à Rouen (1580-1617).

Deux Dumouchel figurent dans les Notes de Frère 6 : l’un, Guillaume, aurait été imprimeur et libraire de 1580 a 1617 ; l’autre, Jean, aurait exercé les mêmes professions en 1588 ; mais le bibliographe rouennais ne cite aucune impression de ces prétendus typographes. Voyons s’ils ont droit à cette qualification et si la durée de leur carrière peut être délimitée comme il vient d’être dit.

I. Guillaume (1580-1617). On rencontre son nom pour la première fois en 1578, dans les pièces de la procédure qui mit aux

( 1 ) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 1 1 : « Du 24 octobre 1775, Le corps de M. Pierre- Jean-Victor Dumesnil, imprimeur et libraire, trésorier en charge de notre paroisse, âgé de 35 ans, décédé du jour précédent, a été inhumé dans la nef de notre église, par M, Dumesnil, curé de la paroisse S. Laurent. » — (2) A. R., Paroisse S. Lô, reg. n : « Du 24 octobre 1774, Le Sr Pierre-Jean-Victor Dumesnil, marchand à Rouen, âgé de 34 ans, fils majeur de M. Pierre Dumesnil, imprimeur-libraire, et de feue Dme Geneviève-Aimée Herment, ses père et mère, d’une part, et Marie-Anne-Elisabeth Leclerc, âgée de 22 ans ou environ, fille mineure du feu sieur François Leclerc, marchand à Rouen, et de dme Anne Blanbuisson, ses père et mère,... ont été solennellement mariés... » — (3) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 11 : « Du 11 juillet 1776, Fierre, enfant posthume, né dudit jour du légitime mariage du feu sieur Pierre-Jean-Victor Dumesnil, en son vivant imprimeur-libraire, et de Marie-Anne- Elisabeth Leclerc, son épouse, a été baptisé en notre église... » — - (4) Imprimeur-libraire, mort à Rouen en 1834, il est l’auteur de deux poèmes épiques : Oreste , et Jeanne d’Arc. Cf. à ce sujet, Frère, Manuel du bibl. norm., t. I, et les Biographies normandes publiées par Lebreton et par Mme Oursel. — (5) Voy. en particulier: — Traité de l’Amitié, Par Mr de Sacy. [Fleuron.] A Rouen, Chez la veuve Pierre Dumesnil, rue de la Poterne. M.DCC.LXXIX. Avec Approbation & Permission. (In-12. xii-332 p. ch. Sla. ta. B. N., R. 19594). — (6) Liasse m.

l56 GAI. LIA TYPOGRAPHICA

prises la plus grande partie, sinon la totalité des artisans du livre rouennais : il s’y trouve parmi les compagnons L La seconde mention qui soit faite de lui, nous le montre garde de la Communauté en 1597 2 ; il était par conséquent devenu maître dans l’intervalle de temps qui sépare ces deux dates, mais je ne sais vraiment pas sur quel document a pu s’appuyer Édouard Frère, pour fixer celle de 1580, comme étant la première année des travaux de ce maître.

On ne peut donc l’accepter que sous réserves. Quant au terme de la carrière de Guillaume Dumouchel, il est possible que la date de 1617SOU exacte, car, à partir de 1616, il n’est plus question de lui nulle part. Dans le cours de cette dernière année, il avait été l’objet d’une poursuite et d’une condamnation, pour avoir été trouvé détenteur d’impressions défectueuses 3 ; onneditpas si elles sortaient de ses presses, ou s’il s’était borné à les mettre en vente.

IL Jean (1588) n’est pas du tout dans les mêmes conditions que le précédent et les quelques renseignements que j’ai recueillis sur son compte, me permettent de le rayer de la liste des maîtres imprimeurs . Ancien apprenti de Nicolas Sevestre, il était compagnon en 1578 L il l’était encore en 1588, lorsqu’il sentit poindre en lui l’ambition de devenir maître ; il seprésentt imi; aut Gardes et requit d’eux sa réception ; mais sans doute était-il peu désirable ou avait-il la réputation d’être inhabile dans son art, on exigea de lui un chefd’œuvre, chose inusitée jusque-là 5. Jean Dumouchel refusa de satisfaire à cette prétention nouvelle, il plaida, perdit son procès, persista dans son intransigeance, et finalement il acheva son existence comme simple compagnon.

Ifl II

wuuu ia uuu uviv uum uuv. uuuul

description a été donnée par M. Lacombe 6. On voit au dernier feuillet de cet ouvrage la marque de notre imprimeur 7, qui repré-

(1) Cf. E. Gosselin, Glanes , p. 116. — (2) Voy. suprà, p. 16. — (3) A.D.S., E.

485, p. 37 : « 14 avril 1616, Sentence du bailliage de Rouen allencontre de Guillaume du Mouchel, Me particullier dud. estact, pour avoir esté trouvé saisy de plusieurs Heures , qui estoient vitieuses en l’impression, lequel pour ce subject feust condampné en dix livres d’amende et que lesd. Heures seroient lachéreez et rompues, aux despens de Eaprochement. » — (4) Cf. E. Gosselin, Glanes, p. 116. — (5) Cf. Documenta, n° 636. — (6) Cat. de Livres d' Heures, p.

32i, no 53o. — (7) Elle est reproduite dans le recueil de Silvestre, au n’ 258.

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sente un moulin, en dessous duquel est un écu contenant les initiales I. M. entrelacées, le tout accosté de deux licornes, dont les appendices frontaux vont rejoindre au ciel deux étoiles ; le nom du typographe est ainsi écrit dans la partie inférieure: « : I (: Moulin)». Il est impossible de savoir, quant à présent, jusqu’à quelle époque Jean Du Moulin resta en activité, mais il y eut à Rouen, dans les premières années du xvne siècle, un autre imprimeur portant le même nom et qui peut-être était son descendant.

II. Jacques (1601) n'a pas encore été signalé jusqu’à ce jour : il imprimait à Rouen en 1601, sous l’enseigne du Phénix , et les deux seuls ouvrages revêtus de sa souscription, que j’aie rencontrés, étant en latin, son nom s’y trouve transcrit sous la forme : Molæus. Voici d’ailleurs la description de ces deux livres:

A. / Declaratio motvvm ac tvrbationvm qvæ ex controversiis inter Iesuitas ijsq ; in omnibus fauentem D. Georg. Blackwellum Archipresbyterum, & Sacerdotes Seminariorum in Anglia, ab obitu ill : mi Card : lls Alani piæ memoriæ, ad annum vsque 1601. Ad S. D. N. Clernentem octauum exhibita ab ipsis sacerdotibus qui schimatis, aliorumq. criminum sunt insimulati. Videhunt recli, & lætabuntur : & omnis iniquitas oppilahit os saum. Psal. 106. [Vignette.] Rothomagi, Apud Iacobum Molæum, sub signo Phenicis. 1601. (Pet. in 4. 142 p. ch. et 1 f. pour les errata. B. N., D. 6033).

B. / Relatio compendiosa tvrbarvm quas Iesuitæ Angli, vna cum D. Georgio Blackwello Archipresbytero, Sacerdotibus Seminariorum populoq. Catholico côciuëre ob schismatis & aliorum criminum inuidiam illis iniuriosè impactam sacrosanctæ inquisitionis officio exhibita, vt rerum veritate cognitâ ab integerrimis eiusdem iudicibus lites & causæ discutiantur & terminentur. Iudica medeus & discerna (sic) causant meam. Psal. 42 [Vign.] Rothomagi, per Iacobum Molæum sub signo Phaenicis. (Pet. in 4. 99 p. ch. B. N., D. 6033.)

L'impression de ces deux livres est de toute beauté et dénote un v véritable artiste.

| Du Petit Val (Les) [En lat. : Parvi-Vallius], imprimeurs-libraires à Rouen (1587-1658).

Les Du Petit Val jouissent d'une grande réputation ; ils ne la

doivent pas à une longue succession de typographes de leur nom, puisqu’ils ne furent jamais que deux, le père et le fils, ils l’ont seulement méritée par le nombre, la valeur et la beauté de leurs éditions et aussi par le titre d’imprimeur du roi que l’un et l’autre ont brillamment porté.

I. Raphaël (1587-1614). Ainsi que le dit exactement Edouard Frère1, on trouve Raphaël du Petit Val établi, dès 1587, dans la rue auxjuifs, à l’enseigne de Y Ange Raphaël , devant la grande porte du Palais ; malheureusement il m’a été impossible de découvrir où et quand il avait vu le jour, ni sous quel maître il avait appris son art. Il est bien probable pourtant, vu ses relations amicales avec tous les poètes du crû, qu’il était originaire de Rouen même. Les premières années de son exercice furent quelconques, bien qu’en 1593 il ait été associé par Philippe Des Portes à l’imprimeur Mamert Pâtisson, de Paris, pour éditer ses œuvres poétiques 2 et que plus tôt encore, en 1588, il ait été élu parmi les gardes de sa Communauté 3 ; mais, à partir de 1596, quand il eut été honoré d’une charge d’imprimeur du roi, il occupa l’un des premiers rangs parmi les maîtres rouennais. Frère souligne d’une façon particulière, pour marquer le mérite de cet imprimeur, que dans des lettres de privilège de 1597, « il est appelé notre cher et bien amé Raphaël du Petit Val ... » ; le savant bibliographe avait sans doute perdu de vue que ce n’est là qu’une formule de style, sans aucune importance. Les lettres de provision d’imprimeur du roi, qui lui furent octroyées soit à la fin de l’année 1595, soit dans les premiers mois de 1596, eussent été peut-être beaucoup plus intéressantes que ces épithètes prodiguées à tous, aussi regretté-je infiniment de ne les avoir pas rencontrées, et je garde quelque rancune à notre imprimeur de ne pas les avoir insérées dans l’une ou l’autre de ses nombreuses édi-

(1) F., t. II, p. 374. — (2) A. / — Les premières / œvvres de / Philippes / des Portes. / Av roy de France / et de Pologne. / Reueuës corrigées, & augmentées outre / les precedentes impressions. [Marq. n° 1] A Roven, / Chez Raphaël du

Petit Val, deuant / la grand’porte du Palais. / M.D.XC1III. / Avec privilège dv Roy. (In 12. 661 p. ch. sll. et la ta. Au 6e f. lim., Permission donnée, à Rouen

le 27 juillet 1591, par Des Portes, à R. du Petit Val et à Mamert Pâtisson. B. N., Rés. Ye 2064). — B. / Pseavmes / de David / mis en vers / François. / Par Ph. des Portes Abbé de Thiron. / Auec quelques œuures Chrestiennes, & / Prières du mesrne Autheur. [Marq. no 1] A Roven, / Chez Raphaël du Petit Va 1, deuant / la grand’porte du Palais. / M.DC.XCIIII. / Avec Privilège dv Roy. (In 12. 176 p. ch. sll. et la ta. B. N., Rés. Ye. 2d55). — (3) Voy, Documenta, n° 55q.

orra

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ri

tions. L’entrée de Henri IV à Rouen aura probablement été la cause occasionnelle de la nomination de Du Petit Val à cette charge et il eut à cœur d'associer ses presses au souvenir de cette solennité. Mais trois autres imprimeurs de la ville bavaient devancé, en obtenant des lettres de privilège pour l’impression d’un monument typographique commémoratif de cet événement 1 : Raphaël eut l’habileté de se faire associer après coup à ce privilège, puis d’imprimer etd’éditer larelation illustrée delasolennelle entrée du bon roi Henri2. Notre typographe fut moins heureux lorsqu’il voulut poursuivre l’enregistrement de ses lettres de provision, car il se heurta à une opposition de Martin III Le Mégissier, déjà titulaire des memes

(i) « Henry, par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre, à nos amez et féaux conseillers les gens tenans nostre Court de Parlement à Rouen, et Chambre par nous ordonnée au temps des vacations, Bailly dudict lieu, ou son lieutenant, et à tous autres nos Justiciers et Officiers et à chacun d’eux si comme il appartiendra, salut. Nos bien amez Martin le Mesgissier, nostre imprimeur ordinaire de nostre ville de Rouen, George l’Oyselet, et Jehan Crevel, libraires et imprimeurs d’icelle ville, Nous ont très-humblement faict remonstrer qu’ils auroient employé, avancé et frayé plusieurs deniers pour nostre joyeuse et nouvelle entrée n’aguères faicte en la dicte ville, suivant le marché faict avec les maistres et experts, tant pour la commodité de la portraicture des théâtres et édifices, que autres inventions faictes pour nostre dicte entrée. Et pour ce qu’ils désiroient mettre en lumière l’ordre et magnificence d’icelle entrée, ils Nous ont supplié très humblement en octroyer à eux seuls la permission pour tel temps qu’il no us plaira, afin qu’ils ne soient privez du fruict de leurs travaux et avances, et sur ce leur en octroyer nos lettres nécessaires. Pour ce est-il que Nous, desirans leur donner moyen de se récompenser de leurs dicts fraiz, leur avons permis et octroyé, permettons et octroyons par ces présentes, d’imprimer et faire imprimer, vendre et distribuer par tout nostre Royaume, ledict ordre et magnificences de nostre dicte entrée, et ce qui en dépend, jusques à six ans prochains, sans qu’autres qu’eux les puissent imprimer ny mettre en vente jusques après ledict temps expiré, à peine de confiscation desdicts livres, et d’amende arbitraire. Si voulons... Cartel est nostre plaisir. Donné à Rouen le vingt-deuxiesme jour d’octobre, l’an de grâce mil cinq cens quatre vingts seize, et de nostre règne le huictiesme. Signé , Par le Roy en son Conseil, Poussepin, et scellé sur simple queue du grand sceau en cire jaune. — Et ont les dessus nommez accueilly avec eux Raphaël du Petit Val, Libraire et Imprimeur du Roy en ceste ville de Rouen. » (Ces lettres et convention sontimprimées au 3e f. lim. de l’ouvrage décrit dans la note suivante). — (2) Discovrs / de / la ioyeuse et / triomphante entree de /tres-havt, tres-pvissant et tres-ma- / gnanime Prince Henri 1 1 1 1 de ce nom, tres-Chrestien / Roy de France & de Nauarre, faicte en sa ville de / Rouen, capitale de la prouince & duché de / Normandie, le Mercredy saizième iour / d’Octobre cio. Ic. xcvi. / Auec l’ordre & somptueuses magnificences d’icelle, & les / portraicts & figures de tous les spectacles & autres / choses y représentez. [Arm. de Rouen soutenues par deux anges tenant des palmes.] A Roven./ Chez Raphaël dv Petit Val, Libraire & Im- / primeur du Roy, deuant la grand’porte du Palais. / cIc. Io. ic. / Avec privilège du Roy. (In 4. 88 p. ch., nombr. grav. dans le texte et 10 planches h. t. B. N., Lb33 684).

fonctions. On plaida, et le Parlement de Rouen, imitant la sagesse de Salomon et la mettant à complète exécution, partagea en deux la charge disputée et décida, par un arrêt du 13 décembre 1596, que le nouvel imprimeur de Sa Majesté « jouiroit du contenu en ses lettres de don, fors et excepté pour les arrêts et ordonnances concernant la police de ladite ville de Rouen, qui seroient imprimés par Le Mégissier 1 ». A quelque temps de là, Henri IV créait un troisième imprimeur royal dans la capitale de la Normandie, enla personne de Pierre Vallentin, et cette circonstance procura aux deux rivaux de la veille l’occasion de se rapprocher et d’obtenir du roi, le 21 avril 1597, de nouvelles lettres patentes, qui les confirmèrent dans leurs charges respectives 2.

La production de Raphaël du Petit Val a été très importante : les livres sortis de ses presses se recommandent à la fois par leur exécution typographique soignée et la bonne correction des textes. Cet imprimeur avait un faible pour le format in-12, il n’a donné que peu d’in- 80S et d’in-zj.05, et pas du tout d’in-fos. Il a orné la plupart de ses titres d’une marque correspondant à son enseigne ; on la rencontre sous quatre aspects différents, que je vais détailler chronologiquement. 1° un petit cadre ellipsoïdal dans lequel on voit le jeune Tobie, sous la direction de l’ange Raphaël, arrachant au poisson sorti du Tigre, le fiel qui devait servir à rendre la vue à son vieux père 3 * ; II0 un ovale contenant à peu près le même dessin et entouré d’un listel avec cette devise ou invocation : Deo Dire 4 ; cette marque est la seule qui ait été reproduite par Silvestre (n° 445) ; III0 un ovale plus grand, présentant au premier plan l’image de l’ange Raphaël et entouré d’un listel contenant les mots : Angelo Raphaële Dvce et Comité ; le tout est renfermé dans un cadre dont les coins offrent les figures allégoriques de la Charité, la Force, la Religion et la Justice, et dont la partie inférieure est ornée du m onogramme de l’imprimeur, lequel est formé du signe 4 ayant sa branche horizontale recroisillé à droite et sa branche verticale

(1) Voy. Documenta, n° 676, pièces produites, lettre E. — (2) Ibid., lettre F.—

(3) Cette marque figure notamment sur les livres décrits ci-dessus, p. 1 58, note. 2. — (4) Voy. par exemple : Lettres dv / roy, contenant la / victoire

obtenve par /Monsieur le Mareschal de / Byron, à l’encontre de l’ar- / mee du Connestable de / Castille, à Apremont, / au bord de la riuière/de Saonne, le dou- / ziesme de ce pre- / sent mois. [Marq. n° 2] A Roven, / Chez Raphaël du

petit Val, deuant / la grand’porte du Palais.. / M.D.XCV. / Auec Priuilège. (In-12.

7 p. ch. B. N., Lb35 634.)

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terminée sur un A accompagné de deux I, formant deuxT au moyen d’une ligne transversale et surchargé d’un V, après avoir reçu dans sa partie médiane un D, un R et un P enchevêtrés; la réunion de toutes ces lettres faisant dans son entier le nom de Raphaël du Petit Val1 ; IV0 le même dessin qu’au n° 3, dans le centre d’un beau frontispice gravé par L. Gauthier2.

Poète lui-même, R. du Petit Val a édité un grand nombre de poésies, — de ses amis, disait-il; certains auteurs eurent le privilège d’occuper à eux seuls un volume 3, mais la plupart des autres furent publiés dans des recueils, dont notre imprimeur confectionna des éditions variées, qu’un savant bibliographe à déjà décrites et détaillées4. Il a également mis au jour des pièces de théâtre, soit en livrets séparés 3, soit, comme pour les poésies, en recueils collec-

(1) Voy. notamment : A. / Poemata / Ioannis Rvxelii / Britovillani Cadomensis / ivris consvlti oratoris / & poetae elegantissimi. / Additae sunt lamentationes Ieremiae ab eodem ele / giaco versu redditae. [Marq. n° 3] Rothomagi, / Apud Raphaelem Parvivallivm / Typographum Regium. / 1600. / Cvm privilegio. (In-12.

7 ff. n. ch., 1 12 et 107 p. ch., plus 2 ff. de ta. B. N. Yc 9198.} — B. / La / Deffence / de l’escolle de / medecine, et de Galien / contre M. I. Guibelet d’Eureux / Docteur en medecine. / Et aduis sur ses trois discours Philosophiques. / Par Pierre Burée Druyde, aussi / Docteur en medecine. [Marq. n° 3] A Roven / Chez Raphaël dv Petit Val, / Libraire & Imprimeur du Roy, deuant /la grand’porte du Palais. / i6o5. (In-12. 86 p. ch. et 1 f. pour l’extrait du privilège. B. N., T19 17.) — (2) Les Oevvres de Philippes Des-Portes Abbé de Thiron Reueues et corrigées. /

A Roven. De L’imprimerie de Raphaël du petit Val Libraire et Imprimeur ordinaire du Roy. M.D.C.XI. (In-12. Front, gr. par L. Gaultier: on y remarque en haut le portrait de l’auteur que couronnent deux muses, et au centre, la marque de l’imprimeur. 675 p. ch. (nombr. erreurs de pagination), sll. et la ta., plus le Tombeau de Ph. Des Portes (6 ff. n. ch.) en vers franç. et latins; parmi les derniers, une pièce de R. du Petit Val. B. N., Ye 7485.) — (3) Voy. par exemple : Les / premières /œvvres dv sievr / de la Roqve / de Clermont en / Beauuoisis. [Marq. n° 2] A Roven, / chez Raphaël du Petit Val, deuant / la grand’porte du Palais. / M.D.XCVI. / Avec privilège. (In-12. 107 p. pour Les Amours de Phylis, 117 p. pour Les Amours de Caristée et des elégies, 71 p. pour Continuation de l’ange lique d’Arioste , et 96 p. pour Les heureuses amours de Cloridan , les Stances et Œuvres chrestiennes. B. N., Rés. Ye 1952-1955.) — (4) Cf. Fr. Lachèvre, Bibliographie des recueils collectifs de poésies, t. I, pp. IX et 5- 1 5. — (5) Voy. notamment : A. / Les / Tragédies / de Robert Garnier / conseiller dv Roy. / Lieutenant general Crimi-/ nel au siégé Présidial & / Seneschaussee du / Mayne. / Av Roy de France / & de Polongne. [Marq. n° 2.] A Roven, / Chez Raphaël du Petit Val, deuant / la grand’porte du Palais. / M.D.XCVI. (In-12. 646 p. ch. Aux p. 17 et 18, des Sonnets de Robert Estienne à l’auteur. B. N., Rés. Yf. 2960.) — B. / Tragédie / de / Ieanne d’arqves, / dite la pvcelle / d’Orléans, / Natiue du village d’Emprenne, près / Voucouleurs en Lorraine. [Marq. n° 2] A Roven, / De l’Imprimerie, / De Raphaël du Petit Val, Libraire & Im-/primeur du Roy, deuant grand porte / du Palais, à l’Ange Raphaël. / î6oo. / Auec Priuilege de sa G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III. 11

tifs1. A côté de ces productions purement littéraires, on pourrait encore citer quantité d’ouvrages de médecine, de jurisprudence, de polémique religieuse et d’histoire, il faut pourtant que je m’arrête, sous peine de ne jamais finir. J’enterre donc immédiatement le premier des du Petit Val, qui mourut à Rouen le 4 ou 5 janvier 1614 2 et je termine cette notice en transcrivant ici quelques vers latins tracés en l’honneur de notre typographe par D. DuthotJ, l’un de ses contemporains:

« Solers calcographae magister artis,

Templi pieridum sacri sacerdos,

Aulercis sacra qui facis camœnis Multo purius elegantiusque,

His qui calcographo tument honore. »

Malgré la date du décès de Raphaël du Petit Val, dit M. Frère 4, « on trouve encore jusqu’en 1621 et même 1624 des livres portant son adresse, ce qu’on 11e peut expliquer qu’en supposant que son

" Maiesté. (In-12. 48 p. ch. B. N., Inv. Rés. Yf. 3954. Pièce non signalée par M. J. Lanery d’Arc.)

(1) Voici les deux principaux : A. / Diverses / Tragédies / de plvsievrs / avthevrs / de ce temps. / Recueillies par Raphaël / du Petit Val. [Marq. n° 1.] A Roven, / De l’imprimerie / Dudit Dv Petit Val, Libraire & / Imprimeur ordinaire du Roy. / 1599. / Auec Priuilege de Sa Majesté. (In-8. 2 tomes. B. N , Yf. 4726-4741.) Ces deux tomes contiennent les pièces suivantes: « La Victoire des Macabées, par Jean du Virey, Sr du Grauier. — Cyrus Triomphant . — Sainte lignes, par le Sr d’Aves. — La Rliodienne. — Les Amours d'Alcméon et de Flore, par Estienne Bellone Tourangeau. — Pasithée, par le Sr d’Aves. — Gilette, comédie. — Iris, pastorale, par le Sr de Coignée de Bourron. — Les Amantes ou la Grande pastorelle, par Nicolas Chrestien, sieur des Croix. — S. Clouaud , Pyrrhe, tragédies, par Jean Heudon Parisien. — La Médée, tragédie et autres diverses poésies, par Jean de la Péruse. — La Machabée, tragœdie du martyre des sept Irères et de Soiomone, leur mère, par Jean de Virey, sieur du Grauier. — Adonis, tragœdie françoyse de Gabriel le Breton Niueronis (sic), seigneur de la Fon. — La Polyxene, tragicomœdie, nouuellement représentée au Collège des Bons Enfans, le Dimanche 7 de septembre 1597. — Esav ou le chasseur , en forme de tragœdie, nouuellement représentée au Collège des Bons Enfans de Rouen le 2 d’Aoust 1598. » (Ces deux dernières pièces sont de Jean Behourt.) — - B. / Diverses / Tragédies /Sainctes, de / plusievrs av/theurs de ce temps. / Recueillies par Raphaël du / Petit Val. [Marq. 11“ 1 ] A Roven, / De l’imprimerie, / de Raphaël du Petit Val, Libraire / & Imprimeur ordinaire du Roy. / 1606. (In-12 B. N. Inv. Rés. Yf. 2902-2906). Les pièces de recueil sont: La Tragédie de Sichem ravisseur. — Esau ou le chasseur (de Jean Behourt). — La Machabée, de Jean de Virey. — Thobie, par Jacques Ovyn Louerien. — Joseph le chaste , par le sieur du Mont-Sacré, gentilhomme du Maine. — (2) Cf. Documenta, n° 693, pièces produites, lettre A. — (3) Epitre en vers latins intercalée en tête des Poemata Joannis Ruxelii... (Voy. supra, p. 161, note 1). — (4) F., t. II, p. 374.

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fils David, appelé à lui succéder, n’était pas encore reçu imprimeur. » Cette supposition n’est pas exacte, d’abord parce que David, comme on va le voir, avait été reçu imprimeur dès 1609 ; eu second lieu, parce que le privilège de l’ouvrage1, auquel fait évidemment allusion l’auteur du Manuel du bibliographe normand, avait été cédé par Théophile Gelée, dès 1605, à Raphaël, qui en avait commencé l’impression avant 1613, puisque la préface est de cette époque et qu’on n’aura pas jugé urgent de faire au fils une nouvelle cession de privilège, car tout cela coûtait très cher; enfin, on aura voulu rendre par cette mention un ultime témoignage au typographe qui en avait tiré les premières feuilles et dont ce devait être la plus importante production. Il n’y avait d’ailleurs aucun intérêt à donner une adresse exacte à Rouen, puisque l’ouvrage se débitait à Paris.

II. David (1609-1658). Fils du précédent et comme lui natif sans doute de Rouen, il fut admis à la maîtrise en 1609 2, obtint la même année (25 juin) des lettres de provision de la charge d’imprimeur du roi, en survivance de son père3, qui furent enregistrées au Parlement de Normandie le 12 janvier suivant, mais ne commença véritablement à exercer qu’en 1614, après le décès de Raphaël. Installé dans les mêmes boutique et officine que ce dernier, ayant fidèlement aussi conservé ses marques et devises, David du Petit Val suivit pendant de nombreuses années les errements paternels et se borna à l’impression d’ouvrages peu volumineux et d’une vente assurée, tels que des recueils de poésies 4 *, des traités de médecine des classiques 6, des romans pieux 7, etc. Vers la fin de

(1) Tovtes Les Œvvres de M6 André Dv Lavrens Sieurs de Ferrieres, coner & premier Médecin du Tres-chrestien Roy de France et de Nauarre, Henry le Grand, & son Chancelier en L’vniuersité de Montpellier: Reueues Et traduittes en françois, Par Mc Théophile Gelée médecin ordinaire de la Ville de Dieppe, Auec Priuilege du Roy. A Paris. M. DG. XXL Pour Raphaël dv Petit Val Libraire et imprimeur ordinaire du Roy à Rouen, (in f°. 385 p. ch. si 1 . et la ta. Front, gr. par C. D. Matteri. Lettres ornées et nombr. planches. B. N., Td.23 40.) — (2) A.D.S., E. 483, f° 12. — (3) Voy. Documenta, n° 574. — (4) Cf. Lachèvre, Bibl. des rec. coll. de poésies, t. I, pp. i5-i8. — (5) Voy. notamment: Traité de la peste, de ses cavses & de sa cure. Avec les moyens de s’en préseruer & les controuerses sur ce sujet. Diuisé en deux Parties. Par

Iean de Lamperiere Médecin. [Marq. n° 1] A Roven, De l’Imprimerie De David dv petit Val Imprimeur & Libraire ordinaire du Roy. M.DC.XX. Auec Priuilege.

(ln-12. 418 p. ch. s 1 1 . B. N., Td33 75). — (6) Voy. par exemple: Orationvm

M. Tvllii Ciceronis. Volumen Primum. Ex emendatione Dionysij Lambini.

Additis hac postrema editione Seotionibus. [Vignette] Rothomagi, Apud Davidem

dv Petit Val, Typographum, & Bibliopolam Regium. 1625. (In-12. 645 p. B. N..

X. 22686.) — (7) Voy. Qvatre histoires considérables. Clearqve, Timolas. Et

sa carrière pourtant, il édita des ouvrages un peu plus importants1, mais il semble qu’il avait alors cédé la plus grande partie de son matériel typographique à David Maurry, chez lequel on retrouve plusieurs de ses bandeaux et lettres ornées.

A la différence de son père, dont la production, comme imprimeur du roi, fut à peu près nulle, David Du Petit Val a imprimé un assez grand nombre de pièces officielles - ; la plupart portent le nom de Jean Viret à côté du sien 3 et c'est à n’en pas douter ce qui a déterminé Frère à supposer entre eux une association, tandis qu'il ne faut y voir qu’une entente commune pour imprimer les actes royaux et éviter ainsi les difficultés du partage que le Parlement avait précédemment imposé à Raphaël du Petit Val et à Martin Le Mégissier. David était bien près de célébrer son cinquantenaire d’imprimeur, lorsqu’il décéda le 8 ou 9 septembre 1 65 8 4, sans laisser de son mariage avec Geneviève Le Sonneur, aucun descendant qui ait embrassé sa profession.

Poète, en même temps qu’imprimeur, David 11e se borna pas, disent les notes de J. -A. Guiot5, « à exécuter sous ses presses des Recueils du Palinod de Rouen, il les décora souvent de ses propres poésies. Le sonnet paraît être le genre auquel il s’attacha et dans lequel il réussit souvent au Puy de la Conception en 1625 et années suivantes. Il avait cependant débuté par y remporter la Palme en 1624, sous François de Harlay. Mais il s’y fit plus d’honneur par

Honorât Avrelio. Par M. l’Euesque de Belley. [Vignette]. A Roven, De l’Imprimerie De David dv petit Val, Imprimeur ordinaire du Roy. M.DC.XXX. (In-12. 3 ig et 268 p. ch. s 1 1 . B. N., Y2 9772-9773.)

(1) Les conqvestes et les trophées des Norman-François, Aux Royaumes de Naples & de Sicile, aux Duchez de Calabre, d’Antioche, de Galilée, & autres Principautez d’Italie & d’Orient. Par Messire Gabriel dv Movlin, Bernayen, Curé de Maneual. [Arm. de Normandie tenues par deux femmes ailées portant des branchages.] A Roven, chez David dv Petit Val Imprimeur ord. du Roy, Et lean & David Berthelin, rué aux Iuifs & dans la cour du Palais, M.DC.LVIII. Avec privilège dv roy. [A la fin:] Achevé d’imprimer pour la iere fois par David Mavrry, le 20 iour de luin mil six cens cinquante huit. (In f°. 492 p. ch. pour le texte et to p. ch. pour la ta. B. N.; Lk2 1253.) — (2) Voy. notamment: B. N., F. 46930, pièce 7 ; F. 46943, pièce 23 ; F, 46953, pièce 5. — (3) Voy. entre autres : B. N., F. 23ôio, pièce 228; F. 2 3 6 1 1 , pièce 469; F. 46803, pièce 10; F. 46998, pièce 11 ; F. 47047, pièce 25 ; F. 47056, pièce 3. — (4) Cf. Documenta, n° 6p3, pièces produites, lettre B. — (5) Cf. Les trois siècles palinodiques ou histoire générale des Palinods de Rouen, Dieppe, etc. par Jos. André Guiot, de Rouen. Publiés pour la première fois, d’après le manuscrit de Rouen, Par l’Abbé A. Tougard. (Rouen et Paris, 1898, 2 vol. in-8), t. II, p. 160. On trouvera, p, 161, la traduction en vers français par Midy, du Sonnet Italien de Du Petit Val, en l’honneur de la Sainte Vierge.

SEINE-INFÉRIEURE

un sonnet italien qui flatta beaucoup le Prince. Ce sonnet a été traduit en vers latins et français, par deux de ses compatriotes, Louis Midy et Jos. André Guiot. »

Du Puis (Les), prétendus imprimeurs à Rouen (1634-1709).

M. Frère 1 indique un Pierre Du Puis comme ayant exercé l’imprimerie à Rouen de 1634a 1662; Fenquêtede 17012 en enregistre un second, reçu en 1694 et établi depuis la même époque. L’un et l’autre n’ont jamais été que libraires et il n’y a pas lieu de s’attarder à de longues explications sur leur compte, car le seul livre relevé par Frère au nom de Pierre I, porte en lui-même la preuve qu’il n’a pas été imprimé par ce Du Puis, qui fut garde de la Communauté en 1629, 1636 et 16623 et mourut dans ces fonctions au cours de la dernière année4; en ce qui concerne Pierre II, il est constaté par l’enquête elle-même qu’il n’avait ni presse ni caractères, et, en 1709, quoique garde de la Communauté 5, il n’est pas mentionné parmi les imprimeurs.

Durand (Jean), imprimeur à Rouen (1617-1623).

Reçu maître imprimeur en 1617 6, il n’exerça que fort peu de temps, puisqu’il décéda en 16237: plusieurs ouvrages portent sa souscription, ensuite celle de sa veuve, mais toujours sans adresse8, attendu que tous deux n’ont travaillé que pour les libraires.

Du Souillet (Michel), prétendu imprimeur à Rouen (1632-1639).

Quatre personnages de ce nom ont tenu boutique de libraire à Rouen pendant les xvne et xviii6 siècles, savoir: Marin, de 1612 à 1668 ; Michel, de 1632 à 1639 ; Paul, de 1661 à 1721 ; Louis, de 1712 à 1738. Le second d’entre eux, c’est-à-dire Michel, aurait en même temps exercé l’imprimerie, suivant les Notes de Frère 9, ainsi qu’en justifierait notamment le livre dont voici la description :

— Homélies dominicales de messire Iean Pierre Camvs Euesque & Seigneur de Belley. De plus est augmenté de plusieurs

(1) N. F., liasse 1 1 3. — (2) B. N., Ms. fr. n. a. 400, fü 379. — (3) Voy. suprà,

pp. 17, 18 et 19. — (4) A.D.S, E. 483, f° 90 v*. — (5) Cf. Documenta, n° 733. —

v6) A.D.S., E. 483, f° 18. — (7) N, F., liasse 1 1 3. — (8) Voy. notamment suprà,

p. 48. — (9) Liasse 1 1 3 .

excellents Sermons traictant des Dignitez & Ceremonies de l’Eglise. Novvelle Edition. [Marq. de Louis I Dumesnil.] A Roven, Chez Michel dv Sovillet : deuant le Portail des Libraires. M.DC. XXXVI. (Pet in-8. 496 et 119 p. ch. sll et lata. B. N., D. 15524).

Or, bien loin d’apporter la preuve que Michel Du Souillet aurait imprimé, ce livre fournit la démonstration contraire, attendu qu’il est sorti des presses de Louis I Dumesnil, dont il porte même la marque sur le titre L

Duvivier (Jean), prétendu imprimeur à Rouen (1565).

C’est encore Frère, qui, dans ses Notes1 2, indique Jean Duvivier comme imprimeur. Ce nom avait été relevé par Gosselin 3, dans les registres du Tabellionage, mais il ne s’agissait que d’un simple compagnon, qu’on retrouve en la même qualité en 15804.

Faure (Les), imprimeurs au Havre (1723-1790).

I. Pierre (1 723-1 75 1). « Né en 1696 à Brest, dit A. Martin5, et répète après lui G. D.Quoist 6, Pierre Faure était venu au Havre dès l’âge de 16 ans; il se lia d’amitié avec Guillaume Gruchet et. fit son apprentissage chez lui ; il sut si bien profiter des bonnes grâces de sa famille, qu’il épousa, le 6 novembre 1724, Marie- Louise- Joseph Gruchet, née le 7 novembre 1707, de laquelle il eut plusieurs enfants et notamment Pierre-Joseph-Denis-Guillaume, qui suit. Après la mort de son mari, la veuve de G. Gruchet continua la profession d’imprimeur-libraire, avec l’aide de Pierre Faure, son gendre ; ils s’associèrent pour l’édition de plusieurs livres, mais ils eurent deux établissements distincts... » Il y a peu à prendre et beaucoup à laisser dans ces quelques lignes. S’il est vrai tout d’abord que Pierre Faure avait vu le jour à Brest, ce n’était point en 1696, mais le 22 mars 1695, et il était fils de Jean et de « Magdelaine Le Lièvre, son épouse7 ». Il n’est pas exact en second lieu qu’il ait appris son art au Havre, dans la maison de Guillaume Gruchet, car

(1) Voy. suprà, p. 146. — (2) Liasse 1 1 3 . — (3) Glanes , p. 106. — (4) Ibid.,

p. 1 1 6. — (5) Op. cit p. 43. — (6) Op. cit., p. 20. — (7) Etat civil de Brest,

paroisse des Sept Saints.

SEINE-INFÉRIEURE

11 résulte de sa propre déclaration1, qu’il avait fait ses trois ans d’apprentissage, dans sa ville natale, chez Romain Malassis, puis qu’il s’était rendu au Havre, où il avait servi comme compagnon chez Gruchet ; qu’il avait quitté celui-ci au bout de 7 ou 8 ans et qu’il travaillait à Rouen,* chez Abraham Viret, lorsque se produisit, en 1722, le décès de son ancien patron. Profitant aussitôt de la vacance de cette place, il présenta requête à la Chancellerie pour en être pourvu, obtint, le 13 juillet 1723, un arrêt du Conseil ordonnant qu’il se retirerait devant le Lieutenant général de police du Havre, pour lui présenter ses titres et capacités2 *, et enfin, le 7 septembre 1723, un nouvel arrêt qui prescrivait qu’il serait reçu imprimeur-libraire en la place du défunt 5. Il n’y a donc pas place non plus dans tout ceci pour l’idylle de jeunesse imaginée par les historiens de l’imprimerie du Havre et si Pierre Faure épousa en réalité la fille de G. Gruchet en 1724, il ne le fit qu’après mûre réflexion et après avoir acquis la possession assurée d’une place de tout repos.

L’exercice de cet imprimeur occupeun espace de 29 ans environ, pendant lesquels il n’a exécuté, somme toute, que peu de livres, toute son activité ayant été absorbée par les travaux de ville ; à part quelques petits ouvrages de dévotion, il n’a guère édité, ■ — cela était tout indiqué, — que des traités se rapportant à la navigation dont les auteurs sont Blondel-Saint-Aubin, Bougard, Lecordier, etc. ; ils se font remarquer par une exécution typographique qui témoigne d’un grand souci de bien faire. Pierre Faure mourut au Havre le

12 4, ou le I45février 1751 ; il laissait de son mariage avec Marie- Louise Gruchet, plusieurs enfants, parmi lesquels un fils, qui suit, lui succéda.

IL Pierre-Joseph-Denis-Guillaume (1751-1790). Fils du précédent, il avait vu le jour au Havre et y avait été baptisé (Notre- Dame) le 17 août 1726 6; dès son jeune âge, il s’était mis au fait de l’imprimerie dans l’atelier de son père, tout en acquérant dans les humanités une instruction assez complète pour pouvoir prétendre plus tard à des diplômes d’études supérieures7; il voyagea ensuite

(1) A. N., V6 865, Arrêt du Conseil du 7 septembre 1723, requête prélimi-

naire. — (2) Voy. Documenta, n° 802. — (3) Voy. Documenta, n° 804. — (4) A.

N., V6 968, Arrêt du Conseil du 21 juin 1751, requête préliminaire — (5) Martin,

Op. cit., p. 48. — Quoist, Op. cit., p. 20. — (6) A. N., V6 969, Arrêt du Conseil

du 6 septembre 1751. — (7) « En 1756, Faure s’était mis à étudier le droit, et il

se fit recevoir avocat au Parlement » (Quoist, Op. cit., p. 29).

pendant quelques années pour se perfectionner dans son art, travailla dans plusieurs villes, notamment à Toulon dans l’imprimerie de Jean-Louis Mallard 1 * * 4, et s’engagea plus tard, dit-on, dans la marine. « En 1749, âgé de 19 ans (sic), affirme M. Quoist 2, il fait partie, comme officier, de la flotte de Nicolas de la Rochefoucauld, duc d’Anville, envoyée par Louis XV pour reprendre Louisbourg et le Cap-Breton (Nouvelle Ecosse). Il donna sa démission en 1750, pour s’établir avec sa grand’mère dans le fonds de librairie ». Je ne sais pas ce qu’il y a d’exact dans ces derniers renseignements, toujours est-il qu’aussitôt après la mort de son père, le jeune Faure demanda à le remplacer ; il fut autorisé par un arrêt du Conseil d’Etat du 21 juin 1751 3, à justifier de ses titres et capacités, et y ayant pleinement satisfait, il fut habilité, par un autre arrêt du 6 septembre suivant4, à occuper la place d’imprimeur au Havre. Imbu des excellentes traditions de son père, le nouvel imprimeur s’attacha à exercer son art avec la même maîtrise, aussi les livres qu’il a produits sont-ils de tous points remarquables, aussi bien sous le rapport typographique que par la beauté du papier qu’il employait5. P. J. D. G. Faure mérite d’autant plus ces louanges que le métier d’imprimeur-libraire, à son époque, n’était guère lucratif, s’il faut ajouter entièrement foi au passage d’une lettre qu’il écrivait, en 1763, à l’un des personnages chargés alors de la direction de la librairie en France 6. « Ma famille, dit-il, jouit depuis cent ans de l’état d’imprimeur-libraire ici, sans concurrent. Sans l’imprimerie, elle n’aurait pu y vivre et n’a amassé depuis ce long intervalle qu’une petite bicoque que je possède. » D’après le rapport fait à M. de Sartine, en 1764, il possédait en outre deux

(1) A. N., V6 969, Arrêt cité plus haut, requête préliminaire. — (2) Op. cit., p 21. — (3) Voy. Documenta, n* 880. — (4) Voy. Documenta, n° 883. — (5) Voy. par exemple : A,/ Construction et usage d’un nouveau compas azimutal à réflexion,... Inventé par le Sr Degaulle, Ingénieur-Hydrographe de la Marine, breveté du Roi, de l’Académie Royale des Sciences, Belles-Lettres & Arts de Rouen, & professeur d’Hydrographie au Havre ; le seul chez qui l’on puisse se procurer cet instrument. / Au Havre, de l’imprimerie P. J. D. G. Faure M.DCC.LXXIX. Avec Permission. (In-8 vii-52 p et 1 pl. h. t. B.N., V. 20.955). — B./ Observations sur quelques singularités de l’histoire naturelle des environs du Havre. Par M*** (Du Bocage de Bleville). [Marq. n° 1] Au Havre de Grâce, Chez P.J.D.G.

Faure, Imprimeur de la Marine & de la Ville. M.DCC.LIII. Avec Approbation

& Privilège du Roy. (In-12. 1 36 p. si 1 . et 1 pl. h. t. gr. par Bi 1 lé. B. N., 8°

S. 9374). — (6) Cette lettre est reproduite in-extenso par M. Quoist, op. cit.,

pp. 24-25. L’original en avait été rencontré par lui aux archives municipales

du Havre.

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presses et occupait deux compagnons L Sa production en livres de piété et de marine a été assez importante2; il ornait souvent ces derniers d’une vignette ou marque qu’on rencontre en deux états différents3: l’une, dans un encadrement genre rocaille, représente des navires voguant sur les flots de la mer; l’autre, sans encadrement, figure un navire, à l’entrée d’une rade signalée par deux phares et éclairée par un soleil radieux entouré de nuages.

La Révolution trouva notre imprimeur en pleine activité : il ne tarda pas cependant à se lancer dans la politique, et il délaissa son imprimerie, dont, en 1790, il confia la direction à l’un de ses fils, Guillaume-Stanislas, né le 12 mars 1765, de son mariage avec Charlotte Plainpel 4. P. J. D.G. Faure avait été, en 1784, maireéchevin du Havre, il fut élu, en 1792, député à la Convention et s’y fit remarquer par sa modération et sa courageuse attitude lors du complot contre Louis XVI, dont il refusa non seulement de voter la mort, mais même la mise en jugement. Il fut naturellement proscrit sous la Terreur, partageant d’ailleurs le sort de huit autres députés de la Seine-Inférieure ; il sut toutefois éviter la prison par d’habiles manœuvres et échappa sans doute ainsi à la guillotine. Louis XVIII lui octroya, en 1814, des lettres de noblesse avec le titre d’écuyer 5, puis, la mort vint le prendre, le 7 octobre 1818, à l’âge de 92 ans 6. Il a laissé un certain nombre d’écrits, sur lesquels on trouvera tous les détails utiles dans les ouvrages de MM. Quoist et Martin ; je ne m’y arrête pas ici, faute de place, mais je rappelle, cela rentrant plus spécialement dans le cadre de celui-ci, qu’il fut le fondateur du premier almanach 7 et du premier journal havrais 8.

Fauvel (Jean), imprimeur à Rouen (1521).

Le nom de cet imprimeur, qui travaillait probablement en chambre et qui n’était que compagnon, a été rencontré dans les registresdu Tabellionage de Rouen, année 1521, par E. Gosselin, qui lui consacre les lignes suivantes : « Les Étuves de Rouvray,

(i)B. N., Ms.fr. 22184, f° 189. — (2) La liste en a été fournie par M. Quoist, pp. 29-31 de son ouvrage. — (3) Elles ont été reproduites par M. Quoist. op. cit., p. 26. — (4) Martin, op. cil., p. 5o. — (5) Moniteur universel du 6 janvier i8i5. — (6) Martin et Quoist, op. cil., — (7) Almanach de la Marine pour le Havre-de-Grâce, années 1753 et suiv. Très petit in-32. — (8) Sous le titre suivant : Havre-de-Grâce. Commerce maritime. In-8. Hebdomadaire. Du 3 janvier 1776 à 1824.

situées dans les rues des Ravisés et du Chaudron, appartenaient à Jehan Fauvel, ainsi qu’une maison où pendait l’enseigne de la Lamproie, paroisse Saint Maclou. C’est dans cette maison que Fauvel, imprimeur, demeurait. Il était fils de Jehan Fauvel et de Jehanne Bestre L »

Férault (J...), prétendu imprimeur de Rouen (1600-1613).

M’est cité que par Frère, sous les dates ci-dessus indiquées 1 2 : je pense que le savant bibliographe rouennais a été trompé par quelque mention fautive de catalogue et que ce Férault n’est en somme que Jaspard Hérault, libraire de la même époque.

Fermier (Barthélémy), imprimeur (?) à Rouen (1584).

Il est uniquement connu par une édition, petit in- 12, des Bigarrures du sieur des Accords (Tabourot), annoncée dans le Bulletin du Bouquiniste , de l’année 1858 (p. 239); elle y est indiquée comme faite « à Rouen, par Barth. Fermier, 1584. » Ce personnage était-il imprimeur ou simplement libraire ? Il faudrait pour répondre à cette question beaucoup d’autres éléments qu’uneaussi brève indication.

Féron (Robert), imprimeur à Rouen (1 597- 1630).

Il aurait, suivant Frère 3, débuté en 1 5 98 ; il faut dire pour le moins 1597, carl’année suivante, il remplissait déjà lesfonctionsde Garde4, auxquelles il fut d’ailleurs de nouveau appelé en 1608, 1609, 1618, 1619 et 16265. Imprimeur habile, Robert Féron avait son officine dans la rue Pigeon, près le Pont de Robec, ainsi qu'on le peut lire à la souscription des nombreux ouvrages qu’il a exécutés 6. Il

(1) Glanes, p. 80 — (2) N. F., liasse 1 1 3 . — (3) Ibid. — (4) Voy. suprà, p. 16. —

(5) Voy. suprà, pp. 16 ei 17. — (6) Voy. notamment: A./ Oraison fvnebre dv tres-chrestien et tres-victorievx Henry IV. Roy de France & de Nauarre. Pro-

noncée le 17. Iuin par MB I.L. P. d. M. son Aumosnier & Prédicateur ordinaire. [Vign.J A Roven, Chez Robert Feron, ruë Pigeon, près le pont de Robec.

M.DC.X. Auec Priuilege de la Cour. (In-12, 3i p. ch. B. N., Lb35 991). — B./

Flistoire excellente & Heroïqve dv Roy Williavme le bastard, iadis Roy d’Angleterre & Duc de Normandie. Par Fr. d’Evdemare, Prestre et Chanoine en l’Eglise Cathédrale nostre Dame de Roüen. // Roven, De l’Imprimerie de

Robert Feron, ruë Pigeon, près le Pont de Robec. M.DC.XXIX. Auec Approbations. (In-12, 6 1 5 p. ch. sll. B. N., Lb2 1263 a).

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travailla surtout pour les libraires, mais il édita lui-même quelques livres L

Ferrand (Les) aliàs Ferrant, imprimeurs et libraires à Rouen.

Cette famille jouit d’une certaine célébrité non seulement dans la librairie rouennaise, mais encore dans l’histoire littéraire et poétique. S’il fallait en croire Edouard Frère, elle aurait également donné à la typographie rouennaise un nombre considérable de maîtres imprimeurs; il cite notamment : Jean I, qui aurait à son actif un livre paru en 1540; Pierre I, qui aurait exercé de 1571 à 1580, mais dont il n’indique aucune impression; David I, imprimeur en 1599 et 1600; David II, imprimeur-libraire de 1615 à 1660 ; Robert, imprimeur* libraire de 1621 à 1646 ; Antoine, imprimeur-libraire de 1644 à 1683 ; Jean II, imprimeur de 1630 à 1640; David III, de 1658 à 1699 ; Pierre II, imprimeur-libraire de 1667 à 1699; Jacques I, imprimeur-libraire de 1686 à 1717 ; Charles, de 1705 à 1737 ; Pierre III, imprimeur-libraire de 1747 à 1776 ; Jacques II, imprimeur-libraire de 1753 à 1773 ; Ferrand, l’aîné, (sic), imprimeur-libraire de 1790 à 1806. De cette nombreuse lignée de prétendus imprimeurs-libraires, il n’y en a pourtant que neuf à retenir comme ayant réellement exercé Fart de la typographie, tous les autres s’étant bornés au simple commerce des livres.

Je n’essayerai pas de présenter au lecteur un tableau généalogique de cette famille, car je n’ai pas rencontré dans les registres de l’état civil de Rouen que j’ai compulsés, de filiations bien établies et je suis contraint de rester dans le vague pour les dates de naissance et de décès de la plupart d’entre eux. Voici au surplus les quelques précisions que je puis donner sur leurs personnes respectives.

I. Pierre 1(1571-1583) aurait débuté, d’après les Notes de Frère 1 2, en 1571 et terminé sa carrière en 1580; la première date paraît

(1) Voy: entre autres : Documenta n° 588; l’abbé Tougard, Les trois siècles palinodiques , p. 47 ; et aussi : — Gonstitvtiones generales Fratrum Tertij Ordinis Sancti Francisci de Pœnitentia nuncupati Congregationis Gallicanae strictae Obseruantiae. In Capitulo Generali Parisiis Anno Domini 162.5 celebrato confectae et receptae. A Sanctissimo Domino N. Vrbano PP. VIII. approbatae et confirmatae. [Le Calvaire devant un panorama de Jérusalem.] Rothomagi, Apud Robertvm Feron, Typographum. M.DC. XXVII. Superiorum concessu. (Pet. in-4,

144 p. ch. sll. et lata. B. N. Ld'2'*i57). — (2) Liasse 114.

GALLIA TYPOGR APHICA

arbitraire, mais il faut la conserver faute de mieux ; quant à la dernière, on va voir bientôt qu’elle est inacceptable. Je n’ai pu mettre la main sur aucune production de ce typographe, il est cependant incontestable qu’il a imprimé, attendu que: i° le 24 novembre 1579, il fut poursuivi par les Gardes,. « pour avoir imprimé plusieurs feuilles et suffrages où il 3^ avoit plusieurs faultes, pour lesquelles par ladite sentence (du bailli de Rouen) ledit Ferrant fust condampné en vingt solz d’amende avec intherests et despens et que lesd. feuilles seraient rompues et rayéez 1 » ; 2° que le 21 avril 1583, il fut condamné, par sentence du bailli de Rouen, à un écu d’amende envers le roi, pour des travaux exécutés «avec des caractères vicieulx et sy mal taillés et fondus que les lettres et l’impression en estoient vicieulx et défectueulx 2». Il soutint pour sa défense qu’il n’était pas fondeur et que ces caractères lui avaient été vendus par la veuve de Guillaume Mullot, et le juge se borna de ce chef à lui réserver son recours contre cette dame, s’il jugeait à propos à l’exercer. En ajoutant à ces maigres renseignements, que Pierre Ferrand fut garde de sa Communauté en 15793, j’aurai épuisé mon modeste savoir à son sujet.

II. David I (1599-1636). Peut-être fils du précédent, il exerça, suivant Frère, en 1599 et 1600 seulement: c’est pourtant lui qui remplit les fonctions de garde de la Communauté en 1604, 1605, 1616, 1617 et 1628 4 et c’est encore lui qui figure sur le registre de la Confrérie de Saint-Jean-Porte-Latine, comme ayant payé ses cotisations des années 1631 à 1636 ; il ne peut y avoir de confusion entre lui et le suivant, attendu qu’on a pris soin de les distinguer par les qualificatifs àe rainé et le jeune durant la concomitance de leurs ateliers. Cet imprimeur avait son établissement dans la rue Saint-Vivien, au bas de la rue de l’Espée ; il n’est guère connu que par des plaquettes de circonstance ou nouvelles à la main5.

(1) A.D.S., E. 485, p. 23. — (2) Voy. Documenta, n° 528. — (3) Voy. Documenta, n° 525. — (4) Voy. supra, pp. 16 et 17. — (5j Voy. notamment : A./ Harangve dv fidelle françois svr les hevrevses conquestes du Très Chrestien

Lovys XIII. Roy de France & de Nauarre [Vign.] A Roven. Chez Dauid Ferrand ruë Sainct Viuien au bas de la ruë de l’espée. M.DC.XXI. Auec Permission. (Pet. in 8. 14 p. ch., B. N., Fb36 1814). — B. / Fa sanglante derovte de cinq cens

rebelles du pays de Viuarets lesquels pensant surprendre la Ville d’Ysingeaux en Vellay, ont esté taillez en pièces par Monsieur de la Chatte, & autre Noblesse du pays, assistez de plusieurs Villageois. Ensemble l’heureuse

Conuersion de plusieurs habitans dudit pays, par vn P. Iesuiste. / A Rouen.

Chez Dauid Ferrand : Iouxte la coppie Imprimée à Paris par François Huby,

III. David II (1615-1660). Cousin ou neveu de David I, il naquit vers 1591 1 et fut poète en même temps qu’imprimeur. Comme typographe, on le trouve installé d'abord dans la Cour des Loges, rue aux Juifs, près le Palais 2 et en dernier lieu, au coin de la rue du Bec, à l’Enseigne de l’imprimerie 3, ou à Y Imprimerie tout court. David II fut élu garde de sa Communauté en 1624 4, 1632, 1638 et 1652 5, mais il avait eu, dans les premières années de son exercice, à subir quelques poursuites pour s’être trouvé en contravention avec les règlements ; le 18 février 1616, par exemple, il était condamné à 25 livres d’amende pour avoir composé et imprimé « un Dictumou libelle diffamatoire, intitulé Les Lucrèces à cont repoil , rempli de paroles scandaleuses, lascives et déshonnestes 6 » ; le 15 mars 1617, il recueillait encore 6 livres d’amende seulement, « vu sa longue détention », pour avoir composé et imprimé un autre « Dictum ou libelle diffamatoire, intitulé Les Char donner ettes plaintives , contre Lejongleur, sergent royal 7 ; et enfin, le 21 jan-

Auec Permission. 1621. (Pet. in 8, 14 p. ch. B. N., Lb36 1721). — C . / Lentreprise faite à la Rochelle par Messieurs de la Religion prétendue & reformee, contre le seruice du Roy. Auec les commissions, fortifications leuees, & contrainte qu’ils font aux Habitans ez lieux circonuoisins, Extraict d’vne lettre escrite à vn commissaire des guerres, par vn Gentil-homme de qualité, voisin de la Rochelle. [Vign.] A Roven, Chez Dauid Ferrant, Iouxte la coppie Imprimée à Paris, par la vefue Hubert Velut, & Paul Mansan, rue de la Tannerie. Auec Permission. (Pet. in 8. 7 p. ch. et 1 n. ch. B. N., Lb36 i55y b).

(1) D'après la supputation de son âge au moment de son décès (Voy. infra, p. 174, note 4). — (2) Voy. notamment : A. / Le triomphe de la croix. Par le sievr Avvray. [Grav. représ, le Christ sur la croix.] Roven. Chez Dauid Ferrant, rue aux Iuifs près lepallais dans la cour des loges. M. VI. C. XXII. (In 12, 12 f. n. ch.

B. N., Ye 14564;. — B. / La prise par force de la ville de Bonail en Languedoc. Emportée d’assaut sur les Rebelles, par Monsieur le Mareschal de Thomines le 23. Iuin. / ... / A Roven, Chez Dauid Ferrant, ruë aux Iuifs dans la Court des Loges. Auec Permission. M.DC.XXV. (Pet. in 8, 16 p. ch. B. N. Lb36 2340 a). —

C. / La povrmenade de l’âme devote, Accompagnant son Sauueur depuis les rués de Ierusalem, iusquesau Tombeau. Par le sievr Avvray. [Grav. représ. Jésus tombant sous sa croix.] A Roven, Chez Dauid Ferrand, ruë aux Iuifs, près le Palais. (S. d. ( 1 633) In 1 2. io3 p. ch. B. N., Ye. 1 1497). — ■ (3) Voy. par exemple : — Inventaire general delà Mvse Normande, Diuisée en XXVIII Parties. Ov sont descrites plusieurs Batailles, Assauts, Prises de villes, Guerres estrangeres, Victoires de la France, Histoires comiques, Esmotions populaires. Grabuges, & choses remarquables arriuées à Rouen depuis quarante Années. Par David Ferrand. Le sommaire se voit au fueillet suyuant page 7. // Et se vendent a Roven Chez l’Avtheur, ruë du Bec, à l’Enseigne de l’Imprimerie. M.DC.LV. (Pet. in 8. 484 p. ch. B. N., Inv. Rés. Ye. 3271). — (4) Voy. Documenta, no 618. — (5) Voy. supra, pp. 18 et 19. — (6) E. Gosselin, Glanes, p. 161. — (7) Ibid.

vier 1620, il était frappé de 10 livres d’amende pour avoir imprimé divers libelles sans permission l.

Assagi sans doute par ces démêlés judiciaires, David II continua ensuite plus paisiblement l’exercice de sa profession, mais, sur la fin de sa carrière, un hôte plus désagréable, la maladie vint l’assiéger durant plusieurs années. Il était affecté depuis longtemps déjà d’un tremblement de tout le corps :

« le bransle, ouy de corps, non des biens, ny d’esprit»

dit-il, dans ses Adieux à la Muse normande (p. 28), lorsqu’en 1655, tout comme Molière, il fut pris de vomissements de sang :

« le te iure en camarade Pendant qu’on travailloit dessus 2 I’ay presqu’esté tousiours malade.

Une nuict, deux heures sonnant, le vomis bien trois pots de sang,

Et la bille qui me commande En sortant fit mesmes efforts.

Pardy, mes gens estimest morts L’Autheur et la Muse Normande. »

Plus heureux cependant que notre illustre auteur comique, David II se remit tant bien que mal de cet accident; il était encore toutefois en assez triste état en 1659 :

« Depis six mais que i’estois en litière Empoitronné d’onguent par le z’ortieux, le ne marchois à nen pu qu’un goutteux.

Mais, grâce à Dieu et me n’apotiquaire Depuis six iours îe me porte un p’tiot mieux 3 »

Et enfin, le 29 ou le 30 juin 1660 il passait de vie à trépas4. Voilà tous les renseignements que j’ai pu recueillir sur l’imprimeur ; quant au poète, il est surtout connu comme auteur de la Muse Normande 5, « ouvrage moins souvent sérieux que plaisant et bouffon,

(1) Cf. Documenta, no 612. — (2) Inventaire général , décrit ci-dessus (note 3),

p. Iy3- — (3) Estrenes de la Muse normande dediées au Super-Eloquentissime

Mouqueux de Candeile des Palinots. — (4) A. R. Par. St Lô, Reg. des Mor-

tuaires de 1660: « Le trentiesme [juin] a esté inhumé le corps mort de David

Ferrand, aagé de soixante et dix ans ou viron, vivant marchand libraire et imprimeur. >• — (5) Voy. : La Muse normande de David Ferrand Publiée d’après les Livrets originaux, 1625 — 1 653 et l’Inventaire général de i655. Avec introduction, notes et glossaire Par A. Héron. — Rouen, Imprimerie Espérance Cagniard (Pet. in-4, 4 vol. 1891-1893. B. N., Rés. p. Z. 359). Edition de la

seine-inférieure

où se trouvent plusieurs poésies delà Conception, non couronnées toutefois au Palinod, pour lequel elles avaient été composées. Il était plus heureux dans le grotesque. Aussi tous les ans était-il le Scarron et le Vadé du Palinod au banquet des Princes, qui se faisait après la cérémonie du couronnement. C’est là qu’il réussissait ; témoin ce sonnet qui fut fait à table le soir sur la ligne que donna le Prince, qui est celle de la conclusion du sonnet, dont l’auteur en emporta le prix, qui était une boîte d’anis1 ». Une excellente étude sur l’œuvre de David Ferrand a été fournie par M. Eugène de Robillard de Beaurepaire 2, qui apprécie en terminant le talent du poète de la façon suivante (p. 335) : « En arrivant au terme de ces recherches, nous ne voudrions pas que l’on pût se méprendre sur notre appréciation du mérite de Ferrand. Son langage, nous l’avons dit, est vulgaire et quelquefois cynique ; ses pensées dépourvues de délicatesse et d’élévation, passent perpétuellement de la platitude à la prétention et rappellent le plus souvent le genre d’esprit des questions Tabar iniques. A tout prendre, l’imprimeur rouennais est un piètre écrivain et ce n’est pas par sa valeur littéraire qu’il peut se recommander à notre attention. Mais sa chronique indiscrète et bouffonne est le journal populaire de la ville de Rouen pour la première moitié du xvne siècle ; c’est en outre un document précieux qui, tout en nous révélant un côté peu connu des concours palinodiques, nous Dit toucher du doigt les imaginations grotesques qui formaient invariablement le fond des réjouissances publiques à la même époque. Ces Cants Ryaulx si applaudis se rattachent, en définitive, aux farces nombreuses que le xvie siècle vit éclore et envahir peu à peu les mystères dramatiques et jusqu’aux cérémonies religieuses; ils forment le pendant des fêtes burlesques si communes au moyen âge, des liturgies extravagantes, et des soties si vives et quelquefois si audacieuses. La physionomie de Ferrand à cet égard n’a peut-être pas été assez

Société des Bibliophiles Normands. On trouve dans l’excellente introduction de M. Héron de nombreux renseignements bibliographiques sur les éditions de la Muse Normande et les divers livrets poétiques publiés par Ferrand.

(1) T. I., p.291:, de: Les trois siècles palinodiques ou Histoire générale des Palinods de Rouen, Dieppe etc. Par Jos. André Guiot, de Rouen. Publiés pour la première fois, d’après le Manuscrit de Rouen, Par l’Abbé A. Tougard. (Rouen et Paris, 1898. 2 vol. in-8.) — (2) Du rôle du grotesque dans des concours palinodiques. Le Festin des princes, David Ferrand et la Muse normande. Dans : Bull, de la soc. des Antiq. de Normandie, t. IV. (Paris, 1886. In-8), pp. 3 1 6-336 .

remarquée ; elle nous semble présenter quelque intérêt et nous fera peut-être pardonner la longueur des développements dans lesquels nous sommes entré. »

David II Ferrand avait épousé Madeleine de Saint-Igny, dont il ne semble pas avoir eu d'enfant; elle continua l’entreprise de son défunt mari 1 * * 4, à laquelle elle associa, paraît-il, son propre neveu, Jean Oursel 2, qui lui succéda en 1674. Elle décéda elle-même un an plus tard, le 22 mars 1675 3.

IV. Robert (1621-1646) n’est connu que par de petits livrets 4, sur lesquels il n’a même pas pris soin de nous conserver son adresse. Il fut garde de sa Communauté en 1640 et 1645 5 *.

V. Jean (1622-1640) aurait imprimé, d’après Frère, de 1630 à 1640, mais il débuta beaucoup plus tôt que ne le dit ce savant bibliographe, attendu que, le 18 juillet 1622, une sentence du bailliage de Rouen G, confirmée par arrêt du Parlement du 8 janvier suivant 7, l’avait condamné à 25 libres tournois d’amende, pour avoir imprimé sans permission un ouvrage, bien connu par d’autres éditions, intitulé : Les Caquets de T accouchée, et s’être abstenu d’y mettre son nom et son adresse. Lui aussi fut garde de la Communauté rouennaise, en 1630 8.

VI. Pierre II (1683-1699) est signalé par Frère, comme ayant exercé de 1667 à 1699; la première de ces dates ne saurait être exacte, car il n’avait vu le jour qu’en 1666 9; il était fils d’Antoine Ferrand, libraire (1644- 1667), et Geneviève Delamare, qui, après la mort de son mari, convola avec Antoine Maury. En réalité, il ne faut pas confondre, comme l’a fait Frère, Pierre II avec

(1) Voy. notamment: Les derniers soupirs de la Muse normande. / A Rouen, Chez la vefue de Dauid Ferrand, rue du Bec, près le Palais, à l’imprimerie. M.DC.LXIIII. (Cet ouvrage est cité par M. Héron, dans son introduction à la Muse normande, p. XXIII). — (2) Première Partie du Restablissement de la Mvse normande Remise en son lustre Où sont comprins plusieurs ouvrages facétieux, tant en langage Purinique, ou gros Normand que quelques pièces sérieuses, mais traittées burlesquement. / A Rouen, chez la vefue de D. Ferrand

et Jean Oursel, ruë du Bec, à l’imprimerie, M.DC.LXIX. (Héron, loc. cit.,

p.XXIV). — (3) A. R., Paroisse S. Lô, reg. I :« Le 22e mars 1675, a esté inhumé en l’église lecorps de Magdelaine de St Igny, veuve de feu David Ferrant, aagée de 78 ans, en présence de Jean Oursel et de Laurens Lenfans. » — (4) Voy.

par exemple : Dernier advertissement dv roy. Envoyé aux habitans de la

Rochelle Par Monsieur le Duc d’Espernon, apres la prise des aduenues & bloc-

quement d’icelle. [Vign.] A Roven, Par Robert Ferrant, Iouxtela copie imprimée

à Paris, par Ioseph Guerreau. M. DXXI (sic) Auec Permission. (Pet. in-8. i3 p,

ch. B. N., Lb36 1704). — (5) Voy. supra, p. 18. — (6) Voy. Documenta, n° 6 1 5.

— (7) Documenta, n° 617. — (8) Voy. supra, p. 17. — (9) A. R., Paroisse S. Lô,

SEINE-INFERIEURE

un libraire portant le même prénom, qui fut garde de la communauté en 1663 et 1669 1 ; celui dont je veux parler s'établit au plus tôt en 1683, et en 1689 et 1695, il remplissait lui-même les fonctions de garde Je ne sais pas quel était le mérite de ce typographe pour avoir été aussi jeune appelé à remplir ces honorables fonctions, mais il 11e devait pas être ordinaire, attendu que Pierre Ferrand obtenait, le 19 janvier 1 688, des lettres de provision d’imprimeur du roi « en la ville, bailliage et généralité de Rouen3. Il eut quelque peine toutefois à faire enregistrer ces lettres, Eustache Viret et Julien Courant y ayant formé opposition 4, et ce n’est qu’un an plus tard que le Conseil d’Etat ordonna, par un arrêt du 5 janvier 1689 5, qu’il jouirait de sa charge, mais seulement au premier décès de l’un des opposants. Je n’ai pas rencontré d’impressions faites par ce typographe royal avant l’année 1693 6, ^ n a donc pas rempli très longtemps les fonctions de sa charge, puisqu’il mourut dans les premiers jours de 1699 7- ^ avait son établissement dans la rue Neuve Saint-Lô et l’avait placé sous l’enseigne de Y Imprimerie du Louvre; c’est là qu’Antoine Maury, son frère utérin et son associé

Reg. des Bapt. de i658 à 1667 : « Le 21 dudit (Février 1666) a été baptisé Pierre, fils d’Antoine Ferrand et Geneviève de La Mare, ses père et mère. Le parrain, Pierre de La Mare. La marraine, Catherine Gaillard ».

(1) Voy. supra, p. 19. — (2) Voy. suprà, pp. 20 et 21. — (3) Cf. Documenta, n° 6g3, pièces produites, lettre F. — (4) Ibid., lettre G. — (5) Voy. Documenta, n° 693. — (6) Voy. notamment : A. / Edit du Roy Portant Suppression des Anciens Ofices de Vendeurs de Poisson frais & d’eau douce : Et Création par augmentation de 6 Ofices héréditaires de Visiteurs-Vendeurs de Poisson de Mer, frais, sec, salé & d’eau douce pour la Ville de Roüen. Du mois de septembre 1693. [Arm. de France.] A Rouen, Chez Pierre Ferrand Imprimeur ordinaire du Roy, rué S. Lô, derrière le Palais, à l’Imprimerie du Louvre. Avec privilège de Sa Majesté. (In-4. 6 p. ch B. N., F. 236i5, pièce 353). — B. / Edit du Roy. Portant Création d’Ofices de Colonels, Majors, Capitaines & Lieutenans des Bourgeoisies dans les Villes & Bourgs fermez du Roiaume. Du mois de Mars 1694. [Arm. de France.] A Rouen, Chez Pierre Ferrand & Julien Courant, Imprimeurs ordinaires du Roi, rué S. Lo, derrière le Palais. Avec Privilège deSa Majesté. (In -4. 6 p. ch. B. N., F. 2 36 1 5, pièce 494.) — C. / Ordonnances, Edits et Déclarations bur le fait des Tailles. Augmentez de plusieurs Arrêts et Réglemens, tant du Conseil que de la Cour des Aides de Normandie, rendus jusqu’en 1699. [Arm. de France.] A Rouen, chez Pierre Ferrand Imprimeur ordinaire du Roi, rué S. Lo, derrière le Palais, à l’Imprimerie du Louvre. M.DC.XCIX. Avec Privilège de Sa Majesté. (In-12, 533 p. ch. B. N., F. 26161.) — (7) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 3 ; « Du 3e febvrier 1699. Le corps de feu Pierre Ferrand, imprimeur ordinaire du Roy, âgé de 33 ans, décédé le 3ie janvier, après avoir été muni de tous les sacrements, a esté inhumé dans la chapelle de la Vierge de nostre église, présence de Anthoine 1 Mauri, son frère et de Laurens Mauri, son cousin. »

G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III.

depuis plusieurs années 1 * * 4, lui succéda et le remplaça même comme imprimeur de Sa Majesté2.

VIL Jacques 1(175 2-1776). L’imprimerie rouennaise n’avait plus compté depuis de longues années d’artisans du nom de Ferrand, lorsque l’un des fils de Charles Ferrand, libraire, se mit sur les rangs pour obtenir la place devenue vacante parle décès de la veuve de Romain Yeury, et un arrêt du Conseil, du 18 septembre 17523, ordonna qn’il y serait reçu- Né à Rouen le 25 décembre 1716 4, il avait appris dans sa ville natale les premières notions de son art, il était allé ensuite se perfectionner chez Gabriel Valleyre, imprimeur à Paris5, puis il était revenu s’établir libraire à Rouen. Jacques I Ferrand ouvrit son imprimerie dans la rue Ganterie, mais, bien qu’il eut trois presses et sept compagnons 6 * *, il n’a pas produit de livre quelque peu recommandable, s’étant presque entièrement adonné aux travaux de ville. Il décéda le 2 novembre 1775 T, et fut remplacé peu de temps après par l’un de ses frères, qui suit.

VIII. Pierre-Robert (1776-1790). Frère du précédent, il avait vu le jour à Rouen le 30 juin 1721 s, et s’y était établi libraire en 1746 9, dans l’attente d’une place d’imprimeur. La mort de son aîné lui procura l’occasion de se présenter et il fut habilité à le

(1) La Piété envers Jésus-Christ, ov Méditations sur les misteres, & sur les

Paroles de J. C. N. S. Première Partie, Contenant les Misteres selon l’ordre que l’Eglise les célèbre durant l'Année. [Le voile de Véronique tenu par un ange.] A Roven, Chés Pierre Ferrand & Antoine Maurry, ruë Saint Lo, derrière le Palais, à l’Imprimerie du Louvre. M.DC.XCVII. Avec Aprobations & Privilège du Roi. ( I n - 1 2 . 209 p. ch. sll., et 3oq p. sla ta., pour la Seconde Partie, Contenant les principales Paroles de J. C. avec des Reflexions Morales. B. N., D. 20002.) — (2) Voy. Documenta, n° 71 1. — (3) Voy. Documenta, n° 891. — (4) A.

R. , Paroisse S. Lô, reg. 5: « Du Vendredi 25e décembre 1716, Jacques, né de ce

jour du légitime mariage de Charles Ferrand, marchand libraire, et de Marie Madelène Labulle, a esté baptizé en nostre église par nous sousigné curé. Le parain, le sieur Jacques Besongne, imprimeur du Roy ; la mareine, Caterine Legendre, femme du sieur Eustache Hérault, marchand libraire. » —

(5) Voy. Documenta, no 891. — (6)B.N.,Ms. fr. 22185, f° 104. — (7) A. R. Paroisse

S. Laurent : « Le samedi 4e jour du mois de novembre [1775], le corps de

M. Jacques Ferrand, imprimeur-libraire natif de St Lô de cette ville, décédé le

2 du présent mois, âgé d’environ 5q ans, a été inhumé dans l’église près la chapelle S. Pierre, par M. Pierre-Benjamin Ferrand, son neveu, prêire habitué à Ste Marie la petite, en présence... » — (8) A.R., Paroisse S. Lô, reg. 6 ; « Du 1 er juillet 1721-, Pierre Robert, né le jour précédent du légitime mariage de Charles

Ferrand, marchand libraire, et de Marie-Madelène Labulle, a esté baptisé en nostre église... Le parain, Robert Machuel, imprimeur-libraire; la maraine, Catherine Agnez Hérault, fille de feu le sieur Eustache Hérault, marchandlibraire. » — (9) A. N., V6 95i, Arrêt du Conseil du 19 décembre 1746.

SEINE-INFÉRIEURE

remplacer par un arrêt du Conseil du 12 août 1776 l. Installé dans la rue Neuve Saint-Lô, il exerça jusque dans les premières années de la Révolution. En 1789, il s’intitulait l’imprimeur du Comité des Volontaires-Patriotes de la Commune de Rouen2!

IX. Jacques II (1788-1806). Successeur d’Abraham-François Viret, en vertu d’un arrêt du Conseil d’Etat du 25 février 1788 3, il reprit l’établissement de ce dernier dans la rue Senécaux 4, et il y exerça jusque dans les premières années du xixe siècle. Je ne connais pas les liens de parenté qui l’unissaient aux précédents, parce que malheureusement la date de son baptistaire a été laissée en blanc dans son arrêt de nomination, mais je m’en console facilement puisque la plus grande partie de sa carrière appartient à une époque que je n’ai pas étudiée et qui reste en dehors du cycle de cet ouvrage.

Fleuriet (Roger), imprimeur à Rouen (1558).

Ce nom, auquel était accolé le qualificatif d 'imprimeur, a été rencontré par E. Gosselin 3, dans les registres du tabellionnage de Rouen. Il ne s’agit évidemment que d’un simple compagnon ; son nom d’ailleurs semble avoir été mal lu, ce doit être Fleuriot, un ascendant d’Enéas Fleuriot, qui figure parmi les compagnons imprimeurs en 1579.

Follie (Robin), imprimeur à Rouen (1572),

Comme le précédent, ce nom a été rencontré par Gosselin 6 au hasard des recherches et doit être également celui d’un compagnon.

! Freneau (Pierre) imprimeur à Rouen (1 5 54).

On 11e connaît rien de cet imprimeur, si ce n'est la mention suivante qui en est faite par Duverdier 7 : « Traité des Hérétiques, assavoir si on les doit persécuter ; et comment on doit se conduire

( 1) Documenta, no g35 . — (2) Lettre Du Député de la ville de Paris [N. de Bonneville] à MM. les Volontaires-Patriotes de la Commune de Rouen. [A la fin ;] A Rouen, De l’Imprimerie de Pierre Ferrand, Imprimeur du Comité des Volon- ; taires-Patriotes de la Commune de Rouen, rue Neuve-Saint-Lô. 1789. (In-4. 4 p. ch. B. N., Lb35 2092.) — (3) Documenta, no 943. — (4) Adresse A Messieurs de la municipalité de la Ville de Rouen [A la fin :] A Rouen. De l’Imprimerie de Jacques Ferrand, rue Senécaux, numéro 1. 1790. t In- 8. i5 p. ch. B. N.,Lk7 8445.) — (5) Glanes, p. 106. — (6) Ibid. — (7) Bibliothèque françoise, t. II, p. 254.

GAU. IA TYPOGRAPHICA

avec eux, selon l’advis, opinion, & sentence de plusieurs Auteurs, tant anciens que modernes. Imprimé à Rouen, in-8°, par Pierre Freneau, 1554. Censuré. »

Gadouleau (Michel), prétendu imprimeur de Rouen (1581).

Frère cite dans ses Notes1, un « Michel Gadoulleau (sic), libraire -ou imprimeur à Rouen en 1581 », d’après le catalogue de la bibliothèque de M. Chedeau, de Saumur “2, lui attribuant une édition des Œuvres de G. de Saluste seigneur du Bartas 3. Bien que ce catalogue ait été rédigé par le savant libraire Potier, ii est évident que l’insertion du mot Rouen avant le nom de Michel Gadouleau ne peut être que le résultat d’un lapsus; l’édition des œuvres de Du Bartas dont il s’agit a été en effet donnée non à Rouen, mais à Paris 4, où Gadouleau tint boutique de libraire, dans le Clos Bruneau, à l’enseigne de la Corne de Cerf, de 1571 à 1614, année de sa mort 5. C’est donc un prétendu libraire ou imprimeur rouennais à élaguer sans aucun remords.

Gaquerel (Jacques), prétendu imprimeur à Rouen (1597).

Je n’ai rencontré ni vu citer aucun ouvrage portant la souscription de ce personnage ; cependant Frère, dans ses Notes 2, en fait un imprimeur ayant exercé à Rouen en 1597 ? Je ne Ie mentionne ici que pour mémoire, persuadé qu’il s’agit encore cette fois de quelque erreur plus grosse encore que la précédente, car elle semble porter en même temps sur le nom et sur la date. Il s’agirait, si je ne me trompe, de Jacques Tanquerel, dont on trouvera plus loin la notice.

Garou (Jean), prétendu imprimeur à Rouen (1556).

Ce prétendu imprimeur rouennais est connu par une édition des Evures de Loyse Labé lionnoise , signalée par Brunet 6. Je ne crois pas qu’il ait jamais réellement existé, et le livre en question me paraît être une simple contrefaçon de l’édition des œuvres de la célèbre lyonnaise, donnée en 1555 par Jean de Tournes 7. L’im-

(1) Liasse 1 1 5. — (2) Paris, 1 865. In-8. B. N. A. 19197. — (3) P. 99, n° 486. —

(4) Cette édition est à la B. N., sous la cote Ye. 1972. — (5) Cf. Ph. Renouard,

Impr. parisiens, p. 141. — (6) Liasse 1 1 5 . — (6) M.B., t. III, col. 709. — (7; Voy.

sur cette édition : E. Picot, Cat. de la bibl. J. de Rothschild, t. I, n° 638.

SEINF.-INFÉRIEURE

primeur ou le libraire de Rouen n’aura pas osé y mettre son véritable nom et aura employé celui de Jean Garou pour dépister les recherches ; ce ne serait alors qu’un pseudonyme.

Gascoing (Louis), imprimeur et fondeur de lettres à Rouen (1522).

On n’a d’autres renseignements sur ce typographe que ceux rencontrés par Gosselin dans les registres du tabellionage de Rouen ; il suffit donc de reproduire ici la note que lui consacre1 l’érudit dont je viens de citer le nom : « Loys Gascoing, demeurant sur la paroisse Saint-Etienne des Tonneliers, exerçait les deux professions de fondeur de lettres et d’imprimeur. Il avait épousé une jeune fille de Saint-Saëns, nommée Guillemette. Elle lui avait apporté quelque bien, mais on serait tenté de croire que, malgré les deux cordes de son arc, Gascoing ne put suffire aux besoins de son ménage, car on le voit d’abord échanger les biens de sa femme contre d’autres qui lui appartiennent et y touchent, puis immédiatement vendre le tout pour 160 livres (Tabell., 5 juillet 1522). »

Gaullemier (Guillaume), imprimeur à Rouen (1500-1520).

Voici cette fois un véritable imprimeur et non des moins habiles qu’ait possédé la ville de Rouen dans les premières années du xvie siècle. « Il exerça vers 1500, dit simplement Ed. Frère 2, et il imprima plusieurs ouvrages de droit pour Robinet Macé, alors libraire à Caen.» En fait, aucune des impressions de Gaullemier ne porte la mention de l’époque à laquelle il les a exécutées ; il apparaît cependant que si l’on peut, avec quelque vraisemblance, fixer aux environs de 1500 ou 1501 la date de ses débuts, on peut également donner celle de 1520 comme limite extrême de ses travaux. Guillaume Gaullemier imprima en effet pour quatre libraires de Caen 3, assez bien connus grâce au magistral catalogue des premiers livres imprimés ou publiés dans cette ville, dressé par L. Delisle 4 ; or aucun d’eux n’a exercé au delà de l’année 1520. Il travailla également pour des libraires de Rouen, notamment pour Jacques Le Forestier 5.

(1) Glanes, p. 86. — (2) De l’impr. et de la libr. à Rouen dans les XV* et

XV V s., p. 3o. — (3) Ces libraires étaient: Pierre Regnaut (Cf. Delisle, Cat.

cité, t. I, n“ 7, 108, 175) ; Robert ou Robinet Macé (Ibid., noa 162 et 357), Michel

Anger, et Jean Macé, à Rennes (Ibid., n° 347). — (4) Catalogue des livres impri-

més ou publiés à Caen avant le milieu du XVIe siècle. — (5) Voy. notamment :

Guillaume Gaullemier était établi à Rouen dans la rue de Grand Pont : ses casses ne semblent avoir contenu que des caractères exclusivement gothiques.

Gendron (Charles), imprimeur à Rouen (1588-1598).

Frère 1 ne donne que la date de 1598 pour l’exercice de cet imprimeur ; il résulte pourtant des documents qu’il s’était établi dix ans plus tôt. On le rencontre, en effet, en 1588, partie défenderesse dans une procédure intentée contre lui par plusieurs libraires et imprimeurs de la ville de Rouen 2, qui s’opposaient à son installation, parce qu’il n’avait « fait aulcun apprentissaige en ceste ville et [qu’il était] du tout ingnorant de l’art ». Lui soutenait au contraire qu’il avait été régulièrement reçu maître par une sentence devenue définitive, et que, d’ailleurs, après avoir travaillé pendant quelques mois, en 1576, dans les ateliers de son beau-frère, Richard Lallemant, il était allé faire son apprentissage à Paris, chez Nicolas Chesneau, où il était resté jusqu’à la mort de ce maître 3. Je ne connais malheureusement pas la solution de cette affaire, mais il semble qu’elle ait été favorable à Gendron, puisqu’il exerçait encore en 1598 et réimprimait à cette époque trois opuscules cités par Brunet 4, savoir : (i°) Exhortation aux dames vertueuses, en laquelle est démonstré le vrai point d’honneur ; avec l’Hécatonphile de Léon-Bapt. Alberti, contenant l’art d’aimer, en italien et en françois. Pet. in-12 de 47 p., y compris le titre. — (20) Response à un curieux demandant pourquoi les hommes s’assubietissent aux femmes. Pet. in-12 de 23 p. — (30) Discours contre un petit traité intitulé : Exhortation aux dames vertueuses. Pet. in-12 de 84 p., titre compris.

Geuffroy (Les), aliàs Geoffroy, imprimeurs-libraires à Rouen (1600-1665).

Je ne connais pas le lien qui rattachait entre eux ce groupe d’im-

— Fabule esopi / Cum commente». [Marque de J. Le Forestier.] Au dernier feuillet : (£ Fabularum liber cum glosa finit féliciter Impressus Rothomagi per Guiller/mum gaullemier pro Jacobo le Forestier. (Pet. in-4. 3o f. n. ch. y compris le titre, plus un f. blanc au r°, contenant au v° la marque de Le Forestier. Sign. Ai i , B-E par ii. Impr. goth. (Pellechet, 200) B. N., Inv. Rés. Yb 402.)

(i)N.F., liasse ii5. — (2) Cf. Documenta, n* 53q. - (3) Voy. Documenta, n° 535. — (4) M. B., t. Il, col. 1134.

SEINE-INFÉRIEURE

primeurs, mais voici les renseignements que j’ai recueillis sur eux.

I. David (1600-1636). Après avoir fait son apprentissage chez Robert Féron, il fut admis à la maîtrise en 1600 1 et non en 1598, comme l’avance Frère 2 ; en 1605 et 1606, il remplit les fonctions de garde de la Communauté 3, et à partir de 1611, installé dans la rue des Cordeliers, joignant Saint-Pierre , il fournit d’assez nombreuses productions et apparaît dans quelques procédures. Le 28 juillet de cette dernière année, un arrêt du parlement de Rouen4 l’autorisa à imprimer une Méthode nouvelle de guarir les catarrhes , du médecin Jacques Duval ; il mit aussitôt cet ouvrage sous la presse et le donna au public peu de temps après 5. Le titre de ce volume est orné d’une marque, qui paraît avoir été copiée sur celle de Jacques I Kerver, de Paris 6, c’est à dire qu’elle représente une licorne assise et tenant un écusson, mais au lieu du monogramme de Kerver, on y voit un autre monogramme qui ne saurait appartenir à David Geuffroy, car, sauf trois, on n’y trouve pas les lettres de son nom ; celles-ci se superposent bizarrement, dans l’ordre suivant, en commençant par le haut : V, A, I, S, T, H, F, R, N, L. Voilà un rébus que je ne me charge pas de déchiffrer. La véritable marque de cet imprimeur figure sur une édition qu’il donna en 1627 des Œuvres de Guillaume Du Vair 7 : elle représente un ange dans un ovale, tenant de la main droite un filet (?) et de la gauche un niveau ; on remarque aux quatre angles les armes de France, de Navarre, de Normandie et de Rouen, et au bas le chiffre de notre typographe.

En 1612, Geuffroy imprima un nouvel ouvrage du médecin Duval8; en 1617, au moment où il achevait l’impression d’un

(1) A. D. S., E. 483, f° 2 v«. — (2) N. F., liasse ii5. — (3) Voy. suprà,

p. 16. — (4) Voy. Documenta, n° 58o. — (5) Méthode novvelle de gvarir les catarrhes et tovtes maladies qui en despendent, voyre mesme celles qui cy

deuant ont esté reputez incurables. En la déduction de laquelle se trouuent 71. paradoxes qui tous sont monstrez estre ortodoxes, sans l’intelligence desquels la guarison desdites maladies ne peut méthodiquement procéder. Par noble homme M. lacques Duval, sieur d’Ectomare & du Houel, Docteur & Professeur en Medecine, natif d’Eureux, demeurant à Rouen. [Marq. indiquée.] A Roven. Chez David Geuffroy demeurant à la ruë des Cordeliers, joignant S. Pierre.

M.DC.XI. Auec priuilege du Roy. (Pet. in-8. 38a p. ch. sll. et la ta. B. N., Te18 497.) — (6) Voy. Silvestre, Marq. trp ., n° 1006. — (7) Bibl. de Rouen. — (8) Des

hermaphrodits, accovchemens des femmes, et traitement qui est requis pour les

releuer en santé, & bien eleuer leurs enfans. Où sont expliquez la figure des

laboureur, & verger du genre humain, signes de pucelage, défloration, concep-

tion, & la belle industrie dont vse nature en la promotion du concept & plante

petit opuscule relatif à la mort du maréchal d’Ancre h Geuffroy fut condamné lui-même à 30 livres d’amende, sur les poursuites de Martin LeMégissier 2, imprimeur de Sa Majesté, au préjudice duquel il avait imprimé les lettres du roi relatives à cet événement. Il fut, en 1618, frappé d’une nouvelle condamnation, à cent livres d’amende cette fois, pour avoir été surpris entrain de travailler à l’impression d’un ouvrage, avant d’en avoir obtenu permission 3: Geuffroy interjeta appel de cette décision 4 et fut déchargé de la moitié de l’amende par un arrêt du Parlement du 8 avril 1620 5. Enfin, en 1624, il était en procès avec Jean Osmont et Jacques Cailloué, à l’occasion d’une planche en cuivre contenant une gravure destinée à une Bible qu’ils avaient mise sous presse; cette planche avait été détournée par un inconnu 6. Il n’y a plus rien ensuite de saillant à relever dans l’existence de David Geuffroy, qui, d’après Frère, se termina en 1636.

II. David et Pierre (1648-1665). Ils étaient sans doute de la même famille que le précédent, mais ils modifièrent l’orthographe de leur nom, en y remplaçant par un o la troisième lettre, u 7. Ils ne sont connus que par quelques livres imprimés de 1648 à 1665 ; Frère cite, sous la première date, une Bible, in fu, imprimée pour le compte de David Du Petit Val, et sous la dernière, une réédition de la Maison rustique , de Charles Estienne 8.

prolifique. Par Maistre Iacques Duval, Escuyer, Seigneur d’Ectomare & du Houuel, Docteur et Professeur en Medecine, natif d’Eureux, demeurant à Rouen. (Vign.) A Roven, De l'imprimerie de Dauid Gevffroy, demeurant à la ruë des Cordeliers, joignantsainct Pierre. M.DC.XI1. Auec Priuilege du Roy. (Pet. in-8. 447 p. ch. si 1 . et lata. Au dern. f. n. ch. : Priv. du Roi donné, à Paris le dernier février 1612, à Jacq. Duval, doct. en méd. à Rouen. B. N., Tb 73 8.)

(i) La reiovissance et remerciement des fidelles François à la Maiestédu Roy touchant la mort du Mareschal d’Ancre. Ensemble les grâces de la France sur le mesme subiect. [Arm. de France et de Nav.] A Rouen, Chez David Gevffroy, ruë des Cordeliers, joignant sainct Pierre. M.DC.XVII. (In-12. 16 p. ch. B. N., Lb36 995). — (2) Voy. Documenta, n° 693, pièces produites, lettre O. — (3) Voy. Documenta, n° 6o5. — (4) Voy. Documenta, n° 608. — (5) Voy. Documenta, n°6i3. — (6) Sentence du 27 novembre 1624 (Cf. Gosselin, Glanes , p. 1 63 ) — ■ (7) A. / L’agricvltvre et maison rvstiqve de M. Charles Estienne, et Iean Liebavlt, docteurs en medecine... (Fleuron). A Roven, Chez David et Pierre Geoffroy, ruë du petit Mont-Lévrier. M DC.LVIII. (In-4, 674 p. ch. sll. et lata. B. N., S. 4441). — B. / La chasse au lovp necessaire a la maison rvstiqve. En laquelle estcontenvla natvre des Loups... Par Iean Clarmorgan (sic), seigneur de Saane, premier Capitaine delà Manne du Ponant. Av Roy Charles IX. (Fleuron.) A Roven, de l’Imprimerie de David & Pierre Geoffroy. M. DC. LVIII. (In-4. B. N., S. 4448.) — (8) N. F., liasse 1 1 5 .

SEINE-INFÉRIEURE

Gomont (Yves), imprimeur (?) à Rouen (1540-1550).

Répertorié par Frère sous le nom inexact de Bornent , Yves Gomont, dont la demeure, comme celle de Jean Lhomme, était rue de laChièvre, aurait, suivant le même auteur 4, exercé de 1540 à 1550. Je ne sais pas sur quels fondements reposent ces dates, car les impressions de ce typographe (?) n’en offrent aucune. Son nom figure sur trois opuscules, dont, quelle que soit ma honte de reproduire de pareils titres, je donne ici la description, parce que celle du Manuel de Brunet2 est assez mauvaise :

A. / ® La grande et / véritable Pronostication des / Cons sauuaiges, Avec la maniéré de les aprivoi-/ser. Nouuellement / Imprime par / lauctorite de / Labbe des / Conars. // |A la fin :]

Ce liure cy fut compose A Naples, au pays de suerie Duquel lieu a este porte A ung maistre dimprimerie Lequel soubdain ie vous affie Pour l’imprimer cessa toute œuure On les vend à la bourgeoysie De Rouen rue de la Chieure.

Finis.

(In-4. 4 p. n. ch. ; impr. goth., B. N., Rés. Y2 1974.)

B. / Sermon ioyeux / dung depucelleur de Nourrisses. (In 4. 4 p. n. ch., imp. goth. B. N., Rés. Y2 1975*)

C. / La source du / Gros Fessier des Nourrisses, et la raison / pourquoy elles sont si fendues entre les/iambes. Auec la complaincte de mon / sieur le cul contre les inuen/ tions des Portugalles. [Un cavalier] Imprime pour Yves Gomont, demou - / rant a Rouen en la rue de la Chieure. (In 4. 8 ff. n. ch., impr. goth. B. N., Rés. Y2 1976. )

Ces facéties sont dans le même genre que celles éditées par Jean Lhomme et je pense bien que c’est lui qui les a imprimées pour Yves Gomont, dans lequel je ne vois pour ma part qu’un modeste libraire.

(1) N. F., liasse io3. — (2) T. II, col. 1701.

GALLlA TYPOGRAPHICA

Gorgeu (Mathieu), imprimeur (?) à Rouen (1614-1627).

Il fut libraire ou imprimeur en 1627, suivant Édouard Frère1. Je suis dans la même perplexité que le bibliographe rouennais au sujet de la véritable profession de Mathieu Gorgeu, mais en ce qui concerne la durée de son exercice, je me montrerai beaucoup plus libéral. Gorgeu fut en effet admis à la maîtrise en 1614 2 * et probablement s’établit-il aussitôt dans la rue aux Juifs, où jele rencontre en 1620 3 ; quant à la date donnée par Frère et après laquelle Gorgeu semble avoir disparu, elle figure sur un livret que possède la Bibliothèque de Rouen4.

Goupil (Richard), imprimeur à Rouen (15 10-15 19).

« Richard Goupil, imprimeur, exerce en 1510, dans la rue Malpalu, près le Couvent des Augustins, à l’enseigne de la Tuile d’or. Jacques Le Forestier paraît avoir habité cette maison en même temps que Richard Goupil, ou plutôt quelques années auparavant.. » Voilà les quelques mots que Frère se borne à consacrer à cet habile typographe5: c’est fort bien sans doute de nous indiquer son adresse, et l’une des années de son exercice, — il est tant d’imprimeurs rouennais sur lesquels 011 avait moins de renseignements encore, — mais c’est fort insuffisant, quand il s’agit surtout d’un artiste dont les travaux paraissent avoir été assez recherchés au temps où il exerçait. Or pendant dix ans au moins, vingt ans peutêtre, n’en déplaise à M. Gosselin, qui semble croire que Goupil n’aurait pas été établi avant l’année 1515 6, le typographe de la rue Malpalu a fait rouler ses presses avec une certaine activité. Il travailla non seulement pour des libraires de Rouen et de Caen, mais encore pour des éditeurs de plusieurs autres villes.

D’après le Répertoire des ouvrages pédagogiques au XVIe siècle 7, Goupil aurait imprimé dès 1490. Cette date paraît bien lointaine; elle est d’ailleurs hypothétique, et, à la vérité, toutes les impressions

(1) N. F., liasse 116. — (2) A. D. S., E. 483, f° i5 v9 . — (3) Les travavx

d’Aristee et d’Amarile dans Salamine. Histoire de ce temps, Premièrement composée en Grec par Théophraste, & nouuellement traduits en François par

Mélidor. [Vign. représentant Aristée et Amarile.] A Roven, Chez Mathieu

Gorgeu, rue aux luifs, près le Palais. M.DC.XX. (In-12. 174 p. ch. sll. B. N.,

Y2 6468.) — (4) Catalogue, Histoire, n° 3 1 1 6 (a). — (5) De V Imprimerie et de la

Librairie a Rouen dans les XVe et XV V s., p. 3y. — (6) Glanes, p. 71. —

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de ce typographe, portant un millésime, ne s’échelonnent qu’entre les années 15 11 à 1518. Toutefois, Brunet1 cite un opuscule: « L’Enfant sage à troys ans, interrogué par Adrian, empereur, lequel luy prend responce de chacune chose que luy demande2 », qu’il croit avoir été exécuté vers 1510. A la fin de l’année 15 11, Goupil imprima, pour trois libraires, — Richard Macé, à Rouen, Michel Angier, à Caen, et Jean Macé, à Rennes, — une version française de la légende dorée de Jacques de Voragine 3; en 15 12, 1515, 1518, il exécuta, toujours pour le compte de libraires, divers ouvrages, dont la description a été donnée par M. Léopold Delisle avec sa maîtrise accoutumée4 ; aucune autre de ses productions connues ne revèle en quoi que ce soit l’époque où il les a mises au jour. Tous les travaux de Richard Goupil ont été exécutés en caractères gothiques d’une bonne lisibilité et, en général, avec une correction satisfaisante. Une coquille assez curieuse figure pourtant au colophon de l’une de ses impressions, mais elle n’affecte que l’enseigne de cet imprimeur5.

Grand-père de Fiquet (Le), imprimeur supposé à Tôtes (1773).

Le choix de la petite commune de Tôtes, à mi-route entre Rouen et Dieppe, eut été bien singulier pour l’établissement d’une imprimerie, mais il ne s’agit ici que d’un lieu supposé et d’un typographe imaginaire, à l’abri desquels on a mis l’opuscule dont voici le titre :

— Le coup d’œil purin, ou abrégé de l’histoire mémorable à la postérité, de la conduite, des caractères et des faits iniques de ceux qui composent le Conseil supérieur de Rouen, à commencer du jour que ces intrus se sont installés au Palais, le 17 décembre 1771... — A Tote, chez le

(1) M. B., T. II, col. 980. — (2) Le catalogue mensuel de la librairie Claudin

(année 1 856, n° 2, août) annonçait sous le n° 891, une copie manuscrite de cette édition, dont la souscription était ainsi libellée : Imprime à Rouen par

Richard Goupil pour Raulin Gaultier. — (3) B. N., Rés. H. 1117. Le titre de cet exemplaire fait malheureusement défaut. — (4) Cat. des livres imp. ou publiés à Caen, t. I, nos i5, 66, 3o2. — (5) Sermones quadragesimales necnon dominicales reverendissimi domini Jacobi de Voragine, sacre théologie professons, ordinis

que Sancti Dominici, finiunt féliciter. Impressi Rothomagi per Richardum

Goupil, juxta conventum Sancti Augustini, ad intersignium Régulé (sic, pour Tegule) auree, commorantem, iinpensis honesti viri Pétri Régnault, librarii universitatis Cadomensis. (Ouvrage décrit par L. Deslisle, op. cit., sous le n° 398.)

Grand-père de Fiquet, dit vil Normand, et à Rouen, chez Perchel, en son hôtel d’Argentcourt... 1773. (In-8. Bibl. de Rouen, B. L, 1561.)

Les circonstances qui déterminèrent l’apparition de cette brochure sont suffisamment connues, pour qu'il soit inutile d’y insister.

Grivet (Les), imprimeurs à Rouen (1620-1669).

Frère n’a connu qu’un seul Claude Grivet1, qu’il fait exercer de 1620 à 1671, et auquel il attribue par suite une longévité qu’il fut bien loin d’atteindre. En réalité, il y eut deux Claude Grivet, ainsi qu’on va le voir.

I. Claude I (1620-1648) était probablement originaire de Rouen; il fut admis à la maîtrise d’imprimeur en cette ville, le 22 décembre 16202. On ne connaît pas une seule de ses productions et celles indiquées par Frère n’appartiennent qu’au second. Je dois donc me contenter d’avoir signalé ce premier Grivet à ceux qui rencontreraient quelque édition portant ce nom antérieurement à 1648.

IL Claude II (1648-1669). Né à Rouen et fils du précédent, il fut envoyé a Paris pour y faire son apprentissage3, mais son brevet ne paraît pas avoir été enregistré à la Chambre syndicale de la capitale, cette formalité d’ailleurs n’étant pas encore devenue obligatoire. Revenu dans sa ville natale en 1648, et son père étant, semble-t-il, décédé, Claude II fut admis à y exercer par une sentence du bailli du 7 décembre delà même année4 et il s’installa dans la rue du Petit Ruisseau, à l’enseigne de la Belle Science , in vico Rivuli, sub signo Nobilis Scientiae5. Il remplit les fonctions de garde en 16596, et imprima, en 1661, en vertu d’un privilège qu’il avait obtenu du roi, le 14 juin 1660, un ouvrage7 au sujet duquel il fut poursuivi

(1) N. F., liasse 1 16. — (2) A. N., V6 55 1 , Arrêt du Conseil du 1 7 mai 1669, qui figurera dans les Documenta du tome V de cet ouvrage. — Voy. aussi : A. D. S.,

E. 483, f° 22 v°. — (3) A. N., V6 55 1. Arrêt cité. — (4) Ibid. — (5-) Lusvvm poeticorvm sylva. Ad vsvm Collegiorvm Societatis Iesv. [Monogr.de la C. de Jésus.] Rothomagi, Ex typographiâ Clavdii Grivet, sub Signo Nobilis Scientiæ. M.DC.LXVII. ( I n - 1 2 , 125 p. ch. si 1 . et la ta. B. N., Yc 4.687.) — (6) Voy. supra,

p. 19. — (7) Le Chrestien interievr, ov la conformité interievre qve doivent avoir les Chrétiens auec Iésus Christ. Diuisé en huit liures, qui contiennent

des sentimens tous diuins, tirez des Escrits d’vn grand Seruiteur de Dieu, de

nôtre siècle. Par vn solitaire. Quatrième Edition reueuë, corrigée augmentée.

/ A Roven, Chés Clavde Grivet, Imprimeur-Libraire, ruë du Petit Ruisseau, à

la Belle Science. M.DC.LX1. Auec Priuilege du Roy, & Approbation. (In-12 5 3 1 „ p. sll. B. N., D. 1 7683.)

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en contrefaçon par Claude Cramoisy, imprimeur à Paris1. Je n’entre pas ici dans les débats de cette affaire, sur laquelle on trouvera tous les détails satisfaisants dans l’arrêt du Conseil d’Etat qui la clôtura2, en prononçant la confiscation de tous les exemplaires imprimés par le typographe de Rouen. En 1665, Grivet édita un ouvrage de Jean Heuzé, avocat au Parlement de Normandie3, et quatre ans plus tard, au mois de février 1669, il abandonna momentanément Rouen pour Vendôme. Il avait en effet épousé la belle-sœur de Sébastien I Hyp, imprimeur de cette ville, nommée Jeanne Divray et que les registres paroissiaux de Rouen appellent par erreur Jeanne de Juray4;le beau-frère de sa femme étant récemment décédé, il avait cru pouvoir remplacer ce dernier à Vendôme ; on verra dans le tome V de cet ouvrage à quelles difficultés il se heurta.

Grouart (Marin), prétendu imprimeurde Rouen (1521).

Cet imprimeur, probablement un simple compagnon, n'est connu que par cette note de Gosselin 5 : « Marin Grouart, imprimeur, et Guillemine, sa femme, demeuraient sur la paroisse Saint-Romain, en l’année 1521 (Tabell., ier mai 1521). »

Gruchet (Les), imprimeurs au Havre (1669-1722).

Cette famille a eu l’honneur d’importer l’imprimerie au Havre ; elle y a ensuite joui, pendant plus d’un siècle et demi, par sa descendance féminine, d’une considération de plus en plus grande. En voici le tableau généalogique pour servir d’introduction à la biographie des deux typographes de ce nom.

(i) L’édition de Cramoisy porte le même titre que celle de Crivet, moins les mots : Quatrième édition , etc. Elle est souscrite ainsi : A Paris, Chez Clavde Cramoisy, ruë des Çarmes, au Sacrifice d’Abel. M.DC.LXI. Auec Privilège & Approbation. (In- 12. 708 p. si l. B. N., D. 17681.) — (2) Voy. Documenta, n° 65 1 . — (3) La conviction dv mensonge des hétérodoxes, de l’antiqvité del’eglise, de Tavtorité des hierarchiqves. Omnem doctvinam de mendacio preiudicandam quæ sapiat contra veritatem Ecclesiarum, & Apostolorum, & Christ i, & Dei. Tertull. libr.de præscript. hæretic. Par Iean Hevzé Escuyer, sieur de Touffrainville. Avocat au Parlement de Normandie. Première Partie. //A Roven, Chez Clavde Grivet, Imprimeur-Libraire, ruë du Petit Ruisseau, à la Belle Science. M.DC.LXV. Avec permission. (In-4. 144 p. ch. si L pour la première partie, et

1 38 p. ch. pour la seconde partie (titre séparé) B. N., Rés. D. 5999.) — (4) Par

exemple : A. R., Reg. des Bapt. de S. Lô (1643-1658) : « Du ie may i65q, Jacques, fils de Claude Grivet et de Jeanne de Juray. Le Parain, Richart

Vernier. La maraine, Geneviefve de Saleur, femme d’Alphonce Fillastre. » —

(5) Glanes, p. 79.

G ALLIA TYPOGRAPHICA

I. Jacques (1669-1687). Prototypographe du Havre, ce n’est pas sans difficultés qu’il put arriver à exercer paisiblement dans cette ville, où il s’était installé en 1669, avec l’appui et à la demande de la municipalité havraise après avoir acquis de Laurent Maurry

(1) Arch. comm. du Havre, Reg. de police de 1669 à 1671, f° 3y « Du 12 octobre 1669, Requeste par Jacques Gruchet, bourgeois de ce lieu, disant qu’il auroit, par l’ordre et l'assentiment des eschevins, traité de tous les

SEINE-INFERIEURE

igi

père, de Rouen, tout le matériel qui lui était nécessaire 1 . Dès qu’elle avait eu connaissance des intentions de Gruchet, la communauté Rouennaise avait en effet déployé les plus grands, mais les plus inutiles efforts, pour s’opposer à cet établissement, dont les conséquences devaient être d’enlever aux maîtres de Rouen toute leur clientèle du Havre. Aussi prétendirent-ils que Gruchet n’était que mercier, — les imprimeurs de cette époque donnaient toujours

ustensiles propres à l’imprimerie, avec le nommé Laurens Maury, de la ville de Rouen, par un prix considérable, à dessein d’establir en ceste ville ladite imprimerie, pour le service et interest public, et que s’étant mis en fait de les faire apporter de ladite ville de Rouen, en ceste ville, et les ayant fait embarquer et acquitter à la Romaine, il en auroit esté empêché par les gardes et imprimeurs de Rouen, lesquels auroient saisi et arresté son imprimerie, et ensuite de quoi, l’affaire est pendante devant nos seigneurs de la Chambre du Parlement, et ledit suppliant hors d’estat de soutenir les frais d’un grand procès, et dans la crainte de le perdre s’il n’estoit pas appuyé, estant constant qu’il ne s’est engagé à l’achat de ladite imprimerie, que pour le bien public, et par l’ordre des eschevins. Par le Procureur-Syndic, a esté dit que loin d’empescher les fins de la requeste, il requiert l’adjonction, pour défendre partout et contre toute personne le droit et la liberté d’establir en ceste ville une imprimerie nécessaire, estant de la dernière conséquence pour le service du Roy, et le bien public, qu’une ville de cette considération puisse se prévaloir de cet avantage. Par advis uniforme, la compagnie a donné adjonction audit Gruchet, et au nom d’icelle, pour défendre, partout ou il appartiendra, ladite imprimerie, laquelle nous lui avons permis et permettons d’establir en ceste ville pour le service du roy et le bien public d’icelle. Signé : Lepretre, Glier, Louvel, Morel, et E. Martin. » (Document déjà reproduit par A. Martin, dans : Les anciennes Communautés d’Arts et Métiers du Havre [Le Havre, 1 883, in-8], p, 226; et par G. D. Quoist, op. cit., p. 6.)

(1) Délibération de la Communauté des imprimeurs et libraires de Rouen: « Du quatrième jour d’octobre 1669. Assemblée a esté convoquée, par les gardes pour deux chefs, le premier sur l’avis qui a esté donné auxdits Gardes qu’un surnommé Gruchet, habitant dans la ville du Havre-de-Grâce, auroit acheté du sieur Laurens Maurry Père, maistre imprimeur libraire de cette ville, une imprimerie consistant en presses, caractères de lettres de fonte et autres ustensiles servant à l’art d'imprimerie, laquelle imprimerie ledit Gruchet a fait chargér dans les heux du capitaine (en blanc), demeurant en ladite ville du Havre, et comme lesdits gardes ont cognoissance que ledit Gruchet n’a aucune qualité du libraire imprimeur et que souffrant l’enlèvement de ladite imprimerie ce seroit contrevenir à l’intention du Roy portée dans Pan-est du Conseil du sixiesme Octobre 1667, ils ont esté obligez d’en donner advis à ladite Communauté, afin d’en résoudre ce qu’elle advisera bon estre... La Communauté, au regard du premier chef, est d’advis que lesdits Gardes assistez des sieurs Jean de Manneville, Jean Viret, Jacques Besongne, Jean Machuel, Jullien Courant et Robert Séjourné, se retireront par devers Monsieur le Lieutenant général pour lui en donner advis et suivre ses ordres sur ce sujet soubz son authorité et mesme de faire arrester si besoing est lesdites presses et ustensiles servant à ladite imprimerie et librairie.» (Antérieurement reproduit par G. D. Quoist, op. cit., pp. 2 et 3.)

cetre profession à ceux sur lesquels ils tentaient de jeter le discrédit, comme en d’autres temps, on a lancé l’épithète d’épicier aux personnages qu’on voulait ridiculiser, — et ils l’accusaient en outre de ne pas connaître les premiers éléments de l’art de l’imprimerie, « n’estant apprentif ny maistre de cette province 1 ». Les historiens de 1 imprimerie du Havre ont pris trop à la lettre ces dénigrements systématiques et passionnés, et même, l’un d’eux affirme 2 que Jacques Gruchet était illettré et tout à fait ignorant d’un art dans lequel il s’était improvisé 3.

Or, le prototypographe du Havre avait certainement fait ses humanités et était congru en langue latine, il était de plus imprimeur de profession. En effet, probablement originaire de Rouen, où il avait dû naître vers 1639 4, il était allé à Paris, où l’on exigeait alors la connaissance du latin, faire son apprentissage chez Gilles Tompère, mais, comme il était déjà marié, son brevet fut annulé par sentence du Prévôt de Paris 5 et Gruchet déclaré incapable de

(1) Assemblée delà Communauté de Rouen du i3 février 1670 : « Assemblée générale a esté ce jour d’huy convoquée par les Gardes pour réitérer à la Communauté le sujet de l’Assemblée du jour d’hier consistant en quatre chefs ci-dessous énoncez, la Compagnie ayant trouvé à propos de ne rien délibérer, en conséquence, d’autant que l’assemblée n’estoit pour lors assez complète... Ladite Communauté ayant considéré la déclaration dudit Louys Maury et que ladite imprimerie n'est point pour servir audit Gruchet, son gendre, comme n’ayant ce pouvoir, n’estant apprentif ny maistre de cette province, ne peut consentir la délivrance de ladite presse et caractères arrestez, attendu que ce seroit contrevenir à l’arrestdu Conseil d’Estat de Sa Majesté en l’année 1667, qui fait defifences d’establir aucunes imprimeries nouvelles en aucune des villes de son royaume sans permission de ladite Majesté, portant ledit arrest deffences aux syndics et adjoints des villes où il y a maîtrise de consentir à l’establissement des imprimeries nouvelles, à peine d’estre privez de leurs maistrises... » (Reproduit aussi par G. D. Quoist, op. cit . , p. 4). — (2) G. D. Quoist, op. cit . , p. 1 1 . — (3) Le même auteur tire argument (p. 12) de quelques malfaçons relevées par lui dans des impressions de Gruchet, pour déclarer que tous les ouvrages, sans exception, sortis des presses de cet imprimeur, sont d’une grande médiocrité. M. G. D. Quoist n’a pas vu tous les ouvrages exécutés par Gruchet ; son affirmation n’a donc qu’une valeur très relative et il ne l'aurait pas produite, j’en suis certain, s’il avait examiné, par exemple, le Véritable art de naviger, de 1671, dont l’exécution est parfaite et que le meilleur imprimeur de Rouen à cette époque eut pu signer sans se compromettre. — (4) D'après la supputation de son âge (48 ans), à l’époque de son décès. — (5) « A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Pierre Seguier, chevalier, marquis de Saint-Brisson, seigneur de Ruau, Salut. Sçavoir faisons que sur la requeste faite en la Chambre civile par Lestor, procureur des syndic et adjoints de la Communauté des marchands libraires, imprimeurs et relieurs de cette ville de Paris, demandeurs aux fins des exploits faits à leur requeste le 2e octobre passé, contre M° Jean Le Guay, procureur de Gilles Tompère, Antoine Sommaville, Charles Coignard, Nicolas de Beaujeu,

SEINE-INFÉRIEURE

ig3

parvenir jamais à la maîtrise. La carrière d’imprimeur lui étant dès lors fermée à Paris, craignant de plus que du même coup la maîtrise

tous marchands-libraires, imprimeurs et relieurs de lad. ville, et encore procureur de Jacques Gruchet, apprentif dud. Tompère, Charles Osrnont, apprentif dud. Sommaville, Jean Thomas, apprentif dud. Coignard, et Paul Léger, apprentif dud. de Beaujeu. Et contre Hamonyn, procureur de Claude Debatz, aussi marchand libraire, et d’André Pralard, son apprentif. Parties ouyes, entre led. Lestor et Legay esdit nom, et que led. Lestor a représenté que de disposition des ordonnances et statuts sur le fait de la librairie, il est certain et constant qu’il n’est permis à aucun maistre d’avoir et tenirapprentifs qui soient mariez ; que cela est interdità tous libraires, imprimeursetrelieursparl’article 24, et, entre autres réglemens, il a esté nommément ordonné par un arrest contradictoire de la Cour de Parlement du 26 may 1 6 1 5 portant en ces termes que nul desd. maistres ne pourra tenir apprentifs qui soient mariez, ains prendront de jeunes enfants qui sçaurontlire et escrire, et toutefois par une résistance et contravention ouverte, grand nombre de maistres de lad. Communauté ont receu apprentifs des hommes mariez, et quantité d’autres maistres retiennent avec eux et à leur service leurs apprentifs, après les avoir veu marier pendant le temps de leur apprentissage, qui est le plus grand désordre et le plus préjudiciable qui pust arriver à lad. Communauté, car comme il est certain que le nombre excessif de maistres dans cet art en ruine la fonction et le lustre par des raisons notoires et qui sont dans l’évidence ; que, pour en réduire le nombre, ceux qui ont rédigé les statuts pour la librairie ont limité qu’il ne pourroit estre receu par chacun an qu'un seul libraire, un imprimeur et un relieur, sans y comprendre les fils des maistres, nv ceux qui épouseront des filles de maistres, lesquels pourroient estre receus en tout temps et en tel nombre qu’ils se présenteroient. L’intention de lad. ordonnance seroit bien frustrée s’il estoit permis d’avoir et tenir des apprentifs mariez, lesquels se trouveroient chargez d'enfans avant que d'estre sortis d’apprentissage et que d’estre en rang et ordre pour se présenter à la réception, lesquels par le moyen d’icelle donneroient en inesme temps à la Communauté un nombre infini d’enfans de l’un et de l’autre sexe, capables de faire autant de maistres en tout temps et hors le nombre de trois maistres par chacun an limité par les statuts à l’égard des externes qui ne sont point enfans ny gendres de maistres, mais d’ailleurs comment souffrir que des hommes portant barbe et engagez dans les liens du mariage entrent ny demeurent dans un apprentissage, qui ne se peut bien faire que par des jeunes enfants pour l’utilité publique, comme il est nommément porté par le susdit arrest de l’an 16 1 5 ; aussi verra-t-on que ce n'est pas pour apprendre que lesd. deff'endeurs prennent des apprentifs mariez, se sont mis et demeurent en apprentissage, puisque la plupart d’entre eux avoient déjà servi les maistres en qualité de compagnons auparavant leur apprentissage, et que led. Pralart avoue par écrit par ses défenses d’avoir servi Charles Louviers pendant 3 ans et le nommé Sacurieux (sic, lire Savreux) pendant 4 ans avant que d’avoir passé son brevet avec ledit De Bas, son maistre. Les autres sont venus de Lyon et des provinces, où ils avoient pareillement travaillé et appris ledit art, tellement qu’ils ne sont venus à Parisque pour gagner l’argent en travaillant comme compagnons et gagner la franchise sur ce faux titre d’apprentifs, qui n’est qu’un prétexte pour tromper les statuts et le public et occuper les places destinées à ceux qui font un véritable aprentissage. C’est pourquoy il auroit conclud à ce que les brevets d’apprentissage des dessus dits soient cassez et déclarez nuis et comme tels rendus et mis entre les mains du syndic pour estre G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III. i3

GALI.IA TYPOGRAPHICA

lui fut refusée à Rouen, où sa qualité d’homme marié était également un obstacle à ce qu’il y recommençât son apprentissage, Gruchet dût songer à s’installer dans une ville où il n’y avait point de maîtrise, et voilà pourquoi il jeta son dévolu sur celle du Havre.

Allié du fait de son mariage avec Louise Maurry, à Tune des plus puissantes familles d’imprimeurs et libraires de Rouen, fort de l’appui de la municipalité du Havre, encouragé par les habitants de cette ville, Jacques Gruchet avait donc tout ce qu’il fallait pour réussir ; aussi, après avoir surmonté les difficultés de ses débuts, parvint-il rapidement à occuper une place enviée, au point de susciter la concurrence. Bien qu’ii ait certainement imprimé dès 1670, son premier ouvrage conmi n’est que de 1671 1 et dénote un

lacérez et suprimez et estre rayez sur le livre de la Communauté en cas qu’ils s’y trouvent enregistrez, à rendre lesd. brevets les maistres contraints par corps, lesd. apprentifs mariez déclarez décheus de pouvoir parvenir à la maistrise, deffenses faites ausd. deffendeurs et à tous autres maistres de plus recevoir ny tenir dans leurs maisons aucuns apprentifs mariez à peine de l’amende, tous despens, dommages et intérêts, et par vertu du deffaut qu'avons donné contre ledit Hamonin aud. nom deument appelé, après que par led. Le Gay a esté remontré que le grand discours fait par led. Lestor est à présent inutile, la cause n’estant pas en estât de plaider, ayant ledit Le Guay des bonnes pièces pour faire voir le contraire de ce qui est allégué, lesquelles sont ès mains de Me Montelon le jeune, advocat, pour venir plaider au premier jour, nous requérant remettre la plaidoirie et jugement de lad. cause jusqu'audit jour, pour en communiquer aux gens du Roy, et que M' Pierre Brigadier, advocat du Roy, a esté ouy et qu’il a conclud à la nullité et suppression desd. brevets d’apprentissage de personnes mariées, tant auparavant le temps desdits brevets que pendant le temps de leurd. apprentissage, et que deffenses soient faites à leurs maistres d’apprentissage de les retenir dans leurs maisons et à leur service, à peine d’amende arbitraire. /Nous avons déclaré et déclarons nuis tous les brevets d’apprentissage des deffendeurs et tous autres qui se trouveront faits par personnes mariez ou qui auroient contracté et célébré mariage pendant le temps de leur apprentissage ; les déclarons incapables d’aspirer ny de parvenir à la maistrise; seront lesd. brevets remis ès mains de sindic pourestre supprimez et rayez sur le registre de la communauté, à ce faire lesd. maistres contraints et par toutes voyes deues et raisonnables; faisons deffenses ausd. maistres de tenir en leurs maisons et à leur service aucuns apprentifs mariez, à peine de nullité et de telle amende qu’il appartiendra. En témoing de quoy, nous avons fait sceller ces présentes du scel ordinaire de la prévosté et vicomté de Paris. Ce fut fait et donné au Chastelet de Paris par Mc Dreux Daubray, Conseiller d’Etat et lieutenant civil de ladite prévosté et vicomté, tenant le siège, le samedy dix0 de novembre 1 663 » (B. N., Ms. fr. 21817, page 835).

(1) Le véritable art de naviger parle qvartier de redvction. Avec lequel on peut réduire les Courses des Vaisseaux en Mer, & enrichy de plusieurs raretez qui n’ont point encor esté decouvertes. Parle sieur G. Blondel. // Av Havre de Grâce, Chez Iacqves Grvchet, Imprimeur et Libraire de Monseigneur le duc de S. Aignan, & de la ville. 1671. Avec privilège dv roy. (Pet. in-4, 3 f. n. ch. 157 p. ch. et 1 f. n. ch. A la fin : Privilège donné, à S. Germain en Laye le

SEINE- INFÉRIEUR R

praticien de quelque habileté. Il en donna, en 1680, une nouvelle édition 1 qui renferme une planche gravée par F. Jollain pour la première, car on lit au bas cette mention : « Se vend avec le Liure Au Havre de Grâce, chez Iacques Gruchet Imprimeur et Libraire. 1671. Auec priuilegedu Roy. Le sieur G. Blondel scripsit. F. Jollain scu 1 psi t ». Gruchet se relâcha plus tard des soins qu’il avait apportés à ses premiers travaux et ne produisit plus que des impressions assez médiocres, tout en les enrichissant de dédicaces et d’épitres de sa façon : l’abondance de la besogne l’avait mis évidemment dans la nécessité d’en faire exécuter la plus grande partie par des ouvriers moins capables que lui et dans tous les cas moins soucieux de bien faire. La production du prototypographe du Havre a été en effet considérable2: les ouvrages relatifs à la marine y dominent naturellement, mais on y rencontre aussi des oeuvres poétiques et un volume sur les Antiquité % d’Harfleur par le sieur De la Motte, devenu d’une telle rareté, qu’une réimpression en a été faite, en 1888, par la Société rouennaise des bibliophiles. Gruchet mourut jeune encore et en pleine activité, le 17 février 1687 3; il laissait une veuve et plusieurs enfants, mais ces derniers, les fils du moins, étaient encore trop jeunes pour que l’un d’eux pût succéder à son père.

Louise Maurry, sa veuve (1687-1702) continua donc jusqu’à nouvel ordre l’entreprise de son mari ; elle se borna toutefois, semble-t-il, aux besognes de ville et aux travaux administratifs les plus usuels, car on connaît bien peu de livres exécutés par elle.

IL Guillaume (1702-1722). Fils des précédents, il avait vu le jour au Havre, le 23 janvier 1681 4 et, après avoir épousé, le 22 janvier 1702 G Marie Tirelet-Dumoulin, native d’Honfleur, il remplaça sa mère à la tête de l’établissement d’imprimerie fondé par Jacques Gruchet. Les livres que Guillaume a imprimés sont peu nombreux ; la plupart sont des rééditions d’ouvrages précédemment publiés par son père. Au surplus, il venait à peine d’atteindre sa 41e année, lorsqu’il décéda le 11 juin 1722 6. Comme il n’avait

18 mars 1671, «à notre a me Jacques Gruchet. libraire et imprimeur au Havre de Grâce. » B. A., S. A. 9070).

(1) In-q de 1 56 p. B. N., V. 9591. — (2) Voy. une liste de ses productions dans G. D. Quoist, op. cit., pp. 1 3- 1 4. — (3) Cf. Martin et Quoist, op. cit. — (4) Quoist, op. cit., p. i3. — (5) Martin, op. cit., p. 42. — (G) Arch. comm. du Havre, Paroisse Notre-Dame, Reg. des b. m. et i. pour l’année 1722, f° 44 r° : « Le 9 juin, Guillaume Gruchet, âgé de quarante-deux ans, muny de tous ses sacremens, décédé d’hier, a esté inhumé au cimetière de la Croix, en la présence de Philippe Lefrançois et de Pierre Faure. »

G A L LIA TYPOGRAPHICA

point d’enfant mâle, sa place d’imprimeur fut donnée à Pierre Faure, son gendre, mais ses ateliers n’en continuèrent pas moins à subsister.

Marie Tirelet-Dumoulin (1722-1762), sa veuve, profitant en effet des privilèges que lui reconnaissaient les règlements, conserva un établissement personnel, jusqu’au moment de son décès, survenu le 5 janvier 1762 F Elle mit au jour un assez grand nombre d’ouvrages, qui portent uniquement son nom et d’autres la souscription collective : Veuve Guillaume Gruchet et Pierre Faure , ce qui indique seulement un partage de privilège et non une association en règle ; M. Martin a donc parfaitement élucidé la situation des deux imprimeurs, lorsqu’il dit que la veuve Gruchet et son gendre avaient chacun un établissement distinct1 2 et il est impossible d’admettre la thèse contraire soutenue par M. Quoist 3. Cette veuve a d’ailleurs publié un curieux catalogue des livres et cartes marines qu’elle avait imprimés ou dont on pouvait faire l’acquisition dans sa boutique ; un fac-similé de ce catalogue a été donné par M. Quoist4.

Guénet (Abraham), imprimeur à Rouen (1539).

On ne connaît cet imprimeur que par deux plaquettes, en beaux caractères gothiques, exécutées pour le compte de Galliot Du Pré, libraire à Paris, et de Louis Bouvet à Rouen ; les deux seuls exemplaires connus appartiennent à la Bibliothèque nationale, sont imprimés sur vélin et ne diffèrent que par le titre qui a nécessité un double tirage. En voici la description :

A / — Ordonnaces Royaulx / Sur le faict de la justice et abbreuiation des pro-/ ces par tout le Royaulme de France, faictes par / le Roy nostre sire : Et publiées en la Court de Par-/ lemet a Paris, le sixiesme iour du moys de Sept e-/ bre L’an Mil cinq cens xxxix. [Arm. de France tenues par deux salamandres.] £ On les vend a Paris en la grand Salle du / Palais par Galliot du pre, et a Rouen par / Loys bouuet demourant deuant le portail aux / libraires de la grâd eglise nostre dame, Et ont / este imprimées par Abraham guenet. (Pet. in-4. 7 ff. n. ch. pour Privilège et Table. 1 f. blanc. 25 ff. ch. et i n. ch. Au v° du titre et aur°du f.suiv., privi-

(1) Quoist, op. cit., p. 21. — (2) Op. cit., p. 42. — (3) Op. cit., p. 20. — (4) Ibid.,

SEINE-INFERIEURE

lège in ext° accordé à Galliot Du Pré, libraire juré à Paris, par François Ier, et donné à « Villyers Cotrais xxviii6 iour Daoust » 1539. B. N., Vélins 1857.)

B/ Ordonnaces... [Même marq.] Auec le priuilege. Imprimées a Rouen pour Galliot du pre / libraire iure de Luniuersite de Paris de-/ mourant audict lieu. / M.D. xxxix. (Même foliot. que dessus. Au dernier f. r° : « Imprime a Rouen par / Abraham Guenet. » B. N., Vélins 1856.)

Hamel (Guillaume), imprimeur à Rouen (1521-1527).

D’après les documents, cet imprimeur aurait exercé de 1521 à 1527 au moins1; en bibliographie, on ne rencontre son nom que sur une impression non datée, signalée par Brunet 2 et par Frère 3 en ces termes : « Sensuyt le blason des faulses amours fait et composé par frere Guillaume Alexis, religieux de Lire et prieur de Busy, en parlant à ung gentilhomme de congnoissance avec lequel chevauchoit entre Rouen et Verneul en Perche, nouvellement imprimé à Rouen pour Jehan Burges, et commence le gentilhomme en disant... [A la fin]: Cy fine le blason des faulses amours, imprimé à Rouen par W. Hamel pour Jehan Burges. In-8. Goth. 16 ff. »

Hamillon (Les), imprimeurs à Rouen (1520-1629).

Bien qu’elle ait exercé à Rouen pendant plus d’un siècle, cette famille n’y a pas laissé de traces suffisantes pour qu’on puisse avec certitude en établir la filiation et il faut se contenter d’en rapprocher les divers membres supposés, sans connaître les liens du sang qui les unissaient. Il est nécessaire toutefois de bien remarquer que leur véritable nom est Hamillon, et non HanVlton, comme on le trouve indiqué par Frère, dans son opuscule sur l’imprimerie à Rouen aux xve et xvie siècles et par plusieurs autres auteurs, Brunet notamment 4.

I. Nicolas (1520). Je le cite sans garantie, d’après Frère5: il aurait imprimé en 1520, un ouvrage sur la Vie et Miracles de Saint Victor . Il est très possible et même probable qu’au lieu de 1520 il faut dire 1620, et alors les deux prétendus Nicolas Hamillon (Voy. infrà, paragraphe IV) n’en feraient plus qu’un.

(1) Cf. Documenta, 11*496.— (2) M. B., t. I, col. 171. — (3) F., t. I, p. 12.

— (4) Manuel, t. IV, col. 1342. — (5) N. F., liasse 117.

II. Cardin I et II (1537-1615). Comme il n’est pas possible que le même homme ait imprimé pendant un aussi long espace de temps, il faut nécessairement qu’il y ait eu deux Cardin Hamillon, Lun aura exercé jusque vers le milieu du xvie siècle et le second lui aura succédé. Du premier on peut citer seulement deux impressions ; l’une est indiquée dans le Manuel du bibliographe normand , de la façon suivante 1 :

— La première leçon des matines ordinaires dv grand abbé des conardz de Rouen, souverain monarcque de lordre : côte la respôse faicte par ung corneur à lapologie dvdict abbé. (I11-4. Gotli. 4 fl.) Pièce en vers, fort rare, dont le titre porte une vignette sur bois représentant un cornard. Elle est imprimée en gros caractères. Au v° du 4e f se lisent les vers suivants :

Aumoys d’octobre ainsi q chacu sçait Jour dix et neuf mil cinq cêtz trête sept Le chancelier par mort changea de place Prions q Dieu lui doint son sceau de grâce.

C’est l’impression de Cardin Hamillon.

Cü privilegio abbatis2.

La deuxième impression de Cardin I Hamillon est savamment décrite dans le Catalogue des livres d’heures, de M. Lacombe, sous le n° 399, et elle donne sans doute l’adresse de notre typographe : rue de la Saveterie, à l’enseigne de la Levrière.

Cardin II Hamillon débuta probablement vers 1566, par l’impression d’une Bible anglaise, de la traduction de Thomas Granmer, pour le compte d’un libraire nommé Richard Carmarden, habitant de l’autre côté du détroit3. En 1579, il figure parmi les imprimeurs qui se défendaient contre la prétention des libraires d’être admis à imprimer eux-mêmés; puis en 1588, 1597, 1603, 1604, 1614 et 1615, on lerencontre remplissant les fonctions de garde de la Communauté 4 . Ses presses ont produit un remarquable Missel à l’usage du diocèse d’Evreux5 et plusieurs autres ouvrages de moindre importance,

(i) T. I., p. 262. — (2) Cette plaquette a été réimprimée en car. elzev. par

Panckoucke (Paris. Pet. in-12 de 12 p , tiré à 24 ex.) et par Bourdier (Paris. 1857.

Pet. in-12 de 1 1 p. avec vign., tiré à 12 ex.) — (3) M. B., t. I, coi. 909. —

(4) Voy. Documenta, nos 532, 533, 535, et supra, pp. 16 et 17. — (5) Missale

Ebroicénse, iuxta decre-/ tum Tridentini concilij generalis & / Rothomagensis

tels que la table pour les Conceptions théologiques de Pierre de Besse, dont Nicolas Dufossé, libraire à Paris, avait obtenu le privilège en 1607 4, une Reigle de perfection , dont il partagea le privilège avec Jean Osmont 2, et d’après Frère, beaucoup de livres anglais devenus très rares.

III. Richard (1541 -15 5 9) semble avoir travaillé surtout pour les libraires; on a de lui un Manuel à l’usage du clergé du diocèse de Rouen, qui porte à la souscription : « Rothomagi impressum per Richardum Hamillon, impensis honestorum virorum Roberti Valentini et Florentii filii eius. Anno Domini millesimo quingentesimo quinquagesimo nono 3, » et un Bréviaire à l’usage de Bayeux, imprimé pour le compte de Michel Angier et de Denys Bouvet4.

IV. Nicolas II (1601-1629). Il devait avoir ouvert son établissement dans les dernières années du xvic siècle, car, dès 1601, il avait été élu garde de la Communauté5; il remplit encore ces fonctions en 1602, 1613 et 1625 6, et, quatre ans plus tard, en 1629, à la demande de François de Péricard, évêque d’Evreux, il alla s’établir dans cette ville, cit ses presses ont roulé avec beaucoup d’activité, comme on le verra plus loin. A Rouen, il était installé, à partir de 1626 tout au moins, dans la rue Saint-Jean, devant la Pomme de Pin 7. Précédemment il avait imprimé divers ouvrages

Proui'ncialis : per / Reuerendum patrem Dominum / Claudium de sainctes Episcopum / Ebroicensem, quantum fieri potuit / emendatum. [Grav. s. bois, représentant la Vierge dans une gloire.] (f, Venale habetur Rothomagi, in edibus Thome Mallard vico iudeorum ante Palatium, / et Cardini Hamillon diui Uiuiani. / Cuin priuilegio Regis. [Au v° du titre, privilège à Thomas Mallard et Cardin Hamillon, imprimeurs et libraires à Rouen, donné par Henri III, à Paris, le 28 septembre 1 583 . — A la fin :] <$ Ad laudem, gloriam, & honorem/ dei optimi maximi : totiusqz celestis exercitus. Absolutum est / hoc preclarum insignis ecclesie Ebroicensis Missale. / Ere et impensis honestissimorum virorum / bibliopolarum Thome Mallard, necnon / Cardini Hamillon, Rothomagi, / Anno domini millesimo quin-/ gentesimo octuage-/ simo tertio. (In-f°. Impr. goth., r. et n., plain-chant noté. 1 38 ff. ch. sll. et 58 et 40 fi. ch. pour le commun de la Vierge et des Saints. Plusieurs grav. sur bois signées I. M ou du nom tout entier de Jehan Mallard. B. N. Rés. Vélins 8 1 3. )

(i)Cf. Documenta, n°56i. — (2) Cf. Documenta, n°555. —(3) Bibl. de Rouen, et E., t. Il, p. 277. — (4) Cf. L. Delisle,Cat. des livres impr. ou publiés à Caen, t. I, p. 65, n° 72. — (5) Voy. suprà, p. 16. — (6) Voy. suprà, pp. 16 et 17. — (7) Voy. notamment : Consolation fvnebre svr le trespas de havt, pvissant et vertvevx Seignevr, Messire Charles de Clere, Cheualier de l’Ordre du Roy, Baron de Clere, & Seigneur de Pannilleuse, Mesieres, &c. Auec l’autre partie de sa Genealogie. Par Frere Ravi (sic) le Maistre, Docteur en Théologie, Religieux de l’Ordre des Freres Prescheurs delà ville de Roüen. [Fleuron.] A Roven, Chez Nicolas Hamillon, rué S. Iean, deuant la Pomme de Pin. M.DC.XXVI. (In-4. 3 1 p. ch. sll. B. N., Ln'27 44 1 3 ) .

pour le compte de Romain de Beauvais. Avec lui disparut à Rouen le nom des Hamillon, mais il y laissait, semble-t-il: i° une sœur, Marguerite, femme de l’imprimeur Robert de Rouves, dont l’église Saint-Godard conserva longtemps le souvenir 1 * * 4, et 2° une fille, Catherine, épouse de l’imprimeur Robert Séjourné 2.

Hardy (Eustache), imprimeur à Rouen (1517).

Un seul ouvrage nous a transmis le nom de ce typographe, qui n’a pourtant pas dû se borner à cette unique impression. Voici la description du livre en question, telle qu’elle est donnée par le savant bibliographe anglais, Robert Davies: « Ortus Vocabulorum alphabetico ordine fere omniaque in catholicon : Breviloquio : Cornucopia : Gemma vocabulorum atque Medulla grammatici ponuntur, cumvernacule lingue Anglicane expositione continens . / Impressum Rothomagi perEustachium Hardy. Impensis honestorum virorum Johannis Caillard Librarii Rothomagi morarn trahentis, et Johannis Gachet Herefordensis commorantis. Anno incarnationis dominice millesimo quingentesitno decimo septimo incipit féliciter 3. »

Harsy (Noël de), prétendu imprimeur de Rouen (1487).

Je ne sais pas pourquoi tous les bibliographes ou à peu près 4 ont fait de ce libraire un imprimeur, avec quelque tendance même chez d’aucuns à le présenter comme le prototypographe de Rouen ; il n’a jamais rien imprimé et son nom ne figure en réalité que sur l’édition d’un ouvrage de Marsile Ficin 5, bien postérieure à 1487, puisqu’elle est tout au plus de 1503 ou 1504. Le véritable imprimeur de ce volume est Pierre Violete, qui, seul, ainsi qu’on peut

(1) Voy. infra la notice de cet imprimeur. — (2) Voy. aussi infrà la notice de cet imprimeur. — (3) A memoir of the York press, with notices of Authors, and Stationers, in the sixteenth, seventeeth and eighteenth centuries (Westminster.

1868. In-8), p. 21. — (4) Il faut en excepter notamment M. L.-H. Labande, qui, dans sa remarquable étude sur la propagation de l’imprimerie en France au xve siècle, n’a pas hésité à ne voir en de Harsy qu’un libraire. — (5) Marsilius

Ficinus Floren / tinus, de triplici vita, una cum / textu Salerai. [Marq. de Pierre

Régnault.] (In-4. 94 f. n. ch. Sign. a-p. Car. goth. B. M, Incun. 537.) On lit à la lin le colophon suivant : « Explicit Regimen sanitatis, impressum Rothomagi, per / Petrum Régnault, Magistrum Petrum Violete et Natalem / de Harsy. » — Cf. aussi : L. Delisle, Livres imp. ou publiés à Caen, t. I, n° 1 80. —

Cat. Pellechet, 004797.

SEINE-INFÉRIEURE

le remarquer dans le colophon reproduit ci-dessous, prend la qualité de maître, ses deux autres co-signataires n’étant que des marchands. On prétend, il est vrai, que Noël de Harsy a imprimé une édition des Chroniques de Normandie l, datée du 14 mai 1487, contemporaine par conséquent de celle du même ouvrage donnée par Guillaume Le Talleur, et l’on tire cette déduction du fait de la présence des trois lettres N.D.LI., imprimées au-dessous du colophon, qu’on prétend traduire ainsi : Noël ou Natalis De Harsy. Il faut avouer que s'il avait imprimé ce volume, Noël de Harsy aurait eu une singulière idée de ne pas le signer plus ouvertement et qu’il aurait agi d’une façon toute différente de celle de la plupart de ses contemporains : en fait, cette co-édition ou réédition des Chroniques de Normandie a été, comme la première, exécutée par Guillaume Le Talleur. Les caractères sont exactement les mêmes, plusieurs pages sont absolument identiques ; il y a eu seulement quelques remaniements de formes. Quant aux trois lettres ajoutées au colophon, elles m’ont tout l’air de l'avoir été bien plus tard ; ce ne sont d’ailleurs que de petites capitales sans aucune ressemblance avec celles employées dans le corps de l’ouvrage.

Au résumé, je le regrette fort pour Noël de Harsy, mais je ne puis le rangera aucun titre parmi les typographes rouennais.

Hauville (Robert), imprimeur à Rouen (1520).

Ce prétendu imprimeur n’est fort probablement qu’un compagnon ; son nom a été relevé par Gosselin 2, dans les registres du Tabellionage de Rouen ; il demeurait, en 1520, sur la paroisse Saint-Romain et c’est tout ce qu’011 en sait.

Hauville (Nicolas Turgard ou Tougard, dit de) Voy. Turgard.

(i)SI comence la table du liure / des croniques de normëdie /.., (In-f° 140 ff. n. ch., Sign. a-s. par 6 ou 8 f., car. goth., initiales rubriquées à la main. B. N. Rés. Lk2i2o3.) Au dernier f. on trouve le colophon suivant: « Cy finissent les croniques de nor / mëdie imprimeez & acoplies a rouen le / quatorzième iour de may mil cccc. qua / tre vingtz & sept. Et comencët lesdictes». . / Amen. l/l N.D.H. » — Cf. aussi: Thierry-Poux, Premiers monuments , pl. XXXIII; Cat. Peliechet, n° 3578. — (2) Glanes , p. 77.

Hérault (Jacques), imprimeur à Rouen (1721-1725).

Un assez grand nombre de livres ont été édités à Rouen par des membres de la famille Hérault ; Frère, dans ses Notes 4, attribue la qualité d’imprimeurs à plusieurs personnages de ce nom, par exemple : à Gaspard ou Jaspard Hérault, qui aurait exercé de 1601 cà 1636 ;à Jacques Hérault, de 1646 à 1690; à Eustache Hérault, de 1689 à 1717 ; à Pierre Hérault, de 1680 à 1733. Aucun de ces particuliers n’a pourtant jamais possédé une presse, et tous se sont contentés d’être libraires et éditeurs. Un seul membre de la famille, Jacques, deuxième du nom, a réellement exercé l’état de typographe et c’est précisément le seul aussi que Frère ait tout à fait passé sous silence.

Né à Rouen et baptisé le 24 mai 1695 ^ était fils d’Eustache3,

et avait soi-disant appris son art dans les ateliers de son père 4, qui n’avait cependant pas d’imprimerie 5, mais, comme il était fils de maître, il possédait son art en naissant , en vertu de l’axiome du temps, et avait été reçu maître lui-même le 21 janvier 1701 G, c’est à dire à l’âge de 6 ans! Vingt ans plus tard, il sollicitait du Conseil l’autorisation de s’établir libraire et relieur7, et, à son grand éton-

(1) Liasse 1 18. — (2) A .R., Paroisse S. Lô, reg. 3 : « Du 24e may i6q5, Jacques, né dudit jour, fils de Eustache Hérault, et de Catherine Decqueville, a esté baptisé en notre église... et nommé par discrette personne Mrc Jacques Hérault, prebtre habitué en la paroisse de Notre Dame de la Ronde, et par Marguerite Decqueville de la paroisse de St-Denis » — (3) Né à Rouen vers 1 665 , reçu maître en 167 7, il ouvrit, en 1689, une boutique dans la Cour du Palais et édita quelques ouvrages assez remarquables, parmi lesquels j’en citerai deux seulement, l’un (A) imprimé par Antoine Maury, l’autre (B), par François Vaultier :

A. / Commentarius litteralis et moralis in omnes epistolas sancti Pauli Apostoli, et in VII. Epistolas Catholicas, Auctore R. P. F. Natali Alexandro, in Sacra Facultate Parisiensi Doctore, in Collegio generali Parisiensi FF. Prædicatorum emerito Theologiae Professore, & Studii Regente, Dominicanae Provinciae Parisiensis Ex praefecto. [Fleuron.] Rothomagi, Apud Eustachium Hérault, et Petrum Le Boucher, in Area Palatii, M.DCCX. Cum Approbatione, & Privilegio Regis Christianissimi. (In fo 2 tomes de 478 et 23o p., si I . et la ta, en un volume

B. N.. A. 1295.) — B. / Lettres de Monsieur de Sainte-Marthe, sur divers sujets

de piété, de Morale & de Conduite, pour la Vie Chrétienne. Divisées en deux

Tomes. Tome premier (et second). [Fleuron.] A Rouen, Chez Eustache Hérault,

Pierre Le Boucher, Cour du Palais, Et François Vaultier, rué aux Juifs. M.DCCIX.

Avec aprobation & Privilège du Roy. (Pet. in-8. 2 vol. B. N., D. 14156). Eustache

Hérault mourut en 1717 ; il laissait au moins deux fils : Jacques, qui fait l’objet

de la notice ci-dessus, et François-Eustache, qui fut établi libraire de 1734 à

1759. — (4) A. N., Vs 856, arrêt du Conseil du 6 septembre 1721, req. prél. —

(5) Enquête de 1701. R. N., Ms. fr. n. a. 400, fo 383. — (6) Cf. Documenta, no 793, . N pièces produites, lettre B. — (7) Voy. Documenta, 110791.

nement sans doute, un arrêt du 20 décembre 1721 lui octroya la permission d’ouvrir une imprimerie. Où s’établit-il et à quel genre de travaux s’adonna-t-il ? c’est ce que je ne saurais dire, car je n’ai rencontré aucune production de son officine ; il fut d’ailleurs fort peu de temps en exercice, puisque, le 2 novembre 1725 1 * * 4, il mourait à peine âgé de 30 ans.

Sa veuve, Elisabeth Lepreux (1725-1728), dont il n’avait eu, je crois, qu’un enfant*2, continua son établissement, mais elle ne le conserva guère, étant décédée elle-même le 19 août 1728 3. La place de Jacques Hérault demeura désormais supprimée, en vertu des dispositions de l’arrêt de 1704.

Hollant (Jacques), imprimeur à Rouen (1623-1649).

Reçu maître en 1622 4, Jacques Hollant avait fait son apprentissage chez Marin Dumouchel 5 ; il s’établit en 1623 dans la rue de la Pie, près les Jacobins 6 et exerça sa profession avec quelque activité, mais non sans avoir subi diverses infortunes dans le cours de ses années de début. Il fut en effet condamné, le 13 décembre 1625, par sentence de bailliage de Rouen 7, à 20 livres d’amende, pour avoir imprimé un livre intitulé : Le Traictê de la court ou Instruction des Courtisans , en y remplaçant son nom et celui de Rouen par la mention : Imprimé à Paris par Abraham Saugrin ; il essaya de se disculper de cette contravention aux règlements, en alléguant qu’il avait agi ainsi « à la réquisition d’ung marchand allant au pays de Hollande », mais il ne parvint pas à convaincre ses juges. Deux ans plus tard, le 29 mai 1627 8, il était de nouveau condamné à 10 livres d’amende, cette fois pour avoir usurpé les fonctions de garde, à

l’effet de soutirer quelque argent de la femme de Jacques Auber,

pour aller se rafraîchir au cabaret. Ces légers accrocs n’empêchèrent

(1) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 6 : « Du 4 novembre 1725, Le corps de Jacques Hérault, marchand libraire, décédé le 2, muni des sacremens, âgé de 3o ans ou environ, a esté inhumé en nostre cimetière, en présence de Eustache-François

Hérault, son frère, et de Pierre Hérault, son oncle, » — (2) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 6 : « Du 17 octobre 1723. Claude-Eustache, né le jour précédent, du

légitime mariage de Jacques Hérault, marchand libraire imprimeur et de Eli-

zabeth Le Preux, a esté baptisé en nostre eglise... Le Parrain, Claude Le Preux,

marchand; la marraine, Catherine Legendre, veuve du sieur Eustache Hérault,

marchand libraire. » — (3) A. R., Paroisse S. Lô, reg. 6. — (4) A. D. S , E.

483, fü 25. — (5) N. F., liasse 119.'— (q) Ibid. — (7) CL Documenta, n° 622. —

(8) Cf. Documenta, n° 625.

pas toutefois Jacques Hollant de parvenir à occuper réellement les fonctions enviées de garde de la Communauté, en 1631 L A partir de cette époque, il exerça son état sans qu’aucune plainte se soit encore élevée contre lui. Les impressions de ce typographe ne sont ni communes ni nombreuses 1 2 * et cependant il a fait rouler ses presses pendant plus d’un quart de siècle, étant décédé seulement vers 1649 :i.

Anne Courant (1650-1664), sa veuve, le remplaça et continua son entreprise, jusqu’en 1664 au moins, sans avoir rien produit qui mérite d’être plus particulièrement signalé.

Hostingue (Laurent), imprimeur à Rouen (1499-1508).

Bien que Laurent Hostingue ait exercé son art à Rouen pendant les quelques années que je viens d’indiquer, le lecteur trouvera sa notice dans la partie de ce volume consacrée au département du Calvados : c’est en effet à Caen que ce typographe a passé les plus nombreuses années de sa carrière, là aussi qu’il a exécuté ses impressions les plus notoires. A Rouen d’ailleurs, il ne semble pas avoir possédé d’atelier absolument personnel, puisque c’est toujours en association, soit avec Jean Mauditier, soit surtout avec Jamet Loys qu’il y a travaillé.

Houchard (Antoine), imprimeur à Rouen (1502-1503).

On ne connaît aucune impression de ce prétendu maître typographe, au sujet duquel M. Gosselin a rencontré quelques renseignements dans les registres du tabellionage de Rouen4. Marié avec Alizon Pantou, qui semble lui avoir apporté en dot une maison de la rue des Crottes, en la paroisse Saint-Maclou, qu’elle avait reçue de l’un de ses parents, Antoine Houchard se serait établi, en 1502, dans cet immeuble : il n’y prospéra pas et, l’année suivante, il se trouva dans l’obligation de vendre la propriété de sa femme.

(1) Voy. suprà, p. 17. — (2) On peut citer, d’après une réimpression extra locale : — Le Mercvre Anglois, ov Recveil svccinct des affaires d’Angleterre. Traduit par I. Ango, Interprète des Langues Angloise & Escossoise. Iouxte la

copie imprimée à Londres par R. Leysbourne. [Fleuron]. A Paris, Iouxte la

copie imprimée à Roüen, chez Jacques Hollant. M.DC. XLIX.Auec Permission.

(Pet. in 4. 12. p. ch. B. N., Ne. 992.) — (3) N. F., liasse 1 ig. — (4) Glanes , p. 64.

SEINE-INFÉRIEURE

Houdin (Jean), imprimeur à Rouen (1546-1558).

Il était installé comme imprimeur, dès 1 5 46 1, dans une maison de la paroisse Sainte- Croix-Saint-Ouen, vulgairement appelée le Varvot, je ne connais pas pourtant d’autres produits de ses presses que les deux ouvrages suivants, exécutés en 1556, l’un pour le compte de Jean Du Gord, l’autre pour celui de Martin Le Mégissier, qui n’était peut-être encore que libraire à ce moment :

A. / Brefues narrations / des actes et faictz / Mémorables aduenus depuis Pharamond, / premier Roy des François, tant en Frâce/ Espagne, Engleterre, que Normendie/ Selon Tordre du temps & supputatio / des ans, distinctement continuées / iusques à lan mil cinq cens / cinquante & six. / Catalogue des Papes, depuys S. Pierre iusques à / Iules quatriesme de ce nom qui est à présent. / Catalogue des Empereurs, depuis Octouien Cœsar, / Iusques à Charles d’Austriche, V du nom. [Ecu de France, accosté de deux femmes tenant une gerbe.] A Roven, / Par Iehan du Gord, Libraire. / 1556. [A la fin]: Imprimé à Rouen par lean Houdin. (In-12. 241 ff. n. ch., Sign. a — ff. B. N., Lb35

C’est un ouvrage identique à celui de Jean du Tillet intitulé : La Chronique des rois de France.

B. / Ordonnances du Roy / sur l’ordre et reigle-/ment du Baon & Arrierebaon pour le Pays de Normandie, publiées en la Court de Parlement à / Rouen, Nonobstant la publication qui en auoit/esté faicte en la Court des Aydes audict Rouen, à /laquelle le Roy ha declairé la congnoissance n’ap-/partenir du contenu esdictes Ordonnaces, & cassé / la publication qui en auoit esté faicte en ladicte Court des Aydes, auec TArrest de ladicte Court / sur la publication d’icelles. /... / Le tout publié en la Court de Parlemêt à Rouen, /le xxiiij. iour de Nouembre. 1556. / ? On les vend à Rouen, par Martin le Megissier, tenant sa / boutique au hault des degrez du Palais. / Auec priuilege de la Court. — [A la fin, en dessous des arm. de France:] Imprimé à Rouen par Iehan houdin / pour Martin le megissier libraire, / tenant sa boutique au hault /

(1) Gosselin, Glanes, p. io5.

GAU. IA TYPOGRAPHICA

des degrez du / Palais. (Pet. -in 8. 20 ff. n. ch., sign. b, c, d, e, B. N., F. 46813, pièce 3.)

Hubault (Les), imprimeurs à Rouen et au Havre (1553-1702).

Les Hubault on été assez nombreux à Rouen même, mais ils ne paraissent pas y avoir jamais tenu une très grande place dans l’industrie du livre; aussi les voit-on se répandre au dehors et faire souche d’imprimeurs dans diverses villes de France ; c’est assurément le seul intérêt que présente leur famille. Je me bornerai donc à quelques lignes pour chacun d’eux, mais pour montrer d’un seul coup d’œil l’extension de la famille en diverses localités, je ferai suivre mes notes d’un crayon généalogique. A vrai dire, ce tableau ne sera peut-être pas d’une rigoureuse exactitude, parce que je n’ai pas rencontré tous les documents authentiques que j’aurais désiré ; tel quel pourtant il pourra servir de guide en attendant mieux.

A. — Rouen.

I. Pierre I (1553) est le premier typographe de ce nom qui ait été relevé par Frère 1 ; on ne sait rien de plus sur son compte, mais il est probablement le père de Pierre II et de Laurent, qui suivent.

IL Pierre II (1575-1580). Frère n’a rencontré cet imprimeur qu’en 1579; on peut toutefois fixer ses débuts à quelques années plus haut, 1575 au moins, attendu qu’en 1578 il remplissait déjà les fonctions de garde2. En 1579, il figure, avec son frère Laurent, au nombre des libraires qui revendiquaient contre les imprimeurs le droit d’avoir des presses, ou de faire travailler des compagnons appartenant à la profession de typographes 3; puis il rentre dans une ombre que la bibliographie n’a pas dissipée jusqu’à présent.

III. Laurent (1578-1584). Probablement frère du précédent, et peut-être son associé, il revendiqua en même temps que lui, en 1579, le droit d’imprimer4, et 011 le retrouve, en 1583, exerçant les fonctions de garde de la Communauté5.

IV. Jacques (1603-1608). Fils de Laurent, il exerça d’abord l’imprimerie à Rouen, puis, en 1609, il fut appelé à Amiens par la municipalité de cette ville et, au moyen de quelques avantages il consentit à s’y rendre, s’y fixa définitivement et y fit souche6.

(1) N. F., liasse 119. — (2) Voy. Documenta, n° 522. — (3) Voy. Documenta,

no 525. — (4) Ibid. — (5) Voy. Documenta, n" 523. — (6) Cf. Gallia Typogra-

phica , série départ., t. I, pp. 1 55 et suiv.

SEINE-INFERIEURE

Tableau généalogique de la famille Hubault

V. Nicolas (1638-1647), fils de Pierre II, exerça son art cà Rouen pendant la période indiquée, s’il faut en croire les Notes de Frère, mais on ne connaît aucune production sortie de ses presses.

VI. Pierre III (1660-1697). Fils du précédent il épousa Marguerite Le Houst, dont il eut Jean qui alla s’établir imprimeur à Angers1 et Jacques, qui suit.

B. — Le Havre .

VIL Jacques (1683-1702). D’après sa propre déclaration, faite à l’enquête de 1701 , il ne se serait établi au Havre qu’en 1688, avec une presse et deux compagnons2; cependant, les deux auteurs qui se sont occupés de l’histoire de l’imprimerie dans cette ville, signalent des impressions qu’il y aurait faites en 1683 et 16843 ; il y a là une anomalie que je ne parviens pas à m’expliquer, à moins que la date donnée à l’enquêteur de 1701 n’ait été inexactement transcrite et qu’il faille la lire : 1683. Bref, Jacques Hubault, et c’est là l’important à constater, a fourni d'assez nombreuses impressions dans sa ville d’adoption et il y a exercé son art avec activité jusqu’au moment de son décès en 1702. Il fut à cette époque remplacé par sa veuve jusqu’en 1706.

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