‹ Gallia typographica (volume 2)Chapitre 18 sur 176 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

NOTICES SUR LES IMPRIMEURS

Amiot (Pierre), imprimeur à Pont-de-1' Arche (1714).

Fils de Jacques Amiot, imprimeur à Rouen, Pierre, après la débâcle de son père 4, avait probablement réussi à sauver une partie du matériel ; toujours est-il que, le 19 novembre 1714, il obtenait du lieutenant général de police du Pont-de-PArche, l'autorisation de s'établir dans cette localité et d’y tenir «boutique ouverte pour y imprimer et vendre touttes sortes de livres 2 ». Il avait exposé à ce magistrat que le lieutenant général de police de Rouen l’avait admis à la maîtrise le 21 janvier 1700 et que par conséquent il était en droit d’exercer son art dans toute la province de Normandie3. Malheureusement, en vertu des ordres de la Chancellerie, l'intendant de Rouen ne voulut pas tolérer cette nouvelle installation d’imprimerie, et par sentence du 12 décembre 1714, il déclara nulle et de nul effet la permission qu’avait accordée le lieutenant de police du Pont-de-1’ Arche et ordonna la saisie, la confiscation et la vente du matériel de l'infortuné typographe4. Le 9 juin 1715, François Le Roux, « sergeant royal héréditaire au bailliage et siège présidial de Rouen », procédait à la vente par criée de la «presse, caractères et ustensiles saisis sur le sieur Amiot » et les adjugeait à l’un des Lallemant, sans doute Richard IV, et à l'un des Besongne (le procès-verbal de vente ne spécifie pas les prénoms). En raison du peu de temps pendant lequel il fut établi au Pont*de-l’Arche, il est à supposer que Pierre Amiot n’y a rien imprimé, mais, comme le contraire est également possible, j’ai tenu à le mentionner.

(1) Voy. supra, p. 47. — (2) A.D.S., liasse E. 490. — (3) Ibid. — (4) Ibid.

EURE

Andrieu (Michel), imprimeur à Goupillières (1491).

Ce ne fut pas une petite surprise pour les bibliographes, que la révélation, faite en 1863, par Léopold Delisle, à la Société des Antiquaires de France, de l’existence d’une imprimerie à Goupillières au xv° siècle 1 ; la preuve palpable venait d’en être découverte dans la reliure d’un volume de la Bibliothèque nationale. Il s’agissait de 36 feuillets d’unlivre à! Heures, à l’usage du diocèse d’Évreux, si Ton en juge d’après les noms de certains saints du calendrier, et parmi ces feuillets, se trouvait précisément celui qu’on suppose être le dernier (cahier k), car il porte la souscription suivante : « Ces présentes Heures furent impri / mees a Goupillières le VIII jour de / may, l’an mil quatre cens quatre / vings et unze, par honorable homme / messire Michel Andrieu, prestre. »

Qui était ce Michel Andrieu ? Mystère. On a supposé qu’il était le curé de Goupillières, petit village de l’arrondissement de Bernay, mais on en est réduit à cette conjecture, aucun fait nouveau ne s’étant produit depuis la révélation inattendue de 1863. Je dois donc me contenter d’enregistrer ici le nom de ce typographe et, en ce qui concerne les fragments du livre d’Heures, possédés par la Bibliothèque Nationale 2, de renvoyer le lecteur aux descriptions qui en ont été plusieurs fois données 3 *.

Hamillon (Nicolas), imprimeur à Évreux (1629-1650).

Ce typographe était installé à Rouen depuis longtemps déjà lorsque, vers 1629, il quitta cette ville pour venir s’établir à Évreux, où ses premières impressions connues sont datées de 1631 5. Après la disparition d’Antoine Le Marié, il intitula son établissement

(1) Cf. Bulletin de la Soc. des Antiq. de France, a. 1 863 , p. 56 ; — et Almanach-

Annuaire de l'Eure (pour 1864), pp. 67-68.—- (2) Rés. B. 19943, Exposé n° 322. —

(3) Cf. notamment : O. Thierry-Poux, Prem. mon. de l'Impr., p. 20, n° 143 —

(avec fac-sim.); P. Lacombe, Cat. de livres d' Heures, n° 497 ; Porée, Ane. livres liturg. d' Evreux, p. 45. — (4) Voy. suprà, p. 199. — (5) Voy. notamment: A. / Oraison fvnebre prononcée en l’Église cathédrale D’Evrevx. Aux obsèques de

M. Iean le Iav, haut Doyen en ladicte Église, & Vicaire general de Monseigneur François de Pericard, Euesque dudit lieu. Le 14 septembre 1 63 1 . Par M. Nicolas Hebert, Docteur en Théologie de la Faculté de Paris, & Chanoine Théologal d’Eureux. [Fleuron.] A Evrevx, Chez Nicolas Hamillon, Imprimeur-Libraire, demeurant à la grand rüe près l’Espine. i63i. (In 12. 17 p. ch. sll. B. N., Ln27 i2i5o.) — B. / Cabinet royal de l’espoux meublé par son espouse, avec le Jardin spirituel. / Evreux, Nie. Hamillon. 1 63 1 . (Pet. in 8. F. II, 199.)

Y Imprimerie Épiscopale 1 et continua d’exercer paisiblement son art, jusqu'au moment où la mort vint l’arracher à ses presses, vers 1650. Sa veuve lui succéda 2 et conserva l’entreprise jusque vers 1659. A cette époque, Jacques Rossignol, qui, je pense, était son gendre, la remplaça à la tête de l'imprimerie épiscopale.

Lalonde (François Pierres, dit), imprimeur à Évreux (1696- 1708).

Né à Lisieux vers 1 666 3, il fit son apprentissage dans sa ville natale, chez Rémy Le Boullenger, puis, après avoir accompli son tour de France, il s’établit, en 1696, à Evreux4, qui se trouvait sans imprimerie depuis plusieurs années. En dehors des travaux de ville, Lalonde a imprimé peu de chose que puissent enregistrer les bibliographes 5 ; il n’avait d’ailleurs qu’une presse 6 et mourut jeune encore, en 1708 7. Il importe toutefois d’attirer l’attention du lecteur sur deux lettres émanées du secrétariat de la Maison du roi 8, et desquelles il résulterait que ce typographe aurait imprimé clandestinement, en 1698, l'une des œuvres de Fénelon, probablement

Y Explication des Maximes des saints. F. Lalonde laissa une veuve, née Anne Le Maistre, qui, après être restée pendant six mois à la tête de l’imprimerie 9, convola avec Jean Malassis, son compagnon.

La Vigne (Jean de), imprimeur à Évreux (1643).

Jean de la Vigne est évidemment un typographe supposé, sous le nom duquel on a mis l’opuscule suivant, imprimé sans perrnis-

(1) Voy. : — La Defense de la Vérité'. Tovchant la possession des religievses

de Lovviers. Par M. Iean le Breton, Théologien. [Arm. de François de Péricard,

évêq. d’Evreux.] A Evreux, De l’Imprimerie Episcopale. De Nicolas Hamillon.

M.DC.XLIII. (Pet. in 4. 27 p. ch. B. N., Lk7 4179). — (2) Voy. : Extraict des re-

gistres du greffe de la Cour ecclesiastique d’Eureux,de ce qui suit. (Lettre circu-

laire des prélats de l’Assemblée de i65o, au sujet des entreprises des Jésuites.)

Evreux, Imprimerie de l’Evesché par la vefve Hamillon. i65o (In 4. 8 p. F. I, 446). — (3) D’après la supputation de son âge (36 ans) déclaré à l’enquête de 1701 .

— (4) B. N., Ms. fr. n. a. 400, f° 335 (Enquête de 1701). — (5) Voy. par exemple ■:

— Rituale Ebroicense... / Ebroicis, Ex typis F P. Lalonde. M.DCC.VI. (In 4. Porée, op . cit., p. 42.) — (6) Enquête de 1701. — (7) Arch. Comm. d’Evreux, Reg. de la paroisse S. Thomas : « Le samedi douze mai 1708 a été inhumé François Pierre de la Londe, imprimeur, décédé âgé d’environ 40 ans. » — (8) Voy. Documenta, n” 708 et 709. — (9) Voy. : — Catéchisme imprimé par ordre de Monseigneur, III. et Révérend., Jacques Potier de Novion, évesque d’Evreux, pour être enseigné dans son Diocèse. — A Evreux, chez la Vve de F. P. de la Londe, Imprimeur de l’Evêché et du Collège. 1708. (In 12. — - Porée, op. cit., p. 48.)

EURE

sion, et de nature à attirer des ennuis à celui qui l’aurait signé ouvertement :

— Response à l’examen de la possession des religievses de Lovviers, A Monsievr Levilin. [Marque représentant une tige de chardon.] A Évrevx, Par Iean de la Vigne. M.DC.XLIII. (In 4. 14 p. ch. B. N.. Lk74iy6.)

Le Marié (Antoine), prototypographe d’Evreux (1600-1635).

D'après La Caille1, dontPh. Renouard a reproduit l’information2, Antoine Le Marié aurait débuté comme imprimeur à Paris et y aurait exercé à partir de 1597. Je ne sais pas si cela est bien exact, car le registre de la Confrérie de Saint-Jean l’Évangéliste, complet pour cette époque, ne relate nulle part que ce typographe ait payé la taxe d’ouverture de boutique dans la capitale; toutefois, il n’est pas douteux qu’il y ait fait son apprentissage et y ait été reçu maître, attendu que dans un privilège à lui accordé par Henri IV, il est qualifié imprimeur-libraire de TUniversité de Paris3. Il semble bien qu’il était originaire du diocèse d’Évreux et j’ai tout lieu de le croire fils ou frère d’un certain Pierre Le Marié, maître d’école à Heubécourt dans les dernières années du xvie siècle. Bref, Antoine Le Marié vint s’établir à Évreux, soit vers la fin de 1599, soit au commence» ment de l’année suivante ; dans tous les cas, la première impression ébroïcienne porte le millésime de 16004, et montre en outre sur

(1) Hist.de Vimpr., p. 1 85. — = (2) Imprimeurs parisiens, p. 25q. — (3) Ce privilège ligure dans un Missel à l’usage du diocèse d'Évreux, imprimé par Le Marié eu 1610 (Cf. Porée, op. cit., pp. 29 et suiv.). M. Henry Omont, de l’Institut, en possède un exemplaire, malheureusement incomplet, qu’il a bien voulu me communiquer et dont j’ai extrait le privilège conçu en ces termes : « Henricus IIII, Gallorum et Nauarraeorum Rex Christianissimus, in gratiam Illustriss. et Reuerendiss. D.D. Cardinalis à Perronio quondam Ebroicensis Episcopi diplomate sanxit, ne quis Breviarium Ebroicense, Missale, Manuale, Processionale, Diurnale, Officium B. Mariae Virginis et alia ad ritum Ecclesiasticum vniuersae Dioecesis Ebroicensis pertinentia, eiusdem iussu et auctoritate édita, vel edenda, in perpetuum excudat in Galijs, aut alibi excusa diuendat, praeter Antonium le Marié, Parisiensis Academiæ Typographum et Bibliopolam in Ciuitate Ebroicensi commorantem, eiusque successores. Secus qui saxit, pœnis ex Priuilegij sanctionibus, quas litteræ vberius à Regia Maiestate anno 1604 die 14. Aprilis

impetratæ continent, mulctabitur. Sic signatum, Des Portes. » — (4) Discovrs spiritvel svr le premier verset dv pseavme cent vingt deuxième, Ad te leuaui oculos meos. Prononcé en la Congrégation de l’Oratoire de nostre-Dame de

Vie-saine, l’an 1 585. Par I. D. du Perron Lecteur de la Chambre du Roy. [Marque

décrite.] A Evrevx, Chez Anthoine le Marié rue sainctDenys. M.DC. Avec Privi*

son feuillet de titre, la marque de notre typographe, qui représente un dauphin sur le dos duquel est assis un homme jouant de la harpe, et est accompagnée de cette devise : « le hante harmonie h » Plusieurs explications ont été données de ces marque et devise; on a vu dans la première une allusion à l’une des pièces, la harpe, du blason du Cardinal du Perron, évêque d’Évreux et protecteur de Le Marié, et dans la devise, un anagramme du nom de l’épouse de ce dernier, Jehanne Lermont. Tout cela est assez plausible, sauf que seul, le nom d 'Antoine Le Marié lui- même est contenu dans l’anagramme, mais il n’y a pas lieu de s’y arrêter plus longuement; la plupart des impressions de Le Marié portent au reste les armoiries du Cardinal du Perron, puis celles de ses successeurs sur le siège d’Évreux, Guillaume et François de Péricard. Le prototypographe du chef-lieu du département de l’Eure a, en effet, exercé son art sous chacun de ces trois prélats, dont il eut la clientèle presque exclusive, et il a imprimé tant pour leur compte que pour celui de divers auteurs un assez grand nombre d’ouvrages, dont l’exécution typographique est fort honorable. Il a signé plusieurs livres liturgiques à l’usage du diocèse, notamment, en 1605 , un Processionnel 2 ; en 1610 et 1630, des Missels 3; en 1617, un Bréviaire 4; en 1622, un Office de la Vierge5; parmi ses autres productions, je me bornerai à citer les oeuvres de Guibelet 6 et de Coeffeteau ”, et enfin celles d’Hercule Grisel 8, qui paraissent être les derniers ouvrages sortis de ses

lege dv Roy. (In 12. 8 et 174 p. ch., plus 1 f. pour un Sonnet , A Monsieur dv Perron , signé : Cailler. B. N., D. 22024.)

(1) Cette marque a été reproduite par Silvestre, sous le n° 1232. — (2) Voy. Porée, op. cit., p. 40. — (3) Voy. ibid . , pp. 3o et 32. — (4) Voy. ibid., p. 3j. — (5) Voy. ibid., p. 46. — (6) Trois discovrs philosophiqves. Le I. de la comparaison de l’Homme auec le Monde Le IL du Principe de la génération de l’Homme. Le III. de l’Humeur Melancholique. Mis de nouueau en lumière par Iourdain Gvibelet. M./ A Evrevx. Chez Antoine Le Marié, cb.b.cm (In 12. 286 f. ch. slata. Beau front, gr. par L. Gaultier. B. N., T19i6.) — (7) A./ Examen dv livre dv sievr du Plessis. Composé il y a enuiron dix huict ans par Messire Iacqves Davy, lors Euesque d’Eureux, & maintenant Cardinal dv Perron, Archeuesque de Sens, & Grand Aumosnier de France. Et publié par Reu. Pere en Dieu Messire Nicolas Coeffeteav, Euesque de Dardanie, & SufLragant de l’Euesché de Mets. /A Evrevx, Par Antoine le Marié. Et se vendent à Paris, Chez Sebastien Cramoisy, ruë S. laques, aux Cicognes. M.DC. XVIII, Auec Priuilege du Roy. (In 12. 12 f. n. ch. 382 f. ch. 282 à 664. B. N., D. 33197.) — B. /Seconde partie de l’examen dv livre du sievr du Plessis contre la Messe. [Fleuron.] A Evrevx, Par Antoine le Marié. M.DC. XVII. Auec Priuilege du Roy. (In 12. 407 f. ch 665 à 1072. B. N., D. 38197.) — (8) A./Hercvlis Griselli Rothomagensis Distichorvm sex et triginta décades. Ad Illustrissimum Generosissimumq ;

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presses. Antoine Le Marié dut effectivement passer à peu de temps de là de vie à trépas, toutefois on ne sait rien de positif à cet égard et ce n’est pas le seul point obscur de la biographie de ce typo-

graphe. On a lu plus haut qu’il s’était établi à Evreux en 1599 ou 1600 : on rencontre pourtant un ouvrage daté de iéoi1, qui porte la souscription : « A Paris, Par Anthoine Le Marié » ; il n’en faudrait pas conclure que l’imprimeur d’Évreux avait un atelier dans la capitale,, attendu que le privilège, inséré au dernier feuillet de ce livre, est suivi d’un acte de cession faite à « Anthoine Le Marié, imprimeur et libraire demeurant à Evreux », mais cela laisse supposer qu’il avait à Paris un facteur, se chargeant de la vente de ses éditions, et c’est peut-être cette circonstance qui aura déterminé La Caille à ranger Le Marié parmi les imprimeurs parisiens.

Malassis (Les), imprimeurs à Evreux (1708-1790).

I. Jean (1709-1758). D'une famille originaire de Rouen, il avait vu le jour à Brest vers 1687, et était fils de Romain Malassis, imprimeur dans cette ville, et de Catherine Borelly 2, Jean Malassis était venu à Evreux, aussitôt après le décès de François Pierres dit Lalonde, pour aider la veuve de celui-ci à continuer l’entreprise du défunt. Ainsi que cela se produisait presque toujours en semblable occurrence, le compagnon ne tarda pas à conquérir les bonnes grâces de sa patronne et, avant la fin de l’année 1708, il était devenu le mari d’Anne Le Maistre 3 et le chef de la maison. Il avait, en effet, postérieurement à ce mariage, obtenu ses lettres de maîtrise, par sentence du lieutenant général de police

Dominum D. Franciscvm de Pericard Ebroicensem Episcopum, Regiq ; ab inte. rioribus Consilijs. [Fleuron.] Ebroicis, Ex Typis Antonii le Marié. M. DG. XXXIV. (Pet. in 8. 20 f. n. ch. B. N., Yc. 8275; B. U., LL’ p. 98.) — B./Ludovici irivmphi. Ad eminentissimum Cardinalem Dvcem de Richeliev. Hercvlis Griselli Rothomagaei. Primitiae Poëticae. [Fleuron.] Ebroicis, Ex Typis Antonii le Marié. M.DC.XXXV, (Petit in 8. 3 f. n. ch., 96 p. ch. B. N., Lb36 3074, B. U., LL' p. 98.)

(1) Articles des ministres et avtres appeliez par Madame povr la Conférence proposée entre eux & Monsieur l’Euesque d’Eureux. Auec les Réponses & Répliqués des vns & des autres. [Fleuron.] A Paris, Par Anthoine le Marié. 1601. Auec Priuilege du Roy. (In 12. 1 f. n. ch. et iq3 p. ch. B. N., D. 22025.) — (2) Voy. la note suivante. — (3) Arch. comm. d’Evreux, Reg. de la paroisse S. Thomas : « Le Jeudi 29 novembre 1708 a été contracté le mariage entre : Jean Malassis, imprimeur, fils de feu Romain Malassis, aussi imprimeur, et de Catherine Borelly, de la paroisse de Brest, diocèse de Léon, avec : Anne Le Maistre, veuve de François Pierre dit La Londe, imprimeur, de cette paroisse de S. Thomas. »

G AL LIA TYPOGRAPHICA

d’Évreux, du 19 septembre 1709 L L’existence de cet imprimeur ébroïcien eût pu s’écouler paisible et sans à-coups, s’il n’avait eu d’une part l’ambition de réaliser de gros bénéfices en s’adonnant à des impressions prohibées et clandestines et s’il avait pris soin d’un autre côté de se conformer aux règlements, en se faisant habiliter à exercer par un arrêt du Conseil d’État. Ces deux fautes ou erreurs lui valurent maints tracas : du premier chef, il eut à subir, en 1718, un emprisonnement de plus de deux mois à la Bastille, à la suite de l’impression et du débit d’un grand nombre d’ouvrages, dont on trouvera la liste dans la partie documentaire2. En ce qui concerne sa situation irrégulière, bien que menacé, dès 1717, de voir fermer son établissement3, Malassis s’obstina dans ses anciens errements et attendit jusqu’en 1739 pour se pourvoir d’un titre inattaquable4; il l’obtint enfin par un arrêt du 24 septembre de la même année5, qui lui assurait la possession de la seule place d’imprimeur réservée à Evreux par le règlement du 31 mars précédent6 *. Devenu veuf peu de temps après, Jean Malassis se remaria en 1749" avec une fille de Laurent Dumesnil, imprimeur à Rouen8; il mourut luimême, onze ans plus tard9, laissant sa veuve en possession de son imprimerie et une fille probablement infirme.

Quoique Jean Malassis ait imprimé un assez grand nombre de livres, je serai très bref en ce qui touche sa production, je me bornerai uniquement à rappeler que les ouvrages qui portentsa souscription, — ses presses en ont fourni beaucoup d’autres non avoués,

— ont trait soit à sa charge d'imprimeur du Roi à Evreux, soit à ses fonctions d’imprimeur de l’Evêque, de la Ville et du Collège.

(1) A. N., V6 922, Arrêt du Conseil du 26 juin 1739, requête préliminaire. —

(2) Voy. Documenta, n° 767. — (3) Voy. Documenta, n° 763. — (4) Voy. Documenta, n° 858. — (5) Voy. Documenta, n° 861.— (6) Voy. Documenta, n'Sôy.—

(7) A. R.. Paroisse S. Lô, reg. 8 : « Du 6 février 1749, le sieur Jean Malassis, im-

primeur du Roy à Évreux, âgé de 62 ans ou environ, veuf de feu Anne Le Maître,

de la paroisse de S1 Thomas de lad. ville et diocèse d’Évreux, d’une part, et

dlle Marie-Madeleine-Élisabeth Dumesnil, âgée de 22 ans ou environ, fille du S1' Laurent Dumesnil et d’Anne Papavoine, ses père et mère, ont esté solennelle-

ment mariez en notre église... en présence d’Antoine-Gabriel Dupont, procureur au Parlement de Rouen et de Charles Dornais le Bled, marchand, amis, et du : côté de la mariée, Laurent Dumesnil, son père ; Jacques-Maurice-Laurent Du-

mesnil, son frère, et Jacques Dumesnil, son oncle. » — (8) Voy. suprà, p. i52. —

(9) Arch. comm. d’Evreux, Reg. de la paroisse S. Thomas : « Le 9 avril 1760 a été inhumé dans le cimetière de la Paroisse Saint Thomas, le corps de Monsieur Jean Malassis, Imprimeur du Roy et de Monseigneur l’Evêque; âgé de 74 ans, décédé le jour précédent. »

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IL Marie-Madeleine-Élisabeth Dumesnil (1760-1790), veuve de Jean Malassis, continua rétablissement de son mari ; le rapport fait à M. de Sartine, ou enquête de 1764, nous apprend qu’elle possédait 2 presses et employait 3 compagnons 1 ; sa maison avait donc une certaine importance et cependant elle fut longtemps seule à la diriger ; elle eut un peu plus tard l’aide de sa fille, Marie-Madeleine Laurent-Félicité, puis, sentant l’âge s’appesantir sur ses épaules, elle songea à se faire remplacer par cette dernière, bien qu’il fût contraire aux règlements qu’une fille non mariée exerçât la profession de typographe. Une faveur spéciale du roi pouvait seule faire tomber toutes les barrières élevées parla législation de l’imprimerie, la veuve Malassis s’enhardit à la solliciter, en exposant dans une requête, que son « grand âge », — elle n’avait pourtant que 56 ans 2, — ne lui permettait plus de continuer l’exercice de son art, « qu’elle avait espéré que sa fille, à qui elle a donné toutes les connaissances nécessaires, pourroit lui succéder, mais que les règlements s’y opposent ; que la demoiselle Malassis est d’une santé si délicate et d’une constitution si fâcheuse, qu’elle ne pourroit se marier sans risque ; que la suppliante redoute qu’à sa mort, sa fille non mariée ne soit privée de son imprimerie ; que c’est cependant la seule ressource qui puisse lui permettre de vivre ; c’est pourquoi elle a été conseillée de recourir à la bonté de Sa Majesté pour obtenir une grâce sans exemple jusqu’ici ». Un cœur de roi ne pouvait que s’émouvoir d’une aussi touchante requête, aussi la grâce sollicitée fut-elle accordée sans retard par un arrêt du Conseil du 17 mars 1783 3, dont il est inutile de reproduire ici le dispositif. La demoiselle Malassis fut donc désormais imprimeur à Evreux, conjointement avec sa mère, mais celle-ci, en dépit de «son grand âge », continua vaillamment à diriger ses presses et peut-être l’eûtelle fiait longtemps encore, si un changement de régime, ou plutôt le renversement de tout ce qui existait, ne fût venu rendre illusoire et sans effet la faveur du roi. La veuve Malassis crut alors qu’il était préférable pour elle et pour sa fille de se retirer au plus vite ; elle vendit tout son fonds, en 1790, à Jean-Jacques-Louis Ancelle, dont la descendance s’était perpétuée jusqu’en ces derniers temps dans l’imprimerie ébroïcienne.

(1) B. N., Ms. fr. 22184, f° i63. — (2) Voy. la note 7 ci-contre. — (3) Vov.

Documenta, n° g36.

Montespant (Jean de), imprimeur supposé à Gisors (1693).

Je n’insiste pas sur l’ironie cruelle qui a dicté le choix du nom de ce typographe improvisé et je donne immédiatement le titre du recueil qui porte sa souscription :

— Recueil de pièces Héroïques & Historiques pour servir d’ornement à l’Histoire de Louis XIV. Dediée à Messieurs Racine et Boileau Historiografes de France. [Corbeille de fleurs et de fruits.] Imprimé par Jean de Montespant, demeurant à Gisors à l’enseigne de l’édit de Nantes. M.DC.XCIII. (In-f°. Recueil factice de 31 estampes d’origines diverses, les unes fabriquées en Hollande, d’autres en Angleterre, etc. B. N., Lb37 4034).

Voici ce que dit Brunet au sujet de ce recueil 1 : (( On peut mettre au nombre des livres très rares ce volume, qui se compose de 13 estampes satiriques contre Louis XIV, estampes dont plusieurs ont des explications en vers français et hollandais. L’abbé de Saint- Léger, dans une note insérée par Barbier, sous le n° 15512 de son Dictionnaire, donne 14 estampes à ce recueil, et ajoute qu’elles ont eu pour auteur et graveur François-Ignace de Puerchemeck, lequel, pour ce méfait, aurait été arrêté, emprisonné, et peut-être bien, même, mis à mort. Un exemplaire du même recueil, porté à 31 estampes, par l’addition de plusieurs morceaux qui se rapportent à des événements de la fin du même règne, mais d’une date postérieure à celle du titre, est décrit dans le catalogue de P. M.Cotteret, évêque de Beauvais (Paris, Garnot. 1842). »

J’ajouterai simplement à ces renseignements que la Bibliothèque Nationale possède un second recueil du même genre, sans la feuille de titre, renfermant, outre plusieurs estampes figurant déjà dans le premier, onze planches qui ne s’y trouvent pas.

Petit (Jean), imprimeur à Pont-Audemer (vers 1617).

Ce typographe n’est pas un inconnu pour le lecteur ; nous l’avons déjà rencontré à Rouen 2 et nous le retrouverons à Honfleur 3; je

(1) Manuel, t. IV, col. ii52. — (2) Voy. supra, p, 36o. — (3) Voy. infrà dans

la 3e partie.

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me contente de décrire ici le seul volume qu’il aurait imprimé à Pont-Audemer, sans le dater :

— Ordonnances et Reglemens generaux de messieurs de la Religion prétendue Reformée tenus à la Rochelle. Ensemble ce qv’ils avoient enuie de faire contre Sa Majesté. [Fleuron] Av Pont Avdemer. Imprimé chez Iean Petit. Imprimeur & Libraire. Avec permission. (In 8, 8 p. ch, B. N., Lb36 1635.)

Rossignol (Jacques), imprimeur à Évreux (1659-1665).

Probablement gendre, et dans tous les cas, successeur de la veuve de Nicolas Hamillon, il eut également en sa possession la plus grande partie du matériel d’Antoine Le Marié. Entre les deux années extrêmes, 1659 1 et 1665 2, dans lesquelles semble se circonscrire son exercice, il a mis au jour un assez grand nombre de productions, dont la facture typographique dénote un maître consciencieux et habile.

(1) Voy. notamment: — Censvre d’vn livre intitvlé Apologie povr les casvistes, contre les calomnies des iansenistes, &c. Imprimé à Paris l’an i65y. Faite par Monseignevr l’illvstrissime et reverendissime Evesqve d’Evrevx. [Arm. de Gilles Boutaut, évêq. d’Evreux.] Sur l’imprimé. A Evrevx, Par lacqves Rossignol, Imprimeur ordinaire de Monseigneur l’Evesque d’Evreux. M.DC LIX. (In 4. 7 p. ch. B. N., E. 2400, Evreux, 2.) — (2) Voy. : — Statvts et ordonnances povr le diocèse d’Evrevx, par Monseignevr l’illvstrissime et reverendissime Henry de Mavpas dv Tovr Evesque d’Evrevx en svite dv synode tenu par Mondit Seigneur le 29. May mil six cens soixante-quatre. [Arm. de l’évêq. susn.] A Evrevx, Chez lacqves Rossignol. M.DC.LXV. (In 8. 93 f. ch. et 2 n. ch., B. N., B. 5553.)

G. Lepreux. Gallia Typographica, D. III.

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