AVERTISSEMENT
L’abondance de mes matériaux m’a mis dans la nécessité de diviser en deux volumes ce troisième livre de la série départementale de la Gallia typographica : cela ne surprendra personne. L’importance typographique de la Normandie est en effet bien connue, plutôt par pressentiment, il est vrai, que par suite d’une étude approfondie de la question, mais quelle que soit l’idée que l’on ait eue de cette importance, je ne pense pas qu’elle ait jamais approché de la réalité. J’espère donc qu’à ce point de vue, les deux volumes que j’apporte aujourd’hui ouvriront bien des horizons nouveaux. Quant au fond, je ne prétends pas, cela va sans dire, offrir une œuvre définitive, je sens trop bien toutes les imperfections qu’on y découvrira ; j’ai du moins la satisfaction de venir combler tant bien que mal une large lacune dans l’histoire typographique de nos provinces.
On ne possédait en effet jusqu’à présent, en fait d’ouvrages généraux à consulter sur cette matière, que le Manuel du bibliographe normand, d’Edouard Frère * 1 , œuvre toujours précieuse, en
(i) Manuel du bibliographe normand ou Dictionnaire historique et bibliographique contenant : i° L’indication des ouvrages relatifs àla Normandie, depuis l’origine de l’imprimerie jusqu’à nos jours. 2° Des notes biographiques, critiques et littéraires sur les hommes qui appartiennent à la Normandie par leur naissance, leurs actes et leurs écrits. 3° Des recherches sur l’histoire de l’impri- G. Lepreux. Gallia Typographica. D. III. i
dépit de son âge déjà respectable, pour la recherche et la connaissance des livres concernant la Normandie ou imprimés dans cette province ; on n’y rencontre cependant que des renseignements bien sommaires et souvent très défectueux sur les typographes qui ont exercé leur art dans le pays de Rollon. On n’avait guère plus de profit à retirer d’un opuscule du même auteur l, plus spécialement consacré à l’histoire de l’imprimerie en Normandie, et si l’on voulait faire plus ample connaissance avec quelque typographe de cette région, c’était, sauf pour les premiers imprimeurs de Caen, tout une étude à mener au moyen d’instruments de travail des plus insuffisants et d’ailleurs fort sujets à caution. Il y avait sans doute encore une ressource : se rendre à Rouen et y consulter à la bibliothèque municipale les Notes de Frère, mais cela valait-il le voyage? A moins que de se borner à des recherches bibliographiques, je ne le crois pas, et je vais dire pourquoi.
Ces Notes consistent en quelques milliers de fiches, réparties en 55 liasses et classées suivant l’ordre alphabétique des noms de libraires et imprimeurs ; elles se composent en grande partie de titres d’ouvrages découpés dan s des catalogues de bouquinistes; elles n’ont par suite individuellement qu’une valeur intrinsèque très discutable, ce qui ne les empêche pas de constituer dans leur ensemble une réunion fort riche en renseignements pour l’étude complète des productions de tel ou de tel atelier. Au point de vue biographique et chronologique, j’ai compulsé toutes ces fiches avec le vif désir d’y rencontrer quelque indication nouvelle; je dois avouer qu’elles ne m’ont rien fourni de notable, encore moins d’inédit ; elles m’ont seulement permis de contrôler mes propres notes et de m’assurer que je n’avais laissé de côté aucun des noms d’imprimeurs que Frère avait lui-même connus.
Ma récolte de documents pour l’élaboration de cette histoire des typographes de Normandie, se compose donc, pour la plus grande part, de pièces inédites ; les unes proviennent, comme précédemment, du fonds du Conseil d’Etat aux Archives nationales, et de la Collection Anisson, les autres émanent des Archives départemen-
merie en Normandie, par Edouard Frère. — Rouen, chez A. Le Brument, libraire [Imprimerie de Lecointe frères] 1 858- 1 86o. (In-8 à 2 col., 2 vol. : t. I, xiii -49 1 p. ; t. II, 632 p.).
(1) Recherches sur les premiers temps de l’imprimerie en Normandie, par Edouard Frère. — Rouen, Imprimerie de F. Baudry. 1829. (In-8. 17 p. Extr. du Bull, de la Soc. libre d'émul. de Rouen, a. 1828, et tiré à 100 ex.)